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CHAPITRE XV

L’Égypte devient une province de l’empire des Turks. — Orranisation de son gouvernement. — Cession du klialyfat. — Sullans ottomans , Sélym i*r, Suuleyman 11 (I*r), .Séivra il, Mouri(llli,Moh.imraed III. Ahmi-dl*', ilousl.ifél'', Olhman II . Mouriid IV. — Pachés de l’P.gypIc sou.sces princes: Khayr-Ileyk, Moustafà, Ahmed, Qéssein, Ibraliym, Sôiileymàn, Uasraf, liéoud, Aly, Mohammed, l.skander, Aly-él- Khàdem, Àly-él-Soufv, Slahmnud, Simtn, Tcherkes, Uou.sseyn, Messyh, Hassan-èl-Khàdem, Amieyg, Hélezz- Ahmed -él-Khàdein, Qourt, él-.Seyd-Moharamed , Kheder, Mohammed-él-KourdJy, Mohammed-él-Soury , Mouslafa-Lefghely, DJafar, Housaéyii grand vizir, Aly-PachA, chasse d’Égypte, et Moustafé-Paebé, conservé, malgré les ordres du sultan.

La dynastie des Mamlonks qui venait de s’éteindre avait été plus turbulente que la première, et moins illustrée en laits militaires : cependant, tandis que celle des Turkoraans avait été étouffée obscurément, comme celle des Ayoubites, dans une conspiration de palais , la dynastie des Circassiens avait du moins l’honneur de ne périr que dans une catastrophe guerriere, et sous les mêmes coups qui avaient déjà écrasé le grand empire de Constantinople. .

Én perdant sa nationalité et en s'incorporant à la grande monarchie ottomane, l’Égypte avait le droit d’espérer, pour dédommagement, l’assurance de sa tranquillité intérieure, et de la sécurité de ses frontières : cet espoir ne fut qu’a demi réalisé, et les populations ne furent pas plus heureusessous l’administration des gouverneurs ottomans que sous celle des souverains mamiouks qui venaient d’être dépossédés.

Le sultan Sélym 1" fit inhumer le corps du dernier roi d'Égypte auprès du tombeau du sultan Qansou-êl-Ghoury, et trois jours après ces funérailles il entra en triomplie dans la capitale qu'il venait de conquérir, le dernier jour du mois de Rahy-êl-Aouel de l’an 923 de

L’DNIVKIIS.

riiégirc : il n'y séjourna que peu de jours, et se rendit promptement à Alexandrie avec un corps de troupes, pour y faire reconnaître son autorité.

D’Alexandrie il revint une seconde foisau Kaire, oùil re.stajusqu’au jeudi 20 du mois de (îli.iabàn'de cette meme année de riieaire(27 aodt 1517); il en partit alors, et quitta deliiiitivement l’Rijypte pour retourner en Rouniélie (I).

ICn sortant de l’f'.pypte, le sultan ottoman emmena, s'il faut en croire l'historien Mohamm-al'bn-.lhij-l-Snrour , mille chameaux charitesd’or et d'argent, sans compter le reste du butin el les riches présents qui lui avaient été offerts.

Mais, avantde partir, il organisa legouvernenientde la nouvelle province qu'il venait d'ajouter à l'empire ottoman, et profita de l’occasion pour cumuler sursa tête, à la fois, le pouvoir temporel et l'autorité spirituelle.

Il avait, en effet, trouvé au Kaire le dix-huitième khalyfe de la seconde branche des Abhassides. Depuis l’imÂm él-Mostanged-MUah, quinzième de ces khalyfes, dont nous avons vu la nomination par le sultan YncU, en l'an 859 de l’hégire (145-1), trois khalyfes s’étaient succédé paisiblement dans leur suprême pontificat ; él-Mostangnl-b-iltah, mort le 24 du moisde Moharrem de l'an 884dcrhéaire (2), après avoir occupé le siège du khalyfat pendant vingt-cinq années, y avait été remplacé par Abd él- Azyz-bèti-Yaqoub, petit-fils du dixième khalyfe fil-.Motouakkel-ala-AUak , qui avait été inauguré sous le même nom que son aïeul, et était mort le vendredi 2 du mois de Safar de l'an 903 (3) de l'hégire (F*' octobre 1497), laissanile khalyfatà son fils Abou-.^aber-Yaqoiib, i\w\ prit le surnom A'él-Mostanvsek-b-illah , et dont le successeur était, au moment de la conquête ottomane. Mohammed- Al- Motouakkrt-ala- lUah , troisième du nom.

