I.e Oejïerddr (chancelier
L’A>«ÿr-ê/-Aoÿ(prince du pèlerinage);
\’Emyrél-khasMéh (grand tr&orier);
I.es cinq gouverneurs des provinre de Girÿéh, Hahyrih, Menoufyih, Charbyeh et Charqyéh.
Le KiahyA, le De/lerdAr et VÉmyrél-hag étaient les seuls beys qui entrassent au Divan.
Le De/if<Trfdr était dépositaire du re-
gistre des propriétés (1). Les titres de possession, conférés au nom du sultan, n’étaieut valables qu'après un visa de cet ofGcier , contenant leur inscription sur son livre.
VÉmyr-él-hag, ou Émyr-haggy, portait à la Mekke et à Medine les présents et les aumônes qui y étaient envoyés annuellement au nom du sultan , et protégeait la caravane, qui se joignait à lui pour arriver aux saints beux avec securité.
L' Émyr-él-khaznéh ( prince du trésor) conduisait, par terre, à Constantinople, la portion des revenus de l'Égypte, qui devait être versée dans le trésor du sultan, et qui, par cette raison, était désignée plus particulièrement par le nom de khaznéh ( trésor ).
Les provincesde Qelyoubyéh, deMantouryeh, de Gyzéh ef du Fayoum, étaient gouvernées par des Kachefs, dont l'autorité avait la même étendue et la même durée que celle des Beys; les actes des uns et des autres devaient être munis du consentement des Tc/iorbagys et autres ocfJAlyot, qui formaient le Divan partieulier de la proyince.
Le KiahyA du pachâ, et les OapylAn- Beys de Suez, de Damiette et d’Alexandrie, étaient nommés directement par le sultan, et envoyés deConstantiiiople.
Les autres beys étaient désigiic.s par le Divan, nommés par le pachâ, et confirmés par la Porte-Ottomane.
Les premiers, n’ayant qu'une mission annuelle et spéciale , étaient chaque année rappelés a Constantinople et y perdaient leur titre de Bey. Les seconds le conservaient à perpétuité , parce que leur dignité était inamovible, quoique leurs fonctions, hors celles du Bey DefierdAr, changeassent toutes les années.
Les beys électifs se choisissaient dans FodjAq des mouteferreqah ; mais ils cessaient d’appartenir à cette milice, dès que le choix du Divan les avait élevés à cette dignité.
La Porte Ottomane s'était réservé le soin de pourvoir au commandement et à la défense de Suez , de Damiette et d'Alexandne, parce que ces villes étiiient situées de manière à ouvrir l'accès de l’Égypte, défendue sur le reste de ses
(f) Le mot dfjUir ou drjttr^ dont est formé le titre du Ihft^rddr ^ signiüerryù^re.
frontières |iar des déserts, ou limitrophe de peuples peu redoutables. Ces villes préservaient le pays de toute invasion dangereuse, en même temps qu’elles assuraient plusieurs entrées aux troupes ottomanes, en cas de révolte :
leurs garnisons, renouvelées cliaijne année, étaient envoyées directement de Constantinople aux trois gouverneurs qui en avaient le commandement.
Quoique ces officiers fussent au nombre des beys , ils n’appartenaient à l’Ëgypte que par le séjour qu’ils y faisaient et par les subsides qu’ils recevaient du trésor public pour leur traitement et l’entretien de leurs troupes : sous les autres rapports, ils étaient étrangers au pachâ et au Divan du Kaire, ne. reconnaissant que les ordres directs du Divan de Constantinople.
Quant aux finances , le sultan SouleymAn II se déclara le propriétaire universel du sol entierde l’Égypte; dès lors toutes les terres lui appartinrent ; mais il en transféra la possession à des cessionnaires usufruitiers , nommés Mouttezims , avec le droit de les retrocéderàleur tour. Il s’interdit le droit de révoquer ces concessions ; et, en effet, il était rare qu'on en r fusât la continuation, soit aux héritiers de ceux qui en avaient joui , soit aux nouveaux cessionnaires auxquels l’usufruit en était transmis par acte authentique. Ainsi , cet ordre de chosesavait desavantages à peu près équivalents à ceux de la propriété telle que nous l’entendons.
Les ftlla/is, ou paysans cultivateurs, conservèrent l’affcrinage et la jouis.sance héréditaire de la plus grande partie des terres ainsi concédées aux moultezims :
leurs obligations leur en interdisaient également la vente et l’abandon, et déterminaient les redevances annuelles dont ils devaient payer aux moultezims leur jouissance. En cas de mort sans héritiers, soit d’un fellah, soit d’un moultezim , les terres du paysan revenaient au moultezim, qui devait les donner à cultiver à un autre pav.<an, et le domaine du moultezim décédé faisait retour au sultan, qui le concédait à un autre feudataire.
L’impôt était dû à la fois par le feUah cultivateur et par le moultezim feudataire , et payé par l'un et par l’autre.
soit en numéraire, soit en nature : le manque de paiement ex|)Osait l’un à l’expulsion de son fermage , l’autre au retour au fisc du domaine dont il était donataire.
Mais comme, malgré la renonciation du sultan h la reprise arbitraire de ces fiefs, les prétextes ne manquaient pas aux agents du lise et aux gouverneurs pour des expropriations extortionnaires, les feudataires avaient un droit dont ils se servaient pour conserver indéfiniment à leur postérité la jouissance usufruitière du fief qui leur avait été concédé.
Ce droit consistait à pouvoir léguer, soit à leur mort, soit de leur vivant, leurs titres de concessionnaires à une mosquée, ou à un autre établissement de piété ou de bienfaisance : les biens ainsi cédés prenaient le nom de Ouaqfs, et l'acte oe cession stipulait dans quelle proportion les revenus en seraient partagés, entre le nouveau cessionnaire et le cédant ou ses héritiers ; dès lors la propriété était irrévocablement à l’abri des usurpations du fisc et de toute espèce d'avanie.
Ce n’avaitété qu’avec beaucoup de travaux et de recherches ^ue l’on avait pu parvenir il fixer la quotiteet la répartition des impôts : les archives du gouvernement inainlouk avaient été brûlées par les vaincus eux-mêmes; l’infortuné Tounuin-Uay, dans ses longues conférences, n’avait pu donner aucune instruction sur les détails, et Sélym 1" avait tâché d’y suppléer par des renseignements piiisés cfiez les agents de l’ancienne administration ; il n’avait pu connaître les produits qu’en contraignant les officiers publics, oui remettaient à chaque contribuable la note de ce qu’il devait paver, à livrer le duplicata de leurs opérations financières.
Cependant les notions obtenues par cette mesure n’avaient pas fourni tous les résultats qu’il voulait connaître; le sultan Souleymin II ordonna une enquête générale et un recensement par provinces, villes et villages; chaque territoire fut subdivisé en fractions appelées qyrâts , évaluées suivant le genre de culture dont chacune était susceptible. Mais le travail de ce cadastre immense ne fut jamais entièrement achevé ; et, dans presque toutes les provinces, il
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resta des propriétés et des villages entiers dont les dimensions et 1a sii|ierficie imposable sont encore de nos jours inconnues au gouvernement.
Ces détails si nonibreu.vd'un système complet d'administration, soit politi(}ue, soit financière, ne furent pas déterminés I et organisés en un seul bloc ; ils ocnipè- I rent le règne entier de Souleymân //, et I furent progressivement mis à exécution I par les quatorze pachâs qui se succédèrent sous ce sultan.
I Le premier qu’il nomma pour gouver-
ner l’Égypte, après la mort de Alitiyr- Iteyk-Pâc/id, fut Moustafâ-PachA, qui entra en possession le (I du mois de l)ou-l-Hagéh de l’an 92fi de l’hégire ( 28 octobre de l’an 1520 de notre ère), et ne conserva son gouvernement que neuf mois et vingt-cinq jours.
Il eut pour successeur //Amerf-PocAd; mais le gouvernement de celui-ci se termina par une catastrophe : il avait pour ennemi le grand vizir Ibrahym- PachA,
I L’an 930 de l’hégire (1), ce ministre écri- I vit secrètement aux émirs du Kaired’assassiner ^hmed-PacliA; et les missives I tombèrent entre les mains de celui-ci. Il I assembla ceux quedésignaient les lettres 1 du vizir, leur montra les dépêches impériales, sans leur en faire la lecture, en leur annonçant qu elles contenaient l’ordre de les mettre eux-mémes à mort.
Ils furent contraints de se soumettre aux prétendus ordres, qui furent sur-lcchamp exécutés.
Aussitôt Àhtned-Pachâ, bien assuré que son ennemi ne s'en tiendrait pas à cettepremièretentative, ne vit de chance I de sécurité pour sa tête que dans une révolte ouverte ; il se déclara donc indépendant, lit proclamer son nom aux prières publioues et battre monnaie à son coin. Dès lors sa tyrannie ne connut plus de bornes; il confisqua les propriétés des uns, emprisonna les autres, et •souleva tons les esprits par scs vexations et sa cruauté.
