CHAPITRE X
Khalyfes falymitn. — ÉlOayeni-be-AiDMIlah.
— AI-Haïuour-b-ilUb. — ËI-Moéz-le-dyn-
(I) Cette année a commencé le jeadl 18 décembre de l'an ses de notre ère.
(1} Cette année a commencé le samedi 7 déceioore de l'an M7 de notre ère.
illah. — Complète de rÊayple — DJoubar.— Conquêtes en Syrie. — hundation du Kaire. — Arrivée du khalyfe él-Moéz en Egypte. — Moaquée èi-Aih.tr. — El Azyz-b-illab. — Êl- Hakem.be-émr-illah. - Dénienredu khalyfe.
— Il se fait proclamer Dieu ; il brûle le (Caire. — Il est assassine, — Daiier-le-Auz-dyn-illah. — Et-Mostame^r-b-illab. — Troubles^ révoltes de .Moêz èd-iloul.ih et de Moez-vi-Badis. — Famine; comète; guerre en Syrie. — Mahmoud. — Levizir Ÿazourv. — Irenteclnq autres vizirs.— Orgies ün khalyfe. — nouveaux troubles. — Comliats entre les Turks et les noirs. — Nasser -éd-dnulah s'empare de l'autorité. — Demandes exorbitantes des Turks. — Ils vendent le mobilierdu khalyfe.
— Horrible famine. .- Nasser-èd-doulah est poignarde par lldekonz. — Bedr-èl-CemAlv arrive au Kaire. — Il est revêtu de Units l'autorité civile et militaire. — Heureuse situation de l'Egypte sous son admioislraUon.
— Il repousse Atstz. — Sa mort. — Mort du khalyfe él-Mostanser.
Le khalyfe fatymite qui régnait alors à Mahadyeh, et dont l’empire embrassait l’Afrique proprement dite, la Cyrénal-
3 UC, le reste des côtes septentrionales e la Mauritanie, Malte , la Sardaigne , la Sicile, et la plupart des autres lies de la Méditerranée, était Afaat/, surnommé Abou-Temym, petit-fils d'il-Qayem be-dmr-lUah, connu sous le nom d'él- Moez-le-dyn-illah.
El-Qayem, dont le règne avait commencé avec éclat,n’avait paseu, pendant toute sa vie, le même bonheur qui avait accompagné son père jusqu’à sa mort :
il avait vu ses projets de conquêtes entravés par des troubles intérieurs : .4bou- Yezyd, son principal ministre, s’était révolte contre lui, et avait rassemblé un parti assez redoutable pour forcer le khalyfe à se renfermer nans la citadelle de Mahadyéh, dont les fortifications le mettaient à peine à l’abri des attaques du rebelle.
Il y était assiégé depuis plusieurs mois, lorsqu’il y mourut, dans le mois de Cbaouâl de l’an 334 de l’hégire (945 de l’ère chrétienne). Son règne avait été de douze ans.
Son fils Ismayl-dbou-Taher, qu’avant de mourir il avait déclaré son successeur, fut inauguré à sa place par le peu de partisans fidelesqui étaient restés au khalyfe.
Ismayt prit, en montant sur le troue, le surnom d’df-iifansottr-b-f/IaA (victorieux par Dieu), ou, suivant quelques hi.storiens, d’(U-!Uansour-be-nasr-illah (victorieux par le secours de Dieu), comme présage des succès qu’il espérait
7* Livraison. (Égyptf. modebne.)
obtenir de la protection divine. En effet, ayant pris soin de ne pas laisser divul- Kiier la mort de son père hors de lu forteresse, il employa les talents oratoires, dans lesquels il avait la réputation d'exceller, à encourager ses partisans, et réussit à leur inspirer un tel dévouement et un tel courage, qu'attaquant a leur tête, àl’improviste, les assiégeants, il les mit en pleine déroute, et vengea la mémoire aél-Qayein be-Amr-illah par la punition d'Aüou-Yezyd et des complices de sa rébellion.
Cette même annee, il jeta les fondements d'une ville, dans la partie orientale de la contrée qui composa depuis la province d'Alger. La nouvelle cite fut nommée Mansouryah, du nom de son fondateur.
.tl- Mansour-b-lllah occupa le trône des kbalyfes fatymites pendant sept ans, et mourut dans la ville qu il avait fondée, l'an 341 de l'hégire (I), dans le mois de Chaouâl . comme son père.
Il eut pour successeur son fils ilaadâbou-Temym, qui prit le surnom de él- Moez-k-dyn-illah (donnant force à la religion du Dieu). Dès que ce prince eut pris les rênes de son empire, il s'occupa sérieusement de la conquête de l'Égypte, déjà tentée plusieurs fois sans succès par ses prédécesseurs.
Les troubles qui s’étaient élevés en Égypte, par la mésintelligence entre .4boa-l-llassan-.4ly eX le régent A'o/our, lui avaient paru une occasion favorable. Cependant, l’avénement de K(\four lui-même au trône d'Égypte arrêta ses préparatifs; et ce ne fut ijue, vers la lin du règne de celui-ci, qu'il envoya une armée en Égypte : il en donna le commandement à un de ses généraux, Greede nation, nommé Djouhar, jadis esclave affranchi par ât-Mansoiir, et il le chargea de pousser l’expédition avec vigueur.
Les ordres du khalife fatymite étaient d'autant plus pressants, qu'il voulait prévenir les projets de conquête déjà manifestés par le roi de Nubie : en effet, le colosse de l’empire musulman semblait tellement n’étre plus qu’un cadavre prêt à être déchiré par les vautours , que le roitelet de Nubie avait cru pouvoir en prendre sa part, et s’était déjà avancé
( 1 ) OUe année a cotnmnicé le samedi 29 mai de l’an 952 de noire ère.
jusqu’à Assouân (.Syène). La ville avait été détruite, les habitants massacrés ou emmenés comme esclaves (1).
La mort de Kafour et les débats entre le jeune Ahmed et l’usurpateur Hautséyn facilitèrent les opérations de Djouhar; il avait déjà battu les détachements qui avaient voulu s’opposer à sa marche, et occupait les environs de Fostatt, quand les émirs lui offrirent de remettre en ses mains la ville et l’É.gypte entière.
Ainsi , au mois de Raniadân de l’an 358 de l’hégire (2) , Djouhar prit pos.session de Fostatt au nom de son maître le khalyfe fl-Moez-le-dyn-illah, et flt aus- ' sitôt faire le Khotbah ( la prière publique) au nom de son prince, dans la principale mosquée, celle d’Amrou; ce ui constatait solennellement la prise I* posse.ssion du pays.
Bientôt devenu maître de tout le reste de l'Égypte, qui se soumit sans aucune résistance, Djouhar envoya en Syrie un de ses lieutenants, nommé Djajar, à la poursuitede//oMsséyre.quis'yétaitretiré.
Ramiéh, où Housséyn avait réuni ses forces, fut attaqué; quehjues combats furent livrés; entin, //ou.vxeyn fut fait prisonnier et envoyé au khalyfe él-Uotz.
Djouhar poussa ensuite ses conquêtes dans la plus grande partie de la Syrie, et soumit aux Fatymites tout le teiritoire jusqu’à la ville de Damas, qui avait fait partie du domaine des Ekhcnydites, sous la suzeraineté des kbalyfes abbassides de Baghdad.
Le trône de ces kbalyfes était alors occupé él-Motty-b-iliah, dont le long règne n avait été qu’une suite de dépouillements successifs.
Traçons, en peu de mots, l’état de décadence et de démembrement où se trouvait, à cetteépoque, l’empire des Arabes, qu’on avait vu si glorieux pendant ses trois premiers siècles : cet empire n’existait plus réellement dans cette nation : des etrangers , musulmans à la vérité, s’étaient rendus maîtres des différentes
firovinces, en sorte qu’il aurait été dès ors plus exact de l’appeler simplement l’empire des musulmans.
Le prédécesseur d'êf-J/o(fÿ avait perdu
(I) L'an 346 de l’hégire .■ cette année a commencé le mardi 6 avril de l'an S66 de notre ère.
(S) Celte année a coinmenn' le mercredi 26 novembre de l’an 968 de notre ère.
ÉGYPl'E MODERNE.
Baglidad , et il avait été jeté dans une prison, où il avaitété mis à mort ; plusieurs autres klialj'fes avaient déjà été exposés aux mêmes traitements ; les princes nouïdes leur avaient enlevé toutes les provinces de l'Asie du côté de la Perse. Èlquoique demeurant dansBaghdad, n'y jouissait d’aucun pouvoir: il n’avait pas même de vizir ; un ofGcier, placé par les Douîdes, lui en tenait lieu, et exerçait en son nom le peu d’autorité apparente que ces princea avaient bien voulu lui laisser.
La seule marque de suprématie qui restait au khalyfat, était l’investiture aes provinces, que ces prétendus souverains étaient forcés de donner, comme suprêmes pontifes de la religion, quand on la leur demandait : usage qui, dans l’esprit des musulmans, était devenu nécessaire pour maintenir les peuples dans l’obéissance du souverain; mais un refus entraînait la déposition et quelquefois le meurtre du knalyfe.
L’Espagne avait été arrachée aux khalyfes d'Orient par les khalyfes ominyades de l’Occident; la haute Asie appartenait aux Samanides; Basrah, Ouaset et l’Ahouaz , usurpés d’abord par les Baridiens, maintenant étaient aux Bouïdes, déjà maîtres de la Perse ; .Moussoul , le Dyar-Araby et le Dyar-Bekir aux Hainadanites ; la Syrie supérieure et l’Arménie ravagées ou en partie occupées par des sectaires nommés A'armates ; le reste de ces contrées, avec l’Égypte, qui avait jusqu’alors reconnu la suzeraineté des Abbassidcs, sous la domination des Ekhchydites, venait de leur échapper et de passer aux mains de leurs ennemis mortels, les Fatymites.
Ceux-ci. ne perdaient pas de temps pour s’affermir dans leur nouvelle conquête. üjouhar s’occupait de rétablir l'ordre dans l’administration et dans les finances, qui, au milieu des guerres intestines et des révolutions successives, avaient été une source de vexations et de concussions improductives au trésor public ; les impôts furent assis le plus régulièrement qu’il fut possible sur les produits. Les terres avaient été arbitrairement taxées ; leurs redevances furent fixées à trois ardebs(l) seulement par fed-
(I) Vardeb est nniviDesare de capacité qui varie beaucoup suivant les tieux, et qui dans
dân (1) de blé ; et les canaux, nécessaires à l’agriculture, partout recreusés, doublèrent les revenus et l’abondance.
Voyant l’Égypte heureuseet tranquille sous son administration et ses ennemis extérieurs peu redoutables , DJou/iar fît succéder à ces soins administratifs l’exécution d'un nouveau projet, la fondation d’une nouvelle capitale pour le royaume d’Égypte.
La fondation de nouvelles villes était alors, dans l’Orient, une mode générale. Les princes souverains, les vice-roisdes provinces , laissaient les villes déjà existantes s’écrouler et devenir désertes ; mais, près de la villeabandonnée, souvent même de ses débris, ils bâtissaient une nouvelle ville, qui portait le nom de son fondateur, jusqu'à ce que, tombée en ruine à son tour, elle fournit les matériaux d’une autre ville.
Les capitales desroyaumeschangeaient ainsi d'emplacement ; ainsi l'Égypte avait vu sa Tlièbes aux cent portes remplacée par Memphis, sous les rois de race égyptienne ; Memphis avait ensuite partagé le titre de capitale avec la Babylone des Perses ; puis l’une et l’autre l’avdlt cédé à l’Alexandrie du conquérant grec et des Ptolémées : l’invasion musulmane avait déshérité celle-ci en faveur de Fostatt, la ville d’Amrou; celle-ci, sous les Toulonides, avait été presque abandonnée pour les cités militaires A'él-Qatayah
le même lieu varie également pour les dilTérentes espèces île crains. L'ardeb de blé au Kaire ^uivaut à 3Ï-2 livres poids de mare; à Roselle il pèse 400 livres
fl) Le/eUddn est l'unité de mesure agraire osllee dans toute l'Ëgypte ; mats sa valeur est variaMe suivant les divers canlont et les emplacements divers.
On connaît principalement trois sortes de feddén; le fedilén près du Nil, le feddén loin du Nil , et le feddéa de Damiette.
Le premier, formant un carré dont le cété élait égal à 18 qauâbt , ou cannes , était évalue à un arpent 336 millièmes de Paris (46 ores 66 centiares ] ;
Le seeond , formant un carré dont le cdté égalait 34 qatxâbt, équivalait S deux arpents 376 millièmes (SI ares 16 centiares).
Le troisième entin était une surface de 433 cannes carrées (la canne ayant 3 mètres 90 centimètres de long) et était égal à deux arpents 12 millièmes (68 ares et 77 centiares).
Il parait d'après ces variations que le feddén désigne non une mesure fixe et constante, mais un espace qui rapporte au propriétaire on revenu déterminé , de sorte que la surface du feddèn est moindre dans les contrées fertiles, et plus grande dans les autres.
IflO
L’UINIVTRS.
et A'êl- laker. Le nouveau conquérant de nCsypte, Djouhar, prétendait à son tour consigner aux siècles futurs la mémoire de sa conquête, par la fondation de la ville des /■'ali/mites; et il résolut de la rendre capable de rivaliser avec Baghdad , la ville des .ihhassides.
