IX.Yl'TR MÜbERMi
lin inaléripi d'artillprie considérable et mie trcs-itraiide (|uantité de vivres iiue Méhcinet-Paclia avait abandonués la veille en évacuant la ville.
Cette fois l’adversaire du fils de Méhémet-Ali allait donc être Ueseliyd-l’aclia, le vainqueurdu rebelle Muslaplia; Mahmoud n'avait trouvé que lui qui fût digne de sa confiance dans cette position critique, et il lui avait conleré le titre de grand visir et donne des pouvoirs illimités. « Sauve l’empire, s’était • écrié le sultan, et ma reconnaissance « sera magnifique. » En même temps , pourenflammer le fanatisme de l’armée.
Mahmoud lançtiit un fetfa solennel contre le paella d’Egypte et son fils ; leurtcte fut mise à prix , et on promit la bienveillance du prophète et les faveurs du sultan à celui qui délivrerait le Saint- Empire de ces terribles ennemis. Impatient de justifier le choix de son maître, le nouveau vizir traversa bientôt le Bosphore à la tête de 00,000 hommes, et s’avança vers Koniah, où Ibrahim était déjà arrivé, en poursuivant les restes de la précédente armée turque.
La position avait paru bonne au général égyptien ; il avait déjà fait reconnaître' de tous côtés le terrain et exécuter differentes évolutions, dans le but de familiariser les troupes avec le lien de l’action.
Le is et le 19 décembre, il battit l’avant-garde des Turcs, et peu de temps après, ayant appris que les Osmanlis se mettaient en marche pour le joindre, il fit ranger son armée en bataille. Le temps semblait devoir être peu propice à une action, un épais brouillard obscurcissait presque entièrement l’atmosphère.
IjM Egyptiens aperçurent bientôt l’armée turque s’avançant en bon ordre, quoique fort embarrassée pour prendre po.sition sur un terrain qu’elle ne connaissait pas, et qu’elle ne pouvait même explorer parfaitement à cause de cette brume. Elle se développa donc un peu au hasard, sans calculer l’espace qu’elle occuperait, de sorte qu’un grand iniervalle fut laissé entre la cavalerie et la gauche de l’infanterie.
A peine cette évolution était-elle complètement achevée qu’une éclaircie suinte fit connaître aux Égyptiens l’ordre de bataille de leurs rnuemis; Ibrahim
!""■ Livraisoii. (Égypte iionECN
SC jeta vivement dans l’e.'pacc qui séparait les deux corps d'ariuce, culbuta la cavalerie, fit prisonnier le grand-visir, et mit le désordre dan.s rinl'anteric, qui cessa au.ssitdt toute résistance et n opéra sa retraite qu’avec la plus grande difficulté.
(’,eitc manœuvre, brillante, dont l'exécution fut due à l’habileté de Solimac- Pacha, non-seulement donna la victoire aux Egyptiens, qui semblaient devoir être écrasés par des forces supérieures , et assura à Méhémet-Ali la complète de la Syrie entière , mais encore eut un effet prodigieux sur les esprits. La journée du 24 décembre ouvrait à Ibrahim les
fiortesde Constantinople. Mécontents, es peuples de l’Anatolie voyaient en lui le libérateur qui avait déjà sauvé l'islamisme des redoutables Wahabys, et s’attendaient à voir briser par lui le joug abhorré qui pesait sur eux. Son nom seul était un talisman. L’enthousiasme fut tel, qu’à Smyrne, par exemple, le mutesellim fut renvoyé de la ville, où une autorité nouvelle fut constituée an nom de Méhémet-Ali. Si le lendemain de cette bataille Ibrahim eût marché sur la ville sainte, il y faisait une révolution; il se posait en pontife de l’islamisme, et proclamait la déchéance du sultan, avant que ce prince eût organisé la moindre résistance. C’en était fait : le trône des derniers fils d’Othman pas.sait aux mains d’un soldat albanais. Mai.s le généralissime prit trop tard cette résolution, et ce ne fut qu’un mois après la victoire (le 20 janvier 1833) qu’il se mit en marche pour le Bosphore. Déjà il était arrivé à Kutahieh, et quelquesjournées seulement le séparaient de Scuta ri , lorsque Méhémet-Ali, ayant appris que l’escadre ottomane avait ordre de se rendre en Syrie, envoya l’escadre égyptienne à la rencontre des vaisseaux du .sultan. Les deux flottes furent bientôt en présence : celle des Turcs était plus nombreuse , eelle de l’flgypte mieux équipée, et les avantages pouvaient être égaux; mai.s les succès de l’armée de terre elecirisaient la marine de Méhémet-Ali, ce qui fit craindre .au capitanpacha que la flotte de la Siihliine-I’orte n’eût le même .sort que son armée ; il refusa donc, le combat, et rentra dans le Bospliarc. .\ la nouvelle de cet événe-
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L'UKIVERS.
