IÔ
Mêlck-ûl-Moi‘.z-'ibek, ou qu'ils lui étaient dévoués ; les autres avaient fait partie de l’aiicieniie maison de él-Mélek~ éi-Saléh-Seym-èd-dyn, et s'appelaient par cette raison An/é/iitev. Ceux-ci se soulevèrent contre > bek, et leforcèrent à associer à son trône un jeune prince, d"é de Imitans seulement, delà famille ayoubite , qu'ils avaient fait venir de r'Yémen.
Ce jeune prince, nommé Moussa- Mouzzaffer-éd-dijn , était lils de Youssouf, petit-tils de YoussouJ-.-lusys , roi de l'Yémen, etarrière-petit-Üls de êl- Mélek-élrKdmel, troisième roi d'Êgypte. Il fut inauguré , le 5 du mois de Gëmadycl-Aouel, sous le titre dé êl-Mélek-él- JchrafOe roi tres-noble).
Ybek fut obligé de reprendre le titre A'Jtabek ; mais il continua d'exercer en entier le pouvoir, dont il partageait nominativement l'autorité avec le jeune prince. L’on vit ainsi, par une bizarrerie du sort, placés sur le même siège royal, le descendant de l’illustre famille de Salàh-Éd-dyn , et l’esclave de H-iltlek-él- Salèh, assassin de él-Mélek-él-Moazzem-Touràn-chah : leurs noms furent ensemble prononcés aux prières solennelles des mosquées, et gravés sur les monnaies (I).
Cependant le nouveau sultan de Damas l'iaxser-éd-dyn-Youssouf, de la racedes A youbites, s'apprêtait à venger la mort d'ét-Uélek^IrMoazzem, son parent, et avait appelé le concours de tous les autres princes de sa famille : pour assurer davantage le succès de son expédition, il proposa au roi de France Louis IX, alors à Saint-Jean d’Acre, de réunir leurs forces pour attaquer les inam-
(I) Monnaie en enivre du sultan f.l MHfk-tt- .7>7im/-.l/uu»fn,portanlen münie teinps le nom (lu (lernier khalyfe nbbasside él-.ViKtasiin-blUtih-JlMu-Alimed, qui fut le dernier souvenin (le liaghdad.
louksd’Kgypto, olïianl, pour condition du traite , la restitution aux croisés du royaumedeJerusalein. Des négociations s'entatnèrent ; le moine I nés Le Breton, de l’ordre des Freres prêcheurs, fut chargé par le roi de Fraticc d’aller trouver iVaiser-Élrf-dÿ« ; mais en même temps le chevalier Jean de Valenciennes fut envoyé aux lia/iarites, pour demander réparation des violences qu’ils avaient cointnises contre les chrétiens depuis le traité de trêve.
Les mamiouks , désirant avoir les croisés pour auxiliaires contre le sultan de Damas, promirent tout, et rendirent la liberté à un grand nombre de prisonniers chrétiens, qu’ils renvoyèrent kAkkah^ avec des atnbassadeurs chargés de négocier cette alliance. Pour conditions préalables, Louis IX exigea, 1" la remise de toutes les têtes de chrétiens qui étaient plantées sur les remparts du Kaire ; g" le renvoi de tous les enfants qui avaient été enlèves et contraints de faire abjuration; 3° enGn, la renonciation des Égyptiens aux 200,000 dynars ( 3,000,000 ) que les croisés devaient encore payer, pour solde des conventions A'ilrMansourah.
Les Baharites satislirent à toutes ces demandes, et y ajoutèrent le présent d’un éléphant, qui, transporté eu France, fut le premier qu'on y eût vu jusqu'alors, et, de plus, la promesse de la restitution du royaume de Jérusalem, après la défaite ilu sultan de Damas.
Celui-ci avait été informé des négociations de Louis IX avec les mamiouks d’Égypte; il envoya un corps de troupes de vingt mille hommes pour empêcher la jonction des forces des deux jiarties contractantes : ces troupes battirent les Égyptiens à Ghazzah , et les repoiisserenl d'abord jusqu’à Salahyéh:
rejetées ensuite en Syrie par l’émir L'arcs-Oqtay, elles revinrent quelque temps ajirès, avec de nombreux renforts, ayant a ièle Chems-éd-dyn-ljoulou, gouverneur du royaume de Damas, et le sultan de Damas lui-même.
I.es llahiirites, commandés par Ybek et l'arts-Oqtay, accoururent a sa rencontre, et, le jeudi 10 du mois de Dou- 1-Qadéii de l’an 649 de l’hégire (1), les
n) relie année a commencA le dimaoebeSS' m.ir.s de r.m riSl de notre ère; le 10 de Dou-
EGYPTE MODERNE. 1.59
deux armées se livrèrent bataille à Abbassah.
Les Égyptiens furent d’abord mis en déroute, et les Syriens se mirent à leur poursuite; mais Ybek et Fares-Oktay, qui avaient opéré leur retraite vers l’interieur de la Syrie avec uu gros de cavaliers , y rencontrèrent , peu accompagné , le général des Syriens Chems-éddyn- Loulou, taillèrent en pièces son escorte, le tuèrent, puis coururent attaquer le sultan de Damas lui-même :
ce prince était resté sur le champ de bataille avec peu de monde autour de lui, presque tous ses soldats étant occupés à poursuivre l'épée dans les reins les débris de l’armée é^ptienne , jusqu’aux portes du Kaire. La chance tourna alors : le sultan île Damas eut à peine le temps de se dérober à la mort par une prompte fuite; Ybek et /ares Oq/ay eurent bon marché des corps isolés, ou dispersés en désordre à la poursuite des fuyards , et à leur tour les Egyptiens se trouvèrent vainqueurs.
Après sa victoire, Ybek rentra au Kaire ; il trouva que les fuyards y avaient déjà porté la nouvelle de sa première défaite : les habitants avaient dès lors cru la puissance des mamiouks anéantie, et s'étaient hâtés de se déclarer en faveur du vainqueur Nasser-êd-dyn : ou avait fait la prière publique, au nom de ce prince, dans les mosquées de la citadelle et dans celles de Mesr-él-Qadyméh ( le vieux Kaire) : plus prudents , les imâms du Kaire lui-même ne l’avaient Ibite pour personne. Malgré cette réserve, Ybek les confondit dans sa vengeance.
Le Kaire, la citadelle et .Vesr-é/-Oa(/ÿméh furent également livrés au pillage.
Nasser-êd-dyn était mis par son dernier échec hors d'état de continuer la guerre : la paix fut conclue entre lui et les Égyptiens. Les mamiouks gardèrent l'Egypte, Ghazzah et Jérusalem : le roi de Syrie eut tous les pays au delà du Jounlain. Par ce traité, Nasser-êd-dyn obtenait ce qu’il avait cherché à obtenir par la guerre, la rupture de toute alliance entre l’Égypte et les croisés : les Baharites et les Sjriens se réunirent pour attaquer les chrétiens.