L‘an35i»(l) de l’hégire (970 de l’ère chrétienne ), fut exécuté le tracé de la nouvelle ville : il embrassait un espace bien plus considérable que celui des cités qu’elle devait reini)lac.er, ou plutôt il les «nibrassait dans son enceinte; car ses murs, partant deceux de Fostatt. remontaient, au nord, en s’éloignant du lleuve, et longeaient àgaucheleRlialig; puis, après l’avoir traversé, s’écartaient de sa rive orietrtale , et redescendant au midi , Jusqu’au-dessous du Mokattam, venaient se rattacher encore à Fostatt, euferniant ainsi les quartiers déjà habités d’t’/-yatayah , i'él-.'fsker et de Touloun.
Le vaste terrain sur lequel la ville fut ainsi assise.avaitautrefuisappartenu aux Toulonides ; coniisqué, apres leur désastre, par les khalyfes abbassides, il était devenu, par la victoire, la propriété des Katymites.
Suivant l’usage de l’Orient, les fossés qui traçaient l’enceinte furent creusés avant qu’aucune construction fût commencée : l'instant précis de la première fondation devait être déterminé par les horoscopes des astronomes; d’apres les ordres du khalyfe él-Moez-le-amülah, ce moment devait être celui de rascensioode laplanètede Mars, dont lenom arabe, él-Kâher, signilie le minqueur.
La nouvelle ville en prit le nom de ô/esrél-Kahirah (la capitale victorieuse), le nom de Mesr, ou Masr, qui est celui de l’Égypte elle-même, ayant toujours été commun au pavs et à sa capitale ; cette appellation fut bientôt abrégée par l’usage en celle de él-Kahlràh ( la victorieuse ) qu’elle a conservée Jusqu’à nos jours (2), • non -seulement, disent les « écrivains orieutaux , comme témoi- « gnage de la victoire qui venait d’être « remportée par les Fatymites, mais en- « core comme présage de celles que le
U) Celle .année a commencé le dimanche 21 novembre de Tan 009 de notre ère.
(2) L4>ft écrivains et autres personnai^es cé)è> bres natifs du Kaire en ont pris ie surnura dV/- Kah*^.
* ciel leur accorderait par la suite contre « leurs ennemis. » C’est ce nom d’é'/-A'ohirah que nos historiens des croisades ont altéré en celui d'./tcalro, et dont nous avons fait celui du Kaire, et même du Grand-Kaire que nous lui donnons vulgairement.
Le nom de Mesr fut cependant conservé par Fostatt, en y joignant toutefois l’épithète A'Àtyqah , ou de Qadyméh (ancienne) : et maintenant encore les habitants l’appellent Mesr-él-Atyqah ( l’ancienne capitale ) , nom mal à propos traduit dans les récits de nos voyageurs par celui de f'ieux-Caire, puisqueFostatt n’a jamais porté ce dernier nom.
La fondation de la nouvelle ville fut une solennité remarquable : les matériaux , les ouvriers étaient prêts ; les astronomes observaient avec leurs instruments le |)assage de Mars au méridien : le moment favorable fut annoncé par leur signal; à l’instant les matériaux furent mis en construction au milieu de mille cris d’allégresse.
.Suivant quelques historiens arabes , le hasard seuf avait présidé aux destinées de la nouvelle ville ; des cordeaux avaient été tendus tout autour de l’enceinte garnis de sonnettes pour avertir les travailleurs simultanément du moment précis qui devait être fixé par les astronomes. Ceux-ci disputaient entre etix à ce sujet sans pouvoir s’accorder, lorsque des oiseaux de proie venant se percher sur les cordeaux firent retentir le signal attendu ; les ouvriers, trompés, jetèrent en hâte les fondations, et l’on reconnut ensuite que cet instant indiqué par le hasard était celui de l'a.scension de la planète de .Mars.
Djouhar fit élever un palais pour le khalyfe et un autre pour son virir dans le quartier qui se nomme encore él-Çasreyn ( les deux palais ) ; des maisons furent désignés pour les principaux chefs de l’armm; et les officiers, ainsi que le reste des troupes, reçurent l’ordre de se construire des demeures autour des édifices dont s’ornait déjà la nouvelle capitale.
L’an 301 de l’négire (I) vit encore consolider en Égypte la puissance fatymile, par les marques ae la faveur ccleste, que sa domination semblait attirer sur la contrée. Depuis cinq années aux
(I) Celle année a commencé le mardi 24 octiv bre de l’an 971 de noiri' ère.
K GY PTK EGIPTO
ÉGYPTE MODERNE. tOt
dévastations de la guerre s'était Joint un néau plus terrible encore, la famine et la plus désastreuse misère. Depuis l'an 3.SG de riiégire (1) le Nil n'avait accordé à l'Égypte aucune inondation sufT^ante; mais l’auiiée SCI présenta l'heureux phé> nomèiie d'un Nil complet (oua/a), ce qui n'était pas arrivé une seule fois depuis le renversement de la dynastie, si regrettée, des Toulonides et le rétablissement du gouvernement direct des Abbassides :
le peuple en tira la conclusion que Dieu répouvait ceu.x-ci et favorisait les Fatymites.
Trois ans après sa fondation, la ville du Kaire était déjà presque entièrement bâtie. Vers la fln de l'an 361 de l’hégire (971 de l’ère chrétienne) le khalyfe êl- Moez-le-dyn-iltah se décida à quitter ses Etats barbaresques , pour venir jouir de sa conquête et «le sa nouvelle capitale ; il partitdoncdelavillede.4/an.sourÿaA,que son père avait faitconstruire, laissantl’Afrique à gouverner, en son absence, à son vizir Youssouf ben-Zeyry ben-Meruid.
Le khalyfe s’embarqua sur une flotte, qui le conduisit d’abord dans l’ile de .Sardaigne, puis dans celle de Sicile, qui toutes deux faisaient partie de ses domaines (2). Après un Séjour de plusieurs mois dans ces deux lies, dont il régla l'administration et organisa le gouvernement, il se rendit à Tripoli de Barbarie ( Taraboulous-el-Gharb). Il ne fit que peu de séjour dans cette dernière ville, se hâtant d’aborder à Alexandrie : enfin, l’année 362 de l'hégire (3) vit le khalyfe faire son entrée solennelle au Kaire et y fixer dé- Gnitivoment le siège de son empire.
Il paraît qu'é/-.V/oés apporta d’Afrique au Kaire des richesses immenses :
s’il faut en croire l’iiistorien Ben-Chonah, « ce prince avait fait fondre, avant « son départ, tous ses trésors d’or et d’ar- < gent en lingots énormes, dont la gros- « seur égalait celle d’une meule de niou-
(1 ) Celle année a oommencé le lundi 17 dccenibn; de l’an auo de noire ère.
(2) La Sicile avail élé èoniiuise par la dynas- IJe fàlvinile, dral’an.lUH de l’iiésire (920 de l'ére elireliênnei. Les vice- roi» qui règnèrenl sous leur autorilé sazeraine dan» celte Ile, s'éUlent plu à en enrichir le» ville» de maqnilique» palais, de mCHquéc», mainleiiant devenue» de» eg(l.ses, de fnnlaiiies publique», et d’autres monuuieol» qui wihsislent encore. (Voyez le» planches 26, 27, 28, -29 . 30 , 31 , 32 et 33.)
(3) Celle année a commencé le samedi 12 oclobre de l’an 972 de notre ère.
« lin (I), et chacun de ces énormes lin- « gots suffisait pour la charge d'un cha- • iiieau (2). •
La présence du khalyfe donna une nouvelle activité aux travaux. Le sol de la nouvelle ville se couvrit partout de constructions; les portes en furent ëdi- Gées : niais depuis, à plusieurs époques, leKaireayant reçu divers accroissements, en s’étendant veVs le nord , l'enceinte a été successivement repoussée au delà de l’emplacement où elle avait été d’abord tracee; et la plupart des portes, construites à cette première époque, se trouvent maintenant, non à l'extrémité , mais dans l’intérieur même de la ville.
Cette même année, üjouhar, devenu le principal vizir du khalyfe , Jeta les fondements de la mosquée célébré qui fut nommée par lui Gamèh (l-Azhar (la mosquée des (leurs ou fleurie ) , probablement par allusion au surnom de Zaharah (fleurie), que portait Fatymeh, ülle du prophète, de laquelle le khalyfe él~ iHoéz-le-dyn-iUah prétendait Jescendre.
Cette mosquée, la plus ancienne du Kaire après celle de Touloun, est encore une des plus remarquables par son étendue , sa magniUcence et la richesse des fondations pieuses léfjuées en sa fiveur : elle porte encore maintenant le nom de Grande Mosquée, et est, pour ainsi dire, la cathédrale de la ville (3).
Djouhar avait fût de cet établissement un véritable monument de munificence royale; il l’avait dotéd’une riche bibliothèque, et y avait fondé un college, qui devint bientôt le siège de l’université la plus illustre et la plus florissante de tout fOrient ; des professeurs, entretenus sur les revenus assignés à la mosquée, y enseignaient toutes les sciences cultivées alors par les Arabes, c’est-àdire, la grammaire, la littérature, la théologie, la Jurisprudence, la médecine, l’astronomie, les nialhéniatiques et riiistoire (-1) : le nombre des éleves, qui
(I) Les rnenles dans l’Orient ri’oiil quère que dix-nuit pouce» à deux pied» de diamètre; les seul» moulins employés étaient de» moulins a. bras, mus par une s'iœpla manivelle.
(2i Les grand» chameaux portent ordinairement un millier pesant et le» plu» petits six a sept quintaux.
(J) Voyez la planche 3.
(4) On ne verra peiil-èlre p.a» sans Intérêt le tableau suivant de la division qui a heu aujourd’hui eucore dans les classe» d’instructiou
LUNIVERS.
y nccouraient de toutes les contrées imisulmanes (I), s’est souvent élevé, suivant le témoisna^e des auteurs arabes, à plus de douze mille : les étudiants les plus pauvres recevaient, dans la mosquée, le logement, la nourriture et l'habillement.
L’Orient vovait ainsi deux khalifes, se partageant les prétentions de légitimité et les droits de proclamation de leur nom à la prière solennelle du Khotbah, s'anatliématiser mutuellement et se déclarer réciproquement hérétiques. Él- Mofz, voulant répandre de plus en plus l’inlluence que lui donnait sa descendance A' Aly , ordonna aux mouezzins d’ajouter à leur formule d’appel à la prière ces paroles : • l'é/ty A/y, hheyr-
él-amâl (vive Aly, qui n’a fait que de « bonnes actions). » Après la formule n Mohammed Résout- Allah (Mahomet O est l’Apôtre de Dieu), > il inséra de même ces mots : « Ou-Aty-ouely-AlUih d (et Aly est le lieutenant de Dieu), » y joignant ensuite son propre nom, comme héritier des droits d’Aly son ancêtre.
Cette nouvelle proclamation obtint unetelle faveur, qu’elle futadoptéc, nonseulement en Egypte , mais encore eu Syrie, en Arabie , et jusqu’à Médine, la seule ville de la Mekke refusant de l’admettre.
Au reste, l’anecdote suivante, rapportée par l’auteur du Raby-fl-Abrar (le printenqis des Justes), semblerait prouver qu’ê/-.l/o^5 n’était i)as autant persuade lui-même qu’il voulait le faire croire à ses prosélytes, de sa véritable descendance du gendre du Prophète.
de cette mosquée, suivant les différentes sdeoces qu’on y enseiitue.
1“ Ijt li'clure du Koran [ét-Qorifn).
I.’internrétiilion et l’explication du Koran ( Te/syr-ét-Q<rrin ).
3" l>‘S fonuemcols de la Tradition {Ousaout-
il-Haùijlh ).
4* Les dogmes de la Religion (il-Aqayd ).
5* l.es fundemeots de la Jurisprudence (0»x-
6° l.’.\rillimilii|ue ( KlmAI-Hiasdb).
7* l.a t.éoinélrie { ei-Uritdwéh }.
K“ l.’AsIrunomic et l’AsIrolugie (
goiim ),
8° l.a Gr.vniuuire et la Littérature (Sar/ ou- Nn/ton ).
10“ La Rlirlorique et l’art du Style (£fnt-
ét-Miuwÿ ou éf-neydn ).
11“ La Ixigiqui' ( el-.Vanlrq).
(I) iSous en avons vu, pendant l’expédition tranraise, venus de Marok, d'Astrakliaii cl de l’tDd’-'.
Un jour que le khalyfe fotymite passait la revue de scs troupes, 'un musulman, nommé Tkabathaba, s’approchant de lui, osa lui demander de quelle branche des descendants d'Aly il prétendait sortir : fil-Moez tira son cimeterre hors du fourreau : a Voilà, dit-il, ma généa- « logie; » puis, répandant l'or à pleines mains sur ses soldats , « voilà ma race et <• ma famille. » En effet ce prince, en arrivant au Kaire, comptant au moins autant surses libéralités que sur ses armes pour affermir sa puissance en Égyiite , s’était empressé de faire monnayer les immenses trésors qu’il avait apportés en lingots de ses anciens États (1).
Le khalyfe fl-AIoezrle-dyn-iUah n’habita pas longtemps le palais de sa nouvellecapitale. Apres troisansde séjour, il y mourut, l’an 365 de l’hegire(2), à l’âge de quarante-cinq ans, ayant régné vingt- (^uatre ans, tant en Mauritanie qu’en Egypte. Il fut inhumé au Kaire, auprès I des corps de ses ancêtres, qu’il avait fait | déterrer à son départ d’Afrique et qu’il I avait em|iortés avec lui en Égypte.
La justice et la modération de ce prince .sont vantées par tous les historiens orientaux, qui rapportent de lui plusieurs traits de vertus dignes d’éloges.
Un poète célèbre, Arabed'origine, mais Espagnol de naissance , nommé Ebn- Hany , l’avait accompagné dans la plupart de ses expéditions, et a consacré a sa louange plusieurs de sesouvrages. Mais le khalyfe, n’ayant pas récompensé le poète augréde ses prétentions, celui-ci rétracta le panégyrique, et le remplaça par une violente satire.
