ISI
rer, et l’arrivée jprocnaine du nouveau souverain; une toule immense courut à sa rencontre jusqu’à Qattyéh et l’escorta, au mi lien des acclamations univervelles, jusqu’au palais des sultans, qui lui était préparé , dans la citadelle du Kaire.
Le khalyfe-siiltan d’Égypte voulut justifier ce concours et cet enthousiasme des populations : .se montrant digne du titre qu’il avait pris en montant sur le trône, il s'occupa avec, zèle des affaires du royaume, réforma le.s vices de l’administration, allégea le peuple, punit les exacteurs, répandit des bienfaits, et mérita, par sa conduite, les bénédictions générales.
Mais Cheykh-d-Mahmoudy avait prétendu faire la révolution pour lui seul, et non pas pour le khalyfe; il n’avait vu en lui qu’un instrument, et n’avait réussi qu'a se donner un nouveau maître; dès lors le renversement du khalyfe fut projeté par lui ; mais il marcha avec prudence, et n’approcha que pas à pas et par degrés du trône qu’il voulait envahir.
D'abord, dans des conciliabules avec les autres Mamiouks , il intéressa adroilenient leur amcar-propre à ne voir qu’avec peine le trône d’Égypte occupé par un prince étranger à leur caste, préparant ainsi dans le silence les voies a son propre avènement, sans pourtant qu’on pdt l'accuser de s'offrir personnellement à cette candidature.
Puis, il se montra mécontent du poste de grand vizir : trouvant ce titre insuffisant, il se fit déclarer par le khalyfe lieutenant général du royaume, le 8 du mois de Raby-êl-Aouel de cette niêiiie année ; à peine en eut-il reçu l’investiture , qu'il s’installa dans le palais du sultan, entoura le khalyfe de scs créatures, lui fit signifier de ne donner aucun ordre sans son assentiment, et, quelques mois après, prit pour sa part toute la puissance effective, en forçant le khaliie d-Mostayn b-illah de l’as.socier nu sultanat, sous le \ilTeA'él-Mélck-éb.Xtouyed{\e roi aidé de Dieu); puis le khalyfe, dépouillé de toute autorité, fut relégué au fondd’uii des appartements du jiafais.
Él-Moslayn n'avait pu résister à la violence; mais il avait secrètement écrit à un de ses anrieiis affidés, Aüiirouz, alors éenrté de lui par sa numuiation au gouvernement de la Syrie. Moarouz
L’UNIVEUS.
accourut au Kaire : il jugea la force impuissante, et conseilla au khaljrfe de recourir de nouveau aux armes spirituelles, qui lui avaient si bien réussi contre Farag.
Unanathèmefut lancé eanXxtCheykhfl-Ufahmoudy, alors en Sme; et cette absence rehaussa tellement le couragedes partisans du khalyfe, qu'ils firent prociainerl'anatlièine dans l’assemblée generale des clicykhs et des imflms; mais Cheykhél-Ma/imoudÿ s’était fai t i nstruire à tem ps de ces menées = à peine l’excommunication fut-elle proclamée, qu’il parut au Kaire, en face de ses ennemis. Ceux-ci pâlirent; le khalyfe fut abandonné, les clieykhs et les imSms nièrent toute espèce de part à l’anathème : et la même assemblée qui l’avait proclamé appela la sévérité des lois sur la tête du khalyfe, déclaré indigne du pontificat suprême, comme ayant abusé de ses pouvoirs religieux , et s’etant révolté contre le sultan légitime.
Déchu du kbalyfat, l'imSm él-ifostayn h-illak fut emprisonné, puis exilé à Alexandrie, l’an 818 de l'négire (I); et on proclama khalyfe, en sa place, son frère Daoud, qui prit le titre üil-Motadded-b-iUah.
Cheykh-él-Mahmoudtj, parvenu ainsi au but de tous ses désirs, cnercha à faire oublier leklialyfeê/-.A/ostoÿn, en l'imitant dans son administration sage et paternelle. ‘Son règne avait été fondé parla violence; mais le cours en fut doux et paisible : les populations furent heureuses, et bénirent son gouvernement, que les historiens orientaux présententcomrae celui d’un prince accompli. Après huit ans et cinq mois d’un règne exempt de troubles, il mourut le lundi 9 du mois de Moharrem de l’an 824 (2) de l’hégire ( 14 janvier 1421 de l’ère chrétienne }.
