‹ L'UniversChapitre 67 sur 121 · I.a chose faite , chacun d’en compren · texte numérisé non relu

I.a chose faite , chacun d’en compren

12* Urraison. ( Rovptr franc

FUANÇALSE.

dre la gravité, chacun de s’en repentir. Desaix surtout, Desaix, revenu au camp de .Salahieh, s'en exprima avec douleur. De.saix ne dissimula point son profond chagrin d’avoir été choisi pour une semblable mission, et forcé de la remplir par ordre du général en chef; Desaix appela de ses vœux les plus ardents l'occasion de repasser en Europe, afin d’obtempérer au désir qu’il savait que Bonaparte avait manifesté de le compter encore au nombre de ses lieutenants. En attendant, il lui adressa dès le 2 février la lettre suivante :

« L'évacuation de l'Égjple vient d'élrc signée, mon général !... Vous en serez sans doute surpris ; mais vous le serez plus encore quand vous saurez qu’elle l'a été par moi , qui me suis toujours prououcc pour la conservation de cette importante conquête.

« Toiilernis, je l’espérr, votre étonnement, mon général, diminuera lorsque vons connaîtrez les circonstances où je me suis trouvé. Je vous assure que je n'ai rien épargué pour vous donner le temps de nous envoyer des secours, et que je n'ai obéi qu'i l'ordre très-précis de votre successeur.

« Vous m’aviez, lors de votre départ , invité à vous rejuiudre dans le couraul de l'hiver : je compte jiartir dès que j'en trouverai le.s moyens. Que ferez- vous de moi après que je serai de retour en France? ce qu'il vous plaira. Je .serai toujours disposé à entreprendre tout ce qui pourra le mieux vous convenir. Réparer la faute involontaire que j'ai commise, bien servir mou pays, et re.ster inactif le moins longtemps possible; c'est tout ce que je désire. Personne ne vous est plus dévoué que moi, mon général, personne n'ambilioiUK davantage d’élre utile à votre gloire... »

Davoust , dans la vivacité de ses regrets, se prépara également à quitter l'Égypte. Fjt vain Kléber, pour le retenir, lui offrit-il le grade de général de division. Davoust refusa. — Je ne veux point, répondit-il, que mon avancement porte une date si déplorable.

Presque tous les autres généraux, Menou, Reynier, Lsnusse, SamsoD,Songis, se répandirent aussi en propos amers.

Enfin, la nouvelle de la convention d’El- Arisch produisit une pénible sensation dans toute l'armée. Quand l’armée apprit qu’elle devait évauuer sa belle conquête devatit une misérable cohue, sem-

ISE.) 12

blable à celle qui avait été défaite aux champs du mont Thnbor, tous les coeurs se resserrèrent. Elle chercha en vain des raisons qui pussent JiistiQer une si singulière transaction. Elle n'avait reçu aucun ordre du gourerneinent -, elle était nombreuse, aguerrie, acclimatée, ne manquait de rien-, toutes les allégations portées au procès-verbal du conseil de guerre étaient fausses, exagérées , iosigniliantes ; et cependant elle battait en retraite! Il est vrai, on allait revoir la France , embrasser sa famille, ses amis, peut-être cueillir de nouveaux lauriers sur le Pô, l’Adigc, le Uanube, et celte pers^ctire était bien attrayante. Mais si oUiciers et soldats désiraient individuellement reprendre le chemin de la patrie, ces mêmes hommes, réunis en corps, gémissaient, eux si habitués a vaincre , sur la nécessité de sortir sans combat, sans quelque glorieuse indemnité, d'un pays qu’ils avaient conquis au prix de tant de fatigues, de tant de périls, de tant de sang répandu. En cette circonstance se ravivèrent les regrets qu'avait excités six mois auparavant le départ de Bonaparte. > Ce n’est pas lui, se disait-on, ce n’est pas le petit caporal qui aurait conclu le traité d’El-Arisch , ou. s’il eût juge l’évacuation de l’Égypte indispensable , il ne s'y serait décidé du moins qu'après avoir forcé par une nouvelle victoire les Turcs à consentir des conditions plus honorables et les Anglais à y donner une ratiGcation plus formelle... •

Le 8 février, dix jours après la signature, commença, ainsi qu’il avait été convenu, l’exécution du traité. Sidneybmith et Jussuf ne se possédaient pas de joie. I>e commodore avait regagné son l>ord par une sorte de délicatesse; il ne nou/ailpaa, disait-il, acoir l'air cf insuller par sa présence au malheur de C armée française. Le grand vizir avait été moins scrupuleux. Il s’était avancé rapidement , avait franchi le désert avec beaucoup de pompe , et vu son armée grossir à chaque pas. En effet, la perspective du pillage, le riche butin que promettaient les fertiles plaines du Nil, tentaient la cupidité de toutes les hordes du désert. Ibrahim et Mourad, nonobstant leurs ancieus démêlçs avec la Porte , vinrent aussi offrir leurs ser-

vices à Jussuf; le grand vizir accepta leurs offres, et leur pardonna ce qu'il appelait leur longue rébellion, mais ne les accueillit qu’avec une extrême froideur lorsqu’ils se présentèrent devant lui. — • Vous autres mameluks, leur dit-il d’un ton sévère et méprisant , vous n’avez de courage que dans la révolte et coutre vos souverains. Vous n’avez (las su défendre un seul jour l’Égypte, cette clef de la sainte Caaha, contré une polgné d'inGdèles qui fdient comme de timides gazelles à ma vue. A mesure que j’avance, ils se dispersent comme la poussière du désert au premier souflle du khamsyn. > — Ibrahim baissa la tête sans rien répondre; mais Mourad, indigné, se redressa avec noblesse, et lançiint à Jussuf un regard plein de feu : — « Vizir, répliqua t-il, rends grâce au prophète qui dispose du cœur et de la volonté des hommes, mais ue t’abuse pas sur la cause de ta bonne fortune.

C’est l'amour de leur pays, de leurs femmes, de leurs enf.int.s, qui a fasciné les j-eux de ces infidèles , et les a rendus insensibles aux attraits du Nil. En conséquence, prie Dieu qu’ils ne changent pas d'intention, ou tu verrais ces timides gazelles, devenant plus furieuses que les lions affamés du désert, porter le carnage et la mort dans les rangs de ton armée , et pas un de tes soldats ne reverrait les riantes plaines de la Syrie! » A cette rude apostrophe, Jussuf resta muet. Mourad, calme et fier, sortit à pas lents de la tente où avait heu l’entrevue , et s’en alla , avec quelques centaines de cavaliers qu'il avait de nouveau réunis, camper sur le flanc des deux armées, du côté de la haute Égypte.

Un mois s’était à peine écoulé, que déjà les places fortes de Katieh , Salahieh, Belbéis, Lesbeh, Suez, delà toutes les positions retranchées de la haute Égypte, déjà toute la rive droite du Nil en suivant la branche de Damiette, avaient été remises aux Turcs; déjà même l'administration civile du Caire était entre les mains d'un lieutenant du grand vizir. Quelques jours encore, et la citadelle, ainsi que tous les forts de la capitale, allait être également livrée.