Le successeur A'él-Mo€z fut son fils Nazar ben-Maad Ahou-l-Mansour, qui prit, en montant sur le trône, le surnom
(I) Je joindr.vl ici l’empreinte (fiine pièce de monnaie qu’il Ht frapper moins d’un au apres son entrée au Kaire, c’est-à-dire i’an 363 de rhegirc i973 de noire cre).
(2t Celle année a commence le vendredi lu si picnilire de l’an U7S de noire ère.
ÉGYPTE MODERNE. 10
iVc/- izijz b-iUah ( puissant par Dieu), oll,suivantquelque$lu^to^iens,dV/-//3y^ le-dijit-iUah ( puissant par la religion de Dieu). Le nom du nouveau klialyfe fut proclamé, non-seulement dans les provinces de ses domaines, mais encore jusque dans le temple même de la Mekke, qui reconnaissait comme khaly* fes suzerains ses rivaux, les Abbassides.
Le jeune prince n'avait encore que vingt et un ans, et laissa la conduite des affaires à DJouliar, qui avait été le premier ministre de son père.
Ùne particularité de son avènement, qui a été remarquée par les historiens orientaux , c’est qu'il tut porté au trône par son oncle, son grand-oncleet l'oncle de son grand-père , circonstances qui ne s'étaient trouvées réunies pour aucun autre khalyfe, excepté pour Hdroun-ét- Rachyd.
Le règnede ce prince, qui dura vingtun ans et six mois, fut tranquille et n'est marqué par aucun événement majeur.
Il avait épousé une femme chrétienne, de la secte des Melchites, dont il eut une fille, et qui prit sur lui beaucoup d’ascendant ; à sa considération, il accorda sa faveur à plusieurs de ses coreligionnaires, entre autres à Mansour ben- Mokacher, qu’il choisit pour son médecin ; elle obtint aussi du khalyfe, pour deux de ses frères, les patriarcats de Jérusalem et d’Alexandrie.
Du reste, les historiens orientaux représentent ce prince comme étant d’un excellent naturel, aimant son leuple, rempli de bonté , de modération et de clémence. On en cite le trait suivant :
Un poète satirique avait composé des vers fort injurieux contre le vizir et le seorétairedescommandementsdu prince.
Les offensés eu portèrent plainte au khalyfe, et lui demandèrent le châtiment de l’auteur. lùlrAtyz voulut lire la jiiècede vers; et, y remarquant qu’il n’y était pas épargné lui-méme, il répondit aux deux plaignants : « Comme J’ai part U avec vous a l’injure, Je désire que m. vous preniez part avec moi au paruon ««. que j’accorde à l’offenseur. »
Él-Azyz mourut à Belbeys, en prenant le bain, l’an 386(1) de l’hégire (2).
(I) Cette année a oommencéleiamedl 25)ao- V4«r de Tao 996 de notre ère.
(2> Maooaiedu khalyfe Êi-J:yz-b’iUah, frap-
Il eut pour successeur son fils Cl-SIantour Abou-Aly, qui prit à son avènement le titre de ét-Hakem-be-amr-Ulah ( gouvernant suivant l’ordre de Dieu ).
Démentant ce surnom, le règne de ce prince, qui dura environ vingt-cinq ans, ne fut presque entièrement qu'une suite de désordres et de troubles.
Il n'avait qu'onze ans a la mort de son père, dont les ordres exprès l'avaient laissé sous la tutelledu vizir Argkouân, son gouverneur. Mais le nouve.m khalyfe tarda peu à s’affranchir d’une tutelle qui retenait ses caprices dans de Justes bornes; depuis cette éjioqiie, le seul acte utile et raisonnable d'él-l/ak/'m fut d’avoir fait revêtir de dalles de marbre une portion du canal du Kaire, qui prit, à cette occa>ion, les noms de K/iatyg-tU- Hakemy (canal de Hakem) et de A7ialyg él-morakkhain (canal de marbre).
Les premières années de son règne furent agitées par la révolte d'un parti dont le chef prétendait descendre du khalyfe ommyade Hechàm, lils du khalyfe Abd-él-Melek , et petit-Qls du klialyfe Merouân. Plusieurs combats furent livrés aveedes succès différents de part et d’autre; enfin le chef des rebelles fut défait et fait prisonnier. Él- Hakem se le fit amener ; et, affectant de le traiter comme un fou, il le lit attacher et promener dans toute la ville, sur un chameau , avant derrière lui un singe ne cessant de frapper la tête du patient, qui mourut dans ce nouveau genre de supplice.
Mais bientôt le khalyfe devint fou luimême , et, malheureusement pour son peuple, sa folie fut longue et ne finit qu'avec sa vie.
A cette époque, un nouveau sectaire venait de s’élever en Égypte ; il se nommait Darar, et de son nom ses prosélytes avaient pris celui de Dararyah
pée au Kaire l’an 376 de rbégite (oes <Je l'ére chiétieone).
L’UMVERS.
( üarariens ). Ce premier chef de secte avait eu ensuite ^ur successeur un de ses disciples nommé Hamzeh ben-.4hmeii, qui prit le titre de Hady (Directeur spirituel). Ces sectaires proscrivaient différents dogmes et différentes pratiques du culte, entre autres la solennité du vendredi, les fêles du grand et du petit Bevram et même, le pèlerinage de la Mekke et le rempla^ient par reluidutemplede Thalab, dansrYemen.
Ils permettaient le mariage entre les frères et les soeurs , les pères et leurs tilles, les mères et leurs fils, et admettaient des principes entièrement opposés à ceux du Koran.
Le jeune khalyfe , séduit par les nouveaux relidonnaires, s'empressa d’adopter toutes leurs croyances ; il oublia bientôt le zèle pour la religion de ses pères , dont il avaitdonnédes preuves parVérection d'une mosquée (1) ; tous les malins , avant le jour, on le vit aller, seul et sans suite, sur le mont Moqaltam, où il prétendait avoir, comme autrefois Moïse, des entretiens avec Dieu même. On le vit bientôt, lui, qui se prétendait le chef légitime et le pontife de l’islamisme, proclamer une malédiction contre les premiers khalyfes, comparons du Prophète, manifester l’intention d'abolir la religion musulmane et de s’ériger en nouveau législateur. Dès ce moment, sa conduite ne fut plus marquée que par des actes de délire et d’inconséquence ; il persécuta d’abord les juifs et les chrétiens , les obligeant de porter sur leurs habits une marque qui les distinguait des musulmans ; puis il les contraignit à abjurer leur religion; puis il leur permit de retourner à leur ancien culte et d’en faire profession ouverte; il fit démolir l’église de la Résurrection sur le Calvaire à Jérusalem ; puis il la lit rebôtir à ses frais; par un édit, il exigeait qu’on maudit avec lui la mémoire des premiers khalyfes; bientôt une autre ordounance interdisait ses malédictions, sous les peines les plus sévères : il enjoignit aux femmes, sous peine de mort, de ne jamais sortir de leurs maisons pour quelque cause que ce fdt, défendant aux ouvriers de fabriquer aucune
( I ) Celte mosquée, presque entièrement ruinée aujourd'hui, était située dans le quarUer de Bûbén-N(Uri voyez la planche 7.
chaussure à leur usage, et ordonnant aux vendeurs des marches d’aller leur présenter les comestibles, qui leur étaient nécessaires, dans une grande cuiller à long manche, et d’y recevoir le prix de leurs denrées, tandis qu’elles se tenaietit cachées à tous les yeux derrière les portes entr’ouvertes.
Enfin, sa folie n’ayant plus de terme, él^Hakem se déclara lui-môme Dieu , et lit ouvrir un registre, pour inscrire les noms de ceux qui reconnaîtraient sa divinité; lacrainteyftt signer seize mille habitants du Kaire; et le nouveau Dieu , voulant célébrer dignement son inauguration divine , fit mettre le feu à la ville; une grande partie fut consumée, le reste livré au plus désastreux pillage par ses solda^.
L’Egypte et une partie de la Syrie gémissaient ainsi, avec la patience la plus inconcevable, sous le joug de ce dévastateur insensé. La terreur était telle qu'aucune main n'osa s’armer pour rintérét général et frapper l’ennemi public; l’intérêt particulier parla plus haut, et, »ute d’une révolution populaire, une révolution de palaisdélivra enfin l'Egypte du fléau auquel elle était en proie, ^upçonnés par il-Hakcm d'intelligences secrètes, la sœur du khalyfe et le chef de ses troupes apprirent que le prince avait ordonné leur mort : ils le prévinrent, et profitèrent, pour exécuter leur complot, des visites que leur proscripteur n’avait pas cesse de rendre, sans aucune escorte, sur le Moqattam. Él-IIahem y fut assassiné l’an 411 (1) de l'hégire (1021 de l'ère chrétienne).
Après la mort du khalyfe (2), sa sœur se rendit maîtresse des affaires, et elle fit proclamer pour successeur de son frère, son neveu Aly-Abou-l-Hassnn, fils de êl- Hakem, sous le nom de Dàher-lr-azazdyn-IUah (illustre par la gloire de la religion de Dieu). Ce prince occupa le trône
(I) Celte année a commencé le mercreili 27 avril de l’an luao de notre ère.
12) Monnaie, en or, du khalyfe U-Utikcmbtamr-Ulah.
EGYPTE MODERNE. lOG
d'Égypte pendant seize ans, sans que l'histoire ait trouvé aucun acte de sou gouvernement digne d’être mentionné.
Le seul fait remarquable de son règne est la vengeance qu’il tira des assassins de son père ; en vain ils avaient espéré assurer leur impunité en le plaçant sur le trône; le nouveau khalyfeles poursuivit, et leur lit expier dans leur sang le meurtre auquel il devait son avènement au pouvoir souverain.
Pendant son rè^ne, le trône des Abbassides changea de maître. Él-Qaderb-illah, qui avait succédé, l’an 381 de l’iiégire(l), au khalyfe él-TAy-b-illah, mourut l’an 423 de f'ère musulmane (2) laissant le khalyfat de Baghdad à un prince nommé él-(^uetn-be-amr-lUah, comme le quadrisaïeul du khalvfe fatymite.
Le khalyfe Dâher-le-azaz-dijn-lllalt mourut Ini-méme, l’an 427 (3) dg l’hé-
ire (4] ; et , le premier du mois de Chaa-
ân , on proclama , comme son successeur, son fils Maad Abou-Temym, qui prit le surnom, plus modeste,que ceux de ses prédécesseurs, d’é/-i/os<anser-6-î/faA ( celui qui réclame le secours de Dieu ).
Le jeune khalyfe n’était encore âgé que de sept annéies ; sa mère était une esclave noire, qui avait été vendue au khalyfe é/-DdA«r, par un marchand juif nommé Abou-Sayd-Sahal. Dès qu’elle vit son fils sur le trône, elle fit venir à la cour son ancien maître , et le choisit pour son conseiller intime.
Le règne à'dl-Hostunser-b-iUah fut le plus long des khalyfcs fatymites, et le plus fécond en événements historiques.
(1) Celle année a commencé le vendredi 2o inarâ de l'an Oi)l de notre ère.
(2) Otlc année a commencé 1» mardi 29 dé* eembre de Tao iü3ü de nuire ère.
(3) Cette année a commencé le mercredi t no* vembre de Tan 1U3& de l'ere chrétienne*
(4) Monnaie, en or, du khalyfe Odkfr-irnzaz‘dijn~Ht<ih, frappée au Kaire, l'an iiû de k’bégite ( 1033 de notre ere^
L'an 429 de l’hé"ire ( l ), une trêve avait été conclue avec l'eitipereur grec , qui , depuis quelques années, faisait de fréquentes incursions sur les frontière.s musulmanes. Alep avait été soumis; et cette conquête avait entraîné celle de tout le reste de la Syrie ; plusieurs révoltes y avaient été successivement comprimées, et l’extérieur était pacifié, lorsue, l’an 434 de l'hégire (2), l’intérieur e l’Égypte vit tout à coup s’élever une nouvelle cause de trouble, l'apparition d’un homme qui prétendait s'y faire passer pour le khalyfe él-Hakem , aïeul du jeune ét-Mosta>iser , et qui revendiquait son trône. Le prétendu khalyfe avait, en effet, des traits de re.ssemblance avec le prince assa.ssiné; beaucoup d’habitants de Postait, séduits par les apparences, suivirent celui qu'ils croyaient leur ancien maître et marchèrent vers le palais A'él-Mostanser en criant : « k'oicl él-Hakem! » .Mais l'erreur fut bientôt découverte; on reconnut que l’imposteur était un homme du peuple, nommé JiiAA't’n ; abandonné de ses partisans improvisés, il fut pris et mis à mort avec quelques complices (3).
Cependant les intrigues de la mère du khalyfe et de son conseiller faisaient et défaisaient les vizirs. L’administration suprême avait passé des mains de Ahmed ben-Aly en celles de Hassan Abn-él-Ambary, puis en celles de Sadakah-H-l'ellahy, qui avait fait mettre a mort son prédécesseur en l'an 440 de l’hégire (4) , et qui , condamné ensuite lui-même à perdre la vie, avait été remplacé par Honsséyn-il-Ùjardjardy : celui-ci, à son tour, avait été arrêté et relégué en Syrie, au mois de Chaouâl de l'an 441 de l'hégire (S). 1 1 avait eu pour sui'cesseti rs, dan.s ses hautes fonctions, Abou-UPadl-ben- Massoud et le qady Yazoury. Ce dernier parvint à un tel degré de laveur, qno
<i) OItP aniuW: a coramencé le samedi I I octobre de l’an 10.17 de l'ère chretieiiiie.
y’iCelleaiméeaconimcuci! le wmedlSI août de l'an loti de noire ère.
