‹ L'UniversChapitre 88 sur 121 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DHSCBIPTION DK L’BTAT FHVSIQUB DE l’égvptb,

cossinr.RVTioxs cénéhale». — srniATios, IIOHNES ET DIVISIONS DS L’éCYPTS. — NA- TVHE DD SOL. — ISTIIMB DE SUEZ. — DU NU,. — SOURCES ET COURS OU NIE.

— CATARACTia. — CRUES. — INONDA- ■nos» DU NIL. — EXUAUSSEMENT PROGRESSIF DU SOL. — ANIMAUX. — VÉGÉTAUX. — CLIMAT ET TEMPÉRATURE. — DES VENTS ET DE LEUR INFLUENCE. — PLUIE ET ROSÉE.— MALADIES.— MORTALITÉ A ALEXAN- DRIB.

Placés dans une position géographique des plus tranchées, les Égyptiens peuvent ottrir un exemple concluant des lois de la physique générale du globe. Si les anciens habitants de l’Égypte n’avaient pas trouvé sur le rivage du Nil des carrières inépuisables de grès et de pierre calcaire , le goût de l’architecture n’aurait pas été un des traits marquants de leur caractère, le sol n’aurait pas été couvert de mominieiiis gigantesques.

Où le culte attesta-t-il niienxTes besoins et les désirs de l’hoinme.’ Les animaux, et jusqu’aux végétaux utiles ou nuisible.s, furent divinises, et les inouvements du Nil furent consacres par lis rites de la

4"'' Lirraison. (Égvptk modéiim

MODERNK.

religion. T.a nature avait refusé des forets ft des mines à l’Égypte; elle fut agricole, pa.storale, savante et artiste; elle ne fut ni- conquérante ni commerçante. Les expéditions guerrières qu’elle rit, à diverses époques, n’eurent aucun résultat durable, parce qu’elles n’étaient point dues aux instincts de la nation.

Én vain les Ptolémées réunirent par des routes inagniliques les bords du Nil et le rivage de la mer Rouge, le commerce resta entre les mains des étrangers, et les Égyptiens s’engagèrent rarement eux-mêmes dans cette nouvelle voie. L’Égypte demeura, quant au commerce , un’pays de transit, et le grenier des nations voisines; en raison même de leur civilisation avancée, les Égyptiens méprisaient trop les peuples étrangers pour aller chercher chez eux les moyens de s’enrichir.

SITUATION, BORNES ET DIVISION DE t’ÉCYPTE.

Selon le voyageur Bruce, le nom d’Égypte vient de l’éthiopien y-gypt, et signiOe le pays des costaux, appellation qui, pour être aujourd’hui peu applie-ible, n’en était pas moins juste au temps de la splendeur de l’Égypte, sous les Plmraons, lorsqu’un habile système d’irrigations avait fait de cette contrée la mère nourricière des nations (I) ; la Bible l’appelle MizraXm, nhiriel de Misr, nom que les Arabes donnent aujourd’hui à 1 Egypte; les Coptes ont conservé le mot de Chemia , qui est évidemment le Kemê ou Kemia des anciens monuments.

Située entre SS» 23’ et SI” 35' 30 " de Int. boréale, et entre 22” 10" et 33" 2t" (le loogit. à l'est du méridien de Paris, l’Égypte se déploie longitudinalement.

Les exhaussements du sol aux embouchures de ce fleuve, et tout le Delta, sont formés par les dépôts des inondations périodiques et l’entassement des sables delà mer; la majeure partie de ce terrain aréiiacé n’existait même pas à répo(|ue où les prêtres égyptiens ont fixé les limites de leur patrie : pour eux, elle finissait avec le Nil. Le terme des

(!) .-Eoypius C-lail le plus .■ineien nom du nil (Rom. Odija. XIV, usmi. (;« nom Iiii plus Uni applique à Igtil le pays. '

L’UPîn'ERS.

mesures données pnr Hérodote doit, d’après les recherches de plusieurs savants, s'arrêtera la principale bouchedu fleuve nourricier, à l'issue de la seule branche primitive, à laquelle Ptolémée appliquait l'épithète , schet-

noufi des indijtènes (bonne branche ou principale division (1) ).

L’Rgypte occupe la partie nord-est de r Afrique; enclavée entre deux mers et deux déserts, elle a pour limites au nord la Méditerranée, à l'est la mer Uouge', au sud la Nubie , à l’ouest la Libye. Elle se dirige du nord au sud, en inclinant un peu vers l’ouest; c’est une longue bande de terrain traversée par le Nil, ui, arrivés trente lieues de la mer, se ivise en plusieurs branches dans une plaine parfaitement unie et dont la pente est presque insensible. L’Égypte entière, depuis la dernière cataracte jusqu’à la pointe de Bourlos, présente une superficie d’environ deux millions cent mille hectares de terrains cultivables.

On la divise en haute,, moyenne et basse Égypte. La Haute-Égypte ou Said s'étend de la Nubie Jusque vers la province du (^ire; la Moyenne- Égypte renferme la province du Giire et les provinces latérales; la liasse-Éyypte se compose de tout le pays situe entre le territoire du Caire, la Méditerranée, l'isthmede Suez et la Libye. Le Saîd est une longue vallée entre deux cbaînesde montagnes ; c'est ce qu’on appelle la collée du NU; sa longueur, depuis l’Ilede Plulæ jusqu’aux grandes Pyramides, entre les 24° et 30° de latitude, est d’environ quatre-vingt-dix myriamètres, en y comprenant les sinuosités du fleuve. A la hauteur du Caire, les montagnes s’afïaissent, et le pays se nivelle presque complètement; la chaîne orientale forme alors, au bord de la vallée, une sorte de haute muraille coupée erï quelques endroits par des ravins; la chaîne occidentale se termine en pente douce. Depuis le Caire jusqu’à la mer, et entre les deux bras du Nil qui descendent dans la mer, l’un à Rosette et l'autre à Damiette, le pays forme uu triangle presque équilatéral dont la base a environ soixante-dix

(I) Voir CbampoUion leleuoe, l’6gypUtous lc4 Pharaom,

lieues; cette plaine a reçu le nom de Délia, à cause de la ressemblance de sa configuration avec celle d'un des caractères de l’alphabet grec (A). Ia;s indigènes lui ont donné le nom de rab ou ri£, qui signifie poire, parce qu’ils ont trouvé quelque ressemblance entre la forme de ce terrain et celle d’une poire; de rtb on a fait ri/, et er-ri/ avec l’article. Abou’I-Féda divise l’Égypte en iiij ou côtes , et en Sald ou hautes contrées. I>e Delta fait partie de la Uasse-Égyple ; en remontant on trouve, à peu prèsenface du Caire et de l’autre côté du fleuve, la ville deCiseh, célèbre par le voisinage des pyramides ; et un peu au delà des pyramides commence la vallée du NU, qui se prolonge vers le midi , dans un espace d environ cent cinquante lieues.

RXTDRE 00 ML.

L’Égypte, à proprement parler, n’est qu’une grande oasis dans uu immense désert. Ses proportions sont en rapport avec celles au cours d’eau qui l’a créé*-. Le Nil, rompant la montagne granitique, vint creuser son lit sur la pierre calcaire du Saîd, mêler son limon fécondateur à la poussière stérile apportée par l’impétueux khamsin , et préparer ainsi une nouvelle terre pour l’habitation des hommes.

Voyageurs, savants ou poètes, curieux ou aventuriers, tous sont frappés de l’aspect original et grandiose de l’Égypte, quel que soit le côté par où ils l’abordent; rien n’est plus intéressant, plus majestueux, plus riche que ce long ravin sillunné de mille canaux, tapisM d’une végétation sans cesse verdoyante et fleurie, et rempli d’une moisson perpétuelle, que deux chalnesde montagnes nues et arides défendent contre l’haleine dévorante du désert.

A mesure qu’on pénètre dans le pays, et qu'on eu observe minutieusement les détails, l’étonnement et l’intérêt s’accroissent au lieu de diminuer. Ici la terre se suffit à elle-même, et les régions supérieures de l’atmosphère ne lui envoient point leurs ondées bienfaisantes ; point de pluie pour alimenter ces végétaux que le sol engendre sans relâclie. Un seul fleuve suflit pour arroser cette plaine limoneuse et réparer annuellement la perte des sucs nourriciers.

ÉGYPTE MODERNE

Tout s’accomplit avec une régularité solennelle : aux mêmes jours le Nil s'élève, aux mêmes jours il s’abaisse, pour recommencer à des périodes régulières ; et cependant au sein de cette contrée privilégiée, où la nature se charge ellemême d’une partie des travaux de l’homme, au milieudeces sables que le vent seul agite , les veux surpris reconnaissent les vestiges d’une catastrophe violente. Le sel des mers couvre de scs efflorescences cristallines le sable desséché du desert , les coquilles gisent sur les hauteurs, les vallons sont labourrâ par le passage des torrents , les pierres sont polies et façonnées par le roulement aes flots, et des scories volcaniques encombrent quelques endroits des gorges , loin de tout cratère. On a essayé d'expliquer, avec plus ou moins de vraisemblance, ces singularités naturelles. Entre toutes tes hyiibthèses émises à cet égard nous sommes forcé de f.iire un choix ; le nom de Déod.it Dolomieu et l'autorité de la grande commission scientifique de Napoléon mettront notre responsabilité sufris.-imment à couvert.