Ces excès amenèrent eux-mêmes leur terme; pendant qu’il était nu bain, deux (les principaux émirs qu’il avait incarcérés, DjAhem-tl-Hamzaouy et Mahmoud-Beijk, brisèrent les portes de leur prison, arborèrent le drapeau du sultan ,
(I) Celle année a commencé le marili lo iiovembre de l'an IMa de l'èrc clirélivniie.
et, appelant le peuple 5 leuraide, ils coururentattaquerlepaclul. Il réussit pourtant à se soustraire à leur fureur, en s’évadant par la terrasse du bain, et à se réfugier chez un cheykh arabede la province de Charqyéhy nommé Ebn-Iiaqar.
Poursuivi et livré à ses ennemis, /!hmed- PachA fut décapité, et sa tête fut exposée sur la porte Bâb-t‘l-Zouyléh(\), puis envoyée à Constantinople.
Pour remplacer le pachâ rebelle, le sultan envoya, l’an 931 de l’hégire (2), Qassem-Pachd; mais, en même temps, il renouvela le système, déjà employé par les anciens khâlyfes, de ne laisser qîi» peu de temps en place des fonctionnaires dont la prolongation de pouvoir pouvait faire naître les désirs ambitieux et en faciliter l’exécution. Çassem-Pachd ne resta en Égypte que neuf mois et (luatorze jours. Il fut remplacé, l’an 932 de l’hégire (3), par Ibrahym-Pachd, qui, malgré sa bonne administration, le mt lui-même environ trois mois après.
A peine avait-il eu le temps de faire quelques bons règlements sur la police des troupes, et l’organisation du Divan, qu’il vit arriver pour lui succéder, Soideymdn-Pachd, l’an 933 de l’hégire (4).
Ce pacliA, qui jouissait de la faveur particulière du sultan, conserva le gouvernement du Kaire pendant neufans et onze mois; puis ilen fut retiré par lesultan, l’an 941 de l’hégire (5), (lourétre mis à la tête d’une expi’dition contre la Perse et les Indes. Pendant son administration, il avait fait élever au Kaire plusieurs constructions remarquables, entre autres la mosquée appelée Oamè-Saryêh , ou Ckaryéh , à la citadelle.
En son absence, Hasraf- Pachâ fut chargé d’administrer l’Égypte pendant un an et dix mois; Souleymân- Pachâ ^ de retourde son exp^ition , reprit alors son
(1) La même porte inléricure du Kaire qui avait été souilli'-e par le supplice du malheurciia Toumân-Bay , et nu antérieurement avaient été exposée» le» télé» de» clievalieni cml»es victimes de la déroute de Munsourah (la Mussoiire ).
(■J) Cette anniHi a romineno' le samedi w octolire de l'an ir>34 de l'ere cliréllenne.
(3 j Olle année a commence le mercredi 18 octobre de l'an I5'is de l'ére clirélienne.
(41 Cette année a commencé, le lundi 8 octobre. de l'an I5S« de l’ére chrétienne.
(s) Otic annrea commence le lundi ISjuillet de l'an |S34 de notre ère.
gouvcrnpment, elle garda encore un an et environ rinq mois.
Il le céda, l’an 945 de l'hégire (1), a Ddoud-Pachâ, qui s’y maintint onze .années et liuilmois. Élevé dans le palais de Constantinople, et quittant pour le gouvernement de l’Égypte la place éminente de Khazendàr ( grand trésorier ) du sultan, ce pachâfut un homme plein de douceur, de générosité et de noblesse ; il aimaitet protégeait les savants, aimait lui-inéme l’étude, qu’il préférait aux plaisirs et aux divertissements, et s’appliquait à la lecture des livres arabes, dont il amassa un très-grand nombre : outre ceux qu'ilachetait, il employait un grand nombre d’écrivains à copier ceux gu’il ne pouvait acquérir, et se forma ainsi une bibliothèque considérable : sous son gouvernement, le peuple fut heureux, et nii ne vit ni exactions ni injustices.
Il mourut au Kaire , l’an 956 de l’hégire (2), et eut pour successeur Aly-PacAd.'ce gouverneur construisit ou répara plusieurs édiQces publics, tant au Kaire qu’à FaouehtX. a Rosette(3); son administration paternelle le fit chérir du peuple. Cependant, malgré cela, et peut-être pour cette raison même, il fut déposé par le Divan de Constantinople, après un gouvernement de quatre ans et six mois.
Mohammed-PachA le remplaça , l’an 9GI de l’hégire (4), et, pendant trois années, mérita toute la haine de ses administrés. Le mécontentement. devint tel , qu’il fut destitué , rappelé à Constantinople, pour rendre compte de sa gestion, et mis à mort, par l’ordre du sultan éidu/eÿmdnll, l’an 963 de l’hégire (5).
! I J Cette anoie a commencé le Jeod 1 so mai de l'an IKW de notre ère.
la) Cette année a commencé le lundi 30 Janvier del’an Ifito de notre ère.
(a) L'exemple de ne poché Tut nilvi par pioaieun deii hauts ronctioonaires de rSeyple ; l'un d'eux, yssa-Oiyi , lit construire à Deyrout, sur la rive occidcnlalede la branche déRoeelte, une tré-s-belle mosquée, dont l'inscription Inauguralive, datée île l'an Ml de l'hégire ( iss.l de i'ére chrélienne ), et tracée sur une dalle de marbre blanc, nu de8.su.s de la porte priocipale.en maanltiques caractères nokhyt , ou
Slutét toutous , donne au fondateur le titre de fyr d-louy ( prince de l'étendard), titre attribué aux plus considérables d'entre les bejrs.
( Voyez celle Inscription . planche n* Î4. 1 (4) Cette année a commencé le Jeudi 7 décembre de l'an 1363 de notre ère.
(5) Cette année a commencé lé samedi IS novembre de l’an 1665 de notre ère.
Les historiens turks nous ont oonserv ë la correspondance officielle du sultan avec ce pachâ ; nous citerons ici quelques extraits de ces instructions ; ils feront connaitreen partie quels étaient les devoirs et les fonctions des vice-rois d’É-
« Toi, Mohammed-PachA, mon viiir, ui as la garde du Kaire et la défense e l’Égvpte, à l’arrivée de mon Khatt- « Chéryf (i) , accompagné de félicité , « qu’il te soit notoire que tu dois envoyer, « tous les ans, aux pieds de notre étrier « impérial (3), la somme de 600.000 « piastres pour le Khaznéh annuel de
• ton paenalyk; s'il t’est difficile de « trouver des espèces d'or, nous con-
• descendoDs à ce que tu soldes une « partie en piastres et même en pa-
• rats (3). Cinq cents hommes de nos « Odjâqs seront employés à l’escorte « dudit trésor, et cinq cents autres ac- « compagneront les nobles pèlerins qui < vont à la Mekke.. ...... ■
a Pour la guerre que je suis contraint « de faire, tu choisiras, dans la milice « du Kaire, douze centssoldats, vaillants « et guerriers, que tu nous enverras, a sous le commandement d’un émir, qui
• réunisse à l’expérience le courage et
• les talents militaires; tu en seras res-
a pensable »
a Souviens-toi que tu dois avec diiia gence apporter tous tes soins à la rea cette des sommes qui doivent rentrer a dans mon trésor impérial, et veiller à a ce que l’envoi en soit fait aux époques a fixées a
a Conserve et défends bien mes a États; ne souffre point qu’on moleste a mes sujets, termine leurs différends; a retiens dans le devoir et. gouverne a avec sévérité les milices d’É^pte, en
(I) Lea mots jrènM-CAérÿfalaniHenl Mttéralemeut pcriture noble; on desl^oe spéciaié^uii'nt par w litre le» rescriU impériaux et le4» autres actes émanés du sulUn lui-môme.
Cî) Par cctle phrase, Vitrier impêrinl ( rtknb-titUany) ^ ou l*étrier augusU {rikalhhou» mfiyoun), on désigne Taulorité personnelle «lu sulUn, comme notre mot tràncy pris d'une manière figurée.
[jT. paraty que Ton nomme aussi médi/iy est ia plus petite monnaie d'argent emptovee dans l'Orient : pendant notre expédition tf'Egypte il fallait l&ode ces piécettes pour équivaloir à une piastre forte a*Espagne : maintu» nant 11 en faut 800 pour cette même valeur.