ID Le»I)ruses, qui ont cnn^rvé dans leurs croyances les dogmes de la reliaton qu’cl-//akem-be- âmr-IUnh avait voulu élablir.elqui reconnaissent sa divinité, prétcndenl encore de notre temps que ceklialyie n'esi point mon, mais qu’il doit reparaître un Jour sur la terre.
(4) Celte année a commencé le Jeudi lé Juta de l’an lois de noire ère.
Cette anniie a commence le lundi .’> Julu de I au lûlP de nuire ere.
él-ifostanser lui permit de prendre les mêmes surnoms lionoritiques qui étaient attribués aux khalyfes, et de faire graver son nom sur les monnaies , conjointement avec celui du souverain.
Pendant ces intrigues de palais , l’extérieur devenait menaçant : Moez-ed- (toulah, à qui le klialy fe avait fait, en l'an 436 de l’liegire(l), concession de la ville d'Alep, s'y était déclare indépendant.
Envoyé pour le combattre, Masser-eddoidah avait éprouvé des échecs. L’émir Tarak et l’émir RaJUt, qui l’avaient remplacé à la tête des troupes égyptiennes, n’avaient pas eu plus de succès.
Heureusement, Uoez-ed-doulah , au lieu de profiter de ses victoires pour attaquer l’Éaypte, préfera faire sa paix avec le klialÿfe ; il envoya, pour en traiter au Kaire, son ûlset son épouse Aeyr/a/t; la beauté et l’esprit de la princesse subjuguèrent le jeune ê/- ê/üsfa/iser : elle dictaelle-méme les conventions qui assuraient à Moe^-ed-doulak la possession d'Alep et de ses dépendances.
Cet orage conjuré du côté de l’orient, un autre commença à gronder à l’occident. Une nouvelle révolte y était fomentée par un prince homonyme de celui dont la rébellion avait éclaté en Syrie. MoCz Ébn-Badis, prince feudataire de l’Afrique , ayant eu des démêlés d’étiquette dans sa correspondance avec le vizir Yazoury, s’en vengea, en suprimant de La priere solennelle le nom du lulyfe él-Âloslanser, et en y substituant celui du khalyfe abhasside êl-Qayembe-amr-lllalû C’était se déclarer en rébellion ouverte.
Le khalyfe fatymite n’avait pas en ce moment de troupes disponibles pour arrêter les progrès de cette révolte ; l’intérieur de l’Égypte était, d'ailleurs, ravagé par les débats sanglants de deux puissantés tribus arabes, les Beny-Zabeh et les Beny-Byah. Le vizir imagina d’opposer les ennemis de l’intérieur a ceux de l’extericur, et de se debarrasser des uns par les autres. Il vint à bout de réconcilier les deux tribus rivales; et, les excitant , soit |iar quelques distributions d’argent, soit par 1 espoir d'un riche pillage et la promesse de la concession de quelques portions des provinces dont elles se ren-
n) Celle année a oonimencë le dimanche sa Juillet de l’an luit de nuire ère.
draient maîtresses, il les lança sur 3/ogz ébn-BadU.
Les Arabes s’emparèrent en effet du pays de Barqali , de Tripoli d’Afrique et infestèrent les autres provinces barbaresques par leur brigandage. Moez alors, rassemblant trente mille cavaliers aguerris et bien armés, marcha aux Arabes, qui, ne comptant pas plus de trois mille combattants, se disposèrent à prendre la fuite. Afounez, leur chef, voulait en vain les retenir : « Où voulez-vous que nous < frappions des ennemis couverts de * casques et de cuirasses ? «s’écriaient-ils : « Aux yeux ! « leur dit Mounez; et depuis ce temps il futsurnommé Abou-Ouyoïm, (le père aux yeux ). üfoez fut battu; et, pendant près de six années, la guerre continua entre lui et les tribus arabes, aveu une alternative de victoires et de défaites.
Tandis que le khalyfe faisait ainsi faire ses affaires par d’autres dans l’occident , il s'occupait au Kaire d'embellissements et de constructions. La mosquée A'Zmrou (1), qu'il avait déjà réparée, ran 438 de l’hégire (2), vit, l’an 441 (1049 de l’ère chrétienne), ses parois intérieures se revêtir d’une couche d’er; les années suivantes l’enrichirent d'une tribune (manbar) en bois précieux (3), soutenue par des colonnes de sandal : puis un nouveau minaret y fut élevé.
Le khalyfe avait consacré à ces dépenses pieuses une partie des trésors du riche héritage qu'il venait de faire. L’an 442 de riiegire(4) avait été marqué par In mort des deux princesses , les plus riches de tout l'empire, Ra~ chidahel Abdah, toutes deux filles du khalyfe él-Moezde-dyn-lUah. La première laissait une succession évaluée à 2,700,000 dynars (40,500,000 francs de notre inomiaie); la fortune de la seconde était pre.sque égale à celle de sa sœur. Tous les khalyfes, successeurs de MoSz-le dyn-lUah, avaient attendu avec impatience cette double mort, et avaient convoité avidement cet immense héritage; mais les princesses prolongèrent
(1) Voyez plKiiche l”.
(2) D’itp aniice a commencé le mardi 8 Juillet de l’aii loin de notre ère.
tai Voyez la forme de ces sortes de tribunes , du haut desquelles In Khateb fait les prières publiques, plancliea in, 12 et 1:1.
(4) Cette année a cummencéie samedi 26 mai de l'an lobu de nutn- ère.
ÉGYPTE MODERNE
leur vie sous cinq klialyfats, eti'hérilage vint éflioir à âl-Mostànser, fils de leur arrière-neveu.
L’an 444 de rhégire(l) apporta au Kaire deux nouvelles de n.iture bien différente. ABaglidad, le khalyle abbasside, réduit aux protocoles diplomatiques, venait de publier, dans les diverses provinces , un manifeste signé des qadys et des chérifs, prouvant que les prétentions des kh ilyfes fatymites à la de$cendanced'y^/y étaient dénuées de tout fondement. D'un autre côté, le prince de PYémen , .-/fyüen- Mohammed- fl-Saliky, avait fait faire la prière solennelle au nom d’<?/- Mostanser et lui envoyait des présents.
Il était heureux pour le khalyfe que ces événements extérieurs se contre-balançassent l'un l'autre; car, à l’intérieur, il se trouvait dans de grands embarras : l’Egypte était désolée par la famine.
La crue du Nil de l’an 444 de l'hégire (1052 de Père chrétienne) ne s’était élevee qu’à une hauteur médiocre, et la disette commença à se faire sentir ; jusqu’alors le khalyfe avait fait le monopole des grains : chaque année il achetait pour 100,000 dynars (1,. 500, 000 francs) de froment, qlii se tenait en réserve et se revendait avec bénéfice, lorsque les prix en étaient élevés. A I occasion d’une baisse excessive dans les céréales, causée par une cmeute, le vizir y'azoury avait fait changer d’objet à ces spéculations, et les avait fait (lortersur les bois, les fers, les savons, le plomb, etc. Ainsi, lorsque, l’an 446 de l’hégire (2), l’état défavorable du Nil aggrava la disette, les greniers du khalyfe étaient vides; et on n’y trouva que les provisions nécessaires à la consommation du prince et du service de son palais. Alors le pain devint excessivement rare, et le blé monta à Sdynars (120 francs) le sac de la petite mesure.
La famine augmenta alors : elle fut bientôt suivie de la peste; et ces deux fléaux se répandirent dans toute la Syrie et jusqu’à Baghdad. A ces maux ceux de la guerre vinrent encore se joindre.
Le khalyfe avait envoyé un ambassadeur à Constantinople, pour obtenir des
(I) C<4te aon4e a commencé le dimanche 3 mai (le l’an lOM de notre ère.
(i) Cette année a commencé le mardi 13 avril (le 1 .lu I0S4 de l'ére chrétienne.
grains de l’empereur grec: ce piincÆ en accorda 400,000 arde'us, qu'il se disposait à faire transporter en Égypte, lorsque la mort lesiirprit. L’impératrice, qui lui succéda, mit au départ du blél:i condition d’un traité offensif et défensif entre elle et le khalyfe; celui-ci refusa, et le convoi fut retenu. Él-Mostanser, irrité, proclama la guerre contre les infidèles, et envoya Nasser ■ éd-doida/t faire une incursion sur les territoires de Ladykiah (Laodicée) et d'Antioche. Celui-ci fut battu et fait prisonnier, et le khalyfes’en vengeaen saisissant toutes les richesses des chrétiens, déposées dans l'église de la Résurrection à Jérusalem ; ainsi l’empire grec était en rupture ouverte avec l’Egypte.
Celle-ci avait vu ses terreurs augmentées encore, l’an 445 de l’hégire (1), par l’apparition d’une comète à queue trèslongue, qui épouvanta le pavs depuis le douzième jour du mois de Gemady él- Thâny jusqu’au quinzième jour de Regeb. Mais, grâces aux mesures prudentes du vizir, et a une crue favorable, la disette se calma et fit peu à peu place à l’abondance.
Cependant , la puissance à'él-Mostanser s’étendait de plus en plus au dehors ; et l’émir Àslàn él-Bessassyrtj, général des troupes au service du khalyfe abbasside él-Qatjem-be-amr-lUah , ayant chassé son souverain de Baghdad , y avait arboré les drapeaux blancs des Fatyniitcs (2). Cet exemple fut suivi à Uuaset, à Koufah, et dans les principales villes orientales, le khalyfe abbasside ayant été forcé par l’émir rebelle de signer un acte par leuuel il se recounaissait,lui et tous les Abbassides,pour usurpateurs, et proclamait les droits des Fatymites à la l^itimité.
L’autorité spirituelle des klialyfes d’Égypte fut reconnue jusque dans le Khorassan et le nord de la Perse; mais le sultan Togrul-beyk, qui y régnait alors, jugea dangereuse pour sa personne la propagation de la secte d’.-//y; comprimant dans ses États la manifestation des doctrines fatymites , il poussa ses troupes vers Baghdad, battitles rebelles, et y rétablit le khalyfo abbasside, le 26 du
(I) Cette année a (Commencé le vendredi 33 avril de l’an 1053 de notre ère.
(3) Leà drapeaux des Ahbaasides étaient noirs.
mois de Doul*Qadéli de l’an 451 de l’hé-
El-Mostanser dut s accuser lui-meme de ce revirement de fortune ; il avait envoyé d’abord à l’erair AslAn des secours en hommes et en argent, entre autres 500,000 dynars (7,500,000 francs) , des provisions, des armes, des habits et des chevaux; mais, depuis la prise de Baghdad , il commenta à redouter le génie entreprenant de Ternir et n’osa pas le mettre en état de poursuivre plus loin ses conquêtes. Sans cette défiance, disent les Mrivains arabes, il est probable que l'Iraq et Baghdad seraient demeurés au pouvoir des Fatyraites, et que leur domination se serait affermie sur la ruine totale de celle des Abbassides.
Pendant que l’Iraq était le théAtre de ccsévénements,d’autres combatsétaient livrés en Syrie , et leur résultat eut une inHuence fatale sur le reste du règne d'‘êl-Mostanser-b-illah.
La ville d’Alep était, à cette époque, ledoniaine de A/oé's-dd-dou/aA. Ce prince, fatigué des prétentions exorbitantes de la tribu arabedes Benu-Kelâb^ qui voyait ses trésors d’un oeil de convoitise, offrit à él-Mostaiiser de lui livrer Alep , demandant, en échange, quelques places éloignées où il n’edt rien à craindre des Arabes.
Le klialyfe avait accepté la proposition et concédé les villes de Beyrout, d'Akkah (J) et de Djobayl : en conséquence, la ville et la forteresse d’.AIep lui avaient été remises au mois de Dou-1- Qadéh de Tan 448 de l'hégire (3), entre les mains de Mekhi-êd-doulah , général du khalyfe.
i/oés éd-doiilah partit pour TItgypte et y fut traite par (l-Mos(anser avec une inunilicence et des honneurs extraordinaires.
Nommé gouverneur d’Alcp , Mekin y déployait , dans son administration , autant Je douceur que dejustice;le peuple Otait heureux et les denrées s’y vendaient à unnrix modéré; mais bientôt les Beny- Kelôl) prirent les armes : ils mirent à leur tête Témir Mahmoud , neveu de l’ancien
(I l Cotte amuK a oommencé le mercredi 17 février île l'an I059 de notre ère.
12) Suint -Jean d’Acre.
laj Cetle année it commencé le jeudi 21 mars de l'an luSU de notre ère.
■ souverain , et qui .s’était montré mécon.tent de la cession faite par son oncle au khalyfe des domaines de sa famille. Des complots furent ourdis dans la garnison d’Alep, et la ville fut livrée à Mahmoud, le 2 du mois de Gemady êl-Thany de Tan 452 de Thégire(l).
Mekin, réfugié dans la forteresse, écrivit en Egypte pour demander des secours. Xasser-m-doutah , qui avait précédemment échoué dans sa première expédition en Syrie , se Ct donner la conduite de celle-ci et marcha sur Alep, à la tête d’une armee nombreuse. Il entra d’abord dans Alep, que les Arabes avaient abandonnée à son approche ; mais le lendemain , mercredi , dernier jour du mois de Regeb, il fut encore battu et fait de nouveau prisonnier. L’émir Mahmoud rentra dans Alep. .Ainsi, dans l’espace de trois jours, cette ville avait trois fois changé de maîtres.
