‹ L'UniversChapitre 4 sur 121 · LXIV · texte numérisé non relu

LXIV

(2) Souraù exil.

(3) Sourate II, Jl. 6i —Sourate IX, .» 12.

(4) La tribu des Kouychilcs {Ben’j-Qo-

réfugié à Médine, il y date de sa fuite la nouvelle ère ( t ) de, sa destinée désormais victorieuse: il affronte les dangers, les obstacles, les revers; il prélude par la victoire de Bedr à de nouvelles victoires, et se fait ramener triomphant dans les murs de la ville sacrée, par ceux mêmes qui l’avaient proscrit et expulsé , convertis à sa foi , et devenus ses plus ardents sectateurs. Dès lorsdes succès non interrompus .signalèrent le reste de sa vie et de son apostolat; soit crainte de ses armes, soit persuasion, toutes les tribus de l’HedjAzIéï), de l’Yemenl'i) et du reste de l’Arabie, vinrent successivement se ranger sous l’étendard de l’islamisme.

La presqu’île entière ne forma bientôt plus qu’un seul peuple, sous une même loi et sous un même chef; revêtu de In double puissance spirituelle et temporelle , Mahomet avait atteint son premier but. Peut-être allait-il, donnant un nouvel essor à ses projets gigantesques, lancer contre les contrées environnantes cette force puissante qu’il s’était créée par son génie; déjà ses troupes victorieuses avaient franchi les frontières de la Syrie : la mort l’arrêta , l’an 1 1 de l’hégire (4) , (632 de l’ère chrétienne), à l’Age de soixante-trois ans, dans son admirable

rtych). In plus noble de celles qnl s'Clalent fixées eo Arabie , prettiiulalt üesceiiUre directeuiefU d’Umaôi, tils du patriarclieAhr.Tham; leurdia' lectc, que parlail Mahomet et dont il a fait dansaea écrits, passait pour !e langage le plus pur (le toute l'Arabie.

(1) Ou hait que i'ère des musulmans est nommée Hcgirc cl date de la cedébre fuite de Malionu't a Médine, nommée alors Yaihrrb^ et qui prit à celte êpo<iue le nom de Med^uéU (Ville par exadlence j ou de Medyntt fUSahy ( Vil!(‘ du Prophele i. Le mol hcgirc ( Hegirvh ) signüie fuite , en aralxA, et l'époque de celte ère a comuiencé le jeudi ia,juiiu*l btl de l'cra chrétienne, (xirrcspondanl au 2i du moihcoplile Abyb^ Tan 934 de I'ère d’Alexandre.

(2) VUedJàz est la partie de l'Arabie où se trouvent tes deux cedébres villes de la MeKke et de Médine.

(3} L’y'cwrn, dont le nom signifie le pays du droites par opposition à la Syrie dont le nom ( 6Adm)hignilie/irtyTdt'<7fïucAe, csllaplus grande et la plus riche des trois parties qui divisent etcompo&iuil la pcnlrihulc aralilque : elle forme avec le pays de Haddramout la portion de l'Arabie que les anciens ont cououe sous le nom d'.Vrabie Heu rcase ( .^aôm Fdiz), vl m ville capitah* a porté le uuin d’I'rmcn. Plu* sieurs auteurs oralws ont (H:rit rhisluirc particulière de celle contrée.

(4) Le lundi I2 du mois de Rnby-d-âoud ; suivant Abou-t faradJt le 23 du mois de SafuTs

LtWlVKRS.

carrière. Viclime de basses jalousies et de mystérieuses intrigues, il périt à Médine ( I ), par le poison, genre de mort dont semblent partieulièreineiit menaeés ces génies transcendants, qui, géants au milieu de nvgmées , s’élèvent au-dessus de leur siècle, le devancent .sans en être compris ni appréciés, et ne recueillent que. rinimitie cachée , la trahison et l’ingratitude, là où ils auraient droit a des apothéoses.

Cependant l’étoile de l’islamisme ne pâlit pas a la mort de son illustre fondateur . --/bou-Beker ( 2 ) , beau-père et parent du Prophète (3) , dépositaire de ses doctrines , de ses pensées et de ses vastes desseins, recueillit son héritage à Médine, alors capitale du nouvel empire (4); appelé par les vœux unanimes des musulmans à remplacer leur chef suprême et leur souverain pontife, Abou- Beser sembla moins se regarder comme son successeur que comme son fondé de jwiivoir et son exécuteur testamentaire.