Pour Kléber, il hâtait ses dispositions de départ; il e.xpédiait vers le littoral

EC.YFrE FRA^ÇAIS^L

son matériel et ses bagages; il rappelait à lui les troupes disséminées dans le Said, et concentrait son armée, alin de la diriger ensuite sur Alexandrie et sur Rosette aux époques convenues pour rembarquement. De part et d'autre, on exécutait fidèlement le traité. Si quelquedifUculté survenait, une commission composée d’officiers français, d’officiers ottomans et d’officiers britanniques, la levait aussitôt; et les habitants de l'Rgypte, les mameluks surtout, ne concevaient rien au spectacle qui se passait sous leurs yeux. Notre invincible armée se retirant devant la canaille que conduisait Jussuf, c’était [lour eux un phénomène inexplicable. N’importe! on était au 15 février, et au l'"' mars tout aurait été fini, nos dertiières divisions auraient eu quitté l'Éeyt>te, si un vent qui soudain souffla de Londres n’eût renversé le chef-d’œuvre diplomatique de Sidney-Smith comme un chôteau de cartc.s, et, du même coup, sauvé l’honneur de Kléber, l'honneur de nos braves soldats.

Expliquons la chose en peu de mots.

— Quelques semaines après que Bonaparte se fut rembarqué pour l’Kurope, Sidney-Smith , dans sa correspondance avec les lords de l'amirauté anglaise , leur fit pressentir qu’il ne serait pas impossible de décider Kleber à signer une capitulation aux termes de laquelle ce général évacuerait l’Éf^pte, pourvu que, loin de vouloir retenir son armée prisonnière de guerre, on lui en garantit le retour en France avec armes et bagages. Une telle perspective avait rempli toute l'Angleterre d’allégresse.

Deux mois durant, un tel résultat y avait été impatiemment attendu , et le ministère britannique aurait été mis en accusation s’il eût détourné Sidney-Smith d’y consacrer tous ses efforts. Eli bien I cés deux mois écoulés, survint un incident, par suite duquel les Anglais dédaignèrent ce même résultat comme trop mesquin...

On se rappelle la lettre et le rapport que Kléber et Poussielgue avaient adressés au Directoire le ae septembre 1799.

Plus d’un mois après, craignant que leur dépêche n’eüt été interceptée par les croisières ennemies , ils imaginèrent d’en confier .un duplicata à uii cx-chevalier

de Malte, nommé Barras et cousin du directeur de ce nom, qui commandait le bâtiment la Marianne et entreprenait de reconduire en France un certain nombre de blessés. Or, la dépêche originale essuya beaucoup d’accidents, beaucoup de lenteurs danssa marche, et n'arriva a Paris que les derniers jours de décembre. Enfin elle y arriva, non pour aller a son adresse, il est vrai, car alors le Directoire n’existait plus et venait d’être remplacé par le gouvernement consulaire, mais pour être remise, aux mains de celui-la même contre qui elle apportait tant d'accusations, aux mains de Bona-

fiarte, devenu chef de la république sous e titre de premier consul. Au contraire, la Marianne, qui n’appareilla d’Alexandrie que le 4 novembre., était déjà le 20 du môme moisen vue des côtes françaises lorsqu’elle fut capturée par un brick anglais. Barras, au moment où il désespérait de (louvoir fuir, eut la précaution dejeteràla mer les doubles dont il était porteur et dont il connaissait l’im|>ortance. Pour les mieux soustraire à l’ennemi, pour être plus sûr qu’ils iraient à fond, il les avait enfermés dans un mouchoir, avec un boulet ; mais lorsqu’il lancj le paquet le boulet déchira le mouchoir, qui était de toile très-fine, et qui, surnageant arec les papiers qu’il contenait, fut bientôt recueilli avec eux. Aux copies dont nous avons parlé n’avaient pas été jointes cellesdes étatsfournis par les colonels dés different.^ corps et par les chefs des différentes administrations, états d’où résultait la fausseté notoire des allégations de toutes sortes produites par le nouveau général en chef de l’armée française; mais beaucoup de lettres écrites par nos officiers ou nos soldats à leurs familles, et qui ne peignaient pas le séjour d’Egypte sous de bien riantes couleurs, accompagnaient la nouvelle dépêche de Kléber et de Ponssielgue. Le capitaine du brick s'empressa d’envoyer le tout à l’amiral Keith , qui avait le commandement en chef des forces navales de l’Angleterre dans la Méditerranée. A son tour, l’amiral , après avoir pris connaissance des papiers en question, se hâta de les expedier à I>ondres. Grande fut, en les recevant , la joie du ministère britannique , car c’était un acte formel de dé-

noiielation et (l’aecusr.tioii dirigé contre Bonaparte, qui venait d'arriver au timon des affaires et dVtre élu premier magistrat de la république. Non-seulement il fit publier dans foute l'Europe et la dépcehe olTicielle et les eorespondaiices particulières, afin dejeter un vernis de ridicule sur notre expédition d’Egypte et de brouiller entre eux les généraux Kléber et Bonaparte, mais encore il imagina d'en tirer un avantage plus réel.

Puisque telle était la situation de notre armée expéditionnaire; puisque cette armée manquait de canons et de fusils, manquait de projectiles et dépendre, manquait d’habits et de chaussures, manquait d’argent meme pour vivre; puisqu’elle se trouvait réduite à huit ou dix mille hommes, et qu’elle courait risqued’êtreanéantied'un moment à l’autre, j)our peu que les Turcs et les mameluks, les Arabes et les habitants du pays voulussent agir de concert; puisque Kleber paraissait devoir s’estimer heureux d’en sauver les débris par une capitulation, débris misérables sans doute, mais formés de cadres, mais précieux à cause d’un grand nombre d’officiers et de sousofficiers, et pouvant ainsi devenir, six mois après leur rentrée en France, le noyau d’une nouvelle armée de quarante mille hommes ; pourquoi accorder à Kléber et à ces huit ou dix mille Français une capitulation quelconque? Pourquoi souffrir qu’un seul de ces chefs et de ces soldats, qui, dévoués pour la plupart au nouvel élu de la république , iraient lui prêter main forte et affermir son autorité chancelante, sortît libre d’Égypte et remît le pied sur le territoire français? Pourquoi ne pas priver Bonaparte d’un tel appui? Pourquoi, lorsque, au dire de Kleber même, son armée non-seulement ne pouvait plus menacer l’Inde , mais en était réduite à ne plus pouvoir se recruter, pourquoi ne nas la retenir prisonnière de guerre, ramener tout entière sur les pontons delà Tamise, eti’y laisser pourrir? — « Il faut, s’écria-t-on à la tribune du parlement, il faut que cette armée qui en pleine paix a voulu envahir les Etats de nos alliés , devienne un terrible exemple; il faut, dans l’intérêt du genre humain, qu’elle soit détruite, complètement dé-

truite, et que pas un des hommes qui en a fait partie ne revoie ses foyers! >•

A cet effet, le 17 décembre 1799 le cabinet britannique expédiait à l’amiral Keitb la défense absolue designer aucune capitulation avec l’armée d’iigypte , à moins qu'il ne fiU expressément stipulé qu’elle serait retenue prisonnière de guerre. Cette defeiise était accompagnée de l’ordre d’arrêter tous bAtiments sur lesquels l'armée française pourrait être déjà embarquée, et de les conduire en A ngleterre, de quelques passeports qu’ils fussent munis.