Une cause inconnue, le choc d'une comète et du globe terrestre , par exemple , aurait un jour imprimé aux mers de grandes oscillations, et quelques portions de nos continents auraient été tcm-

f)0 rai reine lit submergées. D’après cette lypothèse, les eaux de la Méditerranée se portèrent vers le mont Liban, tandis que celles de l’océan Indien entrèrent dans le golfe Arabique. Les courants dév.nstateuis se rencontrèrent en divers points, et a diverses reprises, et alors, se faisant un moment équilibre, ils laissèrent retomber les roches et les sables qu’ils avaient entraînés. Ainsi se formèrent l’isthme de Suez et quelques antres atterrissements ; ainsi s’établirent les amas de coquillages dont les débris font aujourd’hui des collines entières; ainsi se creusa le désert; ainsi le sel se répandit sur la surface de PÉgypte; ainsi s’agglomérèrent des matières' nétérogènes dans des lieux étrangers à la (irbduction de quelques-unes d'entre elles.

Le Nil lui-même a modifié plusieurs fois l'intérieur de la vallée , et les traces de son cours .se retrou< ent dans des lieux fort éloignés l’un de l’autre. Un de scs

anciens lits a suivi la ligpie des oasis, et son pass.ieey a laissé des vestiges irrécusables;1l à ensuite baigné le pied de kl chaîne libyqne, et peu à peu repoussé par les sables , il s’est porté vers les monts arabiques, qu'il creusa lentement en quelques points. Ces changements de position, joints à d’autres circonstances, auraient même donné naissance à la région des grès dans la montagne libyque; telle du moins a été l'opinion du savant M. de Rozière. Ces sites donc, si immuables en apparence, sont en réalité toujours changeants et renouvelés , au point que le fond des eaux est devenu montagne , et que la montagne, à son tour, menace de devenir un jour le lit du fleuve !

Cette constitution extraordinaire promet surtout à l'étude une mine inépuisable d’observations et de phénomènes nouveaux. La géologie doit faire une ample récolte dans un semblabip champ d’exploration.

En effet, bien que la vallée du Nil soit, pour ce qui concerne Potiverture riveraine, uniquement de formation alluviale, elle présente dans son ensemble une variété de caractères dignes de l’attention du géologue ; de part et d’autre , le sol limoneux est encaissé dans des montagnes rocheuses , et les sables du désert viennent jusqu’à ces montagnes et jusqu’aux bords de la terre cultivable, sur laquelle ils empiètent même fréquemment; la largeur même de la vallée est peu considérable , rarement elle dépasse vingt kilomètres, et dans quelques endroits elle n'est pas même de moitié.

Depuis leur extrémité septentrionale jusqu'à dix ou>mze myriametres de l’entrée méridionale de l’Égypte, les deux chatne.s sont de formation secondaire et dénaturé calcaire ; durant le.s huit myriamètres suivants, elles sont composées d’un grès sablonneux, légèrement micacé, tendre, facile à tailler; c’est une roche assez belle et denuances variées, avec laquelle sont construits presque tous les auciens édifices de Thèbes. — Plus on approche ensuite des cataractes et plus la roche devient dure; à une lieue de Syène, on trouve des terrains primitifs , sur les bords de la vallée, et la montagne granitique montre aux yeux étonnés

L'UMVERS.

.ces blocs énormes , d'où les anciens ont tiré la masse de leurs statues colossales et de leurs obélisques.

Ainsi, entre Philæ et Àssouan (Syène), la rive gauche du fleuve est occupée par l'extrémité nord des montagnes qui s'étendent dans la Nubie, et qui consistent en une sorte de rocbe de granit rouge, mélé d'amphibole ; cette roche a reçu le nom de syénite.

Le granit est quelquefois coupépar des masses de gneiss, de porphyre, de schiste argileux , de quartz et de serpentine , daus la pâte desquelles sont disséminées de nombreuses variétés de jaspes et de cornalines. La serpentine se trouve aussi daus les gisements de la chaîne arabique, sur de longues nappes de schiste argileux, et d’on feldspath compacte; quelques auteurs l'ont décrite comme une espèce de marbre vert. On trouve encore dans la Haute-Ëgypte un véritable marbre , qui prend diverses nuances de jaune’, de blanc, de bleu et de rouge-, quand ce marbre se combine avec la serpentine il forme la pierre bien connue sous le nom de vert antique.

Les montagnes opposées correspondent entre elles eu beaucoup d'endroits par la nature des matières. Cependant les montagnes de granit appartiennent à la chaîne libyque, et la formation composée de feldspatli en lames confuses, etd'une forte quantité d'l]ornblende, sans quartz ni mica , est absolument étrangère aux montagnes de Syène, tandis qu'elleconstitue les principales montagnes de l'Arabie, et notamment le Sinaî ; cette dernière roche a reçu de quelques savants le nom de Sinaite, par opposition à la Syénite, qui est le granit rose deSyèiie et des environs. La Sinaite joue un rôle très-important dans ce système de montagnes, et sert, entre autres caractères, à faire distinguer les terrains primitifs des terrains de formation secondaire.

On commence h ob.server la transition de l'une à l’autre formation dans les montagnes à l'ouest d’Llénhantine; la transition traverse ensuite le fleuve, et se montre dans les montagnes plus au nord. Elle franchit ainsi les déserts de la Troglodytique , poursuit la même direction dans l'Arabie Pétrée, cotipe l’axe de la presqu'île au-dessous de la vallée

de Pliaran, et parait devoir rejoindre les montagnes de la Syrie.

Au sud de cette ligne tout le terrain est de formation primitive; au nord de la Méditerranée tout est de formation secondpire. Le terrain est alors princialement calcaire, à l'exception d’une ande plus ou moins étroite de montagnes de grès et de poudingue, qu’on retrouve tres-fréquemmei.t entre les terrains primitifs et les terrains secondaires.

A Esneh le roc devient presque exclusivement calcaire, cl il garde ce caractère jusqu'à ce qu'il se termine dans la plaine qui borne la Basse-Égypte.

L’escarpement de ces roches, qui montent presqu’à pic , donne au p.vys un aspect triste et monotone; les montagnes du sud, au contraire, ont des formes variées et pittorcs([ues , et présentent en uelques endroits des points de vue 'une grande beauté.

En résumé, l’entrée de’l’Égypte, en descendant le fleuve, on voit, au côté de l'Afrique, la chaîne libyque, qui se compose de diverses espèces de granit et de gneiss; vers la Nubie, des ruches ainphiboliques schisteuses, des masses d’amphibole vert , des diabases, des serpentines, des stéatites , la dolomie et la trémolite; tantôt la dolomie et la trémolite sont à découvert, par blocs considérables, ou forment des montagnes entières , tantôt ces roches et les antres que nous venonsd’énumérersont recouvertes par des couches plus ou moins épaisses de psammites , des grès extrêmement durs, des poudingues quartzeux , des brèehe.s siliceuses, etc. Ces diverses formations précèdent ce qu’on uomme proprement la syénite ou granit oriental, autour de laquelle se groupent d'autres variétés de granit, des gneiss, des schistes micacés des phyllodes , des roches d’eurite et de keralite , du feldspath lamellcux et grenatifère; bientôt eu descendant vers la Tbébaïde,on trouve la syénile rose talqueuse, qui sert de transition entre le granit et le grès. Elle diffère de la syénite ordinaire par une quantité de mic.i plus considérable, par l’absence des cristaux de quartz , et par l’addition d'une matière stéatiteuse qui se mêle au mica et lui donne une nuance verte as.sez prononcée. La présence du talc dans la

ÉGTPTK MODERNE. C3

syénite indique une formation plus récente dans cette espèce de granit qui ellemême est la moins ancienne des pierres de ce genre. Bientôt après on voit apparaître les montagnes de grès. Celles-ci n’ont ni les coupes vigoureuses des roches de granit, ni même les accidents de coupe moins prononcés des roches calcaires; elles forment comme une longue muraille d'un gris sombre. Quand les deux chaînesse rapprochent du fleuve, elles sont escarpées et roides , dénudées même de poussière et de cailloux ; quand elles s'éloignent, le grès, plus friable, se désagrège, et la montagne prend quelquefois l’aspect d’une dune trèselevée; à la hauteur de la Thébaïde, les montagnes sont pour ainsi dire en ruine comme les édiflces , et les fragments de leur crête gisent à leur pied en amas confus. Ce grès est plus chargé de mira , et son grain est plus gros que celui de Paris. Il a des nuances plus précises, quoique jamais elles ne soient vives; sa consistance est aussi plus égale, et on en trouve de grands blocs exempts de fissures; en un mot, c'est plutôt un psammite (deij/ijijioç, sable) légèrement micacé qu'un grès ordinaire, quoiqu’il .soi t en général très-adhérent. Cette pierre, si souvent employée par l’architecture égyptienne, estdéposée en lits épais d’une grande régularité entre des minces filons d'argile. Néanmoins les couches diminuent d'épaisseur à mesure qu'onavance vers la région calcaire. A cinq lieues audessus d'Ésneh, on trouve la jonction de ces grès au calcaire. La zone des montagnes de grès se dirige du nord-est au sudouest. Sa limite n’est point précise; elle forme plusieurs saillies et plusieurs enfoncements considérables , occupés par les montagnes calcaires , de sorte que les deux terrains alternent à plusieurs reprises sur les bords de la vallée. Le calcaire se voltquelquefoisdans la même montagne que le grès, et dans ce cas le grès surmonte un calcaire compacte à petites discolithes, et un autre calcaire plus recent renfermant des comités et des ppctinites , tandis qu’une troisième formation calcaire beaucoup plus grossière ( psammite- calcaréo quartzeux ) couronne la montagne. On voit, parcette disposition, que le grés est uniquement une formation .secondaire; ceux de la

vallée du Nil, en particulier, narai.ssent avoir été produits par les dépôts encaissés d'une eau chargéede sable quartzeux.