ment , qui le livrait à la merci de son ennemi, Mahmoud, épouvanté, sollicita l'appui de la Russie : 20,000 Russes partirent immédiatement pour Constantinople; néanmoins ils n’atteignirent la capitale de l'empire ottoman qu’aprés un laps de temps qui aurait permis à Ihrahim de s’en rendre maître. Le sultan sortit de cette crise terrible, en signant le traité de Rustaich et d'Unkiar-Skalessy. Par ce traité, le pacha d’Égypte reçut l'investiture de ta Syrie, et l’interveution de la Russie dans les affaires de la Porte Ottomane tut authentiquement consacrée.
On a peine à comprendre l'ineurie de la Portedans toute cette expéditiun. Lite semble trembler devant son pacha ; les armées qu’elle envoie en Syrie laissent Ibrahim prendre constamment l'initiative, condition de succès presque infaillible à la guerre ; la flotte turque, bien plus nombreuse que celle d'ibrahim , reste inactive lorsqu'elle pouvait assurément empêcher celui-ci de transporterdes troupes et des munitions. EuQn, quand l'armée égyptienne s’était imprudemment avancée dans l’Asie Mineure, quelques milliers d'hommes jetés dans le Tauriis auraient probablement changé la face des événements, et on néglige même de recourir à cet expédient dése.vpéré. Il est difCcile, en un mot, de pratiquer plus complètement la doctrine du fatalisme, et de s'en rapporter avec plus d'abandon à la prévoyance d'Allah qui dirige tout.
La conquête de la Syrie, accomplie par Méhémet Ali dans l’espace d'une année, a valu au vice-roi d’inappréciables avantages, et l'on peut dire qu'elle a complété sa puissance. L’adjonction de cette contrée était nécessaire pour garantirai! pacha la possession librcel tranquille de. l’Egypte, dont les Véritables frontières ne sont pas dans les sables de Sue/., mais aux montagnes du Tauius.
La guerre de 1832 a tracé la conlignratimi naturelle du nouveau royaume arabe avec l’ancienne délimitation. Autrefois la Porte menaçait sans cesse son pacha, et le tenait ei> respect par ses armées de terre et de mer; maintenant la Svrie, qui , comme un poste avancé de l'armée du sultan , gardait à vue le vioe-roi suspect, est devenue la senti-
nelle protectrice de celui qu'elle surveillait jadis; et même, mnitre aujourd'hui du district d'Adama, c’est Meiiémet-Ali qui tient le sultan en échec.
La bataille de Koniah avait jirofondément excite le ressentiment de Mahmoud. Depuis ce iour fatal à son armée, le sultan cnerchait les mevens de se venger de l'homme dont l'audace avait ébranlé son trône, et qui pouvait peut-être, par la suite, attaquer son empire plus directement encore. II mit donc tout en œuvre pour ruiner la puissance de Méhémet-Ali.
Son premier soin fut de fomenter des troubles en .Syrie, afin d’ébranler le crédit et d’affaiblir l'année de son redoutable vassal. Ce fut aussi dans ce but de destruction par la guerre astucieuse qu’il signa un traité de commerce dont l'application à l’Égynte devait faire naître des embarras de toute nature, et mettre en opposition les intérêtsdu viceroi et ceux des puissances européennes.
