CHAPITRE XVI
Evéoements de l'histoire d'Egypte, de l'annSe 1037 (I6XS) h l’aDoee I lia del'hégire (I7U7) — Suitodu règnedusaltan Mourâd IV. — Pacfiâs de l’Egypte , Beyram , Mohammed , Moussi , Khalyl, ahmed-él-Konrdjy . Houasevn, Mohammed-ben-Ahmed. — Avènement da sultan Ibrahym. — Pachâs d'Egypte sous ce prince , Moustafâ-èl-Bostangy , Malcsoud , Ayoub , Mohammed-hen-Hayuar, Mouatafâ , Mohammed. — Règne du sultan Mohammed I V. — Pacliâs d'Egypte sous œ prince , Ahmed-Kyahyâ, Abd-er-rahmân, Mohammed. — Règne des sultans SouleymAn in.
Ahmed II , Moustafâ II, Ahmed ill . — Pachâs d’Egypte sous ces princes.
Le successeur de MoustqfA-Parhâ , qui lui fit rendre des comptes si rigoureux, était le vizir Beyram-/’acA«l, àqfui, l’an 1037 de l’hégire (1638), le gouvernement de l’Égypte avait été confié par le sultan Mourâd IP : Beyram-PachA protégea les ulemâs ; car il aimait les sciences et la littérature; mais il aimait encore plus le gain et les richesses. Ne voulant pas , toutefois, comme ses prédécesseurs, se livrer, pour les acquérir, à des exactions arbitraires et iniques , il fit des entreprises lucratives, s’occupant de spéculations de commerce sur différentes espèces de marchandises, et jusque sur le savon. Au reste, il sut tenir les troupes dans la soumission, et l’É^te fut tranquille sous son gouvernement. Lorsque le sultan le rappela à Constantinople, il lui accorda la troisième place de vizir dans le divan.
Il eut pour successeur le vizir ,Vohammed-Pachâ, qui administra avec
ÉGYPTE MODERNE
sagesse et intelligence : il mena une vie fort sédentaire, et pendant les deux ans de son pachâlyk il ne parut que six fois en public. Informé du mauvais état des affaires de l’Yémen, où la mauvaise administration avait suscité des soulèvements parmi les tribus arabes, il en donna avis au sultan, et l'engagea à y envoyer une expédition , sous la conduite de (>ansou-/rey, qui était alors émyr-il-hag ; le sultan approuva cette proposition, et adressa a Qansou-Hey les patentes de vachâ de l'Yémen et de beyler-bey de l'armée.
Aussitôt Qaruou-Bey leva une armée de trente mille hommes , et obtint du pachd d'Égypte de fortes sommes pour leur paye et les frais de l’expédition. Mais dès qu’il les eut reçues, il refusa de partir, et ses troupe's se mirent à exercer toutes sortes de violences, de meurtres et de brigandages, pillant les habitants et arrêtant les voyageurs sur les routes. Ueureusement deux mille hommes envoyés de la Roumélie , pour prendre part à l’ex- |iédition, vinrent faire cesser ces désordres', et l’émir DJqfar-jtghà, qui commandait ce dernier corps , força Oansou-Ùey à l’accompagner dans l’Yéinen, au mois de Moharrem de l’an 1039 (1) de l’bégire (septembre 1629).
.Sept mois s'étaient à peine écoulés depuis le départ de cette expédition, (|ui rétablit l'ordre dans les affaires politiques de l’Arabie, qu’un üéau physique vint frapper d’une manière terrible la ville sainte de la Mekke et son temple sacré : le 19 du mois de Chaabdn de cette même année (3 avril 1630), un torrent , s’étant débordé , inonda la plus grande partie du territoire sacré; ses eaux entrèrent dans la Mekke , et iienétrèrent jusque dans le temple de la Kaabah : la violence du torrent fut si grande, que presque tous les bâtiments de l’enceinte furent renversés, et il ne resta sur pied que le mur du cété droit.
Seyd-Vatsoud , gouverneur de la Mekke , se hâta d’informer de cet événement désastreux le pacbd d’Égypte, qui en donna aussitôt avis au sultan.
Afoiirdd en réponse à cette dépê-
(I) Crllr ann^ i> rnmmnice le mardi SI aotil de l'an les» de noire ère.
che, chargea Mohammed-Pachd de faire rétablir ce qui avait été détruit : et le pachâ exécuta ces ordres, en fai- .sant transporter d’Égypte à la Mekke, le bois , le fer, le marbre et tous les autres matériaux nécessaires aux réparations. En même temps, il y envoya des maçons et de.s charpentiers , avec des ofliciers pour y présider à l’ouvrage : la dépense, suivant le témoignage des écrivains contemporains , s^éleva à plus de 100,000 grouches (près de •100,000 francs de notre, monnaie ).
Ce travail fut complètement achevé l’année suivante; etles historiensorientaux remarquent que depuis l’iinôm ^bd-dl-Méleh-ben-Merouüii , quatrième khalyfe de la race des Ummiades, aucun prince n’avait eu l'honneur de réédifler la Maison de Dieu. « Ce fut,
■ ajoutent-ils , une gloire singulière
■ pour le sultan Mouràd, et une fa- « veur signalée que le ciel accorda à « Mohammed- Pachâ. •
En l’an 1040 de l’hégire (1), la crue du Nil fut très-médiocre : le premier Jour du mois cophte Thouth (2), il n’était pas encore à 16 coudées : malgré cette crue insuffisante, on ouvrit néanmoins la digue, et le jour même les eaux baissèrent subitement : il en résulta une grande cherté; mais les sages mesures du gouverneur parvinrent à éloigner la famine.
Cette même année, Mohammed- Pachd fut rappelé à Constantinople; mais le sultan lui témoigna son contentement de son administration, en le nommant à la cinouième place de vizir dans le divan impérial.
Le successeur de Mohammed-Pachâ fut le vizir Moussâ-Pachd. l.e nouveau gouverneur fut reçu avec les témoignages les plus flatteurs par les troupes et par le peuple , et on alla audevant de lui ju.squ’à Chobrâ; mais à peine installé, il se livra à des exactions cupides et à des exécutions arbi-
fl) Otte année a commencé le samedi 10 aoét de l'an 1030 de l’ére chrétienne.
