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AON CAVB.
Sur In lame do cimeterre il y a en français et en arabe :
NÉzm, 1839.
Nous n’enlreron.s dans aucune réflexion mo- Hvi'ft , ni lur rintempeslivilé de la démonstration, ni sur le ridicule de.H expressions employées dans la phrase élogieuse; nous ferons seulement renuarquer que la formule — /«>nveur du pays — n’n pa.s d*é<jUiv.alent dans l‘jdioiiK* ürabu; cette penM“e, ce sentiniunl, chers à rOcideni, sont romplétrmenl vides de .st*ns et mils pour le.s iniclllgenees cl les ,'\mes orieotali's.
il a un moment de loisir, il dicte à son kateb ( secrétaire) une relation des événements de sa vie agitée , version qui sera seulement connue apres sa mort.
Au nombre des incidents secrets desa carrière aventureuse, il en est un des plus intéressants sur lequel l’avenir nous apportera peut-étrequelques révélations de sa part a défaut d’autres, et dont nous dirons ici quelques mots, sous forme d'anecdote,sans nen affirmer. A l'époque de la prise d’Alger, on racontait, à Alexandrie, que le gouvernement français , ne voulant point conserver sa conquête, mais seulement punir l’insolence du dey et détruire la piraterie, avait offert a Méhémet-Ali de lui céider cette province importante s’il voulait payer les frais de la guerre et donner au commerce de nos nationaux toutes sortes de privilèges et avantages; la mission de M. Bois-le-Comte n’avait pas, prétendait-on, d'autre objet; et, selon quelques personnes qui pas.saient pour bien informées , le pacha avait accepté et commençait déjà ses préparatifs , quand la révolution de 1830 est arrivée. Cet événement seul a-t-il rompu de fait toutes les négociations, ou d'autres causes ont-elles fait manquer plus tard ces combinaisons politiques? Ce sont là des questions d’histoire diplomatique qu’il ne nous appartient pas de résoudre.
Il n'est pas d’homme qui ait été jugé plus diversement que Mehémét-Ali.
I,es uns ont vu en lui un nouveau Ptolémée-Philadelphe, un héros dont le règne a régénéré et civilisé l’Égypte. ; les autres en ont fait un aventurier habile, qui s’est occupé de parvenir au pouvoir dans un but exclusif de domination, et d'exploiter son pachalik dans un intérêt tout personnel.
Mais, quoi qu’il en soit de ces opinions contradictoires, c’est manifestement , tout le monde doit le reconnaître , à une grande force de conception , à une persévérance rare, à un esprit de conduite parfaitement entendu , à un tact profond, à une énergie puissante, qu'il a dd sa fortune et sa réputation.
Méhémet-Ali est évidemment un homme supérieur. A-t-il vraiment eu pour but le bonheur et la gloire de rÉgypte, ou n’a-t-il agi que par l’inci-
tation d’un vain amour de célébrité , ou d’une ambition sans mesure? Enfin un gouvernement réparateur a-t-il succédé.
a la tyranniedesinamelouks?Telles sont les questions que cette grande existence soulève, et sur lesquelles nous tâcherons de jeter quelque clarté.
Cest à tort qu’on dit l’Égypte civilisée, elle ne peut l’éire si subitement. I,a civilisation est le produit d'une série d’opérations successives, elle ne peut s’improviser en un quart de siècle ; et si l’on n’envisage que les résultats, la civilisation engendre un bien-être dont l’Ëgypte est malheureusement loin de jouir.
Il est vrai que pour introduire ses innovations Ménémet-Ali a dd ménager les habitudes , les superstitions , les préjugés , maladies semblables à ces vers rongeurs de la Guinée dont la main la plus habile peut seulement, à la longue, effectuer l’extirpation, et qu’il a mis dans son œuvre autant de
ftatience que d’adresse; il est vrai que a jalousie ombrageuse du sultan lui a suscité des obstacles presque insurmontables, qu’il lui a fallu poursuivre son œuvre en levant des armées et des contributions hors de proportion avec les ressources normales de ses domaines, et organiser le paysen appauvrissant les provinces pour <les guerres où il n’avait à recueillir que de la gloire. — Étrange moyen de civilisation! Il a pressuré si violemment l’Égypte, qu’il l’aépuisée, et poursuivi l'Égyptien avec tant de rigueur pour en faire un soldat, que les villages se dépeuplaient à l’a|)proche des recruteurs! Mais, au milieu de tant de difficultés, le fond delà pensée du grand pacha ii’a été ni le soulagement des infortunes du peuple , ni la réforme des abus qui l’avaient avili , ni l'éducation d’une nouvelle race moins abjecte et plus intelligente.