Le sultan s'assura de sa personne, et ne lui rendit la liberté qu'en exigeant de lui une renonciation complète a son autorité spirituelle, et la .'■ubrogation

(1) Ij-s Orientaux donnent ce nom à la Turquie européenne.

(2) (:pUt*anni*ea 2r> mars de

l’an i node r«T4* « lirrlionm*,

Otfi* annin» a comnifnri» !«• nif'rrriMH oO autil de l'un l n»7 de uolu* ere.

solennelle et authentique des sultans ottomans dans tous les droits précédemmentattribués au khalyfat. Depuis cette cession, les sultans de Constantinople .sont devenus les khalyfes légaux de l’islamisme.

Après cet acte de soumission, le dernier des khalyfes fut emmené n Constantinople, où une [lensinn lui futa.ssignée ; il obtint, quelque temps avant la mort de.Vc/ÿm 1", la permission de revenir en Kgyptp, où il vécut en simple particulier ét où il mourut l’an 945 de l’iiégire (I).

Quant à son autorité temporelle en Égypte, -S'é/i/Hi chercha à l’établir d’une manière inébranlable par une combinaison de gouvernement dont le système lui offrait des gages de durée.

L'Égypte était devenue un pachalyk.

En con.seqnenee. rantoritésuprêmey’fut confiée à un Pachê, et Khayr- tieyk, qui, ayant été l’un des principaux émirs du sultan Qansou, avait déserté sa cause à la bataille de Merg-Dabeq, fut, en récompense de sa trahison, le premier revêtu deceshautes fonctions. Mais Sélym, craignant que l’éloignement de sa nouvelle province n’encourageât le vice- roi à concevoir des pensées d’indépendance, chercha à contre-balancer sa puissance pard’autres rouages politiques ; il voulut que trois pouvoirs distincts se surveillassent mutuellement, et se servissent réciproquement de contre-poids.

Le pachâ fut chargé spécialement de la notification de tous les ordres iinpériau.x au peuple et aux autorités, ainsi que de leur exécution. Six mille cavaliers et six mille fusiliers furent laissés en garnison au Kaire et dans les principales places de l’Égypte, mais non a la disposition immédiate du pachâ. Le commandement de ces troupes, partagées en six odjàqs ou corps militaires, fut eonliéè Khayr- Ad-dyn, l’un des principaux officiers de l’armée ottomane; le sultan lui donna pour séjour la citadelle, avec la défense expresse de jamais en sortir sous aucun prétexte; les six corps militaires, chargés à la fois de la défense de l’Égypte, de la police et du prélèvement des impôts, éUiient les smvauls :

Le premier et le plus considéré était

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celui des Mouteferreqah, formé de l'élite de la garde du sultan.

2° Le corps des /’cAoouycAÿeVi, composé, dans l'origine, de bas-otliciers de l'armée de Silym , était spécialement chargé de la levée de l'impôt.

3" Les Gatnoulyàn, ou cliameliers.

4° Les Tafekdjyàn, fusiliers ou artilleurs.

5° I.esé:nAicAaryéA.janissaires,composcs d'enfants de tribut de toutes les nations soumises aux Ottomans. On les désignait aussi sous le nom de MousiahfezzAn, gardiens, parce que la police des villes leur fut attribuée.

Enfin, le sixième était celui des ( Azabân).

I.es membres de ces odjâqs étaient appelés oc{/dq/ÿs,' chacun descorps était commandé par un agUA particulier, et avait son Kyahyâ, ou lieutenant colonel, son doyen (Bâch-ékhtyàr), son Dejlerdâr ou chancelier, son trésorier (Khazenddr), et son Houznùmgy, ou contrôleur et archiviste.

Ces chefs des odjâqs, rassemblés en divan, étaient les conseillers obligés du pachâ, qui ne devait rien faire sans leur assentiment ; ils avaient le droit de sus- ' pendre l'exécution de ses ordres, d'en référer au Divan de Constantinople, et de demander sa déposition, s'il était soupçonné de trahir les intérêts du souverain.

Enfin,les chefsdes anciens Mamiouks furent destinés à maintenir l'équilibre entre les oc(jâqs et les pachâs; leur origine les rendait les ennemis naturels des uns et des autres ; et leur intérêt pojitique devait les porter constamment à jeter le poids de leur infiuence du côté le plus faible, pour empêcher les empiétements du côté le plus fort.