Il ne prit en effet que le titre modeste de Ueutenanl de l'.-ipôtre de Dieu ( Khaiyjih ( 5 ) Resoid Allah ) , n’osant prendre le titre de lieutenant de Dieu,

( I ) M-ihomct fut enterré! à MiKllne, et l’on y voit encore son tombeau, que visitent presque tous les pèlerins a leur retour de la .Mekke.

(2) .Surnommé el-Sadya ( le Juste ) : il fut in- .vuguré au Irène du kbalyfal le Jour même de la mort du Prophète.

(31 r desciMidait de Kaab, septième aïeul de .Mahomet : voici, suivant èl-M.vkyn, sa généalogie depuis ce chef commun de leurs deux branches i Kaab. — Omar — Amer — OtmAn — Abou-<Jaha(fah — Abd-allab-.Abou- Beker; Il eut lul-uième également d'aliord ixiur nom Alidallah , et ne prit le nom d'.4 bau-IIcker (père de la jeune vierge) que lorsqu'il devint beau-père du Prophète.

(S) Nous avons vu ci-dessas que le nom de Médine ( Madynph) ne signilie proprement que la ville. Ce genre dcmètoiivmie a été employé par tous les peuples pour désigner leurs capitales : cher, les Komaiiis, Rome était nommée Urbs {ta ville), comme Cunsbintinoplc KôXt; chex les («reesdu Bas-Kinplre, et Alhenes’loto (la citadelle) chez les peuples de l'AtlIque. Le nom dcThèhes (èh]6ail, rancienne capitale de rêigvpir, n'est nuire chose que le mot égy ptien Th-Baki (la ville).

(h) Le mot arabe khalyfeb, dont nous avons fait celui de khalyfe, signilie litléralement lieutenant, vicaire, tuccesxeur, et vient de la racine arabe khalaf, qui signilie remplacer, venir après, succéder. Ce nom a été le titre de la dignité souveraine, qui chez les musulmans comprenait ata fois un pouvoir absolu et une autorité enlièrrinent indépendante sur tout ce qui regardait la religion et le gouvernement politique et militaire.

I Khahjfét Allah ) qu'avait porté le Prophète, et que les successetirs d’Abou- Beker, moins scrupuleux que lui, ne craignirent pas de s’attribuer par la suite.

Abou-Beker régna seulement deux ans trois mois et neuf jours; mais il sut mériter l’amour des musulmans, qui lui décernèrent le surnom A'él-Sadijq (le Juste). Pendant son court règne, les forces de l’islamisme s’étaient accrues : d’un côté , la Perse était viveineut attaquée ; de l’autre, presque toute la Syrie et la Palestine avaient été enlevées aux empereurs de Constantinople, et l'étendanl du Prophète Bottait vaiuqueur sur les remparts de Gazzah et sur ses dépendances, menaçant déjà l’Égypte, vers laquelle il ne devait pas tarder à s'élancer.

Abou-Beker mourut de phthisie, à l’dgede soixante-trois ans, le vendredi 23 du mois de Genàdy-él-ùkher, de l’an 13 de l’hégire (l). Le même jour, les musulmans durent pour sou suc- (%sseur un autre parent du Prophète (2), Omar, fils de Khettàb (3), qu’Abou- Beker mourant avait désigné à leur choix.

Aussi modeste queson prédécesseur, le nouveau khalyfe ne voulut d’abord prendred’autre titrequeceluide/ieu/ena/if tfu lieutenant du prophète de Dieu (4 ). Ce titre parut trop long, et on le remplaça par celui de Prince dea fidèles (5), dont Omar fut le premier décoré et qui fut désormais décerné aux khalyfes.

Omar conduisit les armées des musulmans à de nouvelles victoires; tandis qu'il attaquait avec succès en Perse(7) le puis-

(t) Celle année a commencé la lundi 6 mars de l’an Wt tli» Térc chrétienne.

