‹ L'UniversChapitre 54 sur 121 · IT · texte numérisé non relu

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ÉGYPTR FRANÇAISE.

Cette population ch^tive était, comme sur leurs rapides coursiers, emnortaient les ruines des citésqui couvrent l’Ë^rypte, leur butin au fond de leurs saoles. Ces un amas des débris de plusieurs peuples. Arabes vagabonds formaient des tribus Ellepré-sentaitun mélange de trois races ; disséminées sur les deux rives du fleuve; c’étaient des Cophtes, anciens indigènes, ils étaient au nombre decenlàcent vingt mêlés à des Arabes, conquérants sur les mille , et pouvaient fournir dix-huit ou Cophtes, et à des Turcs, conquérants sur vingt mille cavaliers, — braves, mais les Arabes. bons pour harceler l'ennemi plutôt que

La race des Cophtes s’anéantissait pour le combattre, chaque jour. Au nombre de deux cent Iji troisième des races qui habitaient mille à peine quand les Français arrive- l’Egypte, la race des Turcs, était aussi rent, ils étaient pauvres, abrutis, et se peu nombreuse que celle des Cophtes. vouaient volontairement aux métiers les Elle ne comptait comme celle-ci qu'eiipliis ignobles. viron deux cent mille individus, et se

Les Arabes formaient la masse de la partageait d’ailleurs en Turcs et en mapopulation. Ils descendaient tous des meluks. Les Turcs, venus lors de la compagnons de Mahomet; mais leur dernière conquête du pays par le sultan condition était infiniment variée. Quel- Sélim F' (en 1517), étaient presque ques-uns faisaient remonter leur origine tous inscrits sur la liste des janissaires ; à Mahomet lui-même, possédaient de mais on sait que les Turcs se font presgrandes propriétés, ne manquaient pas que tous inscrire sur cette liste à cause d'une certaine instruction , et exerçaient des privilèges du titre , et que peu d'enà ces divers titres les fonctions du culte tre eux sont réellement au service. Le et de la magistrature. Nobles par leur pacha par lequel les successeurs deSélim naissance, docteurs delà loi, chefs de la se faisaient représenter en Égypte n’areligion,ilsétaient, àproprementparler, vait donc autour de lui, pour appuyer sous le nom de cheiks, les grands de au besoin son autorité, qu’un nombre l’Égypte. Après eux, venaient de moin- très-minime et tout-à-fait insigniliant dres propriétaires, qui formaient la se- de janissaires. L’autorité de ce pacha conde et la plus nombreuse classe des avait, au surplus, été bientôt annulée Arabes ; puis les prolétaires , paysans à par suite de précautions que Sélim avait nge, cultivant le sol, dont ils ne possé- prises autrefois pour la contenir dans de daient pas une parcelle, et vivant dans la justes limites. Sélim redoutait beaucoup misère la plus abjecte, — de véritables l’Égypte. C’était la terre sainte, c’était ilotes. Il y avait encore une quatrième la iiiétropolenaturellederArabie.D’auelasse d’Arabes, — celle des Arabes trepart.c’étaitlegrenierdeConstantinomades ou Bédouins. Ces Gis du désert nople. Sélim jugeait (et avec raison, dédaignaient la culture et la possession quoique l’événement n’ait justifié ses du sm. Toujours en selle, ils erraient craintes que trois siècles plus tard); sans cesse, chassant devant eux de nom- Sélim jugeait, disons-nous, qu’un pacha breuz bestiaux , chevaux , chameaux, ambitieux et habile pourrait tôt ou tard brebis, et cherchant des pâturages d'oa- mettre a profit l'éloignement de l’Égypte sis en oasis. De temps en temps ils se pours'y créer un empireindépendaiit, rerapprochaient de l’Égypte , afin d’y ven- lever la nation arabe , et porter un coup dre le produit de leurs troupeaux, et fatal à l’empire turc, déjà menacé par d’acheter ensuite les objets qui leur cette immense population grecque qui étaient indispensables. Ils faisaient aussi formait la majorité de Constantinople et métier d’escorter les caravanes et de louer des environs. Aussi Sélim n’avait-il pas leurs chameaux pour les transports dans voiilu confier le gouvernement de l'Éle désert; mais, brigands sans foi, ils pii- gypte à un seul pacha. Il n’avait pas laient souvent les marchands qu’ils rscor- nieme trouvé que la -division du pays taientou auxquels ils avaient prété leurs en plusieurs pachaliks fût une garantie bétes de somme. Quelquefois même, se sufns mte; mais, pour s’assurer la soudant à -la négligence turque et sdrs de mission de cette province, il avait, tout l’impunité, il.-i tondaient sur la vallée du en y envoyant un pacha, imaginé une Nil, pillaient les villages, et, remontaut sorte de contre-poids à la puissance do