Il a créé des guerriers qui ont vaincu les Wahabys et les Osmanlis; il a forme des matelots , des constructeurs , des ouvriers; élevé des arsenaux, des manufactures, des écoles; mais le fellah est-il aujourd’hui plus propre, mieux nourri, pins moral, plus instruit? Il a manié de grands capitaux; mais comment les a t-il obtenus? Rien n'a été respecté ; .succession des mamelouks, mosquées, ouaqfs, propriétés particu-
KGYPTE MODERNE.
lii res, il a tout usiirpn sans distinction, lilattre absolu de la fertile vallee du Nil, il en a modifié la culture, il eu a ré"i la navigation dans le seul but d'augmenter ses propres revenus. A l'accapaiemeut des terres, il a joint le monopole de l’industrie et du commerce; il est devenu l’unique propriétaire, l’unique manufacturier, l'unique marchand , et de cet immense pouvoir il n'est ressorti qu'une splendeur personnelle , et il n'en a pas tiré quelque grande et eflicace mesure contre la inisere et l’Ignorance de son peuple. Même dans l’intérêt des établissements qu’il fondait, .militaires, marins, ou manufacturiers, il n'a point agi avec une prévoyance Yraimeiit perspicace, puisqu’il n’a point fait d'élcves en assez grand nombre pour les continuer après sa mort. Des ouvriers ont été appelés d’Europe par Méliémet-Ali; ils sont venus construire des vaisseaux, diriger des ateliers de tout genre; cependant la chose importante a été néligée : ils ont façonné très-peu d'ouvriers aptes à les remplacer.
Les écoles ont été instituées dans un but purement militaire, et il en est sorti neu de sujets capables. Comment pouvait-on espérer le contraire? Il n’existait pas d'éléments préparatoires, et il fallait élever d’emblée jusqu'à la science des êtres dont l'intelligence n'avait pas même reçu cette culture primordiale qui dans nos contrées se transmet d’une génération à l’autre pour ainsi dire avec la vie. Faire des médecins, des ingénieurs, etc., avec des adolescents qui nonseulement n’avaient pas acquis les connaissances nombreuses, abstraites, les prédispositions propices conférées par l’enseignement préliminaire sous l’empire duquel croissent les facultés du jeune âge dans les familles éclairées, lot infaillible des enfants des hautes classes, mais qui même n’avaient jamais soupçonné les plus simples notions devenues communes à ceux des classes inférieures et supérieures parmi les nations avancées de l’Occident; — développer immédiatement des entendements novices, tout a fait étrangers aux divers degrés d'initiations originelles que le labeur successif du temps laisse planer et répand sans cesse dansJ'atmosphère des sociétés lentement policées, et qui y
paraissent comme des idées innées chez I individu auquel il échoit de la respirer dès sa naissance! — Une conception aussi téméraire ne pouvait aboutir qu’à un avoriemrnt. Dépourvu lui-même de toute éducation première, Méhémet-Ali, trompé par son exemple etpr l'instinct du despotisme , semble avoir pensé qu’il pouvait susciter des savants, comme il avait vu surgir des soldats, par la seule force de sa volonté; tandis qu'en suivant l’ordre naturel, il edt pu, tout au plus, h l’aide de méthodes appropriées et de directions sagaces empruntées aux peuples sur lesquels il voulait modeler le sien , préparer pour son fils une élite de population apte à comprendre la théorie et a.essayer de la mettre en pratique. Du reste, il t'ait si peu de cas de l’instruction, ou du moins de ses collèges , qu’il a pris quelques-uns des élèves de Vécole de cavalerie pour les incorporer parmi ses domestiques; en 1840 il a choisi dans l’école des langues trois des meilleurs élèves pour les appeler aux fonctions de cuisinier sous la direction du maîtrequeux français de son palais.