En même temps que Mahmoud appelait à son aide toute la diplomatie orientale, il s’occupait de réorganiser son armée et de relever sa marine. Enfin, lorsqu'il crut s'être mis en état de soutenir victorieusement une nouvelle lutte, il envoya eu Asie Mineure 23,000 hommes d’infanterie, 14,000 de cavalerie, et 140 bouches à feu, sous le commandement du séraskier llaUz-Pacha. Méhémet-Ali répondit à cette démonstration en faisant marcher sur le même point une armée de 43,000 hommes, commandée par Ibrahim.
Les ennemis étaient en présence au commencement du mois de juin 1839, et vinrent cainper au sud de Nezib. Un e^space de G,00ü mètres environ les séparait l’un de l’autre. L’endroit où était placée la gauche du camp ottoman lui offrait une protection naturelle; devant elle se trouvait une assez vaste étendue de terrain fortement accidenté, circonstaneequi présentait beaucoup d’obstacles aux mouvements des troupes et rendait l’attaque dans cette direction très-désavantageuse pour l'armée égyptienne. Le 23 juin, il n’y avait encore eu que des cng.agements sans importance entre les deux armées; sur ces entrefaites, vers minuit, llaliz-Pacha, informé que plusieurs régiments syriens avaient
ÉGYPTE 5I0DERNE
rintontion de passer dans ses ran^s, résolut de faciliter leur dtl^erlion , en attaquant à rimproviste le camp écyptien. A cet effet, il fit lancer 2ti0 obus sur rtrmée ennemie ; mais il n’obtint pas rie celte manreuvre tout le succès qu'il espérait, nialsrc le trouble et la confusion que cette attaque imprévue jeta nécessairement parmi les soldats.
L’énergied'Ibrahim etde.Soliman-Paelia opposa promptement une barrière au.x transfuges, et quelques centaines seulement parvinrent à gagner le camp des Turcs. Cet incident fit comprendre au généralissime qu’il devenait urgent de mettre un terme à de seml)lables tentatives, en livrant une grande Imtaille.
Au lever du soleil, les troupes égyptiennes SC mirent en marche, précédées par les Hawaris, qui e.scarnioucliaicnt avec, les troupes irrégulières, taudis que leur général se portait sur les derrières de rarinée turque. Hafiz- Paclia resta quelque temps immobile, et tout à coup fit pleuvoir sur les Égyptiens le feu d’uue terrible artillerie, auquel ceu.v-ci répondirent en faisantjouer toutes leurs batteries.
L’engagement durait depuis près de deu.x heures, quand les munitions d’Ibrahim se trouvèrent épuisées. Ce fut pour lui un moment terrible. Tandis qu’il était obligé de ralentir son feu, seize bataillons, prineipalement composes de .Syriens, profitaient de son .anxiété pour tenter de [lasser dans le camp ennemi. Dans celte conjoncture, un officier français. tl. Petit, conseilla .illafi/.l’aclia de marcher .1 la b.aïonnetle. Heureusement pour l’arniée égyptienne, Haliz hésita devant une mameuvre qui lui donnait inévitablement la victoire; Ibrahim, le .sabre à la main, sous le feu de l’artillerie turque , força les fuyards à rentrer en ligne, et reçut bientôt de nouvelles munitions. Il ordonna alors une attaque générale, et, ayant porte ses batteries en avant, il fit exécuter, a la distance de 600 mètres, un feu .à mitraille si bien nourri, que rennemt fut en un instant complètement déconcerté.
Les llachi-Bozouks, troupes irrégulières, prirent la fuite, et bientôt le désordre lut à son comble. Malgré l'aclivité et la bravoure déployées par Ha-
fiz-Pacha et les officiers européens de l’armée turque pour ranimer les soldats , une grande partie de l’infanterie , qui jusque-là avait montré beaucoup de sang-froid , suivit l’exemple des Oachi-Bozouks et abandonna ses armes.
Jji cavalerie n’avait pas donné, par suite de l’inhabileté de son général en clief; elle fut entraînée dans la déroute, mais elle exécuta sa retraite avec ordre.