I.a dépêche parvint à destination le 8 janvier 1800. I.c même jour, Keith, qui évolutionnait alors dans les eaux (les Iles-Baléares, détacha trois frégates de son escadre, et les lança vers l’Égypte. T 'ne de ces trois frégates devait chercher Sidney-Smilh, lui communiquer les instructions que l’amiral veiiaitde recevoir du gouvernement, et le charger de faire tenir une lettre que ce même amiral avait jugé bon d’écrire à Kleber; les autres devaient aller directement s’établir en croisière devant les ports égyptiens, et arrêter tout navire qui se ri.s(]uerait à prendre la mer. iMaisil fallait (fn temps, il en fallait surtout dans cette saison-là pour traverser lu .Méditerranée. Aussi, qu’arriva-t-il ? C’est que chemin faisant les frégates capturèrent plusieurs bâtiments qui produisirent en vain des saufconduits de Sidney-.Smith et du grand vizir, mais qu’avalit qu’elles n’eussent atteint les parages d’Alexandrie le traité d’El-Ariscii était conclu et à demi exécuté. En effet, ce fut le 25 février seulement qu’elles les atteignirent et que les communications de lord Keith parvinrent à Sidney-Smith. Le commodore, (luand il vit à quel point la diplomatie de l’Angleterre faisait fausse route, fut désolé. Avoir à désavouer les enpgements qu’il avait pris envers les Franais et sans doute être accusé par eux e déloyauté, il s’en souciait médiocrement; mais, mieux instruit du véritable état des choses qu’on ne pouvait l’être à Londres, il savait que jamais Kléber ne consentirait à se rendre prisonnier de guerre, et il voyait les avantages certains delà convention d’El-.Arisch, convention si habilement arrachée à un moment de faiblesse, sacrifiés aux plus illu-

uiqiii.:oa cy vjuugii;

soires espérances. Toutefois, il n’était pas homme à quitter aisément la partie. Tout en transmettant à Kléber la lettre de lord Keith, il écrivit lui-incme au général français pour le conjurer de ne pas trop prendre ombrage des nouveaux ordres dont l'amiral lui donnait avis , l’assurer que ces ordres seraient révoqués promptement, et l'engager à suspendre, si bon lui semblait, la remise des places égyptiennes au grand vizir, mais à patienter quinze ou vingt Jours avant de se résoudre à quelque parti plus violent.

La lettre de lord Keith était conçue dans les termes suivants :

c A bord d« Ttiuoa de Sa MeJeaU BrlUeniqae la Heine Charlotte { Minorqae, 8 JuTler 1800.

- Monsieur,

• Venant de recevoir des ministres de Sa Majesté l'injonction positive de ne consentir à aucune capitulation avec l’armée française <|uevous commandez en Égypte, excepté dans le cas où file mettrait bas les armes , se rendrait pionnière de guerre, et abandonnerait aux puissances alliées tous les vaisseaux et toutes les munitions du port et de la ville d’Alexandrie , et , pour le cas où toute autre espèce de capitulation aurait eu déjà lieu , de ne permettre à aucune troupe de retourner en France sans qu’elle soit échangée , je crois nécessaire de vous iofornier que tous les vai.sseaux ayant des troupes françaises à bord et faisant voile d’un port égyptien vers un autre port du inéiiie pays avec des passes signées partout autre que |>ar moi, qui ai seul le droit d’en délivrer, seront forcés, par les officiers des vaisseaux que je commande, de rentrer dans le port du départ, et que ceux qui seront rencontrés retournant en Europe avec des saufutonduits accordés en conséquence d’une capitulation particulière conclue avec une ou même avec deux des trois puissances alliées, seront retenus comme prises, et tous les individus trouvés à bord considérés comme prisonniers de guerre.

■> A/ÿ’/ié Ksith, amiral, a

1.16 croira-t-on ! Kléber, en présence d une pareille lettre, put encore .se lais- .ser prendre aux doucereuses paroles de Sidney-Smith. Kléber suivit les conseils du commodore : il patienta. A la vérité, il interrompit ses préparatifs de départ et suspendit la remise des places fortes; mais, comme, au liout d’une dizaine de jours, Jussuf insistait de plus en plus

vivement pour que les Français e.xécutassent le traité avec non moins de bonne foi que les Turcs, Kléber eût peut-être cédéau xamèresrécriminations du grand vizir, si des nouvelles qui sur ces entre- , faites, arrivèrent cnDn de France ne fussent venues le rappeler à lui-méme et faire de lui, ce qu’il était réellement, un héros.

Le 4 mars, le brick français COtiris parvenait à se glisser dans le port d’Alexandrie, et apportait des dépêches du ouvernement. Le colonel I.«itour-Mauourg , à qui ces dépêches étaient con- Oées, eut a peine mis pied à terre, qu’il fut entouré de questionneurs , accablé de questions, ou plutôt interpellé par mille voix confondues en une seule qui demandaient si Bonaparte avait revu la

France sain et sauf. 11 se hâta de répondre affirmativement. Puis, pour satisfoire à la curiosité générale, il raconta en peu de mots et la révolution du 18 brumaire et l’élévation de Bonaparte au suprême pouvoir. Après quoi, il vola vers le Caire pour remettre au général en chef Kléber la réponse à sa lettre du 26 septembre 1799.

Cette lettreaccusatrice, .dirigée contre Bonaparte et des tinéeau Directoire, avait été, nous l’avons déjà dit, remise à Bonaparte lui-même, devenu chef de la république. En la lisant, Bonaparte avait été indigné de tant de faiblesses, de tant de mensonges et de calomnies; mais, sentant combien l’armée d’Orient avait besoin de Kléber, estimant les grandes qualités de ce général, sans ignorer ses défauts de caractère, et ne prévoyant pas que le découragement pût aller chez ‘ lui jusqu’à l’abandon de l’Égypte, il dissimula ses propres griefs. Le 12 janvier 1800, par ordre du premier consul, Berthier, ministre de la guerre depuis l’installation du Consulat , adressait à Kléber la réponse la plus modérée , en même temps la plus lerine, par conséquent la plus propre a le ramener a U sentiment du devoir.

Berthier relevait toutes les inexactitudes dont fourmillait la lettre de Kléber, et opposait les pièces inême.s que Kléber avait envoyées à l’appui. Herthier s’étonnait de ce qu’un général qui avait , comme Kléber, tant contribue au gain de la bataille du mont Tbabor,

Dii|illznG by tiOOj^lc

LUMVKP.S.

Pt si souvent bnltu en Furopc les troupes de la coalition, pût s’exagérer au delà de toute mesure la portée îles entreprises que la Porte , l’Angleterre ou la Russie se risquerait à tenter contre rftgypte. Bertliier ajoutait que le seul péril véritablement à craindre pour l’armée d’Orient était la désunion des chefs, désunion qui totijours finissait par se propager entre les soldats et amenait tôt ou tard le relâchement de la discipline. Bertliier annonçait que d’ailleurs le gouvernement s’occupait d’envoyer vers leNildes renforts considérables, car il était bien résolu à garder l’Égypte ou du moins à n’en jamais sortir par une capitulation. Quant aux négociations diplomatiques entamées par le général Bonaparte, Bertliier rappelait et précisait les seulesbascssur lesquelles K.léber fût autoriséà les poursuivre. EnOn, Berlliierdéclarait que si Kléber, au reçu de la dépêclie que nous analysons, avait déjà négocié, et négocié sans se renfermer dans la limite des instructions que lui avait laissées le général Bonaparte, legouverneinentdésavouait d’avance, et .sans la connaître, toute transaction qui avait pu être conclue ; que Kléber devait même , pour l’avenir, regarder lesdites instructions comme non avenues , et ne songer qu’à défendre l'Égypte confiée à sou honneur et au courage de l’année.

