CHAPITRE XI
Mort du khalvfp abbasside lil Montidv. — Chahyu-Chah-él-Afdal , lil.i de B«ar-ef-Ceinaly , succéda à son père. — Khalyfes fattyiuites, él- Mr»laaly-b-IIIah, èl-Amer-bealikara-Illah, él- Hàferz-l»MÏyn-niah, èl Dbafer-b^Munr-niah.èl- Fayz-be-naar-lMah . él-Added-le dyn-lllab.
— Sultans seidjoukides et ortokides. — Turkomans. — Première croisade.— Etat des chrétiens dans TOiient. — Pierre l'Hermilc. — Alexis Comnéne. — Prise do Jérusalem. — Conquêtes des croisés en Syrie. — Royaume de Jérusalem. — Godclroi de Bouillou, Baudouin I", Baudouin U, Amaury . — Le Prince des Assassins — Débarquement en Afrique des Normands de Sicile. — Châouer, Darqham . grands vizirs. — Chyrkouéh entre en Egypte. — Les croisés l’y sûivemt.— Siège du Kaire, incendie de FostatL — Cli&ouer est tué
— Chyrkouéh grand vizir. — Sa mort. — Sou neveu Salan-éd-dyu le remplace. — II attaque la Syrie chréUeone. — Mort du khalyfe lattymite él-Added. — L'autorité des khalyfes abbossides est reconnue au Kaire.
L’année 487 de l’hégire (1094 de Tère chrétienne) avait été fatale aux sommités de l’islamisme. Baghdad avait vu les funérailles de son vin^-septièmekhalyfe abbasside, él-Moqtady-b-IUah. (1), dans le premier mois de cette même année, dont le dernier mois enlevait à l’Égypte, à la fois, dans l’espace d’une seule semaine, le souverain titulaire de son kbalyfat et le ministre suprême qui y exerçait tous les pouvoirs de cette souveraineté.
Cette double perte ne laissait pourtant pas le timon nés affaires égyptiennes abandonné et sans maître; avant de mourir, êl-Mostanser y avait pourvu.
Son empire s’était trop bien trouvé de l'admimstration de Bedr-él-Gematy pour qu’il ne crût pas trop accorder à sa mémoire en faisant hériter le fils de l’i?myr-él-Gyouch des titres éminents et des fonctions toutes-puissantes dont son père avait été revêtu.
Cette transmission de sa confiance entière était meme moins im acquit de gratitude qu'un acte d’utilité indispensable pour son propre intérêt et pour celui du prince qui devait être son successeur.
I Bedr-él-Gemaly avait eu deux lils.
L’aîné, dans son ambition effrénée, avait, comme nous l’avons vu, conspiré contre son père, qu’il espérait supplanter dans sa haute dignité; mais il avait trouvé sa perte dans sg tentative criminelle : son
(I) Petit-lils Pt sucPP5seur du khalyfe ahbai^idc ci-QayejH'Ot-amr’lU(ih.
ÉGYPTE MODERNE
parti avait été écrasé, et le fils coupable lui-tnême avait disparu, sans qu’on ait BU quel avait été son sort. Le second fils de VÉmyr-êl-Gyouch,, Chahyn-Chdh, était loin de ressembler à son aîné , et offrait au contraire autant de vertus et de qualités recommandables que celui-ci de vices et de penchants désordonnés.
Au moment de la mort de son père il était depuis plusieurs années auprès de lui, rainant dans les fatigues de son administration, s'instruisant dans la science du gouvernement sous les yeux du rand ministre, et se montrant le digne isciple d’un tel maître.
Ckahyn^Chàh , qui depuis fut surnommé él-AJdal (l’excellent), fut donc investi par le khalyfedu titre et des fonctions d’£myr-é/-f;yo«cA, le jour même de la mort de son père.
TI était d’autant plus nécessaire que les rênes de l’État fussent remises à des mains fermes, qu’à peine le klialyfe expiré, des conjonctures difficiles se présentèrent à franchir
En mourant, êl-Mostanser, par des motifs sans doute fondés, mais que l’histoire ne nous a pas transmis, avait dési-
fné pour son successeur au trône des halyfes, non son fils aîné Nezar, mais sonsecondfils Ahmed, surnommédepuis Abou-l- Qassem.
Chahyn-Chàh-él-Afdal, fidèle aux instructions qu’il avait reçues, fit, aussitôt après la mort lïét-Moslanser, proclamer le jeune prince, sous le titre d’ê/-/T/bifaoly-b-lllah ( celui qui veut s’élever par Dieu). Nezar voulut alors faire valoir ses droits d’aînesse, et revendiquer son héritage les armes à la main.
Mais él-Afdal fit respecter les décisions A'él-Mostanser, et les appuya d’un développement de forces imposantes. L’apparition armée de Nezar eut une fatale issue; les troupes qu’il avait rassemblées furent battues , et il fut lui-même fait prisonnier.
Cette catastrophe rétablit l’ordre et la tranquillité dans l’intérieur de l'Éçypte. Alors H-Afdal songea à ressaisir les portions des provinces extérieures qui, depuis quelques années, avaient été enlevées aux khaljdes fattymites.
Ces spoliations successives étaient le résultat de la formation etde l’agrandissement d’une nouvelle puissance, qui ve-
nait de s’élever, dans l’Orient, sur les débris dukhalyfatdeBaghdad,etqui, ayant dépouillé CCS chefs de l’islamismê de toutes leurs provinces et de toute leur autorité temporelle, les traitait en véritables esclaves, dont les volontés sont subordonnées aux caprices de leurs maîtres.
Le khalyfat d’Égj'pte était meuacé du même sort : et peu sen fallut, en effet, qu’il ne fût , des cette époque, écrasé à son tour par le double colosse sous lequel le knalyfat ahhasside avait déjà disparu presque entièrement , et dont la puissance , chaque Jour accrue , semblait menacer à la fois toutes les contrées de l’islamisme.
Cette puissance, devenue si redoutable, était aux mains de deux dvnasties rivales : celle des sultans setdjoukides et celle des sultans ortokUles; les Turks seldjoukides, sortis de la Tartarie depuis un demi -siècle, s’étaient rendus maîtres de la Perse, que les khalyfes de Baghdad n’avaient pas su défendre : les conquérants avaient trouvé dans les provinces occidentales de la Perse des tribus de Tiirkomans, peuples pasteurs et paisibles, ne manifestant aucune inclination guerrière. L’invasion seidjoukidc avait refoulé ces peuplades inoffensives des bords de la mer Caspienne aux frontières de la Syrie; là, forcés de se faire place à travers les populations de ces contrées, les Turkomans étaient devenus, à leur tour, guerriers et conquérants; mais, à peine établis dans la haute Syrie, l’extension rapide de l’empire seldjoukide était encore venue les en repousser. Cédant à ce torrent d’invasion, ils en suivirent le mouvement et se jetèrent , à leur tour, sur la basse Syrie et sur la Palestine.
L’émir des Turkomans , Ortoq, fils à'Akiak, s’était emparé de Jérusalem et avait pris le titre de roi. Il était mort, l’an 484 do l’hégire (1), laissant deux fils, Yl-Ghazy et Soqmàn. Les deux frères régnaientensemble sur Jérusalem, la Palestine et une partie, de la basse Syrie , qu’ils avaient enlevée par portions successives au khalyfat d’Egypte.
Ce fut contre ces spoliateurs de la dynastie fattymite que Chahyn-Chdh-él-
(I) Cette année a commenrd* ie dimanebe 23 (évner de l'ao lOOl de noire ère.
Jfdal tourna ses premiers , efforts.
1,’an 489 de l'hégire ( 1 ), YÉmyr-él- Gifouch vint à bout de chasser les Orto'kidesde Jérusalem : ceux^;i furent contraints de se replier sur la haute Syrie. SoqmAn alla s’établir à Rohâ (Édesse) et s’empara du Dyar-bekir, tandis que Yl- Chazy se rendait maître de Vlraq-Araby et fondait à Maredyn un nouveau royaume.
Mais en vain ce succès éloignait des frontières de l’Égypte des voisins si dangereux ; le péril n’ était qu’ajourné, et d’ailleurs il se formait, à l’occident, un orage bien autrement terrible, qui menaça d’engloutir, sous son débordement, et les deux kbaly fats rivaux, et les dynasties ortokides et seidjoukides.
L’esprit des croisades venait d’apparaître dans les États chrétiens; à sa voix, devenue tout à coup enthousiaste, fanatique même, l’Europe entière allait se ruer en armes sur l’Afrique et sur l’Asie.
Dans toutes les guerres et les déchiments des populations musulmanes, qui avaient si violemmentbouleversélaSyrie, les chrétiens de ces contrées s’étaient trouvés sans cesse froissés entre les partis belligérants : chrétiens qu’ils étaient, (luel que fût le drapeau qui l'emportât, ils ne pouvaient trouver que des ennemis dans les vainqueurs comme dans les vaincus , musulmans les uns et les autres.
De là, des désastres inévitables, des avanies journalières, des vexations tyranniques , des massacres en niasse pour les populations chrétiennes : ceux qui échappaient au cimeterre ne pouvaient éviter les chaînes de l’esclavage. Ce sort cruel était commun à tous les chrétiens natifs de l’Orient, et même aux pèlerins, pieux et enthousiastes , que leur zèle poussait à venir en foule de l’Occident, visiter les lieux sanctiliés jadis par les prédications, les miracles et la mort du divin fondateur du christianisme, et maintenant dépositaires deson tombeau.