L’UMVERS.

ce fonctionnaire, c'cst-à-dire institué la milice des mameluks. Or , c'étaient les mameluks qui, au lieu du pacha, avaient secoué le joug de la métropole, et qui régnaient en despotes sur l'Égypte. Ces mameluks, achetés comme esclaves en Circassie, transportés en bas âge sur les bords du Piil, et de bonne heure rompus à l'équitation, île bonne heure exercés au maniement des armes, devenaient les plus braves et les plus habiles cavaliers de la terre. Ils obéissaient à vingt-quatre beys, qui étaient leurs propriétaires et leurs chefs , et qui en possédaient chacun cinq.ou six cents. Chaque bey recrutait sa bande, soit de ses propres enfants mâles, soit de jeunes Circassiens, et avant de mourir il la léguait quelquefois à un de ses fils, quelquefois à un mameluk favori , qui devenait bey à son tour. Chaque mameluk avait deux fellahs pour le servir. La milice entière se composait donc de onze à douze mille cavaliers, servis par vingtdeux ou vingt-quatre mille de ces ilotes. Véritables maîtres ou plutôt tyrans du pays , les mameluks vivaient ou du pro- (lu'it des terres appartenant à leurs Mys, ou du revenu des impôts qu'ils avaient établissons toutes les formes. LesCophtes étaient leurs percepteurs, leurs espions, leurs agents d'affaires. Tout a fait indépendants du pacha que le sultan envoyait de ConstantinO[ile, ils ne le toléraient au Caire qu’à condition qu'il restât dans une nullité presque absolue, et souvent refusaient de lui payer le miri, impôt foncier qui, en vertu du droit de conquête, appartenait a la Porte. Les vingt-quatre beys, qui auraient dd être égaux , ne l'étaient pas en réalité. Ils se faisaient la guerre entre eux, et le plus fort, soumettant les autres, exerçait viagèrement la souveraineté. Lors* de l'expédition française deux beys, supérieurs à leurs collègues, dominaient l'Égypte. C'étaient Ibrahim et Moiirad, noms qui, plus d'une fois, reviendront dans la suite de notre récit. L'un avait la richesse, l'astuce, la puissance ; l'autre, l'ardeur, l'intrépidité, la bravoure, et iis étaient convenus entre eux d'une sortede partage d'autorité. Ibrahimavait les attributions civiles, Mourad les attributions militaires. Mourad excellaitdans l'art des combats, et à ce titre avait

gagné l'affection , le dévouement de tous les mameluks.

