ISI
L’UMVERS.
Mnmloiiks du sultan et l'cniir Seijf-fd (hjn-njaqmaq , qui exerçait les hautes fonctions d’Atabek : les choses en vinrent bientôt au point q\i'él-Mvlek-6l- Azyz fut déposé, et Djaqmao inauguré en sa place, le mercredi 19 du mois de Raby-cl- Aouel de l’an 842 de l'hégire (I ).
Djaqmaq était alors âgé de soixanteneuf ans: il prit en inontautsur le trône le litre de él-Mélek-él-Daher (le roi illustre), et régnait déjà depuis deux années, quand une peste terrible vint exercer ses ravages sur toute l'Égypte.
Cet événement est le seul remarquable, jusqu'à l’an 840 de l'hégire (2), epoque de la mort de l’imàm H-Motuddedb-itlah . ce khalvfe avait rempli, pendant trente, ans, le siège pontifical, au milieu de l'estime ,»énérale, cu'il avait méritée ar sa piete et ses vertus ; il légua le halyfat a son frère utérin, qui fut surnommé Cl-Moslakiy-b-iltak.
Le nouveau khalyfe devint l'ami et le conseiller du sultan Djaqmaq : pendant les huit années de son pontilicat il mérita, comme son frère, les bénédictions du peuple, et mourut l'an 8ô4 de l'hégire (3). Sa mort fut un deuil général : à ses funérailles les grands du royaume se disputèrent l’honneur de porter son cercueil; et le sultau luiméme voulut le soutenir quelque temps sur ses épaules.
Le khalyfe él-Mostakfy-b-Ulah étant mort intestat, on lui donna pour successeur son frère, qui fut salué du titre d'd/- Qâyem-be-amr-iUah.
La conduite de celui-ci , tout à fait opposée à celle de ses deux prédécesseurs , en rendit la perte plus sensible au sultan, qui, accablé d’ailleurs du poids de quatre-vingts années, ne se sentait plus assez fort pour conduire le gouvernement de l’Etat, au milieu des obstacles que lui suscitaient les intrigues et les prétentions du khalyfe. Le sultan Djaqmaq-flrDaher abdiqua en faveur de son fils, Fakhr- id-dyii-OI/imdn, et mourut le 29 du moisueSafar, l’an 857 de l'hégire (4), dans la même an-
(■) Otir nnnée n cnmmeiicé le mardi 24 Juin de l’an 143» de noire ère.
(2) Celle anm'e a commencé le samedi 12 mai de l’an 1442 rie notre ère,
(3) Otte annee a annmencr' le samedi 14 févrter de l’an I4&0 dr' noire ère.
l»' Celle II nuée a commencé le vendredi 12 Janvier de l’an 1453 de noire ère ; le 2» de Sa-
néuoù lesultan Mohammed-bvu-Mourad ( Mahomet 11 ) s’emparait de Constantinople et détrui.sait l’empire des Greixs.
Othmàn prit le surnom d'éf-4/c/e/.-fr'ilaiviour (le roi victorieux par l'aide de Dieu). A peine sur le trône, il se vit menacé par une insurrection des émirs que le khalyfe avait excites contre lui, dans l'espoir que, aussi heiireiixque le ktialyfe él-Mostayn-b-illah ; il pourrait en faire son profit. Ét-ilélek-él-Mansour-Olhuid/i fut la victime deces complots : après avoir régné seulement un mois et un jour, il fut déposé au commencement du mois de Uabv-êl-Aouel de cette même année; mais le khalyfe, qui s’attendait àêtre élu a sa place, eut le déplaisir de voir proclamer, sous le nom d’ê/-iI/é/«’A-d/- Achraf^ un vieux Mamlouk , nommé Abou-l-i\asr-Ynal.
T41 grand âge du nouveau sultan fit patienter le khalvfe pendant six années. Enlin, las d'attendre, il se livra ù l'éxecution de ses projets ambitieux ; mais ses menées étaient surveillées par le vizir lielgiouy: avisé parce fidèle ministre, le sultan Ytial fit comparaître devant lui le khalyfe, lui reprocha sa trahison, et le déposa solennellement.
■> C’est moi qui te dépose! » s’écria le khalyfe audacieux; mais cette bravade n’aboutit qu’a un exil à Alexandrie, où il mourut peu de temps après.
Un frère du khalyfe él-Motaddedb-iJ/ah, nommé ydussouf, remplaça éf- Çaye/ii-be-amr-ilJah, et prit le litre d'éf- Mostanged-b-iUah ; la conduite de celuici fut sage et modérée, et le sultan Ynal survécut deux ans à ces troubles , qui avaient manqué de le déposséder. Le reste de son règne se traîna au milieu des destitutions d’un grand nombre de vizirs; et il mourut, aprèsavoirconservé le pouvoir huit ans , deux mois et six jours, le jeudi 15 du mois de Geinadyél-Aouel de l’an 865 de l'hégire (I).