Une fois encore la victoire s'était déclarée en faveur du pacha.
Le séraskier se retira sur Marach aven le reste de son armée, laissant
4.000 morts Pt 2,000 blessés sur le champ de bataille. Plus de 100 pièces de canon,' 4.000 tentes, des provisions de toute espèce et 1 ,200 ou I ,.SOO prisonniers restèrent aussi au pouvoir des Égyptiens, qui eurent de leur côté
3.000 hommes au moins hors de combat. Telle fut Tissue de la journée de Nézib , journée sanglante et décisive , qui consolidait définitivement la puissance (le Méhémet-Ali en Égypte, et dont la Porte n’aurait vraisemblablement jamais pu se relever par ses propres forces.
Mais un événement, en dehors des combinaisons de la |>olitique et de la force des armes, vint, à cet instant même, remettre tout en question en Orient. Six jours après la bataille de Nézib, le 30 juin de cette même année, l’implacable adversaire de Méhémel- Ali, Mahmoud mourut de phthisie pulmonaire, laissant pour héritier d’un empire si fortement ébranlé un jeune homme de dix-sept ans, étiolé par l’éducation du harem.
Bien des croyants, en cherchant un appui pour l’isfamisme, menacé jusque dans Constantinople par la protection perfide de quelques puissances européennes, ne virent qu’un seul homme c.ip.ihie de. relever la Turquie et de lui conserver son indé|)endauce. L’amiral, Aehmct-Pacha fut du nombre des partisans de Mébémet-Ali ; et le 14 juillet la llotle ottomane entra dans le port d’Alexandrie, aux acclamations de l’É> gypte triompliante, pour apporter sa soumission à l'heureux vice-roi.
Ce fut là le point culminant de la gloire de Méhémet-Ali, et dès cette
Iieurc, où l'Analolie s’elait prosternée à se^ pieds, où Constantinople semblait l’appeler de ses vœii\, il vit de jour en jour sa grandeur s’abaisser, et son inlluence pnliti(pie s’éteindre.
A peine Ibrahim avait-il en le temps de prendre, une résolution d’après ces nouvelles éblouissantes, qu’il reçut l’ordre de ne point agir; eet ordre lui fut transmis par un agent du gouvernement français; et, en effet, c’était la France dont la main retenait Mébémet- Ali, en lui faisant espeirer qu’il obtiendrait par la diplomatie les mêmes résultats qu’il eût pu se promettre de la guerre.
Cependant le grand paciia avait fait trop d’efforts violents pour qu’il lui fût permis de rester impunément immobile.
L’Egypte, obérée et dépeuplée, ne pouvait plus nourrir ni recruter son armée. Méhemet-Ali voulut que la Syrie alimentât ses conquérants, et que les vaincus remplissent les cadres que les vainqueurs étaient insuffisants a combler.
Peut-être, dans rétourdissement du triomphe de Nézib, au moment où les esprits inquiets s’étaient tournés vers le vice-roi , edt-il pu faire accepter cette exigence, en marchant sur Constantinople pour aller s’installer protecteur du trône des sultans; mais lorsque son hésitation avait permis à chacun de laisser parler se.s ambitions et ses haines, la Syrie lui donna le nom de tyran ; le Liban se révolta, et les Uruscs, se jetant sur les Égyptiens, leur firent éprouver des pertes considérables. L’armée égyptienne, sans vivres, sans renfort.s, était cernée dans un pays ennemi, aussi hostile peut-être eile^mcme à la puissance dont elle était l’instrument que ceux contre lesquels elle se battait. — Au milieu deces circonstances fâcheuses, le traité de Londres fut signé (l.î juillet 1840). L’Angleterre la Russie, la Prusse et l’Autriche reconnurent qu’il fallait ramener iMéhcmet- Ali au simple rang de vassal de la Porte. — La France s’abstint, conduite fallacieuse, qui entretint pour un peu de temps encore la confiance funeste du pacha.
L’armce égyptienne était néanmoins une force encore imposante ; elle se composait de :
130,000 fantassins réguliers ;