Ainsi, diversité de races, puisque la population offrait un mélange de Cophtes, d'Arabes , de Bédouins , d'Ottomans et de Circassiens; diversité de langues, puisque les indigènes parlaient l'arabe et les conquérants le turc; diversité de religions, puisque les Cophtes étaient chrétiens et tous les autres musulmans; partant, diversité d'intérêts; telle était à la lin du dix-huitième siècle la situation morale de l’Égypte. Én temps opportun, nous verrons avec quelle merxeilleuse sagacité Bonaparte tira parti d'un tel état de choses, débrouilla ce chaos, et, conservant ce qui était à conserver, détruisant ce qui était à détruire , réédiflant sur de nouvelles hases certaines parties de l’édifice, en fût arrivé, n’etait cette fatalité jalouse qui se joue si souvent des meilleurscalculs de la prudence humaine, à la complète rénovation du pays et au complet affermissement de sa* conquête. Pour le moment, retournons à bord de la Hotte, que nous avons laissiic, à la date le 19 juin, s'éloignant de Malle et cinglant vers la mer de Candie.

Poussée par un vent favorable , elle arriva le 28 en vue du cap Durazzo, qui forme l'extrémité orientalc>de cette île; le lendemain on signala la côte d'Afrique et le cap d'Azé. Nelson arrivait alors devant Alexandrie. Fort étonné de n'avoir toujours aucune nouvelle de la flotte française, il envoya une chaloupe nu commandant turc de la place pour donner en tout cas avis du danger qui la menaçait et pour demander la permission de faire de l'eau et des vivres dans le |iort. Il offrait en même temps la coopération des forces britanniques pour empêcher toute tentative de. la part des Français. Mais, par l'effet de l'ignorance et du caractère soupçonneux des Turcs, l’amiral anglais se vit repousse comme un ennemi. Quelques bâtiments de commerce avaient donné l’éveil aux Alexandrins sur une descente projetée par les Francs, dénomination sous laquelleonsait qurlesOrientaux comprennent tous les Européens en général. Les Alexandrins pensèrent donc , dans leur frayeur, que foffre de Nelson n’était qu'une ruse contre laquelle il fallait se tenir en garde. En conséquence, il fut

KOYITF. [•NF,

ÉGYPTE FKANÇ AISE.

signifié à l'amiral qu’on ne pouvait accueillir sa demande, et qu’on canonnerait son escadre si elle tentait de pénétrer dans le port. Nelson, sans chercher davantage à tirer les Alexandrins d’erreur, et plutôtsoucieuxd’atteindreles Français, vola vers les Dardanelles dans l’espoir de les y rencontrer. ,

De son côté , Bonaparte , trouvant la mer tout à fait libre et ne voyant aucune trace du passagedeNeLson, s’enhardiV peu à peu à se rapprocher du point où il comptait prendre pied sur la terre d’Afrique. Le 1*' juillet, au lever du soleil, on signala la Tour des Arabes, et sur les huit heures et demie du matin la flotte entière put apercevoir les nombreux minarets d’Alexandrie. Il y avait treize jours qu’elle avait quitte Malte, il y en avait quarante-trois qu’elle était sortie du port de Toulon, et nul accident n’était venu interrompre la traversée.

Bonaparte envoya aussitôt chercher le consul français; et lorsqu’il apprit que les Anglai's avaient paru l’avantvéille, il rfeolut, les jugeant dans les parages voisins, de brusquer le débarquement. Il donna donc sur-le-champ les ordres nécessaires , et en même temps lit distribuer à bord de toute la flotte la proclamation suivante , qui avait été imprimée en mer à bord du vaisseau fUrient.

Bosaparte, muibre de l'I.vstitut national,

CE.NERAL en chef de L'ARMEE D’EcïPTS.

« Soldats 1

« Vous allez entreprendre une eonquéte dont lr.A effels sur la civilisation et le commerce du monde sont incalculables; vous porterez à l'Angleterre le coup le plus sûr et le lins sensible , en attendant que vous puissiez ui donner le coup de la mort.

« Noiu ferons quelques marches fatigantes, iioiu livrerons plusieurs combats , nous réussirons d.vus toutes nos entreprises : les destins sont pour nous.

s Les Iseys mameluks qui favorisent cxclusiiemenl le commerce anglais, qui ont coiivi rt d’nvanies nos négociants et tyrannisent les malheureux hahilants des bords du Nil , <|ueli|ues jours après notre arrivée, n'existei-ont plus.