En l’an 488 de l’hégire (2), un pèlerin, Pierre l’Hermite, avait visité la terre sainte; de retour en Europe, il racontait avec une éloquence aiguisée par ses res-
(1) Cette année a commencé le lundi 30 décembre de l’an 1085 de notre ère.
(2) Celte aunée a commencé le Jeudi 1 1 Janvier de l’an 1095 de notre ère.
sentiments personnels , les maux épouvantables dout les chrétiens de ces contrées étaient les déplorables victimes : la foule s’émut; à ces narrations pathétiques se joignait pour péroraison une invitation à une croisade, aOn d’aller arracher aux infidèles et leurs victimes et les saints lieux teints du sang du Christ et de ses principaux apôtres.
L’appel ne retentit pas en vain dans toutes les provinces de la France : le projet de croisade , présenté par l’Hermite, prêché par lui de village en village, y fut reçu par les acclamations universelles des populations fanatisées.
L’indignation publique et l’entraînement général furent bientôt partagés par le roi Philippe-Auguste, qui régnait alors : embrassant avec ardeur l'entreprise, à la fois religieuse et militaire, que réclamait le vœu unanime de ses sujets, il crut devoir en demander l’autorisation au pape Urbain II, qui répondit en arborant solennellement l'étendard de la croix, et en promettant, au nom du ciel, aux croisés, toutes les bénédictions divines dans ce monde et dans l’autre.
Aussitôt leconcile de Clermont, assemblé par l’ordre du souverain pontife, déclare la croisade obligatoire pour tous les chrétiens : les masses s’ébranlent en armée innombrable , s’élançant à la
f;uerre sacrée, à la conquête de la Paestine, ou plutôt de toute l’Asie musulmane.
Voilà les ennemis contre lesquels l'Orient allait avoir à se défendre.
Le rendez-vous général de l’armée des croisés fut à Constantinople; elley était appelée par les cris d’alarme du vieil empereur grec, Alexis Comnène I®'. Les Turks, poussant leurs conquêtes dans l’Asie, de contrée en contrée, étaient parvenus dans l’Anatolie, d’où ils menaçaient en même temps l’Égypte musulmane et la ville chrétienne de Constantinople :
Alexis ne s’en voyait plus séparé que par le Bosphore; et le retentissement des cris .-///aA.’ de la rive asiatique venaient jusque sur la rive européenne troubler les hymnes religieux de la cathédrale de Sainte-Sophie.
Dès rân 1092 (I), l’empereur grec avait réclamé les secours du pape Ur-
( I) Celte anniV de l’ére cb retienne oociespood. a l’an 1H5 (le nu‘;;iru.
ÉGYPTE MODERNE
bain II, qui lui avait promis trois cent mille hommes ; la croisade de l'année 1095 tripla ce nombre et au delà.
Le Bosphore fut traversé par l'armée chrétienne, et le premierprince musulman qui eut à soutenir son assaut fut le sultan seidjoukide d’Iconium Daoud - Kilyc^- Arselàn, fils de .Véirfcÿmdn, fondateur de cette dynastie. Lescroisés battirent ses armées, lui prirent la ville de Nicée, puis Antioche; ils s’y virent alors assiégés par les troupes réunies de Kelboghà, prince de Moussoul, de Dekkak, prince ae Damas, et ie Djennak-éd-doulah, prince de Héinesse.
Effrayés d’abord du nombre de leurs ennemis, les Francs avaient ensuite, dans une sortie désespérée, mis en pleine déroute les troupes musulmanes; et dès lors rien ne put arrêter leur marche victorieuse; Uaarrah fut prise d’assaut, Héinesse ouvrit ses portes sans résistance ; et l’armée chrétienne déborda comme un torrent dans la basse Syrie et dans la Palestine : elle y trouva les troupes du kbalyfe d’Égypte.
Jérusalem, le but de l’expédition sacrée, était restée entre les mains de ce prince, depuis qu’il l’avait enlevée auxOrtokides. Après un siège de plus de quarante Jours, la ville sainte lui fut enlevée par les croisés, le vendredi 22 du mois de Chaabàn de I’an492 (1) de l’hégire (14 Juillet 1099 de notre ère). Le massacre dura une semaine. Les cadavres furent amoncelés dans la mosquée (l-Ak$a ; plus de soixante-dix mille musulmans y perdirent la vie; le butin fut immense, et les Francs, enivrés de leur victoire, rêvaient déjà la destruction entière de l’islamisme.
Témoin de ces désastres, un poè'te arabe contemporain , Modaffer , s’écriait dans une élégie comparable aux chants de Tyrtée :
« O musulmans, vos frères de la Syrie, « en proie aux ravages des lances chré- « tiennes, n’ont pour asile que le dos « de leurs chameaux infatigables, ou les « entrailles des vautours !
« O musulmans, de quels combats Je « vous vois menacés encore! combats où « vos têtes rouleront dans la poussière « comme les pieds de vos chameaux ! »
L’^ypte craignait une invasion de
(I) CetU année a commencé le dimanche 28 novembre de Tan I09H de l'êrc cbréllcooe.
l’armée victorieuse, qui lui avait enlevé tout ce que les F attymi ttes possédaient en Syrie; mais {’Emijr-él-Gyouch envoya contre les chrétiens son général Saadéd-doulah , qui les battit , cette même année, sous les murs i'AsqalAn. Dès lors rejetés des frontières d’Égypte, les Francs se trouvèrent suffisamment occupés à repousser les attaques successives des petits
rinces musulmans qui s’étaient partagé,
cette époque, une portion de la .Syrie et de la Mésopotamie ; un de leurs généraux avait été battu par Kemechtekyn, prince de Matathiah et de SiouAx (Sébaste); ils avaient néanmoins pous.sé leurs conquêtes, d’un côté vers le Oyar-ôe-Air Jusqu’à SeroudJ, tandis que, de l’autre, ils se rendaient maîtres de la côte maritime, où ils s'emparaient A'Arsouf et de Césarée.
Les années 493 et 494 de l’hégire (I) (1100 et 1101 de l’ère chrétienne) se passèrent dans ces combats divers. L’an 495 (2) n’avait pas commencé sous de meilleurs auspices pour l’islamisme, lorsque le khalyfe il-kfostaaly-b-lllah mourutau Kaire, le 17 du mois deSafar(ll décembre 1101), après un règne de sept ans et deux mois, ne laissant qu’un fils, âgé d’un peu plus de cinq ans, nommé Al-Ma/isour.
Chahyn-Chàh-él-Afdal, qui avait été le tuteur dél-Mostaaly, et qui, pendant tout le règne de ce prince, avait conservé sa dignité A' Émyr-él-Gvouch, fut encore chargé de la tutelle du uls de son premier pupille. Le Jeune prince lui dut d’être proclamé kbalyfe, sous le titre A'it- Amer- be-ahkam-Illah ( commandant pour l’autoritéde Dieu), malgré les obstacles qui s’efforçaient de s’opposer à son intronisation.
En effet , à la mort A'él-Mostaaly l’oncle du jeune khalyfe. BerAr, s’était saisi de la ville d’Alexanarie et s’y était fait proclamer khalyfe lui-même, sous le titre de él-MostafAAe-dyn-Iliah (choisi pour la religion de Dieu ).
fi.l-Afdaf, défendant les droits de son jeune pupille, courut attaquer le prince rebelle, le battit complètement et le força de se soumettre.
(I) La première de ces deux années a commencé le Jeudi 17 novembre de l'an lu»a de nuire ère. et la seconde le mardi 0 novembre de l'an lioo.
(■J) Cette année a commencé le samedi 2S octobre de l’an liOl de notre ère.
Cependant les Francs avaient continué le cours de leurs conquêtes en Syrie; elles furent facilitées parla désunion qui régnait, à cette époque, entre les princes musulmans de ces contrées; ceux-ci , en effet , au lieu de se réunir en masse contre l'ennemi commun, s'abandonnaient à leurs haines particulières, et cherchaient à se dépouiller l’un l'autre. Les volontés étaient divisées , les vues divergentes, et les forces brisées par la discorde.
Les croisés avaient profité de ces circonstances, qui leur étaient si favorables. Maître de Antharlous (Tortose),de Héme.sseetde CéhaijH,\), le comte de Saint- Gilles , que les écrivains orientaux nomment Sangyl, après avoir échoué à Tripoli de Syrie ( Taraboulous-él-Chàm), avait marché contre Jkkah (Saint-Jean d’ Acre), l’an 497 de l’hégire (2), et il assiégeait cette place importante par terre et par mer.
/ikkah était alors gouvernée au nom du khalvfe d’Égypte, par Barà-Xaher-éd-aoiüah , surnommé dl-Gÿo«c%,
Farce qu’il avait autrefois appartenu à Emyr-él-Gyouch. Le siège fût long : les Francs finirent toutefois par entrer dans la ville de vive force , et s’y montrèrent sans pitié pour les habitants. liarà avait échappé aux mains des Francs et s'était sauvé à Damas , d’où il était revenu en Égypte.
On y vit arriver, presque en meme temps, l’émir A7ia/a/, fils de J/otaéù de la tribu arabe des Beny-Kelâb ; possesseur de la principauté de llémesse, il en avait fait le repaire des plus insupportables brigandages. Indigné , le prince de Dama.s, TanAch, avait expulsé le noble brigand, en l’an48.î de l’hégire (3). Après avoir porté en plusieurs contrées ses courses aventureuses, Khalaf avait tourné ses pas en Égypte, où il désirait se lixerauservicedesFattymites.L’occasion d’être utilisé se présenta bientôt. Apamée , dans la haute Syrie , appartenait alors à RoMoudn-Fakhr-êl-moulouk, sultan seidjoukide. Le gouverneur que ce prince avait établi , en son nom, pour commander à Apamée, avait une secrète
(I) Ce nom si^nifif U pays montagneux,
(2) IVtte a«m »î a commencé le lundi 5 octobre de Tan 110*1 de Père chrétienne.