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itpre tcntAndo UMej^uju tic UMec* '! üluloa de m*nu»<riio$ Kuficos 5 Fondo de un v*so cca una in*cr*“aîiUv'‘,-^ ’\-
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« punissant leurs ofiiciers, quand ils le « méritent »
■i Ne néglige pas surtout d’envoyer au '■ temps lixé à l'honorable ville 'de la « Mekke les redevances et les aumônes; ” et veille à ce que les pauvres à qui ces « secours sont destines , ne manquent « d’aucune des choses nécessaires, et n’é- " prouvent aucune souffrance »
" f.hasse loin de toi l’assoupissement « et le repos , t’appliquant de toutes tes " forces a l’exécution de mes comman- « dements: conforme-toi à ma suprême « volonté; jejugerai du dévouement que « tu mettras à mon service, et du soin - que tu prendras de n’être ni négli- • gent, ni prévaricateur etc. »
Après Mohammed- Pacha vint Is/cander-Pacha , qui gouverna l’Égypte pendantlroisansct trois mois et demi; puis, l’an 9r.8 de l’hégire (1), Ahj-Pachà, surnommé (l-Khadcm (2), qui, après seize mois, céda la place à Mouslafàl’achû, .second du nom, l’an 9K9 de I hégire (3) ; puis, l’an 971 de l’hégirefd), un autre Ahj-Pachà, distingué par le (loiihle surnom de él-Souftj et de A'tlouu, qui gouverna l’Égypte pendant deux ans et trois mois.
Ahj-Pncha-él-Sonfij avait été précé dcmineiit gouverneur du pachalyk de Itaglidad ; il amena avec lui quelques bahitantsd'Alcp, qu’il chargea de la recette des revenus publics et de leur versement au trésor inqierlal ; il leurconcéd.i aus.si l’entreprise de la fabrication des especes monnayées : comprenant ses intentions, ces administrateurs frustrèrent le trésor d’une partie de ses rentrées, et altércrentconsidérablement le litre et le poids des monnaies. Sous ce gouvernement, la (lolice intérieure et extérieure du Kaire n’etait pas mieux surveillée que les détails d’administration.
Des brigands étaient maîtres de tous les abords du Kaire : iis osaient même pénétrer jusqu’à la mosquée él-Abyad
(t) Cette année a coromeneé le dimanche 23 septembre de l'an |56U de notre ère.
W Khadem sl|{niOe rerviUur , donutUque et ne doit pas être confondu avec le mot Abd, qui signifle tretave. Le titre de Khadem se donne ordinairement à ceux qui sont employée dans la domesticité du sérail impérial.
(3) Cette année a commencé le. Jeudi II septembre de l'an IMI de i'ère chrétienne.
(é) Celte année a commencé le samedi 31 août de l’an iMt de notre ère.
(la mosquée Blanche), et l’on fut contraint de construire une muraille, depuis le pont êt-Hageb (le pont du Chambellan) iusqii'àcette mosquée pour la garantir d un second pillage.
Au mois de Chaouâl de l’an 978 de l’hégire ( 1 ), Aly-Packà-il-Soufij hit remplacé par AfsAmottcf-l’acAd , qui fut le dernier du règne du sultan SovJev mân II. . ^
Ce pachâ Tint de Constantinople avec un grand cortège, et reçut de nombreux présents, dans sa route d’Alexandrie au Kaire. A son arrivée dans cette ville, il y trouva l’émir Mohammed-hen- Omar, intendantdu Sayd, qui était venu au-devant de lui , sur une grande barque remplie de présents de toute espèce, et chargée de cinquante mille pièces d’or. Le pachâ reçut ses présents, puis le lit étrangler en sortant de son audience, et s’empara de tout ce qu’il possédait. Il fit périr du même genre de inort le qâdy Youssouf-él-Ebady, qui n’était pas venu au-devant de lui avec les autres émirs, et ne lui avait offert aucun présent.
Le reste de la conduite de Mahmoud- Pachâ fut digne d’un tel début. Les mrsonnages lés plus distingués du Kaire furent victimes de ses cruautés et de son avarice cupide. Toujours accompagné du Aoti-SocAy (chef des exécuteurs), il lui indiquait par un signe de main, sans parler, ceux qu’il destinait à la mort, et le genre de supplicè qu’ils devaient subir.
L’émir /ôroAyi» , DeJlerdAr , et qui était revêtu des fonctions d’e'myrê/-Aagr (prince du pèlerinage), étant mort, le 3 du mois de Regeb de l’an 974 (2) de l’hégire (14 Janvier 1567), le pachà s'empara de toutes ses richesses, de scs esclaves , de sa maison, où il trouva cent mille pièces d’or, qu’il employa sur-le-champ à compléter le Khazneh qu’il envoyait àGonstantinople, avec de riches présents pour le sultan et ses ministres.
Mais, pendant qu’il attendait l’effet favorable de ces présents et de la protection des grands de la cour ottomane , la haine publique, portée à son comble air
(0 Cette année a commencé le dimanche 39 jQilIet de l’an Ibss de I'ère chrétienne.
(2j Celle année a commencé le vendredi. 19. Juillet de l’an issa de noire ère.
LTJNIVERS.
Kaire par les excès de sa tyrannie , éclata tout à coup, et mit fln à la fois à ses crimes et à sa vie.
Le mercredi, dernier jour du mois de Gemadv-él-Aouel, de l'anOTS (1) de l'hégirc(5(lécenibre 1567), commeil paraissait en public, au milieu de son cortège ordinaire, un assassin, aposté, suivant quelques récits, par les émirs Hamtahneyk et Hfamàij-Beyk, le blessa mortellement sous l’nisselle gauche, d’un coup de mousquet, dans une rue étroite, entre deux murs dejnrdins. L’auteur du meurtre ne put être découvert ; mais on décapita deux fellahs innocents, trouvés dans l'un des deux jardins, et qui avaient entendu le coup, sans voir l’assassin : l’épouvante se mit dans la ville, dont les habitants craignaient de voir cet attentat devenir le prétexte de vexations et de cruautés nouvelles. Les boutiques se fermèrent, mais les émirs et les Sarufjdgs calmèrent ces frayeurs, que dissipa bientôt entièrement fa nouvelle de la mort du pachô, qui fut inhumé sur la place de Haumelyéh.
L’année précédente , au mois de Safar de l’an 974 de l’hégire (1566), le sultan Sotdeymdn II était mort à l’âge de soixante-quatorze ans , après un règne de quarante-huit années (2) : il avait eu pour successeu r son lils Sélym- CAd A (Sélim II), qui fut proclamé le 9 du mois de Baby-él- Aouel suivant, et qui régna seulement huit ans cinq mois et dixneuf jours.
A la nouvelle de la mort de Uahmoud-Pachd, ce sultan Ot passer Sinàu- Pachà du gouvernement il'Alep à celui
(I) C^Ue année a nommenre la mardi 8 Juillet de l’an IS«7 de l'ére chrétienne.
(î) Monnaie du sultan Snuleymdn II , frappée à Conalantinuple avec la (laie de l'an »38 de Vnéuire (IS20 df noire ère ). Il e»l Important de remarquer que les ononnalca de la dynastie ottoniane portenl, non la date do l'annce de leur ftibrioitioo , mais , pendant tniil le répne d'un prince , celle de son avènement au tronc.
de l’Ëgypte : lepachà n’y resta que neuf mois, ayant été nommé par Sélym II pour commander l’armée envoyée par ce prince dans l’Yémen. Lorsqu’il eut fait tous les préparatifs nécessaires pour cette expédition , il partit du Kaire, le 4 du mois de Chaouâl de l’an 976 (i) de l’hégire (23 mars 1569), accompagné de f/amzah-Beyk, de Mamày-Beyk et de
filusieurs autres des principaux émirs de 'Egypte.
Pendant son absence , qui dura deux ans et quatre mois , l’Egypte fut gouvernée par Tcherkett-ltMander-PachA.
Ce gouverneur sut , pendant sa courte administration , mériter l'affection des peuples ; son gouvernement fut réellement paternel : il déchargea des impositions les pauvres , les infirmes , les estropiés, et la plus grande partie des gens de lettres. Il passait lui-même pour cultiver les sciences, qu’il encouragea et protégea de tout son pouvoir.
SinAn-PachA conduisit son expédition avec habileté et sagesse; et , après avoir achevé heureusement la conquête de l’Yémen, U revint triomphant en Égypte : il reprit alors possession de son
Gouvernement, le l*’ du mois de Safar e l’an 979 (2) de i’hégire (25 juin 1571), et l’oecupa jusqu’au mois de Dou-I-Hagéh de l’an 980 (3) de l’Iiégire (avril 1573). Pendant son administration, ce pachâ entreprit des ouvrages importants et utiles : Alexandrie lui dut le recreusement et la réparation de son canal, une mosquée, un marché, des bains , etc. A Boulaq il construisit aussi un marché, des okels, des karavaiisérays, etlagrande mosquéequi porte encore son nom (4).
Uowsséyn-PachAsxiceéda à SinAn- Pachâ et conserva son paclialyk pendant un an et neuf mois : il se montra rempli d'excellentes qualités, alïcctionné aux gens de lettres, d’un caractère doux et modeste, éloigné detoutecriiauté. S'il est quelque reproche à lui faire , c'est plutôt d^avoir manqué de sévérité; car , (le son temps, des troupes de brigands su
(I anuni .1 citinmt'no' le samedi 2n Juin de l'an de Tere clirélienne.
