‹ L'UniversChapitre 84 sur 121 · cavaliers réguliers · texte numérisé non relu

cavaliers réguliers

4.000 hommes d’arlillerieavec un matériel nombreux et du génie :

En tout environ 140,000 hommes de troupes réculicres. En ontr», ou comptait 22,000 hommes de troupes irrégulières.

Sur ce nombre. Ibrahim commandait à environ 130,000 hommes. Le reste était réparti dans le lledjaz, le Sennaar. Pile de Candie et l’Égypte. Trouvant pourtant ces forces insuffisantes, Atéhémct-Ali. lit délivrer des armes aux élevés des écoles spéciales : bientôt il fit enrégimenter même des invalides, des borgnes, des hommes attaqués de maladies chroniques, etc., [lour former des corps de réserve en cas d’insurrection.

Toujours inquiet et actif, il imagina d’ajouter encore à ces milices une garde nationale; dans l’état de dépérissement extrême où était l’Égypte, ce ne fut à la vérité i|ue la triste caricature des soldats citoyens d’Europe. Les grades furent distribués aux gens riches et influents; ils puisèrent dans leur autorité soudaineun nouveau moyen de tyrannie et d’extorsion, augmentèrent le malaise et le mécontentement du pays , et n'organisèrent rien. Le résultat fut si oom- |ilétement nul, que le vice-roi fut forcé de renoncer à .son idée, malgré l'extrême ténacité naturelle à son caractère.

Néanmoins, la fermeté de Mehémet- Alict la réputation militaire d'Ibrahlm retenaient encore les signataires du traité de Londres. Us offrirent, comme dernier terme d’accommodenient, lepachalikd’Acre avec celui de l'Egypte. Le vice-roi refusa net, déclarant qu’il préférait périr les armes à la main; et les consuls quittèrent Alexandrie, à l'exceplioii toujours du plénipotentiaire français.

l’eu de temps après, les troupes anglaises prirent .Seyda, rille du littoral de la Syrie; Ibrahim tenta de ressaisir cette viilc, mais il fut repousse, et dut se jeter dans la montagne.

Le commodore Napier avait mis le siège devant Reyrouth. — Ce point, d’une grande importance, était biendéfendu par .Sohman-l’acha, à la tête de deux régiments; malheureusement le bruit de la défaite d'Ihrahim se répandait avec rapidité; on ajoutait même que le généralissime avait perdu la vie

ÉOYPTE MODERNE.

dans la dproiitc. Soliman, .alarnip, mit devoir aller à la nvlierdie de la vérité, aliii de rassembler les débris de l'armée s'il en était besoin; il laissa donc Beyrouth sons la garde de Sadik-Bey, colonel d'un des deux régiments. Celni ci. se voyant seul, quitta la ville, et les Anglais s'en em|)arèrcnt aussitôt. Mais, .ayant bientôt reru de Soliman une lettre (jui l’assurait de l’existence d'Ibrabim, et lui annonçait le retour immédiat du général à Beyrouth, Sadik-Bey craignit de paver sa trahison de la vie, et s’alla rendre aux Anglais avec son régiment.

De Beyrouth le commodore alla mettre le siège devant Saint-.lean-d’Acre. Ici la mauvaise volonté des chefs égyptiens fut plus manifeste encore. Au bout de trois ou quatre heures de bombardement, Isinaël Bey et quelques autres officiers supérieurs prirent prétexté de l’explosion d'un magasin a poudre pour abandonner la ville. Il n’y eut ni brèche pratiquée, ni débarquement opéré : ce fut une fuite bonteuse, lorsqu'on avait encore des munitions et des vivres en abondance.

Napier se dirigea ensuite sur Alexandrie avec six voiles, et vint proposer la paix à Méhémet-Ali. Un traité fut rédigé et accepté des deux partis; mais, lorsqu’il futqupstion de le ratifier, les puissances alliées désavouèrent le commodore, et les choses restèrent dans le même état u’auparavant. — Méhémet-Ali garait toujours la flotte ottomane comme un otage. Enfin la Porte se décida à lui offrir le pachalik héréditaire de l’Egypte. à la condition de laisser au sultan le droit de choisir entre les enfants du pacha celui qui devrait lui succéder, î.e. fier vice-roi rejeta aussi cette proposition, en disant qu’lbrahim saurait <■ an besoin soutenir ses droits, et qu’on « n’aurait rien gagné en faisant souscrire « ie père à cet arrangement prejudiciahie « au fils. » Nonobstant ce langage énergique, circonvenu bientôt après par les démarches et les notes de la France, il renvoya la flotte à Constantinople, et ordonna à son fils d’evacuer la .Syrie.

Ce n’est point une narration aussi brève qui peut donner même une faible idée des souffrances endurées par cette armée, tout .i Theure victorieuse, pour atteindre ses foyers; les chiffres seuls

ont quelque chose d’incroyable et de tragique. Sur plus de 1 ao,ü'uO hommes, il n'en rentra p.is .'jO.OOO en Egypte, et ceux qui rentrèrent étaient dans un état digne de la plus profonde pitié.

Le désastre était donc complet. Cetle fois .Méhémet-Ali dut demander luiméme. la continuation d'un titre qu’il avait glorieusement porté pendant plus de vingt ans. On lui fit répéter sa demande, et quand on la lui octroya, sans doute par un reste de crainte pour le [louvoir qui avait failli engloutir l'empire tout entier, ce fut en lui imposant des conditions humiliantes et vexatoires(l); ainsi le pacha dut renvoverdix mille Syriens incorporés dans .«on armée, réduire cette armée à dix-huit mille hommes, etc. I.a Porte intervint encore dans les affairi's intérieaires de l'Égyjite, et, sous prétexte de soulager le pays, elle s'efforça de garrotter le p.aeha.