(3) Cette année a o^mmencé le Jeudi I2 février de Pat) IW2 de notre ère
inclination pour le parti fattyinite : il Gir savoir à \'Émyr-él-Gyour.h qu’il était prêt à livrer sa ville à l’officier qui vienr drait en prendre possession au nom du khalvfe d’Égypte,
Khalaf se" présenta pour cette mission et fut accepté. Mais, à peine fut-il maître de la ville et de la citadelle d’,-/pamée, qu’il secoua le joug des Faltymites, refusa d’envoyer au prince se.s contributions, et se livra de nouveau à ses brigandages.
La distance et l’état d'hostilités générale^ où se trouvait la Syrie empêchaient le khalyfe de punir ce nouveau rebelle. Ne pouvant plus supporter ses exactions oppressives, leqady d’Apamée et les principaux habitants se chargèrent d’y mettre fin, en s’adressant au prince d’Alep, et lui livrant la ville avec la citadelle. Khalaf fut massacré avec une partie de sa famille. Mais, à peine délivrés d’un fléau, les habitants d’Apamée en virent un autre fondre sur eux : les Francs arrivèrent, l’an 499 de l’hégire( I ),
firirent la ville et la citadelle, et tuèrent e qady libérateur.
Pendant ce temps , le comte de Saint- Gilles pressait de plus en plus le siège de Tripoli : Ternir qui y régnait s’ét.iit rendu a Baghdad pour réclamer les secours du khalvfe abbasside él-Mostailher et du sultan seidjoukide 3/elek- Chah ; il n’avait rien pu en obtenir; et les habitants s’étalent jetés. Tan 50t de Thégire (2), sous la protection du khalyfe d’Égjmte.
V Èmyr-él-Gyouch-él-A/dal envoya à Tripoli un lieutenant prendre possession de la ville, au nom du khalyfe él-Amer, et expédia, peu de temps après, une (lotte nombreuse pour la défendre : ce secours fut inutile , la flotte fut repoussée par des vents contraires. Le 1 1 du mois de Dou- 1-Hagéh de Tan 503 (3) de Thégire (2 juillet mode Tère chrétienne), les croi.sés prirent Tripoli d’assaut. Les habitants furent ou massacrés ou réduits en esclavage, et la ville subit tous les désastres les plus cruels que peut causer la guerre. Sejit années de combats sanglants se
(I) Celte année a commence le mercredi 13 seplembre de l’an nos de l’ére chrétienne.
Î'I) Celle année a commence le Jeudi 21 arHlt de l'an Ilu7 de notre ère.
(a) Celte année a commencé le samedi 31 juillet de l’an H09 déféré cliréüenoe.
>i)uglc
ÉGYPTF. MODIîRNE.
succédèrent en Syrie. Les Franc.s , qui avaient fait de la ville sainte un royaume, dont le premier roi fut Godefroi de Bouillon, duc de Lorraine, créèrent des principautés dans les différentes villes dont ils avaient fait la conquête : la Syrie vit non-seulement des rois chrétiens de Jérusalem , mais encore des Tancrède, des Roger, des Boëmond, princes d’Antioche, des Josselin, princes d’Édesse, des Ravmond, comtes de Saint-Gilles et de Tripoli, des Hugues, princes de Galilée et de Tibériade, des sires de Césarée, de Sayde (Sidon), de Ueyrout , etc.
Kpouvantés ou défaits, les princes musulmans étaient , ou dépouillés de leurs Ftats, ou forcés de contncter des alliances avec ceux qu’ils appelaient fn/ît/è/ei-, et qui leur donnaient à eux-mémes le nom de païens.
L'Égypte avait évité de prendre une part trop active dans ces diverses catastrophes; se sentant impuissante à résister au torrent furieux de la chrétienté, s’il roulait sur elle ses flots d’hommes fanatisé , elle se trouvait heureuse d’être séparée de ce théâtre d’extermination par les remparts de sable dont l’entourait sa frontière du désert.
Ces remparts furent franchis, vers la fin de l’an .>tl de l'hégire (1). Baudouin 1", que les historiens arabes nomment Bardouyl, et qui avait succède à Godefroy de Bouillon sur le trône de Jérusalem', lit, â l’improviste, une pointe sur l’Égypte : à la tête de troupes nombreuses! il s’avan(;a jusqu’à Farnmah, un peu à l’est des ruines de l’antique Pélwie. Il s’en rendit maître , massacra les habitants, et la livra aux flammes avec toutes ses mosquées; mais une maladie aiguë qui vint le saisir le força , heureusement pour l’Égypte, à reprendre le chemin de son royaume; il mourut en route avant d'arriver à él-Arych{‘i).
Les officiers du roi chrétien transportèrent les restes de leur prince à Jérusalem , où ils les firent inhumer dans l'é-
(I) Cette année a commencé le samedi a mal de l’an 1 1 17 de notre ère.
(U) Le nom de ce lieu signifie en arabe une lente, ou on ahri de feuilhges : il fui ainsi appelé , suivant les traditions orientales , a cause de la lialle qu’y firent les frères de Josepli a leur sortie d’ï!gyple.
glise de la Résurrection ; mais ils ouvrirent son corps, et ils déposèrent ses entrailles au même endroit où il était mort, non loin A'êl-Arych , élevant au-dessus un monceau de pierres pour lui servir de sépulcre : ce monument s’est conservé jusqu’à nos jours; on l’appelle encore U Tombeau de Baudouin, et , depuis ce temps, cette partiede terrain sablonneux, située au milieu du désert, sur la route de .Syrie , a pris et con>ervé le nom de Sables de Baudouin.
La mort de Baudouin délivra l'Égypte d’une invasion redoutable; et pendant sept années les croisés, occupés par les attaques des princes musulmans du nord de la Syrie, ne purent pas songer à la renouveler.
Mais, Tan .51 8 de l’hégire { 1 ), les Francs se présentent aux portes de Tyr, se rena dent maîtres de cette ville par capitulation, permettant aux musulmans d’évacuer la ville avec tout ce qu’ils pourraient emporter. Tyr dépendait alors des kha- Ivfes d'Égypte, dont elle avait reconnu l’autorité. Tan 487 de Thégire (1094 de Tère chrétienne). Cet acte d’hostilité avait renouvelé les craintes d'une irruption sur TÉgynte elle-même, lorsque l’attaque des OrloKides et de TAtabek de l’Iraq, Emad-M-dyn-Zenguy , que nos historiens des croisades nomment le .Soudan Sanguin, rappela les troupes chrétiennes dans la haute Syrie.
Au milieu de ces bouleversements de l’Orient, une nouvelle secte s’y était formée ; c’était celle des Bathéniens , plus connus de nos historiens sous le nom des Assassins (2) . Leur chef, Ismnel, dont ils ont pris aussi le nom A' Ismaéliens , avait rassemblé autour de lui de nombreux prosélytes, dont le dévouement fanatique ne connaissait aucune borne; il avait profité des désordres de la guerre acharnée entre les divers partis pour se rendre maître de plusieurs clbâteaux dans les montagnes des environs de Damas ; puis, tantôt combattant les chrétiens , tantôt faisant avec eux alliance, il avait fini par
(1) Cette année a commencé le mardi 19 février de l’an l I2l de notre ère.
(2) Ce nom, tiré de rarat>e llarhnchtjn, est dérivé du moi hachych (chanvre), parce que ces sectaires employaient celle plante a Libriquer une liqueur 'splrilueuse. dont ils s’enivraient avant et pendant leurs liasardeuscs expèdlUons.
s'établir impunément au milieu même de leurs États.
De la forteresse inexpugnable qu’il y occupait, il s’était renduredoutable, nonseulement aux princes chrétiens , mais même aux souverains musulmans, leur imposant des contributions payables sous peine d'assassinat; et ses émissaires enthousiastes couraient se dévouer à une mort certaine, pour exécuter ces arrêts de mort.
L’an A24 de l’hégire (1), le khalyfe d’Égypte él-Amer-he-ahkatn-IUah fut désigné, parle prince des Assassins, aux coups de ses sicaires : le khalyfe perdit la vie, sons leurs poignards, au milieu même de sa capitale , le 2 du mois de Dou-l-Qadéh de cette même année (2).
Il était alors âgé de trente-cinu ans , et en avait régné près de trente. Noyant pas eu d'enfants mâles , son héritier au Khalyfat se trouva être son cousin Abdél-Megyd-ébn-il-Qa»tem, Olsde MoÂammedet petit-lils du khalyfe él-Moslanserb-JUah. Cependant, comme la veuve du khalyfe él-Amer s’était déclarée enceinte , Abd-él-Megyd ne prit d’abord que le titre de régent, attendant l'issue des couches de la princesse : elle ne mit au monde qu’une fille; alors le régent Rit proclame khalyfe; et il prit, en montant sur le trône, le surnom ù'€l-Uajfei>le-dyn-lUah (conservateur de la religion de Dieu).
Le nouveau souverain accorda d’abord sa confiance au vizir Ahmed, qu’on avait surnommé Ebn-Émyr-él-Gyouch, parce qu'il était fils de él-Atdal , que nous avons vu revêtu de cette dignité; y/ /imecl Justifia le choix du khalyfe par son intégrité et par son zèle; mais ces vertus lui attirèrent la haine des courtisans; et bientôt il fut assassiné, ainsi
(1) Cette anaée a commencé le dimanche 16 décembre de l’an I ISS de Dotie ère.