Son fils Chahab-éd-dyn- Ahmed, surnommé Abourl-Fetah, qu’il avait associé à son pouvoir royal dans la dernière année de son règne (2),.lui succéda, avec le titre (Yél-Mélek-c’l-Mouyed : il ne
(jir de Ton Hiû (.‘orrr'ipüiidjil au 13 mars de celle aimée.
(!) Otle année a comnienré le Ramedi 17 oc* (ol>re (U‘ l’an HiH) <le IVre clirt4lenn»ï-
(2) Monnaie frappée a r<K‘casion de celle asfwDCialiou du p»*re el du llls «ur le trône d*ï^ gvpte , et portant eu con&equence le nom d’./*
l'.GYPTK aiüDKHNK.
régna que quatre iiuns , et fut déposé le 18 du mois de Raiiiaddau de la même année.
Seijf-éddyn-Khochqadmn, sumommtél-Saarij, le remplaça et fut proclamé, sous le titre (\’él-Melek-êl-Ônher ( le roi illustre.)
Khochqadam était Grec d’origine, ce qui lui valut le surnom A'f.l-Uoumy: il avait été vendu au sultan Jlarsebâij , et il avait pris le surnom A'él-Xasrij, d’après celui d' ■ibou-Masr qu’avait porté, ce sultan; il conserva, sur le trône, l’aménité des mœurs grecques, et son administration fut tranquille et heureuse.
Souverain débonnaire, ne s’entourant que de ministres probes, ii s’occupa du bien de ses peuples et mérita leur amour. Loin d’avoir cette rudesseet cette dureté de naturel qui caractéri.saient les princes turkomans et circassiens, ses prédécesseurs, il fut doux, bienfaisant, affable; et les historiens orientaux s’accordent à le mettre au nombre des meilleurs princes qui aient gouverné l’Egypte. .Ses courtisans modelèrent leur conduite sur celle de leur prince; et le khalyfe, qu’il avait logé dans son palais, ne’ sortit jamais des bornes de sa puissance spirituelle.
Aussi , les six ans et demi du règne du sultan Khochqadam s’écoulèrent dans une tranquilité exempte de tout trouble, et furent des années de bonheur pour l’Égvpte.
Il mourut, à l’Age de soixante ans, le samedi 10 du mois de Raby-él-Aouel , l’an 872 de l’hégire (1). I.es populations égyptiennes le pleurèrent comme un père.
On lui donna pour successeur Jbou- Saijd-Belbây , qui fut salué du litre d'êl- Metck-tl-Oaher.
Ce titre était le même que celui de son prédécesseur, mais sa conduite fut bien différente. Belbày lit autant de
liOii-l-Fetah-Chahab-éil dyn. Joint à celui de il- Milek él Achruf.
(I) Cette annee a commencé le dimanche 2 août de l'an I ié7 de notre ère.
mal que Khochqadam avait fait de i)ien;ses cruautés et sa tyrannie, qu'il faisait peser indistinctement sur le peuple et sur les grands, eurent bientôt exaspéré tous les esprits : après avoir occupé le trône pendant cinquante-six jours seulement, il en fut précipité le 7 du mois de Gemady-êl-Aouel de la même année; etl’onyplaça l’émir Abmi-Suyd- Timar-Boghd, surnommé l’I-Dahery.
I,e nouveau sultan prit, comme .ses deux prédécesseurs, le .Mirnom d'él-Mctek-fl-f)aher , et son règne fut aussi éphémère que celui du sultan qu’il remplaçait. Soit qu’il ne sût pas gouverner, S"it qii’d eiU déplu, dès le commeiicement de son règne, à ceux qui l’avaient mis sur le trône, deux mois après ils l’en firent descendre , le G du mois de Regeb de la même année.
On nomma en sa place l’émir Qayt- Hây, surnommé fl-Mnhmoiidy et iV- /Jnhery, qui prit à son investiture le titre d'ft-Méh’k-él- .Ichraf. Ainsi, l’année 872 de l’hégire avait vu quatre sultans se siKTéder sur le trône d' Egypte ; le nouvel élu sut pourtant, au milieu de ces éléments de révolutions, s’y maintenir pendant de longues années.
Qayl-Uüy avait été affranchi par le sultan Ojaqmaq : il dut à sa valeur et a ses talents militaires la réunion dis suffrages des émirs en sa faveur.
Les six premières années d.* son règne furent des années de calme et de tranquillité, tant à rintérieurde l’Égypte qu’à l’extérieur. Ce calme ne fut troublé que par le bruit de la victoire du sultan ottoman, Mahomet II, sur Uzun HassAn, souverain de la Perse.