1-qadi‘h de cette année correspond nn 19 Jan* vier de Tau 1252 de notre ère.
FareS’Oqtwj celui de tous les émirs auquel l’Égypte était le plus redevable des derniers succès obtenus : sa puissance s’en accrut, et ses partisans lui donnaient publiquement le titre de Roi.
Il venait d’épouser la sœur de êl-Mansour, sultan de llamah, et exigea que cette princesse, comme fillede souverain, fût logée àla citadelle. Ybeky acquiesça ; mais il sentit qu'il était temps de se défaire decelui qui pouvait devenir un dangereux rival : d’ailleurs depuis longtemps il nourrissait contre Pares-Uqtay des projets de vengeance : cet émir était à la tête du parti des mamiouks salèhiles, qui lui avaient imposé le partage du trône avec le jeune êl-Mékk-êl-Achraf : il aposta plusieurs de ses afSdés, parmi lesquels était Séyf êd-djfn-ÇloUouz, qui depuis monta sur le trône.
Fares-Oqtay fut poignardé, au moment où il entrait dans son palais de la citadelle. Craignant les suites de ce guetapens, Ybek lit fermer les portes de la citadelleetde la ville, et se tint prêt à tous les événements.
Us ne se firent pas attendre : les émirs des Salèhiles, avec Beybars à leur tête, vinrent aux portes de la citadelle, redemander avec menaces leur émir Fares-Oktay, q^u’ils croyaient seulement arrêté : la tête de l'èmir, jetée du haut des murailles, leur apprit, en roulant à leurs pieds, que leur réclamation n’avait plus d’objet, et leur inspira une telle épouvante, que, s’enfuyant vers la porte appelée Zldo-éL Çarràfyn, ils l’enfoncèrent et prirent la fuite du côté de la Syrie. Les partisans de la faction des .Salèhiles, qui restaient au Kaire, furent arrêtés et jetés dans les prisons.
Ayant ainsi renversé le parti qui lui était opposé, êl-Mclek-êl Moêz-Ybek s’empara du jeune êl-Afelek-êt-.lchraf et le lit jeter dans un cachot, où ce malheureux prince mourut, après un an et un mois de règne.
Ce prince fut le dernier de la dynastie ayoubite en Égypte. Des rejetons de cette famille régnaient encore a Damas et à Alep, à Ilémesse, à .Mya/arekyn; mais, moins de dix années après, ils devaient à leur tour s’éteindre , ne laissant qu’une seule branche, celle des sultans de llamah, moins illustrée par la petite principauté qu’elle conserva pen-
ICO
i;UNlVF.[\.S.
dant près d'un siècle que par l'honneur d’avoir produit le célèbre et savant Abou-l-Féda, sultan de liamah, depuis l’an 718 de l’hégire (1) jusqu’à l’an 732 (2), auteur d’une Géographie et d’une histoire justement renommées.
Les peuples ont depuis longtemps oublié les noms de tous les sultans, fils ou collatéraux du grand Salâh-éd-dijn, qui ont passé sur la terre ,*en la foulant, ou marquant leurs pas par des ravages : la mémoire du sa\tan ylbou-l-Féda, historien et géographe , vit encore de nos jours, et a acquis une gloire populaire et méritée.
Seul sultan sur le trône , sans é"al au présent, sans rival à redouter h l’avenir, ybek ne régnait [lourtant pas par luimême ; il avait trouvé un maître dans la femme (ju’il avait épousée . Chageretéd-dorr lui intimait ses volontés , et i’bek n’osait leur résistçr. Ainsi Chagerel-fd-d'irr, toute déposée qu’elle était, régnait encore réellement, et avec plus de despotisme, sous le nom de son successeur devenu son epoux. Cette domination lui devint intolérable, et il tenta de s’en affranchir; mais il éprouva que se soustraire aux pièges cachés d'une femme est plus difficile que combattre en face les hommes.
Prétextant la stérilité de Chagerelfd-dorr, il lui donna des rivales dans ses concubines, et accorda ses préférences à une d'elles qui l’avait rendu père d’nn fils, nommé j\our-(’d-dgn--tlij. Il avait cessé "depuis quelque temps ses visites à Chageret-dd-dorr, lorsqu’elle apprit qu’il était sur le point d’obtenir en mariage la i\\\c de Bedreddgn-Lotilou, roi deMoussoul. La jalousie de la reino, d’Égypte s’était contenue, tant qu’elle n’avait eu que des rivales d’un rang inférieur; sa vengeance ne connut pins de l'rein dès qu’elle sut qu’une fille de roi allait occuper sa place. La mort de Xbek fut résolue.
Chaque harem a un endroit secret destiné aux ablutions; cinq eunuques blancs y furent cachés; dès qn’ïhek y fut entré, se jetant sur lui, ils l’étranglèrent avec le châle de son turban, le mardi 23
(1) OUê' Année <1 commencé le dimaoche 6 mars de Tan I3li de l*t*re diréüenue.
(2| OUe anne<* a commencé le vendredi 4 oclnbre de l'an l;î3l do l'ôrc cljcétionno.
du mois de Raby-ôl-Aouel, l’an G55 de l’hégire (1). On répandit le bruit qu’il était mort d’un accès d’épilepsie.
C/iageret ëd-dorr n’eut pas le temps de jouir de sa vengeance : effrayée ellemême de son attentat, elle fit venir deux des principaux émirs, Gemat-éd-dyn Ydoughedy et Àzz-6d-dyn-6l-Haleby :
elle leur remit le sceau du sultan mort, en leur offrant, devant le cadavre de son mari, sa main avec l’empire. L’un et l'autre refusèrent.
La catastrophe s’était passée la nuit dans l’intérieur du palais : rien n’avait transpiré dans le Kaire avant le point du jour. Mais à cette heure la nouvelle fatale s'en répandit dans tous les quartiers : les mamiouks partisans d’Ybek jurèrent de le venger: Icfilsdu sultan assassiné, iS our-éd-dyn-. Uy , âgé de quinze ans seulement, fut placé sur le trône, sous le titre d'ël-Melek-él-Vansour ( le roi victorieux).
Le premier acte du jeune roi d’Égypte fut de faire saisir la meurtrière de son père, et de la livrer à l’odalisque dont il avait lui-même reçu le jour; celle-ci abandonna Ig prisonnière a la barbarie de ses femmes, qui lui firent subir un supplice nouveau. Elles l’assommèrent à coups de leurs chaussures de bois appelées Qobqab, espèce de galoches ou sandales que portent les femmes dans l’intérieur du liarein. Son cadavre, jeté iiudaiis les fossés de la citadelle, fut à demi dévoré par les chiens , puis déposé dans une tombe auprès de celle de SUtch-Sefyssih.
