CHAPITRE XIV
DynuUe des Mamionks-Circassieni. — Barqoaq. — Ét-Mélek-él-Nasaer-Faraq. — 7aîynèdHlyn. — Azi-éd-dyn. — Le khalyfe él- Mü«tavn-t>-illâh. — ADou él-naar<lheykli. — > Chahab-édKlyn.— S<''yf.éd-dyn-Tallar.— Naaaer-éd-dyn. — Barsebay. — DJernal-éd^lyn.
— Djaqniaq. — Fakhr-éd-dyn. — YdAI. — Chaliab-éd-dvn. — Aboa-l-fetali. — Khochqadam. — Velbày. — Tamar-boghâ. — Qâyt-B4y. — Abou-I-Saâdâl-Mohaniined. — Uàhaou ’l". — DJânbel.'Mt. — Toumân-Bay 1". — Qdnaou-él-C.lioary. — TouroanBéy II*. — Renversement de la dynastie des MamlouksCircassiens, et conquête de l'Êf^ptepar les Ottomans.
La nouvelle dynastie, qui, avec Barqouq, prenait possession du trône de
(l> Cetle année a commedeé le Jeudi 28 mars de l'an I3SI de notre ere.
(3) Celle année a commencé le lundi 17 mara de l'an 1382 de notre ère.
LmiVKRS.
l’fUjvptci'l de la Syrie, est désignée par les historiens sous le litre des Mainlouks-Cirrassii-ns. Ce nom leur venait du pays dont ils étaient en effet originaires.
Les peuples déjà Cireassie, nommés Kirkessy Tchirkess,ouh'erghiz, ncfoiit point partie des nations turkes de la haute Asie; ils tirent leur origine de la Sibérie et des environs du lac Baykal, où ils étaient déjà établis au sixième siècle de l'ère chrétienne. On ignore l'époque précise de leur émigration à l’ouest de la mer Caspienne, où leurs hordes demeurent encore sur le revers septentrional des extrêmes ramifications du Caucase.
Les derniers sultans de la dynastie des Mamlouks-Baharites, Turks d’origine, accablés sous le Joug de leurs milices et de leurs émirs , Turks comme eux, avaient cherché dans l’acquisition deMamIouks-Circassiens.uncontrc-poids qui piltcontre-balancerla prépondérance des Turks ; élevés par la faveur des princes, et par le jeu de. basculedc ce nouveau système politique, aux charges les plus importantes de[’Ktut,ces nouveaux IMamIouks avaient surtout été chargés de la défense des forteresses , et c'est par cette raison qu'on leur donne aii-ssi le nom de Bourgiles, le mot arabe Boürdj ou .fio«rq;i) signifiant uric tour ou un fort.
Mais l’équilibre entre les deux contrepoids n’avait pas été longtemps sans être rompu ; les Mamiouks derniervenus n’avaient pas tardé à l’emporter sur les anciens. Adoptant à leur profit le système et les principes des antagonistes auxquels on les opposait , les corps circassiens, à peine formés, nourrirent la prétention de faire passer la couronne d’Égypte aux mains de leur nation. Nous avons vu dans le chapitre précédent comment ils y réussirent, et comment l’accomplissement de leurs projets dynastiques porta leur chef Barqouq au souverain pouvoir.
Cette nouvelle dynastie ne différa de la précédente que par la seule dénomination et par la nationalité des souverains qui s’y suca^èrent ; elle est la
(!)Oi mol est II- mCnic que celui rteriufrOs en gui n foriui' «laoi la basse latinité le mot ÙurtjHSf duiil ituus avoua fait celui de btmrg.
suite de celle des Bnharites .'les événements y ont la même marche, portent la meme couleur, suivent le meme système politique : ce sont toujours des émirs turbulents, formant sous chaque prince une opposition armée, qui ue connaît d'autre droit que la force, et qui s’en sert pour arracher du trâne celui que chacun d'eux veut remplacer.