(S) Monnaie du khalyreét-.dnier.6e.oAAamlÛah, frappée à Alexandrie l'an 6is de l’hégire ( IIS de l'erc chréUeune).
qu’un autre vizir , son successeur , qui avait voulu marcher sur ses traces.
Irrité, le khalyfe remplaça ce dernier vizir par le fils du premier. Hassan , homme dont la cruauté et l’avarice étaient connues. Lapremière opération du ministre fut de faire décapiter quarante des principaux de la cour. Cette exécution , désapprouvée par le khalyfe, mit eu effervescence tous les esprits ; et él-Hafezz allait être déposé, lorsqu’il se détermina à faire empoisonner le vizir Hassan par un de ses médecins, qui était juif.
I.e khalyfe remplaça son premier ministre par un autre vfzir , qui parut développer une grande habileté dans le maniement des affaires; mais ce vizir, nommé Baharam , fut , peu de temps après , supplanté par les intrigues de Hoddouàn-Ouahachy ; celui-ci se rendit odieux par ses cruautés envers les chrétiens, et périt, dans une émeute, à la fin de l’an 643 de l'hégire ( 1). Dès lors le khalyfe se passade vizir et gouverna par lui- même.
Du reste, aucun événement majeur ne signala â l’extérieur la plus grande partie de son règne, sous lequel l’Égypte conserva son système politique de non intervention dans les guerres de Syrie.
Mais , pendant que les regards de la politique égyptienne étaient tournés vers les dangers' qui pouvaient la menacer à l'orient , un nouveau péril surgissait à l’occident , plaçant entre deux feux , également redoutables, la monarchie des
Fattymites.
I.«s khalyfesd’Égypte semblaientavoir pris leur parti sur la perte définitive de la Sicile, longtem ps un de leurs plus beaux domaines, et ils setaient résignés à aban-
donner cette riclie proie à la bravoure des chevaliers normands, cette troupe d’aventuriers qui , y cherchant fortune, y avaient trouvé un trône ; mais l’ambition
de ces conquérants chrétiens ne se contentait pasaes succès brillants qui avaient couronné leur entreprise téméraire. Roger deuxième du nom, fils de celui qui était devenu par ses victoires le premier roi de Sicile, avait conçu le projet d’étendre ses conquêtes jusque sur le con-
(l)Otte année a commencé le samedi S> mai de l'an i us de l'ére chréUeone.
ÉGYPTE MODERJSE. 127
tinent africain : il avait expédié une flotte de deux cent cinquante voiles, qui, l’an 539 de l’hégire (1), lit une descente en Afrique et s'y empara de la ville de Btyrsah, dont les habitants furent massacrés et les femmes emmenées en esclavage.
Moins de deux ans après, l’an 541 de l'hégire (2), Tripoli de Barbarie, en proie aux discordes de deux factions ennemies, était de même tombée au pouvoir des Normands , qui , l'an 543 de l’hégire (3) , avaient encore pris possession de la ville de Mahadiéh , berceau de la dynastie fattvmite, alors abandonnée de ses habitants, fuyant les désastres de la plus cruelle famine.
De là, le roi Roger menaçait Alexandrie; et ce nouveau péril était bien autrement à craindre pour l’Égypte que l'attaque éventuelle des chrétiens de Syrie ; car , à cette époque , ceux-ci n’avaient pas trop de toutes leurs forces pour résister aux armes victorieuses du fils de Zenguy, l’atabek Mahmoud, portant le double surnom de él-Mekh^l-Adel et de Nour-éd-dyn , que nos historiens des croisades nomment Noradin.
L’Égypte était dans cet état de crise et d’alarme, lorsque le khalife Hafezzle-dyn-tUah y mourut dans le mois de Gemady-él-Tnany de l'an 544 de l’hé-
Îjire (4), laissant pour successeur son ils ItmayUAhou-l-Mantour, qui prit, à son avènement, le titre A'il-Dhafer beamr-lUak (victorieux par l’ordre de Dieu), mais dont le règne fut bien loin de justifier ce présomptueux présage.
El-Hafezz-le-dyn-lUah avait atteint presque l'âge de quatre-vingts ans , dont ilavaitrégnédix-neufanset septmois(5); ou plutôt ses ministres avaient régné pour lui ; car, à cette période dedécadence du khalyfat fattymite , les souverains titulaires , renfermés dans l’intérieur de leur harem , y traînaient leur vie lâche et efféminée dans la mollesse et l’indolence , se contentant de l’autorité spirituelle, que la religion de l’islamisme avait consa-
(I) Cette année a commencé le mardi 4 Juillet de Tan 1144 de l'ère chréUeune.
(S) Celte année a commencé le Jeudi 13 Juin de l’an 1 146 de notre ère.
(3) Celte année ' a commencé le aamedi 23 mai de l'an 1148 de l'ère clirétienne (4) Cette année a commencé le mercredi 1 1 mai de l'an 1140 de notre ère.
'!•) Monnaie du klialyfe il-HafJezs h-dynllliih, frapiice a Alexandrie l'année même de
crée dans leur personne, et n’ayant conservé de leur puissance temporelle que la signature des diplômes qui investissaient leurs ministres de la toute-puissance :
ces mutations des patentes des vizirs leur donnaient seules quelque connaissance des révolutions de pouvoir qui s’exécutaient autour d’eux et sans eux.
Depuis la mort de \’£myr-él-GyoucfiélrAjdàl, fils de Dedr-él-GemûJy, le suprême vizirat avait passé successivement endiverses mains , toutes de plus en plus incapables de tenir les rênes de l’Etat avec la vigueur et les talents qu’avaient déployés pour le bien de l’Égypte ces deux grands ministres.
Él-Dhafer-be-amr-lItah n’avait que di.x-sept ans, quand il fut proclamé khalyfe, et il ne possédait aucuuedes qualités qui doivent décorer un prince. Livré sans réserve et sans frein au goût des plaisirs , avide des jouissances de toute espèce, il ne s’occupa aucunement, pendant son court règne, des affaires de son empire : c’est avec une égale indifférence qu’il voyait les courtisans de son
fialais troubler de leurs intrigues et de eurs factions l'intérieur de l’Égypte, les Normands de Sicile prêts , de'leurs avant-postes d’Afrique, à fondre sur elle , comme sur une proie assurée , et les armées des chrétiens de Syrie resserrer de plus en plus l’espace qui le séparait encore de ses redoutables ennemis ; il semblait, dans sou indolence apathique, prévoir dès lors qu'il resterait trop peu d'années sur le trône pour en voir rentier renversement , et que , minée qu’elle était de toute part, sa monarchie, à moitié écroulée , ne durerait guère plus que lui-même.
La quatrième année de son règne, 548 de l’hégire (1), les Francs vinrent
la mort da khalyfe, 644 de rbégire, II4S de l'ère cbiètienDC.
(I) OUc année a ramoicnoé le dimanrlie 23 mars de l,in liai ilc l'cre clircüeime.
mettre lesi^edevant MqalâniAscaion).
Cette ville appartenait au khalyfe d'Egypte : comme elle se trouvait à l’extrême frontière , la plus exposée à l'attaque des Francs , sous les règnes précédents les vizirs avaient toujours mis leurs soins à la fournir de tout ce qui était necessaire à sa défense ; mais , au commencement du nouveau règne, le vizir j^del, fils de SaUar, étant mort, la discorde s’était mise entre les membres du conseil du khalj'fe ; et , tout entiers à leurs querelles personnelles , ils avaient négligé l'entretien et l’approvisionnement des frontières attaquables. Les croisés mirent à profit une circonstance si favorable pour eux, et, bientôt, ils se furent rendus maîtres A'Asqalàn.
A peine apprenait-on au Kaire cette perte fatale , qu'une nouvelle plus alarmante encore vint y semer l’épouvante.
Des navires, sortis des ports de Sicile , venaient d’opérer un débarquement sur la plage d’Egypte, et avaient mis à feu et à sang la ville de Tennyt , située au milieu du lac Menzûtéh.
Ce débarquement n’eut pas d’autres suites, et les navires siciliens se retirèrent bientôt , chargés de captifs et d’un butin immense. .Mais , lespremiersjours de l’année ô49 de l’hégire (I) virent terminer à la fois le règne et la vie du khalyfe Ohafer-be-amr-lUak.
Livré à toute l’effervescence des passions les plus déréglées et les plus brutales , sa débauche effrénée avait pris pour victimes de ses plaisirs criminels le jeune iSasr, fils de Abbas lui-méme, grand vizir, et plus souverain dans l'f'^ypte que le khalyfe. L’attentat appelait lu vengeance : le vizir ne la fit pas longtemps attendre.
Le lendemain même, premier jour du mois de Moliarrem , il lava son outrage et le déshonneur de son fils dans le saiig du khalvfe : invitéà une fête par son vizir, él-l)hafer-be-amr-lUah y fut poignardé, avec ses deux frères , au milieu de sa cour, par le pèreoffensé. Il n’avait régné qu’environ quatre ans (2).
Le vizir est accusé par les historiens arabes d’avoir satisfait sa cupidité en même temps que sa vengeance, et d’a-
( t) Cûtie (innoe a commeDcé le Jeudi 18 mars de Tan llM de noire ère.
i’j) Munnaicüu klial> le El-Dh^ffr-bcAtnr’U-
voir profité du trouble que causa cette catastrophe, pour s’emparer de la plus grande partie des richesses que renfermait le palais.