(2) <lelle nniM'e a cnmmer»cé le samedi 26 mal de l'an i.S7i de noire ère.
(.T) Celle aiinw a commenw le mercmli H mai de l’an lb7i de nftlre cre.
(4) Vo>ez la plaoctic ii*
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répandirent en grand nombre dans toute l'Egypte, et, encouragés par l’impunité, y commirent beaucoup de ravages.
Pendant qu’il gouvernait l’Égypte, Constantinople avait vu mourir .son sultan, Sélym II (I), le 28 du mois de Chaabân de l’an 982 de l’hégire (2) ; le 10 du mois de Ramaddân suivant (24 décembre 1574), son fils Mourâd-khAn (Amiirat III ) avait été inauguré sur le trône ottoman.
Aussitôt après son avènement, le nouveau sultan remplaça le pacbâ Uoussêm par Mestyh-PachA, qui avait été KnazendAr{ grand trésorier) du sultan Sélÿm II , et qui gouverna l’En'pte pendant cinq ans et cinq mois et demi ; son premier soin fut de réprimer les brigandages ; il mit à poursuivre les malfaiteurs une rigueur conforme à son caractère, naturellement dur et sanguinaire : en cinq ans dix mille brigands furent décapites; mais aussi la sûreté publique fut rétablie.
Du reste, il s’occupa avec zèle de l’améliorationdu sort de ses administrés; il refusa tous les présents qu’ilavait été d’usage d’offrir à ses prédécesseurs, et lit construire, près de la porte du faubourg de (Jarafah, une grande mosquée avec un collège, appelé de son nom éirilessyéh, en faveur du cneykh Nour-éd-dgn-él^Qara- ,///, auquel il donna, tant pour lui que pour ses descendants , l’intendance de cet établissement. et la libre disposition du revenu des biens dont il l'avait doté.
Il introduisit des innovations remarquables dans la conte.xtiire des actes, et prescrivit aux hdtehs ( greffiers ) de commencer dorénavant les ordonnances et les jugements par la formule suivante :
(I) Slonimie du tullan Srign II ébn^ouh'ÿmdn. frappée a Alep, avec la date de l'an »7t de l'béglre (ISM de noire ère).
(1) Celle année a oommene)'; le vendredi avril de l'au IS7I de l'ère chrétieone.
< l4>uanpe à Dieu; salut et paix à notre « Prophète, à ses descendants et à tous a ses compagnons. Tous les fidèles sont « frères : entretenez la paix et l’union • entre vos frères , et craignez Dieu... »
L'au 988 de l'hégire (t ), a Mestyh-PaçhA succéda Hassan- Pachd-él- Khadem , qui avait été auparavant Khazendâr du sultan Mourâd III. Il ne s’occupa, pemlnntson administration , qu’à amasser de grandes richesses, par toutes sortes de voies , et rétablit les redevances des présents, abolies par son prédécesseur.
Il gouverna l’Égypte pendant deux ans et dix mois; et, quand il quitta son pacbalyk, il sortit secrètement du Kai re par la Pttrie des Tombeaux, n’osant se montrer au peuple, dont il redoutait la ven-. geance.
Il fut remplacé , l’an 991 de l'hégire (3), par Ibrakym-Pachâ, deuxième du nom : celui-ci , dès son arrivée au Kaire, s’occupa d’une recherche exacte des concussions de son prédécesseur , et nomma un officier spécial, qu’il plaça dans la mosquée du sultan Farag-beh- Itarqoug, pour y recevoir les plaintes de ceux qui avaient été opprimés. Ces informations commencèrent le 10 du moisdeRegeb de l’an99l , et durèrent jusqu’à la fin du mois de Ramaddân de la même année ( trois mois); elles révélèrent des avanies et des concussions sans nombre, et l'on vérifia même que llassan-PachA avait faitenlever des greniers publics cent mille quatre cent qiiarante^eux ardebs de ble, qu'il avait fait vendre à son profit. Le procès-verbal d’enquête, accompagné des pièces authentiques , fut adressé aussitôt au sultan, qui fit étrangler le pachâ prévaricateur, à son retour en Rouméiie.
/brakym-Pachâ parcourut ensuite l’Egypte entière, jusqu’à l'extrémité du Sayd , pour vérifier par lui-même l’état des diverses provinces; il visita aussi, dans le désert, \e puits des émeraudes (3),
(Il Cette année a commencé le mercredi 17 février de l'an issode l'ère chrétienne.
ii) Celle année a commencé le mardi 25 janvier de l'an lânado noire ère.
(.7) On donnait ce nom aux mines d'émerand>‘« silui’vea dans le désert et exploilres dèa l.x plus haute antiquité : depuis celle époque i'i'vploilalion avait cessé, pendant les troubles qui agitèrent conUnurlIement rË|Q'ple;et l'on avait perdu même lellemeni la connaissance de ces mines précieuses , qu'un les regardait
et en tira une grande quantité; puis, de retour au Kaire, il demanda lui*méine son rappel , l'an 992 de l'hégire (1), et fit nommer pour lui succéder Sinàii- Pachâ, second du nom, oui était alors defterdàr (chancelier). Celui-ci n’occupa le pachalyk que pendant six mois et vingt jours : son administration fut totalement différente de celle de son prédécesseur ; il prit la fuite, et quitta en hâte l'Egypte, quand il apprit qu’^o«cÿ.»-/'adut était envoyé de Coustantinople pour faire des recherches contre lui et examiner sa gestion.
Aoueys-Pachà prit possession du gouvernement, l’an de l’hégire 994 (2):
c’était un homme sévère et d'une probité exacte. Il avait commencé par être qâdy, puis defterdàr de Houmélie, et passa de cette place au pachalyk de l'Ëgypte , qu’il gouverna pendant cinq ans cinq mois et dix jours.
Il voulut rétablir la discipline dans les troupes; mais elles se soulevèrent contre lui, et vinrent l'attaquer dans le Divan, le 28 du mois de Chaouâl de l’an 997 de l’hégire (3). Ces rebelles lui firent souffrir toutes sortes d’insultes, pillèrent son harem ; et les écrivains contemporains remarquent que, parmi les objets précieux qu’ils enlevèrent, était une grande horloge qui indiquait les jours. Ils massacrèrent ensuite le commandant de l'odjâq des tchaouychyéh , l'énÛT Othmdn, dévastèrent la maison du qâdy-él-asker, se saisirent des deux qâdys particuliers du Kaire, et leur coupèrent la tête; puis les boutiques furent mises au pillage; les émirs contraints à prendre la fuite ou à se cacher. désordre s’aggrava de plus en plus. En vain le defterdàr et quelques émirs essayèrent-ils de ramener les mutins à la soumission; en vain //oue^s-Pa-
prvsque gém^ralement comme fabuleasra, et que (x'nilanl notre expMitlon rt’Égyple, la Cnmmla- »ion des sciences et arts dédaigna d'en faire la recherche, malgré mes Instances réitérées, appuyées des textes formels des anciens écrivains arabes : un sait que, depuis, ces mines ont été retrouvées , et qu’elles sont maintenant exploitées avec succès par Mohammtd-Alÿ- Pachft.
(Il Celte année a commencé le samedi 14 Janvier de l’an 1681 de notre ère.
la) Celle année a commencé le lundi 23 décembre de l’an I6a.> de notre ère.
(3) Celle année a commencé le dimanche 20 novembre de l’an I&88 de notre ère.
cAà envoya-t-il aux nouveaux qâdys I’cïv dre d'obtempérer à toutes leurs demandes ; tout cela ne fit qu’augmenter leur insolence ; ils se saisirent des enfants du pachâ, comme d'otages, et le pachâ se vit obligé de souscrire à tout ce qu'ils exigèrent Cependant, malgré cette condescendance, l'ordre ne fut pas entièrement rétabli, et les émeutes militaires se renouvelèrent plus d’une fois, sous les pachâs successeurs d'Aoueys.
Hafezz- Ahmed -taché, surnommé il-Khadem, comme deux de ses prédécesseurs, gouverneur de Chypre, vint remplacer Aoueys - I^achà , l’an 999 de l’hégire (1); il déploya de grands talents dans l'administration , aima et protégea les savants, et fut bienfaisant envers les indigents : il établit des distributions en faveur des pauvres pèlerinsde la Mekke ; il lit construire à Boùlaq deux grands okels, plusieurs karavansérays et plusieurs autres maisons , assignant le quart de leur revenu pour être employé à des œuvres de charité. Il gouverna l’Egypte pendant quatre années.
Le 17 du mois de Ramaddân de l’an 1003 (2) de l’hégire (26 mai 1&9S), le sultan Mohammed- ben-Mouràd {Mahomet III ) succéda à son père AmuratID(3).