(•2) Kaah, i^pUeme aïeul de Mahomet, élail éKalemeiit le sepUéine aïeul d‘Omar. VnicHa généalogie entre Omar ri lui ; Kuab — Ady

— Kaouali — Qarl — Ryah — Abd-el-Axyz

— Noqnyl — el-K.bellab - Omar.

(3) Omur fui surnommé Mtou-Uaf*, et recul de Mahumet k* litre de t’ùrouq (le (livisnir), c dire, suivant la tradiliun, « celui qui sait dislin- «{;uer le vrai du fniix,le ju.ste de l’injuste cl le « crovanl de rinlidi'lc. » Ce fut ce prince uni, l’an lide rbéjiire (ü3n de Père dirélieimc) jeta le^ fondpmeiits de la ville de Ba^rah a l'emlwuchure du nurc, el la conslrucUou de celle nouvelle ville fut adievre ru Iruisans.

(4) Khulyfch hhnlyféh lièsoul Jlhh.

v5) Eint/r éf-muiiiuvnyn : c’est de ce litre souvent traduit par Coinnhimleuf dca rrounnlx, que nos bislorieus «lu inoyrn tmt lait le nom corrijinim «le Minnnolin ;ct>mine ilu lilre de S'UtlUin ifs ont fait celui «le S^^üd^ru.

(0) Il s’êlait rendu luailre de la ville royale

EGYPTE MODERNE

sant empire des Sassanides, et renversait de son trône Yezdedjerd , dernier roi de cette antique famille (l), ses généraux, Abou-Obeydah, Ainrou ben él- Aàs, Serdjyl, Saad, achevaient de soumettre par la force ou par des capitulations toute la partie de la Syrie qui jusqu’alors avait résisté à leurs armes.

Kennesservn, Basan, Emesse, Damas avaient ouvert leurs portes, et Jérusalem, pressée vivement par Amrou et Serdjyl, abandonnée par Constantinople, réduite sans secours aux extrémités tes plus cruelles , heureuse apres une longue et sanglante défense d’obtenir une capitulation modérée , Jérusalem, la ville appellée sainte à la fois par les chrétiens et par les musulmans (2), reconnut enfin ces derniers pour maîtres; la Croix s’humilia devant le Koran. et l’église de la nêsurrectlon , élevée par l’empereur Constantin le Grand, fut convertie en mosquée.

Omar était devenu maître de la Syrie entière : il la tenait occupée par une vaillante armée , dont un fanatisme exalté Pt l’orgueil d’une suite non interrompue de v ictoires doublaient encore les forces et le courage; les peuples de Syrie , opprimés , presque abandonnés à eux-mêmes par les empereurs grecs, et ne connaissant, leurs maîtres de Constantinople que par leurs exactions et leur tyrannie, n avaient pas opposé une longue résistance à leurs vainqueurs; ils supportaient avec facilité une nouvelle domination, qui, malgré la différence des religions, n'avait pas empiré leur sort et l’avait même amélioré sous quelques rapports. Tout annonçait qu’aucun

de Madnyn et des richesses immenses qu’elle renfermait.

(I) Ce m.iiheureux prince Clait lils de Chahn/dr, petil-tils de K/iosrou-PeretjZy et arriérepelil-lils de Unnnnuz.

;2) Le nom de Jéru%nUm n'est pas employé par les Aralies. Ils ne donnnil ù cede ville d'autre déiiominatimi i(iic celle d’él-Çouds (la Sainfeté), d'a/- l/oqaddra ( le .Sanctuaire ) . et plus vulgairement encore de ttfijt êl- Aoqitddes ( .Maison du Saiicluaire) ; crmx qui en sont natifs prennent le titre d’Pf .innjfuldiMy.

Jénisalein est depuis un temps immêmori.al leltement vénérée cher tes Arahes. que Malinmet y tixa d'aliord la première làb/iih des inusulm.'uis, c'e.sl-.i-dire le pr>inl de l'horizon vers lequel ils se tournent en faisant leurs prieras. Plus lard, Mahomet changea celte direction en celle de la Mekke, pour i.solcr encore davantage des -Arabes juifs , les Arabes miisulnians.

effort ne serait tenté par eux pour se soustraire à l’obéissance des musulmans : les victoires remportées en Perse ôtaient toute crainte d attaquede ce côté ; rien ne pouvait donc plus arrêter l'exécution (les projets ('ormes depuis longtemps par Omar sut cette belle ïîgypte, convoitée par les armées arabes , et vers laquelle la conquête de la Syrie semblait n'avoir voulu que frayer un passage.