(S) Le mois Thouth eat le premier de Tannée égypUenne. Le premier de ce moia oorreapondalt an août de notre calendrier, dans Ira années qui ne suivent pas Immédiatement une année Intercalaire; dans ce dernier cas. l'année cophte , et par conséquent le mois de Thouth , commencent le 30 soUL
LI3MVERS.
irairos. Il faisait couper illégalement et injustement les têtes des personnages les plus recommandables, et confisquait leurs biens à son profit. Nul n’était à l'abri de ses vexations, et il épiait la conduite de tous les gens riches, pour trouver un prétexte de s’emparer de leur fortune.
Au mois de ChaabAn de cette même année 1040 de l’hégire (mai 1631 ), le .sultan lui demanda des troupes pour une expéilition contre la Perse; Moussû- PachA donna le commandement de ces troupes à l’émir Aeijtas-Heij , et frappa sur-le-champ des contributions exorbitantes sur le pays, sous le prétexte de subvenir aux’ frais de l'expédition; quand les fonds furent rentrés entre ses mains, il manda à Keijtas- /rcyque l’expédition n'aurait pas lieu, et que. le trésor d'Égypte était hors d’état d’en soutenir la dépense. Afÿta.i- Bey fit en vain des remontrances au
fiaclu'l,qui l’appela à la citadelle du Kaire e jour de la jhe des victimes ( 1 ), mercredi 9 du mois de l)ou-l-Hagéh (9 juillet 1631), et l’y fit assa.ssiner par quarante hommes apostés. Les émirs kanaùn-Bey et Ahj-Bey survinrent peu après, et, saisis d’horreur à cet .attentat, coururent en instruire les troupes : aussitôt les soldats se réunirent dans la place de Boumelyéh ; les sandjâqs, les émirs, les qâdys et les principaux officiers s’assemblèrent dans la mosquée du sultan Hassan.
I-e résultat de leur délibération fut la déposition de Moussà-Pachâ et la nomination d'un qaym-maqâm pour exercer provisoirement l'autorité , en attendant la décision de la Porte Ottomane; l’émir Hassan-Bey fut élu pour ces hautes fonctions.
Moussà-Pachà s’était hâté d’informer le sultan de cette révolution; mais, de leur côté, les insurgés av aient adressé au divan de Constantinople deux requêtes , l’une en langue turque , signée parles sandjâqs, les aghâs et les premiers officiers militaires; l’autre en arabe souscrite parlesqâdys, Icscheykhset les ulémâs.Lesultan.en répouseùces adresses diverses, destitua Moussà-Pachà, et confirma Hassan-Bey dans ses fonctions
U) lyd-H-QorhAn , ou lud-él-QurahAn :
Cf’Uc UHe esl aussi appohf» le
provisoires, jusqu’à l’arrivée de KhaM- Pachà, qu’il venait de nommer au pacnàlyk d'Égypte.
Le nouveau gouverneur prit possession au mois de Raby-êl-Aouêl île l'an 1041 (l)de l’hégire (octobre 1631). Cette même année, il apprit qu’un rassemblement considérable de brigands, sous la conduite d’un chérif, nommé Adray, s’était emparé de la Mekke, et Livaji livrée au pillage. Khalyl-PachA rassembla aussitôt les milices du Kaire, et les expédia, avec l’émir Qdssem-Bey, pour réprimer ces désordres. Les brigamls, malgré la résistance la plus opiniâtre, furent taillés en pièces, les chefs des rebelles furent mis à mort, et au mois deSafardel’an 1042 (2) de l’hégire (août 1632), Çàssem-Bey ramena son armée victorieuse au Kaire, où des réjouissances publiques eurent lieu pendant cinq jours.
A ces succès à l’extérieur de l’ Égypte, se joignit, sous legouvernementde A'Wÿ/- Pachà, le bonheur intérieur de cette province; la plus grande abondance y régna , et l’ardeb de blé descendit dit
firix de huit grouches h celui de deuxseueinent(3). L’administration sageet équitable du pachà concourait à assurer U bien-efre des populations de l’Égypte- Un juif, nommé Yaqoub, exerçait depuis plus de quinze ans, au Kaire, les fonctions de serd/-ààchy (chef des changeurs) : il avait su gagner les bonnes grâcesdes différents pachâs qui s’étaient succédé, de manière que toutes les places considérables de la finance, ainsi que les principaux emplois administratifs de la ville, étaient dans sa main, et les musulmans gémissaient sous le poids de ses odieuses vexations. Résolu a punir ce fléau public, Khaiyt-Pachà résista à toutes les sollicitations des grands, qui le protégeaient, parce qu’il était leur débiteur pour de fortes sommes ; instruit des motifs de leurs instances , il leur paya lui-méme ce que le juif leur devait , et signa l’arrêt de sa mort.
Quand Ahalyl-Pachû quitta son gou-
(I) Cette année a commencé le mercredi le luillel de l'an mai de l’ére chrétienne.
(-i) Cette année a commencé le lundi IS Ju'Ulet de-l'an 16X3 de notre ère.
(3) Voyez sur la valeur de l’ordeb la note d.' la page 80.
ÉGYPTE MODERKE.
vern€nient,l’ande riiéKirel042(l), les boutiques furent fermées depuis le 22 du mois de Ramaddün ( 10 avril 1633)
Sii'à la fin de ce même mois; aucun & jusqu’alors n'avait reçu ce témoignage flatteur de la reconnaissance publique.
Personne n’avait été mis à mort sous son gouvernement, sans avoir subi une instruction judiciaire et une condamnation légale. Un jour on lui présenta trois voleurs pris en flagrant délit ; il ordonna qu’on instruisit leur procès ; un desofBciersdudivanlui représenta alors que ces sortes d’affaires ne devaient pas être assujetties aux formes ordinaires de la procédure, et qu’il serait plus convenable d’user de son autorité, pour les condamnera mort, sans suivre les lenteursd’un jugement régulier. Pourtoute réponse. A' Ari/ÿf-PacM ordonna d’aller faire démolir la maison de cet offlcier. Celui-ci, étonné, demandant le motif d’un tel ordre : « Comment , lui répondit « le pachâ , la destruction de cette main son que tu as bâtie te jette dansletrou- » ble , et Dieu ne. serait pas indigné , en « voyant détruire sans formes légales « l’édifice humain que ses mains memes " ont élevé. » Cependant Ahalijl-PachA révoqua l’ordre de la démolition , et, en meme temps, ordonna de remettre les trois voleurs en liberté.