Ces dépôts, tassés par leur propre poids, ont acquis avec les sièclee une compacité extrême, à laquelle d’autres circonstances ont ajouté l’adhérence indispensable à la constitution d'une pierre. Le calcaire des dernières montagnes de cette cliaîne est gris, ou diversement nuancé de plusieurs couleurs; sa cassure est à la fois esquilleuse et conchoïde; souvent elle contient beaucoup de pétrifications de poissons, de coquillages et de coraux.

D’Alexandrie à la mer Rouge , près de Suez , c’est cette pierre qu’on rencontre. Le district montagneux qui conduit à Kosséir en présente aussi , et il y a dans la même circonscription des hauteurs où la chaux carbonatée est traversée par des couches de gypse ou sulfate de chaux. Le sable des vallées qui coupent ces montagnes est en partie quartzeux , en partie calcaire, et indique suffisamment le genre des pierres des débris desquelles il s’est forin Un échantillon de cette matière a donné à l’analyse les résultats suivants :

Soos-carbonate de soude. .... o.iass

Sulfate de loude u, Il la

Uuriate de loode o.siee

Sable siliceux arRileux u.nlio

Carbonate de chaux o.oostt

Oxyde de fer 0,0010

Eau 0,0071

Total 1,0000

Plusieurs vallées coupent la chaîne arabique pouraller joindre lamerRouge; une (les plus considérables est la vallée de Kosséir, sillonnée elle-même par des embranchements de montagnes et des groupes indépendants les uns des autres, au moins par leurs formations géologiques. Sur la chaîne arabique on voit d’abord quelques monts granitiques; viennent ensuite des poudingues et des brèches . parmi lesquelles il faut citer la brèche verte d’ Égypte, et enfin des montagnes schisteuses. Vers les réservoirs à’El-Haoueh, des combinaisons nouvelles se produisent. Nous citerons entre autres un schiste tégulairc, que certains voyageurs ont pris pour de I ardoise, mais qui en différé à plusieurs

ly VjOOglc

fganls; ces diverses rodies se continuent en combinaisons variées jusqu’à trois lieues de Kosséir, où les montagnes changent de nature et deviennent gypseuses ou calcaires, leurs couelies sont apparentes et régulières et dirigées presque toujours du nord au sud. f.à se montrent amoncelés les détritus d’une coquille pctriSéeque Rozière pense avoir appartenu hl'oslræa diluriana (I), et

?[ui forme la substance du calcaire. Le ond de la vallée est couvert d'énormes fragments de gneiss , d'argilite , de porphyre, rie granit, et d’autres roches composées, telles que l’actiuolithe, et une sorte de stéatite qui contient des nodosités formées par un gj'pse schisteux.

Parmi les substances particulières aux montagnes qui bordent la vallée, il en est une qu’on trouve rarement seule, mais qui entre dans la composition des granits, des porph}Tesetde plusieurs autres pierres auxquelles elle communique une belle nuance verte; cette substance, qui ressemble au schorl vert du Dauphiné (delphinite) , se trouve aussi dans quelques endroits du désert de Sinai; c'est une variété d’épidote.

A Lambageh , situé à deux lieues et demie de Kosséir, on voit de nouveau s’élever des montagnes de granit , et par devant de petites montagnes schisteuses, qui en rendent l’accès difficile; un peu après les montagnes s’écartent, et on atteint le port formé au ,Saïd par un accident de la côte, et au nord par un gigantesque rocher de corail et de madrépores.

La valiée de t Égarement, qui est parallèle à la vallée de Kosséir, est d’une composition géologique très-différente; car on n’y voit nas de montagnes, et un petit nombre ae mamelons gypseux, calcaires, ou formés d’amas de coquilles et de ma.sses de sel marin accidentent seuls un terrain aride et sans verdure. Le sol de la vallee n’est pourtant pas entièrement plan ; et il se divise, au contraire, en plateaux dont le plus considérable est supporté par un banc calcaire. Mais la formation géologique la plus remarquable d’Égypte est celle qui borde la vallée des lacs de Natron, située à trente-deux milles à l’ouest du

(1) E.«|ioced'liuilrr, mollusque acéphale.

Nil, entre le Fayoum et la Méditerranée. Le calcaire joue un grand rôle dans le système entier; il est la base des montagnes granitiques de Syène, et probablement celle de tonte la région des grès; enfin il s’étend sous le sol même de la vallée, depuis la chaîne libyque jusqu’au lit du fleuve, auprès duquel on l’a trouvé, à 6 mèt.708m. de profondeur; les collines qui divisent le bassin de la Rivière sans eau sont en grande partie formées par diverses combinaisons du natron avec d’autres sels. Dans le désert, ce dernier sel existe en couches minces et compactes sur un lit de gypse; dans d’autres endroits on le rencontre très-fréquemment en cris taux, quelquefois sous le sable, mais le plus souvent à la surface du sol.

La chaîne de terrains anciens qui sépare Kéneh de Kosséir, et qui suit la côte de la mer Rouge du nord au sud , est accompagnée d’une seconde chaîne parallèle, composée de basalte et de trachyte. On voit ces roches sur les deux contre-forts de la première chaîne, et même sur les points les plus élevés; c’est ainsi qu’en France des terrains volcaniques constituent le mont d’Or, le Cantal et le Mezenc, qui domine tout le pays; en Égypte et en France, les nappes de basalte recouvrent celles de traenyte et forment de larges lames plates assez continues; il est probable que les dispositions des montagnes coniques de Lagetta sont dues à un phénomène de soulèvement analogue à celui ui a créé le mont d'Or et les groupes U Cantal.

En redescendant du col de Lagetta on continue à marcher sur les roches de basalte et de trachyte jusqu’à Uammamat; mais après Bammamat on rentre dans les roches de granité , de porphyre et de syénite, qui se prolongent jusqu’à la vallee de Kosséir. Sur les bords de la mer Rouïe les roches volcaniques reparaissent; elles forment une série de petits cônes qui bordent la côte pendant une assez grande longueur.

L’Égypte possède beaucoup de pierres Gnes ; nous noos bornerons à l’énumération des plus remarquables, pour ne pas dépasser les limites que nous nous sommes imposées dans cet ouvrage.

Une ile de la mer Rouge porte le nom

EGYPTE MODERNE

ètZemorgel oii iledes Topazes; seloQ quelques écrivains, les anciens roisd'E- K.vpte y exploitaient une mine de sel gëinme( I ). On trouve des éiueraudesdans les montagnes situées sur la rive occidentale du golfe Arabique; des mines abandonnées ont été découvertes par Cailliaud, eu 181 G, dans la vallée de Kosséir , à quatre journées de marche de cette ville , sur l'ancienne route de Coptos à Bérénice, au pied du Zabourah , un des pics les plus élevés des monts Ollaki; et l'histoire dit qu’il se faisait autrefois un commerce considérable d’émeraudes entre l’Égvpte et l’Italie. Les auteurs arabes distinguent quatre espèces AeZemroud, dont la plus estimée est nommée par eux Oaibâni, et la plus imparfaite (une aigue-marine) Zeberdjed; ils aflirmentque l'Inde seule produit des émeraudes comparables a celles d'OIlaki. Neanmoins, beaucoup de savants pensent que l'émeraude connue des anciens n’est pas semblable à celle du Pérou. Bruce parle d’une île de la mer Rouge qu’on appelle Vile des Emeraudes{Gezyret-Uzzumurud). M. de Uozière pense que ce pourrait être la même queVUedes Topazes, dont la position est loin d’étrebien précisée. Mais un examen plus approfondi a fait reconnaître que cette lie produisait seulement un spath-fluor de couleur verte, et que les Ababdeh, en appelant cette Ile Gesyret-Uzzumurud, ont fait une confusion de lieu, ün compte aussi le chrysobéryl ou cymophane parmi les productions minérales du Saïd , et plusieurs variétés rares de quartz . par exemple Vaventurinedileaventurine d’Égypte, et le cristal de roche, qu’on trouve sur les rivages du nord. On a recueilli des calcédoines et des cornalines sur les deux rives du Nil , dans toute l’étendue du pays. L’agate gtt dans les rocs qui entrecou-

f>ent le désert à l’est du Caire, tandis que e jaspe court, en Glons d’une épaisseur considérable, dans le schiste argileux qui borne la vallée placée entre Esneli et Syout. Un Jaspe plus rare et plus lieau est abondamment répandu dans le désert sablonneux qui sépare le Caire de Suez : c'est le célèbre jaspe d’Égypte; on le trouve aussi dans les giso-

(I) Voyez DIodore de SIdle.

ments situés au-dessous de Bénisouef :

il y est enclavé au sein d’une sorte de conglomérat. Enfln , dans les vallées transversales qui du Nil supérieur communiquent à la mer Rouge, on voit beaucoup d’actinolithes , d'épidotes, d'amphiboles.