Pour lui, une rage secrète sembla diriger dès lors ses mouvements. On le vit detruiresuccessivement.afinde produire quelques économies, plusieurs écoles et établissements publics auxquels il avait paru attacher un haut intérêt. De ce nombre furent l’étnblis.sement agricole de Choubra, les écoles primaires et préparatoires, et enfin les écoles spéciales. Dans les écoles qui restaient on substitua des maîtres t u rcs ou égyptiens aux professeurs européens. Ibrahim, qui n’avait jamais goûté de ces innovations que celles dont l’art militaire pouvait directement profiter, aidait et encourageait cette triste palinodie des premières années du régne de son père; et tous deux ne semblaient plus avoir d’autre but positif que d’éluder le traité et de continuer sous une autre forme tout ce qui avait été proscrit. Le monopole agricole, commercial et industriel fut maintenu, avec d’autant plus d'ôpreté, peut-être, que les puissances tutrices de la Porte avaient mis plus d’insistance à le faire détruire; des arrangements fictifs, des subtilités , des subterfuges, ont été employés activement

(1) VoyP7., a 1.1 lin du chapllre I", In trndiinlion du h.illi-sclierif (|iil acoordp a .Vléljeim l- Ali le pachalik herédltiiirB de l'I!ay|ilc'. cl do celui (lui lui donne sjins hcn'dilé le convernenit-iil des provinces de llarlour, de Nubie, du. Kordobin et du.Sennaar

L’L'MVEUS.

par l'habile pacha pour déjouer les dispositions dont le vériUible hiit avait été de le dépouiller de toute force et de toute puissance tant au dedans qu'au dehors.

C’est là le triste caractère des faits qui se sont succédé pendant ces dernières années, faits au fond desquels subsiste toujours probabicmentrespérance de secouer le joug, quoique le grand 5ge du vice-roi puisse faire douter qu’il voie Jamais un aussi beau jour. De cette œuvre peu de chose reste aujourd’hui, si ce n’est la trace des effortset le nom de ce qu’on a tenté. L’Égypte maintenant est épuisée, et il faut attendre qu’à défaut d’une aide puissante la nature ait refait ses (orces ; cependant, dans une vie si diversement agitée , malgré soi on attend toujours ; etde même qu'après la bataille de Nézib, lorsque l’Orient était dans l'admiration et la terreur, Mébémet-Ali n’a cessé d'éprouver les revers les plus terribles, on peut aussi, à cette heure que sa puissance parait être rentréedans la voie commune, s’attendre à la voir surgir derechef, et à contempler sur le vieil arbre quelques nouveaux fruits encore pleins de saveur.

Ici Unit la période de temps que notre narration doit embrasser. Les événements postérieurs à l’évacuation de la Syrie n’ont point changé la signification de ceux qui l’avaient précédéé, et, quoi qu’il soit arrivé depuis cette époque, 1 aspect et le fond des choses sont demeurés à peu près les mêmes en Égypte.

Après l’esquisse rapide mais complète des grands faits qui ont illustré la vie de Méhémet-Ali , cette biographie semblerait imparfaite si elle ne présentait pas un portrait de l’homme luimême. En outre, la tâche de'l’historien n’est pas achevée tant que les diverses parties de son récit n’ont point été reliées entre elles par des appréciations et une conclusion philosophique.s; nous ne pouvons nous dispenser d’offrir, dans un riisumé, des considérations sur la valeur des actes politiques et sociaux du législateur moderne de l’Égypte, et un coup d’œil général sur l’état actuel de ce pays. Quand nous aurons peint physiquement et moralement la personne du pacha souverain, il nous restera donc encore à accomplir la partie

la plus importante et la plus diflicile de notre travail ; à établir en quelque sorte le bilan de cette grande renommée.

Méhémet-Ali est de taille moyenne; il a le front saillant et découvert, les arcades sourcilières très-prononcées, les yeux noirs et enfonces dans leur orbite, la bouche petite et souriante, le nez gros et coloré. L’ensemble de ses traits formerait peut-être une physionomie un peu commune; mais la sienne e.st néanmoins remarquable par une grande mobilité d’expression , et par un mélange harmonieux de linesse et d'amabilité. Une belle barbe blanche, extrêmement soignée, encadre son visage et couvre sa poitrine. Il a la main parfaitement bien faite; genre de beauté auquel les Orientaux att.ichent beaucoup de prix. Sa constitution est vigoureuse; sa tournure est élégante; son allure, fière et ferme, a quelque chose de la précision et de la régularité militaire. Il développe bien sa taille en marchant, et balance légèrement le corps. Souvent il tient les mains croisées derrière le dos; et, comme Bonaparte, il aime à se promener dans cette attitude à travers ses appartements.

Le paena est rarement vêtu aven faste. Autrefois il portait toujours le costume des anciens mamelouks; mais, depuis quelques années, il a substitué le tarbouche militaire au large turban dont l’effet était si noble et si pittoresque, et l’uniforme étriqué du nizam aux amples draperies si longtemps affectionnées; néanmoins ses vêtements ont eu toujours une telle simplicité, qu’on a frénuemment pu le prendre plutôt pour quelqu’un de la suite du pacha que pour le grand pacha lui-même.

Ses manières sont dignes et bienveillantes comme celles d'un grand seigneur, chose que le dernier esclave apprend du reste assez vite en Orient.