Ainsi périrent misérablement, l’un piir l'.iutre , en meme temps , Ybek et C/iageret-ëd-dorr, comme si la destinée avait voulu punir, par leurs propres mains , les complices du meurtre de l’infortuné sultan él-yfelek ël-Moazzem.
Le règne d'dzz-ëd-dyn-Ybek avait été de six ans et onze mois. Le Kaire lui doit l’éreclioii de plusieurs monunieiits, et entre autres d’un collège portant son nom {ël-Medresséh-ël-Moezyéh), sur le bord du Nil au vieux Kaire, auquel il avait assigné des revenus considérables.
l^otir-(d-dyn-Aly n’eut qu’un règne de courte ilurec; Il fut placé sous la tutelle de CharJ-éd-dyn, Coplite d’origine,
(I) CcU« aniii'c.i commencé le vendredi lo janvier de l'un 1257 de l’ere clinilieniie.
Dv C'.ooglc
ÉGYPTE MODERNE
qui avait été médecin et favori du ein-
quieine sultan ayoubite, [mis vizir sous <* prince et scs successeurs. Nomme d’abord (Dicii-doniié), il avait
chnii2;é ce nom idirétien {/) pour le nom musulman de Clutr/-M-dijn (sioire de la religion), et développa autant de talents comme vizir que comme medeein.
Mal^'rcson habileté, VvnwSéyf-éd-dyn (Joltouz ne tarda pas à le supplanter,' et a .se laire nommer (tuteur ou rc-
^cfit) du jeune prince. Cette nomination tnt le signal d’un complot contrciVoMrl'd-dijn-Alij. Qottouz rappela au Kaire les émirs du parti sidchite qui s’étaient enfuis en Syrie; fort de leur appui, il assembla un divan général, etiit déclarer i\(nn -id-dijii-Aly inhabile à régner, vu .son jeune dge. Le jeune prince fut imaiiimemunldéposé, après un règnedcdeiix ams et huit mois, le 4 du mois de Doul-(dadeli,de l’an C.Î7 de riiégire(2), et tkdtmiz [iroclainé sultan en sa (jlacc.
Séyf-àl-dyn-i^Unuz était d'une origine plus noble que .ses deux prédécesseurs : issu de race royale, il était fils de MfWudÂ>u(l~Chffh J neveu du souverain du Kimiiarezm : l'invasion de.s Tartares avait dispersésa famille, et l’avait réduit a l’esclavage : il prit en montant sur le Irônele nom ^Vi<.t-Melek-il.MoüzajJer (le roi triomphant), et signala le eornmeiieemeiit de .son règne par l’enipri- .sonneinent et la mort <lii jeune prince ipi'il venait de dé()om)ler : Char/Adtlyn, qui avait voulu défendre le.s intérêts ileson pupille, fut mis en croix a la porte do la cit iddie.
Mais à peine Ondnuz était-il inaugure, qu’on vit arriver nu Kaire un officier tartare, porleiird'nrie proclamation «le Houtaknu, petit fils de Tvhingiit- Aliôii. LesTartare.s avaient déjà débordé dans toute l'Asie méridionale et orientale : UoHlakou, hè.ra {ic Mangou-/i hân empereur des Mogols , à la tète d’une année innombrable, avait ravagé le.s deux provinces A' Iraq, saccagé les grandes villes de Moussoul et d’Alep; pris
langue arabe répond à eeaxae rluodotuxi, 7*é<K/<m» et Theodab»
en grec , comme à celui de Deodaltu en latin (il) Cette année a commencé le dimanebe 2» décembre de l’im lîssde noire ère. Ee ♦ du mois de Dou-I-Qadeh correspond au 22 octobre de Tau I2SO de notre ère
d 'assaut Baghdad, l’an C56de l’iiég ire ( 1 ) et mis a mort le khalvfe fl-Moslassem- W«aA,dans lequel s’éteignit le khalyfat abbasside. ,
A la suite de ces invasions rapides, Hoi^kou s’était rabattu sur la Syrie ; maître de Damas, des côtes niaritjnies et des principales villes syriennes , il s’avançaitsur I Egypte. L’historien A’yny, dans son opuscule intitulé: Djoultar-éltiou/M)«r (les perlesdes mers), nous a conserve le texte de (Uittâ proclamation, remarquable par son orgueil et son laconisme.
Il* Livraison. (Éoypte mowpbsf..)
IIoulakou-Khàn, dont les conquêtes « sont inouïes et les troupes innombra- « blés,
« Peuples de Mesr (l’Égypte), ne vous « hasardez pas à combattre (xiiitre moi : « vos efforts seraient impuissants : gar- « dez-vous d’imiter les peuples et « de Moussoul. »
Cette sommation et les événements qui la précédaient apprirent à Qottouz ‘«ribte orage menaçait et son trône et I Égypte. Ses armées venaient de combattre les croisés avec succès; profitant de l’enthousiasme que leur inspirait leur victoire , il les réunit, les auginenU de renforts nouveaux, appela à lui les tribus arabes, leva une contribution de 600,000dynars (9 millions), les distribua à ses troupes, et partit du Kaire pour aller au-devaiit des Tartares, le dernier jour du mois de Cbaabân de l’an 658 de I hégire (2).
Les deux armées allaient se heurter, lorsqu’un courrier vint, du fond de la Tartarie, arrêter ce choc décisif. L’empereur .Vanpou-ATAdn venait de mourir, et Ilmlakou , ^ournant ses projets de conquête sur l’Egypte, courut avec la plus grande partie de ms troupes saisir son héritage. Il ne laissa en Syrie que dix mille cavaliers d’élite, (Mimmand^és par son parent et son lieutenant Ketboghà.
Celui-ci n’eu continua pas moins sa marche contre le sultan d’Egypte. La rencontre eut lieu en Palestine, à Ayn-él-
(I) Cette année a «ximmencé le mardi 8 Janvier de ran 1 de notre ère.
(2' Celle année. a commencé le jeadi 18 dé* cembre de l'an 12&9 de notre ère.
Cûlout (la fontainede Goliath) ; lecombat fut sanglant, 1rs Tartares périrent presque tous dans les rangs ^vptiens. Ketboghà fut trouvé parmi les morts, et son fils emmené comme esclave. D’ailleurs le butin fut immense : les bagages des Tartares renfermaient les riches dépouilles de tout l’Orient.