Les montagnes qui bornent l’Éçipto dans quelques directions ont été si imparfaitement explorées que nous ignorons quels en sont les trésors métalliques. On peut néanmoins conclure de l'état avancé où se trouvaient les arts chez les anciens habitants des bords du Nil que le fer n’était pas inconnu parmi eux, et même que le minerai se recueillait dans le voisinage des grands travaux auxuels il était indispen.sable. L’exiicution es obélisques , des pyramides , des statues, et de tous les ornements de l'architecture égyptienne implique nécessairement l’emploi d’excellents instruments munis de lames bien trempées.

L’Égypte n’a point de mines d’or, quoiqu'il s'en trouvedans le^ possessions du pacha; nous en parlerons aux chapitres XIV et XV, en traitant du commerce et de l’industrie.

Il est digne de remarque que dans les plaines sablonneuses , ou l’eau manque aujourd’hui si complètement, on rencontre ces jaspes bruns qu’on appelle cailloux d Egypte, et dont la forme arrondie, la surface lisse, indiquent assez qu'ils ont été longtemps le jouet des eaux avant de reposer dans un sol aride. Une autre anomalie de ces contrées est de présenter dans ces sables tranquilles; au pied de ces montagnes dont les couches parallèles se continuent avec une régularité parfaite presque, des pierres ponces , des cailloux encroûtés ae scories, et d'autres produits volcaniques, preuves irréfutables des révolutions naturelles dont l’histoire la plus reculée n’a pas gardé le souvenir. D’autres traces non moins évidentes de ces convulsions du globe sont encore imprimées à la surface de l’Égypte.

A deux lieues et demie à l’est du Caire, il existe une forêt pétrifiée qui s'étend sur un espace de plus d’une lieue carrée. Ce curieux monument de qiieluue grande catastrophe physique, perdu oans le désert entre les deux routes qui vont de Suez au Caire, l'une au nord et l'autre

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.nu sud , n'a pas élfi découvert par les savants (le l’espcdiiion francia iso, et il n'est connu des Kuropéens que depuis une vingtaine d’années.

La pîaineoù se trouve ce bois pétriné semble avoir subi l’action du feu. Elle est couverte de inonti(Uiles de calcaire, d’argile ou de grès vitrdié. Le terrain présente à sa supcrllcie du sable (ficaire mélé de graviers roulés et quart/.eux, puis des couches d’argile et de calcaire, dans lesquelles sont enfouis beaucoup d’ossements fossiles et de coquillages de différentes époques. Les parties les plus basses de celte plaine sont celles où les arbres sont les mieux conservés ; au milieu ils présentent encore la couleur du bois et même l’écorce. Il y a des morceaux qui ù la première vue semblent être des arbres que l’on vient de fendre et de couper. Tous les fragments sont à la surface du sol ou à moitié ensablés : les parties ensevelies sont mal conservées et se pulvérisent lorsqu’on les touche.

Ces arbres sont couchés dans tous les sens, et le terrain en est parsemé de distance en distance. Les grands troncs ont plus de vingt mètres de longueur; la plupart sont droits, et quelques-uns présentent de fortes branches, où l’on distingue encore des noeuds. Dans les parties (tassées perpendiculairement à Taxe de la tige^ on reconnaît très-distinctement les différentes zones de tissu ligneux qui peuvent donner l’dge du végétal. La forme générale, l’écorce et l’embranchement semblent indiquer des sapins, des chênes et des .sycomores.

Les dattiers sont assez nombreux, mais quelques morceaux filandreux, comme le bois de palmier, et coupes par nœuds comme le bambou, ressemblent h l’intérieur d’un tronc de bananier. Beaucoup de morceaux , qui sont creux et qui ont environ deux pieds de diamètre, offrent l’apparence de bambous u’unc espèce colossale.

Ces vestiges antédiluviens attestent autant l’action du feu que celle des eaux. La plupart des troncs sont vitrifiés , d’autres sont semblables à des tisons éteints au sortir d’un bûcber; il est fort probable que ces arbres périrent par faction d’une chaleur souterraine ou par celle d’un feu allumé sur leurs racines. Les soulèvements de grès vitrilié

qui entourent la forêt, la nature de quelques roches eparses sur la surface (Je la plaine, tout prouve une action volcanique, un feti inlér eiir iiui a brûlé le bois avant sa^étriûcation. Les incrustations, les concrétions qui couv'rent ces troues d’arbres démontrent aussi le long séjour d’eaux douées de certaines propriétés chimiques. Ces arbres semblent avoir été pétrifiés sur pied et être tombés après la retraite des eaux. Une souche d’environ deux pieds est encore debout, et ses racines sont implantées dans un terrain sablonneux.

A deux journées de marche des lacs de Katron on voit une forêt de dattiers pétrifi(-s, dont plusieurs troncs, hauts de sept à huit pieds, sont encore debout.

Pour compléter cet aper(ju de l’iTOt géologique de l’tgypte , nous donnous l'analyse du liiiioii du Nil, qui forme presque exclusivement la terre végétale de ce pays. En le desséchant à 100°, il présente la composition suivante :

Sili(X 4B.SO

Alumioe

Peroxyde de fer 13, ss

Carbonate de chaux 3,8S

Carbonate de magucsie 1,20

Mapiéaie. I,(1S

Acide ulmiquc et matière organisée. 2,IM

Eau 10,70

Total 100,00

La base de ce limon est donc un silicate d’alumine composé à peu près de 3atomesdesiliceetde I atomed’alumine.

L’acide ulmique et la matière organisée contribuent a faire de ces alluviuns annuelles un engrais précieux.

Ixirsque le limon est sec il prend une consistance très- ferme ; sa cassure présente im grain très-lin ; il est brun ( terre d’Égypte ), et son aspect est celui d’une tejre fine argilo ferrugineuse. Au contact d’un acide il produit uii peu d’effervescence, et se désagrège facilement dans l’eau ; au toucher, il est duu.\ et un peu savomicux , cependaut il happe légèrement la langue.

La poussière du désert forme l’autre élément qui constitue la terre vcgcUile dans la vallée du Nil ; celte poussière, est uii sable quarlzeux,donlfailiauce est iii-

(lisi'pnsab'ccti liniiiti (:oiir former le sol ftillivahie, dans lequel on a fait germer presque tous les végétaux du globe.

ISTIiME DF. 8ÜFZ.

L’istlime qui .sépare la mer Ronge de la Méditerranée n’a pas plus de 120,000 mètres de largeur (environ 25 lieues ) , entre Suez et la côte voisine de l’ancienne Péluse. Son terrain est plat , et il se distingue du reste de l'Égypte par l'absenee de toute verdure, d’habitations et d’eaux vives. L’idée de faire communiquer ensemble les deux mers est si naturelle et promet tant d’avantages au commerce, qu’elle a dû venir à l'esprit des [dus anciens souverains de l’Égypte. Cette communication peut s’effectuer de deux manières ; ou directement, par un canal perçant l'isthme de Suez , ou indirectement par l’intermédiaire du Nil. C’est ce dernier parti qu'ont pris les anciens. .lamais ils n’ont songé, ainsi que l’a démontré M. Letroime,à établir la jonction directe , qui cependant eût été plus facile. « Ils ont eu , dit ce savant célèbre , d’excellentes raisons pour agir ainsi. La première est la nécessité de faire profiter le Delta de cette grande communication, car l’un des principaux objets du canal a dû être l’exportation des denrées pour l’Arabie; il fallait donc le mettre en rapport avec une branche du fleuve. La seconde est l’impossibilité d’établir un port durable sur la côte de Péluse , non-seulement à cause de la disposition delà côte, mais surtout à cause de l’existence du courant continu de r ouest a l’est qui règne le long de la côte septentrionale de l’A- Irique , courant qui , en entraînant le limon du Nil, comblerait en peu de temps tout port qu’on voudrait établir sur un point du rivage à l'orient des bouches de ce fleuve. La troisième raison qui a pu inilucr sur le choix des anciens , c est l’opinion où ils ont été que le niveau de la mer Rouge surpasse celui de la Méditerranée; celte différence, déjà remarquée par Aristote (.1/étéorolog., I, 14), niée jiar Strabon ( XVII, p. 804} et quelques modernes, a clé mise hors de doute par les opérations précises des ingénieurs français en I-îgypie ( Mémoire de M. Lepère).' Il est