Ce prince était allié de l’Égypte ; et dès lors Çayt Bdy prévitque cette alliance serv i ra i t U n jou r d e prétexte a U su 1 ta n ottoman pour envahir la Syrie. Afin de se tenir prêt à tout événement, il envoya ses
meilleures troupes border scs frontières:
mais l’attaque delà Syrie était ajournée: le sultan de Constantinople avait alors assez d’oceupation h pousser ses conquêtes au sein des États chréliens. Cependant l’orage était non dissipé, mais seulement suspendu : voulant s’y soustraire avant la catastrophe qu’il redoutait, Qayt-Bdy abdiqua volontairement le souverain pouvoir; mais les émirs, appréciant le liesoin qu’ils avaient de lui
L’UNIVEUS.
dans cfs circonstances si menaçantes, le forcèrent à reprendre le gouvernail de l’État. A peine s’y était-il replacé que l’orale éclata en effet. Victorieux des chrétiens, Mahomet II tourna ses armes contre la Syrie, l’an S&Sdel’hégirefl).
Heureusement la inort vint saisir le conquérant, au milieu de ses triomphes, et l’arrêter à Tikour-Gàber, en Anatolie. L’envahissement de la Syrie et le renversement de la dynastie égyptienne furent ainsi reculés de trente-huit années.
I.es troubles survenus après la mort <le Mahomet //, entre ses deux fils Ilaijazijd (Bajazet il) et Djem ou Zizim, qui se disputèrent l’empire, les armes à la main , permirent au sultan Oayt-Bày de quitter les frontières de .Syrie et de retourner au Kaire.
Il y vit, peu de temps après, arriverle prince Djem, qui avait perdu la bataille de Yeni-Cheher, et qui, accompagné de sa femme et de ses enfants , venait chercher un asile en Égvpte.
(Jayt-Bûy accueillit le prince fugitif,
?ui, étant passé ensuite en Caramanie,y ut défait une seconde fois, dans une bataille definitive.
Ce revers lit (irésager à Qayt-Iiây que bientôt Hayazyd chercherait à se venger de l’hospitalité accordée à son frère en Égypte. Prenant lui-même les devants, et se décidant brusquement à l’offensive, il enleva les caravanes turkesqui se rendaient à la Mekke , arrêta les ambassadeurs que le roi des Indes envoyait au sultan ottoman, s’empara des présents dont ils étaient porteurs et se rendit maître des places ne Tarse et A' Adanah, qui appartenaient alors à la Porte Ottomanne.
. Bayazyd n’attendait qu'un prétexte pour attaquer Qayt-Bûy : ces hostilités la lui fournirent.
Cependant il fit précéder son attaque d'une ambassade réclamant réparation de ses griefs. Qayt-Bûy, pour toute réponse, renvoyales ambassadeurs, et atta- <|iia le généralissime des troupes ottomanes. Les troupes égyptiennes plièrent au commencement de la bataille, et prirent la fuite jusqu’à Afafa/AyéA. La elles rencontrèrent un renfort de cinq
( n Ott6 année a commencé )e lundi 13 m&rs do l'an HSO de notre ère.
mille hommes envoyés par Qayt-Bûy ; faisant alors volte-face contre les Ottomans, qui s'étaient engagés à leur poursuite dans les gorges des niontagnea , elles reprirent l’avantage et en firent un massacre complet.
Cependant les détacliements de Bayazyd avaient repris Tarse et Adanah, et (^yt-Bây reçut à la fois les deux nouvelles de la perte de ses conquêtes et de la victoire de ses troupes. Il envoya aussitôt l’émir Ezbéky pour chasser les Ottomans des deux places dont ils s'étaient rendus maîtres; Ezbéky s’acquitta avec succès de sa mission ; et tous les avantages de cette campagne restèrent au sultan d’Égypte.
Pour réparer ces revers , le sultan ottoman envoya de nouvelles troupes, dont il confia le commandement à son gendre Ahmed.
Cet Ahmed était un jeune prince. Albanais de naissance, etfils du duc de Bosnie, qui , depuis peu de temps , avait abjuré le christianisme et s’était fait musulman. La nomination d’un renégat à peine sorti de l'adolescence, pour commander les vieilles bandes musulmanes, qui avaient acheté de leur sang tant de victoires , mécontenta à la fois les chefs et les soldats : l’attaque impétueuse A' Ahmed contre l’armée égyptienne ne fut pas soutenue par les corps ottomans. Délaissé par eux, au milieu des rangs ennemis , Ahmed combattit en.
vain avec une vaillance opiniâtre. Il fut obligé de se rendre à l’émir Ezbéky ,q\x\, suivi de son prisonnier, revint en triomphe au Kaire, où il construisit, en actions de grâces de sa victoire, la mosquée dite él-Ezbekyéh donné son nom à la grande place voisine et au quartier qui l’environne.