Quoi qu’il en soit , deux jours après , le vizir AbhAs proclama comme khalyfe, sous le titre d'él-Fayz-be-nasr- ( abondant dans le secours de Dieu), le jeune Yssa, fils du khalyfe assassiné.
Cette révolution avait été vue d’un mauvais oeil par les troupes , et surtout par les nègres, qui composaient la garde du palais : ils appelèrent au Kaire Thelày-abou-Rezyq , qui gouvernait alors la province de Minyéh , dans la haute Egypte. Thelây accourut et s'empara sans peine du gouvernement. Abbàs prit la fuite, avec son fils Sasr, emportant avec lui des trésors immenses : il avait déjà atteint la Syrie , lorsqu’il tomba , en route, entre les mains des Francs : il fut massacré, dépouillé de toutes ses richesses , et son fils retenu prisonnier.
Cependant, TAc/dÿ avait été proclamé au Kaire comme vizir suprême , et avait pris lé titre de êl-Melek-él-Salèh { le bon roi ) ; car, à cette époque, tel était le pouvoir des vizirs, qu’ils s’arrogeaient ces titres de royauté , ne laissant aux khalyfes que celui A’hnâm (pontife).
Aussitôt que Thelây eut consolidé sa
fmissance, d s’empressa de réclamer ’extradition du fils d’Abbils , et il l’obtint des croisés à force d’argent. En vain, pour éviter d’être remis au pouvoir de son ennemi , Nasr avait abjuré l’islamisme et embrassé la religion des chrétiens; les chrétiens vendirent et livrèrent au vizir musulman le nouveau prosélytedu christianisme. Dès que Thelây eut Nasr entre les mains , il lui fit couper la tête.
Dès lors délivré de la crainte de tout
ta A, frappée à Alexandrie l’an S45 de l’b égire, (IIM) de notre éie).
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ÉGYPTE MODERNE
iS»
compétiteur , le vizir ne ménagea plus rien , et ne conserva aucun égard pour les personnages les plus importants de l'État, s’arrogeant, sans opposition , la plénitude de la puissance souveraine.
Le nouveau knalyfe, él-Fayzrbe-7iasrlUah, n'avait que cinq ans, et les historiens arabes rapportent qu'à la cérémonie de son inauguration, le vizir v^bbâs l’avait porté sur ses épaules , en allant le déposer sur le trâne.
Ce jeune prince ne r^na que six ans environ , et mourut , dans sa onzième année, l’an SS5 de l’h^ire (I).
Pendant son règne, l’Egypte était réduite à un tel état^ faiblesse , que ,pour faire cesser les incursions des garnisons chrétiennes à'Asqalàn et de Ghazzah sur les frontières, ce khaiyfe fut obligé de se soumettre à payer des sommes considérables en tribut annuel au roi de Jérusalem.
A la mort du khaiyfe él-Fayz, le vizir ThelAy s’occupa de lui donner un successeur. Il se rendit au palais, où on lui présenta un prince de la famille des Fattymites, déjà avancé en â^e, comme étant le plus proche collatml du khalyfe défunt : le vizir allait en conséquence le faire proclamer comme khaiyfe , lorsqu’un de ses confidents s’approcha de son oreille : « Votre prédécesseur O au vizirat , lui dit-il à voix basse , s’est • montré plus fin politique que vous ,
« quand il ne s’est donné qu'un khaiyfe « âgé à peine de cinq ans. »
rrapM de cette observation , le vizir rejeta le prince qu’on lui avait présenté, et fit choix d’un petit-fils du khaiyfe ét-liafezz-le-dyn-IUah, nommé Mbd-allab , fils de l’émir Youssouf. Ce jeune prince ne venait que d’atteindre l'âge de la puberté. Le vizir le fit inaugurer. solennellement sous le nom de t‘l-/idded-le-dyn-lllah (secourant la religion de Dieu) -, et, pour mieux s’en assurer , il lui donna en mariage sa fille , à laquelle il assigna une dot qui surpassait en richesses tout ce qu’on avait vu jusqu’alors.
Ainsi fut appelé à la succession du khalyfat, malgré ses droits éloignés, le quatorzième khaiyfe fattymite (2), qui ne
(I) Gelle année a commence le mardi lï janvier de l’an 1 160 du noire ère.
iZ) Ce prince n’était que le onzième des kha-
9< Livraison. (Égypte hodernf.
devait lui-méme la transmettre à aucun héritier, et entre les mains duquel devait s’éteindre la dernière lueur de la puissance de sa dynastie.
Devant ainsi lekbalyfatà la protection du vizir, él-jidded-le-dyri-lUah devint encore plus esclave du ministre suprême que son prédécesseur; au titre de Metek (roi) que s’était déjà arrogé Theldy, il ajouta encore celui deSouUAn (sultan).
Mais l’insolence du vizir lui suscita dans la cour des ennemis dangereux , et , l’an fiS6 de l’hégire (1), la tante du khaiyfe le fit assassiner au moment même où il entrait dans le palais : avant de mourir toutefois, il eut le temps de faire mettre à mort cette femme, que le khaiyfe lui abandonna sans hésiter. Il parvint même à transmettre son vizirat a son fils Hezuq , qui prit le titre de él-Meleh-él-Adel (le roi juste).
Rezyq eut pour successeur au suprême vizirat Chàouer (2), qui neconserva pas longtemps ce poste éminent : il fut supplanté par Dargham-aboUrl-Ac/ibat.
Châouer passa en Syrie et implora le secours de l'Atabek Nour-êd-dyn pour reconquérir le pouvoir dont il avait été dépouillé. L’Atabek n’avait garde de n^liger une occasion aussi heureuse de s’immiscer dans les affaires d'Egypte. Il consentit à charger un de ses émirs de reconduire le vizir expulsé en Égypte , afin de le rétablir comme grand vizir et Émyr-él-Gyouch.
Un des principaux émirs de sa cour était Assaa-éd-ayn Chyrkouéh[3), fils de Chady, Kurde d’origine, de la tribu des Raouâdys, une des plus illustres de cette nation. Il était depuis longtemps, avec son frère aîné Negm^dédyn-Ayoub, attaché au service de l’Atabek , et ces deux frères y avaient été élevés aux plus hautes dignités.
Ce fut sur Chyrkouéh que Nour-iddyn jeta les yeux pour l’importante expédition d’É^pte.
En effet , le motif patent était seule-
lyles fattynites qui ont réfmé aa Kaire, les trois premiers princes de celte dynasUe ayant régné non en Egypte, mais en Mauritanie.
(1) Cette année a commencé le samedi SI décembre de i'ao 1 160 de notre ère.
(S) Nommé par Guillaume de Tyr Sattar, et Soiiar par le P. Maimbourg.
(3) Nus historiens des croisades Is nomment Siracon.
ment d’attaquer le vuir Dargham et de rétablir par la force des armes en sa place ChAouer,-(\m s’était engagé, pour prix de son rétablissement , à payer à Npur-éd-dgn le tiers des revenus de l’Égypte; mais le véritable but de l’AtabeK était deconnattre àfond les forces de l’Égypte, et d’établir sa prépondérance de manière à pouvoir se créer les moyens de s’y rendre entièrement maître par la suite.
Churkouéh partit pour l’Égypte à la tête d’une armée, et emmena avec lui son neveu Youssouf, le jeune fils de son frère Negm-êd-dyn-Ayoub. Ce neveu, que son ûge avaitem^clié jusque-là de se faire remarquer, ne suivait son oncle u’avec quelque répugnance : les ordres e son père et de l’Atabek durent intervenir, et cependant il marebait sans le savoir à la conquête d’un trône, sur lequel il devait asseoir une puissante dynastie. Ce Youssouf devait peu d’années après devenir le souverain de l’Égypte et de presque tout l’Orient, sous le glorieux nom de Salah-éd-dyn (Saladin).
Nour-éd-dyn, à la tête d’un autre corps de troupes, accompagna Chyrhouéh jusqu’à la frontière de l’Égypte, afin de persuader aux Francs que c'était contre eux que l’expédition en marche était destinée. Ceux-ci le crurent en effet , ne songeant qu’à se fortifier dans leurs villes, et laissèrent librement passer le corps de troupes qui entrait en
'^La position de Dargham n’était pas favorable à une défense. Il avait tait périr plusieurs émirs, et le nombre des mécontents augmentait chaque jour :
d’un autre côté, les Francs ne cherchaient qu’une occasion favorable pour attaquer ie pays et en faire la conquête ; Amaury, roi de Jérusalem, qui venait de succéder à Baudouin II, réclamait avec menaces le payement du tribut annuel auquel l’Égypte s’était engagée envers son prédéce.sseur. Dargham en étant venu aux mainsavec les croisés, avait été battu par eux, et, réfugié dans la ville de BelbetjS, n’avait pu se défendre contre eux qu en coupant les digues et inondant le pays.
Les Francs, ajournant leur conquête, venaient de quitter l’Égypte, lorsque l’arinéo do iSour-éd-dyn y pénétra.
Dargham, à cette nouvelle, eut recours aux ennemis même contre lesquels il venait de combattre ; il s’adressa aux Francs, leur offrant le double des tributs qu’il leur payait auparavant. Mais, avant que le traité pût être conclu, avait déjà été attaqué , battu par Chyrkouéh, et tué dans le faubourg du Kaire, auprès de la mosquée de Sittéh-Ne/ysséh ; Chûouer avait été aussitôt rétabli au Kaire dans toutes ses dignités.
Cependant ce vizir ne tarda pas à pénétrer les desseins cachés de ses protecteurs armés, et il chercha les moyens de les chasser de l’Égypte.