modeilm;, 57

à présent établi que cette différence est, au maximum , de .lo pieds fi pouces (9 mètres 907 millimètres) (1). - Il n'y a rien à objecter contre la première raison, alléguée en faveur de la communication indirecte de la mer Rouge avec la iMcditerranée. Quant aux deux autres raisons, qu'il nous soit permis de faire quelques observations .Sans doute, la .Mediterranée subit, comme le dit M. T.etronne, l'iidluci.cc d’un courant allant de l’ouest à l’est; mais il y en a un autre, plus profond , qui va dans une direction diamétralement opposée; le premier reçoit les eaux de l’oréan Atlantique, et le dernier les y ramène. D’après des expériences précises, ces courants en sens contraire sont surtout sensibles au détroit de Gibraltar, point de jonction de la Méditerranée avec l’océan Atlantique. M. Letronne ne parle que du courant superficiel de l’ouest à l’est , « qui , en entraînant le limon du Nil, comblerait en peu de temps tout port qu’on voudrait établir sur un point du rivage à l’orient des bouches de ce fleuve. » Mais, évidemment, ce que ce courant superficiel aurait fait dans un sens, serait au.ssitôt détruit parle courant plus profond agissant en sens contraire.

D’ailleurs, l’arrivée des eaux de la mer Rouge modifierait elle-même ces courants de telle manière, que l’opinion exprimée parM. Letronne nous paraît bien hasardée. L'illustre archéologue regardu ensuite comme un fait constant que la Méditerranée e.st plus basse que la mer Rouge ; et il ajoute ; • Le résultat d’une telle différence serait de causer un courant rapide qu'élargirait bientôt le canal, et, se précipitant avec force vers la Méditerranée, finirait pareil élever le niveau; le premier effet de ce changement serait la submersion des terres basses du Delta (2). x

Ces craintes nous paraissent au moins exagérées, meme en admettant la différence de niveau indiquée entre les deux mers (3). La Méditerranée n’est pas

(I) Voyez VIsthmede Suez, par M. Leironne, (tans la Revue des deux monde», is juillet IS4I.

(21 laid, p. 7.

(.1) Oan» un trav.ill récemment communiqué à l'Académie des sciences, M. Saiiite-l’reuve

lis

un réservoir fermé comme la mer Caspienne : elle communique imlirectement avec la mer Rousje par l'intermédiaire de l’Océan ; l’équilibre, s'il était un instant troublé, ne tarderait donc pas à se rétablir, conformément aux lois les plus simples de l'hydrostatique.

Sans entrer dans le détail des causes qui pourraient expliquer les différences de niveau entre ces deux mers voisines, tious ferons observer que de semblables différences existent aussi pour d’autres mers, sans entraîner les praves inconvénients qu’on a signalés. Ainsi , les eaux du Zuidersée sont plus élevées que celles de la mer du Nord, malgré

ue la communication soit ici bien plus

irecte. Le niveau moyen de la mer du Sud est plus élevé que le niveau moyeu de l’océan Atlantique (I). A cela il taut encore ajouter que le niveau moyen des mers éprouve ( abstraction faite des marées) non-seulement des oscillations journalières, mais qu’il varie suivant les saisons , comme cela a lieu pour la Baltique et la mer Noire; enfin qu’il y a des changements de niveau séculaires (2).

La largeur de l'isthme peut, d’après M. Letronne, se diviser en trois parties différentes : la première est un bourrelet sablonneux qui sépare le fond du golfe Arabique du bassin des marais salants que les anciens appelaient les Lacs amers-, la seconde est formée par ce bassin lui-méme, dépression profonde , qui se trouve bien au-dessous du niveau des deux mers ; la troisième

montre que le* méthodes employées , il y a prés de cinquante ans, par les Ingénlenrs imnçais pour mesurer les niveaux de Ta Méditerra'uée et de ta mer Rouge, manquaient d'exactitude et devaient conduire a des résultats erronés.

(I ) Voy. Éléments de Physique terrestre, etc., par MM.' Becquerel ,p. 237 ( Paria , IB47 ).

(2) Dans un ouvrage récent sur le temple de Sérapis , M. fiicoliiii tsit voir que depuis la pointe de tlaèle Jusqu'à Amatn le terrain comparé au niveau actuel de la mer a été tantôt plus haut et tanlôt plus bas. Pendant la période qu'embrasse le travail de ,M. Mcolini, le point le plus bas de ce niveau arriva deux siècles environ avant l'ére clirétienne; ensuite II monta, et alleignlt le roailmuin de hauteur entre te neuvième et le dixième siècle. Alors commença une période de décroissement, qui pars int à la limite de deux mètres environ au-dessous du niveau actuel . au commencement du qutnxiéme siècle; le niveau de la mer parut alors recommencer à monter.

partie est une plaine sablonneu.se, qui s’étend depuis l’extrémité nord de ce bassin jusqu’à la Méditerranée; cette plaine est à pente continue et entre- ! coupée de quelques lagunes ( lacs Birket ' etBallah). ,

Au côté occidental du bassin des /.dicsamersvientaboutirla grande vallée de Sabya-bar ou Toumilat, qui va près- | que parallèlement à la côte mé literr.i- * néenne, en commençant près de l’ancienne branche Pélusiàque. Cette vallée fertile paraît être la terre de Gessen des Hébreux ; avant le dessèchement de la branche Pélusiàque , elle recevait les eaux du Nil par une déviation qui s’ouvrait près de. Bubaste. Cest par ; cette vallée que le canal des anciens, au lieu d’aboutir directement à la Méditerranée, venait joindre les eaux du Nil.

M. I>etronnearéuni soigneusement et discuté avec beaucoup de sagacité les témoignages des anciens qui se rapportent à l’achèvement et à la navigation do ce canal. Nous ne saurions mieux faire que de lui emprunter en partie l’exposé qui va suivre. .

Suivant Hérodote, dont le témoignage doit ici l’emporter sur Aristote, Strabon et Pline, Nécos, fils de Psainraitichus (vers 615 ou 610 avant J. C.}, entreprit le premier (tmy.iipvîot itpüwç ) de creuser le canal qui conduit à la mer Rouge. Une tradition , sans doute postérieure, attribue le commencement de cette entreprise à Sésostris.

Le creusement du canal tient, selon M. Letronne, évidemment à ces vues de commerce maritime qui paraissent être restées étrangères à l’ancienne ; Egypte, et qui ne se montrent qu’à l’époque où l’établissement des Ioniens, sous Psamroiticluis, vint si notablement modifier la politique de ce prince et de ses successeurs. Déjà les Grecs, quelque temps auparavant, avaient, sous le règne de Periandre , essayé de couper l’isthme de Corinthe, a Je suis, ajoute rilliistre académicien , convaincu que cette première opération a suggéré l’autre, et que c’est là une idée grecque dont jamais les anciens rois d'Egypte ne s’étaient avises. Voilà pourquoi Hérodote n’en a rien dit : ce qui serait inexplicable si l'histoire écrite ou la simple tradition eût alors con- i

Digil

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KOYITK

ÉGYPTIC MODERNE.

servé le souvenir d'une première opération. » — Le canal que Néens avait commencé de creuser était de quatre jours de navigation, et sa largeur telle que deux trircmes pouvaient y passer de Iront. « L'eau qui l'alimente, dit Hérodote (II, 158), provient du Nil, d'où elle est dérivée un peu au-dessus de Bubaste , près de la ville arabe Patuinos. Ce canal se jette dans la mer Rouge. On a commencé à le creus' r (ipûpuxTai irpütcv) dans cette partie de la plaine d’Egypte qui regarde l’Arabie, située vis-à-vis de Memphis et contiguë à la montagne dans laquelle sont les carrières. A partir du pied de cette montagne le canal s'étend , dans un long espace, de l’occident à l’orient, puis il suit les étroites vallées de la montagne, et se porte de là au midi pour sé jeter dans le golfe Arabique. » Nécos interrompit son ouvrage, parce qu’un oracle lui avait prédit qu'il travaillerait pour un barbare. Darius, (Ils d’Hystaspe, le reprit de nouveau ; et Hérodote, à l’époque où il visita l’Égypte, le vit sans doute presque terminé.