Furieux de cette nouvelle défaite, mit sur pied une troisième armée plus formidable que les deux qu’il venait de perdre. Aly-PachA en fut désigné le chef, et le 3 du mois de Raby-él- TliAny de l’an 893 de l'hégire (1) elle passa le Bosphore et prit position en Caranianie. Effrayé de cette nouvelle attaque, le sultan Qayt-Bûy renvoya à Bayazyd son gendre Ahmed, et le chargea de propositions pacifiques ; el-
triOtlH Bnui‘C a rommenré le luudi 17 décembre de l'an 1187 de nuire ire.
1 oy VjDOgIc
ÉGYPTE MODEREE.
les furent rejetées, et la guerre recommença avec une nouvelle fureur.
Les commencements en furent heureux pour les Ottomans : non-seulement Jly-Pachâ redevint maître de Tarse et A'Âdanah dont les prises et reprises successives avaient déjà codté tant de sang, mais il soumit encore toute la petite Arménie, mit le siège devant Sis , sa capitale , s’en empara , après une défense opiniâtre, et fit prisonnier le gouverneur , qui fut renvoyé en échange d'Jhmed.
Qayt-Bây fit marcher de nouveau l’émir Ezhiky pour arrêter les progrès (les Ottomans. Une bataille sanglante se livra prés de Tarse. L’armée égyptienne, d'abord mise en déroute, prit sa revanche le lendemain ; et , dans cette seconde affaire, Jly-Pac/id , Aép sûr delà victoire, fut entièrement défait. Ezbéky revint au Kaire recevoir de nouveaux honneurs.
Le sultan d’Égypte voulut profiter de ces victoires pour obtenir une paix honorable; mais ses propositions furent de nouveau rejetées; tiayazyd, pour condition préliminaire, exigeait la cession de Tarse et A'j^daTui/i, et uienaçait l’Égvpte d’une levée eirmasse de tous les sujets de l’empire ottoman pour la prochaine campagne. Alors Çayt-Bdy, jugeant le sacrifice nécessaire a la sûreté de l’Égypte, consentit à cette dure condition; et, l’an 896 de l’hégire (I), la paix fut enfin conclue entre les deux puissances belligérantes.
Pendant ces négociations, nie de Chypre était devenue la proprifté des Vénitiens, par la mort de Jacques de Lusignan et la cession de sa veuve. Çayt- Bdy, craignant que ce changement de maîtres ne lui fît perdre les redevances auxquelles les précédents souverains étaient soumis, menaça l’île d’une invasion , que la république détourna en acquittant ponctuellement les tributs annuels.
Qayt-Bây survécut cinq années à la paix qu’il avait conclue avec la Porte Ottomane. Après un règne de vingt-neuf ans, quatre rooiset vingt jours, il mourut, au milieudes regrets universels (2),
(i) Cette aon<^o a commencé le ditnanclie |4 luivembre de l*an 1490 de notre ère.
(i) Le Kaire doit à ce prime plu&ieurs em>
le 22 du mois de Dou-I-Qadéh de Pan 90 1 de l’hégire (1).
On lui donna pour successeur son fils j4bou-lrSaadéU- Mohammed, qui fut proclamé sous le nom A'él Mélek-él- Nasser (le roi victorieux), comme si ce nom d’ambitieux présage devait être un talisman suffisant pour arrêter les victoires du conquérant qui menaçait l’Égypte.
Jamais sultan ne se montra moins digne de ce titre que le fils de Qayt Bây ; en effet ce prince, idiot, pusillanime et barbare, ne s’occupait que de ses plaisi rs , et cherchait à les varier par les crimes les plus horribles. L’historien Èbn-Ishâri rapporte qu’il poussa la férocité jusqu’à écorcher vive, de ses propres mains, une belle esclave blanche que sa mère lui avait donnée.
Les Mamiouks , que sa tyrannie n’épargnait pas, se soulevèrent bientôt contre lui, et le remplacèrent, après six mois seulement de règne, par l’emir Qansou, surnommé Khams-viyé/i (cinqcents), parce qu’il avait été acheté cinq cents pièces d’or par le sultan Qaytliàij.
Qansou prit le titre A’él-Métek-ét- ÀchraJ-, mais, après cinq mois d'un règne convulsif, il renonça volontairement à une autorité dont les rênes étaient si difficiles à tenir.