L'Egypte, partagée en douze sanq[/aqlyi, vit ces arrondissements soumis à l'autorité de douze saTu^iaq$ on beys{\), nommés parle Divan, prinl les émirs et les Mamiouks qui avaient fait leur soumission.

(I) Le root Sandjaq iqmlOe propremeot drapeau , et avait éle donne à ces douze gnuvernrors de province , parce qne le drapeau qa’Hs faisaient porter devant eux était l’inaignu de leur autorité. Le titre de Bey, synonyme de relui de «mdyaq, s’écrit régulièrement Oeyé; la prononciaüun turke a adouci ce mot eu celui de 6f y .

I,a complication de cette machine gouvernementale, dont les divers leviers se neutralisaient l'un par l'autre, devait nécessairement entraîner des froissements multipliés et les chocs continuels des partis : les populations en souffrirent ; mais la Porte Ottomane vit résulter la conservation de sa suzeraineté de ces désordres mêmes.

Khayr-Beyk-Pachà était entré par un crime aux suprêmes honneurs; et son administration fut digne de sou avènement. 11 maltraita les peuples et leur fit endurer les vexations les plus intolérables : il conserva néanmoins son pachalyk jusqu'à sa mort, arrivée par suite d'un éruption érésipélateuse , i'an 928 de l'hégire (1).

Il fut enterré, dans le collège nommé êl-Medresséh-él-Khayr-Iieykyéh , qu'il avait fait construire au Kaire, dans la rue DarbêiOuezyr {\di ruedu Vizir), au-dessous de la citadelle.

La vindicte publique le poursuivitaprès sa mort. Le peuple prétendit uue, chaque nuit, on entendait le pacha oppresseur gémir dans son tombeau et implorer le pardon de sa tyrannie.

Deux ans avant la mort de Khayr- Heyk-PachA, était mortie sultan Sélym 1", auquel avait été décerné le glorieux surnom de /■'dfÿA-il/esr (conquérant de r^ypte ) ; et le sultan SouleymAn-ben- Sélym, âgé de vingt-six ans, avait succédé a son père, sur le trône ollomaii, l'an 926 de l’hégire (2) : ce prince est celui que nos historiens nomment Soliman i'% uuoiqu'il soit réellement le deuxième (lu nom, en comptant .*>oufeu»iân-ôen- Bayazyd (Soliman, fils de Bajazet I*'} qu'ils omettent, etqueles écrivains orientaux reconnaissent au nombre des souverains de l’empire ottoman.

Pendantson long règne, qui dura près d’un demi-siècle, ce pnnces^occupa spécialement à consolider sa puissance en Égypte et à coordonner les différentes institutions gonvernementales de cette belle province.

Son père, le sultan Sélym I", avait ébaudie le système d’administration et de gouvernement particulièrement

(l)C«Ur année a commencé le dimanche premier dwerobre de l’an 1631 de noire ère.

(’i) Otle année a commencé le vendredi 3i décembre de l'an 1619 de noire ère.

13' Uvrauon (Égypte moderne.)

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LUKIVERS.

institué pour ce pachalyk ; mais sa mort, survenue moins de cinq années aprc‘S sa conquête , l'avait empêché de mettre la dernière main à cette conception importante.

Son fils et son successeur , Souleymdn II, compléta son système administratif; et c'est au règne de ce prince qu'il parait réellement appartenir, ainsi que le code entier des lois organiques sur l’Égypte.

Tel fêt cependant l’effet que produisent les victoires et les conquêtes. Les peuples sont plus frappés de leur éclat que des institutions sociales et administratives, qui pourtant influent bien davantage sur leur manière d’être ; les Égyptiens d’aujourd’hui ne se souviennent que du sultan Sélym J”, et citent à peine le véritable auteur des lois, dont, malgré plusieurs révol utions successives, uue grande partie les r^it encore.

Selym I"' avait imaginé de contre-ialancer le pouvoir du pachâ par celui d’un Divan qui était présidé par le gouverneur lui-même; Souleymàn compliqua encore davantage le contre-poids politique, en créant deux corps délibérants, l’un le grand Divan , l’autre le petit Divan, ou le Divan proprement dit : il retira la présidence de ces assemblées au pachê, qui y pouvait seulement assister, en se tenant derrière le rideau d’une tribune grillée. Le kyahyâ et le deflerd&T du gouverneur étaient chargé de prendre ses ordres avant les délibérations et de lui rendre compte des décisions dont elles avaient été suivies : le pachê n’avait que la mission de sanctionner ces résolutions, et de donner les ordres nécessaires pour qu’elles fussent exécutées.