Il ne s’entoure point d’une foule de courtisans armés , comme font d’ordinaire les satrapes de fAsie; un seul factionnaire veille à .sa porte ouverte à tout venant. Dans son divan, où on le trouve toujours sans armes, il joue habituellement avec une riche tabatière ou avec le rosaire des peuples d'Orient.

Les jeux de billard, des échecs et de dames plaisent beaucoup au pacha , et

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il ne se fait aucun scrupule de prendre pour ses adversaires des officiers subalternes, et quelquefois même de simples soldais; mais le plus ordinairement ce sont les consuls ou des voyaaeurs étrangers qui font sa partie de billard. Ce n’c.st pas ainsi (|u’on se figure, en Europe, le destructeur des mamelouks , le vaiuqueur de Malmioud, et le regénérateur de l’Éïvpte.

Méhémet-Afi est très-impressionnable et très-vif; il parvient difficilement a cacher les émotions excitées par des causes soudaines; aussi a-t-il etc souvent trompé par de hardis intrigants, qui profitaient de cette faiblesse ou de cette qualité bien connue. Sa générosité, peu commune, et qui va quelquefois jusqu’à la prodigalité, excite d'ailleurs la cupiditédes aventuriers, et leur promet une riche moisson en cas de réussite; peu de princes sont autant sollicités, et voient autour d’eux plus d’ambitions abjectes.

Au nombre des traits saillants du caractère de Méhémet-Ali, des témoignages non suspects placent l’amour passionné des femmes, que la tradition signale aussi comme un des penchants dominants de Mahomet.

Le vice-roi est très-épris de la gloire ; aussi s’exprime-t-il avec orpueil et enthousiasme quand il parle de son existence passée. Il pense beaucoup à l’éclat qui entoure son nom pendant sa vie, et s’imagine que celte renommée lui survivra.

Il se fait faire une traduction de la plupart des journaux européens, et paraît soufirir beaucoup des critiques plus ou moins acerbes dont ses actes ou sa valeur personnelle y sont souvent l’objet. Maintes fois on l’a vu manifester son indignation ou son chagrin des attaques virulentes que lui ont prodiguées qucloues écrivains; il est persuadé qu’elles lui ont été très-nuisibles et qu’il faut leur imputer, en grande partie, la ruine de ses espérances. .Selon la communication d’une personne digne de foi, llussein-bey aurait raconté, à ce sujet, qu’il avait entendu Méhcinet-Ali atttribuer l'opposition de la France et de l’Angleterre a ses projets d’indépendance, principalement à riniluence du journal de Smyrne, par lequel avaient etc répandues en Europe tant de dia-

tribes et de calomnies sur son gouvernement. « Jedonnerais volontiers, » ajoutait le pacha, <• un million de thaleris O (six millions de francs environ) pour «que cette feuille n’eût jamais paru; et a c’est ma faute si elle existe, car pai X en longtemps son rédacteurà ma dispo- « sition, et je l'ai rebuté. »

Les émotions de sa vie politique lui ont été In repos; il dort peu, et rarement d'un sommeil paisible. Deux esclaves veillent constamment à ses cdtés pour replacer les couvertures qu’il dérange sans cesse.

Parmi les différentes péripéties qui ont pu contribuer à troubler son repos, on cite, comme une des plus influente.s celle qui a produit le lioquet convulsif auquel il est notoirement sujet.

Voici quelle est l’origine de cette affection spasmodique. Lors de l'expédition d’Arabie, Toussoun-Paelia fut bloqué dans Tayef par l’armée des Wahabys. Le grand pacha était resté à la Mecque; il n'avait point de troupes avec lui , et on lui conseillait de se rendre à Djedda, afin d’étre prêta s'embarquer en cas d’événements. « Je ne veux point

• m’éloigner, dit-il; au contraire, je veux

• aller délivrer mon fils. > Et il partit escorté seulement de 40 mamelouks. Arrivé près de Tayef sans avoir encore arrêté de plan de conduite, il voulut se reposer pour y rélléchir ensuite, et ordonna à un de ses mamelouks de le réveiller à la moindre alarme. Il était donc plongé dans le plus profond sommeil, quand un des sentinelles amena un espion wallaby, pris dans les environs du bivouac.'Le serviteur, épouvanté, réveilla son maître en sursaut, et lui causa une si grande frayeur, qu'il fut pris d’un hoquet convulsif dont les attaques se sont répétées depuis à chaque émotion violente.

Cependant, ayant recouvré ses sens, Mébémet-Ali interrogea l’espion; et, dirigé par les réponses de cct liomine, il lui dit à son tour qu’il commandait l’avantgarde de l’armée du pacha. « Si tu veux, « ajouta-t-il, porter à Toussoun-Pacha

• la nouvelle de l’arrivée de son père, tu « recevras 100 thalerisde récompense. »

L’Arabe consentit, et emporia la missive. Avide, comme tous les individus de sa race, il accomplit religieusement son im ssagc, etreçut le bacchicke pro-

L’UMVERS,

mis; puis il courut vers le camp waliaby, où il annonça rarrivce. île Mélicinel-Ali à la ti'te d'une année forinidatile. I,a ruse eut un plein suiws; les assiégeants, terrifiés, disparurent eu peu dTfeures. Cette facile victoire a uéaunioins coûté le repos au vaimpicur.

Malgré les courts instants qu’il donne au sommeil , il est toutefois d'une activité peu commune. A quatre heures du matin on le voit sur pied, et toute sa journée est employée, soit à travailler avec ses ministres, soit à passer des revues, soit à inspecter les chantiers ou tout autre établissement public dont il se plaît à surveiller les travaux.