A peine Anirou-ben-iU-Ads, l’un de ses généraux en Syrie, eut-il établi l’autorité musulmane a Rainiéh , à Djaynali et à Jérusalem, qu’il reçut l’ordre de se préparer à entrer en Egypte.

Cette province , ainsi que tout le reste dePempire il es Césars, était alors entre les mains d'iléraclius, treizième successeur d'Arcadius. Depuis vingt-neuf ans assis sur le trône du grand Constantin, Itérachus, avait la première année de son règne ( 1 ), montre quelque mérite et quelque énergie. D’abord simple gouverneur d Afrique, il avait arraché les rênes de l'empire à l’usurpateur Phocas, meurtrier de l'empereur .Maurice (2), et s’était vu appelé par les vœux unanimes à remplacer un tyran que poursuivait l'exécration générale; maishientôt il s’était endormi dans l’oisiveté et dans la mollesse. Le bruit des conquêtes de Kkosroès II , le fléau de l’Orient, le réveilla tout à coup de la torpeur où il avait langui plusieurs années.

A son avènement il avait trouvé la guerre engagée avec KhosroësII, roi de Perse; déjà maître depuis plusieurs années (le l’Arménie, de la Cappadoce , de la Galatieet de la Paphlagonie, Rhosrocs avait joint à ses conquêtes Apainée , Ilaleb (.Alep), Kennesseryn , Roha (Édesse) , et Damas, poursuivant vivement ses desseins d'invasion sur le reste de la .Syrie. Tléraclius avait cherché à terminer ces sanglants débats par un arrangement pacifique; Khosroës avait refusé avec insolence , s'était jeté avec une armée formidable dans la Syrie, déjà dévastée par les incursions des Arabes, l'avait ravagée et incendiée à son tour ; Antioche,

(1) L’an 610 de l'érc chrétienne.

(2] Héracliub lit Ir.indier la léle à Phnoax : « (JuoI, lui ilit-il. en l’envnyant au supplice, lu « irasai.s usurp»! l'empire que pour (aire lanl « de mal au peuple' » — «Gouvernc-Ie mieux, » loi répondit Plincas: Ueraclius ne se souvint pas longtemps de celte lei;oii.

à peine rélablie des désastres dont deux tremblements de terre (1) l’avaient affligée, se vit de nouveau ruinée par l’invasion des dévastateurs; Émesse, Césarée et Jérusalem (2) avaient été prises d’assaut et livrées au pillage ; les églises avaient été brûlées, les prêtres massacrés, quatrevingt-dix mille cbrétiens vendus comme esclaves. Partout victorieuses, les troupes persanes s’étaient emparées d’ A lexandrie (3) sans résistance; puis, traversant l’Egypte entière, avaient pénétré jusqu’en Nubie : tandis qu’une antre partie de leurs forces, longeant li's cotes de Alauritanie, s’était emparée de la ville de Carthage, qui avait été misea feu et a sang (4). Au lieu de prendre les armes pour secourir ses provinces, la cour de Constantinople se contenta d’envoyer de nouveaux ambassadeurs, qui furent chassés avec insulte du camp des Perses; enlin, l’île de Rhodes était tombée en leur pouvoir. Héraclius, indigné de tant d’outrages et réveillédcsonhonteux assoupissement, s’était mis à la tétede ses armées ; retrouvant son ancien courage, il avait marché contre le roi de Perse, l’avait défait en plusieurs combats (5) et poursuivi jusque dans scs Etats, où l’armée grecque exerça de cruelles représailles ; le roi barbare y avait trouvé en armes son fils aîné, le parricide Syrogs, qui, montant par un crime sur un trône dont son père l’avait exclu, s’était hâté de con-

(I) L’an 5KO et l’an 587 de l’èro chrétienne.

(ï) l.'an Alt de l’ére clircUcnne.

iai L'an 015 de l'ère clircticuiie.