Cette dépêche du ministre de la guerre condamnait de tous points, on le voit, la conduite tenue par Kléber.

En outre, elle était accompagnée de la proclamation suivante, dont chaque mot lui dut faire monter la rougeur au visage, et que cependant il lui fallut publier.

ISoaipvnTi, rmufiKiv r.un$DL, a su arciiiis cOMPAunons da l’asméa D’ËcrpTt.

« Soldats ,

« Les consuls de la réptdiliipic s’occupent souvent de l'armée d’Égyple. lai France counait toute l'inllut nce de vos cniiquèirs pour la rcstauralinn de son commerce et la civilisation du monde. L’F.urope entière vous regarde. Aussi, dans qiielipie silualion que vous placent les hasards de la guerre, soyez tuiijours les soldais de Rivoli et d'Abuukir, et vous serez invincibles. Portez à RIéher cette contiaace sans bornes que vous aviez en moi : il la mérite.

O Soldats, songez qu’un jour vous rentrerez

viclorieu.\ sur le lerriloiresscréde la pairie.. . Ce sera un jour de joie et de gloire pour la nation eulicrel »

Do telles paroles électrisèrent toutes les âmes, portèrent dans tous les cœurs l’ivresse et l’enthousiasme; maison se disait : — « Couverts de honte, et nos drapeaux flétris par une capitulation, de quel front aborderons-nous te i>etU caporalf A Fit, après avoir désiré si ardemment de quitter l’Égypte, on maudissait ta convention d’El-Arisch, qui maintenant obligeait d!en sortir ; on snuliaitait que sans forfaire à l’honneur il fût possible de ne point l’exécuter. Oh! si l’on eût généralement connu les récentes communications de Sidney-Smith ! Mais Kléber les avait tenues à peu près secrètes...

Du reste, Kléber lui-même commençait à sentir que sa position devenait fort délicate, et qu’il ne lui resterait bientôt plus d’autre parti que de recourir aux armes, que de vaincre. A dater du 8 mars, c’est-à-dire dès le lendemain de l’arrivée ducolonel Latour-Maubourg au Caire, on put s’apercevoir combien les dispositions du général en chefétaient changées. Il contrémanda tous les ordres précédemment donnés pour le départ, toutes les mesures déjà prises. L’arti llerie était embarquée sur le Ml : on la débarqua, afin de réarmer la cidatelle et les forts de la capitale. On réarma également les nombreux ouvrages de Gizeli.

Une partie de l’armée et la presque totalitédes magasins filaient vers Alexandrie; armée et magasins reprirent tout à coup la route du Caire. EnQii, pendant dix jours, le Kil ne fut charce que de djeriues ramenant des troupes et des munitions. Le grand vizir, pendant ce tempsla, ne cessait d’envoyer courrier sur courrier à Kléber, et de lui représenter d'un ton de plus en plus menaçant que la convention d'El-Ariscli était signée, qu’il fallait qu’elle s’exécutât, ou que sinon il allait marcher sur la capitale. KIcber se bornait à répondre qu’il n’exécuterait pas la convention tant que la lettre <|u’il avait reçue de l’amiral Keith ne serait pas rétractée, et qu’il n’aurait pas entre les mains des passeports signés de ceux qui prétendaient avoir seuls le droit d’en accorder; que

}usque-là le Caire, sa citadelle et ses forts demeureraient ocru liés |iar les troii|ies françaises; que s’il plaisait à Jussuf d'ouvrir les hostilités il en était libre, mais qu’on lui conseillait d'y rei;ardera deux lois, car au premier pas qu’il ferait vers la capitale on irait à sa rencontre. A plusieurs reprises pendant ces dix jours , les agents de Sidiiey-Sinitli intervinrent comme médiateurs entre les Français et les Turcs, etürent entendre des [râroles d’accommodement. — • I/j commodore avait écrit à Londres, disaient-ils; et quandla convention d'El-Arisch y serait connue, elle serait certainement ratifiée. L’aller et le retour prendraient à peine un mois. Du moins fallail-il, plutôt que d'en venir aux mains sur-le-champ, différer de quelques semaines. «Klélier, à qui le fait de sa signature troublait la conscience, Jussuf, qui entendait les officiers anglais railler presque tout haut son humeur belliqueuse et lui recommander une entière prudence , eussent consenti l’un et l’autre à cette espèce d’armistice; mais, l'un et l’autre, ils y metlaient des conditions inconciliables.

I.e grand vizirinsistaitpourque le Caire lui fût livré. Kléber, au contraire, voulait que Jussuf rétrogradât jusqu’à la froutière. Dans un tel état de choses, vider la querelle par les armes était la seule ressource, et, tout en parlementant, on s’y disposa des deux côtés.

Enfin, Jussuf foula aux pieds de trop timides conseils; et, fier de son immense supériorité numérique, certain des dispositions favorables de la majeure partie des habitants de l’Ouestanieh et du Delta, il résolut de prévenir Kléber et de se jeter avec son armée dans la capitale de l’Egypte. En conséquence, il porta le 18 mars ses avant postes au village de Matarieh, à cinq heures de marche du Caire.

Informé de ce mouvement dès la matinée du 19, Kléber fit aussitôt ses préparatifs pour marcher lui-méme au devant de l'ennemi, et son premier soin fut de mettre à l’ordre du jour la lettre de l’amiral Keith, en y ajoutant ces simples paroles : — Soldats, on ne répond ’o de telles insolences que par des victoires ; tenez-vous prêts à combattre!

Toute l’armée entendit un si noble

appel, et ne manifesta plus qu'un môme sentiment : confiance aveugle en son chef, désir et espoir de conserver intact l’honneur de ses drapeaux, sur lesquels les noms de tant de glorieuses journées étaient écrits en caractères d’or. Certes, la situation était bien changée depuis le •JG septembre 1799, jour où Kléber écrivait au Directoire qu’on ne pouvait se maintenir sur lesbordsdu Nil; elle avait bien empiré surtout depuis le 8 janvier 1800, jour de la signature de cette fatale convention d’KI-Arisch! Alors on tenait les positions fortifiées de l’Egypte; on dominait les indigènes, qui se raontraientsoumisettranquilles, et le grand vizir étaitencore au delà du désert deSyrie. Maintenant, au contraire, on avait livré les postes les plus importants pour ne plus occuper que la plaine; la population entière se montrait inquiété et remuante; les habitants du Caire, principalement , excités par le voisinage de Jussuf, n'attendaient que le 'signal de la révolte. Le sombre tableau tracé dans le conseil de guerre de Salahieh, f.au.x alors, n’était maintenant que trop e.xact. Mais n'importe! il faiblit, ou se rendre prisonnier de guerre, ou entreprendre une lutte presque désespérée : on n’hésita point ; il fallait, ou subir le déshonneur, ou se defendre dans des conditions pires que celles où naguère on déclarait toute défense impossiule : on brûla de se donner à soi-méme le plus noble des démentis.