Les savants furent efficacement protégés par ce prince; le Kaire lui doit plusieurs de ses embellissements, et entre autres l’une de ses plus magnifiques mosquées, cellequi porte le nom de Garniil-Mouged, et qui est située près de la porte intérieure, dite Bâb-Zouyléh.
Après sa mort , les choses reprirent leur marche convulsive accoutumée.
(I) Cette année a commencé le mercredi 10 mars de l’an I4IS de l’ére clm'llenne.
(2> Cette .innée a commence le lundi B Janvier de l'an Mjl de notre ère.
Trois sulUns se succédèrent rapidement sur le trône d’Égypte.
Inauguré sous le titre de êl-Sfélekit-nossaffer, Chahab-éd-dm- Ahmed, fAsA'ilrMahmoudy,t\AioTct, au moisde Chaouôl de la mênie année, après sept mois et neuf jours de règne, de céder la couronne à son tuteur et son beau-père, Seyf-éd-dyn- Tattar, surnommé él-Mélek él-Daher, qui , étant lui-même mort au mois de Dou-l-Hagéh de la même année, la transmit à son fils yasser-éd-dyn- Mohammed , qui prit le titre d’él-Melek élSaléh : quatre mois après , ce sultan fut à son tour dépossédé par Seyf-éd-dyn Barsebdy, son tuteur, et passa le reste de sa vie dans l’obscurité.
Plus d’un prétendant s’était présenté pour saisir la couronne ravie à él-Mélek étrSaléh; mais Barsebày avait su neutraliser leurs efforts l’un par l'autre, et avait réussi à conserver le sultanat pour lui seul. Il se fit proclamer le 8 du mois de Raby-êl-Thâny de l’an 825 de l’hégire (1) sous le titre de él-Mélek-él- Achraf ( le roi très-noble ).
Barsebày avait été affranchi par êl-Mélek-él-Daher-Tattar, qui l’avait pris en amitié, et, après l’avoir fait passer rapidement par les divers grades, lui avait confié la tutelle de son fils.
La première année de son règne fut signalée par une abondante inondation du Nil , qui fit concevoir aux peuples d’Égypte les plus heureux présages. En effet, le nouveau sultan suivit, dans son administration, les principes qui avaient diin^éceWedeCheykh-él-Mahmoudy : &o\\ gouvernement fut sage, modéré et paisible; il reconstruisit plusieurs villes, ruinées sous ses prédéce.sseurs ; il embellit le Kaire de plusieurs monuments, et, entre autres , de la mosquée dite de son nomGamé-él-Achrafyéh, située en face du bazar des marchands d’ambre, dont il commença la construction au mois de Regeb de raii826 de l'hégire (2).
L’administration prudente et paternelle de él-M*lek-él-Achrqf lui valut un règne long et paisible , qui ne fut trouble qu’en l’an 827 de l’hégire (3), par la révolte de l’émir Beiiyq-él-Be-
(I) Celle année a commencé le vendredi 26 décembre 1431 de notre ère.
Celle année a commencé le mardi 15 décembre de l’an I42î de notre ère.
(3) Celle anme a commencé le dimauclic 5 décembre de l’an iviade nuire ère.
ÉGYPTE MODERNE
khâchy, anquel le sultan avait confié le gouvernement de Damas. Mais cette révolte fut bientôt comprimée; lerebeile fiitdécapité, et son vainqueur, l'émir nègre Awt-ér-rahnuXn , le remplaça au gouvernement de laS^ie : cette révolté ne fut suivie d’aucune autre dans les provinces soumises au pouvoir du sultan.
Ses armes obtinrent au dehors des succès remarquables ; plusieurs expéditions, qu’il entreprit contre les Francs, se terminèrent par des victoires et des conquêtes: l'ilede Chypre fut soumise à sa puissance , et le roi Jean III de Lusignan, obligé de se reconnaître vassal de l’^ypte, en payant annuellement un tribut considâranle.