(I) Cette année a commencé le mardi 3o oo> tobfe de l'aiv 1690 de notre ère.
v2) Cette année a commencé le vendredi le septembre de Pan 1594 de Père chrétienne- (3) Monnaie du sultan Monràd‘ben Setyyn (Àmurat III ), frappée au Kaire avec ta date de Pan 982 de Phégire <1674 de notre ère^
Autre monnaie du même sullan, frappée au Kaire , avec la même date.
^ il “dbyGoooIc
ÏIGYITK MOI)EU^^:.
Peu après son avènement , re sultan nomma au pachalyk de l’Egypte Qouri- Pachd, qui gouverna pendant un an et huit jours. Il se Gt aimer par sa douceur et la libéralité avec laquelle il distribuait des secours abondants aux gens de lettres. aux pauvres et à tous ceux qui avaient recours à sa bienfaisance.
Él-Seijd- Mohammed- Parhà, qui lui succéda au mois de Cbaouâl de l'an 1 004 de l’hégire (I), et qui conserva ses fonctions pendant deux ans deux mois et vingt jours , ne se distingua pas moins par la sagesse de son gouvernement que par la protection qu’il accorda aux savants. Il fil rétablir la mosquée Caméél-.-tzhar, et y fonda une ilistribution journalière de lentilles cuites, en faveur des pauvres étudiants; il fit aussi réparer l'oratoire nommé Mechahed-Uoussetjny.
Ses soins pour le bien de ses administrés ne purent cependant le préserver d’une catastrophe violente. Au commencement du mois de Régeb de l’an 1006 (2) de l’hégire (février 1598), plusieurs corps de troupes s’insurgèrent en divers endroits de l'Égypte, et se rendirent tumultueusement au Kaire.
hU-Setjd-Moknmmed-Paehàé\a\\.îs\oTs à sa maison decampagne de CyaéA, suivant la coutume de ses prédécesseurs.
Quand il revint au Kaire, quoiqu'il fdt accompagné de plusieurs émirs ou sand- /dq.vet d'une escorte nombreuse, les mécontents tirèrent sur lui une décharge de mousqueterie:épouvanlés, ses janissaires l’abandonnèrent, et il ne put se sauver qu’avec peine. Les rebelles le tinrent, pendant tout le jour, assiégé dans la maison où il s’étaitrèfugié, exigeant qu’il leur livrât plusieurs officiers, du nombre desquels étaient l’un des principaux émirs, üahj- Mohammed, l'émir 6’e/orf, exerçant les fonctions de Sou-Kâchy (grand prévôt), et l'émir Kheder, kaclief de Matisourah. Le pachâ fit demander un délai de trois jours pour sa réponse : — « Dieu jugera entre nous et • votre maître Mohammed- PachA! • s’écrièrent les révoltés ; puis ils se répandirent dans la ville, ou ils forcèrent le
(I) Celle »nnis* a commencé le mercredi « teplembre de l'an 14*5 de noire ère.
i) Celle année a commencé le Jeudi 14 aoét de l'an 1 197 de l'érc cbrétkune.
qàdy-él-asker, nommé jthd-ir-Raonf- Azab-Zadin, de recevoir l’acte de leurs demandes.
Le pachâ profita de l’obscurité pour s’échapper et se réfugier à la citadelle, dont il fit fermer les portes derrière lui. Hassan-PachA-d-Sekràny , qui exerçait les fonctions de Ueyler-Beyk ( généralissime de l’armée), et Byry-Beyk, qui était cette année imyr-êï-hag, tentèrent en vain d’apaiser le tumulte :
l’émir Mohammed-Beyk et Daly-Mohammed furent massacrés, leurs têtes attachées à la porte Bàb-Zouyléh, leurs maisons pillées : puis le pillage et le meurtre attaquèrent les habitants inoffensifs de la ville et des provinces.
L’effervescence diminua peu à peu, par la lassitude des révoltés; mais les corps militaires conservèrent le même esprit d’insolence et de mutinerie, tant lie dura le gouvernement de Seyd-Moammed-Pachâ.
Il fut remplacé par Khéder-Pachû, le 17 du mois de Dou-I-Hagéh de cette même année 1006 de l’hégire ( 22 juillet 1598 de notre ère). Khéder-Pachâ conserva son gouvernement pendant trois ans et douze jours : ce gouverneur excita le mécontentement dès son arrivée au Kaire; un de ses premiers actes fut de retrancher les distributions de blé qui se faisaient aux savants et aux pauvres : ceux-ci se bornèrent à des représentations ; mais les réductions du pachô s’étant aussi portées sur les vivres des milices, elles se rassemblèrent le dimanche 20 du mois de Ramaddôn de l’an 1009(1) de l’hégire (26 mars 1601), présentèrent leurs griefs Biiqddy- (l-atker, et, le mettant à leur tête, marchèrent au Divan. Le Kiahyâ (lieutenant) du pacbô et plusieurs autres émirs furent massacrés; le pachâ, effravé, rétracta toutes ses ordonnances , et fes tumultes s’apaisèrent; mais il fut bientôt après destitué par le Divan de Constantinople.
Le vizir Aly-PachA, qui était iélahdâr (2) du sultan , fut nommé à la place de Khéder-PachA. Il était brave,
lli Cette enaSr a commencé le Jeudi 13 Juillet de l’an looo de l'ère chrélienne.
(3) gmir charKé de porter les armes du sultan. C’est un des principaux ofliciers de la Porte Ultomane. Ko* voyaKeurs modernes ont travesti ce uom en celui de sclicUir.
.limant la guerre; aussi favorisa-t-il les troupes, et il les traita avec indulgence; mais il se plaisait à répandre le sang, et le reste de la population eut à se plaindre de sa sévérité excessive et cruelle. Il ne paraissait pas en public avec son cortège, qu'il ne fit tuer au moins dix personnes, dans le sang desquelles il faisait passer son clieval. Au fléau de la tyrannie du pacbâ se joignit bientôt celui de la famine, et une mortalité dont les ravages surpassèrent, suivant les historiens arabes contemporains, tous ceux que.l'Égypte avait jamais éprouvés. L'é- Muvante générale augmentait encore le mal , et le pachâ se vit obligé de défendre d'inhumer publiquement les cadavres.
Quant à lui, il réussit à se soustraire à la contagion, en abandonnant le Kaire, où il laissa pour qaym-maqâm ( lieutenant) l’émir Byry-Beyky qui y mourut bientôt après. Alors les sandjAqs élurent, pourleremplacer, l'émir OUhmAn- Jieyk, qui exerra les fonctions de qa^mtnaqdm, jusquA l'arrivée du successeur que donna la Porte Ottomane à jily- Pachd.
Ce remplacement fut occasionné par la mort de Uohammed III (I), arrivée le 16 du mois de Régeb de l’an 1012 (2) de l’hégire (20 décembre 1003).
(I) Monnaie du sultan MnUammed^ben^Mou»
rdff ( Mahomet HI frappée au Kaire, avec la date de l'an luua de TliéKlre ( I de notre ère }.
Antre monnaie do miSinc prince, frappée sous !.. même date à Damu.
fst Celle année a commencé le mercredi 1 1 juin de l'an I003 de IVre dirélii nue.
Le lendemain, fut inauguré son fils Ahmedrben-Mokammed, que nos historiens nomment Achmet l"".
Un des premiers actes du nouveau sultan fut de nommer à la vice-royauté d’Égypte le viiir Ibrahym-Pacfid.
Le gouvernement de ce pacbâ dura peu, et il fut terminé par unecatastroplie sanglante. Dès son arrivée en Egypte , il avait formé le dessein de réprimer les demandes insolentes des troupes; mais cette tentative ne lit qu’accroitre l'audace des milices turbulentes. Le vendredi 20 du mois de Raby-él-Thâny de l'an 1013 (1) de l’hégire (24 septembre 1604), elles apprirent que le pacliâ était sorti duKaireavecunesnitenombreuse, et s’était embarqué à Bouldq, pour se rendre à CAobrd, près du pont construit sur le canal d' Abou-Menedjék. Aussitôt, les factieux se rassemblèrentau faubourg de Qarafah, et s’engagèrent par sermeut à tuer le goBverneur.
Le lendemain matin, les milices vinrent se poster à Bouldq, pour attendre le pachâ à son retour ; puis , elles en partirent pour l'aller attaquer au château de Doutab, où il s’était retiré. A la nouvelle de ces mouvements , les tandjdqst qui accompagnaient Ibrahym-Pachd lui conseillèrent de s’embarquer avant l’arrivée des séditieux. Se fiant sur l'appui des émirs et sur une garde nombreuse de tchaoucks et de moute/erreqahs qui l’avaient suivi, le pachâ refusa oe se rendre a cet avis.