Il calcule bien, sans Jamais avoir appris rarithmétique. On soit qu'il avait quarante-cinq ans lorsqu'il chercha à connaître les premiers éléments de l'écriture et de la lecture. Une esclave de son harem lui enseigna, dit-on, l'alphabet, et un cheikh fut chargé de lui apprendre à écrire. C’est là une particularité caractéristique de sa vie , et elle devient réellement remarquable quand on pense aux graves préoccupations politiques qui devaient absorber l'intelligence de cet homme éminent.

Au sein de l’intimité, il est communicatif, curieux, et ses questions accusent une ignorance na'ive, tout en révélant beaucoup de Gnesse et de pénétration. Dans la conversation, il a quelquefois un à-propos remarquable de repartie. Un consul vantait un Jour, en sa présence, le tableau d'Ilorace Vernet représentant le massacre des mamelouks , peinture que tout le monde admirait alors au musée de Paris:» L’ar-

• tiste, ditle pacha, pourra trouver un « sujet de pendant à son tableau dans « le massacre des mamelouks de Bona-

• parte à Marseille. •

.Son caractère est absolu et violent ; mais, comme presque tous les Urientaux, dans la majeure partie des cas il sait se contenir, et conduire arec la plus grande adresse ce qu'il a prémédité; ainsi la fougue de son tempérament en fait un homme brave et hardi , et le piouvoir qu'il a de dompter cette fougue, au besoin , en fait un général habile , et lui donne l'art de commander en toutes circonstances.

En dépit de scs penchants irascibles,

beaucoup de honte naturelle lui rend diflicile d'iniliger des punitions; une indulgence, qui semble dans certaines occasions aller Jusqu’à l'insouciance, le porte à pardonner volontiers, et même à oublier les fautes les plus graves. Cette propension de son cœur vers les actes de Justice et de clémence lui a dicté une de ses décisions administratives les plus importantes: c’est celle qui enlève aux grands le révoltant privilège de punir de mort leurs esclaves ou leurs subordonnés; il a voulu que de semblables seutences fussent rati- Gées par un arrêt du souverain, mettant ainsi un arbitre entre l'accusé et le Juge, et un intervalle salutaire entre la faute et le châtiment.

Cependant il a quelquefois des accès étranges de despotisme, et nous en consignerons ici deux exemples assez curieux.

Entre autres plantes rares venues d’Europe, Méhémet-Ali avait reçu un dahlia. Placée en pleine terre , nu grand soleil, assez loin du kio.sque favori du pacha, la plante avait fleuri parfaitement sans que son maître y prit garde.

Mais un étranger ayant un jour parlé de la beauté de cette fleur, Méhémet la remarqua pour la première fois, et, l’admirant à son tour, il commanda de la mettre en caisse et de la transporter sous le sycomore qui ombrage son kiosque. Le jardinier ayant osé objecter que la fleur pouvait en mourir, à cette observation le prince fronça le sourcil, et Jura de faire enterrer vif le maladroit qui laisserait périr l'objet de sa .soudaine prédilection. Le lendemain le dahlia était soigneusement déposé dans une large caisse à l'ombre du sycomore ; mais la fleur à demi fané.e pen'cliait languissamment sur sa longue tige. I>e Jardinier fut amené , étendu sur le sol , et , malgré ses réclamations , il reçut d’abord plusieurs coups de courbache. Cepend.’uit , comme le patient ne cessait de répéter avec un grand sang-froid qu’on ne pouvait faire obéir les plantes de même que les hommes, il en fut quitte pour une légère bastonnade. Après mûre réflexion, le

fiacha lui envoya même un cadeau pour e dédommager.

Dans le nombre des arbres fruitiers qui lui étaient aussi venus d’Euru|7c , il

ÉGYm; .M()DEU^E

avilit recomninnii^ à ses janünicrs deux ou trois variétésde pruiiiers. On eu prit "raiid soin, et l'un d’eux produisit (|uelques prunes. F.e prinee, qui avait suivi avec interet les développements de ce fruit , ayant eu la fantaisie d'en ttürtter tandis qu'il était encore vert, lui trouva déjà un gortt exquis, et ordonna au directeur du jardin de donner une attention spéciale aux cinq ou six prunes qui restaient. L’artire fut doue entoure d’un filet pour empêcher les oiseaux d'arriver jusqu’à ces fruits précieux, et un gardien dut exercer la plus active surveillance. Malheureusement , im de ces tourbillons .si fré(|uents en l■■.^yptevint fondre sur l’objet de tant de sollicitude , et, la tourmente passée, il

resta sur l’arbre une seule prune!

Par compensation , sans doute, celle-ci devint si belle qu’elle semblait avoir entièrement absorbé à elle seule tous les sucs destinés à alimenter une récolte abondante. Enlin la prune allait être nuire, et depuis quelque temps le pacha semblait oublier de visiter son jardin.

I. es jours passaient, et rien n’annonçait une prochaine promenade à Qioubra.

Le directeur, fort inquiet, en délibéra avec ses subordonnés; il fut décidé, à l’unanimité, que lu prune avait atteint sa maturité parfaite, et que si on ne la cueillait elle courrait le risque de tomber ou de se gâter sur l’arbre. On la détacha donc de la branche, en grande cérémonie; puis, apres l’avoir délicatement envelop|)ée de duvet de coton , on l’enferma dans une petite Imite, qui fut cachetee et expédiée par un exprès a son Altesse. C’était au temps du ramadan; Mehémet-Ali, légèrement indisposé, prenait ses repas dans son harem. La prune lui fut servie parmi d’autres fruits par un eunuque auquel on n’avait point fait savoir tout le jirix qu’elle avait pour son maître; n’ayant pas été prévenu, le pacha la prit avec une complète inadvertance, et la mangea , sans SC douter que c’était une de celles à l’égard desquelles il avait fait de si rigoureuses recommandations.