Fier de sa victoire sur les Tartares, jusqu'alors réputés invincibles, él-Meleh Él-MoziaJfer-Qottouz&'éVùimximtouXa pour le Kaire, lorsqu'un complot, depuis longtemps tramé contre lui , éclata tout à coup , le samedi 17 du mois de Dou-I- Qadéli de l’an 658 de l’hégire (1360 de l'ère chrétienne) , par une occasion bien minime et bien imprévue, et lui fît perdre le trône et la vie, après un régne seulement de onze mois et treize jours.
Dans sa marche, le bruit de la cavalerie qui l’entourait fît lever un lièvre sous les pieds de son cheval ; le sultan s'élança à sa poursuite , à travers le désert : il revenait seul de sa chasse inutile , quand l'un des émirs , Roukn-éddyn-Jieybars-él-Bondokdary, arrivera sa rencontre, saisit sa main comme pour la baiser, et lui plonge son yata^hân dans le cœur. Les autres émirs qui étaient du complotaccoiirurent et l’aclievèrent. Son corps fut déposé dans un petit tombeau, qu’on lui éleva auprès de celui du cheykb Khalaf. Les mamiouks de sa maison , épouvantés de ce meurtre , et craignant pour leur propre vie , se dispersèrent en différents villages de la basse Égypte.
L’Atabek du royaume se trouvait alors à Salahyéh avec la plus grande partie de l’armee:les meurtriers de QoUouz allèrent se présenter devant lui. « Qui a • porté le premier coup au sultan.^ » leur dit l’Atabek. — « C’e.st moi, dit hardiment « Beybars. — Eh bien , répondit l’An tabek, régnez donc en sa place. »
Beybars fut aussitôt proclamé sultan sous le titre d’é(-Melek-él-Qâker ( le roi vainqueur); mais ce titre lui déplut, comme de mauvais présage, ayant été jadis porté par un prince malheureux, et il le ehangea en celui de él-ldeUk-él- Daher (le roi illustre), y ajoutant encore relui A’ ,4bou-l-foutouh (le père des victoires). Les surnoms à'êl-Alày et A'élr Hondakdary lui furent aussi donn^, d’aprè.s les noms de son premier maître,
lu-Ad-dyn- liondokdar.
Parvenu à la couronne par un crime, Beybars se montra dignedutrône, quand il y fut assis : il se rendit aussitôt au Kaire, nomma Bohd-éd-dun vizir, et le plus aimé de ses mamlouRs, Bily-bey, rand trésorier. Il rappela les mamiouks e la maison de son prédécesseur, et les incorpora dans la sienne ; fit sortir des prisons tous ceux qui y étaient renfermés ; répandit ses largesses sur les milices; abolit les impôts exorbitants dont ses prédécesseurs avaient grevé l’Égypte, fît publier à la tribune de la prière solennelle les ordres les plus sévères contre les exacteurs tyranniques, et mérita par ces mesures paternelles les bénédictions du peuple.
Cependant son avènement trouva des opposants parmi les habitants de la Syrie : ils se révoltèrent, et se donnèrent pour roi Témir Sajigar, gouverneur d’Alep, à nui ils conférèrent le titre de élrMetek-él-SfoudJehed (le roi guerrier).
Beybars marcha aussitôt sur Damas et contre, les Tartares qui venaient au secours de cette ville.
Damas fut assiégée, et Houlakou battu dans trois batailles successives. Damas, n’ayant pl us d’espoir de secours, se rendit à discrétion- à Beybars, qui y exerça des vengeances sanglantes, et soumit bientôt par ses armes tout le reste de la Syrie.
De retour au Kaire, éb-MeUk-élrDaher- Beybars s’occupait des soins d’amélioration de son administration intérieure, lorsqu’il y vit arriver, l’an 660 de l’hégire (I), les débris de la famille des Abbnssides, qui, dans le désastre de leur ville capitale, avaient échapiié au fer des Tartares : ces nobles fugitiu trouvèrent un asile à la cour de Beybars, qui voulut ressusciter le khalyfatabbasside, anéanti sous les ruines de Baghdad.
Parmi les réfugiés était le fils du khalyfeéI-DoAer-6e-a»t7^/AaA, arrière-prédécesseur (lu khalyfe él-lUostassem-b- /I/aA, massacré par les Tarta res: .^ôars le combla d’honneurs , fît vérifier sa descendance , et le proclama khalyfe sous le titre A’él-.Vosfanser-b-Illah {celui qui réclame le secours de Dieu ). Dès lors le khalyfatabbassideeut pour siège leKaire, dans cette seconde, branche; mais tout
f 1) Cette année a commencé le Mmedi 26 oovemLre de Tan uai de i'ére cliréücuue.
ÉGYPTE MODERiNE.
IGS
pouvoir temporel était perdu pourlui : ce ne fut plus qu'une dignité purement spirituelle, dont l’autorité s’exerça obscurément encore pendant environ trois siècles , sous la protection des sultans d’Égypte.
Toutefois , ce rétablissement du klialyfat abbasside, au Kaire, sembla d’un mauvais augure pour la ville qui devait sa fondation aux Fatymites, et pour l’Égypte entière. Une tamine affreuse vint la désoler. Cette aimée vit les pauvres se traîner sur la voie publique, implorant la pitié, pour en obtenir un peu de nourriture : mais elle vit aussi la généreuse commisération de Beybara , qui fit rassembler tous ces malheureux dans de vastes asiles , où chaque jour il leur faisait distribuer les vivres et les secours nécessaires : acte de bienfaisance qui sauva la vie à des milliers d’indigents. De plus, il ouvrit au public les greniers de l'État, fit venir en hâte des blés de la Syrie et d’autres contrées, et, grâce à ses soins , l’abondance ne tarda pas à reparaître.
Le sultan voulut célébrer ce retour de la prospérité publique par une solennité remarquable. Il prit pour occasion la circoncision de son fils, et sept jours entiers se passèrent en réjouissances :
six cent quarante-cinq enfants, non compris ceux des grands de la cour , furent circoncis en même temps aux dépens du prince ; chacun d’eux reçut en don un vêtement complet, un mouton et cent dirhema (environ 120 francs de notre monnaie).
La présence du nouveau khalyfe avait donné plus de solennité à cette cérémonie reliÿeuse : Beybara voulut lui en témoigner sa reconnaissance, en lui donnant une petite armée , qui devait le rétablir sur le trône de ses ancêtres. Mais, sur laroutede Baghdad, l’escorte fut surprise par un fort parti de Tartares, et exterminée, sans qu^un seul des soldats échappât. Êl-Moatanaer-b- Jllah , après avoir été khalyfe cinq mois et vingt jours, y périt de la même main qui avait égorgé son prédécesseur. Il fut remplacé au Kaire par le kltalyfe éU fia/um-be-amr-Illah.