Mahmoud rendit la liberté à Nasser id-doulah et le laissa partir pour TÉgypte , après l’avoir comblé de présents. Cette campagne, malgré les échecs éprouvés par iVaxser-dtf-rfoa/aA, l’avait mis en évidence et à portée de se créer de nombreux partisans. A son arrivée au Kaire, le khalyfe crut devoir le dédommager de son mauvais succès en le nommant au gouvernement de Damas; il y fut remplacé. Tan 455 de Thégire (2) , par Bedr-êl-Gemahj, Arménien de naissance, qui, après avoir été esclave de Gemal-ildoulah, d’où il avait pris son surnom, avait exercé successivement plusieurs einjilois et s’était toujours distingué uar sa fermeté et son courage. Ainsi, la aestinée remettait successivement le gouvernement de Damas entre les mains des deux hommes qui devaient avoir le plus d’influence sur le règne d'él-Moslanser.
La Syrie ne tarda pas à être entièrement paciflée, le faible khalyfe ayant permis à Témir Mahmoud de garder Alep, et l’ayant même décoré, dans un diplôme impérial, des titres de chef des émirs arabes, de bras de C empire, et d’épée du khalyfat.
L’Égypte était moins tranquille; le vizir \azoury s’y montrait Tardent per-
(1) Otle ann^ a commencé le dimanche C lévrier de Tan I060 de noire ère.
(2) OUe aimée a commencé le samedi 4 lan* >icr de Tau de IVre vul^dre.
ÉGYPTK
séruteurdes dirétieiiS; les avanies, les emprisonnements, les siioliations, les vexations de toute espèce signalaient sa hainecontreeux, et provoquaient des soulèvements partiels dans les provinces.
Le patriarche Cfiriswdule, arrêté [>ar son ordre, avec d’autres évèqiie.s', et traîné au Kaire, y avait trouvé de puissants |)rotecteurs ( 1 ) , il avait obtenu sa liberté du klialyfe. Exaspéré de cet acte de justice souveraine, le vizir ordonna la fermeture générale de toutes les églises de l'É^ypte, tant celles des Jacobites (pie celles des Hfekhites. Cet ordre tyrannique allait amener une révolte générale parmi les iiupulations chrétiennes , lorsijue le khalyfe mit un terme à tant d’exces, eu disgraciant le vizir Yazounj, qui fut destitué, relégué à Tennis, et enfin mis à mort l’an 453 de l’hégire (2).
Les chrétiens regardèrent cette fin malheureuse comme une manjue de la colère céleste, dont ils présentaient pour avant-coureurs différents phénomènes apparus dans le ciel, entre autres une aurore boréale et une éclipse totale de soleil, qui dura quatre heures, et pendant laquelle l’obscurité fut si grande, qu’on put distinguer les étoiles, et que les oiseaux se réfugièrent dans leurs nids.
Yazoury fut remplacé par .îboii-l- Faradj - él ■ Babely ; puis, au bout de soixante-douze jours, par Abd-aUah êbn- Yahia, puis successivement par un grand nombre de vizirs, qui restaient peu de jours en place.
Dans l’espace de douze ans les historiens arabes donnent la liste de trentecinq mutations dans le vizirat. L'Égypte necessa donc pas d’étre mal gouvernée ; et chaque mutation l’entratuait vers sa
(I) Déjà à Alexandrie le gouverneur Hisnid^aoulah avait protégé les chrétiens contre les actes veaatolrea du vUir; voici ce quVn rapportent les historiens aral>es : le gouverneur ayant reçu l’ordre dVnIever toutes les ricliesses des églUes, il manda en secret dans la nuit les principaux chrétiens, et leur communiqua la mission d’y^ronry. n Voici, dit-il, « les ordres que Je serai force de mettre demain « à exécution ; partez, arrangez-vous en coosé- « quence : surtout gardez-moi le secret sur ma « communication. » Les chrétiens se retirèrent, et le lendemain quand le gouverneur, entouré de ses gardes, se présenta u l'egli&e principale avec le qady et les notaires, le proces-verbal constata qu’on n’avail trouvé dans l’église du Sauveur qu’une vieille natte et une souricière.
(1) Cette année a oommenoé le vendredi ao Janvier de l’ao IdGl de notre ere.
ruine. Aucun de ceux qui remplirent le poste de vizir n’était en (itat de tenir les rênes du gouvernement. D'ailleurs, à peiueétaieut-ilsenphuîe.qu’ilssp voyaient en hutte a des dénonciations continuelles, qui causaient bientôt leur destitution; quelques-uns même n’occupèrent le vizirat qu’un seul jour.
Au milieu de cette instabilité gouvernement.ile, le khalyfe admettait auprès de sa personne des hommes de toutes les classes, et ne. trouvait pas mauvais qu'oii lui écrivit; aussi recevait-il plus (le huit cents lettres [lar jour. Des gens de la plus ba.sse extraction avaient pris sur ce faible prince un tel ascendant, que leurs conseils étaient mieux suivis que ceux des premiers personnages de l'État : pendant ce temps, les troubles se multiliaient d.ins l'empire. Le khalyfe, emarrassé de la quantité d'avis contraires quiluiparvenaientdetouscôtés, ne savait quelle m(;sure prendre; les vizirs ne faisaient que passer, et, étant entièrement occupés à se défendre contre les attaues de ceux qui cherchaient à les perre dans l'esprit du prince, n’avaient ni le temps ni les moyens de réprimer les désordres : les différentes provinces étaient dépeuplées; les revenus de l’État diminuaient tous les Jours, elles dépenses croissaient d'une manière effrayante.
Telle était la situation de l’Égypte quand de nouveaux malheurs vinrent fondre sur ce r >yaunie et le mirent à deux doigts de sa perte.
Chaque année, él-Mostanser, feignant d’entreprendrelepèlerinagedela Mekke, sortait du Kaire, escorte d’une troupe d’hommes et de femmes portés par des chameaux ; sa marche s’exéentaitau son des instruments de musique. Arrivé au bord de l’étang nommé alors liirket Omaijra, maintenant /JirAW-é/-//o(// (le lac du pèlerinage), il s’arrêtait au lieu où la caravane sacrée avait coutume de camper à son départ et à son retour ; là, au grand scandale des musulmans, il faisait nbondainment distribuer a son cortège du vin dont les outres étaient remplies, au lieu d’eau. .Son voyage se bornait a cette première halte , puis il retournait à son palais.
L’an 454de l’hégire (I), pendant une de
(I) Celte anni'e a cnmmencà te mardi 15 janvier de l’an looade l’érc (direlirnne.
ces orgies, un Tiirk ivre tira son cimeterre contre iin des soldats noirs de la garde du klialyfe : les antres nègres se jetèrent sur leTiirk et le tuèrent; outrés (le la mort de leur camarade, les Turks coururent en foule tumultueuse auprès de él-Moslanser : » Si ce meurtre a été or- « donné par vous, lui dirent-ils, nous de- « vons nous soumettre ; mais, s’il a été < commis sans votre aveu , nous ne le « laisserons pas impuni. >
Le khalyfe protesta qu’il n’y avait aucune part, et les Turks coururent attaquer les noirs; ceux-ci étaient nombreux; car la mère du khalyfe, négresse ellemême, aimait à s’entourer de ses compatriotes et en faisait acheter de tous les côtés : son palais en (>tait rempli, et leur nombre au Kaire était de, [(liisieurs mille, composant une milice dont la faveur excitait la jalousie des autres c.orps.
I.es deux partis se livrèrent plusieurs combats sanglants. Enfin un parvint à conclure entre eux quelque accommodement : on convint que le meurtrier serait remis à la discrétion des Turks.
La haine réciproque fut néanmoins loin de s’éteindre. Des projets d’attaque fermentaient départ et d’autre ; les noirs prévenus par le vizir se tenaient sur leurs gardes, renfermés dans leurs casernes; de leur côté les Turks attirèrent dans leur parti plusieurs tribus arabes, qu’ils lièrent à leur cause (lar des traités d’alliance offensive et défensive : puis ils mirent à leur tête cet émir Sasser-M-doulak dont nous avons vu ci-dessus les expéditions peu heureuses en Syrie, et qui, destitué de son gouvernement de Damas, mécontent du khalyfe et de ses vizirs, attendait impatiemment, au Kaire, une occasion favorable pour tlonner enün l'essor à son ambition démesurée.
Nauer-éd-doulah accefita ce commandement eoinine un instrument (jui, entre ses mains, devait devenir l’arme la plus redoutable-
Les noirs se voyant trop faibles, sortirent du Kaire et ’se réfugièrent dans le Sayd : là leur troupe se grossit au point de compter au moins cinquante mille combattants; ces forces revinrent sur le Kai re et sur AlexandrieetattaquèrentlesTurks à K.oum-Cheryk(l) ; les Turks, qui n’a-
Ci) Crtle pnsUion «aria rive occidentale de la brandie de Roseile est devenue célèbre daos
valent que six mille hommes environ, fiirentd^abordenfoncés; mais, reprenant l’avantage , ils acculèrent leurs ennemis au bord du Nil, en jetèrent une partie dans le fleuve et firent du reste un carnage terrible. Les écrivains arabes prétendentquecejour-lalestiiéset les noyés dépassèrent le nombre de trente mille.
La mère du khalyfe s’éLait hautement déclarée pour les noirs, ses compatriote.s et ses favoris : sa haine était d’autant plus fortecontre les Turks, qu’elle avait encore à venger sur eux le meurtre de son confident intime Ahou-Sayd, qu’ils avaient massacré. Elle fit passer aux nègres des secours, qui leur permirent de reprendre l’offensive. Dès lors une longue suite de combats acharnés fit couler des flots de sang tant aux environs du Kaire que dans la haute et la basse Égypte. Cependant, au milieu de ce bouleversement général , renfermé dans son palais, ne s’occupant que de son harem, le faible khalyfe, à chaque plainte, à chaque nouvelle désastreuse qu'il recevait, ne savait ipie repondre : « Ceci se • fait sans mon aveu, et je n’ensuis pas « responsable. •
Les hostilités furent quelque temps suspendues par la lassitudfe et les pertes des deux partis; mais chacun d’eux n’atlemlaitqiie le moment de reprendre lesarmes. Restés maltresdu Kaire , les Turks , dont In pouvoir allait chaque jour en croissant, fatiguaient le khalyfe de leurs dem ande.s, rériamant, sans c-sse, une augmentation de solde. Ce iirince avait beau épuiser son trésor, il se voyait hors d’état de les satisfaire, et .se trouvait l'esclave de ceux qu’il soldait pour sa défense personnelle.
La mère du khalyfe ajoutait encore a la pénible position où ce prince se trouvait; elle deuiandait toujours et s’indignait qu'une seule de ses demandes pdt être rejetée. Ses e.xigenees et celles de ses gardes fatiguèrent enfin tellement êl-Mostanso\t\ui, ran457(l) de l’hégire, il s’éc.hap(ia de son palais, seul, à pied, sans aucune suite, se dirigeant vers la mosquée d’Amrou , protestant qu’il voulait abandonner le timon des affaires, pour
rhisloire de l’expédition française en Egypte, par rat'acpic et la défaite des Manilouks.
Il) Celle année a oummencé le lundi ta dé- (XJmlire de l’an I06t del’crc vulgaire.
iglc
EGYPTE MODERNE
se retirer dans ce lieu sacré et s’jr vouer le reste de sa vie au service du Dieu. Ce ne fut pas saus peine que ses principaux officiers, courant après lui, purent le détourner de cette résolution désespérée.
L’année 459 de l’hégire (i) vit les hostilités recommencer avec une nouvelle fureur. A l’instigation de la mère d’é/- Mostanser, les nègres se réunirent à Gyséh; les Turks et Nasser-éd-doulah coururent les y attaquer : on se battit sur le Nil pendant plusieurs jours ; puis, ayant réussi à aborder le rivage, lesTurks mirent en déroute les noirs | qui furent encore forcés de s’enfuir dans la haute Égypte.
Nasser-éd-doulak , fier de sa victoire, rentra au Kaire, s’empara de l’autorité et, des ce moment, ne traita plus le khalyfe qu'avec mépris et arrogance.
Cependant les noirs, après leurdéfaite, avaient réussi à gagner le Sayd et à s’y réunir au nombre de quinze mille. De là , ils menaçaient de descendre encore sur le Kaire; un corps de leurs troupes occupait déjà Alexandrie : ceux de Fostatt, excités par la mère du khalyfe, prirent lesarmes. Faisant face à tout, Nasser-êddoulah rassembla ses Turks, massacra les nègres de Fostatt, courut au Sayd, y battit le gros de l'armée des noirs, et redescendant dans la basse Égypte, enleva Alexandrie; puis, revenant au Kaire, il extermina ju.sqn'au dernier des nègres que ses recherches purent lui faire découvrir dans la ville ou aux environs.
Le khalyfe voulait en vain s'affranchir du joug pesant que lui imposait Nasseréd-<hulah; en vain nommait-il parmi ses affidés, ou parmi ceux dont il voulait se faire des partisans, des gouverneurs de province ou de ville : aucun d’eux ne pouvait parvenir à se mettre en possession de ces gouvernements. Bedr-dl- Gemaly avait profité de cet état de désordre, pour se rendre maître dans tous les gouvernements de la Syrie; le Sayd était occupé par les noirs, PÉgypte basse et moyenne n’obéissait qu’à Nasser-éddoulah, depuis la prise d’Alexandrie; le Kaire et Fostatt étaient la proie des milices turkes : à peine si les ordres du khalyfe étaient reconnus dans l’enceinte de son palais.
(I) Cette année a commencé le mercredi 23 novembre de l'an 1066 de notre ère.
Si les affaires à'él-lUostanser étaient à l’intérieur dans un état déplorable, elles n’offraient pas, a l’extérieur, un aspect plus florissant. Le prince de l’Yémen , él- SaUhy, qui avait reconnu l’autorité des Fatymites, venait d’étre tué par un de ses généraux, et la Mekke avec l’Yémen était rentrée sous l’obéissance des khalyfes abbnssides ; des révoltes éclataient dans la plupart des^ villes frontières, ou bien elles étaient enlevées par l’invasion de quelque prince voisin; chaque jour on voyait arriver au Kairedes gouverneurs, ainsi chassés de leurs résidences, venir chercher un asile en Égypte : enfin les Grecs lui avaient déclare la guerre.
