CHAPITRE XII
Dynastie de.s Ayoabitrs. — Salah-M-dyn . — Mort (le Nour-éd*dyn. — Usurpation de Saiah-éd-dyn. — Ses conquêtes en Syrie. — Guerre avec les Francs. — Le Rouveroeur d’ËRypte BoliA-êd-dyn. — Construction de la citadelle du Kairé. — Hostilités avec le
(I) Quelques manuscrits conservés A la Bibliothèque de Leyde portent des annotationa arabes qui semblent prouver qu'ils ont fait partie de cette Bibliotbèque du dernier khal)fe lattymite.
ÉGYPTE MODERNE
prince d« Moussoul — Campagne contre les chreltem ^ Prise de JcrosalHoi- Mort de Saiab-ed-dyn. — Aveoement de sun fils él- Melek-êl-Azyz. — Son nt*lil-IUs Cl-Mélek- ^MHansour, ei-MpIek>éi-Ailp| P', son frère, sont tour à tour sultans d’p4;> ple- — - Uel>ar' quemenl des croisés à Rosette. — Sixième croisade. — $h^e de Damiette — ^1-Melekél'Kàmel , sultan d’p4iyple. — Evacuation de PÊeypte par les croises. E)-Meielvél- Adel II, él-Melek-él-Sàleli, sultans dTgypte.
Ganle de Mamiouks. — Guerres eu Syrie.
Septième croisaiie. — I/)uis tX. — Siège et prue de Damiette. ~ Mort d'êNMelek-èl* SÂléh. — Combat de Mansourali. — Défaite des chrétiens. — Avènement d'él Melek-èl> Ifoazzem. — Sa mort.
NouT-éd-dtjn, déjà maître de la Syrie
Eresque entière , d'une partie de l’Araie, de l’Asie Mineure et de la Mésopotamie, était ainsi devenu également sop- Terain de l’Égypte : la mort du khalyfe ilrAdded, en mettant fin avec lui à sa dynastie, et en anéantissant l’autorité nominale des Fattymites, n’avait réellement rien ajouté au pouvoir de l’Atabek sur cette contrée; car SaldJi-éd-dun, tout gouverneur qu’il était au nom de ce khalyfe, n’avait pas cessé de se regarder comme le simple lieutenant du sultan de Syrie.
Si tout concourt à prouver que ce lieutenant ne tarda pas a concevoir des pensées d’indépendance, il les tenait pourtant encore secrètes et semblait ne s'occupa que de consolider dans le royaume, qu'il administrait maintenant au nom du souverain de Damas, l'autorité temporelle de ce prince et la puissance spirituelle du khalyfe de Baghdad.
Les partisans des Fattymites n’avaient osé opposer la moindre résistance publique a la proclamation du nom de ce khalyfe dans la prière solennelle : ce- TCmfant leur parti était loin de pouvoir être regardé comme entièrement vaincu :
ils s’étaient réunis en assemblées secrètes et, déclarant hérétique le khalyfe de Baghdad, ils avaient nommé un lihalyfe delà familledes Fattymites poursuccéder à élrÀdded-k-dyn-lUah.
Les voix s’étaient réunies en faveur d’un imam nommé Amarah-ben-Altj, et surnommé él- Yenieny parce qu’il était originaire de l’Yémen. Livré entièrement à l’Aude et aux compositions poétiques, dansles^elles il s'était illustre, Amarah était loin d’avoir recherché le poste si élevé, mais. si dangereux, auquel venait
de l’appeler la faction iatlymite : il eut bientôt compté le petit nombre de ses partisans, apprécié leur faiblesse, les forces ûeSalàh^d-dyn, et le péril imminentqui menaçait inévitablement sa tête, s'il s’asseyait sur le trône dont Ü-Added avait été si facilement déposs^é avant de mourir : il alla lui-méine porter son abdication à Saldh-éU-dyn, et retourna dans sa retraite studieuse, jouir d'une vie tranquille et ignorée au milieu de ses livres.
Cette velléité de résistance de l’opposition fattymite n’avait causé à SalAh-éddyn aucune inquiétude : il se sentait dès lors trop fortement appuyé, soit sur ses propres forces, soit sur celles de l’Atabek iVoar-éd-rfÿn, pour pouvoir craindre des populations égyptiennes un mouvement qui eût quelque importance.
Cependant U prit toutes les mesures uécessaires pour affaiblir de plus en plus l'influence des Fattymites, et accroître celle des Abbassides. Toutes les places et les fonctions publiques furent successivement enlevées aux créatures des Fattymites , qu’il remplaça par des hommes sur le dévouement desquels il pouvait compter.
Voulant surtout déraciner des esprits du peuple les principes de la secte d^Aly, que les Fattymites avaient fait adoptera toute l’Égypte, Salâh-éd-dyn avait appelé au Kaire les plus habiles docteurs de l’islamisme , chargés d’y prêcher les dogmes orthodoxes; des collèges, des séminaires furent fondés dans le même but ; la secte des Chaféytes surtout reçut de lui un appui et des encouragements particuliers; dès l’an 569 de l’h^ire (i), il fonda auprès du tombeau de l’imam Chajey (2) un magniflque collège pour la
(I) Cette année a commencé le dimanche 11 aoilt de l’an I I7a de notre ère.
(S) Le nom entier de ce doetenr illuttre, fon dalear d'une des quatre aectes orthodoxes mu- •ulmanet, était AbaurAbd-Altah-Mohammed-ben-Èdru ; il prit le surnom d'é<-CA<l/ép, è canse de Chifi, un de sea ancêtres, qui de.sceudalt lui-mème d’Abd-él-Molaleb, aïeul do Mahomet. Ses disciplea lut donnèrent le litre A’ Artf-b-lllah. ( savant en Dieu ) .
Il éialt né à Gbazzah en Palestine l’an I50de l’hé^rc, 1707 lie nuire érei vint i Bashd.id l'an 106, et l'an los passa en £|;ypte, ou il mourut, l’an 204, h rage de 54 ans.
Cet inUm est le premier qui ail écrit sur la jurtaprudence tant civile que canonique des musulmans, et ses décisions sont encore de nos Jours adoptées en Egypte.
théologie et la jurisprudence musulmane, où il était interdit d’enseigner aucune autre doctrine que celle de cet imam , entièrement dévoué aux khalyfes de Baghdad.
Mais, en semblant ne s’occuper que de raffermissement de l’autorité des Abbassides, Salàhréd-dyn travaillait en même temps à la réalisation de ses projets cachés : le nombre de ses créatures était devenu tellement considérable, qu’il se trouvait en position de refuser toute obéissance à Nour-éd-dyn, et de lui résister avec chance de succès , si une rupture eût éclaté entre eux.
Il parait que ces desseins secrets n’avaient pas échappé à la perspicacité de l’Atabek Nour-êd-dyn lui-même.
Dès l’an 567 de l’hégire ( I ), à peine un mois s’était écoulé depuis la mort du khalife élAdded, que SalAMd-dyn reçut de Nour-id-dyn l’ordre de se rendre auprès de lui, avec une portion des forces qui étaient sous ses ordres.
Nour-éd-dyn faisait alors aux chrétiens une guerre active , et il marchait pour faire le siège de Karak, capitale de la seconde Arabie, et que les historiens des croisades appellent ta pierre du désert{2) ; cependant le but véritable de cet afipel de Aour-êd-dyn était, moins d'augmenter ses forces pour ce siège, que & Wxtt Salàh-éd-dyn de l’Égypte, et d’avoir sous sa main celui dont il soupçonnait les projets d’indépendance. '
Salûh-éd-dyn, de son côté, devina les intentions réelles de Nour-êd-dyn; ne jugeant pas utile à ses intérêts de rompre dès lors avec lui , il lui écrivit qu’il était disposé à obéir et partit même du Kaire avec un corps de troupes, qu’il annonçait devoir faire, à Karak même, leur jonction avec cellesde Nour-êd-dyn : mais, arrivé à Karak, Nour-êd-dyn ne trouva aucun des soldats égyptiens , et les y attendit inutilement; SAtahrêd-dyn, rétextant quelques apparences de ironies en Égypte, lit savoir par un courrier qu’il avait été obligé à moitié route d’y retourner à la hâte. Forcé de renoncer au siège projeté, Nour-êd-dyn, appréciant le vrai mutifde la désobéissance de son lieutenant, ne fut pas abusé par
( < ) Olle anniie a commcncù lu samedi \ seplumlirr ini de IV.rc chrcUuiiiiu.
t‘l) Rupctdcurti,
cette vaine excuse ; il lui répondit par la menace d’aller lui-même en Égypte et de l’en déposséder.
Aussitôt Salûh-êd-dyn convoqua une assemblée générale de tous les princes de sa famille et de tous ses émirs , pour délibérer sur ce qu’il avait à faire dans une circonstance aussi délicate ; son neveu Ta^y-êd-dynrOmar,Q\sAe Chahynchah, à qui depuis échut la souveraineté de Hamah, s écria qu’il fallait prendre les armes contre Nour-êd-dyn.
Mais le grand-père du jeune prince .
Negm-êd-dyn-Ayoub^ père de ScUâh-êddyn, imposa silence a ce courage bouillant; puis se tournant vers Satah^d-dyn, « Je suis votre père, » lui dit-il, « et voici « auprès de moi votre oncle Chehdb-êd- • dyn-êlrllaremy : croyes-vous que, dans « toutecette assemblée, il y aitquelqu’un
< qui vous aime plus sincèrement et plus « ardemment que nous ?» — « Non cer- « tes ! répondit Satdh-êd-dyn. » — Eh <• bien! continua Aijoub, sachez que, si
< votre oncle et moi nous étions en pré- « sence du sultan Nour-êd-dyn, nous « nous prosternerions à ses pieds ; s’il n nous commandait de vous trancher la « tête, nous lui obéirions sans hésiter; <. jugez par là quels doivent être les senti- « ments de ceux qui nécessairement vous « sont moins attachés que nous. Aucun « des émirs ici présents, aucun de ceux « qui sont à latetedes troupes, n’oserait « s’opposer à l’Atabek Nour-êd-dyn : ce > pays lui appartient; c’est lui qui vous « y a établi son lieutenant; il est le maî- « tre de vous déposer ou de vous con- « server à son gré au pouvoir qu’il vous « a conlié. »
Se tournant ensuite vers les émirs de l’assemblée , « Nous sommes , leur dit- « il , les esclaves de Nour-êd-dyn, il peut « disposer de nos vies. »
L’assemblée se sépara ; mais resté seul avec sou fils, Ayoub lui fit connaître toute sa pensée ; « Vous avez inan- « qué de pruaence , lui dit-il, en laissant « paraître vos sentiments devant tous « ces émirs : croyezqu’ilsvous trahiront,
» et que Nour-êd-dyn , instruit par eux,
« ne tardera pas à venir en Égypte, pour « vous en chasser : n’engageons pas une « lutte prématurée; écrivez-lui promp- « tenicnt des assurances de soumission « et de fidelité. »
ÉGYPTE MODERNE. 1S9
Avoub ne s’était pas trompé; Nowéd-ayn avait été informé de tout ; tout entier à sa colère et à sa vengeance , il abandonnait toute autre expmlition , et s’apprêtait à fondre sur l’É^pte.