Refusant de remplir les promesses qu’il avait faites à Nour-(d-dyn, et que Chyrkouéhle pressait d’acquitter, il se crut assez fort pour ordonner à celui-ci de retourner en Syrie. Chyrkouéh était campé près du Kaire : il répondit à la sommation, en détachant un corps de troupes qui s’empara de Belbeys et de toute la province de Chargyéh : cette démarche intimida Chûouer, et il se hâta de renouveler les n^ociations que Dargham avait entamées avec les chrétiens, leur proposant de réunir leurs efforts pourchasser de l'Fq^pte un ennemi aussi redoutable pour eux que pour lui.
Le roi Amaury vit dans ces propositions un acheminement à la conquête de l’Égypte, qui était toujours le projet favori de la croisade; il les accepta, passa en Égypte à la tête d’une armée, et joignit ses troupes à celles de Chûouer; réunis ils allèrent attaquer à Belbeys Chyrkouéh, qui s’y était retranché et y avait réuni toutes ses forces. L’armée franco-égyptienne resta devant cette place, depuis le commencement du mois de Ramaddôn jusqu’au mois de Dou-1- Qadeh , c'est-à-dire plus de deux mois.
Mais, apprenant (\txe Nour-éd-dyn, à latéte d’armées considérables, soumettait toute la Syrie , et s’avancait au secours de son lieutenant, les coalisés ne songèrent plus qu’à se mettre en défense contre ce terrible ennemi. En conséquence, ilsoffrirentàCAyrAonéAdelelaissersortir de l’Égypte , a la seule condition qu’il rendrait ses prisonniers.
Clelui-ci, ignorant l’approche de l’Atabek, consentit, à cette condition, d’évacuer Belbeys, et retourna en Syrie; il y trouva Nour-éd-dyn partout combat-
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tant , partout victorieux des croisés , et il se hâta lui-méme de prendre sa part de ces comlMts et de ces victoires.
Ces succès brillants ne faisaient pas perdre de vue à Chyrkouéh ses vues sur l'Ë^pte. Dans l’expédition qu’il y avait faite, il avait pu connaître, par lui-oiéme, la situation et les forces de ce pays; et, depuis ce temps, il ne cessaitde présenter à Nour-éd-dyn les moyens assurés d’en faire la conquête.
Guillaume deTyr nous apprend même que Chyrkouéh se rendit à Bagbdad , et qu’il soumit au khalyfe abbasside son projet de renverser les kbalyfes fattymites , ses rivaux.
L’Abbasside approuva ces vues et rassembla des troupes pour en appuyer l’exécution. Le projet devint public, et Chàouer vit bien aue, s’il ne faisait les derniers efforts, l'Égvpte allait passer dans les mains des AUbeks, déjà maîtres de la plus grande partie de la Syrie. D’un autre côté, les Francs, toujours rêvant la conquête de l’Egypte, ne pouvaient se résoudre à se voir enlever cette riclie proie par Nowr-éd-dy* ; ils arrêtèrent , dans une assemblée générale, que tous les croisés, sans exception, iraient au devant de Chyrkouéh, pour lui couper le passape.
Mats celui-ci. traversant le désert, était déjà sur la frontière de l’Égypte, et ii venait d’y pénétrer, au mois de RabyéJ-Aouel de Fan 562 de l’hégire (1).
En vain le roi de Jérusalem s’était avancé jusqu’à Kades-Barnéh\àaas le désert; il navait pas rencontré son ennemi sur cette route; prenant alors la route de Ghasaah, dernière possession des Francs de ce côté, il s’était porté à él-Arych, et de là s’était avancé jusqu’à Belb^s. Chyrkouéh, toujours ^ussant en avant, l'avait continuellement devancé, et, déjà campé à AUâs, il menaçait le Kaire.
Chàouer redoutait avec raison autant l’approche des Francs que celle de Churkouéh. Mais, voyant ce dernier prêt à s’emparer du Kaire, il prit le parti extrême d’y faire entrer les croisés et de les jeter entre lui et Chyrkouéh, qui n’était plus (lu’à douze milles de la capitale.
Le général de Nour-éd-dyn, dont les
(I) Cette année a eommenré le vendredi 2S octobre de l’ao usa de l’tie chrétienne.
troupes avaient beaucoup souffert dans la traversée dn désert , ne jugea pas convenable d’attendre cette attaque : il traversa le fleuve et se fortilia sur le bord opposé.
Mais les Francs ne prétendaient pas prêter gratuitement à Chàouer leur assistance. Le vizir fut forcé de renouveler les anciens traités, et d’augmenter le tribut annuel promis à Amaury : des plénipotentiaires chrétiens, au nombre desquels étaient Hugues de Césarée et Geoffroy Foulques, chevalier du Temple, réglèrent ces nouvelles conventions au Kaire, les firent ratifier par le khalyfe, et reçurent un à-compte de 200,000 dynars ( 3,000,000 de notre monnaie ), avec la promesse d’un payement pareil sous un court délai.
Pendant ces accords diplomatiques, Chyrkouéh était venu , pendant la nuit , asseoir son camp à Gyzéh, en face du Kaire, sur la rive occidentale du Nil.
Le roi Amaury, voulant l’y attaquer, rassembla des barques, dont il commença à construire un pont sur le fleuve; mais Chyrkouéh détruisait les ouvrages des croisés à mesure qu’ils les exécutaient ; et les deux armées restèrent ainsi en présence pendant cinquante jours.
Chyrkouéh avait profité de ce délai f pour soumettre toute la rive occidentale du fleuve; mais les Francs réussirent à le traverser auprès de Mehaliéh à la pointe du Delta. Alors Chyrkouéh décampa,ets’enfonçadans la haute l^vpte:
les Francs l’y suivirent, après avoir laissé au Kaire de fortes garnisons dans toutes les fortifications et même dans le palais du khalyfe.
Arrivé à un défilé nommé Bàbayn (les deux portes), Chyrkouéh s’y arrêta, attendant de pied ferme l’armée des croisés et des Égyptiens. Ceux-ci accoururent avec des forces tellement nombreuses, que le découragement commençait à se mettre dans les troupes de Syrie; cependant la bataille, qui dura un jour entier, fut fatale aux armées alliées.
Les Francs retournèrent au Kaire, et Chyrkouéh, victorieux, maître de toute la haute Égypte , courut soumettre la basse et se fit ouvrir les portes d’Alexandrie.
Une succession de combats, où les
i zeo Dy VjOOgle
avantages furent balancés, se prolongea alors ; les Francs de Syrie voyant l'armée du roi Amaury en force au milieu du cœur de l’Ë^pte, coururent lui offrir leurs bras et demander le partage du butin. Hors d’état de résister à cette nuée d’ennemis , qui le séparaient de tous les renforts que pouvait lui envoyer la haute Syrie, Chyrkouéh consentit à terminer les hostilités par un traité.
Les clauses en étaient , que les croisés et les troupes syriennesévacueraient également l’Egypte, sans être inquiétés, et u’Alesandrie, dont Chyrkouéh avait onné le commandement à son neveu Yaussouf-Salâh-éd-din, rentrerait au pouvoir du vizir Châouer.
Ces conventions furent exécutées :
Chyrkouéh et son neveu SaUàh-éd-dyn retournèrent à Damas; mais les Francs ne voulurent quitter le Kaire qu’à la condition que 100,000 dynars (1,500,000 francs de notre monnaie } leur seraient payés, et qu’une garnison de Francs resterait au Kaire ; ces conditions furent acceptées par le vizir, impatient de voir s’éloigner, et ses ennemis, et ses dangereux défenseurs.
Cependant, les chefs de la garnison chrétiennedu Kaire conservaient, malgré les traités, l’espoir de s’y rendre entièrement les maîtres : Amaury, qui était retourné à Jérusalem, fut si vivement pressé par eux, que, profitant de l’éloignement des troupes syriennes, il rentra a l'iinproviste en Égypte , et arriva en dix jours devant Beibeys. Après trois jours de siège, la ville fut prise, livrée au pillage et tous les habitants massacrés.
Instruit de cette rupture imprévue, Châouer resta quelque temps indécis sur le parti qu’il avait a prendre . enfin, il se décida à envoyer oeinander du secours à Nour-éd-dyn.
L’Atabek aurait bien voulu se rendre lui-même en Égypte.; mais, craignant que son absence n’eiicourageât quelque attaque contre ses États de Syrie, il se contenta de renvoyer de nouveau Chyrkouéh au Kaire.
Cette ville voyait alors devant ses portes l’armée d'Amaiiry; non que ce prince eût l'intention demi faire éprouver le sort de Beibeys; niais, ne partageant pas entièrement les projets de con-
quête de ses principaux chevaliers, il espérait que son approche déterminerait Châouer h acheterenèrementson éloignement au prix de beaucoup d’or. En effet, il avait mis de la lenteur dans sa marche et avait employé dix jours à faire le cliemin d’une seule journée.
Mais la combinaison cupide dn roi de Jérusalem n’eut pas le succès qu'il s’en était promis.
Effrayés du sort qu’avait subi la ville de Beibeys, les habitants du Kaire avaient juré de se défendre jusqu’aux dernières extrémités : les llammes de la ville de Fostatt, à laquelle le vizir venait de faire mettre le feu, pour empêcher les Francs d’y prendre position , et dont l’incendie dura cinquante-quatre jours , prouvaient suffisamment combien cette détermination était fortement prise. Les vaisseaux qui de la Syrie amenaient des renforts aux croisés , ne purent remonter le Nil, et trouvèrent les passages fermés par les populations soulevées.
En même temps chyrkouéh approchait de nouveau avec des forces redoutables.