Méhemet-Ali n’a point songé à rendre possible l’affranchissement de cette race arabe dont il a dédaigné la langue et qu'il a toujours méprisée. Il n"a de laveurs que pour les étrangers , turcs ou chrétiens; ce sont eux qui jouissent tandis que l’iiuligène travaille. Dans l’armée, ce sont les Osmanlis et leurs esclaves qui ont tous les grades ; il en est de même dans les emplois publics; les Arabes, parias de l'État, sont le perpétuel jouet des agents de l'administration, tout-puissants contre des hommes ignorants et sans appui, dont ils n’oni à redouter ni les plaintes ni le ressentiment. Ainsi , à l’aide de faux poids et de fausses mesures , on trompe ■ agriculteur sur la quantité des produits de sa terre. Au moment au la vente, le fellah n'a jamais recueilli que du coton de troisième qualité. En outre, une foule d’employés peuvent lui faire de fréquentes demandes d'argent; s’il refuse, il a ^a bastonnade; et s'il so soumet , le courbache est encore là pour lui en faire donner davantage. Emploiet-on un paysan à une corvée, au lieu de le payer, on lui dit que son village doit au gouvernement; c'est la loi de
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solidarité; on si on Ii- paye, c'est avec de faux leskrrr.i. Méhémct-Ali a sous le rapport du penie fiscal quelques traits de ressemblance avec Philippe le Bel.
Le mauvais état des finances de l'Égypte n’est pas uniquement le résultat clés longues et nombreuses guerres, la plupart déterminées par la nécessité :
des changements mal compris, des entreprises imparfaitement appréciées ou combinées avec trop de légèreté, les vices de l'administration, la mauvaise foi des employés, et l'exagération de leurs appointements, sont autant de causes clestructricps de la fortune publiue, autant d’obstacles à la prospérité U pays, qui ont joint leurs perDicieux effets aux fléaux de la guerre, et qui continuent l’œuvre de ruine durant la paix.
Plus une année est abondante , plus la misère du peuple est grande, parce que Mchémet-Ali entame alors de jilus vastes opérations. Parexemple, en 1829 le peuple mourait de faim tandis que des montagnes de grains destinées aux spéculations du pacha germaient sous les yeux des malheureux Arabes , sans qu’on leur permît même d’en acheter.
Content (l’avoir fait retentir son nom dans les feuilles européennes, d’avoir soumis les peuples qui l'entourent et fait trembler le grand seigneur au milieu de Stamboul, Méhémct-Ali a trouvé sa mission assex grande, et ne s’est occupé de la prospérité de l’figypte que d’une manière .secondaire et pour procurer à son ambition les moyens de se satisfaire. Ou plutôt , Méhemet-.Ali, homme providentiel, n'a pas eu la parfaite conscience de ses actions et de leur portée; il est venu porter un coup à l'édilice oriental, et, prenant les quelques pierres qui en .sont tombées , il a bôti ,i la hâte une habitation sans durée, a la
filace où le véritable architecte élèvera e nouveau monument.
Toute sa conduite porte cc cachet d’action temporaire et égoïste , en m(*mc temps qu’une sorte d’empreinte fatale d’inspiration. Il n’a point protégé l'agriculture, étendu et multiplié les irrigations; l’espoir du lucre semble seul l'avoir engagé a donner a l'Orient l'utile exemple des procédés européens dans la culture et l'industrie; et cepen-
dant on .se demande cominent le soldat macédonien a einbros.sé cette voie nouvelle, et (»mmentcet esprit inculte a pénétré l’urgence de chercher hors de la routine des ressources et de la grandeur.
On voit dans tous les actes de sa vie le prince avide de gloire, et nulle part le législateur Jetant les fondements tl’un bien-être qui doit lui survivre; nulle part le régénérateur qui s’occupe de la Justice, qui forme (les citoyens aux travaux bienfaisants de la paix', comme aux redoutables exercices de la guerre ; qui leur inculque le sentinvent de la patrie et s’efforce de la leur rendre chère. (I travaille sans but d’avenir; son gouvernement tout autocrate ne prend que de lui sa force et sa majesté; ses successeurs, s’ils ne l’ont point compris, reprendront la vieille routine orientale, et le pays retombera dans son ancienne barbarie, à moins que, parmi ces germes lancés au hasard , quelqu’un ne s>>it tombé dans une bonne terre, et que, se propageant par sa propre vertu, il ne couvre de moissons nouvelles de sciences et de richesses le sol aujourd’hui aride de l’antique et célèbre Égypte.