Le 20 , bien avant le lever du soleil , les troupes, à la tête desquelles Kléber comptait rencontrer Jussuf, et qui pouvaient être évaluées à quatorze ou quinze mille hommes, sortirent du Caire |x>ur se déployer dans les riches plaines qui bordent le Nil. Elles avaient le désert à leur droite, le fleuve à leur gauche, et en face d'elles, mais au loin, les ruines de l’antique llcliopolis. La nuit, presque lumineuse dans ces climats, remiait les manœuvres faciles, .sans toutefois les rendre distinctes à l’ennemi. L’armée française se forma en quatre carrés principaux, dont deux à droite et deux à gauche. Les deux carrés de droite étaient commandés par le général de division Reynier, qui avait sous lui les généraux de brigade Robin et Lagrange; les deux de gauche l’étaient par Friant, et sous

L’ÜNIVKRS.

ses ordres, p;ir Belliaril el Donzelot.

Cliacun de ees quatre carrés sc composait de deux demi-brigades d'inl'unterie rangées sur plusieurs ligues. Aux angles et en dehors se trouvaient des compagnies de grenadiers, adossées aux carres mêmes, et destinées noo-seulemeiit a leur servir de renfort, mais à enlever au pas de course les positions où l’ennemi voudrait tenir. Au centre de la ligne, c’està-dire entre les deux carrés de droite et les deux de gauche, la cavalerie, que commandait I.«clerc, était disposée en masse profonde. A quelque distance eu arrière, et un peu à gauche, un cinquième carré de fantassins , moindre que les autres, car il ne se composait que d'une demi-brigade, était destiné à servir de réserve. Enfin , soixante bouches à feu soutenaient les différentes parties de cet ordre de bataille.

Nous avons dit que Kléber, depuis qu’il était général en chef, déployait une sorte de luxe afin d’imposer aux Égyptiens. Les troupes frant^aisesy trouvaient pour leur part une espèce de satisfaction d’amour-propre... En celte solennelle circonstance, KIcher, revêtu d’un riche uniforme et monté sur un cheval de haute taille, vint, lorsque l’aube parut, montrer aux soldats cette mâle figure c]u’il$ aimaient tant à voir et dont la (1ère beauté les remplissait de confiance. — .4 mis, leur dit-il en galopant devant leurs rangs , vous ne possédez plus en l'.yypte que le terrain que vous avez sous vos pieds. Si vous reculez (U un seul pas, vous éles tous perdtis! — Le plus vif enthousiasme accueillit partout sa pré.senee et ses paroles; et nés que le jour fut fait il donna ordre de marcher en avant.

Vers six heures du matin, après deux à trois heures de marche, on n’apercevait encore qu’une faible partie de l'armée du grancl vizir. C’était l'avant-garde qu’il avait poussée l’avant-veille au village de Matarieh, et qui ne comptait guerequehuit à neuf mille hommes. On distinguait bien, à quelques centaines de pas au delà du village, et un peu sur la droite , un second corps de meme force approchant que le premier, et qui manœuvrait comme pour sc glisser entre le Nil et notre aile gauche, comme pour aller insurger le Caire sur nos aerrières;

mais les ruines d'Ileliopolis , un Lmis assez touffu de palmiers, el de fortes ondulations de terrain, dérobaient à nos soldats le gros même de l'armée turque. Cette armée tout entière pouvait s'élever a quatre-vingt mille hommes ; mais le ÜU mars Jussuf n'en comptait que soixante-cinq mille autour de lui.

I.«s quinze mille autres avaient été précédemment détachés à Belbéis , à .Salahieb , à Damiette , et dans la haute Égypte. L’armée française, défalcation faite des troupes qui allaient prendre part à l’action, se trouvait réduite à une dizaine de mille hommes , qui gardaient le Caire, Gizeh, Rosette, Alexandrie, et divers autres points du Delta...

Kléber, arrivé en présence, pensa qu’il fallait d’abord barrer passage à la division turque qui manœuvrait sur notre gauche pour s’introduire dans le Caire.

Cette division , comme c’est l’ordinaire des troupes ottomanes, marchait confusément. Aussi , un escadron de guides a cheval, un régiment de chasseurs,

finis un régiment de dragons, que Kléler lança successivement contre elle, l'eurent bientôt mise en fuite à coups de sabre. Infanterie et cavalerie s'éloignèrent à perte de vue.

Ce premier engagement , qui était du meilleur augure pour l’issue de la journée, finissait à (leine, que Kléber se bâtait d’ordonner l’attaque du village de Matarieh. L’avant-garde proprement dite del’arméc turqueoocupaitce village, et s'y retranchait depuis quarante-huit heures. Il importaitde l’en chasser le plus tût possible, afin de ne pas laisser au gros de l’armée ennemie le temps d'accourir; mais la tâche semblait assez difficile déjà, car cette avant-g.arde secompos^iit de cinq à six mille janissaires, excellents fantassins, de deux à trois mille cavaliers d’élite, et d'autant de milices ^v ptiennes qui avaient rejoint les drapeaux de Jussuf depuis son entree en Egypte.

Tandis que le general Reynier, avec les deux carrés de gauche, iiiarchait sur Matarieh meme, Kleber, de son côté, opéra un mouvement de conversion avec les deux carrés de droite, et alla s’établir entre âlatarieh et lléliopolis, de manière que l’armée turque ne pdt venir au secoursdela position menacée. Reynier, à cent pas du village, détacha les coni-

, (.'.ongle

pnfmits lie prenadiers qui doublaient les angles de ses carrés, les forma en deux petites colonnes, et les lança contre les retrancliements ennemis. I.es braves janissaires qui faisaient partie de l'avantgarde turque ne voulurent pas attendre qu'on les attaquât : ils marchèrent à la rencontre de nos grenadiers, naais furentrecus depied ferme, et assaillis à bout portant par une terrible fusillade, qui en abattit un grand nombre ; nos deux colonnes se divisèrent alors, ainsi que le leur avait prescrit Reynier, attaquèrent, l’une de front et l'autre de flanc, les Janissaires interdits , et achevèrent de les disperser. Puis, se réunissant de nouveau, elles se Jetèrent dans Matarieh au milieu d’une prèle de balles, fondirent à l’arme blanche sur tout ce qui voulut résister, et après un grand carnage, demeurèrent maîtresses de la position. Turcs et Égyptiens s’enfuirent dans la plaine, et, rejoignant les débris de la première division qui s'était laissé battre, mais qui, quoique battue, n’abandonnait pas son dessein, ils coururent tous en désordre vers le ('.aire , sous la conduite de Nassif-Paeba, principal lieutenant de Jussnf. et d’Ibrahim-bcy , l’ancien collègue de Mourad. Quant a IMuurad lui-méme, il se tenait depuis le matin, à la tète de six cents cavaliers superbes, immobile sur les diles de l'armée turque , et ne devait point prendre part à l’action. Vivement ble.ssé de l’accueil qu'il avait reçu naguère du grand vizir, Mourad avait senti se rallumer en son cœur la vieille Jalousie qui divisait de-

fiuis longtemps les Turcs et les mameuks. Il avait compris d’ailleurs que les Turcs voulaient recouvrer l’Ecypte, non pour la rendre aux mameluks, mais pour la posséder cux-iuèmes. Il avait songé dès lors à se rapprocher des Frani^ais, dans le but de s'allier à eux s’ils étaient vainqueurs, ou de leur succéder .s’ils étaient vaincus. Agissant toutefois avec circonspection, il n’avait pas voulu se pronomær avant que les hostilités ne fussent reprises , et avait simplement promis à Kléber de se déclarer pour lui après la première bataille. Cette bataille était engagée, et tant qu’elle durerait iMourad resterait neutre; mais que la victoire, comme tout le faisait dç|à présager, sc rangeât sous nus drajieaux,

et dans peu de Jours Mourad deviendrait ouvertement notre allié...