Les lettres deSalàh-id-dyn, r^gées par Ayoub lui-même , le désarmèrent , et il ne s’occupa plus que du soin de garantir se.s Etats des invasions des croisés ; en effet, leurs attaques se multipliant, et la vaste étendue de son empire ne lui permettant pas d’être instruit de la marche des troupes chrétiennes, assez promptement pour s’y opposer,il employa alors un moyen d'accélererces nouvelles, malgré les distances. Des postes de pigeons furent établies dans tous ses États, et les courriers ailés lui apportaient, de tous les points attaqués, des nouvelles, souvent le jour même de l’attaque (1).
Les croisé, qui avaient successivement battu et forcé à leur alliance tous les petits princes de la Syrie, n’y avaient plus que deux ennemis redoutables , Nour-édMyn etSaldhr^d-dyn; car celuici clierchait alors à faire sa cour à ISouréd-dyn, et secondait ses conquêtes par des diversions, qui , d’ailleurs, étaient dans ses intérêts , puisqu’il espérait que ses conquêtes lui appartiendraient un Jour à lui-même. ..
Cependant, craignant de se remettre sous la maindeNour-éd-dyn , il choisissait, pour ses expéditions en Syrie, les moments où la guerre attirait ce prince du côté de la Mésopotamie , et rentrait en Égypte , dès qu’il apprenait que les troupes de l’ Atabek se rapprochaient de la basse Syrie.
Cet état de déOances réciproques allait aboutir à une catastrophe, et Nouréd-dyn, voulant en finir, avait déjà rassemblé une armée considérable, dont une partie devait couvrir les frontières de ses États attaquables par les Francs,
tandis qu'à la tête du reste il irait chasser SaUihrid-dyn de l’Égypte.
La mort arrêta Nmtr-éd-dyn dans l’exécution de ce projet. Ce prince mourut d’une esquinaucie à Damas, le 8 de Ramaddân de l’an 569 0) de l’hégire ( 1 2 avril 1174 de l’ère chrétienne).
Ce sultan s’était élevé, non-seulement par des qualités brillantes , mais encore par des vertus remarquables , qui lui avaient mérité l’estime de tous les musulmans, et même des chrétiens, ses ennemis.
Il était âgé de soixante ans, dont il avait régné vinA-neuf environ. L’empire de cet Atabek embrassait presque toute la haute Syrie , une partie de la basse, l’Égypte, Moussoul, le Dyâr- Gezyreh; les rois de Dyar-behir étaient ses vassaux , et TourAn-chah, frère de Salâh-éd-dyn , venait de lui soumettre l’Yémen tout entier.
Cet empire passa entre les mains du û\sdeNour-écbayn, âgé seulement de onze aqs, et nommé él-Melek-él-SAlèh{2) , Jsmayt: l’émir Chems-éd-dyn-Mofuimmed-ébnrêl-Mokaddem fut nommé régent du royaume.
Le bas âge du nouveau sultan fut comme un signal , non-seulement pour sesennemis, mais encore pour les princes de sa famille, de prétendre à ses dépouilles. Le roi Amaury avait tenté une incursion qui fut sans succès; mais plusieurs émirs s’étaient mis en possession des principales provinces. Le régent voulait s’adresser à SaJâhrédidyn, pour lui demander avis et secours; les émirs l’en détournèrent. Pendant cette discussion, arrivèrent deslettres de condoléance de Salâh-éd-dyn, protestant que sa soumission serait la meme que du temps de Nour-éd-dyn, et envoyant des dynars, frappés en Égypte , au nom du nouveau sultan (8).
(I) Ifow avons vu cl-dessas , page 71, que ce moyen de oonapondance avait été employé par Ahmed ébu-Touloun : Mikhayl-Sabbagh, neveu du ministre du célébré Djezzar, et que j’avais aUaché en Egypte a l’Imprimerie NaUonale quejedlriaeajs, a publié en 1806, a Paris, un ouvrage iDUiulé •.Im colomàemeuagére pliu rapide que Véelair, plue prompte que ta nue ; dans œ traité spécfat , qui a été traduit de l’arabe en français par M. Sllvestie de Sacy et Imprimé par mes soUis, il fait remonter Jusqu au patriarche Hoé l’invention de ce système télégraphique.
(1) Cette année a commencé le dimanche U août de l'an 1173 de notre ère.
(2) Cest-a-dlre le Roi vertueux. ^
(3) Saldli-éd-dyn avait, en effet, fait frapper a celte époque un assez grand nombre de nouvelles monnaies, soit en or, soit en argent, pour reilter de la circulation les monnaies de verre, espèce d’assignats que la pénurie progressive des hnanoes avait force les Khalyfes fattymites d’émettre sous divers règnes , et dont Saldh-id-dijn annula l'usage.
Les nouvelles monnaies, frappi“es par i ordre de Saiab-td-di/n , reçurent le nom de Nue-
LUmVERS.
A ces dép&Jies pour fl- Melek-ft- Salèh étaient jointes d'autres lettres, adressées aux émirs : Salâh-fd-dyn s’y plaignait de leur manque d'égards et de confiance envers lui : « Si Nour-éd- « dyn, leur écrivait-il, eût connu parmi « vous quelqu’un qui fût plus capable
• que moi de remplir la place que j’oc- « cupe, et en qui il pût avoir plus de « confiance, je ne doute point qu’il ne
• lui eût remis la vice-royauté de l’Éagypte, la plus belle portion de ses « Etats : croyez bien que s’il n’eût été « prévenu parla mort, il m’eût confié la « tutelle de son fils. Je vois que vous « cherchez à vous séparer de moi ; mais «j’irai moi-méme a Damas, rendre « hommage à mon jeune souverain, et « reconnaître en lui les bienfaits dont
trnfh, , c’Ml-iMlire, monnaie du sultan él- MeUk-éi-Natser.
Je joindrai Ici l’empreinte de quatre de cm monnaies fictives en verre, dont iVmlssion présente une phase bien singulière et bien remarqu^le dans l'IiUtoiie de radminUlralion linaDciére en Orient.
« son père m'a comblé : quant à vous , • j’agirai suivant la conduite que vous « tiendrez à mon égard, et je vous trai- « terni comme des gens qui cherchent à « exciter des troubles dans l’État. >
Ah/dA-étf-rfyn arriva, en effet, à Damas presque aussitôt que ses dépêches , en chassa Séyf fd-dyn-él-Ghazy, neveu de Nour-éd-ayn, qui s’en était emparé, et y rétablit l’autorité A'él-Metek-fl-Saléh.
Aussitôt, il courut reprendre les différentes places de la haute Syrie, dont quelques petits princes de la famille de K'our-éd-dyn, abusant de la faiblesse du jeune él-Melek-fl-Salèh, s’étaient rendus les 'maîtres.
Il leur en leva successi veinent Hémesset Ilamah, Jlaryn, Salamyah, Tell Khated, Jiaa/ôeA ( l’ancienne Palmyre) et Rohd (Édesse).
Ces conquêtes successives étaient loin de profiter à êl-Melek-él-Saléh, cap Salâh-éd-dyn les retenait pour lui seul , et n’en rendait aucune au fils de Nouréd-dyn, sur lequel elles avaient été usurpées. Bien plus, Salàh êd-dyn prétendait se rendre maître d’Alep , où s’était' établi él-Melek-él-Salék , et prétendait le forcer à se retirer dans les provinces orientales.
Él-Melek-él-Salèh avait imploré le secours de son cousin, Séyf-éd-dyn-él- Chazy, alors roi de Moussoul : leurs armées réuniesattaquèrent.!>dl(iA-d<f-<fyn près de Hamah, le 19 du moisde Ramaddânde l’an 570 de l’hégire (.1), elles y fu- . rent complètement battues, et y perdirent tous leurs bagages.
Alors .fa/dA-dcf-dyn, devenu maître d’Alep, y fit remplacer par son propre nom celui de il-Melek-fl-Salèh dans la prière solennelle. Il voyait enfin se présenter au gré de ses espérances l’occasion favorable, qu’il attendait depuis longtemps, de se soustraire à tout joug de suzeraineté; et par cet acte il se déclarait lui-même souverain indépendant de la Syrie et de l’Égypte.
Les croises devinrent alors ses ennemis directs et personnels.
La suite non interrompue des victoires de Salâhrëd-dyn les alarmait d’autant plus, qu'ils le voyaient par là se frayer rapidement le chemin qui devait
tO l>tlp aimée a commencé le vendredi S août de Fan 1 174 de Fére ebrétienoe.
ÉGYPTT-: MODERNE.
l’amener avec eut sur le m(*me champ de bataille. Voulant le prévenir, ils se hâtèrent de proGter de son éloignement vers Aiep , pour entrer dans le territoire de Damas, ravageant les terres, pillant et massacrant les habitants, ou les emmenant prisonniers ; le frère de Salâhtdrdyn, Touràn-chah, à ^i il avait confié le gouvernement de Damas, fut battu.
Mais Sal&héd-dyn avait fait venir de nouvelles troupes d’Égypte ; il envoya des détachements qui forcèrent les chrétiens de se retirer; puis, continuant le cours de ses conquêtes, il combattit avec succès SéyJ-id-dun-êl-Ghazy , s’emparant de Bouzaa, <fe Mwnbedj, i^Èraz, y arrêtant et tuant de sa main deux BaéAeniens,quelePrincedesAssassinsavait envoyés le poignarder, et termina sa glorieuse campagne en accordant In paix à Séyf-éd-dyn-él-Ghazy et à Melek-él-Saléh: il eut soin d’imposer à celui-ci des conditions qui lui garantissaieut l’entière possession de ses conquêtes.
Il était de retour en Égypte le 20 du mois de Moharrem de l’an 572 de l’hégire (1).
Pendant chacune des absences longues et multipliées auxquelles l’avaient forcé les guerres nombreuses qu’il avait eues à soutenir, le nouveau souverain de l’Égypte avait confié legouvernementde ce pays à son fidèle agent, l’émir BohAéd-dyn-^l-Àsseuii/, eunuque nubien, que nous avons déjà vu investi de sa confiance, dès l’époque du khalyfe él-Added le-dyn-lüah.
SalAh-éd-dyn lui avait laissé les ordres les plus précis d’y améliorer l’administration , et d’y faire les établissements ou les constructions nécessaires, soit au bien-être du pays gouverné , soit à la sûreté du gouvernement lui-même.