Ebn-Aby-l-Sorour, qui rapporte cette anecdote, remarque que depuis ce moment la sûreté, la plus grande régna dans la ville, les voleurs qui la dévastaient auparavant ayant lionte d’abuser de la magnanimité du pachâ.
Khalyl-Pachà fut nommé par le sultan gouverneur de la Roumélie, et eut pour successeur au Kaire le vizir Ahmed-Pachâ, surnommé él-Kourtljy, ui avait été auparavant revêtu de lu ignité d'L'mÿr-dArAoi/r (grand écuyer du sultan ).
Au mois de Safar de l’an 1043 (2) de riiégire (août 1633), il reçut l’ordre du sultan d’envoyer en Syrie,’ i>our une expédition contre le prince des Druzes, deux mille hommes des troupes d’Égypte, avec cinq mille qontars (quintaux)
(DOtte année a commencé le lundi 19 Juillet de l'an I03’i de noire èrt».
(2) Cette année a commencé le vendredi 8 juillet de Tan 1633 de l'ére chrcUeimc.
de biscuit et quatre mille quintaux de poudre. Puis plus tard, arriva une nouvelle demande de deux mille hommes et de trois mille quintaux de poudre pour l’expédition contre les Persans.
Pour subvenir àces dépenses, ii fallait des fonds considérables, et que ne pouvait fournir l’Égypte; sur la demande de Ahmed-Pachà, le sultan envoya de Constantinople douze mille quintaux de cuivre, destinés à frapper des pièces de billon (Jelous), mais exigea, en retour, trois cent mille sequins. La fabrication commença, et fut bientôt arrêtée par le manque de bras et la mortalité des ouvriers, causée tant par la fatigue excessive de leurs travaux que par la chaleur extraordinaire de la saison. Embarrasséde l’emploi du cuivre qu'il avait reçu , le pachô assembla les émirs, avec les qâdys des bourgs et des villages ; son projet était d’acquitter de ses propres deniers la somme que demandait le sultan , puis de partager le cuivre en petits lingots, et de l'envoyer vendre dans l’intérieur de l’Afrique, à Tekrour (I) et au pays des INegres (2).
fl) Priiidiiale ville rte rxfrlijue centrale, suivant le» gétigraphcs ar.il>rs : voici ch odo je lis sur celle v ille, dans la (ifîügmphje d’.éif/fT-ractiyd^él-Iiahoiiy , dont j'ai rapporU'î d Kd;ypte un beau mnnu.scrit :
’•* Ville flans Je pays des Nègres : elle est « considérable cl cclehre : elliî u’f'sl point en- « ceinte de murs : sa population ctüt an partie N mu>ulinaiu‘ , en partie idolâtre ; mais Tau- € torlte royale appartient aux mustilinans. l.,ca K habitants sont nus , tant les huDitne.s uue les « femmes, a l'excepllên. <le> plus distln^ui^ M dos nuLsulinan-s, (|ui .sont vêtus d un inanleau « ou plutôt d'un lun^ p.a;;iic de vin;;t eou- *» dé€6 : les femmes di^ Idol.aires cachent le « devant de leur corps avec «les franges «le •« vernilcrifLS, réimie.s a\ec dea üls »l suspen- H dues autour de leur «viniure. »
.2) Kn aratie. iirtdd’tl-Soudân : le céo* graphie ,-4bd‘ér-rai'hyd'i l ‘Il^kouy place c«î pays a la lon^itmle «Je 3, «d a la latitinie de 0’ 20 , il ajoute l’article suivant : " O pays
• «*sl borné au nord par le nays dos Herln'res; 'I au midi, par do >asles «leserts; il a a .son n orient l’Abyssinie» et a son CAUicJiant il sV- « leml Jus<|ii''a la nn»r océane. l.a terre y r>t « brtiif'-e par la vlolenco «le la chahsir; et It « soleil ne c«'»se pas dVtr** perpendiculaire au- M dessus de la têt«' (ies habitants.
n Us sont Imil mis. «t ne pt^rlent pas de « véfenienls a causi^ de celte chale«ir «‘x- « ce.sstve.
*1 Parmi «Mix les uns sont miisuhnan» , les € autrt‘s Aff/nvt ( Idotatres ). I.eur terre nn»
• duit «le l’or. On v Irouvu le rhin«xx‘ros, î’ele* c pbaut et la pirafe.
L’UlVIVEKS.
Malljourciisement un des qâdj's ouvrit ui) autre avis: il conseilla d’obliger les habitants du Kaire à recevoir ce cuivre, en paiement des sommes que devait le trésor, et d’en épuiser le ri'ste par une distribution forcée, que chacun d’eux serait contraint à payer comptant : cet avis prévalut; la distribution commença le 16 du mois de Dou-I-Hagéh de l’ân 1043 de l’hégire ( 1 :i Juin 1 634) et ne finit qu’à la fin du mois de Chaabàn de l’an 1044 (1) de l’hégire (février 1635). Personne, ni grand ni petit, ne fut exempt de cette exaction financière : on obligea les gens les plus pauvres à recevoir leur part du cuivre, et à en solder la valeur en espèces. Il en résulta une augmentation générale de toutes les denrées et une misère excessive.
A ces fléaux sejoignit, la même année, une crue insuffisante du Nil. Cependant, malgré la sécheresse, la récolte^ fut inrilleure que dans des années où les terres avaient été plus arrosées.
Ahmed-Pachâ ne tarda pas à être rappelé; en quittant l’Égypte il refusa de rendre ses comptes au trésor, s’cn remettant au jugement du sultan; mais à peine fut-il arrivé à Constantinople , qu'il fut accusé de concussion dansl’aftaire des cuivres, et le sultan lui fit couper la tête.
Le vizir //OMSseyn-PacAd fut nommé pour lui succéder : ce nouveau gouverneur se fit promptement détester par l’excès de ses rapines et de ses cruautés ; non-seulement il s’emparait sans dédommagement de tout ce qui était à sa convenance, mais encore il avait amené avec lui un grand nombre de Druzes, qui commirent toutes sortes de brigandages dans la ville ; les marchands, effrayés, fermèrent leurs boutiques , et tout commerce fut interrompu (bans la ville.