Bientôt les troupes mutinées arrivent et entourent le château de toutes parts. Quinze s/mliys y entrent le cimeterre à la main : « Que voulez-vous ? leur dit « Ibrahym-Pachd; n'avez vous pas « reçu de moi votre paye et la gratiti- « cation ordinaire pour mon installa- • tion ? Que demandez-vous donc ? »
« — Rien, répondirent- ils; nous ne Cl voulons que ta tête. • A l’instant un des soldats le frappa de son épee au visage, et les autres, le perçant de mille coups, le décapitèrent. L’émir Mohammed-ben-Kliasraf reprocha aux meurtriers leur crime ; il subit le même sort que le pachâ ; puis ces deux têtes furent jetées à la multitude furieuse qui entourait le château ; portées par elle en
(I) Otip anmV a commf'nré le dimanche 3o mai lie l'an I60i de notre ere.
EGYPTE MODERiNE.
triomphe, à son retour au Kaire, elles fu> i-ent suspendues à la porte Bàb-Zouyléh, déjà tant de fois ornée de pareils trophées. Le même jour, l’armée déféra le commandement à 6)/Amd»-£eÿA; , puis, à son refus , au qàdy-él-asker. Moustafa-Effendy.
Informé du meurtre A' Ibrahym-PacÆd,lediyande Constantinople envoya, pour le remplacer, le vizir Mohammed- Pacliû-élrKourdjy, surnommé él-Kkadéni.
A son arrivée au Kaire , il reçut des ordres émanés de la Porte Ottomane adressés à tous les sandjàqt, leur prescrivant la recherche de ce qui avait donné lieu aux demandes séditieuses des troupes, et des informations contre les auteurs du meurtre A'ibrahymy’ucAd. Aussitôt les sandjâqs s'assemhlèrent dans la place du Qarâmeydàn, avec la plus f^ande partie de l'armée. Le nachô, qui étaitdans lacitadelle, envoya cnercher les sandjâqs pour leur communiquer ces ordres; mais iis refusèrent de se rendre auprès de lui.
Cependant les émirs intervinrent, et leur promirent une amnistie entière s’ils livraient les principaux auteurs de l’attentat. Cette remise fut obtenue, et les coupables eurent la tête tranchée dans le Divan.
Ainsi privées de leurs premiers chefs, les milices révoltées cessèrent d’étre dangereuses; et Mohammed- PachA fit successivement décapiter deux cents des plus mutinés, pendant les sept mois et neuf jours que dura son gouvernement.
Le vizir Hassan- PachA lui succéda ; celui-ci se montra moins sévère que son prédécesseur, et usa toujours de beaucoup de ménagements avec les tioupes, è cause de son fils, qui était beylerbey de l’armée. Tout fut tranquille sous son gouvernement.
t/assan-Pachd eut poursuccesseur un vizir nommé Mohammed, comme son prédécesseur. Celui-ci entra en possession du pachalyk d’Égypte le 7 du mois de Safar de l'an lOl'O (1) de l’bégire (3 juin 1607), et l’occupa pendant quatre ans quatre mois et douze jours Ce pachA était un homme prudent et habile ;
(I) Cette annCe a commencé le samedi 28 avril de l'an I0u7 de i’èiv chrétienne.
dès son arrivée , il s’occupa de rétablir 1.1 paix et la tranquillité dans toute l’Égypte ; il adoucit le sort des peuples, et lés délivra des vexations oont ils étaient depuis lon^emps victimes :
mais si , par cette adrahiistration paternelle, il mérita les voeux des populations opprimées, il s’attira en même temps la haine des exactionnaires oppresseurs.
Vers la fin du mois de Chaouâl de l’année suivante (janvier 1609), les troupes, soulevées par eux , s’assemblèrent au bourg de Seyd-Ahmed-il-Beydaomj, et firent serment de ne pas consentir à l’abolition des contributioqg illégales dont elles avaient écrasé le pays jusqu'alors. Bien plus , les mutins se choisirent même un chef, qu’ils proclamèrent sultan, nommèrent des vizirs, et partagèrent les départements de TÉgypte, assignant à chacun le canton où il devait exercer ses brigandages.
Leurs ravages s’étendirent ainsi dans tout le Delta , et même dans la partie orientale de l’Égvpte , jusqu’à Qelyoub.
Instruit de ces Jésonires, Mohammed- Pachd assembla les sandjâqs, les tchaouchs et les mouteférreqahs , et se mit en marche contre les révoltés avec six canons, le samedi 9 du mois de Dou-I-Qadéh de l’an 1017 (1) de l’hégire ( 14 février 1609).
L'armée, renforcée par plusieurs cheykhs des tribus arabes , campa la nuit suivante à Birket-él-Hag, et le lendemain elle atteignit les rebelles à él-Khanqah. Le feu de l’artillerie et le nombre considérable des troupes oui lesattaquaient, saisirent d’épouvanteles milices révoltées , et les portèrent à demander à capituler. Pour première condition , le pachâ exigea qu’on lui livrât le sultan et les principaux chefs rebelles, promettant , à ce prix , de recevoir le reste des milices à discrétion. I-es chefs furent livrés au nombre de soixantetreize et décapités sur-le-citamp. Le reste des rebelles fut désarmé et dispersé : mais tous ceux qui furent pisis furent mis à mort , et il en périt de cette manière un grand nombre.
Enfin le qady-él-asker, Mohammed- Effendy, surnommé Bakhti-zadéh,
(0 Cette annie a commencé le Joidi 17 avril de l’on 1008 de notre ère.
ému de ces massacres journaliers, conseilla au pacliû de déporter dans l'Yémen ceux qui seraient désormaisarrétés.
Le pachà se rendit à cet avis, elles exécutions sanglantes cessèrent.
Débarrassé de cette affaire , Mohammed-Pachà. s’occupa de l'amélioration de l’administration Gnancière ; il examina les pensions payées par le trésor, et supprima toutes celles qui n'étaient pas fondées sur des titres valables : à l’égard des contributions, ildéfenditqu'on suivit les rôles dressés du temps des Mamiouks-Circassiens, et enjoignit de se conformer à ceux qui avaient été établis l’an 932 de l’hégire (1525) , sous les sultans ottomans. Il régla ensuite avec la plus grande équité les taxes des divers departements, et , dans le versement des contributions en nature, il eut soin de n’exiger dechaquecantoh que les denrées qu'il pouvait le plus aisément fournir. .Si un département était surchargé d’une imposition à laquelle il ne pouvait satisfaire, attendu sa pauvreté et la modicité de ses revenus , d l'eo déchargeait, et la reportait sur un canton plus riche, dont les charges pouvaient supporter queiaue augmentation.
Lorsque Monamnüd-PachA quitta l’Égypte, il jouit d’un honneur que n’a eu depuis lui aucun autre pachâ de cette province: il en sortit sans être dépouillé de son titre de gouverneur, et nomma lui-même pour son qaÿ/n-mnqdm (vicegouverneur ) Mohammed-Sey-Iiaggy , qui était son defterdàr.
Il demeura trente jours à Qoubbet-él- Adelyéh , sans se mêler du gouvernement, quoiqu’il n’edt pas été destitué; cependant il continua, tout ce temps, d’y distribuer lui-même la paye et les autres rétributions ordinaires.
Son successeur fut Mohammed-Pachd, surnommé él-Soufy : il protégea les savants et les gens de bien , et se conduisit avec une parfaite intégrité.
Jamais il jm retint de présents, et ne commit aucune injustice. Cependant on eut lui reprocher sa trop grande failesse pour Youssouf, son favori , qui abusa plusieurs fois de la faveur de son maître.
L’an 1022 de l’hégire (1) , un corps
(?) Cette année a commencé le Jeudi 31 févrierde Tan I6t3 de l'ère chrétienne.
de troupes de plus de dix mille hommes fut envoyé par le grand vizir dans l’Yémen, pour y apaiser quelques troubles. Ce corps ayant pris mute par l’Égypte, le pachâ reçut ordre de lui fournir la pave iiécessa'ire et de le faire passer dans l'Yémen.
Mais, mandées pour recevoir leur solde, avec l’ordre d’un départ immédiat, ces troupes prétendirent être envoyées en Énpte pour y demeurer, et refusèrent d’obéir. Elles prirent pour logements les magasins de la porte Bdbêl-Sasr et les maisons des habitants, que les soldats expulsèrent de leurs domiciles. Toutes les démarches du pachâ |>our rappeler les mutins à la soumission furent inutiles : ils barricadèrent les portes du quartier, fermèrent la porte de Bâb-éf-Masr, et placèrent de l’artillerie sur les tours doiitelle est flanquée (I). I.Æ pachâ se vit contraint d’aller les assiéger avec tous les od jâqs , soutenus par quelques canons. I.éinir Abedyn-Bcy réussit à pénétrer dans l’intérieur des retranchements, par une citerne du collège appelé él-i\ledresséh-ét- DJân-balattyéh (2) : alors les rebelles, effrayés, se soumirent, le pachâ leur distribua leur paye, montant à plus de quatre-vingts bourses , et ils sortirent de la ville.