• l.es peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans ; leur premier article de foi l'st celui ci : • Il n’y a pas d'autre dieu

« que Dieu , et Mahomet est son prophète. » Ne les contredisez pas; agissez avec eux comme vous avez agi avec les juifs, avec les Italiens; ayez des égards pour leurs muphtis et leurs imans , comme vous en avez eu pour 1rs rabbins et les évêques; ayez pour les cérémonies que prescrit l’Alcoran , pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue

f lotir les couvents , pour les synagogues , pour a religion de Moïse et de Jésus-Christ.

K Les légions romaines protégeaient toutes les religions. 'Vous trouverez ici des usages différents de ceux de l'Europe, il faut vous y accoutumer.

- Les peuples chez lesquels nous allons traitent les temmes différemment que nous; mais dans tous les pays celui qui viole est un tiioiistre.

« Le pillage n’enrichit qu’un petit nombre d'hottimrs , il nous déshonore ; il détruit nos ressources , il nous rend ennemis les peuples qu'il est de notre intérêt d'avoir pour amis.

« La première ville que noits allnus rencontrer a été bâtie par Alexandre. Nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter l’émulation des Français.»

D’après les renseignements fournis

fiar le consul, on ne pouvait entrer dans e port d’Ale.\andrie, car la place paraissait disposée à se défendre. La population avait pris l’éveil , et s’était armée tout entière. Cependant , pour tnie le débarquement réussit il fallait se hâter, U fallait le risquer le jour même , et ne pas laisseraux Anglais, qui peut-être n’étaient pas loin, le temps de venir y mettre obstacle. Bonaparte fit donc gouverner vers l’anse du Marabout, qui est distante d’environ une lieue et demie , et le soir l’opération du débarquement coiiimenca. Elle était diffieile, car les bâtimentsdu tonnage même le plus faible ne pouvaient approcher à plus d’une demilieue du rivage. En outre , du moment que l’on commença de mettre les chaloupes à la mer, le' vent s’éleva , les flots devinrent houleux, et dans une circonstance, moins impérieuse peut-être eûtil été prudent d’attendre jusqu’au lendemain , surtout en face d une côte bordée de récifs comme l’est celle d’Alexandrie ; mais il n’y avait pas une minute à perdre : l’escadre anglaise pouvait reparaître d’un instant à l’autre; et Bonaparte sentait trop bien que si elle survenait pour profiler du désordre inséparable d’une opération de debarquemeut, il courait.

iizea by Guogie

malgré les puissants moyens de défense qu'il avait a sa disposition, grand risque d'essuyer quelque grave échec.

Aussi, malgré la nuit qui s’obscurcissait, malgré un vent furieux qui poussait à la cote , Bonaparte, pour payer d’exemple et rassurer ses compagnons, descendit le premier dans une chaloupe. A cette vue, lessoldats,d’une voix unanime, demandèrent à le suivre. En un clin d’œil les embarcations se remplirent de monde, puis nagèrent vers le rivage.

Telle était l'agitation des flots , que Tes embarcations pouvaient à peine avancer, et qu'il semblait à chaque instant qu’elles allaient se briser les unes contre les autres. Enfin , après une lutte pénible , après de grands dangers, on toucha terre !

Au même moment on signala comme ennemie une voile qui se montrait à l’ouest. On pouvait , en effet , penser que c’était un des bâtiments de l'escadre anglaise. — O Fortune! s’écria Bonaparte, tu m'abandonnes!... Quoi! pas seulement cinq jours! — Non , la Fortune , qui semble se complaire à favoriser la Jeunesse des grands hommes , ne l’abandonnait pas , la Fortune ne voulait pas tromper lesespérancesunanimes ton reconnut bientôt que le bâtiment signalé était la frégate française ta Justice, qui arrivait de Malte , et le débarquement ne fut pas interrompu.

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