Sous le gouvernement de Houtseyn Pachà , aucun héritier ne recueillit de
« Dans oe pays sont de grands arbres. Les
• haUtants établissent leurs cabanes sur les n plus élevés , a canse de la multitude des « fermites dont abonde ce territoire; ils pla-
• cent dons œs cabanes tous lenrs effets et
• leurs aliments pour qu’ils ne soient point gétés
• par ces insectes »
C ) Cette année a commence le mardi S7 Juin de l’an 1634 do notre ère.
successioti; le gouverneur s’emparait des biens de tous ceux qui mouraient, quels que fussent le nombre et les droits de leurs parents. Il suffisait, pour se venger d'un ennemi , de le dénoncer au pachâ comme coupable d’avoir recueilli une succession, ou enfoui un trésor : sur cette seule délation , le dénoncé était mis en prison, et ii’en sortait qu’en payant oes sommes considérables.
ïl ne se passait pas de jour que Hottsseyn-PachA ne parcourût à cheval la ville et ne fît massacrer une ou deux personnes : s’il voyaitungrand concours de peuple, il y accourait le cimeterre à la main, et se faisait jour, en massacrant tout ce qui se trouvait sur son passage, hommes et animaux. Pendant la durée de son gouvernement, qui fut d’un an et onze mois, il fit mourir plus de douze centspersonnes, sans jugement et par caprice de cruauté , sans compter ceux qu’il tua de sa propre main.
Au reste, il sut bientôt se faire craindre des troupes , et , voulant être tyran lui seul, réprima sévèrement leurs exactions envers les habitants : depuis cette époque, tant qu’il fut en place, on n’entendit plus parler d’aucun brigandage, ni d’aucun vol.
Le vizir Mohammed-ben- Ahmed fut son successeur. Ce nouveau gouverneur était fils de Ahmed- Pachâ , et petitfils d’une fille du sultan Selym II. Au mois de Chaouâl de l’an 1047 (1) de l’hégire (février 1638), Mohammed- Pachâ reçut ordre d’envoyer quinze cents hommes au sultan pour rexpédition contre Baghdad : cette armée sous le commandement de Vémyr-éthag , nommé Q(^ou-Pachâ , se mit en marche au mois de Mobarrem de l’an 1048 (2) de l’bégire (juin 1638), et ne causaaucun dommage sur sa route ; elle ne rentra en Égypte qu’après la prise de Baghdad , à Ta lin du mois de Safar de l'an 1049 (3) de l’hégire (juin 1639 ).
Ce pachâ, suivant l’exemple de son prédécesseur, recueillit un grand nomore de riches successions, à la mort des émirs et des uléniâs les plus distin-
(I) Cette anDée a coinmnioe le ourdi æ mai de rao IU7 de notre ère.
('i) Cette année a commencé le samedi is mai de Pan less de notre ère.
(3) Cette année a commencé le mercredi V mal de Pan isas de Père ciirèUenne.
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gués ; car il s'emparait île tous cesliéritagcs, et leurs héritiers liigitinies, les plus favorisés par lui, pouvaient à peine eu obtenir la moitié. Il ne se contentait pas (le s’emparer du revenu des fondations pieuses, il taxait encore arbitrairement les fermiers chargés de recueillir les fonds de ces établissements, et les jetait dans les fers jusqu’à ce qu’ils eussent payé. Il supprima à son prolit les pensionsque payait le trésor public aux veuves et aux femmes indigenliei ; cette reforme réduisit un grand nombre de familles à la plus profonde misère.
La mort du sultan Mourdd IV (I), arrivée le jeudi 10 du mois de Cbaouàl de l'an 1049 de riié.gire ( 9 février 1040), fit espérer à l’Égypte sa délivrance d'une oppression aussi tyrannique ; en effet , son frère le sultan Ibrahijm-bai-Ahv\ed, qui lui succéda sur le trône de Constantinople, parut dispose à remplacer Mohammed-Pachà :
il ne lui envoya pas les présents que les gouverneurs d'Egypte recevaient ordinairement à ravéïiemeiit d’un nouveau prince, et aiinontp liauteiiient que le, paclià d'Egypte allait passer au gouvernement de Médine et de la Mekke.
Muhammed-l’achâ craignit d’avoir encouru la disgrâce du nouveau sultan , et suspendit pour un temps ses vexations. Mais, peu après, le sultan parut avoir changé d’avis, les présents accoutumés arrivèrent au Kaire, et dès lors le achû, certain de sa confrmation , s’aaudonna, comme auparavant, à ses inclinations tvranniques.et inqMi.sa de nouvelles taxes, les étendant sur les moindres corporations et les plus pauvres ouvriers de tous les métiers (2).
(O Monnaie da soltan Hourid IF bm- Ahmed , frappée en er au Kaire, avec la data de I'bd 1032 de l'hégire, IS22 de l'ère chrétienne.
(2) Ce péché anp]eUU â-de fortes redevances les pauvres joueurs d’instruments qui par-
En&a Mohammed-PackA futdéstitué et remplacé par Mousta/A, surnommé él-BostA/igy (1). Mais l'espoir qu’avait fait naître ce changement ne fut pas réalisé ; non que le pachâ fût lui-même d’humeur tyrannique; mais son kyahyà ( lieutenant) et son kaUb ( secré taire), nommé Ahmed - Ejjendu , s’étalent emparés de toute sa confiance :
eux seuls avaient accès auprès de lui , et ils le tenaient, pour ainsi dire, bloqué dans le château du Kaire, tandis Qu'ils se livraient impunément^ à son insu , aux injustices et aux vexations les plus odieuses. La misère publique fut encore augmentée par l’insuffisance de la crue du Nil, et les grains devinrent excessivement chers.
La négligence du pachâ à s’occuper par lui-même des affaires de son gouvernement amena bientôt plus d’un désordre; les voleurs se multiplièrent tant, qu’il ne se passait point-de nuit que quelques quartiers du Kaire ne fussent pillés. Les habitants des quartiers les plus exposés furent obligés d’abandonner leur demeure. Lorsqu’on arrêtait quelques-uns des brigands, on les remetrait entre les mains du ouahj ( chef de la police), qui les relâchait bientôt moyennant quelque présent. Les kachefs, qui gouvernaient les provinces, iinitcreut l'exemple du chef «le la police du Kaire. La conduite de ces administrateurs et l’excès des brigandages excitèrent des plaintes générales ; MoustaJa-PachA ne put s’empêcher de destituer le oualy , et de le remplacer par l'émir Kânaûn-Bey. Le nouvel oualy
Eoursuivit vivement les brigands, et en t jeter un grand nombre dans les prit, sons.