BohA-td-dyn avait rempli avec zèle les intentions de son prince. Depuis longtemps les digues régulatrices de l’inondation avaient été tellement négligées par la dynastie détrônée , que les eaux du fleuve, se répandant partoutsaiis direction, avaient ruiné les chemins et laissé incultes une grande partie des terres susceptibles de produit.
Le vizir de SalAh-éd-dyn s’était oc-
(I) Celte aanée acommeDcé le samedi lo Jaillel de l'an 1 170 de noire tn.
cupé avec activité des travaux nue réclamait le rétablissement des cnemins et des canaux ; il en avait trouvé les matériaux dans la démolition d’un grand nombre de petites pyramides uui entouraient les grandes pyramides de Gyzéh; indépendamment du revêtement en pierre des digues les plus exposées, et des principales branches des canaux, il avait de plus fait construire un chemin, large et solide, longeant la rive du Nil , défendant ses bords de l’envahissement des eaux du fleuve et facilitant les communications de la capitale, tant avec la basse Égypte qu'avec l’Égypte supérieure ; le canal qui coulait e'ntre Gyzéli et les pyramides fut traversé par un pont magnifique de quarante arches, dont quelques-unes subsistent encore.
Depuis longtemps les monuments des antiques Égyptiens servaient, pour ainsi dire, de carrières aux constructions nouvelles : la vieille Memphis avait déjà fourni à la fondation et à l’embellissement d’Alexandrie , de Fostatt et du Kaire. Les matériaux produits par la démolition des petites pyramides frirent tellement abondants que le vizir BohAéd-dyn conçut un nouveau projet de les utiliser, et ce projet , soumis à SalAh-éddyn, reçut son approbation.
Ce prince n’avait eu jusqu’alors pour habitation que les deux palais de l’ancien vizir et de l’ancien hhalyfe; ces édifices, peu susceptibles d’une défense sérieuse en cas d'événement, étaient d’ailleurs encombrés par la quantité d’officiers de l’armée et d’employés du gouvernement qui avaient obtenu de les habiter : le plan proposé par BohA-êddyn était d^élever, à l’extrémité de la croupe septentrionale du mont Moqattam, une forte citadelle, qui assurerait la soumission de la ville et renfermerait le palais du souverain.
Ce plan fut exécuté; l’emplacement indiqué fut celui d’une ancienne construction du temps des Toulonides , portant le nom de Qasr-éUUaouA (Château de l’air) ; et les historiens arabes contemporains rapportent que SalAh-éd-dyn, voulant s’assurer de la salubrité de son habitation future, constata par des expériences répétées, que la viande exposée à l’air libre s’y conservait sans putréfaction vingt-quatre heures de plus que
dans tout autre endroit du Kaire ou des environs.
La citadelle qui fut alors construite est celle qui existe encore à orésent; elle a gardé le nom qui lui fut donné alors , de Qalah-él-Gebel (Forteresse de la montagne). Un puits immense y fut creusé dans le roc vif, à une profondeur extraordinaire, pour les besoins de la garnison, et un inagniGque palais y fut (•levé pour servir de demeure habituelle au souverain : le puits et le palais ont conservé jusqu’à nos jours le nom du prince aux ordres duquel est due leur construction: le puits s’appelle Puits de Joseph U); débris de l’habitation royale, qui y subsistentencore, sont le /)ivan de Joseph (2) , du nom de Yousioi</( Joseph) qui éuit particulièrement celui du prince , dont SalAh-êd-dyn (le salut de la religion) n'était que le titre honorifique.
Ces deux nonjs ont induit en erreur plusieurs de nos voyageurs modernes, dont quelques-uns n’ont pas craint, en citant cette qualification , d’en rapporter la cause au patriarche Joseph, que leur ignorance présente comme le véritable auteur de ces monuments.
Ces mêmes voyageurs ont également regardé comme l'ouvrage du ministre de Pharaon les vastes enclos appelés Greniers de Joseph, <jue le même vizir lit également construire à Fostatt (le Vieux Kaire ) pour y recevoir les contributions en nature que payaient annuellement les diverses provinces de l’Égypte.
Les canaux , les digues', les chemins réparés, la citadelle construite, les matériaux ne manquant pas encore, un nouveau plan fut destiné à en faire on emploi utile; il s’agissait de clore d’une muraille fortifiée la capitale de l’Égypte.
le pland’abord adoptéétaitimmense :
l’enceinte devait avoir une vaste étendue, et renfermer Fostatt, l’ancienne capitale, en même temps que la nouvelle, et Çasr-él-chema (l’antique Babylone des Perses), avec tout le terrain qui se trouve entre ces différents emptacements. On fut obligé de se restreindre, et la seule partie que fit exécuter Salâh-éd-dyn se liorna à l’enceinte du Kaire proprement
(I) Voypi planche 17.
(s) Vuyn planche Is.
dit et à sa liaison avec la nouvelle citadelle.
Ces travaux nécessitèrent la démolition de plusieurs mosquées et de quelues tombeaux, ainsi que l’expropriation es maisons et des terrains qui se trouvaient dans le tracé; de.s contributions furent frappées pour subvenir à ces débours extraordihaires : la population, qui n’avait pas encore eu le temps de s’affectionner à sou nouveau maître, et qui par habitude tenait encore à ses anciens klialyfes fattymites , cria à la profanation et à la tyrannie; mais si la résistance se borna à ces plaintes inoffensives contre le souverain, la vindicte populaire s’est pour ainsi dire éternisée contre le ministre instrument direct des actes du pouvoir qui excita le mécontentement, et prit pour arme, au défaut de toute autre.le sarcasme et la plaisanterie la plus amère.
I.e vizir Pohd-éd-dyn avait déjà été surnommé généralement par le peuple Qarà-youch (l’oiseau noir), surnom ue l’histoirea consacré, etsous lequel le ésigneut tous les historieus des annales musulmanes : dès lors l’opposition ègv(v tienne choi.sit l’eunuque BohAred-a^ Qard-qouch |K>ur en faire le héros idéal des spectacles burle^ues de marionnettes, dont la population du Kaire fait un de ses principaux amusements ; le vouant ainsi d'âge en âge à la risée et aux huées publiques.
Léguée comme un héritage de haine, passant de génération en génération aux mains des bateleurs, la vengeance rancuneuse du peuple a survécu au vizir odieux , à Salü/i-éd-dyn , à sa puissante dynastie, et aux dynasties successives qui se sont tour à tour arraché le suprême pouvoir en Égypte : maintenant encore le Polichinelle égyptien, que nous avons vu fonctionner dans des scènes aussi burlesques que licencieuses, sur la place de lloumelyih, au Kaire, s’appelle QarA-qouch(i).
(I) Les pauvres directeurs de ce spectacle forain et populacier, établi lemporalreinenl sur la grandi' place au-dessous de la citadelle , le long des murs exlérleurs de la magnifique moa-
auee du siilUin //uuan , ne manquent Jamais , ans leur* actes plus ou inuius spirituel* , de faire de Q^rd-much un héros de sottise et d'ineplle : ils eiploilant même au profit des événements conleroporaius la réputation séculaire
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KGYPTE MODERNE.
L’année 573 de l'hégire ( I ) fut occupée par des hostilités entre SalAh-édrdyn et les chrétiens : les troupes égyptiennes ^rent battues à Ramién par Reynaud de Châtillon; mais les succès des croisés furent arrêtés par la discorde qui se mit entre leurs chefs, le comte de Flandre (t celui de Tripoli.
Une nouvelle expédition appela en Syrie Salâh-éd-dyn, i’an 57 8 de l'hégire (2) : l'.\tabek Melek-él-Salèh était mort, en laissant pour succcs.seur Azz-id-dyn, roi de Moussoul ; ee prince paraissait disposé à se renfermer avec fidélité dans l'exécution du traité fait précédemment avec Salàh-éd-dyn ; mais celui-ci apprit que les émirs et les habitants de Moussoul traitaient sourdement avec les Francs, pour réunir leurs efforts communs contre lui : prompt à déjouer ces projets de coalition , Salâh-éd-dyn vint en Syrie mettre le siège devant Alep, qu'il prit'par capitulation ; ensuite il se rendit maître d’Érfme , de Rakhah, de Nisibym, de Saroudj , de Khabour, de Sandjar et de Haran, puis vint camperdevant Moussoul, seule viliequi restât aux Atabeks.
de œl ancien vizir. Ponr peu que le» gouvernant» , les qadjs , ou tous autres personnage» éniineots du K.aire aient commis quoique acte de maladresse, d'injustice, ou de tyrannie, ic même soir ^ant-qoucA s’en empare et reproduit sur sa scène satirique l'acte ridicule ou condamnable qu'il soit avoir encouru l’animadversion secrète du public. Les Français euxmème», pendant leur domination en Egypte, n’ont pas été à l’abri des sarcasmes de Qarâqoitch; et il est à remarquer (jue les œuvernements les plu» tyrannique» de l’Égyplc , souvent mis sur la sellette par Çanl-ç««cA, n’ont jamais imposé silence à celle espece de journal d'opposition toujours privilégié pour dire des vérités dures sans rien craindre : ces actes improvisés renferment souvent des scènes qui ne manquent pas de plaisanterie , et qui sont assai • sonnées de lazzis accueillis par le rire universel des spectateurs. J’avoue que mol-mème, pass.mt a cheval sur la place de la Rounuliéh, plus d’une fois je me suis arrêté non sans quelque plaisir devant la baraque de Qurd-qoiwh, et j’ai involontairement mélé mes éclats de rire a ceux du parterre en plein vent. J’adoulerai que parmi les scènes plus ou moins oécenles que j’y ai vues ou enlendues , je me suis plu a recueillir par écrit œlles dont un cynisme révoltant ne m’interdisait pas la conservation , et je me propose de les publier quelque jour comme spécimen du Ihéttre comique et ealirique des Egyptiens modernes.
( I ) Cette' année a commencé le jeudi 30 juin de l’an 1 177 de l’ère chrétienne.
(2) Cette année a commencé le vendredi 7 mai de l’an t lai de notre ère.
Le siège de Moussoul fut interrompu par diverses autres expéditions, et repris définitivement l’an 581 de rbégire(l).
Salâh-éd-dyn y fut attaqué d’une maladie si dangereuse , que le bruit de sa mort se répandit dans toute la Syrie. Contraint de se retirer à Uamali , il y reçut des propositions de paix A' Azz-éd-dyn.
Cette paix fut bientôt conclue, et elle fut religieusement observée de part et d’autre : les principales conditions en étaient que le nom de Salâh-éd-dyn serait proclamé comme suzerain, à la prière solennelle, tant à Moussoul que dans tout le territoire dont Azz-éd-dyn obtenait la restitution, et que le roi de Moussoul, se déclarant vassal At Salâh-éd-dyn, s'obligeait à lui fournir des troupes et des contributions dans ses guerres contre les croisés.