Des auteurs plus récents, tels que Diodore, Strabon et Pline, s’accordent à dire que ce canal ne fut délinitivement achevé que par Ptolémée H. Diodore et Strabon , qui voyageaient en Égypte , le premier soi.xaiite ans avant J. C., et le dernier quarante ans plus tard , lorsque la contrée était déjà réduite en province romaine, parlent du canal comme existant et servant à la navigation. Diodore s’exprime ainsi (1, 33) : • Un canal, creusé à force de bras, s’étend de la bouche Pélusiaque jusqu’au golfe Arabique et à la mer Rouge. Nécos, (ils de Psarnmiticbus, entreprit le premier de construire ce canal; Darius, le Perse, le continua, mais il le laissa inachevé, car il avait appris que s’il perçait le détroit il inonderait l’Egypte. On lui avait en effet démontré que la mer Rouge est

filus élevée que le sol de l’Égypte. Ptoémée H y mit la dernière ‘main ; et dans l’endroit le plus favorable il (it pratiquer une téparalion artUlement construite Sviyfnfu.a.) : on

l’ouvrait quand on voulait y naviguer, et on la refermait aussitôt. >>

On a beaucoup discuté pour savoir quelle était cette séparation artiste-

ment construite. Sans nous arrêter à ces discussions, nous n’hésitons pas à adopter la traduction de M. Hoefer, qui a rendu {tom. I , p. 36) le mot Jioîçfafjix par écluse, et nous soupçonnons, avec M. Letronne, que l’invention des écluses est beaucoup plus ancienne qu’on ne se l’imagine.

Pline {Hist. nat., VI, 29) et Plutarque {é'ie d’. hitoine, p. 382) n’ont pas peu contribué à embrouiller la question. Ce dernier rapporte qu’après la bataille d'Actium, Cléopâtre, désespérée et craignant de tomber entre les mains du vaimpieur, résolut de se retirer avec sa (lotte et ses trésors dans l’Inde, où elle avait déjà envoyé Césarioii, le (ils qu'elle avait eu de César; précaution inutile, puisque plus tard son précepteur Rhodon le ramena à Alexandrie, sous prétexte qii'Auguste voulait lui rendre la couronne ; mais h son retour il fut mis à mort. Lorsque .Antoine revint à Alexandrie, il trouva, dit Plutarque, Cléopâtre occupée de l’entreprise gigantesque de taire passer sa (lotte par-dessus l’istlime qui sépare les deux mers.

Des savants modernes, au nombre desquels se trouvent MM. Lepère et Rozière, ont regardé ce passage comme décisif pour établir que sous les derniers Lagides la communication p.ir le canal n’existait plus ; et, en effet, s’il fallait le prendre à la lettre, on ne pourrait en tirer une autre con^quence; mais heureusement M. Letronne a parfaitement démontré que le récit de Plutarque peut très-bien se concilier avec celui de Diodore et d’autres historiens anciens.

Et voici comment. (Nous laisserons ici parler M. Letronne : ) « Il a été re-

marqué qu’à cause de la faiblesse de la

f tente entre Bubaste et la mer Rouge , aquelle n’excède pas deux mètres dans les circonstances les plus favorables, la navigation du canal ne pouvait durer que peu de mois chaque année. Aussitôt ue le Nil était descendu au-dessous 'un certain niveau, elle devait être interrompue; du moins le passage du canal au Nil se trouvait forcément arrêté. L’étiage s'établit ordinairementen mars, et se prolonge jusqu’à la fin de juin; mais longtemps avant et après ces époques, le chômage du canal devait avoir

GO

lieu. r,a bnlaille d'AcSiiim .se donnn le 2 septembre (le l’an 31 avant .1. C., et il résulte des événements qui suivirent rette bataille qu’Antoine ne put rejoindre Cléopâtre que dans les premiers mois de l’an .30, en février ou plus tard encore. Son retour a donc coïneidé avec le temps de l’étinse, c'est-à-dire avc’c l'époque où le canal devait nécessairement chômer. C'est alors qu’Antoine trouva Cléopâtre occupée de son entreprise. On conçoit que celte princesse, dans l’excès de sà frayeur, craiftnant à cinqiic instant de voir arriver Octave à la tète de sa flotte victorieuse, ne pouvait patiemment attendre trois ou quatre niois que le retour de l'inonilation edt rendu le eanal n.ivigable. Elle prit doue le parti (îxtrème de faire pa.sser des vaisseaux par-dessus l’islhrne, de Péluse à Héroopolis. Antoine la fit renoncer à cette entreprise, en lui montrant qu’il disposait encore de ressources considérables. Mais il est probable qu’elle aurait d'ellc-méine abandonné l’opération, ayant rencontré un obstacle auquel elle ne s’attendait pas, dans l’opposition des Arabes de Pétra , qui brûlèrent les premiers vaisseaux qu’elle avait fait passer. »

Ainsi le fait rapporté par Plutarque peut être fort exact sans contredire les témoignages de Diodore et de Strabon.

On doit en conclure , non que le canal n’existait plus, mais que la navigation y était forcément interrompue lorsque Cléopâtre voulut faire passer sa Hotte dans la mer Rouge (1).

(I) L'inlerprélatlon si naturelle que M. I,ctronne a donnée du passage do riul.irque doit cluingcr les idé(>5 qu’on a’él.nil faites sur le hui de la roule coinmi rriale qui descend , dans une direction oldiqne, de Bériuiicesur la mer Rouge A Coptos surie Ml. O'ttc roule, tracée a grands fr.ais, comprenait onze stations ( Ctenon //uilreuiu, Cdbalsi /lifflreitm, Hijdreum jlpotUnis, Phal(srum, MTixUmix Hydreum , Itydreiim Joviâ* Compasi Hydn-itm, JphrodiU'S //pdnum, Didymtf P/,œtiicoHt Copias }foa U y avait des ritenies et des logements jwur les ea'ravanes. On a cm géneralemenl que celle voie de cominunlealion axai! été elaldie par Plolémée HIdlailelphe pour remplacer r,aiielen canal, qu'il n'avait lias pu actiever. M.ais tl’apres ce (jui vient d’étre dit, rélablisseracnl de la roule (leBcn nice nepouvailpasnvuir ce but. Le nom de Ib^rênlce ( mere de Plolémêe ) prouve même que celle route avait été tracée avant l'arhévcinent du canal qui aboulil a 1 1 mer Rouge,

Iircs de la ville d‘Arsinoé( nom d’une s(rur de *lnlémée I. Il cal en eflct (vvnstantque Ploléiiice l’biladcipbe a donne le nom de sa mère

.Sous les Ar.nbcs, comme sous les Ptolémées et les Romains, le canal servait principalement à l’e.xportation des denrées de PÉgypteen Arabie. Les bâtiments, parl^d'iin' point quelconque du Nil, arrivaient dans le canal, de là dans la mer Rouge, etse reiidaientà leur destination, s, ans qu’il fût nécessaire de proccdirr à l’opération longue et coûteuse du transbordement. '

Sous le règne de Néron ce canal portait encore le nom i\e fleuve de IHoléniée, et l’Iiiic le qualifie de navigubiUs alcei/s. Plus tard, il attira l’atteiiiion de l’empereur Trajan r il fut en partie déblayé, et reçut une nouvelle branche, qui portait'ia prise d’eau a Rabylone près du Caire actuel, environ soixante kilomètres en amont de Rubaste; cette augmentation de pente faisait aussi augmenter la durée du temps pendant lequel le canal pouvait être navigable. C’est sans doute a cause deces a mélioralions que son ancien nom de fleuve de Ptolémec fut alors changé on celui de fleuve de Trajan (f). On peut admettre qu’il resta navigable au moins jusqu’au siècle des Antonins,qui montrèrent tant desollicitudepour la prospéritéde l'Empire. Mais au delà de cette époque, il est impossible, dans le silence de l’histoire, de rien allirmer de certain relativement à la navigation de ce canal. Sir Gardner Wilkinson a reconnu, par l’examen attentif des lieux, que les carrières de Djebel-Fatireh ont été abandonnées peu de temp après le règne d’Adrien ou d'Antonm. Il est vraisemblable que l’abandon de ces carrières est en grande partie dd à l’ensablement du canal; aus-

( Bérénice) plus ancifnncs villes de sa fondation. et qu’il avait Imposé le nom de ses sœurs \Ar$moé et Bhiloiera ) aux villes postérieurement construites. Le port de Bérénice était destiné a recevoir les produits de TArabie mériilionalff, de la edte orienlale de l’Afrique et de Hnde, qui arrivaient par rinlênnediàlre (les Aml>e8. au moven du cabotage. Car le voyage direct ne prit ou développement nue wms les' Romains, principalement depuis qu’Hippalus avait fait connaître les directions con>Uintes de )a mousson. La route de Bérénice, avant d'atteindre le Ml « se bifurquait : la branche méridionale, plus directe, venait aboutir h' la ville d'Aputlinopolls; elle desservait plus particulUV rement la Haule-l‘‘i;zypte; la branche sepli iitrionalc, dont le terme clail (Uiptos , servait au IranMMjrl des marcliundises destinées a l’Kgyple Inlérletirc.

(t) PloleincLS G’enjr., IV, 6.