A quelques jours de là, il se rendit à son jardin , et , tout d’almrd , il vint

droit au prunier. Plus de prune!

Avant qu’on eiU pu lui donner l’explication de cette di.sparition dc.sappointantc,

le pacha fut pris du hoquet convulsif, symptôme de sa plus violente colère, et le directeur du jardin, saisi sur un signe, fut Jeté à terre, et lultonné au pied de I arbre. Le pauvre homme .

parvint enfin h se faire écouler, des témoins furent entendus , et on appela l’eunuque. — Kst-ceqiiej’ai mangé une prune.’ lui cria le pacha du plus loin qu’il l'aperçut. — Oui, Altesse; il y a quelques jours qu’au repas du .soir je vous en ai servi une. — l’.t tu ne m’as pas averti! — Au geste qui accompagne CCS paroles, rcnmique comprend sou danger, court, s’élance sur le cheval tout harnaché du pacha , et disparait a travers ehamp.s avant (pi’oii ait pu tenter de s’emparer de lui. I.c mallieureux se tint caché pendant plusieurs jours; cependant lorsqu’on osa en parler au pacha , il daigna lui faire grâce.

llàtons-nous de le détdarer : si le viccroi a des caprices de despote, il a fait preuve , eu plusieurs circonstanees, de neaueoup de loyauté, et d’une parfaite noblesse de sentiment. Ainsi il n'a jamais consenti à livrer h la Porte les rebelles réfugiés en grand nombre dans ses États ; et même lors de l'insuirection de la Grèce il protégea religieusement les Hellènes qui se trouvarent en Égypte, et les conserva dans leurs < mplbis. Pourtant ce serait une eomplète erreur d’inférer de ces démonslrafions accidentelles que le paclia ait des notions raisonnées et un amour vrai de l’équité; qu'il se puisse être jamais préoccupé sérieusement de censurer et de faire respecter les droits naturels de riiomme dans ses États, quoi qu’on l’ait beaucoup glorifié d’avoir voulu instaurer pour tous scs sujets indistinctement une législation protectrice, et la tutelle d’une admiiiLstration régulière delajusliee. Le code qui a été promulgué par ■Méliémct-Ali , il y a quelques années, et dont on a tant" vanté la sagesse et la portée libérale, n’a jamais été mis en vigueur; ce fut un sacrifice fait par Zalem-Pacha (1) à sa renommée, aux instigations et à l’exigence de ses prôneurs. Aussi a-t-il été abandonné aussitôt apres son adoption , ou si ses dispositions ont

(I) ZaUm vptil dire oppresseur, tyran, do oppression, /nk'in-INich.i est le nom quel» fdlahs donm'ot à McIkdu'I'AU.

1 1 G( ij^Ic

étéappliquéps, cela a été dans de rares occasions, lorsque les intérêts directs ou imiircctsdu pacha n’eii devaient point souffrir. A la vérité, il n'en pouvait guère être autrement, à moins que le législateur n’edt eu une trempe de génie et de caractère de beaucoup supérieure à celle qu'il a montrée ; il lui eût fallu frapper d’abord, sans hésiter, ses afiidés, les soutiens de sa puissance, et s’interdire à lui-inéme une foule d’iniquités. Le premier coupable (|u’enssent atteint les nouveaux statuts eût été leur principal rédacteur, Monhhtar-Iîee, qui, bien qu’élevé en France, n’avait pas perdu les goûts honteux si communs dans son pavs, et qui, dix jours apres avoir achevé la fanieuse compdatioii, furieux de rencontrer dans un jeune domestique arabe une résistance inébranlable à ses propositions dissolues, fit impitoyablement mourir ce malheureux sous le bâton. Instruit de cette afftire, Zalem-Pacha pensa, comme font encore tous les grands en Égypte, qu’une tate fellah ne. vaut pas un cheveu turk. En dépit des prescriptions formelles et rigoureuses de la récente jurisprudence, Moukhtar-Bey en fut quitte pour paver un dieh ( rachat ou prix du sang ) (le 500 piastres, environ 1 25 francs, somme inférieure à ses appointements d’une journée : on voit qu'à ce taux il pouvait tuer, sans inquiétude pour sa propre peau, plus do trois cent soixante-cinq hommes par an; encore cette condamnation n’a-t-clle été peutêtre prononcée que pour la forme, et ne sommes-nous nullement certain qu’on ait veillé à l’exécution delà sentence, et que les parents de la victime soient jamais parvenus à recevoir cette indemnité dérisoire. Ce n’est pas là le seul fait de ce. genre que nous pourrions révéler, ils abondent : pour se venger de semblables déconvenues, ou par des motifs tout aussi peu excusables, ,Sélim-Pacha jette un de ses mamelouks à l’eau ; Mahou-Bey tue un des siens sous le bâton; Choukry-ECfendi en fait autant ; tous ces meurtres et bien d’autres crimes restent im|>unis. Deux ans aprfs la publication de ce code, dans lequel on s’était plu à voir le gage d'une ère d'égalité civde et d’inviolabilité individuelle pour tous les habitants du

pachalik, indigènes ou étrangers , on torturait encore les paysans avec des briques rougies au feu, on les clouait encore par les oredles,on les déchirait encore à coups de courbacho , pour les forcer à payer l’impôt ou les avanies du pacha mangc-peuplc (I).