Du reste, sa résidence fut désignée dans la citadelle du Kaire , par conséquent sous la main immédiate de l’aghâ

?|ui la commandait , et la durée de ses onctions fut réduite à une année seulement, à l’expiration de laquelle elles cessaient de droit , à moins qu’un firman impérial n’en prorogeât l’exercice.

I..e grand Divan conserva le droit exclusif de statuer sur les affaires générales du pays, dont la direction immédiate n’était pas réservée à la Porte Ottomane elle-même. Les membres du grand Divan continuèrent d'être les agh&e , les

deflerdars, les rouznâmgys des six mljaqs; on y adjoignit des députés de tous les corps de l’armée, puis \'emyr-tl-hag, le suprême qâdy du Kaire, les principauxcheykhsetchéryfs, les quatre mouftys, chefs des quatre sectes orthodoxes; et des uUmâs. Les ordres de la Porte Ottomane s’adressaient officiellement au grand Divan ; mais ils étaient reçus par le pachâ, qui seul avait le droit 'de convoquer cette assemblée.

Kn effet, le grand Divan ne tenait pas de séance permanente. Le petit Divan, au contraire, s'assemblait tous les jours, dans le palais du gouverneur : il se composait du kyahyà du pachi, de son defterdâr et de son rouznâmgy, d’un seul député de ciiacun (les oajdqs , de l’aghâ et des principaux officiers du corps des moutejerreqah, et de celui des tchaouyckyéh.

Ce second Divan était chargé de l’expédition des affaires courantes; toutes les parties d'administration étaient de son ressort , à l'exception de celles que leur importance faisait traiter dans le grand Divan.

Aux six odjdqe institués par Selytn I” SovdeymdnW enjoignit un septième, celui des Seraksay (Circassiens).Ce nouveau corps, qui obtint d'être placé dans la hiérarchie militaire , au cinquième rang, avant Vo(^jdq des enkicharyéh (janissaires) et celui des azdbs, fut formé des anciens Maralouks échappés à la ruine de leur monarchie, qui promirent fidélité au sultan, et demandèrent à servir dans ses armé^

Les sept odjdqs ainsi organisés, déjà favorisés par des concession.*! importantes , formant à la fois la garnison et la caste dominante en Égypte, furent autorisés à s’y fixer par des mariages, qui transmirent à leurs descendants et leurs prérogatives et l'obligation du service militaire. .A chaque odjdq forent assignés des revenus déterminés, administrés par des effendvs, chargés de paver la solde plus ou moins forte, selon Isrme et la nature du service , et d’acquitter les dépenses générales du corps : les affaires de Vodjâq se traitaient dans un Divan, ou conseil d’anciens, composé d'officiers et de quelques sous-offleiers de tousies grades. Ce Divan particulier recevait les comptes

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ÉGYPTE MODERNE

dfs effendys, disposait des places inferieures , présentait des sujets au Pachà pour les plus élevées , quand son choix devait être coiiûrmé par ce haut fonctionnaire.

Les odjaqlys , qui avaient entrée au Divan , devaient résider au Kaire, et ne pouvaient exercer aucune charge qui les aurait éloignés du siège de ce conseil. Ils étaient décorés , ainsi que les autres ofliciers , d’un costume qui variait suivant les grades.

La force réunie des odjdqs fut déterminée à 30,000 hommes ; mais ce nombre fut rarement complet : quoique l’Égypte dût être leur station habituelle, ils n'étaient pas dispensés de former des détachements, qui servaient passagèrement dans les armées et dans les autres provinces de l'empire.

'L'odjAq des janissaires, sixième dans l’ordre hiérarchique, fut désigné comme le premier en ligne, pour marcher partout où le sultan jugerait à propos de l’employer; il en résulta que l’Aghâ des jams.>arres devint plutôt le commandant général de farmée que simple chef de corps; son autorité s’étendit sur toute la milice; et CodjAq des janissaires devint réellement le premier en force et en prépondérance.

Les douze beys créés par Sélym 1*' reçurent de Souleymdn des attributions spéciales et déterminées, et furent assimilés pour le rang aux paciiôs à deux queues ; douze autres beys leur furent adjoints, destinés à remplir des missions extraordinaires, ou à remplacer ceux de leurs collègues dont les fonctions expiraient après un an d’exercice.

Les douze premiers étaient le KiahyA ou lieutenant dupocAd;

Les trois Qapytdn-Beyi, commandants des places maritimes de Suez, de 1 ),i miette et d’Alexandrie;

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