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red b

ÉGYPTE MODERNE

sitôt qu’il cessa d'ôtre navigable, on dut renoncer à terminer et à transporter en Égypte toutes ces colonnes dont on voit encore aujourd’hui les fôts et les chapiteaux épars. L’ouverture des nouvelles carrières de Syène aura été une suite de çetabandon.

Le canal resta hors d'usage jusqu’à la conquête de l'Égypte par 1rs musulmans, en G39. Les extraits de divers auteurs arabes, cités par Makrizy, donnent des détails circonstanciés sur le rétablissement de cette voie par les ordres du calife Omar. En moins d’un an, disent ces auteurs, des bateaux chargés de grains arrivèrent à Coizoum ( Clysma des anciens), et portèrent l'abondance sur les marchés de Médine etde la .Mecque. La navigation subsista sans interruption jusqu’au calife AI-.Mansor, qui ordonna de combler le canal pour empêcher qu’on ne portât des vivres au rebelle Mobammed-ben-Abdoallah, ce qui eut lieu en 762 ou 767 de notre ère. Depuis ce moment le canal n’a plus été rétabli.

Maintenant est-il possible de reprendre les travaux des anciens et des Arabes , et de rétablir la navigation par la même voie qu'ils avaient suivie? On ne peut en douter, puisque les conditions sont les mêmes , si non plus favorables qu’elles ne l'étaient autrefois. Cest là l'opinion de M. Letronne, que nous partageons sans réserve.

•Mais ce n’est pas cette voiequi fixe le plusl'atlentiondesingénieurs moilcrnes.

Si l'on se décide, ce sera probablement pour le percement même de l’isthme de Suez, et par conséquent pour la communication directe de la mer Rouge avec la Méditerranée. Cette dernière voie aura sur la première l’avantage d’être praticable a toutes les époques et de n'être point entravée parla baisseduNil. On réalisera alors l’entreprise devant laquelle les anciens avaient reculé par des considérations qui, grâce, aux progrès de la physique générale du globe, nous paraissent, pour la plupart, dénuées de fondement.

ou ait.

La position et la forme du système du Nil sont uniques sur le globe'; c’est le seul gr.ind fleuve des tropiques qui , lépandant périodiquement ses eaux fé-

Gl

coudantes, soit bordé, depuis son cours supérieur jusqu'à son embouchure, de déserts entièrement impropres par euxmêmes à toute espece de culture. Le Nil est encore le seul fleuve des tropiques qui vienne se jeter dans une mer méditerranée sans flux et sans reflux. Le Gange, l’Indiis et tous les grands systèmes d’eaux de la Chine et de l’Amérique sont océaniques.

socHcis no Nii..

Les sources du Nil étaient inconnues des anciens. Cainbvse, Alexandre, deux des Ptoiémées, (.’ésar et Néron firent faire des recherches pour les découvrir ; mais toutes furent infructueuses , et il n’en ré.sulla qu’un proverbe latin : Ca/nit Aiti quxrere, par lequel on exprima l’inutilité d’une entreprise. Dans les temps modernes, beaucoup de voyageurs se sont voués à celte étude, excités par la difficulté du problème plutôt que par l'utilité que présentait sa solution; cependant la source mère du N'il est toujours inconnue, cl le proverbe de Claudien est demeuré vrai. A force d'investigations, on sait qu’après avoir traversé au nord des déserts inconnus, le Nil, sorti d’une mystérieuse source, reçoit sur la rive orientale un affluent nommé par les Abyssins Uahr-el- Abijad, ou fleuve Blanc, et plus loin un second fleuve aussi considérable, qui porte le nom àeUahr-el-Azrek ou fleuve Bleu (1).

coens ou siL.

Le fleuve Blanc, qui est généralement regardé comme, le Nil proprement dit, descend d'une chaîne de montagnes de grés ; il tire son origine de plusieurs petites sources , situées sur les monts do la Lune {Qamry), et qui se réunissent dans le pays de Doiiga pour former un seul cours d’eau. Après celle réunion, YAbyad, déjà considérable, se dirige d’abord dans la direction nord-est, puis il se tourne au nord; son lit est alors lace à 17° ouest du méridien de l’emouchurc du Nil dans la Méditerranée (40° longitude cstdei’îlcde Fer). Dans

lll H. .AbbadiP, céU-bre oricnUlivIe . qui haliile depuis binutem)» l i ville U'.Vxum , vient d'nnnmieerm») reltinr d'un vu>age aux sources du Nii. Tuua lus réâUllats de ce voyage ne sont pu encore coiimix.

cette nouvelle direction, il coupe la terrasse de Fazoglou, traverse les nionta- Cnes de Dcir et Touggala, et le pays des Foungi , puis entre dans une vaste plaine, où un grand nombre de cours d'eau , dont les noms seuls sont connus des Européens, viennent se joindre a lui : tels sont : le Bahr-lruiry , le Haltr-Arramla, le Bahr-el-IJarras , le Bahr-Emdrenje, le Mateb et le Rakr- Esrak; mais celui-ci n’est sans doute que le fleuve Bleu, Bahr-et-Azrek, dont nous parlerons tout à l'heure.

Le pays où VAbyad opère sa Jonction avec ses différents afDuents, est divisé en un grand nombre d’iles, dont les plus grandes ne sont habitables que Jusqu’à la saison des pluies. Arrivé au 13* latitu(le nord, sous la même latitude que la ville de Seniiaar, VAbyad est si large qu’on ne peut reconnaître d’une rive une personne placée sur l’autre; sur la rive gauche s’élève Et-Acie, et sur la rive droite on a bâti également une ville qui se nomme SchÙlouck. A huit Journées de ce point, 16° latitude nord, le Bahr-el-Abyad reçoit dans son sein les eaux du Bahr-el-Azrek ; selon les habitants du pays, le fleuve Blanc, au contraire, se perd dans le fleuve Bleu, quoique ce dernier soit moins volumineux. Celui-ci a pour sources mères des fontaines situées sur des hauteurs marécageuses et ombragées d’une abondante végétation , et qu’on trouve dans le pays des Aguws; ces fontaines, peu éloignées l’une de l’autre, sont trèsprofondes , mais elles n’ont que queliies pieds de diamètre. Après plusieurs étonrs dans un marais tourbeux, le fleuve entre dans un lit formé par des rochers, et se précipite comme un torrent à travers la vallée ; a trois Journées de marche de sa source, dans la plaine de Baad, le fleuve Bleu a déjà la largeur d'une portée de fusil. De la plaine de Baad au lac deTzana le^euve parcourt environ trente-cinq lieues; dans l'intervalle de ces deux points il forme deux cascades ; l’une est située dans la plaine de Goutto; l’autre, moins considérable. est près de Kerr. A l’embouchure du Bnhr-el-Azrek, dans le Tzana, le fleuve n’a pas moins de deux cent soixante pieds de largeur , et coule avec une si grande rapidité à travers le lac, que

leurs eaux ne se mêlent point. En sortant duTzana, qui n’a pasmoinsde sept lieues de longueur, le Bahr-el-Azrek se dirige d’abord vers le sud-est, et se courbant ensuite en spirale, il se rapproclie de sa source Jusqu’à une Journée de marche, après avoir parcouru un espace de vingtneuf Journées.

C’est à deux milles du lac que se trouve la première cataracte. Bruce lui donne rpiarante pieds anglais de hauteur; le fleuve s’enfonce ensuite dans un ravin étroit et sombre, au sortir duquel il a, dit-on, un quart de lieue de largeur dans les grandes eaux. Il parcourt aussi la terrasse de Fazoglou et coupe la grande chaîne limitrophe du pays des Changallas par trois hautes cataractes, dont la plus élevée a deux cent quatre-vingts pieds. Ici on cesse de suivre son cours; les voyageurs le quittent aux cataractes et ne le reprennent que près de Sennaar. Il sort d’un lit de roches escarpées, entre dans la vaste plaine de Sennaar, forme près de la vdle de ce nom une vallée des plus fertiles , et après avoir parcouru ensuite un terrain sablonneux et inculte, où son lit devient très-large, il se Jette dans le Bahr-el-Abyad. Malgré tous les affluents que le fleuve Bleu reçoit par sa rive droite, il est probable qu'il n’atteindrait pas la terre d’Egypte et qu’il se perdrait dans les .sables, s’il ne rencontrait pas le fleuve Blanc, dont la masse d’eau est trois fois plus considérable. Peu après cette Jonction, le fleuve reçoit le nom de Nil, qu’il porte jusqu’à la mer.

Selon l’opinion la plus ordinaire, ce nom est dérivé du grec NiUo; , qui vient de vtiv ixùv et signilie nouveau limon. Le nom du grand fleuve égyptien est à lui seul une histoire curieuse. Selon les Grecs, il aurait d’abord été nommé Ægyptos, et il aurait donné son nom au pays qu’il vivifiait pas sa présence. I.a Bible appelle le Nil Gihon ou Gyhhoim, mot qui exprime une eau Jailli.ssante. C’est particulièrement le Nil Blanc (/laAr-e/-//6ÿncO qui reçoit ce nom ; et quand les Pères de l'Église parlent du Nil proprement dit, ils l’appellent r«wv ©r.êii; (le Gihon de la Thebaïde). Ailleurs la Bible désigne le Nil sous la dénomination de Nehhl ou Nekhl, et plusieurs savants ont cru trouver là l’étymologie do Nil. A la vérité.