Châouer ^aqnait du temps, en amusant les croises par des négociations fallacieuses; il leur protestait qu’il était leur ami, que les populations musulmanes seules s’armaient contre eux sans son aveu : il témoigna des craintes que les hostilités des chrétiens n’attirassent en Égypte leur ennemi commun Noturëd-dyn, et offrait des sommes considérables au roi Amaury, s’il consentait à retourner immédiatement en Syrie.
Les troupes chrétiennes ne rêvaient ue le pillage de la grande et riche ville U Kaire , le massacre des sectateurs de Mahomet, le viol des musulmanes; mais Amaury, dont l’avarice était depuis longtemps connue , ne songea qu’à ses intérêts particuliers , et se laissa tenter par l’or qu’on lui offrait; il convint de se retirer, moyennant 1,000,000 de dynars (15,000,000 de notre monnaie), dont partie devait être payée comptant, partie dans un délai convenu. Le vizir donna sur-le-champ 100,000 dynars ( 1,500,000 francs), promit le reste, et les croisés décampèrent des portes du Kaire, sans cependant renoncer à l’intention d’y revenir.
Mais, pendant que CAdouer traitait ainsi avec les croises , le khalyfe, de son
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e4t«, nouait aussi des négociations secrètes avec Nour-éd-dyn. Il offrait à l’Atabek le tiers des revenus de l’Égypte, s’il voulait le délivrer de la tyrannie de son vizir, qu'il consentait à voir remplacer par Chyrhouéh. Celui-ci hâta sa marche, attaqua les chrétiens à Belbeys, les battit, et les eut bientôt chassés de tout le territoire de l’Égypte.
Vainqueur des croises, Chyrkouih fit son entrée au Kaire le septième jour du mois de Raby-él-Thany de l’an 564 de l'hégire (I), au milieu des acclamations d’allégresse de tous les habitants : surle-champ il alla présenter ses hommages au khalyfe (l-Added, qui le revêtit d'un manteau d’honneur, le combla de riches présents et répandit ses largesses sur les troupes syriennes.
Ce fut avec un vif déplaisir que Châouer vit ces rapports s’établir entre le général de Nour-éd-dyn et le khalyfe; mais la présence de l’armée de Syrie le forçait à cacher son ressentiment : il affectait même, avec une politesse étudiée, d’aller rendre des visites à Chyrkouih; mais il projetait secrètement de l’attirer chez lui avec ses principaux émirs, et de s’en débarrasser par le poignard.
Ce projet de guet-apens fut pénétré par Saldh-id-dyn et par les principaux émirs syriens : ils résolurent de le déjouer par un contre-projet de même nature, et ils en brusquèrent l’exécution.
Un jour que Châouer se rendait en cérémonie au camp des Syriens, il y fut entouré, saisi par eux et chargé de chaînes. Chyrkouih. instruit de cet acte de vigueur, ne le désapprouva pas, et défendit seulement qu’on attentât à la vie du grand-vizir; mais le khalyfe êf- Added venait d’apprendre l’arrestation de son premier ministre : il se hâta de demander sa tête , et on la lui porta aussitôt.
La populace pilla le palais de Châouer, et le khalyfe, heureux d’être enfin délilivré de celui dont la tyrannie l’avait si longtemps réduit au rôle d’esclave, nomma Chyrhouéh vizir suprême, généralissime (Èmyr-él-Gyouch), et lui conféra le titre honorifique â'él-Melekél-Mansour (le roi secourable).
'I) OUe année a commencé le samedi 6 o«tobre de ('an IIB8 de notre ère.
Chyrkouih prit possession de ses hautes fonctions, sans rencontrer aucun compétiteur :il alla loger dans le palais du grand vizir et commença l’exercice de son pouvoir, en répandant ses largesses sur les troupes qui l’avaient accompagné en Égypte.
Mais, à peine fut-il en jouissance de ce poste éminent, qu’il tomba maladeet mourut, au Kaire, le 22 du mois de Gemady-êl-Thany de l’an 564 de l’hégire (1169 de l'ère chrétienne).
Il n’avait gouverné l’Égypte, en qualité de grand vizir, que deux mois et cinq jours; et, tnalgré cette dignité égyptienne , il n’avait pas cessé de se regarder comme le sujet de Nour-éd-, dyn, et comme son lieutenant en Égypte.
Après la mort de Chyrkouéh, ses principaux émirs briguèrent sa place auprès du khalyfe ; mais ce prince voulut payer la dette de sa reconnaissance envers le général syrien, en transmettant l’héritage de ses hautes fonctions au neveu de son libérateur. Peut-être aussi pensa-t-il devoir préférer un jeune homme jusqu’alors peu marquant, qu’il crut sans influence sur les troupes et sans moyens de conserver l'autorité dont U le revêtait, espérant alors de trouver bientôt une occasion favorable pour ressaisir son pouvoir tout entier, en détruisant pour toujours celui des grands vizirs.
Quoi gu’il en soit, Youssouf-Salàhéd-dyn tut proclamé vizir suprême de l’Égypte, sous le titre â'êl-Melek-él-h’asser( le roi victorieux); et, si ce titre lui fut alors donné sans motif, sa destinée se chargea, parla suite, d'en faire une appellation suflisamment réalisée.
Au reste, les prévoyances du khalyfe furent bientôt à demi justifiées : les émirs de l’armée syrienne refusèrent d’abord de se soumettre à l'autorité de SalâJi-édrdyn ; mais le jeune vizir sut, par son adresse, rappeler à lui les esprits des plus mécontents : ses largesses lui assurèrent les liras de l’armée. Il ne laissa écliapper aucune portion de l’autorité que sa charge lui attribuait, et le khalyfe él-Addea ne conserva pas plus de pouvoir sous son nouveau ministre que sous ses prédécesseurs.
L’établissement de Satdh-éd-dyn en,
Égypte porta l'alarme parmi les Francs; ainsi Nour-éd-dyn se trouvait maître de faire, à son gre , partir des flottes de l’Égypte, pour croiser sur toutes les cotes de Syrie, empêcher le passage des iiélerins de la Terre sainte , arrêter tous les convois, tous les secours expédiés d'Europe, et par là rendre inévitable la ruine du royaume de Jérusalem. Les croisés tinrent un grand conseil, dont le résultat fut d’envoyer l’arobevé^e de Tyr, Frédéric, avecJean, évêquede Saint- Jean d’Acre, réclamer les secours des rois de France, d'Angleterre, de Sicile, et des autres princes chrétiens.
L’ambassade ne put rien obtenir dans l’Occident; mais l’emoereur de Constantinople envoya une dotte de cent cinquante grandes galères, chargées de munitions , de machines de guerre et de troupes nombreuses.
L’armée franco-grecque se réunit à Mqâlan,etse mit en marche sur l’Égypte : elle arriva à Faramah, petite ville, dès lors presque entièrement déserte, située
Ïirès d'une nouvelle embouchure, que 'effort delà mer venait, peu de temps auparavant, d’ouvrir au Nil à travers les dunes de sables.
Les croisés y trouvèrent la flotte grecque, qui était partiede Saint-Jean d’Acre ; elle leur servit à traverser le fleuve , et le camp chrétien fut établi entre Damiette et la mer au mois de Safar de l’an 565 ( I ) du l’hégire (novembre 1 169 de l’ère chrétienne).
Les Francs, à la tête desquels .était Amaury, comptaient emporter la ville d’assaut; mais ils y trouvèrent une telle résistance, qu’ils se virent forcés d’en former le siège en règle. Le siège ne réussit pas mieux que l’assaut : aux machines de guerre des chrétiens les musulmans opposèrent d’autres machines supérieures en force ; les vivres manquèrent, et la flotte ne put s’en procurer en remontant le fleuve : elle se trouvait arrêtée par une forte chaîne, barrant le Nil, attachée d’un côté aux remparts de Damiette et de l’autre à une grosse tour dont les fortifleations semmaient inexpugnables. Les assiégés, protégés par ce barrage, communiquaient librement avec l’intérieur du pays et recevaient du
(!) Cette aniMie a commence le jeudi 2S Mptewere (Je l'an leva de notre ère.
Kaire les vivres et les secours de tout genre, tandis que les assiégeants en attendaient en vain de la Syrie : la disette augmenta dans le camp chrétien, et, y devenant une véritable famine, elle amena les dissensions, les querelles, et enfin nne complète scission entre les Grecs et les Francs de la Syrie , se disputant les uns aux autres le moindre aliment et réduits à dévorer les extrémités molles des branches des palmiers. Pour ajouter à tous ces maux, des pluies d'ouragans fondaient sans ràâclie sur le camp et l’avaient inondé comme d’un nouveau déluge : un vent de tempête ne cessait de souffler du midi, doublant la rapidité des eaux du Nil et forçant les vaisseaux grecs à se serrer les* uns contre les autres, le long du rivage , pour ne pas être entraînés. La tempête et le courant les avaient refoulés et, pour ainsi dire, entassés en une seule masse : les assi^és profitèrent de leur position fâcheuse : un brûlot, lancé à propos, incendia la flotte et détruisit le ^u qui restait de vivres et de munitions. Enfin, après cinquante jours de siège et de fatigues intolérables, les croisés se virent forcés d’abandonner l’entreprise et de se retirer en Syrie, ne devant qu’à l’entremise de quelques émirs égyptiens de ne pas être inquiétés dans leur retraite.
L’expédition désastreuse des croisés avaitétetroppromptementterininéepour que SalâA-édrdyn eût le temps de conduire contre eux les troupes qu'il venait de rassenabler : lorsqu’il arriva à Damiette, il n'y trouva MUS d’ennemis : les chrétiens avaient d^à quitté l'Égypte.