D’un autre côté, les milices manifestaient une insubordination dangereuse ;
ooarent les raes du Kaire , les chantsurs , les danseuses publiques . les baladins i il imposa des taxes exorbftanles sur chaque métier employé au travail de la.soie, soit dans le Kaire, soit dans les environs, et Ehn-Aby-l-Sorour , écrivain contemporain , noos alleste que le reœnsement constata l'existence de dix-septmille métiers au Kaire , à Bmbabéh el à Gÿzéh.
(I) Les bostùngys, dont le nom en lurk sl^fie yardini'm, forment un des corps mili- Uures plus spécialement cbargés de la garde du sérail impérial i leur chef, le boslangybachy, est Pun des ofliciers les plus considérables de la cour olluiuane.
L’UMVERS.
au mois de Cbaouâ) de l’an 1061 (1) de l'hégire (janvier 1642), les tchaouchs se soulevèrent contre leur kyahyà, l’émir jily, qu’ils accusaient de ne distribuer les charges militaires que parmi ses créatures, au lieu de soumettre les promotions à la décision du divan. !.« pachâ fut forcé par leurs menaces de remplacer l’émir Aly par , l’émir Abedyn-Bey.
Rientdt , encouragée par le succès de la rébellion d’un des corps militaires , l’armée entière se souleva : elle se plaignait que les greniers publics étaient vides, et réclamait les rations dont l’arriéré lui était dû depuis plus d'une année.
Le qddy-el-asker, Mohamnw.d- Ef/enay, par lequel les milices firent faire la visite des magasins, reconnut en effet que les grains avaient été enlevés et vendus au profit du kâteb du pachâ. L’indignation publique força le ^cbâ à destituer son favori ; mais celui-ci réussit à acheter l’appui des tckaoucht et à se faire rétablir dans sa place.
Dès lors il s’y conduisit encore plus mal qu’auparavânt , et le pachâ, tombé dans une dépendance totale, ne faisait rien que par l’impulsion du kâteb et du kyakyâ, dont les ve.xations et les rapines devinrent sans bornes.
Enfin MoustaJA-Pachà fut remplacé par le vizir Maksoud-l'achâ, ancien gouverneur du Dyar-bekir ; le nouveau pachâ exigea un cumpte sévère de son
Îtrédécesseur , fit arrêter le kyakyâ et e kâteb, et, après une forte bastonnade, il les força à rembourser au trésor deux cents bourses, dont l’avaient frustré leurs concussions. Quant à Moustafà- Pachâ, il fut envoyé à Constantinople, où le sultan se contenta de lui faire verser deux cents bourses au trésor im-
fiérial , puis lui accorda une place parmi es sept vizirs du divan de Buumélie, en considération de ce qu’il était devenu son beau-frère.
Sous le gouvernement de Maksuud- Pachâ, l’Egypte fut affligée d’une peste plus cruelle que celles du temps des pachâs Aly et Djafar. Ce fléau fut général, et les vieillards n’eu furent pas
U) Cette année a commencé ie vendredi l i avril de Tan I64i de notre ere.
plus exempts que les jeunes gens. On vit périr des vieillards plus qu’octogénaires , ce qui n’avait jamais eu lieu jusqu’alors.
I..a maladie avait commencé à se manifester à Boulaq, dès les premiers jours du mois de Cliaabân de l'an 10.S2 (1) de l’hégire (novembre 1642). Ce ne fut que deux mois après qu’elle parut dans le Kaire ; elle y dura dans toute sa force depuis les premiers jours du mois de Dou-I-Qadéh de cette même année (février 1643), jusqu’à la fin du mois de Safar de l'an 1053 (2) (mai 1643); elle commença alors à diminuer, et ne cessa entièrement qu'à la fin du mois suivant : jamais l’épouvante n’avait été si grande , chacun n’attendait à chaque instant que la mort, et l’on voyait trans|)orter à la fois trente cadavres dans les rues. !.« nombre de ceux qui furent apportés aux cinq principales mosquées du Kaire, pendant trois mois environ, monta, suivant Ebn- Aby-kSorour, liistorien contemporain , et qui se donne pour témoin oculaire, à neuf cent soixante et deux mille : on finit par enterrer les morts sans aucune cérémonie funéraire , et le nombre de ceux-ci fut au moins égal au premier.
Deux cent trente villages des provinces de l’Égypte furent entièrement dépeuplés par la mort de tous leurs habitants.
Maksoud-Pachd s’efforça de réparer les maux qu’avaient causes à l’Égypte l’incurie et la faiblesse de son prédcces-, seur.
Il supprima toutes les concussions et les exactions injustes; les successions furent rendues aux héritiers légitimes , movennant un droit payé au fisc. Les recherches les plus sévères furent exercées contre les voleurs ; ils furent punis du dernier supplice, et la silreté fut rétablie ainsi dans tout le pays.
Pendant que le pachâ s'occupait de ramener l’ordre dans le Kaire, un désordre imprévu éclata à .Vlexandrie , le vendredi 20 du mois de Üou-I-Qadeli de celte iiiêine année 1053 de l'hégiro ( 29 janvier 1644 ) ; six ceiits esclaves chrétiens y étaient reufciines sur plu-
(I) Celte .xnmV.i commencé le m.ardi 1" avril de l'an lovi de l'ere chrélienue.
(a) Celle annc'e a commence le dimanclie 2-.; mars rte l'an isia de noire ère.
ÉGYPTE MODERNE
sieorsg3lères:(lét3ch(-sd«leiirs chaînes, pour aider au travail de l'armement d’un Taisseau, ils forcèrent les portes de l’arsenal , se saisirent des armes, puis , se répandant dans Alexandrie, pendant que le peuple était dans les mosquées à l'heure de la prière, ils enfoncèrent les boutiques ainsi que les magasins et les pillèrent : s’emparant ensuite d’un des vaisseaux qui étaient dans le port , ils réussirent a s’échapijer.
Un danger plus réel mena(^a bientôt Maksoud-Pacnâ ; les sandjâqs ourdissaient secrètement une conspiration contre lui , et le vendredi 1 2 du mois de Ramaddân de l’an 1054 (1) de l’hégire ( Il novembre 1644), ils se réunirent tous chez l’émir Rmldouàn-Hey , surnommé Abott-chmnareb. I.eur mécontentement venait de ce que le pachô , pour faire les fonds de la solde des troupes , au mois de Ramaddân , exigeait d’eux le versement du premier tiers de ce qu’ils devaient au trésor, à raison des fiefs militaires qu’ils possédaient.