Peu de temps après. Mohammed-Pachà-él-Soufy fut destitué ; il se relira à Qoubbét-él-Adelyéh, et n’en partit que lorsqu’il apprit que son successeur était arrivé a Alexandrie.
Cétait Ahmed- PachA, qui avait été defterdàr en Égypte. Lorsqu’il lit son entrée au Kaire , avec un cortège magnifique, une pierre jetée d’une maison devant laquelle il passait, tomba sur sa tête, et brisa l’aigrette de son turban. Le coupable découvert avoua son crime, et fut mis à mort an lieu même où il l’avait commis.
Au mois de Moharrem de l’an 1025 (3) de l’hégire (janvier 1616), Ahmed-Pachà reçut dfe Constantinople l’ordre d’envoyer mille hommes des troupes d’Égypte, pour marcher avec l’armée ottomane contre les Persans :
(I) Voyez la planche 18.
(S) Ainal appelé du nom de son fondateur, le sultan mamiouh DJân-balatl.
(S) Cette année a commencé le mercredi SU Janvier de l’an lois de notre ère.
Pucria d<il Ca:ro Uaniudj 5abc! Ntisr Pm ria de la. '.’icioria.
ÉGYPTE MODERNE
il les Gt partir sous la conduitede Salèh- Beij , qui était alors éniyr-él-hag ; et cette expédition eut lieu avec tant d’ordre, que les populations n’en souffrirent aucun dommage.
Les corps de troupes marchaient à travers les provinces, sans que les habitants fussent même instruits de leur passage, tandisqu’auparavant cent hommes ne pouvaient traverser un canton, sans u’d fdt dévasté. Cette différence vint u bon ordre et de la discipline qu’il sut faire observer, et de la distribution extraordinaire qu’il Gt à ces troupes avant leur départ. En effet, l'armée destinée pour la Perse se réunit à él- Khanqah ; le pachâ s’y rendit et Gt détiler les troupes devant lui : il avait auprès de lui une grande quantité de pièces d'or, et chaque soldat reçut une gratiOcation proportionnée à ses besoins ; il n’y en eut aucun qui ne reçût au moins vingt pièces d’or.
Le gouvernement de Ahmed-PachA fut de deux ans dix mois et douze jours; pendant tout le temps de ses fonctions , ■I ne Gt punir du dernier supplice que dix personnes , et cela après des informations juridiques et pour des crimes dignes de mort. II ne jugeait jamais qu'après l’examen le plus scrupuleux et lorsqu’il avait entendu plusieurs fois les moyens des parties.
L’an 1026 de rhégire(l), le mercredi 23 du moisde Dou-l-Qadéh (23 novembre 1617), mourut le sultan I", qui
eut pour successeur son frère le sultan MoustajA I"; ce prince, à son avènement remplaça Ahmed-Pachà, dans le gouvernement de l’Égypte, par le vizir MouttafA-Pachà-Lefghely. Mais à peine ce sultan avait-il régné trois mois et huit jours à Constantinople, qu’il fut déposé, le mercredi 3 du mois de Raby- él-Aouel de l'an 1027 (2) de l'hégire (28 février 1618), et, en sa place, fut élu son neveu le sultan Abou-l-Nasr-OthrmXn (Othman II).
Le vizir Moiutafà-PachA ne conserva son pachalyk que quelques mois après la déposition du sultan qui Pavait nommé. Ce pachû laissait toute l’auto-
(0 Cette année a conimenoé te lundi 0 Janvier de l'an ISI7 de l'ére cbrëllenne.
(2) Celte année a commencé le vendredi 29 décembre de l'an iei7 de uotie ère.
rité entre les mains de ses parents , qui abusaient de la facilité de son caractère pour le dominer sans réserve; cette conduite jiroduisit dans toute l’armée un soulèvement général, qui éclata le vendredi 7 du mois de Chaouül de l’an
1027 de l’hégire (28 septembre 1618).
Les séditieux massacrèrent plusieursdes émirs, des aghâs, et des autres principaux fonctionnaires; la plupart des autres fut obligée de prendre la fuite. Ces désordres durèrent jusqu'à la destitution de MouxtafA-Pachâ-LeJyhely, ordonnée par le sultan Othman II, qui nomma le vizir Djafar-PachA au gouvernement de l’Égypte.
Celui-ci n’occupa ce pachalyk que pendant cinq mois et demi ; il était instruit dans les diverses sciences; il accueillit les gens de lettres et les savants, et pendant la durée de son administration il ne Gt rien que pour l'avantage de la province qui lui était conûée.
De son temps l’Égypte fut affligée d’une peste violente, qui dura depuis la fin (lu mois de Raby-el-Aouel de l'an
1028 de l'hégire (I) jusqu’à latin du mois de Gemady-éi-'Tnâny de la même année (de mars à mai 1619). On remarqua que le plus grand nombre de ceux qui périrent de cette maladie étaient entre l’âge de quinze ans et celui de vingt-cinq. Le dénombrement incomplet des victimes de ce fléau les porta au delà de 635,000.
A njq/ar-PachA succéda Afousta/â- PackA; il lit arrêter et condamner à mort MoustafA-Bey, surnommé él-Bakgety, le principal moteur des troubles, qui s’étaient élevés sous le gouvernement du pachà AfoustafA-LeJghely. Cet arrêt sévère, contre un homme que poursuivait la haine publique, fut un sujet de grande joie pour le peuple ; mais cette joie fut bientôt troublée par les vexations multipliées que le pachâ lui-même exerça contre la plupart des marchands : dépouillés par ses ordres arbitraires, ils réussirent à faire parvenir leurs plaintes jusqu’au sultan , qui déposa le pachâ oppresseur, et le remplaça par Itousseyn-PachA.
Le nouveau gouverneur s’empressa
(I) Cette année a commencé le mercredi 19 décembre de l'an teis de notre ère.
lumvers.
de supprimer toutes les redevances vexatoires qui avaient été établies par son prédécesseur; il manda ensuite tous les marchands qui avaient eu à s’en plaindre; leurs dépositions, et l'aveu même du concussionnaire, révélèrent que ses rapines se montaient à une somme de 33,000 grouches (environ J 00,000 francs ). Les procès-verbaux authentiques , avec les pièces, en furent envoyés à la Porte Ottomane.
Du temps de Housseyn-Pachà, il y eut une crue du Nil si extraordinaire, que les Égyptiens commencèrent à désespérer de voir la fin de l'inondation : elle occasionna une grande disette, qui fut bientôt suivie par les ravages de la peste.
Itousseyn-PachA fut destitué par le sultan Othmdn II, et rappelé à Constantinople; mais avant qu’il y arrivât le sultan fut déposé lui-même, le jeudiSdu moisdeRégeb de l’an 1031(1) de l’hégire ( 19 mai 1622), et le sultan MoustaJA I", son prédécesseur, fut rétabli sur le trône.
Le pachâ déposé ne pouvait arriver à la cour ottomane dans un moment plus opportun. Sa disgrâce et sa destitution , sous le règne précédent, devinrent pour lui des titres de faveur auprès du nouveau règne; tous les partis se réunirent pour le porter au poste suprême de grand vizir; il est juste de dire que l.à manière dont il remplit ces hautes fonctions administratives lui a mérité les éloges unanimes de tous les historiens de l’empire ottoman.
Mohammed-Pachà , que le sultan Othman II avait nommé pour remplacer Ilousseyn-Pachd , n’arriva dans son gouvernement que précédé par les préventions les plus défavorables; la conduite qu’il avait tenue dans son pacbalyk de la Roumélie annonçait assez que les Égyptiens auraient en lui un tyran; heureusement pour eux, le peu (le durée de son gouvernement ne lui laissa pas le temps de réaliser ces craintes; deux mois et demi après son installation , son prédécesseur au pachalyk du Kaire, devenu grand vizir, le lit destituer par le sultan Moustafà l",
(I) Celle année a cnmmencé le mardi 10 üovembre de Tan iû>i de uutre ère.
et Ibrahym-PacM vint le remplacer.
Ibrahym-Pachà occupa son gouvernement pendant une année : il sut, par ses ménagements et sa politique, gagner à la fois l’affection des troupes et du peuple. Cette année fut remarquable
ar la cherté des vivres , et le prix n’en
aissa que sous son successeur.
Ibranym-Pacha, ayant été destitué , s’embarqua pour descendre le Nil, au lieu de voyager par terre, suivant l’usage de ses prédécesseurs ; et Motuta/A-PachA , nommé pour le remplacer, entra en fonction le Jeudi 22 du mois de Ramaddân de l’an 1032 (1) de l’hégire (20 juillet 1623). Les kâtebt du Divan vinrent trouver le nouveau gouverneur, et accusèrent auprès de lui le pachâ déposé d’être redevable de quelques sommes au trésor; des tchaouchs lurent expédies aussitôt après Ibrahym, qui menaça de les tuer sMIs ne retournaient au 'Kaire; l'émir éüiléA-Reÿ fut expédié à son tour ; mais, au moment où il arrivait à Alexandrie , Ibrahym et ses effets étaient déjà embarqués , et il répondit qu’il allait à Constantinople, et que s’il redevait quelque chose, il le payerait au sultan lui-même. Il mit aussitôt à la voile , malgré quelques décharges de l’artillerie de la tour du Phare, et continua son voyage; quand il arriva à Constantinople, le sultan Moustafd l" venait d’être déposé de nouveau, le lundi 15 du mois de Dou-I-Qadéh , 1032 de l’hégire (11 septembre 1623).