Pour agir (l’une manière homogène et logique il edt fallu qu’avant de rendre l’Égvpte conquérante, Méhémet-Ali la rendit commercante, agricole, heureuse. Inspirer à ses sujets l’amour des lois, de l’ordre et du bien public; leur donner confiance dans ses innovations ,
fiour les leur faire aimer, au lieu de les eur imposer par la violence quand le souverain y rencontrait un avantage personnel et immédiat, tel était le programme de l’œuvre complète. Il fallait convaincre et non contraindre, employer la force intellectuelle, et non la force brutale. Il fallait enfin élever cc trou-
fieau d’esclaves au rang de peuple. Les lauts emplois devaient être donnés non pas d’apres de puériles prédilections, non pas à l’intrigue ou à la fantaisie, mais bien aux services réels et au mérite; et l'on pourra toujours reprocher à ■tléhémet-Ali d’avoir nommé ses favoris aux premières dignités de l’État, sans s’inquiéter d’examiner s’ils pré.sentaientdes garanties de capacité et d’expérience. On lui reprochera aussi d’avoir enrichi les grands, et d'avoir entretenu
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f.GYPTE MODERNE
par une çfnérositc mal plaréeune sorte d'aristocratie intruse, dont les priviléf;es et les caprices dérésiés ajoutent encore à l'oppression du peuple.
Ces étranfiers, chrétiens ou musulmans, préférés sans cesse à la race arabe, et enrichis à ses dépens, sont detestes de la natiou, qu'ils ont neanmoins servie ; et les institutions qui devaient renouveler la face du pays, et lui donner dans le monde politique une place honorable, sont devenues odieuses a ceux même dont elles pouvaient être l’orgueil. Au lieu d’éveiller chez des êtres dégradés par une longue et terrible servitude quelque lueur d'amour de la patrie, en leur donnant l'espoir d’un sort meilleur, de faire naître l’émulation parmi eux, au moyen de récompenses graduées, de les inciter au travail et à l’étude par le désir de la liberté, il les a laissés dans leur léthargie, et s’est servi d’eux comme d’instrunrents machinaux, sans songer qu'un des plus brillants rayons de sa gloire aurait été d’en faire des hommes.
l.e pach.i fut dès l’abord forcé de recourir aux Francs, pour mener son entreprise à bonne tin, et il a admis, sans choix et sans distinction, tous ceux qui se présentèrent. I.es premiers durent être les meilleurs; il y avait alors autour de Mehémet-Ali un'prestige qui lui attira (|uelqiies hommes de cœur et de talent; puis bientôt s’abattit sur l'Égypie une nuee d’intrigants cherchant pôtnre : le prince fut trompé, indignement dupé, et, devenu déliant, il enveloppa tous les Francs sous la meme réprobation , comme il les avait entourés d une même prédisposition bienveillante. Du reste, ■I faut bien l’avouer, les Francs ne viennent en Égypte que poussés par l'amour du lucre, ou par le iiesoiu d’erha|iper à la vindicte de leur patrie. Nul n'a jiour but la cause du progrès et des lumières, nul ne sent avant tout le désir de faire le bien et d’être utile. Aussi, apres un séjour plus ou moins prospère pour eux , ils quittent cette terre hospitalière, chargés de la malédiction d'un peuple dont ils ne sont pas les oppresseurs les moins actifs. Il est honteux de voir le peu que les F.tiropéens ont fait depuis vingt ans que le grand-pacha les emploie.
lùi I83(i Méhémet-Ali disait au di-
3'' /.irmisnn. (l-XYrTE modfr:
van de Kéneh. • De tous les Européens qui ont travaillé pour moi Irais seulement m’ont rendu de grands services :
Soliman-Pacha (Sève), Cerisy-Bey et (’.lot-Bey. Ces Français sont les premiers Francs que j’ai connus, et ils ont toujours verilié la haute opinion que j’avais conçue d’eux lors de l’qypédition de Bo nafiarte. • Cesparolesn’étaientpoint une flatterie de circonstance ; il n'y avait à ce moment dans le divan que le prince Puckler M uskaw, un colonel russe, M. Campbell, consul anglais, et lesgouverneursae Kéneh et d’Esneh. Malgré le fondement trop réel que peut avoir la prévention du pacha contre les Francs, le peu de considération et d'égards qu'il leur témoigne depuis longtemps, la défaveur blessante qui accompagne leurs moindres démarches , le discrédit auquel ils ne peuvent échapper que difficilement, quoi qu’ils fassent et quels qu’ils soient, ont eu les plus fâcheux résultats. Dans la campagne de Syrie, Méhémet-Ali a vu s’effectuer de nombreuses défections, nonseulement parmi les Turcs, mais même parmi les Francs. Delcaretto, ingénieur italien, qui avait fortiOé Saint- Jean-d’Acre depuis que cette ville était tombée entre les mains d’ibrahim, passa le premier à bord de la flotte anglaise, pour communiquer le plan de la place et diriger le feu (1). Un Anglais, M. Bretell. ingénieur des mines, se rendit coupable d’une pareille trahison.