Après ce massacre , les Tartares s’étaient repliés, se dérobant ainsi aux représailles ; une autre expédition futcon-
sacrée par Beybara à la vengeance. Avant de monter sur le trône d’Égypte, il avait, pendant des années d’exil et de disgrâce, laissé sa femme à Karah sous la protection de Fatah-M-dyn, maître de cetto citadelle. Fatah-éd-dyn avait, au mépris des droits sacrés de l’hospitalité, abusé de son pouvoir, et violé indignement la femme confié à son honneur.
Beybara se voyait en position de punir l’attentat, et courut à la vengeance. La citadelle était imprenable ; elle avait résisté, sous le brave Renaud de Châtillon, à toutes les forces du puissant Salàhéd-dyn; Fatah-éd-dyn fut attiré dans une embuscade, et tomba au pouvoir du sultan. Le coupable fut aussitôt livré par lui à sa femme outragée , et elle le fit mourir du même supplice oui avait terminé la vie de Chageret-éd-dorr.
Karak, n’ayant plus de maître, se livra au sultan d'Égypte.
De retourau Kaire, Reyôars préparait une nouvelle expédition contre les chrétiens de Syrie, nu’il voyait à regret posséder encore plusieurs des principales places de la Palestine, lorsqu’il se déclara au Kaire un incendie considérable, qui en dévora les plus beaux quartiers : les chrétiens en nirent accuses, et ne purent se soustraire à une persécution cruelle, qu’en se soumettant à payer 50,000 dynars ( 750,000 francs) destinés à la réparation des dommages, mais qui furent plutôt employés aux frais de la guerre contre leurs frères de Syrie.
I.CS années 663 et 664 de l’hégire (1) furent tout entières employées à cette guerre. Beybara s’empara de Césarée, mit le siège devant Saint-Jean d’Acre, et fut oblige de le lever, pour marcher contre les 'Tartares, qui, réunis aux Armé niens, avaient pris Damas et menaçaient la Syrie.
Arrivé devant Damas, il n'y trouva plus d’ennemis; la mort de Houlakou- Khdn ayant occasionné la retraite de ses troupes. Alors Beybara se ieta sur l’Arménie, dont Haython, roi chrétieo, était souverain , fit tomber en son pouvoir Sis , sa capitale, et les principales places du royaume, étendant ses conqué
(I) La première de ces deux années a commencé le vendredi S4 octobre de l’an IW4 de l'ere chrétienne; la seconde, le mardi 13 octobre de l’an 1 3GS.
L’IIISIVKUS.
tes jusqu’à l'AnatoIic. .Ibakah-K/iàn, fils et successeur de Houlakou-Khàn, vint l’y attaquer, et le força à la retraite; mais, rentrant en Syrie, il prit Safet, dont il massacra les habitants, et rentra dans sa- capitale, après s’être rendu maître de Eylah sur la mer Rouge.
Beybars passa l’année UCâ de l’Iicgire (1) au Kaire, y préparant une nouvelle armée , et s’occupant d’administration intérieure. Attribuant ses derniers revers à la colère céleste irritée par la dépravation des mœurs, il ferma les lieux de prostitution et les tavernes où l’on vendait le hachych, liqueur enivrante tirée du chanvre fermenté (2).
L’an 666 de l’hegire (3) revit encore le sultan en Palestine ; >'a//d (Jaffa), Cheqyf-Arnoum, Tabaryi'h fi’ibériade), Arsouf (Antioche), Antakyé/i, Jlogrâx, Qareyn , Safyna , Moruqyék , Aybas tombent entre ses mains : la prise de Baghdad couronne la campagne. De retour au Kaire, il eu part pour le pèlerinage de la Mekke, avec son lils har- AaA-A'Adn , court chasser les Tartares d’Alep, visite à Hébron le tombeau d’Ahraham , va à Jérusalem se prosterner dans la cité sainte, et rentre au Kaire , mêlant ainsi les expéditions guerrières et religieuses.
L’an 670 de l’hégire (4), Dfiybars tourne ses armes contre les derniers restes de la secte des Assassins (.5) , que HoiUakou-Khàn avait déjà détruite dans r/roo. La prise du château des Kurdes, leur uernier repaire, mit le dernier sceau a l’anéantissement de cette infime corporation, la terreur des rois.
La même année, le sultan d'f-lgypte reçut de riches présents du comté de Tripoli, auquel il accorda son amitié et la paisible possession de ses domaines.
Cependant les Tartares venaient encore de se jeter en Syrie, et ils assiégeaient la ville de Byraii (l’ancienne ATr-
(1) Cette année a commencé le samedi 2 octobre de l'an I2SR de notre ère .
(2) Voyez cl-deasas 1a note, page 125. Pendant lutre expédition d’fatvptc on fut obligé d’interdire absolument la fabrication de cette boisson dont i'usage causait une ivres.se furieuse , souvent signalée par l’assassinat de nos soldats.
(3) Cette année a commencé le Jeudi 22 septembre de l’an 1267 de notre ère.
(4J Cette année a commencé le dimanche 9 août de i’aii 1271 de notre ère.
(5J Voyu la nute cl-dessus page 125.
ta). Beyinrs quitte la Palestine, court eu Mésopotamie, de Mésopotamie en figvpte, d'Kgvpte à Damas, où il arrive avec deux armées commandées, l'une par lui-même, l'autre par l’émir Qa- Moun-él-FUfy , et y livre la bataille de Byrah : les Tartares et les musulmans se précipitèrent les uns sur les autres, avec ta fureur et le fanatisme de deux ennemis rivaux, de cultes différents.
Le combat, d’abord incertain, fut décidé en faveur du sultan d’Égypte par la tactique qu’il employa en tournant habilement son ennemi. Les fruits de la victoire furent la délivrance de Byrah et la conquête de toute l'Arménie, qui fut livrée au |iillage.
A sa rentrée au Kaire, Beybars trouva les rues tendues de tapisseries et richement pavoisées, pour la réception triomphale du vainqueur des Tartares et de l'exterminateur des Assassina.
Aux fêtes solennelles succéda la peste; heureusement l'été survint et arrêta les [irogrcs du lléati.
Un autre fléau, la guerre, régna de nouveau pendant les deux années 672 et 673 de l'hégire (1). Abakah-Ahùn était revenu assiéger Byrah; mais il en fut chassé par les années égyptiennes, que commandait l'émir Qalàoun. Heybars récompensa son general, en lui donnant pour gendre son propre üls, croyant oailleurs qu’un jour celui-ci trouverait dans son beau-père le jdus ferme soutien de son trône.