Él-Métek-él-Nasser-Mohammed réussit alors à remonter sur le trône dont il avait été si justement chassé ; mais il n’y resta que dix-huit mois et demi. Les Mamiouks s’en délivrèrent, en le massacrant, le vendredi 16 du moisdeRabyêl-Aoiiel de l’an 904 de l'hégire (2).
Ils le remplacèrent par l’uncie de cHui qui l’avait remplacé lui-même momentanément, Qansou, deuxième du nom, et surnommé Abou-Sayd, qu’ils installèrent sous le titre Hi'él-Mélek-él-Daher.Ce prince n’accepta que malgré-lui les fonctions dangereuses qu'on remettait entre ses mains; on les lui arracha, après un règne de vingt mois et quelques jours, le vendredi 29 du mois de
bellissemrnv entre autr(« la belle mosijuce qui porte son nom ; voyet planches 6 et 14.
(I) Cette anniie a commence le lundi 'il septembre de l’an t<»5 de notre ère.
t'i) OUe anni^e a commencé le dimanche la août de r.in Itvs de notre ere.
Dou-l-QadL'Ii, l'an !)05 de l'Iiésire (I).
Apres lui, lut placé sur ce trône glissant l'ciiiir Qa/uuu, troisième du nom, surnomme u la fuis Djàn-balat (ôme d’acier) et .4bou-l-nasr (le père de la victoire): les émirs lui donnèrent pour troisième surnom celui A'él-MéleU-fl- .ickruf (le roi très-noble). Maigre ces titres magnifiques , le nouveau sultan ii'avail pas encore régne sept mois, qu’il fut déposé, le 18 du mois de Gemadyèl-Tli;luyde l’an 906de l’Iiegire (2).
L’émir Seyf-êd-dijn-Toumân-Bàij, surnomme Qayt-Uàyy, parce qu'il avait appartenu au sultan Qayt-/)üy, fut alors jiroclamè par les émirs de Damas, sous le titre A' él-Mélek-él- Àdel (le roi juste). Cette nomination fut aussitôt reconnue solennellement par les émirs du Kaire, le 28 du mois de Gemady •él-'riidiiy.
Mais cette double nomination ne le préserva 'pas longtemps des entreprises hostiles des Mamiouks, qui, apres l’avoir laissé cent jours seulement à leur tète, attentèrent a sa vie, au mois de llamaddân.
Le malheureux Toumân- llâij parvint d'ahord à se soustraire, par la tuite, à la fureur de cette milice; mais l’asile où il se croyait en sûreté, fut découvert quarante' jours après sa fuite ; et il fut massacré par ceux même qui l'avaient placé sur le trône, au mois de Dou-l-(jadèh de l’an 906 de l'hégire ( I.IOI ).
I.'élection de son successeur ne dépendit pas cette fois du caprice de la soldatesque turhuiente. et ne fut pas l'effet du hasard ou de l’intrigue. K.diguées enfin de ces révolutions sanglantes, les populations voulurent à leur tour intervenir dans le choix du maître qui devait les gouverner. D'après le vœu général deshabitantsde l'Egypte et delà Syrie , les cheykhs principaux s'assemblèrent aven les émirs, et déférèrent la couronne.! l'émir Qansou, IV* du nom, et distingué par le surnom A’il-Glwury.
Cet émir, ancien Mamlouk du sultan Qayt-Hày, était pauvre, d’un caractère facile, de mœurs simples, sans ambition, etentièrernentetranger aux intrigues ipii divisaient les émirs : il menait une vie
(llOtte .innée a eiimmencc' le jeudi 8 août de l'an I4il9 d.? i'èr*' cliretienne.
l3) OUe année a euininence le manli 'is Juillet de l’an IMjodeimlreere.
retirée, jouissant de l'estinieet de la considération générale, que lui avaient méritées sa bienfaisance et ses vertus.
Étonné desa nomination, ()a«sou-<*/- Ghoury se refusa d'abord au choix do l’assemblee, en disant qu'accoutumé a obéir, il ignorait absolument l'artdeconiiiiander. Un lui objecta que sa bravoure et son amour du bien général sufli.saient pour mériter le trône, qu'il était le seul digne d’y monter, et d’y rappeler le gouvernement paternel de son ancien maître Qayl-lidij : il se rendit en pleurant aux vœux unanimes ; mais il mit .à son acquiescement la condition que, si un jour on voulait le dépouiller de l’autoriiesupréme, il aurait, au moins, la vie sauve : la promesse solennelle lui en fut faite; et, au commeiiceoientdu mois de Chaouûl.lesémirs le proclamèrent sous le titre A'él-Métek-él-Achraf, qu’avaient déjà porté deux de ses prédécesseurs, nommés Oansou comme lui.