Pendant six ans il avait parcouru la Syrie aux frais du gouvernement égyptien ; il connaissait parfaitement les dispositions des diverses parties de la population, et le fort et le faible de cha- (jue localité. A la nouvelle d'un projet de coalition européenne contre l’homme dont il avait accepté des bienfaits et possédé la confiance, M. Bretell eut l'infamie de passer en Angleterre pour donner les renseignements nécessaires au
(I) Tion% devons rnppHcr ki qu'un iQK<^nieur napulitAÎii nomioft Cuniio rMta loogtempi au s4TTice d‘AII« pacha de Janina, qui, un our, Mir la r«^«iatioa de quelque turpitude, e lit liAtunnrr cl reiircrmrr daut un cachot; CarrUo y demeura quriqueii années . et ne recouvra *la liberté quVn IHitt. L’iaenlité de nom conduit a penver que c’est le roéoïc Individu, qui un» doute \ml plus tard en £gyple cacher le reste d’une vie condamnée a l'opprobre et à la mi&cre.
1,’ÜNtVEHS.
soulèvement de la Syrie et à la conduite des opérations militaires dans cette contrée. Les Fran(;ais n’ont point perpètre de félonies semblables; tous ont suivi l'honorable exemple donné par Soliman-Pacha, et sont restés inébranlablement fidèles à la cause qu’ils avaient embrassée. Mais Ils sont neanmoins atteints par la commune disgrâce des Européens. Ils n'ont plus de chances de fortune, ils ne peuvent guère parvenir à un poste de conOance, et faire quelque chose de grand et de fructueux pour les intérêts actuels ou futurs du pachalik.
A l’exception d’un ou deux peut-être, ceux qui y conservent une fonction ne sont que des courtisans, qui songent uniquement à s’enrichir en profitant des circonstances, et qui exploitent tous les désordres et les abus , sans se mettre en peine de rien redresser ni améliorer.
Encouragées par le gouvernement, protégées par des institutions, l’agriculture et l’industrie pouvaient devenir deux sources fécondes de fortune et de bonheur pour l’Egypte; mais sacriGées aux intérêts militaires, monopolisées dans l’unique intérêt du pneha , elles n’ont rien gagné à une activité plus apparente que réelle; leur essor et leur développement se sont promptement arrêtés.
En résumé , une tentative gigantesque a été faite; et malgré toutes les circonstances favorables, n’étant pas fondée sur une expérience sullGsante, elle a , comme un avortement terrible, produit de violentes souffrances et un immense épuisement. Debout sur les ruines d’une œuvre qui semblait se préparer pour des siècles, Méhémet-Alia, selon toute apparence, accompli désormais sa tâche, et, vivant encore, assiste au jugement de la postérité. Le bien qu’il a fait, placé dans un jour éclatant, a largement recueilli sa récompense; le bien qu’il eût pu faire a parlé aussi hautement; et l’exigence du monde civilisé est d’autant plus sévère qu’il a pris part aux luttes, et engagé son honneur à la chute ou au succès du grand-pacha.