(t) Cette prise de Carthage par Khosrrxls a été contestée p^ir quelques savants, a l’opinion iI<*sqoel5 Je m’erapres-serais de déférer ai ce fait n'élait certilié par plus d'un tèinolgnagé incon- Icslaitle, enire autres par Ic-s deux suivants : s On-fu /it-unèh él-KhdîtÙMséh li-Heraqi, éfs tetah H-Fars ét-Beyt H-Maqaddt’s; ou-baad m thriâth seiiyn it-Iskandcryéh , ou-

« ousseïoti Ha él-Lauhefi , ou-yhazzoû. Karkhy- * dounyéhf on-f/Mahois-hd. s t £1 auno qiùnto UeracUi , cepernnl Persæ B nomura-SancLam ( Hierusolyinam |; et post B Ires annos ceperunt Alciandrlam , et perve- B neruiit usque ad Liliyam , et oppugnarunt B Carlhagincm (Kopxxiàsëv) et ceperunt eam. u ( ABOL'-iy-F\Rapj, Hisl. Dynast. )

A ce témoignage se joint celui del’liisloricn Màrinodi Sanuli : voici re que Je lis dims le fiesta Dei per Fraiicos : n IHe ( Cintroas ) inefficaces ' remisit leyaios ( HeraeUi ) , seqnentiqne tanna tatam ocenpavit Æ'iypfttm ^ Lihyatn ^ t nique caitTHAGiNea, nbi Hrrachus palricius t farrnt, anlequàin samerel iinperii diadema. »

, l.ili. lit, part. Il, cap. III. pag. I2î.)

(5j De l'an 022 a 627 de l'érc chrétienne.

dure avec Héraclius vainqueur cette paix que Khosrocs avait outrageusement rejetée.

L’empire de Constantinople avait ainsi glorieusement conquis par les armes une paix, qui semblait un gage certain de prospérité; cette paix Kit un signal de décadence et de dégénération.

Héraclius avait recouvré des mains de .Syroës (1) le bois de la croix de Jésus-Christ, que Khosroës avait enlevé de l’église de Jérusalem avec les vases sacrés et d’autres riches dépouilles.

Cette relique reconquise parut au dévot Héraclius le plus beau trophée de ses victoires. Une fête solennelle fut instituée dans tout l’empire pour célébrer cet important événement (2).

Le clergé de Constantinnjile et le patriarche Sergius jouaient naturellement un grand rôle dans ces cérémonies religieuses; ils en profitèrent pour accroître leur influence et circonvenir l’empereur, déjà disposé à les écouter aveuglément. On attribua à des miracles plus qu’aux armes impériales les victoires remportées sur les Perses ; et dans sa superstitieuse reconnaissance, le faible Héraclius se soumit à l’intervention de la puissance religieuse dans tous les détails de son gouvernement; f Eglise ne fut plus dans l'État , mais l’État dans l’Église ; les disputes théologiques qui avaient agité l’empire d’Orient sous les règnes précédents se renouvelèrent ; quoique le nestorianisme et l’eutychianisme eussent été proscrits par les prédécesseurs d’Héraclius, il crut devoir les attaquer de nouveau. On avait antérieurement établi dans diverses assemblées ecclésiastiques la réalité des deux natures en Jésus-Christ; sous Héraclius, on chercha à expliquer comment les deux natures ne composaient qu’une seule personne et n’avaient qu’une seule volonté.

L’explication inintelligible (3) qui en

(1) L*nn 628 do Tère chrétienne.

(2) Celle fêle so célèbre enc-ore, tant chez le.s Grecs que chez le^ calhuUquefi romains, le Ü de septembre, sous le nom de V BxaUaUon de la Croix.

(3j Voici celte pxplicallon : « La naltire hu- « malne, diNalenl docteurs, est réellement «t distinRuéi' de l.a nature divine; mais elle lui n est tellement unie qu’elle n’a uoiat d'action ■ propre; le Verbe étant dfuis J. G. le seul M principe actif, la volootô liuioaine c»t absolu^

ÉGYPTE 5I0DEUNE.

fut donnée parut lever les diflieultés des riestoriens et des eutychiens : Hcraclius la regarda comme un moyen d'éteindre les restes de ces hérétiques, qui avaient résisté aux anathèmes des eoni'ileset à la puissance des empereurs. Épris de cette idée , il assembla un concile, et rendit un édit qui faisait du monothélisme une règle de foi et une loi de l'empire; mais le nouvel édit, publié sous le titre d'ecthcsis ( exposition de la foi ), fut lui-même condamné comme hérétique l’année suivante, dans un concile, par le pape Jean IV. lléraclius, effrayé des censures romaines, désavoua son édit et en rejeta la composition sur le patriarche.