Le village de Matarieh , plein de ces mille objets de luxe que les Orientaux tmînent toujours après eux , offrait a nos troupes un ample butin, mais elles ne s’y arrêtèrent pas. Soldats et généraux sentirent qu’il ne fallait pas se laisser surprendre au milieu d’un village par le gros de l’armée turque. L’armec française, reprenant donc, peu à peu son ordre du matin, c’est-à-dire se formant de nouveau en plusieurs carrés, s’avança dans la plaine , dépassa les ruines d’ilcliopolis, et aperçut bientôt à l’horizon un nuage de poussière qui marchait vers elle. A gauche était le village de Seriaqous ; à droite, au milieu d’un bois de palmiers, se montrait celui d’Él-Merg, et de l’un à l’autre courait une légère ondulation de terrain. Tout à coup le nuage de poussière s’arrêta, puis, dissipé par un soufQe du vent, laissa voir , entre .Seriaqous et El-Merg , la ligne flottante de l’armée turque, qui, par suite de rexhaus.sement du sol, se trouvait dominer un peu la nôtre. Kléber donna aussitôt le signal de l’attaque.

Kn conséquence, Heynier.se dirigea au pus de charge sur Seriaqous, et Friant sur F-l'Merg. L’ennemi avait répandu d'assez nombreux tirailleurs en avant des palmiers qui entourent ce dernier village ; mais de simples escarmouches ne lui pouvaient guere réussir contre nos intrépides soldats. Quelques detachenieuts d’infanterie légère que lança Friant eurent bientôt mis en fuite cés Turcs isoles. En avant d’El-Merg, au milieu (l’un groupe de cavaliers dont les brillantes armures reluisaient au soleil, se tenait Jussiifiui-méme. Quelquesobus français disper.sèreiit ce groupe , et le grand vizir voulu t répondre par ledeploienient de sa propre artillerie; mais ses boulets, mal dirigés, passaient par-dessus la tête de nus solifats, et ses pièces furent bientôt denioiitécs, bientôt mises hors de combat par les nôtres. Ou vit alors s’agi ter les milledrapeauxderarméc turque , et partie de ses escadrons se rua sur les carrés de Friant, lleiireusemeiit les profondes gerçures du sol , effet ordinaire du soleil sur une terre inondée, retardèrentla fouguedes cavaliers turcs, et Friant ne fut pas prisa l’improviste.

Dioilizcci by Cioojçlc

L'UiMVKRS.

Il les attendit de pied ferme, les laissa arriver presque à bout portant, puis, par un feu de mitraille qu’il ordouua tout â coup, en renversa des centaines.

Les autres se replièrent en désordre Ce n'était encore la que le preb^de d'une action générale. La bataille pioprement dite s’eugase enfln; mais elle va être à peine disputée. Jussuf ne déploiera aucune habileté militaire, et ses troupes n'opposeront nulle part de résistance sérieuse. A un sipnal qu'il donne, la masse de la cavalerie turque s’ébranle tout entière, fond sur nos carres, se répand sur leurs ailes, les tourne, et en un clin d’œil assiège leurs quatre faces ; mais cette cavalerie n’avait ni l'élan ni la bravoure de celle que nous avions vaincue aux Pyramides.

Elle caracole avec plus ou moins d’agilité devant nos fronts, mais n’ose faire aucune charge. Un moment, cependant, nos soldats sont restés comme interdits. Ce n’est pas que les cris, le mouvement, le tumulte de cette cavalerie innombrable , aient jeté le moindre trouble dans leurs âmes; mais une cinquantaine de leurs camarades ont succombé dans les engagements qui ont déjà en lieu., et l’ennemi s'est hâté de les décapiter.

Leurs têtes ont cte mises an Innit d'autant de piques, et viennent d'être promenées sur toute la longueur de nos lignes. C’est ce hideux spectacle qui a un instant stuitéfait nos troupes; mais le premier roulnin nt de tambour a dissipé leur stupéfaction, et maintenant les voici, calmes et impassibles derrière le rempart de leurs baïonnettes , qui font dans tous les sens un feu continu et bien dirigé. En vain les mille groupes des cavaliers turcs caracolent et tourbillonnent autour de nos phalanges; ils tombent sous la mitraille et les balles, ne parviennent jusqu’au pied des vivantes citadelles que pour y trouver le trépas, ou, s’ils peuvent encore faire volte-face, ils fuient à toute bride pour ne plus reparaître. De toutes parts règne une horrible confusion , cl quelque temps l'atmosphère est obscurcie par la fumée et la pous^ière. Enliii le ciel se dégage, le sol se découvre, et alors notre armée victorieuse, non-seulement contemple autour d'elle des ma.sses d'hommes cl de chevaux, hommes et

chevaux morts ou mourants, mais aperolt, aus.si loin que la vue peut s’étenre, des bandes de fuyards qui courent vers presque tous les points de l’horizon, ïüutel'ois. sauf quelques détachements qui vont rejoindre les deux divisions que nous avons vues dans la matinée prendre le cliemiu du Caire, c’est vers la frontière syrienne, c’est versEI-Kanqah, où ils ont campé la nuit précédente, que le gros des Turcs se retire. Kléber veut ne leur laisser aucun repos.

Kos carrés, conservant toujours leur ordredebataille, franchissent Seriaqous, puis El-Merg , et atteignent El-Kanqah le soir même. L’ennemi , en se voyant serré de si près, continue sa fuite; il la continue au milieu d’un dé.sordre de plus en plus grand, et abandonne à nos soldats, qui ne portaient absolument que leurs armes avec eux , les vivres et les bagages dont ils avaient grand besoin.

Telle fut la mémorable journée d’Héliopolis, où neuf à dix mille Français défirent soixanti-dix à quatre-vingt mille Turcs. La discipline, comme dans toutes les batailles que nous avions déjà livrées en Egypte, la discipline venait de l’emporter encore sur le' nombre.