Il faut bien le dire, l'octroi réel d’un régime légal , l’investiture donnée à ses sujets de la faculté de recours à l’autorité souveraine d’une constitution , la soumission du chef du gouvernement et de ses agents à l.i sanction suprême d’une juridiction inévitable et impartiale, eussent été une gêne cruelle pour le mode usuel de procéder du vice-roi et de son administration. .Sans doute il a bien quelque peu mérité le surnom de Zalem dont le peuple lui a fait hommage, n'ayant guère plus rien autre chose à lui offrir (tans l’état de misère où il l’a réduit. Sui.s passer en revue toute la série des actes tyranniques qui lui a valu cette épithète significative, constatons seulement que rien n’égale l’esprit de fiscalité et de rapine de Méhémet-Ali, et l'iniquité de ses extorsions. Armée, einployiis, artisans, il voudrait ne payer personne, et s’arrangerait parfaitement (l’être servi gratis; les officiers civils et militaires, les soldats, les ouvriers, ont tontes les peines imaginables pour obtenir le règlement de leurs appointements ou de leurs salaires, et rarement ils re(;oivent des espèces; dans la majeure partie des cas . ils sont forcés d’accepter des marchandises provenant des fabriques du pacha ; et pour se procurer de l’argent il leur faut revendre à perte les objets qui leur ont été comptes à des prix exorbitants. Jamais caissier du trésor au(|uel est présenté un teskéré ( mandat) n’ademimérairedanssescoffres;ilouvre au réclamant ses magasins, où celui-ci

eut choisir, s’il y a du choix , en su-

issantle tarif. I.e créancier auquel il ne convient pas de se charger de débiter les produits des manufactures vicerovales s’adresse à des usuriers, qui lui escomptent son titre avec un rabais considérable sur la valeur nominale , rabais sur lequel le potentat industriel prélève san.s doute une prime pour per-

(I) Èpithèle donnée il nn roi par Homère : iTjpoCofo; (iïoïkôî. llladob A , v. 231.

F.GYPTE MODERNE.

mettre ce courtaite. Parmi toutes les rubriques i^énieiises inventées |>ar Méhémet-AJi pour obtenir quittance sans bourse délier, un exemple remarquable achèvera de donner une idée nette de sa fécondité en combinaisons linancières. Après la prisedeSaint-Jean- ' d’Acre par les Européens , Ibrahim-Pacha , voyant l'impossibilité de garder la Syrie plus longtemps, envoya l'ordre a tous les corps de troupes’d'effectuer leur retraite vers l'Égypte, et de détruire en partant tout ce qui pourrait servir contre eux. Les fortifications et les poudrières furent démolies , les tentes furent brûlées, les canons eucloués, et tout le matériel dont les magasins étaient approvisionnes fut mis en pièces ; on alla meme jusqu'à briser les fusils et les sabres des soldats qui mouraient en route , afin de ne fournir aucune arme h l'ennemi , qui se grossissait chaque jour de tous les mécontents. A l'arrivée de l'armée au Kaire, on fit le compte minutieux de la perte occasionnée par l'exécution de cette mesure , impérieusement imposée aux Égyptiens par leurs chefs , et l'on trouva qu'elle se montait à six mois de la solde des débris de l'armée vaincue qui venait d'essuyer tant de fatigue et de souffrance; cette enquête était assez légitime, mais ce qu'il y eut d’odieux , d’incroyable, c'est ce qui nous reste à divulguer, ce que le rapprochement des chiffres a déjà faitsou|x;;x)nner peut-être : on voulait retenir cette somme aux soldats survivants, et il fallut d'énergiques protestations de la part de Soliman-Pacha pour vaincre l'obstination de Méhémet-Ali , et le faire renoncer à sa singulière détermination. Le pacha finit par comprendre , non sans peine, qu’il était au moins imprudent <rirriter, par une confiscation abusive, line armée dont son sort pouvait encore dépendre d’un instant à l’autre. Il nous semble évident que l'institution sincère et l’existence respectée d’une sauvegarde omnipotente du faible et de l’opprimé sont incompatibles de tout point avec de semblables inclinations.

Au surplus, si l’on avait eu l’intention loyale de faire le bien , d'affranchir et de rendre heureux les infortunés serfs de l'Égypte , il n’était nullement nécessaire d’étudier, d’imiter la morale et les oré-

cepte.s de l'Occident : la vertu du Koran suffisait à la cbo.se; il ne s’agissait que de se conformer strictement aux commandements et aux arrêts du prophète ; au nombre des décrets assez complets et précis du livre sacré , il en est qui stigmatisent et chiltieut l’accaparement et le monopole, à peu près à l'égal du vol. iMais Méhémet-Ali semble avoir puisé des inspirations plus efficaces dans la ma.xime arabe : « Le peuple « doit être traité comme le sésame ; il « faut le fouler et l'écraser pour en tirer « de l'huile. »