Barqouq était fils d'un renégat circassien nommé ^tns, de la horde de Aesa; fait esclave en Circassie, et conduit en Krimée , il y fut acheté par un musulman nommé OUimAn , qui l’amena en Égypte en l’année 762 de l’hégire (1364 de l’ère chrétienne) : ilfut venilu à l’émir } l-Boghd, qui le mit au nombre de scs Mamiouks. Ses dispositions brillantes et sa beauté, qualité nullement indifférente à la laveur des émirs, lui valurent les bonnes grâces de son maître, qui l’avança dans sa maison militaire* et le lit instruire avec soin : le titre de Cheijkli (docteur), qu’il ajouta à ses deux autres surnoms a'él- Othmangeliï y l-llughdy, pris des noms de ses maîtres , donne a croire qu'il se distingua dans 1a science du droit et de la théologie musulmane.
Il fut élevé au rang d'émir, quand son maître M-linrjhà parvint à la régence, et il le servit fiaclemeut jusqu’à la catastrophe qui enleva au régent le pouvoir et la vie.
Après la mort de celui-ci , ses Manilouks furent dis()ersés, et les deux principaux d’entre eux, Barqouq et ISerKkêh, jetés dans les prisons. Remis en liberté quelque temps après , ils passèrent au service de l'emir Mandjak, gouverneur de Damas; puis ils rentrèrent en Égypte, lorsque le sultan él-Méltk~êl-Mchraf- Chaabân y rappela les Mamiouks d’> f- Boghd. .
Il fut placé alors au service des enfants du sultan ; unissant ses intrigues à celles de Berékék, il parvint bientôt à un commandement de millé hommes, et au poste de grand écuyer. Dès lors il se mit sur les rangs de ceux qui prétendaient à la régence, et succéda à deux de ses rivaux quiavaient été successivement renversés de ce poste suprême. Il prit alors le titre d'/ttabek des armées; son associé Berékéh devint le chef de tous les gouvernements des provinces.
ÉGYPTE MODEU.YE.
irr
Les affaires restèrent ainsi entre ses mains, tant que dura la vie du sultan (’l-Mélek-él-Maiisour-./ty. Enlin, après la mort de ce prince, avec le secours de ses partisans il s’einjiara lui-mème du trône le 19 du mois de Ramaddân de l’an 784 de l’hègire (1382 de l'ère elirètienne). Le khalyfe alors régnant fl- Motouakkel h-ütah , les qadys. les iiléiiiâs, le Cheykh-el-Ulûm , oii Moufty , tous les émirs réunis, donnèrent leur assentiment,'! l’avénementde Uarqouq , qui prit le titre tVfl-yfétek-H-Daher ( le roi illustre), titre qui avait déjà été porté par le plus illustre des princes de |j dynastie précédente, RoknM-dijii- Jleybar.f-él-Bondoqdnry.
A cette époque , le célèbre Tymourl.enk framerlan) remplissait la terre du bruit de ses conquêtes et de la terreur de son nom -, ses bordes tartares , après avoir envahi l’Asie orienta le, menaçaient les frontières de la Syrie , et cette circonstance n'avait pas peu inllué sur la détermination prise d’ôter le gouvernail de l’État à un prince encore impubère, pour IcconOer a des mains fermes, eapaiilcs de résister aux tempêtes prêtes à fondre sur l’flgypte.
En effet, Barqouq, réunissant ses meilleures troupes, tint en respect, pendant les premières années rie son résne, le conquérant de l’Asie; niais, tandis qn'il neutralisait les efforts de rennemi extérieur, il découvritun complot tramé dans sa capitale, et à la tête duquel était lekhalyfe lui-même : assemblant aussitôt lescheykbs, les imôms et les ulémils, il destitua le khalyfe conspirateur, le Jeta dans une prison de la citadelle, et fit proclamer àsa place, l’an 787 derhégire(l). Omar, fils A’Ybrahym, sous le nom de ^/-Ouatheq-b-illah (celui qui se conlie en Dieu).
Le nouveau khalyfe mourut environ un an après, le 19 du mois de Chaoiiâl de l’an 788 de l’hégire (2) , et fut remplacé ar le fils du khalyfe H-Mostasxem- -///n/i, nommé Ahoii-Yatiia-ZakaryA- Omar ; mais celui-ci ne tanlapasa mécontentera son tour le sultan Barqouq, qui le déposa également, dans le mots de
(1) Olîp nnnèf a coimnpnr> liMlim.inche 12
février l’an notreere.