Dès lors Salâh-éd-dyn n'eut plus que les Francs à combattre. Il leur enleva successivement, l’an 583 de l’hégire (2) et dans les années suivantes, Tabaryéh ( Tibériade ) , Kaysaryéh ( Césarée ) , Hayfjah, Safouryéh, Chokayl, Foulah, y'ajâ (Jaffa), Talnyn, Saya (Sidon), Reyroul, Dyah et Ojobayl; il réduisit aussi dans le mois de Chaabân la forte ville A’Akkah ( Acre) , après une grande bataille livrée à Ulrthyn, le samedi 24 du mois de Raby-él-Thâny, et dans laquelle il reçut un puissant secours des troupes de Moussoul, commandées par Daher-éd - dyn-él- Yahankety ; Salâhéd-dyn y üt prisonniers le roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, et les grands maitresdesTeinpIiers et des Hospitaliers.
De là il marcha sur Jérusalem ; la ville sainte fut enlevée aux chrétiens , après avoir fait pendant quatorze jours la plus vigoureuse résistance. Jérusalem fut forcée de se rendre par capitulation : un rachat fut imposé aux habitants; chawe homme paya 10 dynars(3), chaque femme cinq (4), et les enfants furent taxés à deux (5) ; quiconque ne pouvait payer devait rester esclave du vainqueur. Le traité signé , le royaume de Jérusalem cessa d’exister : les chrétiens sortirent de
(1) Collé année a eomrooncé le -jeudi 4 avril de l’an 1 185 de l’ère chrétienne.
(2) Celle année a commencé le vendredi 13 mars de l’an 1187 de notre ère.
(3) Environ 150 francs de notre monnaie.
(4) Fjiviron 75 franc».
(5) Environ 30 francs.
la ville qu’ils avaient possédée pendant quatre-vingt-huit ans , et Salâli-éd-dijn y entra triomphant le vendredi 17 du mois de Régeb de l'année 583 de l'hégire (2 octobre 1187 de l’ère chrétienne).
Satdhréd-dyn tenta ensuite de s’emparer de Sour ( Tyr ); mais il y échoua , et s’en dédommagea par la prise de Djabatah ; A'Asqalàn , de Ghxizzah , de Hamiéh, de Beyt-Gebrayl , etc. La plupart des autres places de la Palestine tombèrent bientôt en son pouvoir, telles que Ladakyéh (Laodicée), Ckahyroun , Chogr-bakas, Derbetak , Batroun, Baahrâs, Karak, Safed, Naplouse, Seoaste, etc.
Les chrétiens arrêtèrent ce débordementde victoires, en proposantune trêve, ui fut acceptée l’an 587 de l’hégire ( 1 ) ; es négociations s’en suivirent; le mariage d’é/- Melek-êl-Adel-Seyf- éd- dyn ( le Safadin de nos historiens ), frère de Saidhréd-dyn, avec la sœur du roi d’Angleterre, Richard, que l'écrivain arabe ébn-Chonah nomme Melek-tH-Ankelar, fut proposé et arrêté : le frère du sultan d’ Egypte reèevait en présent de son frère le royaume de Jérusalem. Ia nouvelle reine apportait en dot Saint-Jean d’Acre que les chevaliers venaient de reprendre.
Le 22 du mois de Cbaabân, Van 588 de l’hégire (2), Salâh-éd-dyn et Richard avaient scellé leur promesse, en se serrant mutuellement la main ; tous les princes chrétiens, tous les Francs, les neveux et les fils de Salâh-éd-dyn avaient juré retraité, qui devait faire cesser toute guerre en Syrie et y fonder une paix durable; 4pais les évêques croisés refusèrent tout’ consentement, à moins que le frère ^ Salâh-éd-dyn n’abjurât rislamisme et ne se fit baptiser : tout accord fut dès lors rompu, et iaWA-ètWÿ» marcha à de nouvelles victoires.
Ce fut au milieu de ces derniers succès que mourut à Damas ce grand conquérant, enlevé par une maladie aiguë, ou,suivantd'autres, attaquédephtliisie, le vendredi 27 du mois de Saiar, l’an 589 de l'hégire (3).
< I ) Crtte année a commencé le mardi asjanvi^r de l'an liOt de Père chrétienne.
(2) Cette année a commencé le samedi |8Jao> >ier de l’an 1192 de notre ère.
C-i} Cette année a coratnencé lejeudl 7 Janvier de l'an I1D3 de l’ère chrétienne.
Il était âgé de cinquante-sept ans , ayant régné vingt-quatre ans en Égypte et environ dix-neuf en Syrie (I).
Sa mort fut déplorée par un deuil public, ce qui n’avait encore eu lieu pour aucun autre prince. Suivant le témoignage écrivain contem-
porain, « gens de bien ou méchants, mu- « sulmans ou infidèles , tous le regret- « térent sincèrement. »
Son fils aîné Nour-éd-dyn-Aly , qui était auprès de lui dans ses derniers moments, fit annoncer cette perte par des courriers à scs deux frères, Emad-éddyn-Othmân, qui avait été chargé du gouvernement de l’Égypte , et Ghayathéd-dyn-él-Ghazy , qui commandait à
(1| Monnaie du sulUin Saldh-^d-dyn, frappée a Damas, l'an (iS.'l de l'hégirr, us? de l'ère chrétienne, et dans laquelle, après son surnom tCil- MeUk-H-Naster, il ajoute le Utre de SouWiAntl-Ulamou-tl-Mouslcmyn ( sultan de la religion et des Udèles ). Cette monnaie porte, au revers A, le nom de V Imim-U-Nauer, S«* khalyfe abbasside de Bagbdad.
Autre monn.nie de cuivre du même prince, frappiK* r.in Mit de l'hégire et portant de même, au revers B, le nom du khalyfe il-Ndsser.
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Aatre monnaie du même prince, portant é^lement son nom à la face A, et au revers o« celui du même khalyfe.
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KGYPTE MODERM;.
Alen, ainsi qu’à son onc\e. Séyf~fd-dijn- Motinmmed, occupant alors la ville de Karak en Arabie.
Ces princes accoururent assister aux funérailles, pendant lesquelles la sœur du sultan mort, SUtéh-él-Châm (la Dame de la Syrie } , distribua des aumônes considérables de ses propres deniers-, car les historiens contemporains rapportent que Salâh-fd-dyn, à sa mort, n’avait laissé dans son trésor particulier que
u.irante-sept dirliems d^argent ( moins
e soixante traiics de notre monnaie). On ne trouva dans tous ses coffres, ni une seule pièce d’or, ni aucun autre objet précieux.
Salûh éd-dyn laissait en mourant seize enfants nifliesetune lille : celle-ci, nommée Monysm-Khatoun,épo\isa son cousin Nasser-éd-dyn-Mohammed, Gis de Sêyf-éd-dyn , et depuis surnommé él- Melekét-Kamel. Les Gis du conquérant partagèrent son vaste empire avec ses frères et ses neveux; mais, dans cette répartition de l’héritage, les lots furent inégaux ; trois seuls des Gis de Salàh-éddyn obtinrent des parts considérables ; la plupart des autres furent obligés de se contenter de quelques villes et de quelques petites principautés pour leurs apanages.
I.’aîné de tous, Sour-dd-dyn-.4ly, prit le surnom de .-tjdnt , et eut
en partage le royaume de Damas, les côtes maritimes, Jérusalem, Bosrali, Baneas et la basse Syrie.
A Ghayath-M dyn-êl-Ghuzy, qui fut surnomme il- Mekk-il- Daher , échut Alep, et toute la partie de la haute .Syrie qui en dépend, avec liaraii, Tell-llàcher, t’zaz et Slanhedj.
Emad-id-dyn-OUimàn, conserva l’Egypte, où il régna sous le nom d'él-Metek eV-,'/jya(le roi majestueux).
Ces trois princes furent les fondateurs de trois dynasties différentes, branches de celle des Ayoubites, dés lors séparées en Ayoubites de Damas, A'Âlep et A' Égypte.
Les autres princes de cette famille conservèrent en souveraineté les territoires dont Salàh-id-dyn leur avait conféré le gouvernement; mais ils reconnurent la suzeraineté de l’un des trois princes, chefs des nouvelles dynasties.
HcyJ -id-dyn-.ibou-beker, surnommé
IC Livraison
il- Melek-il-.-ldrl pe roi juste). Gis d’Ayoub et frere de Salàh-id-dyn, garda Karak et Clioubek.
Sous le nom A'él-Melrk-él-Mansour (le roi à qui Dieu donne la victoire), Nasser-id^yn-, Mohammed, Gis de Taay-id-dyn-Omar , et petit-GIs de Chanyn-chah, l'un des freres de Salàh-iddyn , fut prince de Hamah , de Salamyah et de Mara ; il-.Melek-il-Âmjad (le roi très-louable) Beheram-rhah , également petit-GIs de Chahyn-chah, prince de Baalbek-êl-.Melek^l-Moudjehed (le roi belliqueux) Chyrkouéh, petît-üls de l’oncle de Salàh-id-dyn, qui portait le même nom, conserva le titre de roi A'Édesse et de Palmyre , titre que son père Nasser-id-dyn-.Mohammed avait pris huit ans auparavant par une concession de Salûh-id-dgn.
Chems-Cd-doulah-Touran-chah, qui , dès l’an 569 de l’hégire (1173 de l’ère chrétienne), avait conquis l'Yémen par l’ordre de son père .ta/dA-érf-dyn, y avait fondé un royaume , et son frère Toghteghin y régnait sous le nom de il-Melekei-Moizz.
Ainsi divise l’empire ayoubite formait encore une masse compacte : attaqués par. tzz-id-dyn, et par d'autres princes que Salâh-id-dyn avait vaincus, les copartageants s’étalent réunis pour défendre solidairement leurs propriétés nouvelles; mais bientôt cet accord cessa : l’ambition, plus forte que les liens du sang, faisant naître des querelles particulières entre les diverses branches ayoubites, elles devinrent, d’alliées, ennemies.
Dès l’an 502 de l’hégire (1), il-.Melek il-./del-.-tbou-bcker, mécontent de la médiocrité de son apanage et de sa position de vassal, complota avec son neveu il-.Melek-il-.4zyz-Olhmàn, sultan d’Égypte, de dépouiller il-Melek-il-À/dal Nour-id-dyn-Aly de son royaume de Damas.
Attaqué à l’improviste par les troupes réunies de son frere et de son oncle, et dépossédé par eux de sa portion d’héritage, le malheureux prince eut recours à la protection du knalyfe il-Nâsser-le dyn-Illah, qui régnait alors à Baghdad; le prince suppliant et le prince protecteur
(I) Cetle année a commencé le mercredi 8 déccninrc de l’an i ms de notre ère.
(Eoyi'tk sioin iï-si’.)
L’UNI\TCRS.