Pui.sque nous sommes sur ce sujet, et que nous avons consigné ici la malédiction qui résonne sans cesse sur les lèvres des fellahs , nous ne pouvons nous dis- I>enser d’entrer dans quelques explications sur un fait auquel on a donné beaucoup d'importance et de retentissement dans son temps , et qui , de prime aspect, renferme une iulirmationdirecte et imposante de la preuve par nous alléguée d’un anathème généralement fulminé à l’endroit du pacha : nous voulons parler de la démarche solennelle tentée unanimement et spontanément par les Égyptiens auprès de la Sublime-Porte, pour conjurer la déposition de leur gouverneur. Voici les moyens rapides et efficaces par lesquels s’est opérée cette conversion manifeste de la disposition des esprits : au milieu de novembre 1840, le vice-roi convoua au Kaire les nazers et les cheikbs e tous les districts de l’Égypte. On se réunit à la citadelle , et Hussein-Pacha, à qui avait été confiée la haute mission de présider ce conseil , parla éloquemment de la nécessité d'introduire des réformes dans l’administration des provinces afin de soulager le peuple, et fit briller aux yeux de ses auditeurs une superbe perspective ; après ce ravissant discours, il prit avec complaisance l'avis de chacun d'eux , écouta toutes les demandes et réclamations, et distribua magnifiquement des promesses ; puis , feignant d’être forcé de partir précipitamment par la réception d’une lettre du vice-roi , il pria les nazers et les cheikhs d’apposer de suite leurs .sceaux au bas d’une feuille de papier qu’il prenait l’engagement de remplir du procèsverbal de leur conférence, en relatant

fidèlement ce qui s’y étnit pnssé. Aucun des assistants n'osa’ refuser, et l’honnète pacha perpétra une innf*rente substitution ; il rediaea sur le blanc seiti" une supplique du peuple égyptien an sultan Al)il-ul-Medjid pour solliciter le maintien de Méhcniet-Ali dans le pachalik d'Epypte. Trompes (larqueliiueautre ruse, ou séduits d’une façon quelconque, les oulémas du Kaire dressèrent une requête dans le même but. On voit, par nos éclaircissements irréfutables, quelle foi il faut .ajouter à ces tendres et lotianqeuses pétitions, à l’aide desquelles on a exploité audacieusement l’admiration et la sympathie crédules de bien des gens.

I.,e vice-roi observe les rites de l'islamisme , mais il n'est point fanatique , et il a toujours montré une grande tolérance pour tous les cultes. Il est le premier souverain musulman qui ait su faire respecter les chrétiens dans son empire, qui les ait traités avec confiance, et qui leur ait donné des titres et des commandements. — En bravantainsi les préjugés du iieiiple et l’inévitablejalousie desgrands,Méhémet-Ali adéployéun véritable courage et fait montre d’un esprit plein de droiture. A proprement parler, du reste, Méhémet-Ali-ne semble guère se soucier d'étre rangé au nombre des zélés islamistes, de mériter la sainte épithète de moumenhie, ou vrai croyant.

Rien n’atteste en lui la conviction profonde de la précellence absolue de la foi inahometane sur les autres; quelques traits de sa vie nous ont paru des indices suffisants pour asseoir cette opinion, et serviront probablement la justifier.

Au mépris du Korau et de toutes ses lois divines, le paeha fit deux ou trois fois saisir, à la fin de leur pèlerinage, tous les pieux Araltes qui s’etaient rendus ,i la Mekkc pour .accomplir ce devoir solennel et indispensable, et compléta, de cette manière, les régiments du Hedjaz décimés par la guerre. A l’époque accoutumée de la crue du Nil, en 1825, comme les eaux n’étaient point arrivées à l.a hauteur ordinaire, Méhémet-Ali, ayant ordonné des prières dans toutes les mosquées, engagea aussi publiquement les chefs des autres cultes profes- ."«s en Egypte, à faire prier pour obtenir de Oicu ce bienfait commun. > Ile tant « de religions, » disait- il dans cette cir-

constance , • il serait bien malheureux " qu’il n’en fdt pas une seule bonne. » Ce prince , avec beaucoup de facultés remarquables, possède les vertus de l’honime privé. Il est bon père . ami silr, et, cliosc rare parmi les princes asiatiques , sa sobriété est extrême , et ses meeurssont assez pures. Une grande sensibilité lui donne quelque clinsc de touchant, et lui concilie facileinent l’affection do ceux qui renvironnent. l.a mort de ses enfants l’a profondément affecté; pendant longtemps on pouvait suivre sur le vis,age du père inconsolable la trace d’une grande^ douleur ; et la perte de ses compagnons d'armes lui a souvent fait verser des pleurs sincères. Plusieurs de ses camarades de jeunesse ont été associés à sa fortune, et .se sont élevés et enrichis par ses faveurs; ses compatriotes ont toujours trouve près de lui tin accueil bienveillant et généreux, l.a terre natale est restée chère h ses souven rs, et il a souventtémoignéson affection etsoii intérêt

fioiir les lieux où .s’est passée sou enfance : es habitants indigènes de Cavala sont, dit-on, exempts de tous impôts, Méliémcl-Ali les payant annuellement au trésor impérial. ()n rapporte aussi qu’il a donné l’ordre de conserver soigneusement sa maison paternelle et de n’y faire aucunch.mgement; il a encore des parents qui y vivent, comblés de ses bienfaits.

.Soit par une faiblesse commune .à beaucoup d'hommes sur le retour, soit par calcul, le pacha aime à se dire plus âgé qu'il ne l’est réellement, afin de faire remarquer la vigueur qui lui reste encore. En 1836 il se donnait soixante-treize ans , ce qui ferait remonter sa naissance à l’année 1763, tandis qu’il est né eu 1768 ou 1769.

Il serait complètement oiseux de parler de ses vertus guerrières ; la haute position qu’il s’est faite en dit assez a cet égard. Notis ajouterons seulement que dans sa vie privée il a souvent poussé le courage jusqu’à la témérité.