Ces dernières victoires avaient ôté toute crainte du côté de la Syrie : libre de se livrer à d’autres cntreprise.s , l’an 674 de l'hégire (2), le sultan d’F.gypte envoya l’émir Aqsoiiqor-él-Fary/iàn;/ conquérir la Nubie : la batailled’.'/.«o«dM décida du sort de cette contrée, et donna à l’Égypte toute la vallée du Nil supérieur : cette même année, les armes de Beybars triomphèrent également à l’occident, et le royaume de Barqah fui heureusement conquis.
C’est au milieu de cet apogée de prospérité croissante que la mort attendait
(1) La première de ces deux années .x coinmencé le mardi 1« juillet de l’an 1273 de l’ere ebrélienne; la seconde , le samedi 7 Juillet île l'an 1274.
(2) Celle année a commencé le Jeudi 27 Juin de l’an 1275 de nuire ère.
uifjiiizea L'y Xiooglc
ÉGYPTE RIÜDERNE.
Beybars. L’an C75 de l’hégire (I) les Tartares ayant menacé de nouveau la haute Syrie, le sultan se rendit à Hémesse, pour diriger lui-même les opérations militaires, en cas d’invasion.
A cette époque il y eut une éclipse totale de lune, où les astrologues lurent la mort d’un grand prince : Beybars crut au pronostic, et s’imagina en être personnellement menacé. Persuadé que sa mort serait l’effet d’un complot tramé par quelque rival, il voulut se défaire du seul dont il pensait avoir à redouter les droits au trône d’Égj’pte, c'est-à-dire du prince Dàoud-Nasser-éd-dyn , petit-fils du sultan Tour&n-Châh et dernier rejeton de la race des Ayoubites. 11 présenta une coupe empoisonnée à Dàoud, qui ne but qu’une portion de la liqueur : croyant la coupe entièrement vidée du poison, et sans danger pour lui, Beybars In fitremplirde nouveau pour lui-même, but, et expira à côté de sa victime. Au
(I I Celle année a oommencé le lundi 15 juin de l'an I37« de notre ère.
lieu d’un grand prince mort, les astrologues en eurent deux pour Justifier leur prédiction.
El-Métek-il-Daher-Beybars mourut ainsi , le 27 du mois de Moharrem de r.in 676 de l’hégire (1), après avoir régné dix-sept ans, deux mois et dix jours(2).
Son règne fut également remarquable jiar de grands désastres et par des victoires brillantes; mais sa plus grande illustration se tire des moauraenis nom-, breux et des constructions utiles que ri'igyptedoit àsa munificence.
A Damiette, la réédification de la ville presque entière, les travaiy^ de défense du Boghâz (3) , le rétablissement de la chaîne qui ferme le port; à Alexandrie, la construction des murailles, la réparationdu phare, le curage à fond et le recreusementdu canal ; à Rosette, des fortifications et des travaux d’assàinisse-
(I) Celte année a commencé le vendredi 4 Juin de l'an 1277 de l'ère clirelienne.
(») Monnaies du sultan <l-Melek-fl-l>ahrr Beÿban, remantiiables en cequ’elles portent ses armoiries repjiesentaiit- un lion passaut.
(3) C est par ce uoiii t(ue l'on dislgtie les cnihoucliures du Nil.
ment; à TahcJi dans la basse Égvpte, l'excavation d’une source chaude d’eaux minérales ; les ponts de C7to6rom««I près de Gyzéh, d'immenses greniers publics au vieux Kaire; près de cette dernière ville, la mosquée d’r/IAdr-d«-iVa6y (les traces du Prophète), où une pierre, portant, dit-on, l’empreinte des pieds de Mahomet, attire encore de nos jours, tous les mercredis, un nombreux concours de dévots musulmans; au Kaire, la réparation à neuf de la célèbre mosquée d'él-Azhar, des ponts sur le canal nommés A'Abou~Menedjéh et à’él-Sabaâ, c'est-à-dire des lions (1 ), de la graude tour de la citadelle qui tombait en ruine ; plusieurs mosquées, et entre autres celle qui , située hors la ville vers le nord, fut convertie en poste militaire par les Français et nommée le fort Shulkowsky; en Syrie enfin, la reconstruction des villes ruinées par les Tartares ; toutes ces dépenses exécutées sans fouler les peuples de nouveaux impôts, avec le seul produit du butin fait sur les ennemis; voilà les titres qui recommandent réellement élrMélek-êl-Daher-Beybars à la reconnaissance de l’Égypte et à la mémoire de la postérité.
Il laissa après lui sept filles et trois fils, dont deux lui succédèrent l’un après l’autre; Mohammed-Masser-êd-dyn- Barkah~Khàn fut le premier.
Les émirs décidèrent en grand conseil de tenir cachée la mort de Beyhars, de peur oue les ennemis ne cherchassent à en pronter. Son corps fut inhumé secrètement à Damas , et ils annoncèrent que le sultan malade se faisait transporter au Kaire dans une litière et rappelait l’armée en Égypte. Les troupes se mirent en marche pour le Kaire , et à peine la litière était-elle introduite dans ta citadelle, Barkah-Khân fut proclamé sous le titre A'él-Mélek-H-Sayd (le roi fortuné). L’heureux présage de ce nom ne devait pas être réalisé.
Byli-bek fut créé AlaJbek (lieutenant général du royaume). Byli-bek, acheté en
(I) Ainsi nommé A cause de deux grands lions en marbre qui le décorent, ce qui est d’autant plus remarquable, que la religion musulmane interdit à ses sectateurs les représentations d'Iiommes et d’animaux. Nous avons vu dans une note précédente que le sultsu Beybara avait pris le lion pour emblème dans ses armoiries.
bas âge par Beybars, était devenu son favori et son grand trésorier; l'intégrité et les qualités qu'il avait déployées dan.s ses fonctions justifièrent cette faveur, et le firent juger digne d’étre le tuteur du jeune prince. Celui-ci conçut le plus vif attachement pour ByU-bek et se laissa entièrement conduire par lui.
L’Égypte fut heureuse sous cette administration bien dirigée; mais ce bonheur ne fut pas de longue durée. Byli-bek mourut; Barkah-Khân soupçonna les émirs d’être les auteurs de cette mort et, à tort ou à raison, il sévit contre eux. Àqsonqor, le vainqueur de la Nubie , élu pour remplacer fut relégué et kranglé dans une des tours d'Alexandrie ; les autres émirs , craignant le même sort, conspirèrent contre le sultan.
Une révolte, qui éclata alors à Damas, suspendit les effets de cette conspiration.
Charf-id-dyn-Sangar, surnommé il- Achqar, c'est-à-dire le Roux, venait de se faire reconnaître en Syrie comme, souverain sous le titre d'êl-Métek-él-Kamel (le roi parfait). Barkah-Khân accourut à Damas, et fixa ison quartier général au palais dîAblaq, construit par son père.