Le nouveau sultan , que nus historiens nomment Campsnn-Cnuri, chercha, en montant sur le trône, à en rendre pour lui la possession moins éphémère qu elle ne l'avait été pour ses prédécesseurs. Il s’appliqua à se défaire peu à peu , avec prudence, de tous ceux dont il connais- ■sait la turbulence , et parvint à procurer à l’Égypte une tranquillité qui se |irolungea jusqu'en l’an 911 de l'bégire ( t).
Qunso'i-Al-Ghounj profita de cet état de calme et de repos pour sc livrer aux ameliorations de l'administration intérieure et a l'embellissement de la ville du Kaire. Une mosquée magoilique et un quartier entier qu'il construisit portent encore, d'après son nom, celui A'iU-Ghouryéh.
Mais des événements importants attirèrent bientôt à l'extérieur les regards et les soins du sultan d’Égvpte. Les Portugais s’étaient emparés des principales villes littorales des Indes, et gênaient les relations commerciales qu'avaient entre eux les Indiens et les Égvptiens. Qansou -Al-Gkoury arma, en conséquence, contre les conquérants européens; mais son expédition n’eut pas le succèsqu'il eu espérait. Au lieu de rétablir les communications commerciales, et d'expulser les Portugais de leurs con-
(I) relie année a eimimencé le dimanche 2* m.ii (le r.ni i.'...(I de Ter.' ehreüenne.
ÉGYPTE MODER.NE
quêtes, ses vaisseaux, qu'il expédia, chargés de troupes, des ports delà mer Rouge furent attaqués et actruits par les forces navales européennes.
Mais a cet échec succéda un danger
F lus imminent et plus important pour Égypte, amené par une cause semblable a celle qui déjà avait une fois manqué d'entraîner l’envahissement de ce royaume par la puissance ottomane.
L'an 918 de l’hégire (I), KorUoud, frère du sultan Séhjm-ben-Baijazijd (Selim I"), après avoir dispute le trône a son frere, viiit,comme.autrfl'ois le prince JJjem, se réfugier en tigypte.
Il obtint de Qanson-i’l- Ghounj, lioii-seulement une bienveillante hospitalité, mais encore un armement de vingt bâtiments, sur lesquels il s'aventura à l'attaque de Constantinople. La flotte égyptienne fut capturée par les vaisseaux de l’ordre de .Saint-Jean de Jérusalem ,et le secours prêté a Korkoud donna à l’Égypte, dans le sultan Sélym, un ennemi irréconciliable.
Les forces ottomanes furent aussitôt lancées : l’attaque des frontières syriennes commença, et des dépêches menaçantes arrivèrent de Constantinople au Kaire.
En vain le sultan d’figypte espéra arrêter Sélym, en s'unissant au roi de Perse Ismayl-Chdh, qui était alors en guerre avec la Porte Ottomane; les armées persaimes égyptiennes furent tailées en pièces; et Çansoit ne vil d’autre ressource, pour désarni.-r le vainqueur, qu’une ambassade demandant la paix à tout prix, “ se soumettant d’avance aux « conditions que la Porte Ottomanevou- " drait imposer. » — « Il est trop tard , » répond i ISélym aux ambassadeurs, prosternés devaut lui : « relevez-vous, et re- • tournez dire à celui qui vous envoie,
• que le pied nese heurte pasdeuxfois à « la même pierre; j’irai au Kaire : qu’il « se prépare à combattre. »
L’effet suivit de près la menace. L’armée ottomane déborda comme un torrent dans la Syrie : Qansou-él-Ghoury, qui avait ra.ssemblé toutes ses troupes, la rencontra à Merg-Dabek, prè.>* de Hafc6(Alep). Lechoc fut terrible: il s’agissait pour le sultan d’Égypte d'ê/ce ou de
(1) Otle anné« a comnn’ncé !<• vrn'Jrcdi 19 mai de Pan ibiS de nuire ère.
ne pas être : il combattit avec bravoure; mais l’artillerie, employée-par les Ottomans, mit le désordre dans les troupes égyptiennes , armées seulement de lances , de flèches et de cimeterres : les deux émirs qui commandaient l’aile droite et l’aile gauche, épouvantés, passèrent à l’ennemi, et le sultan fjausou, qui conirnand.Tit le centre, se vit enveloppé et contraint à prendre la fuite. Dans le désordre de la déroute, il tomba de cheval et fut écrasé sous les pieds des cavaliers fuyards.
Ainsi périt misérablement le sultan ÇansoH ét-Olwiiry, le du mois de Régel), l’an 922 de l’hégire (I). Ilavait régné quinze ans neuf mois et vingtcinq jours (2).
Souneveu, Toumân-lidy, 11' dunom, qu’il avait laissé pour commander au Kaire, fut aussitôt choisi par les émirs pour lui succéder sous le même litre A'él-Métek-il-.4diraf.