(2) milp annOt» .1 mmini-nré le vendredi 2 février de Tan 1386 de notre ere.
Gemady-cl- Aouel de l'an 791 de l’hégire (1).
Barqouq consentit alors à réintégrer él MoUmakkcl au khalyfat; mais peu après il eut à s’en repentir : au lieu de lui savoir gré de sa restauration, à peine rétabli depuis un mois, le khalyfe noua de nouvelles trames avec un émir nommé Mantach : leurs menées réussirent à soulever le peuple ; Barqouq fut arrêté par les révoltés, déposé après un règne de six ans, septmuis et quelques jours , et envoyé à la forteresse de Karak qui avait déjà vu, sous les deux dynasties précédentes, tant de souverains' prisouniers.
IjC dernier sultan de la dynastie des Jla/iariles, él-IJagy, qw Barqouq avait fait descendre du trône, y fut rappelé pour remplacer l’usurpateur, le mardi 6 du mois de Gemady-êl-Thàny de l’an 79 1 de l’hégire (1389 de fère chrétienne).
Le sultan rétabli changea alors son titre de él-Mélek-êl-Salèh ( le bon roi ), sous lequel il avait déjà régné, en celui à’él-Mélek-él-Mansour ( le roi victorieux.)
La seconde phase du règne de iltlagy-H-Mansour ne fut pas de longue duree : les proscriptions et les concussions de l’émir .1fan/ac/retdu khalyfe ê/- MotouakkH firent bientôt abhorrer l’un et l’autre et TegtMexH-Mélek-il-Daher Barqouq ; on compara avec le règne du souverain légitime le gouvernementjuste et modéré de l’usurpateur. A peine êl-Mélek-él-Mansour eut-il régné huit mois, qu’il fut de nouveau déposé, le 1 4du mois de Safar de l’an 792 de l’hégire (2).
Barqouq, rappelé de Karak, et rétabli sur le trône , se bâta de s’y assurer contre une nouvelle chute, par la mort de él-Mélek-êl-Mansour-Hagy et de tous ses adhérents.
Ressaisissant ainsi les rênes du gouvernement, ê/-.VeVeA'-ê/-OaAer-Barqouq s’occupa principalement à asseoir la tranquillité extérieure de l’Égypte, en entretenant les troubles qui agitaient les Éiat.s voisins; intervenant parsesintrigucs diplomatiques dans les querelles de
(Il Cette année a commencé lejeodl 31 décemhre de l’an I3*w de notre ère.
(2i Ollc année a commencé te lundi 2U dé cemlire de l’an 1389 de noire ère; le Udeaafac ccirreepoml au 2 février de l’an I390-
12« I.lrraison. (Éoypte modeiiyf..)
ces divers princes, il s'aUiait tantôt avec i-ux, tantôt contre eux. L’an 794 de l’héuire (I). Qarà-Toussovf, premier prince (le la dynastie de Médie, dite du Mouton noir (2) , lui lit hommage de la ville de Tauris {Tebryz) : en échange, Barqouq lui envoya un manteau d’honneur, et le créa son lieutenant dans les pays qu'il pourrait envahir.
Mais l’année suivante , le sultan Harqouq vit arriver au Kaire ce même Qarà- Youssou/et un autre de ses alliés, Ahmed, lils d’Aouys, que nos historiens nomment /■/ois, et qui pendant quelque temps avait été souverain de Uaglidad. Ahmed et çard-Youssouf avaient été chassés de leurs États par Tamerian, et avaient d'abord cherché un asile auprès de ôfa- 7iuet, empereur de Constantinople; mais ils avaient bientôt quitté cette retraite et cherché une plus sdre protection à la cour du sultan d’Égypte.
En effet, à cette époque. Manuel était lui-même sur le point de voir son empire renversé par une nouvelle dynastie qui s’élevait dans l’Asie Mineure. Cette dynastie , qui devait bientôt avoir pour siège de sa puissance la ville même de Constantinople, était celle des Ottomans, ainsi nommes A'Olhmân, leur premier prince.