Les conspirateurs déclarèrent refuser ce payement, et de plus exigèrent la destitution et l’exil des officiers qu’ils regardaient comme les principaux conseillers du gouverneur.
.WaAjoi/d-Pacâdcédaàleurdemande; mais l’assemblée ne se sépara pas avant d'avoir rédigé une requête, qui fut expédiée à Constantinople, et qui renfermait plusieurs chefs d’accusation contre le pachâ.
La réponse impériale fut adressée au pachâ lui-même : le sultan mandait, « au’instruit de la révolte des milices,
" il en ignorait la cause , et était sur- « pris que Makxoud- Pacha n’en eût « point informé la Porte-Ottomane. »
Le pachâ eut beau répondre qu’il n’y avait pas eu réellement de révolte déclarée, qu'il y avait eu du mécontentement et des plaintes, auxquelles il avait cru devoir faire droit. De nouveaux ordres arrivèrent, enjoignant de faire la recherche des auteurs de la rébellion et de les juger, ou de s’en défaire de tiuelque manière que ce fût.
Malgré ses intentions pacifiques, Maksoud- Pachâ se vit contraint d’obéir : il voulut se défaire dans le divan
(I) Cette année a commencé le jeudi 10 mars de l'an I6«4 de l'ere chretienue.
même des émirs Àhj-licy et Mamay- Jtey, ainsi que du defterdâr ChaabAn- Ffjendy, qail connaissait pour les trois principaux excitateurs des troubles. Des
f;ens étaient déjà apostés pour les tuer, e lundi 23 du mois de Dou-I-Hagéh de l’an 1054 de l’hégire (20 février 1643); mais le hasard voulut qu’aujour fixé pour cette exécution sanglante , le defterdâr vint seul au divan : le pachâ, jugeant inutile le meurtre d’un seul des trois chefs des mécontents, remit à un autre jour son projet. Le lendemain il n'était plus temps : l’armée tout entière s’assembla, proclamant la déposition de Mahsaua-Pnchà , et la nomination du defterdâr Chaabàn-Bey comme qaym-maq&m , pour exercer provisoirement ses pouvoirs. Les aghâs portèrent cette décision au pachâ déposé : dégoûté de ses hautes fonctions si enviées et si périlleuses , se jugeant heureux d’échapper par cette déposition à une catastrophe qui pouvait être plus funeste, Maksoud reçut avec plaisir cet arrêt, accueillit Son successeur, le revêtit d’un kaftan d’honneur, puis, lui abandonnant toute l’autorité, il quitta la citadelle, et se retira dans une maison qu’il avait à la ville.
Ia!s sandjâqs adressèrent au sultan une nouvelle requête, dans laquelle, en lui rendant compte de la révolution u’ils venaient d’opérer, ils protestaient e leur soumission à recevoir le gouverneur qu’il lui plairait d’envoyer pour remplacer Maksoud-Pachâ. Souleymân-Jghâ , porteurde cette requête, revint au bout de quarante-quatre jours avec la réponse du sultan, qui leur accordait toutes leurs demanaes , et leur donnait avis de la nomination d’ /youô- PachA au gouvernement de l’Egypte.
Quand le nouveau vice-roi fut arrivé au Kaire , il y eut entre lui et Maksoud des difficultés pour la reddition des comptes ; mandé à ce sujet, et persuadé que cct ordre était celui de son arrestation, Maksoud alla de lui-même se rendre au lieu qui servait ordinairement de prison aux pachâs déposés ; mais telle n’était pas l'intention A'.lyoub- Pachü ; il laissa partir son prédécesseur pour Constantinople, où le sultan, irrité, lui fit les plus vifs reproches d’avoir cédé ses pouvoirs à un quym-maqâm
L'UNIVKRS.
rebelle, etd'avoirabandonné la citadelle du Kaire, sans y avoir été contraint à force ouverte; ces reproches se terminèrent parun arrêt de mort, que subit le malheureux pachâ.
Avant d’étre nommé au pachâlyk d’Égypte, Ayoub-PachA exerçait un emploi dans le sérail impérial. Lesultan Ibrahym venait d'apprendre la déposition de MahsoudrPachA jan les sandjàqs, lorsque le hasard nt rencontrer . /you6 devant lui. Nommé gouverneur d’Égypte par le sultan , il retusad’abord ce poste périlleux, et fut ensuite contraint d’accepter. Pendant deux ans environ qu’il administra l’Égypte, sa bonne conduite, et celle des officiers auxquels il donna sa confiance, maintinrent partout la tranquillité et le bon ordre. Lorsqu’il quitta son pachâlyk, il se démit de la dignité de vizir, abandonna au sultan tout ce qu’il possédait, et embrassa la profession de derviche, dans un couvent de la Roumélie.
Le vizir Mohammed- PachA - benllaydar lui succéda : 11 occupa cette place près de deux ans et demi, et tout le temps de son gouvernement ne fut qu’une suite de troubles et de révolutions.
Le 10 du mois de Régeb de l’an 1057 (!) de l’bégire (Il août 1647), quelques janissaires commirent à Mesr-él-Atyqah ( le vieux Kaire) quelques désordres, qui furent réprimés par leoua/n .résolus de se venger, les Janissaires sV ineutèrent, et allèrent demander au pacliâ la tête du oualy, qui n’avait d’autre crime que d’avoir rempli son devoir avec fermeté; le pachâ, cédant à l’orage, allait accorder le sacriBce que les factieux lui imposaient ; mais le ouAly était du corps des tchaouchs ; ceux-ci , à leur tour, firent éclater leurs plaintes contre cet acte d’une faiblesse inique et barbare. Embarrassé, et craignant que leurs réclamations ne parvinssent au sultan , le pachâ consulta l’émir Qansou-Bey; celui-ci . voulant tirer parti pour ses intérêts particuliers de la position critique du gouverneur, lui donna le conseil de faire parvenir au divan de Constantinople un rapport , dans lequel il déverserait tout l’odieux de l’affaire
(I) Celle aoorn a commence* le mercredi 9 février de l’an 1647 rti* r»*n* ri»rélieime.
sur les émirs Roddouân-Bey 'et ,4bj- Bey, les accusant en outre de retenir les fonds du trésor, et demandant qu’on dépouillât le premier de sa charge d'émyr-él-hag, et le second de son gouvernement ae Girgeh, pour en revêtir MamAy-Bey et Qaruou-Bey lui-même.