Voila les grandes questions dont s’occupait le gouvernement de Constantinople, tandis que les Arabes s’emparaient successivement de toutes les villes de Syrie et s’avançaient à grands pas contre l’Égypte, la plus belle province de l’empire. Aucun renfort ne fut envoyé aux garnisons impériales, pour arrêter le déluge qui se débordait en Svrie ; le vainqueur de Khosroës, devenu etranger à l’ancienne gloire qui avait éclairé quelques instants de son règne , désormais plutôt théologien controversiste que monarque, semblait ignorer ces désastres publics : renfermé l.àchement au milieu des prêtres, ses favoris, et de ses livres ascétiques, il laissait envahir ses plus im[)ortantes provinces sans courir a leur secours; ne voyant d'ennemis de l’empire que dans ces hérétiques qu’il poursuivait avec acharnement, et contre lesquels seuls il avait réservé tout son courage et toute son activité.

Ces dissensions théologiques et l’appui que l’empereur donnait au parti dominant, avaient amené dans toutes les provinces de l'empire des vexations et des persécutions sans nombre contre les partisans des opinions vaincues ; mais nulle part cesactes tyranniques n'avaient signalé plus de violence qu'en Pigypte.

Cette province se trouvait, par le résultat des événements, partagée en deux populations bien différentes et bien distinctes, les gouoernanl. lel les gouvernés: les premiers se composaient des Grecs affluant de Constantinople, tous revêtus

« ment passive, comme un instrument dans les « mains d’un artiste. »

d’emplois et de fonctions militaires ou administratives ; leur nombre se grossissaitencore des descendants des familles romaines qui s’étaient lixées en Égypte depuis l’époque des Césars, et on pourrait y joindre encore les descendants des Grecs qui antérieurement y avaient suivi les Ptolémées. La seconde classe comprenait les Cop/ifes, c'est-à-dire les descendants des anciens Égyptiens. Ces deux populations cohabitaient l’Egvpte, juxtaposées, pour ainsi dire, mais aucunement mêlées, sansfusion etsans amalgame; et il est à remarquer que la même division infranchissable, et semblable à celle des castes de l’Inde, a toujours séparé, depuis la conquête des Arabes jusqu’à nos jours, les vaincus et les vainqueurs,aune parties Cophles, de l’autre les .Irabes et plus tard les Matnloiiks, puis les /'«l'As depuis la conquête de .Selym (1).

Au.x Grecs nommés aussi Melchilcs (c'est-à-dire roijaiix ou inif^riaiix), appartenaient toutes les fonctions, tous les pouvoirs, toutes les faveurs du gouvernement; aux Cophles, nommés aussi Jacobites ,\e paiement des impôts, les avanies , les vexations oppressives. Les opinions religieuses suivaient la même division, et étaient séparées de même par une scission tranchée et complète.

Les Crées impériaux suivaient la religion que suivait l’empereur : tour à tour catholiques, ariens, monothélites, suivant que la cour de Constantinople embrassait une de ces croyances. Les Cophles, et cette population était de beaucoup la plus considérable, opprimê.s qu’ils étaient par les Grecs, s’étaient naturellement jetés, par esprit d’opposition, dans les croyances des adversaires des Grecs, et la secte que proscrivait l'empereur était nécessairement celle qui régnait avec faveur dans toute l'É> gypte; ainsi on avait vu les Cophtes, catholiques jusqu’à la révolte , avec Athanase, quand le patriarche d’Alexandrie et ses adhérents étaient en butte aux persécutions des empereurs ariens Constantin le jeune. Constance et Va-

(I) Tivit jiorle à croire qu'antcricurement encore la meme division anlipatliique aciislù entre les Uacedunietuelle.s rao-spliaraonieoncs, comme jadis entre les Kgyptiens eux-mi'nics et les races juives implantées dans la vallée du «il

L’UNIVEHS.-

lens, adopter ensuite tes doctrines de fiestorius et d’Eutycliès , quand ces doctrines eurent les honneurs de la persécution impériale.