étaient tous les deux également bons poètes, et les historiens arabes nous apprennent que la correspondance de leurs négociations eut lieu endeux pièces de vers qu’ils nous ont conservées.
Nour-éd-dyn-Aly écrivait dans sa supplique poétique :
« A peine l’apôtre de Dieu avait-il •< ferme les yeux, que la trahison d’Abou- « beker et d’OthmSn chassait du trône , •• malgré ses droits, Aly, le gendre du « Prophète, le plus noble guerrier de l’is- O lamisme. »
« Je me nomme aussi Aly : à peine le • grand Salâh-td-dyn, mon père, est-il « au tombeau, qu’un autre Abou-beker a et un autre OthmAn m'ont de même « chassé de mon trône. »
Le khalyfe renvoya les vers suivants , comme apostille à la requête :
« Si Aly fut dépossédé par des usurpan leurs , c’est qwaucun défenseur n’osa « SC lever pour sa cause dans Médine. »
« Moi , je me nomme él^Nasser ( le dé- » fenseur) ; prends courage! car Dieu, « qui m’a chargé de défendre la cause des « opprimés, leur fera rendre un compte « rigoureux. »
Cette réponse poétique fut le seul secours qu’envoya le khalife, qui craignait de s’attirer deux ennemis aussi puissants que l’étaient devenus éi-Mékk-él-Adel et fil-Mélek-él-Azyz, par le partage du royaume qu’ils venaient d’envahir. Cependant ëC-Mélek-él-Azyz ne jouit pas longtemps des fruits de l’acte d'iniquité auquel il n’avait pas craint de concourir, et n ne tarda pas à aller, suivant les vers presque prophétiques du khalyfe, rendre scs comptes devant le juge suprême des frères dénaturés et des rois oppresseurs.
Après avoir été forcé par son complice d'envahissement, êl-Mclek-ét-Adel de renoncer à la possession de Jérusalem, et des autres territoires qui lui étaient échus dans le partage des dépouilles de .son frère, U mourut au Kaire, <i l’.lge de vingt-sept ans, le 31 du mois de Moharreni, l'an 595 de l’hégire ( 22 novembre 1 198 de l’ère chrétienne), après un règne de moins de six années (1).
Les historiens orientaux ont vanté la bravoure et la générosité d’él-Mélekél-Azyz. Réglé dans ses mœurs malgré
(I) Monnaie de nilvrcdn sultan Èl-Méi.eh-
sa grande jeunesse, il ne montra jamais la moindre avidité pour l’argent et ne savait jamais rien refuser : impétueux, irréfléchi, et cependant faible de caractère , il se laissa entraîner par son oncle dans une entreprise blâmable; il en fut puni le premier, car les fruits de cetactede spoliation qui lui échappèrent donnèrent à son oncle (l-Métek-èl-Adel les moyens de chasser quelques années après sa dynastie du royaume d’Égypte.
La faiblesse avec laquelle ce prince se laissait aller aux propositions qui lui étaient faites, se manifesta dès les premières années de son règne; quelques gens de sa cour, <• gens dépourvus de « bon sens, « dit l’iiistorien arabe contemporain, lui persuadèrent de démolir les grandes pyramides, et sur-le-champ il en donna l’ordre. On commença par la troisième pyramide, nommée par les Arabes ël-Ahmar ( la rouge) et qui est la moins considérable.
Des sapeurs , des mineurs et des carriers y furent doncenvoyés, sous la conduite de quelques-uns des principaux émirs de la cour; ils établirent leur camp auprès du monument, rassemblèrent un grand nombre de travailleurs parmi les fellahs des villages environnants, et les entretinrent à grands frais : ils y demeurèrent ainsi huit mois entiers, ne parvenant chaque jour, à force de travail et de peine, qu a enlever une ou deux pierres.
Apres avoir épuisé les forces des ouvriers et les fonds qui leur avaient été assignés , les émirs turent contraints de renoncer à leur entreprise, l’an 593 de l’hégire (1) : le seul résultat de cette folle entreprise fut de gâter la pyramide, de détruire une partie du revêtement, et d’y
f.L'Àz-TZ Othmdn , Uls de Salàh^d’dyn , et sou premier successeur sur le trdue d'Êgyple.
(I) rptteaiméea commencé le dimanche St noNcrnbri* Uc l'an de rére chrétienne.
ÉGYPTE MODEREE.
faire la brèche peu profAncte que les voyageurs y voyent aujourd'hui (I).
Cette entreprise dispendieuse et inutile n'était que ridicule; mais un autre acte de l'adoiinistration iinpolitique et maladroite de excita
des mécontentements au Kaire, et fut sur le point d’y soulever les populations.
L’époque de la grande crue du Nil est un temps de fêtes et de réjouissances par toute l’Égypte, et surtout au Kaire, lorsque le canal qui traverse la ville est rempli, que les vastes places publiques sont inondées par les eaux du Nil.
L’inondation est couverte nuit et jour de barques nombreuses, portant des musiciens, des chanteurs, des chanteuses, et les habitants de la ville , qui se livrent tout entiers au plaisir de ces divertissements. Plus d'une fois la licence avait Uni par présider a ces parties de plaisir, devenues peu à peu des parties de débauches effrénées : piusieurs fois aussi des règlements étaient intervenus pour arrêter ces excès, et le khalyfe él-JIakem-be-amr-lUah avait même interdit entièrement ces promenades aquatiques, soit le jour, soit la nuit. L'ordonnance, d’abord éludée, puis hardiment enfreinte au milieu des troubles , était tombée en désuétude, et les eaux du canal , ainsi que les places inondéesdu Kaire, voyaient chaque année s’y renouveler les anciens désordres, auxqueis le peuple se livrait avec une sorte de fureur.
Kl-Mélek-4L-Avj'i, qui professait au contraire une grande sévérité de moeurs, rétablit, l’an 504 de l'hégire (2), les règlements prohibitifs du khalyfe Ü-Hakem, et les lit exécuter avec'la rigueur la plus intolérante. Os mesures mécontentèrent tellement les hahitants, que peut-être un soulèvement général allait .se déclarer dans la ville, lorsqu’on y apprit la mort A’él-Mélek-él-Aiyz.
(I) On sait qiiB nos «Dtiqiulres modcrncti ont été pins heureux nue le «ullin exoabilr, dans leur exptoritlon des Irot.s gnuidês pyrainidey; Indépendamment des découvertes sfimportintes f.xites dans l'Intérieur de ta grande, par le capUnine Cavilia, le 3 mars ISIS, la seconde a clé ouverte par l'entreprenant Beizoni, et, le 33 juillet 18.17, l’entrée de la Iroieiéme, laliorleuseinent clicrclie* par le colonel Howard Wyse, a enlln été découverte par les travaux les plus oplniatre.s et les plus intaUgahles.
(2 ' Celle année a commencé le jeudi 13 novembre de l’an 1137 de notre ère.
Le sultan défunt laissait en ce moment, pour héritier de son trône, un fils, âgé .1 peine de huit ans, nommé Nasserfd-dyn-Mohammed. Lejeune prince fut inauguré sous le surnom A'él-Mélek-él- Mansour ( le roi victorieux ), surnom ridicule pour un roi encore enfant.
Il fallait un tuteur au sultan fl-Mansour; un parti qutél-Mélek-él-A/dal, roi détrônéde Damas, s’était créé en Égypte, l’appela et lui offrit cette tutelle : él-Afélekil-Afdal accepta avec empressement, se rendit au Kaire, etse déclara Atabek, c’est-à-dire tuteur de son neveu.
Mais il n’eut pas le temps d’en remplir les fonctions. Son ennemi , son spoliateur, (l-Milek-êl-Adel, accourut luimême de Damas au Kaire, réclamant, à la tête d’un corps nombreux de troupes, ses droits à la tutelle, comme grand-oncle du pupille et oncle du tuteur luimême : él-Mélek-él-Afdal voulut en vain résister ; assiégé dans son palais du Kaire, il fut heureux de pouvoir s'en échapper, et de retourner à une vie ignorée dans sa précédente retraite.
Devenu tuteur de él-Mélek-él-Mansour, (!-Métek élrAdel se lassa bientôt de jouer ce rôle : il déposa son pupille, après un règne de vingt et un mois, dans le mois de Chaouâi de l'an 5<Jfi (1) de l’hégire (2) , et prit lui-même le titre de sultan d’Èpvpte et de Syrie.
Èl-Méli-k-él-Adel était enfin parvenu au faite de la puissance qu’il avait depuis si longtemps ambitionnée, et dont tant de circonstances défavorables semblaient devoir l’éloigner pour toujours : son neveu dl-Mélek-él-AJdal avaitété dépouillé |iar lui du royaume de Damas, sou
fietit-neveu él-Mélek-êl-Mamour de ceui d'Égypte; les autres princes de la famille des Ayoubites, qui ne possédaient
(1) Cette année a commencé le Mmedl23octobre (le l’nn I IS3 de notre ère.
(3) Monnaie en cuivre du aultao It-Mikkél-Aantour.
que de petits apanages, s’étaient empressés de se reconnaître ses vassaux. Xje seul qui avait semblé d’abord vouloir lui résister, son aUtreiieveu. él-Méiek-él- Daher, roi de Haleb, venait de lui envoyer son hommage comme à son suzerain, s’engageant à tenir toujours ses meilleures troupes à sa disposition. Ainsi s’étaitréuni, entre les mains deé/-;WéteA- Ü-Adel. l’empire entierde Salàh-id-dyn, d’abora morcelé par ses héritiers.
Croyant pouvoir profiter des secousses qui ébranlaient la dynastie des Ayoubites, les Francs avaient pris une attitude hostile : él-Mélek-êl- Adel part de Damas, et va camper sur le mont Thabor, en face des positions des chrétiens : ceux-ci venaient de recevoir de puissants renforts de l’Europe. La troisième croisade, proclamée par le roi de France Philippe- Auguste et Henri II, roi d'Angleterre, l’an 1 188 de l'ère chrétienne(.‘V84 de l’hégire), avait alors échoué devant le terrible SalûJi-êd-dyn; une quatrième, entreprise par le pape Célestin III et l’empereur Henri 'VI, l'an 1195 de l’ère chrétienne (592 de l’hégire), n’avait pas eu plus de succès.
Une cinquième fut décidée, par ordre d’innocent III, l’an 1198 de fère chrétienne (595 de l’hégire), et les Français, les Allemands, les Vénitiens réunis, portèrent en Syrie tous les éléments d’ une guerre formidable contre les musulmans.
Les croisés croyaient, à leur arrivée , trouver l’Egypte sans force, sous un roi mineur, la Syrie déchirée par des guerres inte.stines, la famille des Ayoubites divisée par des querelles et des agressions usurpatrices, les musulmans partout désunis, découragés; ils y trouvèrent le redoutable êl-Méh'k-At-Àdel-Seyj-éd-dyn : partout il était maître suprême, partout il écrasait leurs efforts imprudemment hasardés , et rendait leurs entrepri.ses impuissantes.
l’réparant une attaque décisive, él- Mélek él-Adel tenait ainsi depuis plus d’un mois les chrétiens en échec, quand des nouvelles d’une nature menaçante le rappelèrent en Égypte.