La il éventa le complot tramé contre lui par les émirs , qui eurent à peine le temps de se soustraire à sa vengeance, en abandonnant le camp, à la tête de leurs Mamiouks; ils prirent la route du Kaire et s’y fortifièrent. Le sultan vint pour les attaquer, mais, déconcerté parleur attitude menaçante, il se retrancha luimême dans la citadelle. Les rebelles l'y bloquèrent et le réduisirent à capituler. Ses propositions furent reçues avec insolence, et l’entremise du knalyfc Ül-Hakem-be-amr-lUahputkpeine lui faire accorder la vie; mais il fut déposé au mois de Raby-êl-Aouel de l’an 678 de l’hégire (1) après avoir régné seulement deux ans et trois mois.
Les émirs l'exilèrent à Karak, et l’enfermèrent dans cette citadelle; mais peu de temps après , ils revinrent à des décisions plus violentes , et prononcèrent sa mort; l’arrêt allait être exécuté, lorsqu'on apprit qu’il venait de mourir d'une chute ae cheval.
(I) Cette année a rommencé le dimanebe lA vai de l’an iS79de rèrecbiétieone.
EGYPTE MODEREE.
Il arait été remplacé sur le trône par son frère Bedr-éd-dyn-Salàmech , âgé seulement de sept ans et quelaues mois. Lejeune sultan prit letitre d'él-Mélek^- Adel (le roi équitable), et on lui adjoignit comme AtaKh ou régent , l’émir S^fédrdyn-Qalàoun-il-Éyy,AoTA\atÿ\\eéVi\i sa belle-sœur.
Placé si près du trône, Qalioun ne s'occupa qu'à en renverser son pupille.
Il y parvint en captant les suffrages des émirs et du kbalyfe lui-même. Après uatre mois et quelques jours de règne, ans le mois de Regeb de cette même année, êl-Mélek-él-Adel-SalAniech fut déposé, relégué dans la forteresse de Karak, et Qalàoun proclamé sultan d'Égypte sous le titre d'él-Mélek-él-Mansouc (le roi victorieux), titre qui avait déjà été porté par le second sultan de cette dynastie.
Le nouveau sultan nomma au vizirat Fakhr-êdrdyn, son secréta ire particulier, et chargea l'émir Tarta-Bây d’aller réduire les rebelles de Damas. El-Mélekê/-A'amel s'y défendit avec courage, mais, l’an 680 de l’hégire (1) , il fut forcé de se rendre à discrétion au vainqueur, qui le lit conduire au Kaire, où il vécut depuis dans l’obscurité. L’émir Houssam-êddyn-Lagyn fut créé gouverneur de Damas et de toute la S^rie.
Cette même annee fut signalée par le mariage du sultan avec la Qlle de l’émir Zakkày : les fêtes nuptiales furent célébrées avec le faste le plus magnifique.
L’année suivante, 681 de l’hégire (2) , les Tartares revinrent encore en Syrie , en deux corps d’armée , l’un comniandé par Abakah-KhAn, l’autre, de quatrevingt millecavaliers , par son frère Mangou-Tj/mour. Les Égyptiens, malgrél’infériorité de leur nombre , battirent les Tartares, Mangoul-Tyynour fut tué , et Abaka-KhAn contraint de se retirer à Hamad&n, où il mourut empoisonné par son troisième frère, Nlkoudar-Oghlân, qui s!empara du trône et embrassa l’islamisme sous le nom d' Ahmed-KhAn.
Le nouveau musulman écrivit à Qa-
( li Otte année a commencé le mardi ta avril de l'an I2SI de notre ère.
(s) Celle année a commencé le samedi II avril de l'au 1282 de notre ère.
/Aoun et entretint avec l’i^ypte une bonne intelligence. Ces relations d'amitié se conservèrent entre les deux États, même lorsque Argfioun eut tué et remplacé Ahmed-KhAn sur Je trône de Tartarie.
Mais, tandis que l’Égypte n’avait à redouter aucun ennemi au dehors, un désastre public vint en affliger l’intérieur, l’an 682 de l’hégire (1). Un refus d’obéissance contre quelques-unes de ses ordonnances courrouça tellement le sultan contre les habitants du Kaire , qu’il livra la ville au sabre de ses Mamlouks : l'innocent comme le coupable furent enveloppés dans cette exécution sanglante ; les rues furent inondées de sang et jonchées de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants. Le carnage dura trois jours entiers. Enfin les VlënAi (2) vinrent a bout de calmer la fureiirdu prince ; il se repentit de s’y être abandonné , et les historiens arabes prétendent que c’est en expiation de ces excès qu’il conçut le projet d'élever un hospice destiné au soulagement de l'humanité souffrante.
Cet édifice achevé, ou plutôt reconstruit quelques annà’S après par son fils él- MéleK-él-Nasscr, devint le célèbre hôpital du MorislAn (3).
L’an 683 de l’hégire (4) fut marqué par le changement que QalAoun imposa au costume des MamIouKS : il supprima les broderies et les ornements en or, leurs longues tresses de cheveux renfermées dans des bourses de soie, leur enjoignant la simplicité qui convient aux guerriers. Puis il alla prendre le fort de Merfed, après trente-trois jours de siège, et, f’an 684 de l’hégire (.5), força le château de Karak , et y fit prisonnier Sa-
(1) Otte année a commencé le Jeudi premier arrü de Pan I2H3 de notre ère.
(2) On donne ce nom à la corporation des gens de loi et des savants : c*est toujours parmi eux que sont choisis les qàdys et Ses autres magistrats.
(3) Voyez pour la description et rhlstorique de ce magnlAque élabiissemeut, la notice dé* taillée que j'en al publiée dans le second volume des Contes du Chevk ét-Mohdv, que J'ai traduits de l'arabe sur Te mnnuscrft autographe de l'auteur. Il y a aussi à la citadelle du Kaire une belle mosquée qui porte le nom da sultan QalAoun.
(4) Cette année a commencé le lundi 20 mars de l’an I2S4 de notre ère.
(6) Celte année a commencé le vendredi o man de l'an 128S de l'cre chrélicooe.
L’UNIVEaS.
Idmeck , qui avait tenté de s'y faire reconnaître pour souverain.
Le prince vaincu fut ramené au Kaire, où il vécut dans l'obscurité, jusqu'aux temps qui suivirent la mort de Qalàoim.
Libre de tout ennemi qui pdt occuper son activité au dehors, le sultan QcUdoun se mit , l’an 685 de l’hégire (t), à faire la guerre à ses vizirs; il les déposa, les remplaça, les renomma, et les destitua alternativement : enGn, après une longue série de destitutions , cette charge échut à Chems-éd-dyn , qui réussit à la conserver assez longtemps.