Le quatrième sultan de cette famille, Bayazyd-ben- Mourâd (Bajazet I"), avait aéjà dépouillé l’empire d’Orieiit d’une partie de ses plus belles provinces, et menaçait la capitale. La destruction totale de l’empire d’Orient fut heureusement retardée par. un ennemi terrible, qui arrêta Bajazet au milieu de ses vio toires, et, tandis que Bajazet méditait l’invasion de l’empire des Grecs, les Tartares arrivèrent (ferrière lui et le forcèrent à se retourner contre eux. Tamerlah était à leur tête.
L'Asie entière voyait alors son sort dépendre de deux nvaux de conquêtes et de gloire, Tymow-Lenk (Tyraour le boiteux) et Bayazyd, le borgne. Les
(I) Cette année a (»mmencé le mercredi M novembre de l'an IMI de notre ère.
(1) Deux famillea turkomanes régnaient alors dans le Turkestan et dans l'aodrnne Médie : l’une ae distinguait par le titre de Çard- Qouuounly (du Mouton noir) ; l’autre par celui (le Jq-Qouyounly (du Mouton blanc) , emblèmes que œs deux dynasties portaient dam leurs drapeaux.
deux ouragans allaient s’entre-clioqucr, et décider auquel appartiendrait le droit de ravager le monde.
Chacun des deux rivaux venait d’envoyer une députation au Kaire; l'une, de la part de Bayazyd, réclamait du sultan Barqouq un traité d’alliance, et du khalyfe résidant au Kaire l’investiture ofucielle du sultanat d'Anatolie.
I.e traité fut conclu, et le khalyfe, avide d’or, délivra toutes les patentes et toutes les bénédictions que les ambassadeurs ottomans voulurent acheter.
Les députés de Tymour avaient une tout autre mission : ils venaient sommer avec les plus insolentes menaces le sultan d’Égypte de se reconnaître vassal des Tartares (I) et de remettre entre leurs mains les deux réfugiés Ahmed et Çard-Youssou/. Barqouq leur avait
firomis aide et protection ; if répondit à a réclamation par l’assassinat des députés (2).
Les hordes tartares coururent à la vengeance; elles se jetèrent sur Édesse, et en passèrent les habitants au fil de l’épée. Alep allait subir le même sort lorsque, heureusement pour le reste de la Syrie, la conquête des Indes appela Tymour et lui lit remettre à un autre temps son expédition contre l’Égypte.
Cet éloignement de son ennemi rendormit pas la vigilance du sultan d’Égypte : comprenant que ce n’était qu’un simple retard à l'envahissement de se.s États, il eut toutes ses troupes sur pied, et se tint prêt à une vigoureuse résistance. Mais au milieu deces préparatifs, et avant l’attaque qu’il prévoyait, il mourut âgé de soixante ans, à la suite d’une attaque d’épilepsie, le vendredi lâ du mois de Cnaouâl de l'an 801 de
(I) Tymour avait révéla monarchie univer»«*Uc; sa lettre à Barqouq n*nfenn«il ce pas- : n II De doit y avoir qaun seul maître mit a la terre , commê 11 n'y a qu'un aeul maître n au ciel. »
(3) Les historiens contemporains rapporlefit qae Barqouq avait dit dans aoo conseil : •• O « boiteux ne m’inspire aucune crainte, malgré « son arrogance et ses menacea insolenlc^s : *• M t>arbarie lui fera assez dVnnemls . avant n qu'il puisse venir à moi, et chacun s'armera c pour m*alderà te repousser ; le ne craiins verita- « blement pour l'Egypte que les lUt d'Olhmàn , «malgré leur démarche affectueuse et inst* « nuante. »
Sa prévision devait devenir par la suite une prédiction, accomplie un alèclr après, d^urve ma* uièn: bien fatale {mur Ul dynastie.
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ÉGYPTE MODERNE. 179
l'hé^ire (t) , regretté des peuples, qu’il avait gouvernés avec justice, et dont il avait écarté l'invasion et la destruction.