.Malgré le secret mis dans cette intrigue , le rapport devait être nécessairement revêtu d’un grand nombre de signatures ; un des amis de Roddouàu en edt connaissance, et s’empressa de l’en aviser. Aussitôt BoddouAn-Bey répliqua au rapport accusateur par un mémoire justificatif, dans lequel il dévcilait au Divan les manœuvres de Mamdy-Bey et de Qansou-Bey , véritables détenteurs des deniers publics. Un heureux hasard voulut que la Justification arrivât avant l’accusation au sultan, qui, en réponse, écrivit aux deux émirs Roddouân-Bey eX Aly-Bey. qu’ils avaient toute sa confiance, et qu'il leur donnait la commission spécialede poursuivre ceux qui usurpaient les fonds du trésor.
Munis de cet ordre, les deux émirs se rendirent au Kaire, le 21 du mois de Gemady-êl-Aouêl de l’an 1057 (24 Juin 1647); les volontés impériales furent signifiées au pachâ, qui fut obligé de s’y conformer : MamAy-Bey et Qansou-Bey furent appelés au cnâteau le mardi 27 du même mois ( 1®' judlet), y furent arrêtés et étranglés le lendemain. D’autres émirs, complices de leurs intrigues , subirent le même supplice.
A peine cetteviolenteexécution avaitelle rétabli la tranquillité, qu’elle fut de nouveau troublée par les intrigues de l’émir MoustaJA, surnommé ét-Chechnyr, kyahyâ des tchaouchs : mécontent de ne pas obtenir le titre de sandjâq , en remplacement de Qansou- Bey, il s’en prit aux émirs Roddouân- Bey eXAly-Bey, et parvint à indisposer contre eux le pachâ; le lundi 8 du mois de Ramaddân de .cette même année ( 7 octobre 1647), /4/y-fiey reçut l’ordre de quitter le Kaire, et de se rendre sans délai dans sou gouvernement de Gir-
?;éb. Trois jours après, RoddouAn-Bey ut invité par le pachâ pour un festin à la citadelle. Craignant un guet-apens, RuddauAn refusa de se rendre à linvi-
, ÉGYPTE
t:ition, et le paehà l’eu punit, en le dépouillant de sa charge A'émyr-d-ha^ :
alors Roddouân- ISey prit la résolution d’aller rejoindre Aly-Uey , et sortit du Kaire, avec environ deui cents de ses artisans, plusieurs émirs et plusieurs àcliefs. Aussitôt le pachri ordonna à deux mille hommes de la garnison et à cinq cents janissaires de marcher à la poursuite des deux émirs : les troujK’s s’assemblèrent sur la (ilace de Hou~ mélyéh; mais elles déclarèrent, en arrivant sur cette place, qu'elles u’eiecuteraient pas les ordres du pacliâ , et en ce moment même arrivèrent des dépêchés de Constantinople annonçant que lesultan conlirmait dans leurs fonctions limkhmàn-hty et Aly-Bey.
Le paclii se vit ainsi forcé de rappeler ces deux émirs avec homienr au Kaire, et ménagea leur rcconeiliution avec le kyahyû Moustajd, le vendredi 19 du mois de Kamaildén (28 octobre 1047).
Le paclid ne jouit pas longtemps do ce retour de tranquillité ; le G du mois de l)ou-l-IJageli de celle même année (2 janvier Itèl8), on apprit au Kaire (|iie le vi/.ir Moustu/d-PavhA était nommé au gouvernement de l'Egypte, et venait y remplacer le pachâ Muluivi- >ned-ben Hay-dar.
Mais, le 26 du même mois ( 22 janvier), de nouvelles dépêches antionccrent que lesultan avait révoqué celte nomination, et donnait le pachillyk d'Egypte au vizir .Mohammed-Vadia.
Ce gouverneur négligea absolument les affaires pour se livrer tout entier aux plaisirs; cependant aucune révolution ne troubla son administration.
Ses fonctions cessèrent à ravcnemenl du sultan Mohammed succéda
à son père Ibrahym (I) le 17 du mois
(I) Monnsledu tulUn Ibrahym ùen-A bmtrl , frapis'sî fil argent , au Kaire , avec la date de fannee loi» lic l'héglte, Isa» de notre ère.
de Régeb de l’an 1058 (l)de l'hégire (8 août 1648).
La nouvelle de cette mutation du trâne ottoman était arrivée au Kaire au commencement do mois de Ramaddân de cette même année : on y apprit en même temps que le sultan Mohammed ly avait nommé pour gouverner l’Égypte le vizir Ahmed-PachA, qui avait été précédemment à Constantino-
file kyahyû des qapydjy» ( gardes de a porte). Les deux ans de son gouvernement furent agités de violents troubles et roarc^ués par des calamités.
La première fut, l’an t060 de l’hégire (2) , une crue insuffisante du Nil, qui atteignit à peine seize coudées : dans la haute Egypte, il n’y eut qu’un tiers des terrains d^inondé, et dans l’Égypte inférieure presque toutes les parties cultivables ne purent être arrosées. Les denrées enchérirent, et les revenus publics diminuèrent. Loin d'être touché de la misère générale, Ahmed-Pachû augmenta les taxes d’une manière exorbitante , et cependant n’envoya à Constantinople que les deux tiers de la contribution annuelle.
Prévoyant bien que cet envoi serait mal reçu , et voulant nuire à l’émir Roddouân-Bey, que lui rendaient suspect la considération méritée dont il jouissait et l’influence qu’il exerçait sur les populations, ce fut lui qu’il chargea d’accompagner à Constantinople le convoi financier, et d’en faire le versement au trésor impérial. Il espèraitpar là faire tomber sur lui les premières Mutadesdu mécontentement du sultan, et en même temps il faisait partir des dépêches dans lesuelles, accu.sant RodaouAn-Bev U Divan, ildemandait qu’il fût dépouillé de la charge à'émyr-él-hag, dont il était alors revêtu. Lecandidatqu’il présentait pour le remplacer ignorait la trame ourdie et la présentation dont il était l’objet : c’était ce même Aly-Bey , compagnon fidèle de Rodouân-Bey dans sa bonnecominedanssa mauvaise fortune; et le pachâ espérait ainsi désunir ces deux amis dont il redoutait, la puissance. Mais , avant que RoddouAn-Bey ne
(I) Cette' année a coimnencé le lundi Janvier de l’an IS«8 de notre ère.