Le sultan fit alors reconnaître son premier fils, Aly, pour son successeur au trône , sous le nom de él-Mékk-él-Saiéh (le roi vertueux), et l'associa à son pouvoir, dans l'intention de laisser entre scs mains l'administration , lorsque quelque expédition militaire nécessiterait son absence. Il n'eut pas la satisfaction de voir longtemps son fils décoré de ce titre. Aly mourut d’une fièvre chaude, l’an 687 de l’hégire (2).
Cette perte affligea profondément Qatàoun ; il crut se distraire de sa douleur, en allant fondre sur Tripoli deSyrie, au pouvoir des chrétiens depuis cent quatre-vingts ans, et dont les richesses s'étaient accrues par cette longue période de |K)ssession paisible. Malgré sa résistance, la ville fut prise et rasée, les habitants égorgés, et une nouvelle ville fut fondée par le sultan sur les ruines de l'ancienne.
De retour nu Kaire, Qalâouny reçut des ambassadeurs du roi d’Aragon Alphonse, et conclut avec eux un traité, le 13 du mois de Raby-ôl-Aoucl de l’an 689 (3) de l’hégire (2-1 avril de l’an 1290 de Tère chrétienne.) Il survécut peu ,à ces négociations; consumé de chagrins, il s'eteignit le samedi 6 du mois de Dou-I- Qndéhde cette meme année (9 dcccinbrc 1290 de l’ère chrétienne). .Ses obsèques furent magnifiques : tous les corps religieux, civils et militaires, raccompagnèrent jusqu'au Moristdn,aù il fut inhumé et où l’on voit encore son tombeau. Il
(Ij Ollc anne« ,i eommenei! Is mercredi 27 février de l'an \2m de mdre ère.
(2) Celte aimce a commencé lo vriiiircdi 6 février de l'an. I2HH de notre ère.
(31 Cette année a oommenct' le samedi 1 1 janvier de l'an 12»0 de notre ere.
avait régné onze ans, trois mois et six jours (1).
Son règne fut illustré par des victoires et la fondation d'établissements utiles : il fut la tige d’une longue suite de rois, dont la succession fut peu interrompue , jusqu’au renversement de sa dynastie par celle des Mamiouks Circanieiis.
Aussi les écrivains orientaux lui ont-ils décerné le titre d’ Abourl-motUouk (le l'ère des rois), comme précédemment ils avaient donné à Ahd-él-Métek celui de Père des hhal^es (Abou-l Kholefa).
Mais il fut fui-méme la première cause du détrônement de sa postérité; car c’est lui qui , sans profiter de l’avertissement que lui donnait l'exemple fatal de son prédécesseur le sultan ayoubite él-Mélek-êl-Saléh , créa ce corps militaire de douze mille esclaves circassiens, dont la révolte fut ensuite si funeste à ses descendants. Il avait joint à scs noms et surnoms celui û'il-Élfy et celui d'Aboul-macUy, qu’avait porte le successeur de Beybars.
Le surnom d’£^//y vient du mot arabe Alf 0X1 fC//' (nulle), et il le prenait parce ù’il se vantait d’avoir été acheté 1,000 ytuirs (15,000 francs.)
Les oiseaux du ciel éprouvèrent etixraémes les effets de sa bienfaisance particulière. C’est lui qui fit placer aans plusieurs mosquées ces vases , qu’on y voit encore, et qu’on remplit journellement de grains ^ur leur subsistance.
Son tifs aîné, Salahrfdrdun-Khalyl, lui succéda, sous le nom de Él-MiUkél-Achraf {\c. roi très-noble).
Le nouveau sultan choisit Bedr-Cd-dyn pour son vizir, et proclama la guerre sacrée contre les Francs.
L’an 090 de l'hégire (2), il alla assiéger Saint-Jean d’Acre, dernier et unique retranehemcul des chrétiens , qui le défendirent en dcses|)érés. La place fut
(I) Monnaie du sultao il-Mélek- il-Mansour^ QalàouH frappitj à Alep.
(2) Olle ann«V a rommt'ucé !<* jeudi i ian\ iei de Tan de ooln* t-rt*.
üuu^Ie
ÉGYPTK MODRRNK.
prise et pillée , les habitants massacrés, les murailles démolies. De retour au Kaire, l’an 691 de l’hégire (1), il envoya en exil à Constantinople Salàniech, dont la présence en Égypte lui causait quelque ombrage.
Tranquille de ce côté, il se porta en Arniénie, ravagea le territoire, prit la ville d’£r5erott/M(2), réputée'imprcnablc, et revint au Kaire, où la mort, qui l'avait respecté sur les champs de bataille, l’atteignit dans son harem. Une de ses femmes,complicedu Mamiouk Ikydara, (lui aspirait au trône, le frappa d'un coup de poignard dans l'abdomen, et l'étendit mort a ses pietls , au mois de Moharrem de l’an 093 de l’hégire (3). Il avait régné trois ans, deux mois et quatre jours.
Beydara ne régna qu’un seul jour sous le nom de él-Mélekkl-Qdher (le roi vainqueur); les Mamlouks rimmolêrent avec ses eomplices à la vengeance du sultan assassiné.
Iai frère d'él-Mélck-^l-^fchraf, Mohammed-ben-Qalùoun, âgéseulement de neuf ans, fut aussitôtproclamésultan, et revêtu du titre de gl-Wlek-él-Na-tser (le roi protecteur). Le règne de ce prince est, de tous ceux que nous présente l'iiistoire d’Égypte, le plus remarquable par les vicissitudes variées et les révolutions successives qui en agitèrent la longue durée.
Le bas Sge iTél-.Uélek-él-!\'(isser fil la fi3rlunede\'vmirXeynkd-dya-KeHiog/ul., surnommé é/-.l/a«.toury, parce qu’il avait été esclave du sultan él-Afélek-dl-maittour-Qalùoun. Nommé, comme celui-ci, régent du royaume, il voulut aussi comme lui kre plus encore, et aspira au trône de son pupille.
11 trouva d’abord un obstacle à ses projets dans l’émir Elm-dd-dyn-Cliaïujar, surnommé él-Chagdy {ser[)e.nt), qui , devenu vizir, nourrissait un dessein semblable, mais qui fut mis à mort par l'ordre <le son rival, avant d’en avoir pu assurer l'exécution.
Débarrassé de ce compétiteur, Ketboghà se déclara ouvertement, renversa du trône le jeune (l-Mclek-dl-Sasser, après environ un an de ri-gne, le lit reléguer à
(I) Celle année a minmencé le lanili al décetnhre de l’an I2UI de noire ère.
(ai L’ancienne Arze, noninice .ïrlrc par les écrivains du B.is Krapire.
(H) (à'Ile aimci* a cnininencé le rnercrerli 2 dec*‘inlirc de l'an I2VJ de t'crc cnrettenne.