Barqouq avait encore d'autres titres à l'attachement des Muples; par ses soins la plupart des impôts avaient été dégrèves , les droits sur la douane et le commerce de Boulaq supprimés ; il abrogea aussi les taxes sur les blés, sur les poulets éclos' artificiellement, sur le sel, sur la vente des légumes, etc. Des distributions d’aumônes abondantes et d'aliments de toute espèce étaient faites aux pauvres chaque jour : les savants surtout furent l'objet particulier de ses libéralités , et il fit bâtir pour eux, au Kaire, le collège nomvaéél-Medraaéhél-Dakeryéh, dnprès le titre que portait son fondateqr (3).
Cependant, ses principales dépenses eurent pour but des achats d'armes , de chevaux , et l'accroissement du nombre de ses Mamlouks, tous tirés comme lui de la Circassie. Il réorganisa ce corps, qu'il regardait comme son plus ferme appui, et, donnant une nouvelle forme a son gouvernement , établit à ta tête les grands officiers de son royaume, dont il régla ainsi la hiérarchie :
I» Alabek-il-Auàher (Tuteur des armées), généralissime ou connétable.
2» Hàs-Noubét -él-Omrà (le Chef de l’Ordre des Princes ).
3“ Emyr-él-seldh (Prince des armes), charge à peu près équivalente à celle u'a exercée en France le grand maître e l'artillerie.
4° Kmyr-meglU ( le Prince de la résidence), grand marchai du palais.
5“ £mÿr-.4A'Aour (Prince des écuries), le grand écuyer.
6° naovculAr ( le Chancelier ).
V RA»-NoubétAl-Thàny (le Chef du second Ordre).
Hageb-Al-Hogab (le Chambellan des chambellans), le grand chambellan.
9“ Ntnb, le Gouverneur du Kaire.
Ces neuigrands officiers dirigeaient le gouvernement, et, concurremment avec le hhalyfe et l'assemblée des émirs et
(I) Cette année a coanneoeé le vendredi II septembre de l'an I3S8 de notre ère.
(1) Le snltan Barqoug fit auaii bétir au Kaire une mosquée qui eat encore un des plus beaux ornementa de la ville. Voyez les plancbea 4, b et 13.
des qadys, décidaient de toutes les mesures administratives que le sultan était obligé de leur soumettre. Cette même assemblée, .à la mort du sultan, nommait son successeur, sans que les droits d’hérédité et de descendance fussent suffisants pour forcer leur choix. Aussi plusieurs des écrivains orientaux donnent au gouvernement de l'Egypte, sous la dynastie des Circassiens, non le nom de mouik ( royaume) , mais celui de gem- Aour (république).
Faray-zeyn-iddun, sumommév/6o»- Saadàt , fils ainé Je Barqouq , âgé de.
vingt-six ans, lui succéda, avec le titre d'él-Mélek-él-j\assei'. Le règne de ce prince eut un commencement difficile et une lin sinistre ; il commença par la révoltede l’Atabek Ytmâch etde Tenemél-Frassany, gouverneur de Syrie, qui, de concert avec il-Boghâ, gouverneur d'Alep , s'empara des défilés de la Palestine, résolu de les disputer à son souverain jusqu’à la dernière extrémité. Ses efforts furent vains ; les défilés furent emportés, et renem lui- même, fait prisonnier, fut mis à mort avec ses partisans.
Mais ce succès était peu de cliose au prix du danger imminent qui menaçait l’Égypte.
Tymmtr avait terminé la conquête des Indes ; Baghdad, Syouât (l’ancienne Sébaste), A/a/alvèA,'veuaient pour la seconde fois, en l’an 803 de rhégire(l), d'être prises par lesTartares , (^i se répandaient déjà dans la Syrie. Farag courut au-devant d'eux ; mais il fut battu, et Tymour entra dans Alep et dans Urmesse.