Quelques années de repos ont calmé les passions haineuses, ou , s’il en existe encore, l’aspect de ce vieillard, que la tombe attend chaque jour, doit y faire un juste coiUre-poids. Devenue impartiale
par l’équilibre d’intérêts contraires, l’Europe appelle aujourd’hui devant soi cette vaste carrière, comme l’antique Égypte évoquait à ses pieds l’ombre tremblante de ses rois; en mesurant les moyens et le but, les efforts et les résultats, les obstacles et la réussite , elle compreud qu’une position éloignée a trompe l’optique des spectateurs, et que, faute d’initiation au véritable état des clioses, des actions ont paru sublimes ou odieuses, lorsqu’elles étaient uniqueineiit des élans irréfléchis, ou des nécessités subies à grands regrets peutêtre; elle voit que mille ambitions étrangères de peuples et d’hommes se sont abritées sous oetle existence, la troublant fréquemment à leur proflt, et entravant toujours sa inapche régulière; et elle juge que si dans ce retentissement et cet éclat il s'est trouvé beaucoup d’échos et de reflets, il y avait pourtant au foud uue voix et une lumière ; c’est pourquoi elle dit : « Ce n’est point une grande gloire, mais c'est une belle célénrilé! »
Les bornes restreintes d’un chapitre ne nous ont pas permisd’entrerdansde plus amples détails sur les institutions du grand-pacha d’Égypte. Nous avons voulu seulement indiquer leur Gliatioii et les intèntions qui les ont fait naître. On trouvera dans les diverses divisions de cet ouvrage des développements ctdes explications qui achèveront de donner à I opinion du lecteur des bases solides et invariables.
La traduction du Qalti-Chérif du 21 zelhedji 1256 (13 février 1841).
pièce oflicielle, donnera des renseignements précieux sur la véritable position de Méliémet-Ali en face de la Sublime- Porte, tant pour le passé que pour le présent.
HATTI-CHÉRII'
De Sa Haulesse, qui conjîrt à UéhémeljiU théréditi du gouftmement de C Égypte, en U soumettant à certaines conditions.
Mon vizir, j'ai TU avec salisfaction les preuves de soumission que vous venez de donurr, ainsi que vos protestations de fidélité, et vos assurances de dévouement envers mon auguste persoDiie et pour les intérêts de ma Sublime-l’orte. Votre longue expérience etla
ÉGYPTE MOUERNE.
connaitniin des aniiirrs du pays placé de|mis longtemps sous votre admiiiulratioii ne me tatssent pas douter que vous saurez , par le zèle et la prudence que vous apjiortcrez dans ce même gouvernement , ucqucrirde nouveaux droits à ma bienveillance et à ma conüaure en vous; et qu’en même temps, reconnaissant le prix de mes bienfaits, vous liclierez Je transmettre k vos descendants ces qualités qui vous distinguent. — Sur cette considération, je me suis décidé à vous confirmer dans le gouvernement de l’Égyple, d’après les limites tracées sur la c.ariequi vous est envoyée par mon grand-vizir, et à vous conférer, en outre, la prérogative de l'hérédité de ce gouvernement, sous 1rs conditions suivantes ;
I. borsqtte le gouveruemeut de l’Égypte sera devenu vacant , il sera confié à celui de vos enfants mêles que je chniviiai, et le même mode de succession s'appliquera aux enfants mâles de ce dernier, et ainsi de suite. Dans le cas où votre lignée masculine viendrait à s'éteindre, les enfants mâles issus des femmes de votre famille ne pourront avoir aucun droit à la siiceession.
Z. Celui de vos fils qui sera clioisi pour vous succéder dans le gouvernement de l’Égypte devra se rendre à Cunstantinople pour v recevoir l’investiliire.
3. La prérogative de l’hérêdilê conférée au goiivenieur de l’Égjrple ne lui donnera aiicu^ rang on titre supérieur à celui des autres vizirs, ni aucun droit de préséance, et il sera traité |iarfailement aur le même pied que ses collèguea.
i. Les dis|HMilions de mon halti-ckérif de (>ulliané, ainsi i^ue les lois administrativa en vigueur ou à créer dans mou empire, -et tous les traités roncliis ou qui pourront se conclure avec les puissances amies, seront également exécutés en Égypte.
5. Tous les impôts dont celle province se trouvera grevée seroiil perqiis en mon nom ; et pour que les lubitants de l'Égypte, qui font partie des sujets de ma Sublime-Porte, lie soient pas esposés i des avanies et à des perceptions irrégulières, les dîmes, droits et autres impôts y seront réglés d’après le syi- Icme suivi dans le reste de T’empire.
6. Le quart des revenus, des droits de douane, dîmes et autres impôts en Égypte, sera |irélevé sans aucune déiliiclioii, et versé an trésor de nu Sublime- Porte. Les trois autres (quarts serviront à couvrir les frais de perception, de l'administration civile et militaire, et de l’entretien du gouverneur, ainsi qu’à payer le blé nue l’Égypte doit envoyer chaque année aux villes saiules de la Mecque et de Médine.