Il y a quatre ou cinq ans à peine qu’on l’a vu entreprendre sur un dromadaire de longs et périlleux voyages au milieu du désert, et braver les écueils du Nil, pour se rendre à Fazoglou, c'est-à-dire a six cents lieues de sa capitale.

Exempt des préjtigés mahomét.ans , et partisan des innovations, le pacha s’en-

ÉGYPTE MODERNE

<liiifrlbpaucoupties nations dcTEiirope, ((n’il imite avec une certaine affectation, im'nie dans leurs erreurs. Mais, malgré cette ;fé7iomanie, sa pairie exerce encore une certaine influence sur ses pensées et sa conduite. Il parle avec enthousiasme de la Macédoine, d’Alexandre, son héros favori, et des Ptolémées. On diraitque pour être de leur pays il se croit un peu de la meme famille. Entendant un jour raconter un trait de la vie d'Alexandre, il .s’écria avec orgueil : « Et « moi aussi je suis de Philibeli (I). » Na-

{ I } C’est ainsi nue tes Turcs a ppelton! la Mn- €4>doine,dunom(le Philippe. péred’\lexaniirG.

Mous temiinons ci*s details relatifs nu paclia par quelques renseignements qui nou.s ont paru mériter d'étre mis sous les yeux du lecteur.

Voici la formule des titres qu'U prend en télé de ses actes ofliciels :

« Son Altesse, le doué de Rrandeur, de puis- *t sance, de victoire, de conquête, «l'inlelti- ■m Rencc, Mohommed-Ali-Pacha; que Dieu pron téRe ses Jours, et déploie dans la bataille ses M étendards ! »

En regard de rel échantillon de style em- <phal!que, parfaitement conforme aux traditions de la superbe orientale, vient néi‘c.ss,iirement se placer la description du sceau de riieureux parvenu.

Au centre de ce sceau . le possesseur est dt*slgné en re.s (ernu^ : « Celui qui rc Üe sur DWti, « l’assisté Mohammed-Ali son esclave. » D.'ins le cercle extérietir, qui sert de Ixirdure. on lit deux vers qui signliient : «• ('.elui dont le re- « cours est dans l'apôtre de Dieu, fût-il s;usi « par le lion dans sa tanière, est sans crainte. >•

Celte de%isc est imitée du borda ^ poème à ia louange du prophète.

Des négocianli anglais de Manchester et de Llverpool onl fait frapper des médailles en or, en argent, et en bronne, en fhomieur de Moi)amme<l-Ali. Elles portent , d'un côté, l’effigie (lu pacha, gravée (l’après un mauvais portrait qui lui donne un air ignoble et féroce : on lit a feolour MÈiiF.Mrr-ALi-PACHA; sur le revers, deux palmes, dont les tiges sont nouées ensemble ^ leur naissai<cc, cm^adrent l'inscription suivante ;

TO THE FRtr..\0 OP SCIF..^CC, COmMERCF.,

ANI> ORDER, WHO I*R0TF.CT1:D THE SUWECT8 AXD PROPERTT OK ADVERSE POVVr.RS,

A.ND KKt>TOekN THE OVERLV.ND ROLTE TO IXDIA.

En voici la traduction llUérale ;

A rnpii

de ta AT/Vnce, dn commcrec et de l'ttrdre , ffvi proteqea 1rs sujets et tes propriétés des pmsMners antagonistes , et umintint litire la route jxtr terre de rJnde.

poléon est l'objet do son admiration; pourtant le Macédonieti l'emporte peutêtre encore dans son esprit, à cause du prestige de l'espèce de culte de famiile dont nous avons fait mention. Les vies de CCS deux grands Iiomnies sont sa lecture habituelle ; et, pur suite d'un singulier mélange d'idées héroïques et astucieuses, il ajoute a ce sujet de méditations la lecture du Prince de Machiavel , dont il a fuit faire une traduction pour son usage. On assure que, à l’exempie de Napoléon et de César, il se croit obligé d écrire ses mémoires, et que, quand

Ia bizarre idée do col hummnge menteur ou Intéressé éclat.*» diuis les cerveaux des spéculateurs biilnnnhpies au mument même ou la flolle anglaist* bombardait Bevrouth et Sainl- Jeün-ü’Acre, où les menée.s diplomaliques d’une politique égotsle et envahls.santc Iraumletit viguureu.vmenl l’expuLsion du vlce-roi ; cette Idée mnlencontreuse a eonsidérahlemenl égayé les sjiions de [..ondres, et soulevé dan.s tous les* journaux de la perlide Albion une tempête de sarcasmes et de quolibets conire ses .auteurs, les candides ou malicieux IraliquütUs d<*s villes niariliroes.

A la même époque , dnas des circonsUnocs non moins étranges, quoique d’une nature bien différente, la France a vu décerner dan.s son sein un pareil Irlbof d'admiration au gr.nnd homme dont no.s pacifiques gouvernants n'tpudiaicnt la défen.^e protitaide, après i’avolr poussé à résister à ses «*nnrmis. u» médiilie françal.<e présente aussi la ligure parfaitement gravée et assez ressemblante du vice- roi ; celle eflicie a beaucoup de saillie; derrière la partie poslérlenrc de la tète, on lit : viêuémet-ai.i ■écé.vé.iATEUR DF, L'éoviTF ; pl les mêmes mol.v sont tracés en arnlm devant la partie antérieure, Bur le bord opposé du disque; le rever.s ports au milieu un simulacre de cimeterre , de chaque côté duquel est pincée la légende suivante , Ici en français, la en arabe t

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