Le sultan Mouràd ( Amurat IV), fils du sultan Jhmed, avait été couronné , et nul ne songea à exercer des poursuites contre Ibrahim-Pachâ.
Mousta/A-PachA était à peine dans son gouvernement depuis trois mois, lorsque Aly-Pachâ fut nommé pour le remplacer : le lundi 15 du mois oe Doul-Hagéh (9 octobre) , on apprit au Kaire cette nouvelle : aussitôt les troupes se rassemblèrent , et se rendirent auprès du qaym-maqAm Yssa-Bey, pour lui demander la gratification extraordinaire qui leur était payée, suivant l’usage , a l’avénement de chaque pachâ.
Yssa-Bey leur reprocha de renouveler ainsi tous les trois mois leur même demande. — • Pourquoi, répondirent les
(I) Cette annte a commencé le samedi s novembre de l’an de l'ère chrétienne.
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ÉGYPTE MODERNE
« .<!oldnts , le sultnii , notre maître ,
• dionge-t-il tous les trois mois le gou- « veriieur de sa province d'Éffvpte, an
• grand dommage du pays? S’il lui plai- « sait de nommer tous les jours un « nouveau pachS, nous aussi, tous les « jours, nous réclamerions la gratifica- « tion qui nous est due. »
I^e qaym-maqàm voulut en vain faire auelqués observations ; on ne lui répondit que par des injures et des menaces. Tout à coup un cri universel s’éleva de tous les groupes des soldats : « Nous n ne voulons pas d’autre gouverneur « que Moustajâ; qu’.^/y s’en retourne " au lieu d’où il est venu ! • A l’instant toute l’armée récita la première .sourate du Koran, comme un engagement solennel de ne pas se départir de la résolution qu’elle venait de prendre, et Moustafà-Pachd fut rétabli dans sa dignité.
Moiistafâ-Vachà lit aussitôt des largesses à toutes les troupes, et s’empressa d’écrire au sultan , pour lui demander la confirmation de ce qui venait d'étre fait. Ces dépêches étaient accompagnées d’une supplique en sa faveur, rédigée et signée par les ulcmôs, les clieykhs et les qâ{Ks du Kaire.
Cependant on fut informé de l’arrivée d’-y/y-Pdc/iaà Alexandrie : plusieurs kijahyâ^ lui furent aussitôt députés,
f)onr le prévenir que les troupes et les labitants s’accordaient à refuser de le recevoir. Aly accueillit les députés avec quelques égards, et les renvoya auKaire, avec des lettres pleines de llatterie pour les émirs et pour les troupes. I/arméc en prit lecture, et , pour toute réponse, réexpédia les mêmes déjiutés, avec la même déclaration , signee des principaux émirs.
En recevant cette confirmation d’un refus formel, Àly-PachA entra en fureur : il fit saisir et charger de chaînes les députés, qu’il envoya aux prisons de la citadelle d’Alexandrie; mais les troupes qui en composaient la garnison rendirent la liberté aux prisonniers, puis, les mettant à leur tête, coururent attaquer Àly-PachA , renversèrent ses tentes, et lecontraignirentàs’embarquer sur-le-champ. Le vent contraire l’ayant forcé de rentrer dans le port. Ternir Mousta/â fit cribler son vaisseau par
H* Livraison. (Égypte moderke
les canons du Phare, et depuis ce temps cet émir prit le surnom de Topatan ou de Topteny, c’est-à-dire le canonnier.
Cependant, depuis le départ forcé du pacha nommé par la Porte Ottomane , on était au Kaire sans nouvelles de Constantinople : des bruits sans fondement commençaient à jeter l’alarme parmi les habitants, lorsqu’enfin, le samedi 20 du mois de Rany-él-Thâny de Tan 1033 (l) de Thégire (16 février 1624), une lettre, apportée par un pigeon (2) , annonça l'arrivée prochaine d’un officier, porteur des décisions suprêmes du sultan.
En effet , quelques jours après , cet officier fit son entrée au Kaire : il fit rassembler les sandjdqs, les émirs et les principaux officiers en divan général, et en leur présence revêtit solennellement Mousta/â - Pachâ d’un kaftan d’honneur envoyé par l’empereur ottoman; puis, il donna lecture d’un firman impérial , adressé à Tannée, par lequel le sultan mandait aux troupes « que,
« cédant à leurs instances, il daignait se « rendre à leurs désirs, et conservait à « Moustajâ- Pachâ le gouvernement « de TÉgypte. »
L’année suivante, 1 034 de Thégire (3), il y eut une crue du Nil extraordinaire : on commençait môme à appréhender que les eaux ne se retirassent pas assez tôt pour pouvoir ensemencer les terres : l’inondation était montée jusqu’à vingt-quatre coudées : heureusement la baisse se décida enfin ; elle fut assez rapide pour qu'on pût ensemencer, et la récolte fut très-aooodante.
Mais à peine délivrée de la crainte de la famine, l’Égypte se vit en proie à la peste : elle commença à se manifester avec violence, dès les premiers jours du mois de Raby-êl-Aouel de Tan 1035 (4) de Thégire (décembre 1625).
La maladie diminua au commencement du mois de Chaabàn Cmai 1626); mais elle ne cessa entièrement que dans les
(I) Cette année a commencé le mercredi as ociobreile l'an ISIS de l’ére chrétienne.
(S) Voyez snr les pigeons employés comme courriers de dépêches , d-dessus les notes des pages 71 et 139.
(3) Cette année a commencé le lundi M octohre de l’an 1614 de notre ère.
(4) Cette année a commencé le vendredi 3 ;lo
octobre de l'on isis de notre ère.
LTliMVERS,
premiors Jours du mois de Ramaddftn ( mai ). « Jamais , disent les historiens » contemporains , la frayeur u'avait été « si générale; on voyait des vieillards ■> plus que centenaires appréhender « d’étre atteints du fléau : il périt plus « de trois cent mille personnes , et le • pachâ fut obligé , pour diminuer la ■ frayeur générale, qui augmentait en- « cote les "ravages du fléau, de suppri- « mer toutes les cérémonies funèbres, « les cris et les pleurs des femmes , les « cortèges des parents et amis, les ras- «'semblements des pauvres , de manière « qu’on transportait les corps à travers « les rues, sans que la population en fût « trop vivement émue. »
Le pachâ trouva, dans ce fléau qui décimait les habitants , un moyen de spéculation intéressée : il se 'déclara l’héritier de tous les gens riches que la peste avait enlevés, et s’appropria ainsi des richesses immenses; mais les héritiers spoliés firent entendre leurs plaintes h Constantinople : on n’y avait pas oublié que le Pachà du Kaire y exerçait ses fonctions en dépit des ordres contraires de la Porte Ottomane , et que ses partisans avaient forcé la mam au sultan, en arrachant le consentement impérial à sa conservation dans le pachalyk d’Égypte : l’occasion et le prétexte d’une vengeance se présentaient : le divan s’en empara avec empressement : MowstafàrPachà fut des- . titué; son successeur lui fit rendre des comptes tellement rigoureux, que, pour solder les sommes dont on exigea la restitution au trésor, il fut obligé de vendre ses meubles , ses chameaux , ses chevaux, ses esclaves, et quand il revint à Constantinople , l’an 1037 de l’hégire (I), le sultan Mourâd /é'Ie condamna à perdre la tête.
Quoi qu’il en soit, l’exemple d’une résistance ouverte aux décisions du divan ottoman , et d’un consentement arraché par la violence au sultan, était donné avec succès , et depuis les émirs et les sandjâqt du Kaire ne se firent pas faute de suivre cet antécédent, quand l’occasion s’en présenta pourpux.
Ainsi s’établit, après plus d’un siècle écoulé, la modification la plus impor-
(I) C4?U« aOD^ rt commenré le dimanche 12 septembre de Tau lCi7 de notre ère.
tante dans les rapports fondés par la constitution du sultan Sdym I" entre les pouvoirs indigènes de l’Égypte et les pachâs turks envoyés de Constantinople. Les premiers ,'établis par le conquérant-législateur, pour contre-balancer les seconds, semblèrent dès leur origine suivre un système arrêté, et légué de génération en génération ; système d’empiétements successifs, qui parvinrent enfin à neutraliser entièrement l’action gouvernementale des pachûs , et à n’en faire plus que des fonctionnaires nominatifs , sous l’autorité également capricieuse et despotique des beys, devenus bientôt par le fait les vrais souverains du pays.