Pour combler la mesure de ses échecs, él-Mostanser eut la maladresse, dans ces conjonctures, de se brouiller avec MaAmouef, prince d’Alep.^que nous avons vu ci-dessus reconnaître la suzeraineté du khalyfe et recevoir de lui les titres les plus' honorifiques.
f-'l-ldos/anser écrivit à ce prince, pour lui enjoindre de lui envoyer de l’argent, de faire la guerre aux Grecs et de licencier les Turks qu’il avait à sa solde.
Mahmoud lui répondit : « De l’ar- « gent,je n'en ai pas : j’ai emprunté de « fortes sommes pour reprendre Alep, « et on m’en réclame le payement. — Les « Grecs, j’ai fait une trêve avec eux; ils « m’ont aussi prêté de l'argent, et j’ai « donné mon fils pour otage; je ne puis • donc leur faire la guerre. — Les « Turks, ils sont plus forts que moi : « prétendre les chasser, ce serait vouloir « me faire chasser moi-même. »
Le khalyfe devait bien, d’après sa propre position, apprécier combien cette dernière excuse était fondée; cependant, il s’en montra irrité et écrivit â Bedrél-Oemaly que Mahmoud ayant levé l'étendard de la révolte, il le chargeait de l'en punir.
Bedr-él-Cemaly, déjà si puissant en Syrie, ne demandait pas mieux que d’avoir un prétexte pour attaquer le prince d’Alep.
Il marcha aussitôt contre lui, et la guerre fut de nouveau allumée dans cette partie de l’empire.
Cependant, le khalyfe respirait un peu plus librement au Kaire. Nasser-éddoulah venait de quitter cette ville, pour ajler attaquer les noirs dans le Sayd, où
L’IJM\ cas.
il2
ils se livraient aux ()lus affreux ravages. I>es détaehenients turk.s qu’il avait successivement envoyés avaient lotijours été défaits; !^asscr-(d-(lo>ilali le fut luiinéme et repoussé jusqu’à Gyzch. Outrés de. leurs défaites multipliées, les Turks s’en prenaient au khalyfe, qu’ils accablaient dereproclies injurieux, l’aeeusant de favoriser les noirs, comme sa mère, et de leur faire parvenir des secours eu secret.
Le khalyfe, abandonnant la défense de sa mère, protestait avec serment, que, quant à lui, cette accusation était absolument fausse. Les Turks, après avoir réparé leurs pertes et réuni de nouveaux renforts, retournèrent derechef à l’attaque de leurs adversaires : plus heureux cette fois, ils les chargèrent avec tant de force et d'impétuosité, qu’ils les battirent complètement et en firent un affreux carnage. Ceux des noirs qui échappèrent à cette sanglante déroute, ne trouvèrent leur salut que dans la fui te ; et, dès lors, la force de leur parti fut entièrement anéantie.
Cette victoire rivait les fers du khalyfe. Knorgueilli de plus en plus de ses succès, Nasser-éil-doulah ne garda plus de mesure envers êt-Mostanser, et ne lui laissa plus rien de l’autorité suprême. A son exemple, les Turks sous ses ordres avaient perdu tout respect pour le khalyfe, ne tenaient aucun compte de ses ordres, et le moindre d'entrseux traitait le pontife souverain de l’islamisme avec insolence et mépris. L’assiégeant sans cesse, l’interrompant au milieu de ses repas, de ses prières ou de ses plaisirs, ils réclamaient impérieusement des augmentationsde solde. Les vizirs, en butte à leurs outrages et à leurs attaques, ne pouvaient éviter une prompte destitution; et la place des vizirs, chaquefois, restait vacante plus de temps qu'elle n’avait été occupée. Les prétentions des Turks étaient si exorbitantes, que leurs traitements, qui, avant cette époque, n’avaient été que de 28.')00 dynars (420,000 francs) par mois, furent portés à 400,000 dynars (6,000.000). Le trésor se trouva bientôt épuisé. Ils n’en réitérèrent pas moins leurs demandes; en vain èf-.Wostanstr leur représentait-il qu’il était hors d’état de les satisfaire; cette excuse fut rejetée, et ils le contraignirent à vendre
les objets précieux qui, depuis la fondation de la dynastie, étaient accumulés dans le palais.
Le faible khalyfe ne sut rien leur refu- .scr ; les ’furks prétendirent insolemment alors se porter eux-mêmes pour appréciateurset commissaires des ventes; et, pendant plusieurs années, ces brigandsavides se partagèrent ces richesdépouilles, qu'ils se faisaient adjuger au dixième ou même au centième de leur valeur, et qu’ils prenaient en payement des sommes qu'ils prétendaient leur être dues, soit comme solde, soit coiiime gratifications.
Le khalyfe et l'intendant général du trésor, témoins forcés de ce pillage à l’encan, ne pouvaient y remedier, attendu qu'ils manquaient d’argent pour acquitter les sommes énormes que réclamaient les ’l’urks, sans aucun droit et sans aucun titre.
L’historien 6l-Maqryzy , d’après des mémoires contemporains, nous a conservé les détails les plus minutieux de ces déprédations et des immenses trésors en or et en pierreries qu'elles dilapidèrent. Ces détails passent toute croyance ; ils semblent des rêves des Mille et une nuits , et ne paraîtraient digues d’aucune foi , s'ils n’étaient attestés par des témoignages aussi irrécusables que les rapports authentiques de l’inspecteur du trésor et le procès-verbal, article par article. A' Abou l-Hassan-Alyy l’intendant de Aasaer-dd-doidah , que rapporte textuellement él~M(tqryzy. A voir cette énumération (1), un dirait que
(1) On trouve dans celte nomenclatare curie'ise je ne sais combien de Souseqiix d’émerxuiles, de rubis, de perles, de coroaiioes et autres pierreries.
Dix-huit rallie vases de cristal de roche, dont quelques-uns valaient jusqu’à Itou dynars ( Is.üuo francs ).
Trente-six mille aulres pièces du mCrae crlslal.
Une natte d'or pesant cinquanle-quatre marcs.
(Quatre cents grandes cages d'or.
Six milte va.s«s d'or à metlre des fleurs.
Vliijîl deux mille bijoux d'ambre.
Un turbau orné de pierreries, valant 130,000 dynars ( l,8r.o,000 francs. )
Des coqs, des paons, des caxelles de grandeur nalurelle, en or, Incnistés de perles , de rubis.
Des tables de sardoine assez grandes pour que plusieurs personnes pussent y manger a la rois.
Un palmier d'or dans une caisse d'or: les fleurs et les fruits de graudeur naturelle en perles et en rubis.
Un jardin dont le sol était d'argent doréat
Dy CjOOgl
toutes les richesses du monde entier se sont donné rendez-vous dans ce point du globe, et s'y étaient accumulées, depuis de longs siècles, pour être ainsi disséminées aux mains de la plus vile soldatesque.
Nasser-éd-doulah et les dix autres
généraux des Turks eurent pour leur part en pierreries, en armures (1), en meubles précieux, des objets au-dessus de toute appréciation.
Après avoir ainsi pillé le palais, les Turks n’en obsédaient pas moins êl- Mostanser, pour en réclamer de nouvelles sommes; voyant qu’ils ne pouvaient rien en obtenir, ils forcèrent l'entrée du tombeau des ancêtres du khalyfe , et en pillèrent tous les ornements d’or; de là ils se Jetèrent sur la bibliothèque, riche de plus de cent vingt mille volumes , chefs-d’œuvre de calligraphie et renfermant les manuscrits les plus précieux; tout fut enlevé, pai^ tage et détruit en partie : perte inestimable et aussi déplorable que celle de la bibliothèque d’Alexandrie. Une portion considérable de cette collection si précieuse, qui était échue à Ebn-il-MohénreA, gouverneur d’Alexandrie, et qu’il faisait transporter dans cette ville, tomba en route, auprès d'Abyâr, entre les mains de la tribu berbère des Leouatah. Les Bédouins en brillèrent une partie , prirent les couvertures des livres pour se faire des chaussures; le reste fut abandonné, entassé par monceaux , au milieu
■a (erre d’ambre, les arbres d’argent et les (rails d’or et de pierreries.
Une tente de cinq cents coudées (six cenis vingt-cinq pied.s) de circonférence, et de soixante-quatre coudées (quatre-vingt-dix pieds t de hauteur, toute en velours et satin brodé d’or, et dont les tentures furent la cliarge de oent clia-
me.nux.
Uneanire tente, (issue d’or pur, soutenue par six colonnes d'argent massif.
Iles cures d’.'irgeat , du poids de trois quintaux.
Deux mille tapis enrichis d’or, dont l’un avait coûté dynars (330,000 francs) et les
moindres 1,000 dynars ( 13,000 francs.)
Cinquante mille pièces de damas enrichies
U or.
Enfin Ebn-Abd-H-Azyz, inspecteur du trésor, déclare dans sou rapport que plus de cent mille articles précieux et deux cent mille pièces d’armures ont été adjugés en sa présence.
V) L’épée Dou-l-fiqar ( à deux tranchants i ly, les cimeterres de son fils HvitMeyn.d'Amrou, d'Abd-atlah ^d‘'Obiyd-AUah, dtDjaJar; le bouclier de Ilamzah^ la cuirasse et l’épee de Afoêz-te-dgn-itlah , etc.
du désert. Les vents ne tardèrent pas à les recouvrir de sables et à en former plusieurs monticules , que l’on appelle encore maintenant TaU-élrKoutouo (la colline des livres.)
Non content d’avoir dépouillé le khalyfe de toutes ses richesses et de tout son pouvoir, Nasser-éd-doulah eu vint bientôt a vouloir enlever à ce malheureux prince le peu d’influence que pouvait lui laisser son autorité spirituelle sur les musulmans : il résolut de faire un autre khalyfe à la place de él-Afostanser; il ne cherchait qu’un prétexte, il le trouva bientôt.
Le chef des Turks avait amassé contre lui des trésors de haine, même parmi ses milices, par son pouvoir insolent et ses exactions tyranniques. L’an 4G1 de l’hégire (1), en sortant de chez le vizir, il fut assailli par un homme de la ville de Siraf et blessé d’un coup de poignard. L’assassin fut sur-le-champ étranglé, mais Nasser -éd-dotdah, qui fut bientôt guéri de sa blessure, prétendit que l’assassinat avait été commandé par le khalyfe et sa mère. Dès lors il affecta ()e dire hautement que M-Moslanser, livré au Jeu, au vin et aux plaisirs du harem, était indigne du trône du khalyfat ; mettant en avant un chérit, nominé Àbou-Taher-Ilay-Darah, que Bedr-iU Cemaly avait expulsé de Damas, et qui , retiré au Kaire, s’y était créé une popularité fondée sur sa piété et la ferveur de ses pratiques religieuses, il lui offrit le khalyfat, à la condition de le défaire auparavant de leur ennemi commun , Bedr-êl-Gemàly. Celui-ci était toujours resté seul maître de la Syrie , et Nasserêd-doulah pouvait craindre qu'il ne tournât ses regards du côté de rÉgypte.
Au chérif furent associés , dans ce complot, deux émirs des Arabes de Syrie; et 40,000 dynars (600,000 francs) furent remis pour faire face aux premières dépenses.' Les trois conjurés partirent pour la Syrie , où ils se ureht d’abord un assez grand nombre de partisans. Mais Bedr-él-Gemàly était sur ses gardes; les conspirateurs subalternes furent arrêtés ; la conliscation de leurs biens servit à Bedr-él-Gemàly à acheter le plus redoutable des trois clirfs du
(I) Cette année a commencé le vendredi 3i oclobre de l’an lOGS de notre ere.
,se l.icraison. (Kgïpte modrbne.)
complot; il séduisit le second par des promesses brillantes , et se fit livrer le futur klialyfe, Hay-Darah , qu'il fit aussitôt écorcher vi^
Pendant que ces choses se passaient en Syrie, Nas$er-icMoulah n’en travaillait pas moins de tout son pouvoir à faire déclarer êl-Uostanser déchu du khalyfat : mais le chef des Turks avait soulevé contre lui tous les esprits, et l’armée s’était divisée en deux partis : l'un secondait les projets du général turk ; mais l’autre restait fidèle au khalyfe. Èl-Mosiaruer se décida enfin à commencer une active défensive; sa première démarche fut d'écrire à ?! asteréd-doulak, et les historiens du temps nous ont conservé le texte de sa missive : elle est pleine de la dignité qui convenait au chef de l'islamisme, et qu’il paraissait depuis trop longtemps avoir mise en oubli.
« Lorsque tu t’es rendu auprès de « nous, réclamant notre protection,
< nous t’avons accueilli et comblé de « bienfaits : tu nous as payé par l’iu- > gratitude : notre bonté et notre pa-
< tience t’ont enhardi ; tu as débauché « nos troupes et comploté notre ruine.
« Maintenant, sors de notre capitale; « nous te garantissons une entière sd-
< reté ; nous te permettons d’emporter « tes richesses : ton refus d'obéir sera <• suivi de ton châtiment. >
La lettre était fière, la réponse de Nasser-éd-doutah fut plus fière encore : elle fut dérisoire et insultante. Alors él-Mostanser appela dans son palais plusieurs généraux turks, qu’il avait su intéresser à sa cause, et entre autres Ildekouz, ennemi juré de Nasser-éddoulah , quoiqu’il ffit son beau-père ; les chefs des troupes moghrebines et de la tribu arabe des Ketamah s’y réunirent, et un nouveau serment de fidélité fut prêté au khalyrfe.