Un terrible tremblement de terre venait de ravager cette contrée , l’an 600 de l’hégire (i), ses effets désastreux
(I) Cette .innée a commencé le mercredi 10 uptembre de l'an I 2u3 de noire ère.
s’étaient faif sentir aussi en Syrie, darK file de Chypre, dans l’Asie Mineure, et jusque dans l'Iraq et lu Mésopotamie : les secousses avaient fait écrouler les remparts de Sour (Tyr) ; mais l’Égypte réclam.ait un secours immédiat’ contre un autre désastre d’une spécialité plus urgente : une flotte chrétienne, par une diversion bien calculée, venait d'opérer un débarquement sur les côtes d'Égypte : les croisés avaient pénétré jusqu’à Faouéh sur la branche de Rosette, en avaient massacré les habitants, et livré pendant cinq jours la ville à toutes les horreurs de lu guerre.
Le sultan d’Égypte crut devoir acheter par un traité I évacuation de cette contrée ; il rendit aux chrétiens, l’an 601 de l'hégire (1), la ville importante de ya/d( Jaffa) : Lydda et liamléh^wxKtpées alors moitié par les musulmans, moitié par les chrétiens, furent accordées en entier à ceux-ci.
Le traité de paix ne concernant que l’Égypte et laissant le atatu quo belligérant en Syrie, les chrétiens avaient usé de ce droit d’hostilité pour y attaquer Uamah et ravager le territoire de plusieurs autres villes. Taqy-éd-dyn avait étéà leur rencontre, et le sultan d’Égj’pte partit de sa capitale , pour concourir à la défense de cette partie de la .Syrie.
Une longue suite de combats sanglants s’engagea alors entré fl-Mélek-fl-Ade! et les chrétiens ; lasixième croisade, résolue par le même pape Innocent III, promoteur de la cinquième, commença tumultueusement, l’an 1 2 1 3 de l’ère cnrétieniie (610 de l’hégire), et jeta, sur les côtes de Syrie, aux musulmans, la tourbe armée d’innombrables adversaires.
Le principal débarquement s’était opéré à Saint-Jean d’Acre : (l-\félek-êl- Adet courut se mettre en position à Naplouse ; mais il en fut repoussé, et acculé dans la plaine de Sa/ar.
Les croises alors coupèrent toutes ses communications avec l’Égypte, et renouvelèrent le massacre de la croisade précédente. Fuis ils allèrent porter la guerre en Égypte même, et mirent le siège devant 'Damiette, au mois de Ra-
(I) Celle année» commencé le dimanche 29 auül de l'au I2U4 de notre ère.
EGYPTE MODERNE
by-ël-Aouel (le l'an GI5 de l'hégire (1).
Le sultan, en quittant ce royaume pour se porter en Syrie, en avait laissé le gouvernement entre les mains de son lils , i\'(User-é(l-(lyn-Mohammrit-./hniil-t'atak, surnommé t'l-Mvlek-il-t\àmcl { le roi parfait ) : ce jeune prince coornt à la défense de Dainietle, denianila du secours à son père, ut tint en uclieu les Erancs pendant quatre mois
Pendant ce tenips, éi-.Mélek-él-.ùM faisait Hier sur l’Égypte toutes les troupes disponibles, et él-Mé/ek-fl- h'amd n'atten(iait que la réunion de forces siiflisantes pour reprendre l’offensiveconlre l'armée des Francs, qui , à la fin du mois de Gemady-êl-Aouel , venaient de s'emparer de la grosse tour appelée Jtourijél- Setseléh , c’est-à-dire ta tour de ta chaine. (3) , lorsqu’il apprit la mort de sou père.
Él-Mélek-él-Jdel s’était mis lui-méme en marche pour l’Égypte; sorti enfin des plaines deA'a/ar, il s’était porte sur Atekyn, non loin de la colline A' ytfijk, lorsqu’il fut surpris par la mort, à I âge de soixant<M)uinzeans, le 7 du mois de Gemady-él-Tlu'iny de l’an 615 de l'hégire ( 1318 (le l'erc chrétienne).
Ce sultan, que nos historiens appellent Aa/iidjn, avait régnéenvirondix-neufans sur rÊgvpte(3). Ambitieux, audacieux, infatig.aüie , inébranlable dans ses desseins, et trouvant tous les moyens bons pour en assurer rexiicution , les écrivains orientaux louent cependant ses mreurs douces, sa bonté envers tous ceux qui l’approchaient et sa tendre affec-
(I) Cette année a commencé le vendredi 3 mars de l'an I2IH de t'ere chreUeone.
(1) Cette tour, placée sur la rive du fleuve en face de Damiette, était ainsi commet- a cause d'une forte cliaine de fer, qui partant des murs de Damiette, allait se ratlaclier a sa liase et barrait enUcrement rentrée de cette branche du fleuve.
(3i Monnaie d'argent do sultan él-Mêtek-/l- Jdel, quatrième sultan avoubilc d'Rgvp'e, portant au revers le nom du kbalyfe abbasslde il-NiucT-le-dyK-IUak.
tiori pour ses nombreux cnfanv.s : en effet, outre un grand nombre de lilles, il avait seize lils, tous recommandabips par d.'S qualités brillantes , et la plupart dej,i illustres par des victoires , ou (■prouves, dans l'administration des provmees.
Ain.s'i un bonheurdomestique, inconnu jusque-la . s'était joint pour lui à la prospérité véritablement extraordinaire (pu , pendant de loiidiies annt’PS, au dedans de son empire, avait couronné toutes ses entre|irisps. Les derniers échecs qu'il venait d'eprouver contre les chrétiens, all.iient être changés en de nouvelles victoires, dont il venait de se créer les moyens , ipiand la mort vint rendre vains les liants projets qu’il avait milris.
('.elle perte eonslema H-Métek-H-hamé/,(Jejà vivement presse par lesFrancs; et, pour angmeiiler les dangers de sa position, ses troupes, se mutinant, voulurent le rejeter de la sueei’ssion du trône, et proclamer sultan d'l-igy|ite un (unir kurde, nomme Lmad-éd dyn-.-lhmrd.
Cette révolution allait s'aeeoniplirau milieu de la coiuusion générale , lorsipie le frère du jeune sultan, ét-Mélek-i't-Monzzem-Kiiayr-<’d dyn-) ssti, que nos écrivains nomment C'urnr/(/i , et qui venait d'hériter par la mort i\'6t-Métek-ft-.ddel du royaume de Damas, accourut en Égypte, comprima la révolté, força a fuir les cln fs des séditieux, et battit les
Autre munimie en cuivre du même sult.vn.
Autre limnnaie du même sultin , portuit également le nom du klmlvfe é/-.Vi)*.«-r, frappée • l'an (X)l de l'tiéglre fjo» de Père (clirétienne).
L’UMVERS.
lâO
Francs qui araient profite de ecs désordres pour renforcer leurs altatiues.
Ce succès ne put cependant forcer les Francs a abandonner le siège de Damiette, et il-Melek él-Moazzem, qui était retourné en Syrie, craignant que, cette ville prise, ils ne s’emparassent de Jérusalem , crut nécessaire , pour qu'ils ne s'en fissent pas un poste inexpuguable, de démanteler les fortifications dont Saldhréd-dyn avait entouré cette ville.
En vain él-Melek-él-KAmel appelat-il tousses frèresàson secours, Damiette succomba enfin , et les Francs y entrèrent en vainqueurs, le 10 du mois de Ramaddân de l’an 616 (1) de l’hégire (novembre 1219 de l’ère chrétienne).
Les habitants furent massacrés ou mis en esclavage , et la grande mosquée convertie en église.
Ce succès enfia les espérances des chrétiens; déjà ils se croyaient maîtres de l’Égypte entière, et le sultan êl-Melekét-Kamel put à peine couvrir sa capitale et l’Egypte mov'enne, en prenant position, avec tout ce qu’il put rassembler de troupes, au point où se séparent les deux branches orientales du Ml, dont l'une a son embouchure à Damiette et l’autre à Tynéh.
Jamais année ne fut plus désastreuse pour l’islamisme : tandis que Damiette tombait sous les coups des Francs, les hordes tartares conduites par Tchinrjlt- XAdn(Gengiskan) commencèrent leurs sanglantes expéditions contre les États musulmans de l’Asie orientale.
L’armée des Francs laissa ses bagages etsesprovisions, avec une fortegarnison, à Damiette, et se mit en marche sur le Kaire. Ils rencontrèrent le sultan à Mansourah, et l’on se battit sur le fleuve et sur sa rive avec un égal acliarnement, mais sans résultat positif. Cependant les pertes des musulmans avaient été considérables, et un second combat pouvait ouvrir aux chrétiens les portes de la capitale. lieurenseiuent l’appel de ft- Melek-ét-Kamel dans sa détresse avait été entendu en Syrie : il vit arriver à son camp de Mansourah ses frères, él- Melek-él-Moazzem , roi de Damas; él- Melek-él-Jchraf, prince de Haman; ses cousins, él-Melek-ét-Nasser-Kilyg-
(I) Celle anDif acommeDoé le mardi 18 mars de l'an 1 1 19 de notre ère.
Arslin, qui venait de succéder à son père él -Melek-él-Mansour-Natser-éddyn dans la principauté de Hamah , Beheram-chah, prince de Baalbek ; él~Melek-él-Moudjehed - Chyrkouéh , prince de JJémesse, avec des forces considérables.
Le sultan, de l’avis de ses nouveaux alliés, profita du changement de sa position, pour faire aux Francs des ouvertures d'arrangement ; il leur offrait l’abandon de Jérusalem, A'AsqalAn, de Tabaryéh , de Latakyéh , de Djebeléh, et de toutes les autres places que Salâhéd-dijn, son aïeul, avait conquises à l'islamisme, à l'exception de Choubek et de Karak, qui avaient été le domaine particulier de son père dans le partage de l’héritage de Salâh-id-dyn : il ne demandait en retour que la reddition de Damiette et l'évacuation de l’Égypte par les croisés.
Ceux-ci néanmoins se montrèrent intraitables; ils prétendaient avoir de plus les deux places réservées , et exigeaient en outre une somme de 300,000 dynars ( 4,000,000 et demi de francs) en indemnité pour la reconstruction des fortifications de Jérusalem , qui venaient d’être détruites.