Ainsi se vérifia la prophétie de Ucsaix; ainsi tomba l'illusion de Kléber sur la puissante force des Ottomans , cnr sa victoire dut lui apprendre que cette race dégénérée n'avait plus rien de commun avec les intrépides soldats de Soliman, de Bajazet ou de Sélini l'L

Kütre perte, cette fois encore, était insignifiante : elle ne s'élevait qu'à cent ou deux cents hommes. L'ennemi, au contraire, avait laissé douze ou quinze mille morts sur le terrain. Kléber .cependant, trouva que ce n'était point assez. Il fallait, suivant Kléber, obtenir un résultat plus sérieux que. celui d’avoir fait mordre la pou.'vsière à douze ou quinze mille Turcs; il fallait exterminer tous ceux des soldats de Jussuf qui survivaient à leur défaite; il fallait donc les poursuivre, à outrance, les rejeter dans le de.sert, et les y faire périr par la faim , par la soif, par le sabre des Arabes. L’armée française était exteiiuée de fatigue : Kléber lui accorda un peu de repos, maisdéidda que la poursuite continuerait dans la nuit même.

ÉGYPTE FllAXÇAISE.

Eneffet,lt'io(i(iemain2l,dcsiinelieur0 ilii matin, Klcberfaisait sonner Ip réveil; il détachait le général Lasran"ect quatre bataillons, car il entendait une vive canonnade du côté du Caire, et ne pouvait douter qun les divisions turques qui avaient tourné sa gauclie ne fussent allées seconder la révolte de cette grande ville, où il avait à peine laissédeux mille hommes répartis entre la citadelle et les forts ; il détachait, disons-nous, Lagrange avec quatre bataillons, l’envoyait au secours de la faible garnison de la capitale, et le chargeait de transmettre aux ilivers commandants des troupes qui formaient cette garnison l’ordre de s’en tenir à occuper de bonnes positions défensives , à demeurer en communication les uns avec les autres, et de ne tenter aucun mouvement offensif avant son retour.

1 1 cra ignait que quelques fausses manœu vres de leur part ne compromissent inutilement la vie de ses soldats, vie que de minute en minute il jugeait plus précieuse, car de minute en minute aussi il prenait plus fermement la resolution de rester en Égypte. Après quoi, toujours résolu à UC pas laisser de répit aux Turcs battus la veille, Kléber lui-méme, avec le reste de son année, s’élança dans la direction que le gros des luvaris avait prise, c'est-à-dire vers Beibéis, et y arriva de tres-bonne heure dans la journée.

Jussuf, dans sa fuite rapide, avait déjà dépassé Beibéis, mais il avait laissé un corps d’infanterie dans la ville et le fort et mille à deux mille cavaliers dans la plaine environnante. A l’approche de nos troupes, ces cavaliers se dispersèrent sans avoir seulement brûlé une amorce.

I.es fantassins turcs postés dans la ville essayèrent du moins de résister; mais on les chassa de rue en rue, on les enferma dans le fort, et après un échange de ((uelques coups de canon le manque u'eaii et la frayeur les décidèrent àse rendre. iS'otre cavalerie, pendant ce temps, avait battu la plaine sous la conduite du brave Leclerc, et elle venait de saisir une longue caravane de chameaux, qui se dirigeait vers le Caire et qui portait les bagages de ISassil'-pacha et d'ibrahim-bey.

D’une telle capture, Kleber inféra avec raison que le projet de ces deux chefs était d’insurger non-seulement la capi-

tale, mais tontes le.« grandes villes de l’Kgv pte. Aussi, n’abandonnant pas encore la poursuite du grand vizir, mais voyant que l’armée turque ne tenait nulle part, il crut pouvoir détacher Frinntavec cinq nouveaux bataillons, et les diriger, comme les quatre donnes la veille à Lagrange, sur le Caire.

Le 22, le surplus de nos troupes s’achemina de Beibéis vers Salahieh , sur les tracesdu grand vizir. Elles formaient trois colonnes principales. Reynier ouvrait la marche à la tête de la di’visiou de gauche. Kléber suivait avec les guides et le septième de hussards. Venait enlin Bclliard avec sa brigade, reste de la division Friant. Pendant le trajet, on reçut un message de Jussuf, qui demandait à négocier : on ne répondit que par un refus, et ce refus sembla rendre un peu de cœur aux fuyards. Ainsi , arrivé prés du bourg de Knraïn, à mi-chemin de Salahieh, Reynier se vit tout à coup assailli par une multitude de cavaliers fougueux, et c’est a peine s’il eut le temps de se former en carré. Il y parvint toutefois, et la grêle de balles, la tempête de boulets et de mitraille que les assaiüants curent dès lors a essuyer, modérèrent singnlièreinent leur fougue.

D’ailleurs , au bruit de la canonnade , Kléber avait envové à Friant l’onlre de presser le pas, et lui-même ne tarda guère a survenir avec sa colonne de cavalerie. Mais, à cette vue, les Turcs qui étaient aux prises avec la colonne de Reynier, aimant mieux avoir affaire à la cavalerie qu’a l’infanterie françriisc, se tournèrent aussitôt contre les guides et les hussards qu’amenait Kléber. Leur charge lut si soudaine, que l’artillerie légère, qui marchait avec le général en chef, eutà peine le temps de sc mettre en batterie et que les conducteurs furent sabrés sur leurs pièces. Un instant Kléber et ses cavaliers coururent un extrême péril, etleursituation devenait d'autant plus critique, que les habitants de Koraïn, persuades que c’en était fait de cette poignée de Francs, s’elançaicntdéjà avec des fourches et des faux pour les achever. Heureusement Reynier envoya le septième de dragons, qui dégagea Kléber. Friant, de son côté, arriva bientôt avec ses fantassins, et les Turcs, pris entre deux feux, laissèrent encore quatre ou cinq cents hommes sur l«

L’UNIVKRS.

terrain. Après cet eiuagomcnt, plus désireux (^ue jamais d'atteindre Jussuf et d’en Unir avec lui, Kléber remit à son retour la punition des habitants de KnraÎD, etaccéléra autant qu’il put la marche de ses colonnes. La chaleur était prèsue intolérable, car le vent soufflait du ésert, et l'on respirait avec un air brûlant une poussière Une et pénétrante ; hommes et chevaux étaient épuisés de lassitude ; mais on ne se décourat;ca pas, et enUn on arriva en vue de Salahieh vers la chute du jour.

On était sur les frontières de l’Ésypte, au seuil du désert de Syrie, et Kléber croyait que le jour suivant il aurait à en venir une dernière fois aux mains avec Jussuf; mais le 23, de grand matin, les habitants de Salahieh s'avancèrent à sa rencontre, et lui annoncèrent que, loin d'avoir osé l’attendre , le vizir avait continué sa fuite avec plus encore de précipitation que la veille et l’avantveille. Kléber accourut aussitôt, et vit de ses yeux un spectacle qui acheva de lui prouver combien il s'exagérait naguère la puissance des armées turques.