Les débris de l’armée défaite en Syrie arrivèrent bientôt dans la capitale; et le nouveau sultan s’empressa d’y réunir de nouvelles forces, pour les opposer aux Ottomans. Ceux-ci s’étaient arrêtés quelque temps en .Syrie, pour s’y reposer, et Toumân-HAy put espérer tl’aliord qu’ils craindraient de s’aventurer dans les déserts de sable qui forment, du côté de la Syrie, les remparts les plus sûrs de l’Égypte.
Ot espoir fut promptement déçu ; la missive suivante arriva au Kaire
• De la part du sultan Sélym-Ahdn , « fils du sultan Bayazijd-Khàn, monar-
• que des deux continents, souverain « des deux mers, etc., à Toumàn-Bây
• le Circassien.
(I) Celte annt'>e a commencé le mardi & février de l’jin IM6 de noire ère.
Les liiAlonens orientaux ft*accordeo( \ donner des éluites ou n‘{{ne de Qan$oU'^ lihoury; le seul dont ropinion diffère A son éi:ard Cî'l l*ann.tli»te Mfmnmme'd éhn-lshay , dont je po.s»édr un l>eau inanuarril. Voici en quels termre il s'exprime sur ce sultan :
> (> fui , dit-il, un prince adroit, lin , rusé « et méclianl , dont la seule passion était do « halir. I)»*s qu’il fut sur le Irdne. il ne s'oc- « eiipA qu'a se défaire de ceux qui \’y avaient « placé : pour mieux r<ui)i»ir il achetait de non-
• veatix Mainimiks dont il s'entourait , et qu'il
■ laibsail impunément se livrer a tuule esp(*ce •* de désordre et de rapine ; lui>méme, sous le N moindre prétexte, il dépouillait de leur bien
■ les plus riches partictillefs» qu’il réduisait a M lu lueudicite. »
roa
« Louanges à Dieu! Noire désir im- <v périal est accompli; l'Iiérétiaue Is- « maijl-didh{i)a été détruit, et l'impie « Çaiisou, qui avait osé attaquer les « pèlerins sacrésdela Mekke, a été puni O par nous.
« Il nous reste à nous délivrer d’un « voisinage hostile; car le Prophète, « sur lequel soit le salut et la benédic- « tion divine, a dit : La colère du ciel « tombe sur les mauvais voisins. Dieu • nous aidera donc à te punir toi-même.
« Si cependant tu veux mériter notre « clémence impériale, fais proclamer « notre nom à la prière solennelle , fais " battre monnaie à notre coin (2), et « viens toi-même, 5 nos pieds, implorer « ton pardon et nous jurer foi et bom- « mage : sinon ! »
En lisant celte missive insolente, et surtout la terrible réticenceqiii la terminait, Touni&n-Bây se décida à une lutte dont il prévoyait l’issue funeste , mais dans laquelle!! au moins, il voulait succomber avec honneur. Faisant augmenter les fortifications de Damiette et des autres places les plus exposées du côté delaSyrie, il réunit toutes les forces disponibles que put lui fournir l'É^pte, et vint asseoir son camp à Salafiyéh, attendant de pied ferme les troupes ottomanes , au bord du désert.
Sélym était déjà maître de Ghazzah, i’êl-.Lrych et àe Çattyéh ; mais , craignant peut-être d’affronter le courage désespéré d’un ennemi réduit aux dernières extrémités, au lieu d’aller attaquer le sultan d’Égypte dans ses positions, il les tourna à distance , et, franchissant le désert sur un autre point, vint déboucher à él-Khanqah, .seulement a quelques heures du Kaire.
Avisé de la marche des Ottomans, Toumûn-Bây rétrograda aussitôtet courut attaquer leurs derrières. La bataille, qui devait décider du sort de l’Égypte et de son souverain, s’engagea ail-Hedànyéh, le vendredi 29 du mois de Doul-Hagéh de l’an 922 de l'hégire (23 janvier de l’an 1517 de notre ère).
(I) On sait qae les Persans sont CAytTes. tan* disque les Turks sont Sunnitet, etqueces deux Ki'ctes s’anaUiunKtlbi'nt réciproquement.
(*i) ISous avons déjà vu que rinsertion du nom d’un prince dans les prien's soieunelles du vendrtHli et sur les coins du monnayage coDSli* tuait la recüiHiaissunce de sa souvefaiuelé.
Se Gant sur l’effet de quatre-vingts pièces d’artillerie qu’il avait réussi à se procurer à prix dor des Vénitiens, et dont l’emploi avait été jusqu’alors inconnu aux armées égyptiennes , le sultan d’Égypte comment le premier l’attaque. Mais le grand nombre des Ottomans et leur artillerie, plus formidable encore , servie par des mains mieux exercées, l’emportèrent sur la bravoure des Égyptiens; la mitraille et les boulets décimèrent leurs escadrons, et la déroute la plus complète écrasa leur armée.