Ces négociations difficultueuses allaient finir par être rompues , lorsqu’un corps musulman , tournant en secret le canip des croisés, alla camper derrière eux, et couper la digue du canal de MehaUéh. Le Ml était alors au plus haut point de sa crue ; il se répandit sur toute la contrée qui séparait Damiette du camp des croisés ; ceux-ci , qui ignoraient les effets des inondations annuelles, virent leur camp envahi par le nouveau déluge, leurs communications avec leurs magasins et leurs renforts coupées; assiégés à la fois par les eaux et la famine, il leur fallut à leur tour demander la palxen suppliants. Les rôlesétaieut changes : ils furent forcés de sacrifier Damiette sans aucune des compensations qui leur avaient été offertes. Bien plus, les émirs voulaient exiger la remise de vingt des plus qualifiés d’entre eux , comme otages de la reddition de toutes les places que les chrétiens possédaient encore en Syrie : mais, les deux partis étant également épuisés et fatigués d’une longue guerre, on n'insista pas
EGYPTE MODERNE
sur cette dernière condition, et le traité d'évacuation fut conclu le 7 du mois de Regeb de l’an KIS (1) de l’hégire (tin d’aodt 1321 de l’cre chrétienne ).
Des otages furent réciproquement donnés par les contractants; parmi ceux du sultan, était son propre üls, él-Mekk-él-Saléh, alors âgé de quinze ans seulement; parmi ceux des croisés, furent le gouverneur de Saint-Jean d'Àcre et le légat du pape.
Le 19 du même mois, Damiette fut remise aux musulmans, aveu toutes les fortiGcations nouvelles que les Francs y avaient élevées ; étrMekk-él-KAmel y lit son entrée solennelle, et retourna ensuite au Kaire.
Depuis cette époque, le sultan ne s’occupa plus que de négociations et d'intrigues diplomatiques. L'affaiblissement des chrétiens les rendait impuissants contre lui; il songea à s’en faire des alliés utiles à ses projets d’agrandissement, qu’il prétendait exécutercontre le frère même dont le secours lui avait été si utile dans sa détresse.
Résolu d’attaquer él-Mélek-6lrIHoazzem et de lui enlever son royaume de Damas, il crut pouvoir faire taire une diversion, conforme à ses intérêts , en déterminant l’empereur Frédéric à attaquer le sultan de Damas. Des présents considérables appuyaient réciproquement ces négociations étranges. Frédéric accourut à Acre avec des forces considérables.
M a is , a va nt son arrivée da ns cet te place, l’état des choses avait changé ; él-Melekél-Moazzem, qu’il devait attaquer, sur l’invitation du sultan d'Égypte, venait de mourir; son jeune fils, èlrUélek-ét- Ncisser-Salâh-éa-<lyt\rÜaoud, s’était vu enlever par son oncle ét-Mélek-él-Karnel les villes de Ckoubek, de Jérusalem v\. d'autres places importantes; il avait appelé à son secours son oncle él- Mélek-él-Achraf, qui régnait en Mésopot amie.. L’oncle était accouru ; mais, au lieu de protéger son neveu contre le sultan d’Égypte, il avait fait alliance avec celui-ci, et consommé de concert la ruine du malheureux prince, dont ils s'étaient partagé les dépouilles à l’amiable.
En arrivant à Acre, l’empereur Fré-
(I) Telle année .T(^ommcncé.lejeaür25 février d.* Tau de noire tre.
lÂ!
déric ne voulut rien entendre à ces arrangements de famille. On l’avait appelé pour attaquer le royaume de Damas ; il l’attaqua , et commença par se rendre maître de Tyr, malgré* toutes les observations des nouveaux possesseurs, auxquels son intervention n’était plus nécessaire, puisque l'acte d’iniquité auquel devait concourir son attaque se trouvait déjà consommé sans sa coopération.
Des négociations s'ensuivirent; elles se prolongeaient et elles s’étaient compliquées par la mort de él-Mélek-él-Achraf, qui semblait offrir au .sultan d’Égypte une occasion favorable de réunir en ses mains les deux parts des dépouilles partagées, lorsqu’il mourut lui-même à Damas, un mercredi du mois de Regeb de l’an 635 de l’hégire (I) , âgé d’environ soixante ans , après un règne d’environ vingt années (2).
Ce prince, que nos historiens nomment Métédin, est représenté par les écrivains orientaux comme aimant la magnificence, maintenant exactement l’ordre dans ses États, dirigeant luimême toutes ses affaires ; il aimait les lettres , protégeait les savants , se plaisait même à discuter familièrement avec eux ; l’Égypte lui dut la diminution du
(I) Cette année a commencé le lundi 34 août de l’an IM7 de notre ère.
(3) Monnaie en or du sultan (t Velck-dt-Kd- Bul. frappée au Kaire, l'an «37 de l’IiéRlre (l■.••i9 de l’ère chrétienne), et portant au revers B le nom dn trente-sixième khalyfe abbasslde Climim-él-Ùtttuourél-Mos!anser-b-IUiili.
L’UiMVKUS.
tiersdc scs inipôls, et le Kaire plusieurs de ses embellissements.
Dès que la mort A'él-Mêlek-él-Kâmél fut connue au Kaire , les émirs prêtèrent serment de liilélité à son lils erej/ (d-dtjn- Àbou-bekvr , surnommé èl- Mélek-él-Àdel, second du nom , entre les mains duquel son père aviiii laissé l'administration de rUgypte pendant son absence. L’émir )ü«ko«æ, surnommé él-Mélek-él-Djouad (le roi brave), fut nommé prince de Syrie , au nom et sous l'autorité du sultan.
Mais cetémir n'y resta pas longtemps :
l'année suivante, il consentit à éeb.ingcr sa principauté avec les places que possédait en Mésopotamie le second lils de ê/- Métek-él-h'dmd, nommé el-Hélek-ét-Salèh-Nedjm-êd-dyn-Ayoub. l.e but de celui-ci, en s'établissant en Syrie, était de se mettre à portée de pratiquer des intelligences en Égyijte, alin d’y supplanter son frère aîné él - Atékk - il- Adel II.
Les démarches A'êl-MéleU-ÊiSaUh 'wiquiétèrent le sultan d’Égypte, son frère, qui s’avança, à la tête de ses troupes, jusqu’à Jielbeys, pour l’arrêter, s’il entrait en figynte; mais, arrivé auprès de celle ville , il fut saisi , dans sa tente, par ses émirs, le vendredi 8 du mois de Dou-l-Hagéh, l’an «37 de l’bégire(l).
Sa déposition fut nroelarnée aussitôt, etsonfrere, Al-iliiek-êl-Salèh , fut invité à venir prendre possession du trône. Celui-ci ne se Dt pas attendre, et lit son entrée au Kaire, au milieu d’un immense concours de peuple et au bruit des acclamations générales.
Ainsi se termina , après une durée de deux ans et quelques mois seulement , le règne éphémère du lils aîné de il-lUélek-(l-Kamel.
Él- Mélek él-Salèh, en montant sur le trône qu’il venait d’usurper, s’occupa d’abord de s’y bien affermir; puis, l’année suivante, «38 de l’hégire (2), punissant dans les traîtres la trahison qu’il .avait provoquée et dont il prolitait , il lit arrêter tous les mamiouks et les émirs, auteurs de la révolution dont son frère avait été la victime, et créa un nouveau
(1) Cette anntv a commence ie mercr<Mli 3aoùl de l’an 123» de ntdre ere.
(2) (>llc amu e a comm‘*nré le lundi 23 juillet de l^u I24i> de noln' ure.
corps de mamiouks, à la fidélité desquels il conlia la garde particulière de sa personne.
Commes’il eiUvoulu punir ceux même quiav.aieut été les instruments indirects et involontaires de son usurpation , le nouveau sultan d’Égypte dépouilla, cette même année, 6l-Slélek-6l-l)juuad des posses.sions de Mésopotamie, qu'il lui avait données en échange de la .Syrie.
I..C prince exproprie ne put même obtenir la permission de se retirer eu Égypte. Outre de ces procédés odieu.x , il se jeta dans Saint-.Iean d'Acrc et demanda un asile aux Francs. Ceux-ci le reçurent pour son argent, et pour de l’argent le livrèrent ensuite à Ismayl , prince de Damas , qui le lit étrangler.
Ce commencement de relations d’intérêts, entre le prince de Damas et les Francs, amena bientôt entre eux, contre l’Égypte, uneeoalition, a laquelle prirent part fl-Mélek - (l- Matisnur-lbrahtjm, princede Hémesse, et le prineede Karak.
Ils promettaient aux Francs le partage de l’Égypte, quand elle serait conquise, et leur cédaient dè.s a présent Sayd , CliakyJ', Tabaryéh , .■I.sqalàn et Jérusalem : les Francs, accédant avec empressement à ces conventions, se mirent en possession des plaee.s concédées, et se hâtèrent de relever les fortilications de Tabaryéh et A'AsyalAn.
line longue guerre s’ensuivit entre les confédérés et l'Kgypte : les succès étaient indécis, lorsqu'une borde de conquérants nomades vint Jeterson poids dans la balance.
Les Kharizmiem ou habitants du hhouarezm , que les écrivains des croisades nomment les Corasmms , chassés de la haute Asie par les conquêtes de /'c/ti»3ès-A7(dn,avaienteté refoules sur la haute Syrie, dont ils occupaient les frontières; le sultan d’Égypte s’en fit des alliés, l’an «42 de l'hegire (1), et les lança a la fuis sur les Francs et sur les princes de Syrie coalisés.
Les Khari/.miens répondirent a cctappel , et, traversant la .Syrie entière, vinrent attaquer les Fraiiês et leurs alliés, sous les murs mêmes de Chazzak. Le sultan d’Égypte réuint ses troupes aux hordes des barbares, et, après un combat
(1) Cette annt^e a commencé le jeudi 9 juin de l'an l'ili de l’ére ctirclienne.
KÜYPTE MODKIUNE.
acharné, la victoire se déclara en sa faveur.
Les coalisés furent poursuivis l’é-
Jiée dans les reins, et Gkuzzah, Jérusaem, avec toute la côte, rentrèrent sous la domination dV/-.l/e/éA-(?/-.Va/c/t, qui envoya au Kaire un nombre considérable de prisonniers et des monceaux de têtes.
Poursuivant ses avantages, le sultan d’Égypte fit venir de nouveaux renforts, et courut assiéger à Damas Ismayl et le prince de Hêmesse.
D’autres combats se prolongèrent, de l’an 643 (1) a l'an fil.'i (2) de l’hégire (I24ÔÙ 1217 de l’erechréliennc). Damas avait cédé aux troupes égyptiennes, mais Hémexse avait ri'sislé. Voulant en finir, l’an 646 de l'hégire (3), léh avait quitté le Kaire pour aller diriger lui -même les opérations militaires ; ma:s il était déjà attaqué de la maladie dont il mourut : c'était une tumeur au jarret, qui était dégénérée en ulcère, et qui le lorea de s’arrêter a Damas ; chaque jour sa malailie prenait un caractère plus grave, lors(|ue les nouvelles qu’il reçut du Kaire l’obligcrent de se faire traiisporter en hâte, sur une litière, en Égypte. Il y trouva les Francs maîtres de Damiette.