Cette époque est surtout remarquable par (les négociations importantes avec les princes chrétiens et par les premiers actes d’union diplomatique de l’Égypte avec la puissance ottomane, ijui était déjà alors maltresse de toute I Asie Mineure , sous le huitième sultan de cette dynastie , Mourâd , fils de Mohammed (Amurat II .)
Voici les circonstances qui rendirent le sultan Barsebày le but et l’arbitre de ces négociations :
Le roi dé Chypre, qui payait un tribut annuel à l’Égypte, n’avait pour héritier de son nom qnune fille légitime , nommée Charlotte; il la donna en mariage au prince Louis de Savoie , en lui assignant pour dot la réversibilité de sa couronne. Un fiisnaturel du roi, uoraméVocques, prétendit mettre opposition à cette transmission, et revendiquer pour luimême le royal héritage; il était soutenu dans ses prétentions par les Vénitiens ; l'.'ir il avait épousé la nlle de Louis Curnaro, que le sénat avait déclarée solennellement fille de la république, dans l’espoir de créer par là pour Venise un droit ultérieur àia possession de Chypre.
A l’appui des Vénitiens Jacques voulut joindre celui du sultan deVÉgypte; il avait reçu du sénat des subsides considérables; il les employaàseconcilier les principaux émirs du Kaire, et à acheter de /larse&dÿunearroéemusolmane; ilallait, à la tête de ces forces, roettrelesiége devant Nicosie, quand Louis de Savoie obtint l’intervention en sa faveur du grand maître de l’ordre de Jérusalem.
Le commandeur de Nissara fut envoyé comme ambassadeur au Kaire,
et changea les dispositioBa de la cour égyptienne; offrant des sommes plus considérables que celles qui avaient été versées par Jacques de Lusignan, il avait obtenu le rappel des troupes mises sou» les ordres de ce prince.
Cet échec fut loin de faire renoncer le prétendant à scs projets d’ambition ; de riches .présents et la promesse d’un tribut annuel lui valurent la protectiondu sultan ottoman ; et celui-ci envoya, à son tour, auKaire, une ambassade pour y soutenir les intérêts de son protégé.
L’ambassadeur ottoman ne chernia pasà séduire la cour d’Égypte par des présents : il fit parler la crainte que devait in^irer la puissance ottomane, dont tes Etats étaient limitrophes aux frontières de Syrie. Le commandeur fut congédié : Jacques eut enfin à sa disposition l’armée promise. Louis de Savoie et Charlotte de Lusignan furent expulsés de l’ile, et le fils naturel de Jean de Lusignan régna, vassal à la fois des Vénitiens, des Ottomans et de l’Égypte.
Ainsi, sous le r^ne d'êl-Mèlek-£l- ^cArq/-Æarseôdp l’Egypte, heureuse au dedans, était glorieuse à l’extérieur; et les historiens arabes s’accordent à présenter ce prince comme le plus digned’éloges de tous les sultans de la dynastie circassienne.
lis rendent, d’ailleurs, le témoignage le plus éclatantàses qualités personnelles et a son administration bienveillante, et ajoutent que ce fut lui qui abolit lacérémonieduprosternementdansl’hommage rendu aux sultans, et qui le convertit en un simple baUe^main*.
Après un règne paisible de seize ans, huit mois et six jours, il-Mélek-ûl- Achraf -Barsebày mourut, à l’âge de soixante ans, le samedi 13 du mois de Dou-I-Uagéh de l’an 841 del’hégife(l).
Son fils Gemabéd-dyn-youssouf, surnommé Abou-l-Mahassen, avait «é désigné par son testament pour son successeur; ce jeune prince lut, en conséquence, inauguré, le jour même de la mort de son père , sous le titre de éb Mélek-HrAzyz (le roi Auguste).
Mais à peine avait-il régné trois mois que la m&intelligence se mit entre les
(I) Cette année a oommenoé le vendredi a Juillet de l'an U37 de notre ère ; le 13 du mois de Dou-I-Uaeéli de ceUe année correspoodail au 8 Juin de l'an H38 de notre ère.