Toumûn-Bày , avec le courap du désespoir, rallia encore au Kaire 1^ débris de ses troupes : il acheta chèrement le concours de nombreuses tribus arabes, et revint attaquer le camp du sultan victorieux, déjà assis dans l’ile de Raouddah.
Repoussé avec perte par les janissaires , il se replia de nouveau sur le Kaire , en fit fermer les issues , barricader toutes les rues et fortiQer la citadelle. Mais le Kaire fut emporté, malgré la défense opiniâtre de Toumdn-Bdy et des Mamiouks qui lui étaient restes Gdèles. Résistant pied a pied , de terrasse enterrasse, lie barricade en barricade, chaque rue eut son combat, chaque maison son siège. Le sol du Kaire fut jonché des cadavres ottomans ; mais aussi les représailles furent terribles, la ville fut livrée à l’incendie et au plus affreux pillage, la citadelle, emportée d’assaut, et la garnison massacrée tout entière.
Le malheureux sultan d’Égypteavait réussi à échapper au carnage; il avait pu atteindre le Nil, se jeter dans une nacelle et traverser le fleuve : déjà il était parvenu dans la province de Bahyréh. se dirigeant sur Alexandrie , quand il fut arrêté par des Arabes rôdeurs , qui le vendirent aux Ottomans.
Sélym bX amener devant lui le sultan vaincu. Le monarque vainqueur parut touché de l’étal déplorable où sa vengeance avait réduit l’ancien souverain de l’Égypte. On put croire qu’au moins ilépargnerait la vie d’un ennemi détrôné.
En qffet, lui faisant ôter les chaînes dontonl’avaitchargé, Sélymeut pendant plusieurs jours des conférences suivies avec le prince que la victoire avait re-
KGYPTE AlODERNE.
mis en son pouvoir : il interrogeait son royal prisonnier sur les affaires et les ressources de l’Égypte, et sur les détails de l'administration du pays ; dix journées entières furent employées dans res entretiens instructifs ; le 19du mois de Raby-êl-Aouel de l’an 923 de l’hégire (1), après une dernière conférence, Sélym n’araitpius de renseignements à recueillir; il donna froidement l’ordre qu’on allât pendre son infortuné interlocuteur.
L’exécution de cet ordre barbare eût lien aussitôt, sous l’arcade de la porte dite Rûb-Zomjléh-, et le crampon de fer, auquel fut suspendu le malheureux sultan, s’y voit encore de nos jours (2).
Ce meurtre termina en Toiimdn-Bdij la dynastie des Mamiouks borqites ou circassiens, qui avait possédé l’Egypte pendant une période de cent trente-neuf années; et ce beau royaume ne fut plus , dès lors, qu’une des provinces du grand enmire ottoman.
Le cadavre du malheureux prince resta huit Jours entiers exposé aux regards du peuple sur le lieu de son supplice, comme pour témoigner d’une manière plus incontestable que l’Égypte était devenue désormais esclave des caprices sanglants d’un maître étranger,
L’Égypte avait été presque constamment malheureuse sous ses deux dernièresdynasties : pour quelques bons princes que le ciel lui avait accordés de temps en temps, combien ne compta-t-elle pas à cette époque , parmi ses sultans , de tyrans aussi avides et cruels que grossiers et incapables , pour lesquels gouverner n’était qu’op^lmer.
Que pouvaient, en effet, faire pour le bomieur des populations soumises à leur puissance ^hémère, ces hordes d’ambitieux qui passaient leur vie, soit à l’assautdu tronequ’ilsconvoitaient, soit, (fuand ils l’avaient conquis, à sa défense contre les assauts des rivaux impatients de l’envahir à leur tour. Leurs regards, sans cesse tournés sur ce pouvoir à usur-
(I) Celte année a commencé le samedi M janvler de l’an 1517 de notre ère.
(3) J’ai vu moi-méme ce crampon fatal , monument terrible des révolnlions qui ont agile l’Kgypte; Cal oui dire au Kaire qu’un Anglaia avait voulu l’acheter de Mouriid-Bey, qui, malgré sa rapacité si connue, s’était refusé a ce marché.
fier ou à conserver, ne redescendaient sur a malheureuse Égypte que pour y voir, non le sol fertile où la destinée ne les avait placés si haut que pour les charger d’en améliorer le sort et d’en vivifier les ressources , mais le champ de bataille, ensanglanté qui, peut-être bientôt, devait être le théâtre de leur propre catastrophe.