Tandis que Jussuf lui-même s’eufonçait bride abattue dans le désert avec cinq' ou six cents de ses meilleurs cavaliers et quelques bagages , les derniers débris de son armée se débandaient dans tous les sens. Une partie de ses soldats venait au-devant des nôtres, et implorait grâce à genoux ; une autre partie courait vers le Delta; une autre euGn, pour avoir voulu demander asile aux sables de la Syrie , périssait sous le sabre des Arabes. Apres avoir convoyé les Turcs jusque sur la froutière égyptienne, les Arabes s'y étaient arrêtés, dans l’espoir qu’d y aurait des vaincus et des lors du butin à recueillir. Ils avaient calcule juste, et maintenant ils égorgeaient à l’envi les fuyards pour les piller. Au moment où KIcber survint, ils venaient de s'abattre comme une nuée d'oiseaux de proie sur le camp que venait d’abandonner le vizir; mais à la vue de l’armee française ils s’envolèrent sur leurs rapides coursiers, et bon gré mal gré laissèrent d'abondantes dépouilles a nos troupes. 11 y avait là, dans un espace retranché d’une demi-lieue carrée, une multitude inünie de tentes et de canons; un nombre prodigieux de chevaux et de

bêtes de somme; unequanti té incroyabJo de selles, de harnais et de fers de rechange; des monceaux de munitions et de vivres, de tapis et de riches vêtements ; des tasde vaisselle plate et de cassolettes d’or et d'argent; des milliers de coffres remplis de parfums d’aloès et de flacons d’essence de rose, d’étoffes de soie et de châles de cachemire ; enfin de tous ces objets qui, au siècledernier, composaient le luxe brillant et barbare des armées orientales. A côté des quatre queues du grand vizir, à côté de douze litières dorées et sculptées, on trouva, témoignage certain de l'active intervention des Anglais dans cette campagne, on trouva une voiture suspendue à l’européenne, de fabrique anglaise, et douze pièces d’artillerie avec fa fameuse devise Honni toit qui mal y pense...

Nos soldats, nous l’avons déjà dit, n'avaient rien apporté avec eux : nonseulement ils trouvèrent dans le camp turc tout ce dont ils avaient besoin en vivres et’en munitions , mais encore ils y recueillirent un butin d'une valeur fabuleuse. En présence de toutes les ricliesses que leur livrait la victoire d’Uéliopolis,nos soldats, éblouis et fascinés, eux qui naguère passaient les jours et les nuits à gémir sur leur sort et se regardaient comme condamnés à périr sous un ciel lointain, invoquaient maintenant Dieu et tous les saints du paradis pour n’avoir jamais à quitter l’Égypte.

Le 24, après s’être assuré par ses propres yeux que l’armée de Jussuf avait disparu, Kléter jugea qu'il était temps de rebrousser chemin ; et comme il ne s’agissait pas simplement d’aller réduire le Caire, comme il fallait en outre ramener dans le devoir presque toute l’Égypte moyenne , dont la plupart des villes' venaient de s’insurger aussi ou avaient été naguère remises aux Turcs en e.xécution du traité d’El-Arisch, Kléber prit les dispositions suivantes. Il ordonna aux généraux Hampon , Belliard , Lanusse, de descendre le Nil avec un millier d’hommes ch,acun, chargea spécialement Rampon de marcher sur Damiette et de reprendre cette importante place, lielliard de seconder Rampon dans son attaque sur Damiette et de reprendre luimême le fort de l>esbeh qui fermait une des deux bouches du Ntl , Lanussc do

se tenir en communication avec ses deux collègues, de balayer le Delta depuis Damiette jusqu'à Alexandrie, et de châtier successivement toutes les bourgades révoltées; puis, laissant à Reynier deux n)ille baïonnettes environ, lui ordonnant de rester trois ou quatre jours sur la frontière, pour ôter aux débris de l’armée turque la tentation d’un retour offensif, et de se rabattre sur le Caire lorsque les Arabes auraient achevé la dispersion des vaincus, Kléber luiniéine rétro^trada vers la capitale avec le reste de ses troupes. Il ramenait avec lui la quatre-vin^t-buitièmedeini-brl|;3de de ligne, deax compagniesde grenadiers, le septième de hussards , le troisième et le quatorzième de dragons , en tout trois à quatre mille hommes.

Kléberarriva le 27 aux portesdu Caire, et trouva la capitale en insurrection comlilcte. Depuis son départ, cette grande cité, dont les habitants s'élevaient à trois cent mille âmes, avait été le théâtre des plus graves événements. Le 20, au bruit du canon d'Héliopolis, à la nouvelle que l’armée française était aux prises avec l’armée ottomane, presque toutela populationduCalres’etait portée en dehors de l'enceinte des murs, alla deconnaltre plus tôt l’issue de la bataille; et quand elle avait vu accourir Ibrahim et Nassif, quand elle avait vu derrière eux deux mille mameluks, trois à quatre mille janissaires, huit a dix mille cavaliers turcs et une multitude de paysans égyptiens, elle avait cru le grand vizir vainqueur. Le pacha et le bey n’avaient eu garde de la détromper, ils lui avaient aiiirmé au contraire que les Francs venaient d’être exterminés et les Ottomans de remporter une victoire complète. Alors, enquelques heures, cinquante mille individus s^étaient levés au Caire, à Boulacq, à Gizeh, dans les villages environnants, et, armés de sabres, de piques, de mauvais fusils, avaient résolu d’^orger la faible garnison française laissée dans la capitale. Cette garnison, avons-nous dit, n’était que de deux mille hommes ; mais grâce au sang-froid du général Verdier, qui la commandait, ces deux mille hommes avaient presque tous eu le temps de se replier dans la citadelle et les torts qui dominaient la ville , et la , bien pourvus de vivres et

de munitions, ils avaient opposé à leurs ennemis une résistance insurmontable.

Quelques-uns cependant de nos soldats avaient couru le plus grand péril : c’étaient ceux qui, au nombre d’environ cent cinquante, gardaient l’hôtel du gouvernement, situé, comme on sait, sur lu place Ezbékyeh. Les Turcs et la populace insurgée avaient voulu envahir l’hôtel, pour massacrer les Francs qui l’occupaient, et s'étaient flattés que l'accomplissement de leur dessein serait d'autant plus facile qu’aucun secours ne pouvait être envoyé de la citadelle ni des forts, lesquels s'élevaient effectivement à l’autre extrémité du Caire.

Mais nos cent cimjuante braves avaient si bien fait, tantôt par un feu habilement nourri, tantôt (lardés sorties audacieuses, qu'ils avaient contenu cette féroce multitude et donné au général Lagrangele temps d’accourir. Lagrange, détaché le soir même de la bataille, était arrivé dans l'afirès-midi du jour suivant, avait pénétré dans l’hôtel par les jardins, qui s'étendaient jusqu’à la canqiagiie, et mis dès lors ce (loste à l’abri d'un nouveau coup de main.

Les Turcs, voyant qu’il leur était impossible d'atteindre jusqu’aux Français , avaient résolu de s’en venger sur les malheureux chrétiens qui habitaient la capitale de l’Égypte. Ils s’étaient rués d’abord dans le quartier des Européens, avaient tué nombre de négociants , pillé leurs demeures, enlevé leurs femmes et leurs filles. Ils étaient passés ensuite au quartier des Coptes, qui professaient et professent encore le christianisme, qui possédaient de grandes fortunes pareeque les mameluks leur avaient dévolu le soin de percevoir les impôts , et à qui les Français mêmes avaient laissé leur rôle de percepteurs. On voulait donc punir en eux des amis de la France, et surtout dévali.ser leurs maisons. Mais, heureusement pour les Coptes, leur quartier formait la gauche de la place Esbékreh et s’appuyait à l’hôtel du gouverneméiiL Leur chef d’ailleurs était brave; il avait organisé un vigoureux système de défense et protège la vie et les biens de la plupart de ses coreligionnaires. Les Turcs, encore réduits de ce côté à une sorte d’impuissance, avaient imaginé alors de rechercher ceux d’entre les

Page 1