(2) Cetle année a commencé le mardi i ]anvier de Tau léso de notre ère.
fOt de retour de Constantinople , on apprit au Kaire, le samedi 6 du mois de Safar de l'an 1061 de l'hégire (1) ( 39 janvier 1651 ), la destitution Ahmedl'achA lui-méme.
Cependant , loin que l’amitié des deux émirs eût été troublée par la manœuvre de Ahmed-Pachà , elle n’en fut que plus resserréeencoreetmieux manifestée. Il v eut entre les deux amis un débat de gén^ rositéà oui céderait à l’autre la place d'émyr-flrhag; et le peuple, enthousiasmé de leurs vertus, les accueillit avec les acclamations les plus éclatantes sur la place de Roumelyéh.
Ces acclamations durent aller apprendre au paebà déposé combien avaient été vaines ses machinations frauduleuses : il dut les entendre avec dépit de sa prison; car les comptes qu’avait exigés de lui son successeur avaient été sévères ; et il avait été emprisonné par son ordre à la citadelle , dont il ne sortit qu’après avoirpayé au trésor public des sommes considérables.
Ce successeur était le vizir Abd-érrahmdn-Pachâ , qui occupa le gouvernement de l'Egypte Jusqu'au commencement du mois de Chaouâl de l’an 1062 de l’hégire (2).
Quand ii fut destitué lui-méme, il eut à soutenir, à son tour, de grandes contestations avec son successeur, et il fut retenu jusqu’au solde de compte dans la même prison où il avait renfermé son prédécesseur.
Ijt pachâ que le sultan avait choisi pour le remplacer au gouvernement de l’Égypte était le vizir Mohammed-Pachà. Nommé le 5 du mois de Chaouâl de l’an 1062 de l’hégire (19 septembre 1652), ce gouverneur ne lit son entrée au Kaire que le mardi 8 du mois du Moharrem de l’an 1063 (3) de l’hégire (10 décembre 1653).
Depuis cette époque, jusqu’à la On du dix-septième siècle de l'cre chrétienne(1112 de l’hégire), l’histoire do l’Egypte ne présente qu’un tableau monotone et sans intérêt de pachâs se succédant obscurément , et sans événe-
(t) Cette année a commencé le dimauche décembre de l'an 1050 de notre en*.
(2) Celte année a commence le Jeudi II décembre de l'an 1621 do l'ére chrétienne.
(3) Cette année a commeni e le lundi 2 décembre de l'an 1652 de notre cre
ments importants, au gouvernement decette province.
Acheter par des largesses aux membres du divan de Constantinople la nomination à ce pachâlyk , s’y maintenir un au ou deux par les plus lâches concessions envers les beys, dont le chef, sous le nom de Cheyhh-él-Beled, était le véritable souverain du pays, chercher à s’y enrichir par toutes sortes d’exactions et de concussions, ne sortir du pouvoir que pour être emprisonnés, dépouilles, exilés, ou même étranglés par l’ordre du sultan , ne laisser en Egypte aucun souvenir de bonne administration ou d’établissement utile, voilà l’histoire, continuellement répétée , des vingt-deux pachâs nommés a ce gouvernement pendant ces cinquante années , et dont les noms , obscurs à juste titre, ne méritent aucunement d’être conservés par l'histoire.
Toutefois durant ce demi-siècle le trône ottoman avait subi trois mutations, et par conséquent l’Égypte avait changé trois fois de maître suzerain.
Le 3 du mois de Moharrem de l’an 1099 (1) de l’hégire (novembre 1687), Mohammed W, Glsdu sultan Ibrahym, avait été déposé, après un règne de quarante ans, et enfermé dans une prison , où il mourut six ans après , i'aii 1 105 (2) de l’hégire (janvier 1694 ).
■ Il avait été remplacé sur le trône de Constantinople par son frère Souley- 7iiàn, //•'du nomsuivant noshistoriens, IIU suivant les Orientaux, qui ne régna
3u’environ trois ans, et mourut le 30 U mois de Kamaddân de l’aii 1 103 (3) de l’hégire ( 1 1 juin 1691 ).
Un troisième fils A' Ibrahym, Ahmed-Khân, quenos écrivains nomment Achmet II, avait à son tour hérité de l’empire, et, après un règne de trois ans et demi, était mort l’an 1106 (4) de l'hégire (27 janvier 1695).
I.a mort A' Ahmed II fit passer le pouvoir impérial entre les mains de son neveu .T/o«s/a/d-A7td» ( Moustafâ 11),
(I) Cette année a rammeneé le vendredi 7 novembre de l’an 1687 de imtre cre.
(2) Celle anm« a commencé le mercredi 2 scpteinlin? de Tan J0y3 de noire ère.
(3) Celle année a commencé le Jeudi &octol)rc de l’an I0£>ode noire ère.
^4) (Mie année a civininencé lo dimanche \ 22 août de rat) IG94 de rèrechrélienDC.
ÉGYPTE MODER.NE
Bis aine du sultan Mohammed IV -, mais, après un régne de neuf ans environ , il subit le même sort qui avait renversé du trône son père. Déposé au mois de Gemady-él- Aouel de l’an 111.5(1) de l'bégire (septembre 1703), il mourut en prison au mois de Moliarrem de l'an 1 1 19 (2) de l'hégire (avril 1707).
Son successeur fut Ahmed-Khàn, son frère, que nos historiens nomment Mchmet III, et qui occupa le trône ottoman pendant vingt année».
Sous le règne de ce sultan, de nouvelles révolutions vinrent agiter le pachalyk d'Égypte. .Mais, désormais les paclids n’y ’ jouent presque toujours qu’un rôle passif et secondaire ; les débats de pouvoir et les catastrophes n’ont plus lieu qu’entre les cheykhs-Ht-beled.
Et du haut de la citadelle «lu Kaire , où les tient emprisonnés la défiance ombrageuse des beys , les pachôs , loin de coutre-balancer leur puissance, semblent n’étre venus au Kaire que pour assister en spectateurs indifférents et désiutéressK aux luttes acharnées dont presque chaque Jour la capitale do l’Égypte est devenue le théâtre.