Voyant ses partisans inférieurs en nombre, Naster-êd-doulah quitta le Kaire et se retira à Gyzéh. Aussitôt sa maison et celles de ses partisans furent livrées au pillage, et plusieurs de ses affidés furent massacres.
Le khalyfe se revêtit d’une cuirasse , monta à cheval, suivi des tambours et entouré des étendards.
Les milices et la population se réuni-
rent auprès de lui , et il vit passer sous ses drapeaux un grand nombre des officiers de Natter^d doiUah.
Les deux partis en vinrent aux mains, sur le terrain qui sépare le Kaire de Fostatt, et la victoire se déclara pour il- Mostanser. Complètement défait et ayant perdu beaucoupde monde, Natserêd-doulah fut forcé de s’enfuir à Alexandrie, dont il avait fait sa place d'armes et où il avait fait conduire ses femmes , ses enfants et ses trésors.
Les troupes que le klialyfe envoya
tiour l’en chasser ne purent en venir à lout ; et, avec l’assistance de plusieurs tribus arabes, avec lesquelles il traita , Nasser-éd-doulah demeura maître de toute la basse Égypte, où il fit aussitôt faire la prière solennelle au nom du khalyfe abbasside il-Qayem-be-amr- Illah.
Tandis que l'Ëgypte inférieure était en proie aux dévastations des troupes de ÿasser-éd-dou/ah et des tribus arabes, ses alliées, l’état du Kaire et de Fostatt n’était pas moins déplorable. Ces deux villes étaient désolées par une horrible famine, qui durait depuis cinq années et qui se prolongea jusqu’à l’année 464 de l’hégire (1) ; mais l’année 463 de l’hégire (3) fut celle où ce fléau exerça les plus cruels ravages.
Depuis l’an 457 de l’hégire (3), le Nil ne s’était pas élevé à un niveau suffisant. Les troubles qui survinrent, le choc des factions , les ravages des brigands , le gaspillage des céréales, la négligence du gouvernement avaient rendu le blé telles ment rare, que l’ardeb s’en payait lOO dynars (1500 fr.), un gâteau 15 dynars (325 fr. ) On vendait a la criée un œuf 1 dynar (15 fr.), un chat 3 dynars (45 fr.),un chien 5 dynars (75 f.); et bientôt , à tout prix , il fut impossible de se procurer le moindre comestible.
Les détails que nous donnent de cette famine les historiens arabes, sont réellement effroyables; le khalyfe avait dans ses écuries 'dix mille chevaux, chameaux ou mulets; tous furent mangés; il ne lui resta plus que trois chevaux. Les habi-
(l)Otle année a oommeooé le Jeudi S9 septembre de l’an 1071 de l'ère chrélienne.
(ï) Cette année a commencé le mardi 10 octobre de l'an 1060 de Père chrétienne.
(3) Celte année a commencé le landi 13 décembre de l’an I06i de l’ère chrétienne-
ÉGYPTE MODERNE. 116
tiats se mangeaient les uns les autres ; les enfants, les femmes, les hommes même étaient enlevés au |>assage dans les rues; une femme put s’échapper des mains de ees antropopbages; le tiers des chairs de son corps avait été dépecé et dévoré elle vivante ; elle survécut, et rendit elle-même témoignage de sa terrible aventure. Le vizir, se rendant au palais , fut jeté à bas de sa mule, qui fut enlevée et mangée sous ses yeux ; trois des auteurs de cette violence furent saisis et suppliciés. Le lendemain on ne trouva que leurs os à la poteuce ; leurs chairs avaient été dévorées pendant la nuit. Le khalyfe lui-même, pressé par la faim, s’était vu obligé de vendre, a vil prix, quelques bijoux précieux, échappés à la rapacité de la milice, et jusqu'aux vêtements de ses femmes, qui sortaient nues du palais pour aller tomber mortes de faim hors de la ville.
Lapeste, cette compagne inséparable de la famine, achevait de désoler Fostatt et le Kaire; dès qu’un homme était frappé, en vingt-quatre heures tous ceux qui habitaient la maison étaient morts , et la maison déserte. Ceux qui avaient conservé quelques moyens se précipitaient en foule hors de la ville, et se jetaient dans le désert, pour aller chercher un asile dans l'Iraq et la Syrie.
Êl-Mostaruer sortit un instant de son apathie; il fit venir l'oualy (1), et lui jura, sur sa vie, que, si la famine ne cessait, il lui ferait trancher la tête. Le elief de la police savait que des magasins considérables de blé étaient cachés et enfouis ; mais comment les découvrir? la peur de mourir de faim faisait garder aux emmagasineursun silence quaucun moyen ne semblait pouvoir rompre.
L’oualy tira des prisons quelques criminels condamnés à mort, les costuma en riches marchands, et les fit publiquement décapiter comme accapareurs :
chaque jour il recommençait ces exécutions, annonçant qu’il les continuerait jusqu’à la cessation de la famine. La crainte d’une mort immédiate fut plus forte que la peur d’une mort éventuelle; les magasins secrets s'ouvrirent et la famine diminua.
Nasser-éd-doulah avait concouru à
(Il Masirtrat chargé de la police et de TodminbtraUOD intérieure du Kaire.
augmenter la famine, en retenant tous les grains de la basse Égypte; et bientêt, profitant des désastres du Kaire, il vint en faire le siège, après avoir tout brûlé et dévasté sur son passage. Èl-Mosianser, hors d’état de résister, fut obligé de se remettreà la discrétion de son ennemi.
Redevenu ainsi maître du Kaire, JVas~ ser-éd-doulah osa venir redemander au khalyfe les sommes qu’il prétendait lui être redues sur l’ancien arriéré de sa solde ; il trouva dans le palais dévasté et en ruine él-Mostanser, assis sur une natte grossière, sans aucun autre ameublement, couvert d’habits vieux et déchirés et ne conservant de toute son ancienne pompe que trois esclaves vieux et demi-nus. « Tu vois, dit le khalyfe, la « situation où tu m’as réduit : prends > encore ma pauvre natte, mes trois « vieux esclaves et ces haillons qui me « couvrent a peine. •
Sasser-édrdovdah fut ému, malgré lui; rougissant de honte, il renonça à ses demandes, et assigna à él-Mostanser une pension alimentaire de 100 dynars ( 1 ,500 francs } par mois.
Enfin, l’an 465 de l’hégire (1) délivra le khalyfe de son oppresseur. Nasserid-doutah s’était réconcilié avec son beau-père Ildekouz ; cependant cette r^ conciliation n’avait pu eteindre une méfiance mutuelle; et Ildekouz, craignant les projets de son gendre contre sa vie , résolut de le prévenir. Il alla trouver iVasser-éd-dovdah dans sa propre maison, l’y poignarda lui-même, lui fit couper la tête, ainsi qu’à Fakhr-él-Arab, frère de Nasser-éd-dotdah, et porta ces deux hideux tropliMS aux pieds du kbal^e.
Mais cette catastrophe n'améliora en rien la situation d'il-Mostanser; et IIdekota s’arrogea aussitôt tout le pouvoir qu’avait usurpé Nasser -éd-damah, enchérissant même sur les mauvais traitements dont celui-ci s'était rendu coupable envers le khalyfe.
Ce prince prit enfin, l’an 466 de l’hégire (2), le parti désespéré de réclamer en secret XeKooutsdeBedr-il-Gemaly, l’invitant à passer en Égypte et lui offrant de le mettre à la tête du gouvernement.
(1) OUe année a oommeneé le londl n septembre de l’an I07S de noire ère.
(3) Cette année a commencé le vendredi s septembre de l'an 1073 de l'ère chrétienne.
IIG
rUNIVERS.
Bedr-él-Gemaly accepta , mais à la condition de remplacer par des troupes syriennes de son choix les milices d'Égypte , trop indisciplinées.
' En conséquence, il partit de Syrie, accompagné de l’élite de ses soldats, dont la bravoure et la Gdélité lui étaient depuis longtemps connues : s’embarquant à Akkah , il eut le bonheur de trouver des vents constamment favorables, dans une saisonordinairement contraire, et arriva en Égypte, sans que personne s’y doutit de son expédition.
Débarqué entre Tennis et Damiette, il y fut accueilli avec empressement par Souleymàn , gouverneur de la province de Rabyréh, se mit en marche aussitôt pour le Kaire et vint camper a Qelyoub.
S’arrêtant là, il exigea, avant d’entrer dans la capitale, l’emprisonnement d’//dekouz : l’ordre en fut sur-le-champ donné par le kbalyfe, et exécuté par les propres ofOclers du proscrit. Alors Bedr-él-GetHaly fit son entrée dans la ville, le mercreui 29 du mois de Gemadyél-Aouel , l'an 467 de l’hégire (I).
Les émirs turks ignoraient que Bedrél-Oemaly avait été appelé par le khalyle : chacun d'eux s'empressa auprès de lui et lui offrit des festins. Bedr-él- Gemaly, les voyant dans une entière sécurité, les invita à son tour à un banquet somptueux : ils y vinrent , y passèrent la journée entière en réjouissances; mais aucun ne sortit de la salle du banquet. DesofHciersdeAedr-éf-Cema/ÿ apostés par lui étaient chargés de les poignarder au signal donné; et il avait lui-même désigne à chacun particulièrement la victime que devait frapper son khandjar. A l’entrée de la nuit, l’ordre fut ponctuellement exécuté; et, avant le jour, les têtes des convives étaient araonceléesdevant l’ordonnateur du massacre, et les maisons des émirs turks au pouvoir des officiers exécuteurs.
Dès ce moment, Bedr-él-Gemaly, débarrassé de tout compétiteur, ne vit
filus de bornes à sa puissance. Le kbalyfe e revêtitd’une pelisse d’honneur, du titre A' Émyr-él-Gyouch (prince des armées ou généralissime), et lui conféra la double dignité de vizir civil et de vizir militaire, réunissant ainsi , en sa per-
(I) Cetle année a commencé le mercredi 27 août de l'an I07i de l'ére cbrétleone.
sonne, toute l’autori tégouverncmentalo.
El-Maqryzy nous a conservé le texte même du diplôme qui lui attribuait ces hautes fonctions. • Le Prince des fidèles • él-iVostanser-b-Ulah , etc.(l), vous in- « vestit de toute sa puissance ; il se re- « pose sur vous de tous les soins du gou- « vernemeut : allez remplir les fonctions « élevées auxquelles il vous appelle; < surveillez les différentes branches de « l’administration; pacifiez les troubles « et exterminez les factieux. »
Revêtu d’un si grand pouvoir, l’A’myrél-Gyouch s’attacha d’abord à poursuivre ceux qui avaient pris une part active aux troubles : il en extermina un grand nombre, parmi lesquels on comptait des vizirs, des qadys et des personnages du plus haut rang : lldekouz fut du nombre de ceux qui furent ainsi mis à mort. La destruction des révoltés, qui occupaient encore les provinces de l’Égvpte, fut ensuite opéree, les tribus arabes chassées des arrondissementsde Bahyréh et de Charqyéh; Alexandrie et Damiette reprises aux Leouatah, qui s’en étaient rendus maîtres.
Alors, l’agriculture et le commerce
urent reprendre vigueur ; la famine
isparut du territoire égyptien, où l’abondance commença à renaître; car Bedr-él-Gemaly consacrait tous ses efforts à rendre le peuple heureux , et à lui faire oublier les maux qu’il avait si longtemps soufferts : rappelant les cultivateurs dans les champs abandonnés, il les encouragea à l’ensemencement des terres et les dédommagea de leurs pertes, en les déchargeant de tout impôt pendant trois années. L’Égypte, qui, peu auparavant, avait été dévastée par tant de fléaux, se repeupla et devint plus florissante que jamais.
Non-seulement au Kaire, mais encore dans toutes les principales villes, des constructions nouvelles s’élevèrent; des mosquées furent bâties à Alexandrie, au Kaire, dans l’IledeRaouddah, auprès du Mekyas, qui fut alors réparé (2), et pres-
(1) Je paue ici tous lo Uires fastaeux qu« «'attribuaient les khalyfos dans leurs actes diplomaUques rl Rouvernementaui.
(2) J'ai recueilli et publié toutes le» inscriptions karmatiques de celte epoque qui décuralent le Mekyas et sa mosquée; elles portent le nom et les titres boooritiques de Bedr él-Oemalÿ à la suite de ceux du kbalyfe él-.Vattan-
ÉGYPTE MODERNE
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(pieentièrement réédifié. A l’extérieur, les affaires du khalife reprenaient aussi honneur et dignité; ses armes étaient victorieuses sur les frontières. La Mrkke qui, JepuiS(|uatre anseteinq mois, .avait reconnu T.iutoritedes klialyfes deB.ighdad, pruel.unait de nouveau son obéissance aux Fatymites ; on y enlevait de la Kaabah la couverture noire à la couleur des Abbassides, et on la remplaçait par le tapis blanc, sur lequel étaient b'rodés les noms et les surnoms du klialyfe (litostanser-b-illah.
Depuis cette époque, pendant vingt années, l’Égypte offrit peu d’événements historiques. Os événements sont près-
ue toujours des désastres; les peuples
ont l’histoire parle le moins furent les peuples les plus heureux.
Cependant, uneattaque imprévue vint, momentanément, troubler la tranquillité de l’Égypte, l’an 469 de l’hégire (I).
L’émir Atsiz , prince turkoman , avait fait quelques conquêtes en Syrie, profitant de l'absence de Redr-êl-demaly ; depuis ledépart de celui-ci, il s’était emparé (le J érusalera et de Tabaryéh (Ti bériade); Damas était même tombé entre ses mains. Enflé de ses succès, il poussa une pointe sur l’Égypte, et, à la tête d'une armée de vingt mille hommes, il vint camper dans Tes plaines qui entourent le Raire.