Les émirs avaient ramené malgré lui le sultan Farag en Égypte , après cette fatale campagne; il y concentra ses forces, attendant Tymovr; mais le conquérant tartare avait trouvé, dans l’.Anatolie, un rival plus digne de lui. Il s’était lancé sur Bayazya, et après lui avoir enlevé Yarmat, Herouk, Qalatél-Roum, il l’avait battu et fait prisonnier, l’an 804 de l'hégire (3), à la bataille d'Atiqorak , l’ancienne Aucyre , célèbre quinze siècles auparavant par la déroute deMithridate.
(I) Cette année a ooinmnioé le dimanche ii août de l'an 1400 de notre ère.
(^ Cette année a commencé le Jeadi 1 1 août de rao Itui de notreére.
La victoire de Ti/mour, son ennemi naturel, et la catastrophe de Hat/azijd, son allié, abattirent toutes les e.sperances de résistance (ju’avait pu concevoir Farag. Il n'était pas encore arrêté sur le parti qu’il avait a prendre, quand des ambassadeurs de Tymour vinrent fixer ses irrésolutions: ils apportaient quelques présents; mais ils insistaient sur la reconnaissance de la suzeraineté tartare et sur l’extradition des deux princes rct'ufîiés , /Ihmed et Qarâ-) omsoiif.
Ilors d’état de se refuser à ces injonctions (lu conquérant de l'Asie , Fnriig déclara (/it’il était impossible de résister aux décrets de la Frovidnu e ; il siena sa reconnaissance de vasselace, et lit don à Tymour d'une «irafe d'Kthiopie, en retour d’un éléphant indien qu’il en avait reçu ; quant aux deux réfugiés. inettantcnâvant lesdroiisde l’hospitalité, il obtint de ne pas les livrer aux Tartarcs, h condition de devenir luimême leur geôlier.
Dès lors Tymour accorda sa protection au sultan d’Égypte ; et sa mort, arrivée deux ans après, h Otrar, le 17 du mois de Chaabên de l’an 807 de l’hégire ( I ), acheva de rassurer Farag. Les divisions qu’occasionna parmi les enfants de Tymour le partage de son immense succession permirent à Farag d’ouvrir la prison où il retenait .4hmedet Qarâyotissouf pour le compte des Tartares.
Ces deux princes rentrèrent dans leurs Etats ; et Farag s’apprêtait lui-même a reconquérir la SjTie, quand tout à coup il vit son palais assailli par une émeute.
Le sacrifice qu’avait fait Farag de son honneur au repos de son trône n’avait été apprécié, par scs sujets, que comme une léchete déshonorante. Ou mépris général qu’il avait encouru, on passa facilement au projet d’asseoir sur le trône un prince plus digne de l’occuper. Le frère du sultan, Azz-éddyn-Abd-él Jzyz, s’offrit au choix du peuple et fut accepté.
A la tête des révoltés, Azz-éd-dyn- Abd-el-Azyz vint assiéger son frère dans son palais, le 16 du mois de Rabyêl- Aouel de l’an 8ü8de l’hégire (2), et le
( I ) Cette ano^ a commencé le Jeudi 10 Juillet de l’an J 404 de notre ère.
Q(Uc année a commencé le lundi 29 Juin de l’an 1405 de notre ère.
força d’abdiquer, pour conserver sa vie. après un régne de six ans, cinq mois et onze jours.
Farag, depuis son abdication forcée, avait disparu, et se tenait caché dans une retraite ignorée : on le crut tué dans le tumulte, et on inaugura solennellement son frère Azz-éd-dyn-.lbdél- Izyz , sous le titre tl'él-Slélek-él- Mansouv ; mais deux mois de règne sufiirent pour apprécier le nouveau sultan, et ramener les esprits au prince détrôné. Farag reparut, et reprit place sur son trône , rappelé par les autorités et parle peti|rle, au mois de Gemady-êlïhàny. Azz-éd-dyn-.tbd-él-.lzyz fut exdé .1 Alexandrie, et il y mourut quelijups mois apres, le 7 du mois de Rabyel-Thôuy (le l’an S09 de l’hégire (I).
Après son second avènement, Farag réhabilita un peu son honneur, en reprenant Damas et quelques iilaces de Syrie; jusqu’en l’an 813 de l'hegire {2) , il resta en paix sur le trône : cette année, une révolution sacerdotale l’eu fit descendre.