Le clergé d’Égypte était mi-parti entre ces deux opinions enncinies, suivant la naturalité de chacun des prêtres et des évêques; les Grecs de naissance ou d’origine étaient MekMles, les Cophtes, hérétiques comme leurs compatriotes.

Les deux partis s’excommuniaient réciproquement, et les édits de l’empereur vinrent prêter force aux partisans de la religion de la cour.

Loin de ralentir leur zèle en voyant l'Égypte presque entière à punir, les persécuteurs impériaux n’avaient fait que redoubler de violence et de tyrannie. 1-es passions aigries par la résistance, les naines particulières, les intérêts de la cupiditeetdela spoliation, les ambitions avides, le servilisme des gouvernants, tout avait concouru à augmenter dans les agentsde l’autorité cette énergie vexatoire qu’ils appelaient zèle pour la religion et l'État.

Les actes de tyrannie , les dépositions des prêtres et des évêques dissidents, les incarcérations, les exils, les amendes, les conliscations, les fermetures d’églises, les pillages des monastères, les meurtres, les massacres des femmes et des enfants, se multiplièrent d’une manière intolérable; et, comme il arrive d’ordinaire, les rigueurs du gouvernement, sans lui ramener un seul partisan , ne servirent qu’à exaspérer ses anciens adversaireset à lui en créerdenouveaux.

Les choses en étaient venues au point qu’un seul sentiment animait la presque totalité des habitants de l’Égypte ; une haine irréconciliable pour les per.sécuteurs de Constantinople et pour leurs agentstyranniques. Cette opinion hostile pour l’empereur avait fait en peu de temps de tels progrès, qu’un grand nombre des Grecs eux-mêmes s’étaient réunis d’opinion et d’affection aux Cophtes.

Pour chacun d’eux, Constantinople et sa cour étaient des ennemis dignes de l’exécration universelle ; tout effort, soit intérieur, soit extérieur, .ayant pour but d’arracher l’É^ypte à la domination d’Uéraclius, fai.sait appeler et accueillir ceux qui le tenteraient, quels qu’ils fussent, comme des amis et des libérateurs.

Telles étaient les dispositions de l’Égvpte lorsque Amrou-ben-él-Aâs' reçut d'Omar l’ordre d’en faire la conquête.

Cet ordre lui fut- adressé de Medine, où le khalyfe était rentré après avoir complété la' conquête de la Syrie.

Les motifs de cette agression ne manquaient pas Omar; d’abord il pouvait alléguer les préceptes formels du Koran, qui ordonnent aux armées des croyants la guerre contre les inüdèles, pour les forcera devenir froÿOÆ/s à leur tour: à ce prétexte religieux, d’un si grand poids sur des esprits fanatiques, et qui sans doute avait dil exercer une puissante ialluencesiir la détermination du chef des musulmans , se Joignait naturellement un motif plus réel, et qui depuis fut franchement avoué par enx; les guerriers arabes , du sein de leurs sables arides et de leurs rochers déserts, "n’avaient pu voir sans convoitise les belles plaines de l’figypte, les rives si fertiles et si verdoyantes de son Nil, la richesse commerciale de ses villes et surtout d'Alexandrie, alors le bazar général du monde connu, où l’Occident venait échanger ses marchandises utiles contre les proiluits luxueux de l’Orient : eux aussi voulaient godter à leur tour les jouissances de cette vie civilisée qui leur avait été jusqu’alors inconnue, et qu’ils avait déjà pu apprécier chez les peuples conquis de la Syrie : ils trouvaient juste d’enlever tout à'coup par le sabre la possession de ces avantages à ceux qui, les ayant acquis peu à peu parleurs travaux et la succession des temps , étaient trop faibles et trop amollis pour les défendre avec énergie devant leurs terribles spoliateurs.

Du reste, en tous les temps, les conquérants manquèrent-iisjamais de prétextes pour justifier leurs entreprises les plus iniques? une apparence de droit politique sembla colorer l'agression injuste ordonnée par Omar.