L’alarme fut grande ; on ne savait comment faire résistance; car les troupes égyptiennes étaient à l’extrémité du Sayd^ occupées à y soumettre les derniers restes des révoltés. Bedr-él-Gemaly entra en négociation avec le Turkoman, oRrant de lui compter 150,000 dynars (2,250,000 francs), s’il consentait à quitter l’Égypte : Jtsiz, avide d’argent, prêta l’oreille à ces propositions; mais les négociations, traînant en longueur, durèrent cinquante jours; Itedr-él-Gemaly profitait de cet intervalle pour faire redescendre en hâte ses troupes de la haute Égypte, et réussit a détaciicr du parti A'Jlsiz plusieurs chefs de tribus arabes, dont les cavaliers faisaient la principale force de l’armée
ter-b-illah. Voyez une de ces InscripUons dalee du mois (le Reiteb de l’an 4S& de l’Iidgire , luSl de l’ère clindieime, dans la planclie n° 23.
(I) Cette année a commencé le vendredi G août de l’au IU70 de l’ére chtéilenoc.
d’invasiou; et même quelques centaines de Turkomans, séduits par lui, quittèrent le service de leur prince.
Enfin, l’armée rappelée de l’extrémité du .Sayd approchait du Kaire. Ayant alors ses forces sous la main, Bear-él- Gematy s’adresse à une caravane de trois mille hommes, qui venait d’arriver au Kaire, pour se rendre à la Mekke : ■ La victoire sur les ennemis, leur dit-il, « est plus méritoire que le pèlerinage, « joignez-vous à nos troupes. > En-même temps il distribuait aux pèlerins de l’argent et des armes. La jonction eut lieu ; et, au point do jour, \'Émyr-él-Gyouch, tombant à l’improviste sur Atsiz, le culbute, le pousse sur une embuscade qu’il avait fait filer sur ses derrières, le met en pleine déroute, et le force à prendre la fuite après une grande perte d’hommes.
Les Arabes et les Égyptiens poursuivirent les fuyards : le earnage fut affreux et le butin- immense. On reprit dans le camp des Turkomans dix mille enfants de l’un et de l’autre sexe qu’ils avaient enlevés dans les campagnes de l’Ég5'pte; toutes les conquêtes qu’y^ésis avait faites en Syrie rentrèrent sous l’obéissance du klialyfe; et //fais périt misérablement à Damas, où il était arrivé lui dixième.
Dès ce moment, rien ne troubla plus l’exécution des projets de ttedr-il-Gemalij pour le bonheur de l’Égypte. Les années suivantes virent bien quelques émeutes partielles, quelques complots tramés par des mécontents, à la tête desquels on est étonné d’apprendre que se montrait le fils même de Bedr-il-Gemaly. Les complots furent déjoués et les révoltes étouffées.
Enfin, l’an 483 de l’hégire (1), Bedrét-Gemaly fit faire le dénombrement territorial de l’Égypte, et fit constater que les impôts , qui, avant lui, n’étaient évalués qu’à 2.800,000 dynars (42,000,000 de notre monnaie), s’étaient éleves à 3,100,000 dynars (4G,.500,000 francs) par suite de i’etat florissant de l’agriculture et du commerce et grâce à sa bonne administration.
Il continuait avec zèle le cours de ses améliorations, lorsqu’aux premiers jours
(I) Cette année a oonunencé le mercredis mars de l’an low de outre ero.
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du mois de Dou-l-IIagéh de l'an 487 de riiégire(l), il mourut, au Kaire, à l'âge de quatre-vingts ans.
Il avait gouverné pendant vingt ans l’Égypte avec une autorité absolue.
Craintet respecté universellement, il tint les rênes de l'administration avec autant de sagesse aue de fermeté : grâces à lui, l'Égypte, désolée par une suite non interrompue de Qéauxet de troubles, recouvra son ancienne splendeur, et devint plus florissante que jamais; il protégea également le commerce, l’agricultu re, les lettres et les sciences. Le Kaire lui dut une nouvelle enceinte construite en briques, et de belles portes en pierres, parmi lesquelles on compte celles de Zoueyléh, la Porte de la Victoire {liAb-H-Naur) et laPortedesConquétes(Âd6-él-A'oufouA),
3ui sont encore à présent les plus belles e la ville (2).
Même encore de nos jours les habitants de l'Égypte bénissent sa mémoire , et mettent son nom à côté de ceux d’^mrouet A' Àhmed-ébn-Touloun.
Le khalyfe il-Moslanser-b-iUah ne survécut que peu de jours au ministre auquel il devait la tranquillité et le bonheur des vingt dernières années de son long règne. irmonrut,le huitièmejourdu même mois, à l'âge de soixante-sept ans et cinq mois, dont il avait passé soixante ans sur le trône (3).
Prince faible, indolent et uniquement occupé de ses plaisirs, il ne sut jamais tenir les rênes de son gouvernement.
Jouet de tous les partis, prêt à subir la loi de tout ambitieux, qui avait assez
(I) Cette année a commencé le lamedi si janvier de l'an 1094 de l’ére cbrélienne.
(2) Voyez , pour la première de cet portes , la planche IS; et pourlateconde, la planche 92, placée par erreur à la Un du volume de l'Egyple ancloice.
(a) Monnaie, en or, du kbaljrfe él-M<utam»r~ i-lliah, frappée au Kaire, l’an 428 de rbégin ( IU3S de l'ere chréUenne).
d’audace pour s’emparerde l’autorité , le nom de khalyfe ne fut pour lui qu’un vain titre, qui ne lui donnait aucune
fiuissance réelle; son règne, l’un des plus ongs dont les annales ne l’Orient fassent mention, n'est devenu historiquement mémorable que par les longs désastres qu’il attira sur l'Égypte.
L’Égypte ne fut pas la seule des provinces soumises au khalyfe él-Mostanser-b-Illah, qui fut, sous son long règne, le théâtre de malheurs, de desordres et de révolutions subversives.
Nous avons dit ci-dessus que la Sicile était devenue l’un des plus riches domaines de la dynastie fattymite, qui avait enlevé cette btlle proie aux pnnces Agiabites (I). Cette lie, éloigné du centre du gouvernement, ne fut jamais, pour les souverains qui l’avaient conquise, une possession tranquille et facile à gouverner. Les vice-rois euxmêmes que les khalyfes y envoyaient exercer l’autorité en leur nom , ne tardaient pas à s’y montrer indépendants de leurs suzerains , et à exciter, par leur administration tyrannique, le roécon-
four( l'andeOM Tyr),I’an 442 de l’hégire ( 1((ki de Dolre ère. )
Monnile, en or, do même khâtyfr, frappéo Tan 4S6 de l’hégire 1 1072 de Père chrétienne ).
(I) Cetie dynastie est la première qui se soit établir en Afrique : avant elle cette partie de I empire des kbalyfesétait sous l’adminislraUoa d uo gouverneur, soumise a leur suzeraineté ; Ibrakym, lils tVJglab, nommé gouverneur par le klijjytr'Téuroun-èt-AaeAyd. se déclara indépendaul l'an IS4 de l'hegirc ( »oo de l'ére chrétieiiue ), et fut le fondateur de celle dynostiu.
EGYPTE MODERNE
tenteinent et la révolte des populations tant chrétiennes que musulmanes.
Le khalyfe ^i-Mogz-le-dijn-illah , dès les premiers temps de son règne sur la Sicile, avait été contraint de destituer et d'exiler en Afrique l’émir Ahmed, après dix ans d’abus et d’exactions intolérables; £ays,qui remplaça celui-ci , ainsi que ses successeurs, avaient suivi les mêmes traces : il en résulta les plus grands désordres, et les musulmans eux-mémes, divisés entre eux, ne pouvaient plus offrir qu’une résistance impuissante aux attaques dont les menaçaient les chrétiens du continent, certains d’être appuyés dans leur agression par les intelligences secrètes qu’ils entretenaient avec les chrétiens habitants del’ile.
Ce fut sous él-Jfostanser-b-lUah qu’éciata enün l’orage qui grondait depuis longtemps, et dont la dernière catastrophe fut le renversement total de la puissance musulmane dans la Sicile.
Les musulmans de cette ile s’étaient divisés en deux partis principaux, qui se faisaient une guerre acharnée : à la tête de l’un était l’émir Den-él-Themdmah, qui, battu par ses adversaires, chercha un asile dans la ville de Catane, dont les Francs étaient maîtres depuis l’an 372 de l’hégire (1).
Les Francs, heureux de cette occasion d’intervenir, embrassèrent vivement la cause de l’émir réfugié ; de son côté, le parti opposé avait réclamé l’assistance de él-Moe>ben-Badys , prince de la dynastie des Zeyrites (2), qui avaient soumis à leur puissance une partie de l’Afrique septentrionale; et la guerre, dès lors, se ranima avec une ardeur plus irréconciliable, non-seulement entre les deux partis rivaux des musulmans, mais plus encore entre les troupes auxiliaires du Zeyrite él-Uoez et les chevaliers normands qui avaient suivi les drapeaux de Guillaume liras de fer et de son frère Roger à la conquête de l’Italie méridionale. Leurs glorieux
(I) Cette annAe a commencé le lundi SS juin de l'an 8s2 de l’érc chrétienne.
(S) Le chef de celle dynastie, Youa-mf-ben- Zeyrÿ,de.scendait d’une tribu d'Uémyarites, qui avaient quitté l’Yémen pour se Jeter dans le Mouhreb. ties princes ont posaédc Bugle, Alqer, Hammad, et les territoires qui en dépeudcut.
faits d’armes avaient déjà réussi à ex-
f miser les Sarrasins de la Fouille, de a Calabre , et des autres provinces occupées par les infidèles dans la péninsule italique ; ils ne tardèrent pas à leur arracher nie tout entière de la Sicile.
Secondé nuissamment , dans sa nouvelle conquête , par Den-ehThemâmah , après des combats multipliés et opiniâtres, Roger T' du nom, que les écrivains arabes aupellent él-Qoumés Mdjdr-él-Aouel (le Comte Roger l'O , parvint à se rendre maître de toute l’Ile, et fut proclamé le premier roi normand de Sicile, l’an 453 de l’hégire (1), enlevant ainsi aux khalyfes fattymites le plus beau fleuron de leur couronne.
Roger II conserva les conquêtes de son père, lorsqu’il lui succéda, l’an 1 101 de notre ère (2), sur ce trône acquis au prix du sang de ses valeureux compagnons d’armes. Sous son règne la Sicile, s’élevant au plus haut degré de prospérité et de splendeur, put cicatriser les blessures profondes que lui avaient faites, pendant tant d’années, et les exactions tyranniques des gouverneurs, et les luttes sanglantes des partis acharnés qui l’avaient déchirée.
Cependant, toute la population musulmane n’avait pas pris part à ces discensions intestines et à ces combats d’extermination ; cette partie de la population resta paisible dans ses foyers , et accepta volontairement la 'suzeraineté et la protection du prince chrétien ui venait d’expulser de l’île les soldats e l’islamisme. Roger II se montra , en effet, juste, tolérant et bienveillant envers les nouveaux sujets que lui donnait la victoire, et dont il sut, par ses bienfaits et sa bonne administration, s’assurer la soumission, et même l’affection, malgré l’obstacle qu’aurait pu opposer la différence du culte et des opinions religieuses.
Voici le tableau que trace de ces deux rois normands un écrivain contemporain, Arabe et musulman, le célébré fl- Cherijf-fl-Édrijssij , dans son traité de Géographie universelle (3), composé par
(I) Cette année a commencé te vendredi as Janvier de l’an mes de notre ère.
(2; Celle année ctirélienne correspond en partie à i'an 49S , en partie a l’an «94 de l’Iiéqire.
(a) Cet écrivain est celui qui a été iouElemps mai a propus désigné sous le nom de Gtogra-
L’UmVERS.
laü
l'ordre de Roger II, à la cour duquel il était admis avec distinction :
«L’illustre, sage, excellent et puis- « sant monarque, fils de Tancrède, « Roger I", l'élite des princes francs, « n'a cessé de disperser les ennemis de la « Sicile, de les poursuivre et de les dé-
• truire, jusqu'à ce qu’il se soit rendu « maître par ses victoires de toute la « contrée, et qu’il l’ait conquise, pro- « vince par province , château par cbâ- « teau : lorsque le pays fut soumis , et
• qu’il y eut établi sa puissance, il a ré- « pandu les bienfaits de sa Justice sur « tes habitants : il les a tranquillisés sur « l’exercice de leur religion et l’obser- « vation de leurs lois : il leur a assuré « la conservation de leurs biens, de « leur vie, de leurs femmes et de leurs « enfants ; c’est ainsi qu’il a gouverné « jusqu’à sa mort, qui rut naturelle.
« lia laissé pour héritier son Qls, le « grand roi qui porte le même nom « que lui , et qui , adoptant les mêmes « principes de conduite , marche sur « ses nobles traces, Roger II, qui a « établi sa puissance sur des bases iué- « branlables, orné par ses vertus le « trône paternel , illustré la suuverai- « neté, donné à son gouvernement une « impulsion équitable, et qui sera célé- « bre par tous les siècles , pour sa sur- « veillanceet ses soins actifs au main- < tien de la justice, de la paix et de la
• sécurité : sa gloire et sa grandeur sont
« au-dessus de toutes limites (1) »
phe On ne pouédMt qu^on eitrait in-
complet de son livre, maison doit la découverte du manoscrit entier de cet ouvrage important à mon savant ami M. Amédée Jaobert, (|q1 en a pahiié la première traduction complète.
(I) Monnaies des rois oormands de Sicile, frappées à Palerme.