Un des principaux chefs des Mamlouks était un émir, nommé Abou-Sasr et surnommé Cheykh-ét- Mahmoudy él-Dahery, parce qu’il avait eu pour maîtres successivement l’émir iVa/jmoud et le sultan él- Mélek-él-Daher- Itarqouq, qui l’avait affranchi et promu aux dignités militaires.
Cet émir, dont l’ambition s’était enivrée de son élévation successive aux premiers postes du royaume, forma le projet de devenir, à son tour, sultan d’ïlgvpte ; et il se servit pour y parvenir du iilialyfe él-Mostayn-b-illali, qui avait succédé, cinq ans auparavant, an kha- Ivfe (l-.Moiouakkel-ala-AUah , deux fois déposé, et deux fois réhabilité.
Depuis l’extinction du khalyfat de Baghdad et le rétablissement de’ la seconde branche des Abbassidesau Kaire, on ne regardait plus les khalyfes que comme des pontifes, qui n'étafent consultés que sur les affaires de religion et de conscience : Cheykh-él-Mahmoiidij, qui avait ses vues, persuada àél-Moslayu qu’il lui serait facile de rendre au khaly-
(1) Celle anniH’ a coimnrocé le vendredi 18 Juin de l’an 1400 de notre ère.
(2) Celle aimée acuinnicnc(i le mardi C miti de l'an 1410 de notre ère.
by CjtJUgle
EGYPTE MODERNE
fit sa splendeur primitive, et de devenir lui-méme ce que ses ancêtres avaient été. ■ Tout, ajoutait-il, était disposé pour ^ faire reconnaître le khalyfecoininesul- » tan d’Égypte; et il n’attendailv7iiesesor- « dres pour l’exécution. • L’orgueil du klialyfe ahusélui fit embrasser ce projet avec avidité. Le sultan l'aragi-XaM alors il Damas; Chrykh ^l-Mahmowly . a la tète d’une armée et accompa.;né du khalvfe, vint sommer le sultan d'abdiquer. Celuici répondit à cette proposition insolente en appelant ses soldats aux armes. La lutte allait être indécise ; mais les armes spirituelles, employées à propos, brisèrent le tranchant des sabres ; l'anathème suivant fut lancé par le klialyl'e :
" De par rimêm .tbnu-l-f'adl-él-M- « bas-(l-\Instayn~b-lltah, Prince des « fidèles : »
« Nous déclarons déclin du sultanat Fan ra<j,fà\pi& Barqouq. Le véritable suln tan d'Égypte et de .Syrie est inainte- « liant le khalyfe , descendant et vicaire « du Prophète. Pardon pour ceux qui « s’uniront a lui, et malheur à ceux qui « lui résisteront. »
Cette proclamation eut un effet immédiat : les soldats de Farag l’abandonnèrent; il voulut en vain résister :
forcé à la fuite, il fut arrêté et conduit au klialyfe, qui lui intenta un procès criminel. La guerre contre lesTartares avait nécessite de grandes dépenses et des impôts extraordinaires : le sultan déchu fut accusé, devant le tribunal des docteurs de la loi, d’avoir ruiné les peuples et l’État, et de s’être révolté contre le khalyfe, l’ombre de Dieu et son représentant sur la terre. Farag fut juge digne de mort; et l’arrêt fût exécuté le samedi 35 du mois de Moharem de l'an 815 (1) de l’hégire mai 1412 de l’ère chrétienne).
Farag fut décapité hors des murailles de Damas, et son cadavre abandonné sur un fumier; ainsi le khalyfe fl-Mostayn-b-lUah réunit en lui les pouvoirs spirituels et temporels ; il reçut les serments des cheykhs et de l'armee, fut inauguré sous le titre i\'(l-Mclek-(l AdvU (le roi juste), et créa Cheykh-d-Mahmoudy son premier vizir.
Des exprès allèrent annoncer au Kaire la révolution qui venait de s'opé-
(11 Celte Hiiilén a ciimniencé le mernedi 13 avril de l'an 1112 de noire ece.