Au premier bruit de l’entrée des troupes musulmanes en Syrie, Héraclius, oubliant les anciens lauriers du vainqueur de la Perse, avait abandonné presque sans défense les peuples de cette provinceaux nouveaux conquérants. Redoutant avec raison tout ce que pouvait avoir de dangereux pour l’Égypte un pareil voisinage, après avoir laissé quel-

iizea Dy VjOOgle

ques sarnisons assez faiblesà Alexandrie, dans la forteresse de Babylone et dans quelques postes maritimes, il avait fait replier jusqu'à Syène {.iasoudii) tout le reste des troupes dont se composait la force militaire de ce gouvernement, et avait cru s'assurer sufrisamment contre tout projet de conquête, en obtenant d'Omar la promesse que l'Égypte ne serait pas attaquée par les musulmans; pour obtenir cette garantie, il s'était soumis à payer au klialyfe un tribut annuel. Ce subside honteux n'avait pas été payé avec exactitude, et Omar,se croyant dégagé de sa promesse par l'inexécution de cet article fondamental du traité, annonçait qu'il venait saisir le gage sur lequel ce subside se trouvait hypothéqué.

Il paraît cependant que celte détermination n'était pas encore bien fixée, et qu'elle éprouva quelque hésitation; car Amrou, s'étant niis en marche aussitôt avec tout ce qu’il put rassembler de forces disponibles, reçut en route un nouveau message du khâlyfe.

Amrou, se doutant bien que ces dépêches renfermaient un contre-ordre , refusa de les recevoir et d'en prendre connaissance sur le chemin , prétextant son respect pour le noble écrit du Prince des Qdèles, et remettant leur ouverture au lendemain matin , où elles devaient être par lui lues cérémonieusement en présence de toute l'armée réunie, immédiatement après la prière de l'aurore.

En même temps il donna des ordres pour accélérer la marche, défendit de s'arrêter avant que le gros de l'armée fdt arrivé à Él-Arych, et, s’entretenant avec les messagers sur les nouvelles de Médine, il sut adroitement en tirer des inductions, qui lui tirent soupçonnerque de nouveaux conseils avaient changé les intentions du khalyfe, et l'avaient détourné de l’expàiition qu'il avait d’abord ordonnée : l'indiscrétion des messagers révéla même à Amrou le contenu textuel de la missive dont ils étaient porteurs, et dont ils avaient eu connaissance à .Médine avant leur départ.

L’armée, arrivée dans la nuit à El- Arych, comme. Amrou l’avait prescrit , prit un court repos, et au lever de l'aurore, lorsque la première prière eut été solennellement prononcée, le général inusulmaii se lit apporter les lettres du

khalyfe, les baisa religieusement, les porta avec humilité à son front : puis il en lit lecture à haute voix devant les principaux chefs de ses troupes.

Voici quelle en était la teneur :

n Au nom du Dieu clément et misé- « ricordieux. »

« De la part du khalyfe Omar-êbn- « êI-Rhett3b, à .Amrou-éb'n-êl-A;ls, que le • salut et la béiiédiclion du Dieu très- « haut soient sur lui!

• Si, lorsque cet écrit te parviendra, i> tu te trouves encore sur les terres de « la Syrie , ne poursuis pas ta marche « vers l'Égypte; mais, s’il ne te par- « vient que lorstpie tu auras atteint les « frontières de l'Égypte, continue d’al- « 1er en avant à la' grâce de Dieu. »

La lecture terminée, Amrou se tourna vers ceux qui l’entouraient; « Où som- « mes-nous? leur dit-il; ÈI-.Arych dé- ■ pend-il de la Syrie ou de l’Égypte.^ » Chacun s’empressa de répondre : « Nous « sommes en Égypte ; nous avons passé « hier soir les colonnes de Raphia; Êl- « Arych fait partie de l’Egypte. •

— « En avant donc à la grâce de Dieu ! « s'écri.i Amrou, Dieu et le khalyfe « nous l'ordonnent. »

C’est ainsi Amrou-ben-fl- -lAs entra en Égypte, l’an 18 de l’hégire (I), à la tête d’une armée, d’abord peu considérable , mais qui avait le sentiment de sa force, la conliance de sa victoire, et qui chaque jour se grossissait de plus en plus des tribus nomades accourant de tous côtés pour prendre leur part à la riche proie qu'offrait cette belle contrée.

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