Pour la septième fois, l’Europe chrétienne venait fondre en armes sur l’islamisme. Une septième croisade avait été résolueparleconcilede Lyon, l’an 124.') de l’ère chrétienne (643 de l’hégire). Cette croisade , destinée à réparer les désastres qui avaient terminé la précédente si malheureusement pour les chrétiens alliés aux princes musulmans de Syrie, était armée de tous les moyens d’exécution qui pouvaient en attirer le succès : cimiuante mille guerriers , desapprovisionnements considérables , des vaisseaux nombreux et bien équipés, l’élite des chcvaliersd'une valeur éprouvée , une jeunesse bouillante avide de gloire, exaltée par le fanatisme religieux et la honte des précédentes défaites : à leur tête marchait le roi deFrance lui-méme, le jeune Louis IX, qu’auraient dil enorgueillir les lauriers
(I) Cette année a commencé le lundi sg mai de l'an 1245 de notre ère.
(2) Celte année a commencé le mercredi 8 mai de l’an 1217 de noire ère.
(3) Cette année a commencé le dimanche 2S avril de l’an 1248 de l'ère vulgaire.
de Saintes et de Taillebourg, si son esprit profondément religieux avait pu reconnaître une autre gloire que celle d’enlever les lieux saintsaux protanatiuiis des infidèles.
Voilà les ennemis redoutables que le sultan devait voir devant lui à son arrivée en Égypte.
Rien n’avait été épargné pour la défense de Damiette : armes, provisions, maehines de guerre , tout s’y trouvait en abondance; tout fut inutile. En vain l-i plus aguerrie des tribus arabes, celle des JIrnij-kenânéh avait été chargée de la défense des remparts; en vain l’émir Fakhr-éd-dyn,hU tète d'une forte armée, avait-il tenté de s’opposer à la descente ; les troupes de l'émir furent écrasées par la furia francese : épouvantés de la déroute de cette avant-garde, les Bentj- A'pMdné/i désertèrent les remparts, cherchant leur sûreté dans le désert ; les habitants les suivirent dans leur fuite , et le 22 du mois de .Safar(29 juin 1247 ), les croisés françaisentrèrentdans Damiette, portes ouvertes, sans coup férir. Approvisionnements, armes, munitions, machines de guerre , trésor , tout fut à eux : c'était pour le sultan d’Égypte une perte irréparable.
Transjiorté de colère, êl-Métek-él- Salèh Ht pendre jusqu'au dernier tous les Hemj-KetiAnéh, et, le mardi 24 de Safar, il prit position à Mansourah. Cependant son état empirait de jour en jour, et l’on commençait à désespérer de sa vie. Le 14 du mois de Chaabàn (novembre), il expira à l’ège de quarante ans.
r.es écrivains arabes attribuent à ce prince un génie élevé, un caractère grave, un maintien impo.sant : il parlait peu, et chacun tremblait en sa présence. Jamais prince avant lui n’avait réuni autant de mamlouks autour de sa personne. Il fut ainsi la première cause de l’extinction de sa dynastie, que ces gardes prétoriennes devaient peu de mois après renverser.
En mourant él-Mélek-él-Satéh n’avait pas désigné son successeur, et le seul tUs qui lui restait, G/i^afh-éd-dyn-Tourànchah avait été laissé par lui eu Syrie, à Houm-Kayfah . Cluigeret éd-dorr {arbre de perle), esclave favorite du sultan et mère du jeune prince, se concerta avec l'émir Fakhr éà-dyn et le chef des eunu-
I/ÜNIVERS.
ques Gemat-ât-éd-dijn-Mohassen pour conserver le trône à son fils. C.hageret-éddorr n’était pas étrangère à la politique et aux fonctions du gouvernement : plus d'une fois le sultan, qui, s'il fautencxoire quelques écrivains, l’avait solennellement epoiisce, avait laissé entre ses mains la haute administration de l’Égypte, pendant les nombreuses absences que nécessitaient ses expéditions militaires.
I,amort Aeél-Mélek-ei-Salèk fut tenue secréte et l’assemblée des émirs convo- • quée: Le sultan, leur dit Chageret-éd- « dorr, vous ordonne de lui jurer fidélité, « et, aprèslui,à %onü\%êl-Mékk-fl-Moaz- « zem Ghayath-M-dyn-Tourân-chah :
« il confie les fonctions A'.^tabek (tu- « teiirdu prince, généralissime et premier « ministre), à Ternir Fakhr-éd-dyn. »
Le serment fut prêté sans hésitation par les émirs, par le Kaym-maqâm (gouverneur) du Kaire, par toutes les milices et par tous les personnages marnants de l’État. Les dépêches et les oronnances étaient expédiées au nom d’dl- Mélek-él-Salèh, et avec son élamet (sa signature) qu’un esclave avait su contrefaire. Chacun croyait au Kaire d/- I/ékk-fl-SalÔli encore vivant : néanmoins (les soupçons de sa mort s'élevèrent , (jiiand on apprit qu’d/-.Vé/eA-é/-.)/oai3em était mandé en toute hâte au Kaire.
Cependant les Francs s’avancaient vers Mansourah, que nos historiens appellent la Massoure; sur la route un combat s’engagea, au commencement du mois de Ramaddôn (décembre), et les musulmans y firent des pertes considérables; les Francs stationnèrent quelque temps à Charmessah , puis ils continuèrent leur marche ; enfin, le mardi .5 du mois de Dou-l-Qadch (147 (1) de Tlu’gire (8 février 1250), ils surprirent les musulmans dans Mansourah, et en firent d’abord un grand massacre.
Dès la première attaque, Témir/'a/iAréd-dyn, qui s’était jeté au-devant d’eux avec le plus grand courage, fut tué en combattant, et les chrétiens allaient remporter une victoire complète, si le corps entier des mainlouks n’était accouru changer la face du combat et repüus-er les terribles assaillants.
Les armées chrétiennes et musulma-
( I ) Cette année a commence le vendredi 16 avril de l'au rats de nuire ère.
nés s’observaient mutuellement dans leurs positions respectives, sans oser tenter aucuns entreprise nouvelle, lorsque él-Mélek-êl-Moazzem arriva de Syrie à Mansourah. Sa présence ranima lé courage des musulmans; une attaque générale eut lieu : on s’y battit avec fureur, tant sur le Nil que sur le. rivage, et la flotteégyptiennc réussit.! capturer trentedeux navires de la flotte des croisés.
Ceux-ci, découragés par cet échec, proposèrent de se retirer et d’évacuer Damiette, si les musulmans consentaient à leur rendre Jérusalem et une partie de la Palestine : ces offres furent rejetées.
Bientôt pourtant les chrétiens, qui s’étaient opiniâtrés à garder leurs positions devant A/ansouraA , eurent épuisé leurs vivres ; ils ne recevaient plus rien de Damiette , leurs communications avec cette ville ayant été coupées , et , le mercredi 2 du mois de Mobarrem de Tan 648(1) de Thégire (6 avril 12.50), ils se déciclèrent à s’y replier; mais les musulmans, s’attachant à leur poursuite, les atteignirent dans cette retraite Te lendemain matin , auprès de Fareskour; on s’attaqua, on .se défendit avec fureur : il
eut la un horrible carnage : trente mille
rançais, disent les écrivains arabes, y furent tués ou noyés : le roi de France lui-même, avec ses principaux chevaliers et ses princes, qui s’étaient retiré.s à Minyet-.4bou-aba-aUah,iüTm\.,a^Ths\es efforts de la plus noble défense, forcés de se rendre prisonniers à l’eunuque êt~ Mokassen.
Après cette victoire décisive, la mort d'él-Mélek-él-Saléh fut publiquement déclarée et él-Métek-êl-Moazzem- Tourànchah proclamé solennellement son successeur.
Le jeune sultan, à la fois enivré de la gloire de ses armes et du rang suprême où il venait d’être élevé, vint asseoir son camp à Fareskour, et voulut donner une fête magnifique sur le champ de bataille même, si fatal à la valeur française, où Louis IX avait subi la défaite et l’esclavage.
Fl-Mélek-6l-Moazzem y trouva la mort. \ peine avait-il régné deux mois, que déjà sa conduite inconsidérée envers les émirs et les ma'hilouks lui avait
(O CvUr aiinœ a œmmcncù le mardi 5 avril d* Tau latii de notre ere.
: V Ciouglc
ÉGYPTE MODERNE. Î55
nliéné tous les esprits : il avait maladroi- lâh-M-dtjn en relies des niamiouks, temeiit débuté par des rigueurs iinpoliti- meurtriers du sultan, ques et intempestives, contre ceux qu’il Les nouveaux maîtres , dont l’Égypte accusait de la perte de Damiette et des subissait la toutr-puissance, étaient Turpremiers désastres de la campagne ; qua- komans.ou 'J'urksde naissance, et origirante émirs avaient été mis à mort, et naires du /{aplc/ïak , contrée Immense les autres se voyaient éloignés de toute de l'Asie septentrionale , dont les souvefonction et de toute dignité ; car le sultan rains musulmans ont eu lougtem|>s pour n’accordait plus sa confianeequ'auxeour- vassaux les princes slaves qui régnaient tisans qu’il avait amenés avec lui de en Russie.
Mésopotanùe. 1,’irritation fermentait au L’irruption que les Mogols avaient milieu de tous ces mécontentements; faite dans la haute Asie, sous la conduite l’explosion pe tarda pas à éclater. de Hatou-Khàn, petit-fils de Tchingis-
Le lundi, dernier jour du mois de ^^g-c.^^A7^dn , avait chassé au loin devant eux liarrem (4 mai 1250) , les mamiouks re* les habitants des régions caspiennes voltes assaillirent en tumulte él-Mélek- et caucasiennes : leurs tribus s'etaient
él-Moaziem-'J'ourdn-chah, ; l’un d’eux, tieybars, qui plus tard devaitoccuper le trône, lui porta le premier coup : en vain le sultan se rétugia-t-il dans une tour en bois , qu’il avait fait construire à Fareskour ,pour fortifier cette position , les rebelles y mirent le feu : chassé par les Oammes, il courut vers le Nil, espérant y trouver l’asile de quelque barque ; une nuée de flèches l’arrêta sur le rivage, et le couvrit d’innombrables blessures : les cimeterres et les poignards des mamiouks l’ac-hevèrent.
Ainsi périt misérablement, à la fleur de son fige, des mains do ses propres gardes, le s\i\\.anél-Mélek-él-iloazzein- Ohayalh-éd-dyn-Touràn-chah, dernier roi d’Égypte de la branche collatérale du grand Salà/i-êd-dyn. Avec lui s’éteignit la puissance de la dynastie ayoubite.