Il témoigna son mécontentement aux émirs qui les avaient laissé échapper, et ramena au Kaire les troupes dont les éléments s’étaient chargés de rendre la
ërésence inutile à la détense de la basse igvpte.
L'^année suivante, il voulut prendre sa revanche, et porter àson tourla guerre sur le territoire de la Syrie chrétienne. Se mettant à la tête d’un corps de trou-
Pes considérables , il entra en Palestine , an 566 de l’hégire (1).
Le roi Amaury, à la nouvelle de l’agression , s’était rendu à AsqalAn : il
(l| CfUc année a commencé le lundi U sep, teinbre de l'an l I7u de l'cre cbiéliiuiae.
ÉGYPTE MODERNE. 13
y apprit que SalAh-éd-dyn faisait le sié^e de la citadelle de Dàroun, ancien couvent chrétien , fortifié par les croisés et situé sur le sommet d’une montagne escarpée, à quatre milles de Ghazsah :
aussitôt le roi de Jérusalem partit pour aller y attaquer l’armée assiégeante; mais àalah-édrdyn, s'avançant à sa rencontre, tomba sur lui à la moitié du chemin, le battit, et se rendit en même temps maître de la ville de Ghaxzah elle-même. Se contentant de ces succès
f>our représailles, l'armée musulmane, aissant à Ghaxzah une forte nrnison, ne tarda pas à reprendre le chemin de l’Egypte.
SâlAh-éd-dyn était de retour au Kaire vers la fin de cette année : il continuait à y exercer un pouvoir absolu, ne laissant au khalyfe que l’autorité spirituelle, lor^ue ' Nour-id-dyn crut qu’enfln il était temps de dépouiller le khalyfat fattymite de la seule et dernière marque de puissance qui lui restait encore en Egypte. Il y envoya l’ordre de faire retrancher le nom du khalyfe ét-jéddedie-dyn-Itlah de la prière solennelle du vendredi, et d'y substituer celui d’êl- Afostaddy - be -amr-lUah , trente - troisième khalyfe abbasside de Baghdad.
A la réception de cet ordre, Salâh-éddyn s’excusa d’abord de l'exécuter, alléguant la crainte que les populations égyptiennes, qui étaient attachées à la secte d'Aty, dont les Fattyroites avaient établi la doctrine dans leur empire, ne se révoltassent contre une innovation aussi capitale dans leur situation politique et religieuse.
Mais l’Atabek envoya de nouveaux ordres, avec l’injonction précise et expresse que l’autorité spirituelle des Fattymites cessât en Égypte avec l'année courante : or, quand ces derniers ordres parvinrent au Kaire, on était déjà au milieu de Dou-I-Hagéh, dernier mois de l’année musulmane.
Saldh-éd-dyn assembla donc ses émirs en conseil, et leur demanda avis sur une affaire aussi importante et aussi urgente. Quelques-uns jugèrent l’entreprise trop téméraire, et reculèrent devant son exécution ; d’autres promirent de la soutenir; mais nul n'indiquait le moyen d’amener l’affaire à une heureuse réussite; personne surtout ne consentait à
être le premier qui en hasarderait la tentative; enfin., se présenta un émir persan, nommé £myr-.</fam,disantqu'il se chargeait de la première démarche.
En effet , le premier vendredi du mois d.e Mobarrem de l’an de l’hégire 567 (1), Émyr-Alam se rendit à la principale mosquée, à l’heure de la prière, monta à la tribune sacrée ( manbar ), avant que le khateb ( prédicateur ) s’y présentât luimême , et fit solennellement le Khotbah (prière sacramentelle) au nom du klialyfe abbasside de Baghdad.
Personne ne parut s’opposer à cette proclamation, oui était pourtant, en réalité, celle de la déposition des Fattymites etde l’inauguration des Abbasaides, leurs rivaux.
Salah-éd-dyn, instruit de l’indifférence avec laquelle était reçu un acte aussi décisif, envoya l’ordre de s'y conformer le vendredi suivant à tous les hhatebs de Fostatt et du Kaire : toute rï^pte obéit ensuite, et rentra ainsi sous la juridiction spirituelle des khalyfes abbassides de Baghdad , dont elle avait été séparée pendant deux cent sept ans.
Le khalyfe il-Added était alors grièvement malade, et se tenait renfermé dans une des chambres intérieures de son palais : aucun de ceux qui l’entouraient ne jugea à propos de l’instruire de la révolution qui venait de s’opérer, ne voulant pas inutilement troubler le peu de jours qui, suivanties apparences, lui restaient encore à vivre : a-Added, en effet, mourut, comme on l’avait prévu, quelques jours après, ne se doutant pas qu’il avait cessé d’être khalyfe.
Cette mort vint à propos tirer Salâhid-dyn de l’embarras où le jetait sa double position à l’^ard des deux khalyfes; il put prévoir une pareille issue, la désirer même; mais l’assertion de l’historien chrétien Guillaume de Tyr, qui accuse SalAh-éd~dyn d’avoir fait tuer le malheureux khalyfe él-Added, est mensongère et démentie par le récit unanime de tous les écrivains orientaux. La haine religieuse de l'historien des croisades a seule pu lui dicter une telle calomnie, comme supplément aux armes des chc-
(I) Cette année a commencé le aaniedt v septembre de l’an 1171 de Père chrétienne;
Ïar conséquent, le premier vendredi de Mglarrem correapundJit au tO septembre.
L’UMVERS.
valiers, que la bravoure du guerrier musulman rendait impuissantes.
Mais, si SalA/i-id-dyn n’attenta pas à la vie du malheureux prince, auquel il avait enlevé le pouvoir et la liberté, nous ne pouvons le disculper d’une autre accusation plus fondée, et nous devons avouer qu'il ne fut pas assez généreux pour accorder au nmins à son royal prisonnier la tranquillité et les égards que devait attendre de lui sa victime.
SalAh-id-dyn, en effet, parait avoir abusé de son pouvoirpour dépouiller personnellement le malheureux prince, avee uneavidité véritablement insatiable. Ét~ j4dded, dans les derniers mois de sa vie, ne possédait plus qu’un seul cheval , sur lequel il se promenait dans ses lardins , dont il lui était interdit de sortir. Salàhfd-dyn lui demanda ce cheval , qui était de la plus grande beauté et de la plus noble race; le khalyfe, forcé de céder à cette demande, se vit ainsi privé de l’exercice et de la promenade.
Tel était SedAh-éd-dyn , tantiît avide et avare, tantôt libéral Jusqu’à la prodigalité, tantôt poussant le courage jusqu’à la témérité, l’audace jusqu’à Pimprudeoce, tantôt dissimulant et poursuivant ses projets cachés, avec la ténacité prudente d’un vieux courtisan : tel il fut dans le temps qu’il n'était que simple émir; il se montra grand prince, quand il fut assis sur le trône d’Égypte.
Aussitôt que la mort du khalyfe £1- AddedtvX été annoncée à 5a/dA-éa-<fÿM, il pritpossession du palais impérial. Avant même que le khalyte fût expiré, il avait déjà chargé l’eunuque Bohà-éd-dyn (depuis surnommé Qara-qouch), qui possédait toute saconGance, de veiller sur toutes les richesses qui y étaient rassemblées. I..es parents et les enfants du khalyfe élrAdaed furent arrêtés et renfermés dans un endroit retiré du palais. Ses esclaves furent rendus en partie, en partie donnés aux principaux ofHciers de SalâJi-td-dyn.
On assure que le vizir recueillit dans le palais du khalyfe des richesses immenses en perles , pierreries et autres objets précieux. Les historiens orientaux rapportent que Salàh-éd-dyn y trouva , entre autres trésors , une bibliothèque de cent mille volumes , tous choi-
sis et remarquables par leur exquise calligraphie (I).
Salâh-éd-dyn s’empressa d’annoncer à l’Atabck Aour-éd-dyn l’entière exécution de ses ordres, ainsi que la mort du khalvfe, qu’il avait eu la mission de dépouiller.
Ces deux grandes nouvelles furent aussitôt transmises à Baghdad. Le khalyfe decette ville, devenu, parcesévénemenls, le seul maître de l’islamisme dans l’Orient, envoya à l’Atabek Aour-£d-dynun manteau d’honneur avec deux épées, insignes de sa puissance sur la Syrie et sur l’Egypte. Salàh-éd-dyn reçut de môme un manteau d’honneur, avec une pièce d’étoffe noire, destinée à décorer la tribune sacrée des couleurs adoptées comme livrée armoriale par les Abbassides.
Ainsi s’éteignit, caduque, énervée, avilie, sans meme avoir l’honneur d'une résistance et d’une catastrophe, cette dynastie des Fattymites, qui, deux siècles et demi auparavant, s’était élancée si vigoureuse et si redoutable des rochers de l’Atlas.
Partie des rivages les plus lointains de l’océan occidental pour venir, à l’autre extrémité de l’Afrique , fonder un puissant empire, assis à la fois sur deux arties du monde, et y créer une magnique capitale , /a cim Victorieuse [él- Aahirah), la seconde ville de l’islamisme, elle y mourait honteusement, comme étouffée par un ignoble suicide , dans les mains d’un soldat kurde, issu des tribus les plus orientales de la haute Asie : l’arrêt suprême des destinées s'étant fait un jeu , dans ses caprices inexplicables , d’appeler, pour les mettre en présence sur ce th^tre des révolutions , les deux acteurs principaux de ce drame imprévu, des deux extrémités presque diamétralement opposées du globe terrestre.