ÉGYPTE MODEUNE.

Diodore de Sicile attribue l’origine de ce mot au nom d'un ancien roi de l'Égypte; mais comme lui seul mentionne rexistence de ce roi, l’autorité reste au moins contestable. Du reste, Ait en sanscrit signifie Sieu : c’est une épithète de Siva; il ne serait pas surprenant que le fleuve égyptien, après sa jonction avec le liahr-eï-Azrek, le fleuve Bleu, eût reju en Égypte même, à une époque où peut-être les prêtres indiens impatronisaient leurs idées dans une société naissante , le nom de AU ou de fleuve Bleu ou de fleuve de Siva. Parmi les noms du Mil les plus anciens et les plus remarquables, on doit citer nxiapii. nxiapTi représentait l’abondance et la richesse, et (txiavé; la ruine et la destruction; Isis et Typhon, le bien et le mal; les eaux douces, et l’onde amère :

mythe éternel reproduit sous toutes les formes et partout.

Immédiatement au-dessous du confluent de l'Abyad et de l'Airek , une rangée de montagnes basses et rocheuses traverse le Ail de l’ouest à l'est. La chaîne est percée en un seul endroit, et le fleuve se précipite par cette gorge avec une violence extrême et ungrand bruit:

il se Joint au Tacazzé, à quelques journées de nie de Kourgos , et reprend encore une fois la marche d’un torrent des montagnes pour franchir la haute terrasse de la Mubie. Après la cataracte de Syène le Mil coule égal et paisible , portant avec lui la richesse et la fécondité. Le Mil à son entrée en Égypte se divise en plusieurs bras oui forment un nombre considérable d'iles. La plus grande, Gesira-el-Uelseh, estpeu connue;les plus célèbres sont celles de Phitx et d’AVêp/mnline. Au-dessous de Philæ, le Mil a précisément la largeur de la cascade du Miagara, c’est-à-dire un quart de lieue. Mous parlerons des cataractes dans une autre division , et nous nous bornerons ici à tracer la topographie du fleuve.

C’est à Syène que commence l’Égypte ancienne; de RafiotikSouan (d’Alexandrie à Syène) signifiait autrefois : toute l’Égypte.

Au-dessous de la cataracte de Syène le Mil prend un cours paisible; la rive occidentale est inculte et deserte; les montagnes n’ont point de végétation, et sont recouvertes seulement du sable que

les vents y amoncellent depuis des milliers de siècles ; sur la rive orientale, la chaîne des monts Arabiques, plus haute que celle des montagnes Libyques, est aussi d’une teinte plus brune, relevée çà et là par des bouquets de verdure : le fleuve coule dans un canal étroit. A neuf lieues d’Assouan on trouve Koum- Ombou (Ombos); la plaine qui entoure ce monticule de ruines a deux lieues de largeur. Au mois de septembre 1800 les soldats français trouvèrent les sables de cette plaine assez chauds pour v cuire des oeufs; le thermomètre marquait 60°. Un canal qui traversait l’ancienne ville d’Ombos est devenu un bras du Mil, et a forme la grande lie de Mansouryeh, placéedevant les ruines d’Ombos. Au-dessous d'Ombos, avant le premier défilé du Djebel- SeUeleh, on trouve le mont des Tempêtes, Djebel-Âboucheger. A seize lieues d’As- SOU8U, les montagnes ne laissent qu’un espace de trois mille pieds au lit du Nil , et le surplombent même en plusieurs endroits; ce lieu, où l’on voit les ruines d’une ville , est appelé parles Arabes Al- Jloualb, la Petite Porte. Le village d’Edfou se trouve à quatre lieues de la, sur la rive gauche du Mil , à trois quarts de lieues du fleuve; c’est l’ancienne ville d'Hatfou. A Esneh, la vallée du Mil s’élargit considérablement; la plaine s’élève par une penteiiisensible jusqu’aux montagnes calcaires qui la bornent, et presque partout elle est trop haute pour recevoir les eaux du Mil. Après un second délilé on trouve Ermeiit (Hermonthis) , sur la rive gauche du Mil ; sur la rive droite , mais un peu au-dessus, le voyageur foule les ruines de Thèbes et le pavé de Luxor ; c’est aussi là qu’on rencontre le village de Karnak, dont le sol est encombre par les ruines magnifiques d’une partiedeThèbes, et où M. Prisse d’Avennes a trouvé la Chambre des rois, aujourd'hui à la Bibliothèque royale. La plaine de Thèbes s'étend au nord d’Erment, à l’est et à l’ouest du fleuve, ju^u’aux montagnes. Le M il à cet endroit décrit un demi-cercle ; il incline d’abord vers l’est, remonte vers le nord jusqu’à Kéneh, eu pa.vsant par Qous et Keft devant la vallée de Kosséir, et ileA'éneA, qui est situé en face des ruines de Denderah; de l’autre cûté du fleuve, il tourne brusquetnent é l’üuest pour reprendre bien-

L'umVKKS.

tôt sa direction première, l.a vallée de Knsséir, qui traverse une longueur de quarantp-ileux lieues, et va du Nil à la mer Uouge, estim désert dans lequel on a établi des stations en maçonnerie pour indiquer la direction de la route; elle est borilée par des montagnes qui se rapprochent quelquefois jusqu’à uue distance de cinq cents pieds, et qiieiquelois s’écartent et laissent une grande largeur à lu vallée.

L’ancienne Àbijdos, aujourd’hui l^.lllaraba-eiMadJhuneh , est située dans l’angle que forme le Nil en se recourbant en arriéré; cette ville n’est point sur le lleuve, maissur un brasdii Meuve, aujourd’hui desséché. Benisouef(/’/o/é»iats)est àpeudedistanccd’Abydos,surlarivegauche du Nil, et GirgeA se trouve entre ces deux villes, sur la même rive occidentale.

A|)rès qu'il est rentré dans sa direction normale, le Nil continue de marcher accompagné desdoux chaînes latérales; .seulement elles sont a une plus grande distance, et présentent aux sables du desert plus de ravins et de gorges pour pénétrer dans le pays. A la hauteur de Darout-el-ChcryJ', la vallée prend de tcllesdimensionsquc, sur la rivegauche, un bras du Nil, parallèle au lleuve, peut encore placer son cours et laisser une bande de terrain cultivable. — Ce bras canalisé est le JJabr-) otisrj , canal de Jo.seph, qui coidc pendant cinquanteliiiit lieues au nord. Ce prétendu canal n’est que l’ancien lit occupé par le Nil avant que ce Meuve se portât plus vers l’est. Le Nil actuel baigne le pied de la chatne Arabique; l’ancien N’il côtoie la chaîne Libyque , et va se jeter au nordouest dans le l’atjoum. T.e b’ayoum forme un bassin large, presque rond, et séparé du reste de, la vallée du Nil ; c’est le nome Arsinoite de l’antiquité. Le Jlahr-Yousef pi notre dans celle plaine par un ravin situé à quatre lieues et demie ouest-sud-ouest de licnisoucf, et con.serve son nom jusque dans la capitale (le la province; mais a l’extrémité occblenlale de Medinel-el-I'agoum , il se divise en une foule de petits canaux, qui vont arroser b’s villages dans toutes les directions. A huit mille mètres nordouestdo ravin, où passe \eiiahr-Yousrf, on trouve un pont de dix arches, parallèles au Nil. Dans le temps dés basses

eaux, c'est une digue; mais quand elles sont hautes elles passent par-dessus, et tombent de l’autre côté dans le Huhrbela-ma , Meuve sans eau. I,e ISahr-bela-ma forme donc la communication septentrionale du Bahr-Yousef avec le grand lac .Mœris. D’après la tradition de cette contrée, le Fayoum était autrefois une mer mèditerranée qui recevait les eaux du Nil; Joseph, fils de Jacoh, lit construire une digue pour empêcher le lleuve de se déverser dans ce bassin.

L’eau du Toyoum descendit dans la mer, et le bassin, mis à sec, devint bientôt une terre fertile. Les eaux qui restèrent se rassemblèrent dans le lac Mœris ou liirket-et-Keroun, et dans le Birket-Garah, le premier au nord, le second au sud de la province.

Près de la saillie des montagnes Libyiies, couronnée à GtseAparlesPvramies, le Nil passe de la Moyenne dans la Basse-Egypte. Les deux chaînes de montagnes quittent alors brusquement le fleuve, la Libyijue s’en va vers le nord, l’Arabique tourne subitement a l’est, au delà de \a vallée de C Égarement . Au .sommet méridional du Delta, a vingbeinq kilomètres, ou cinq lieues, du Caire, le Nil se partage en deux branches, dont l’ime descend ii la mer vers le nord et se termine au-dessous de Rosette (/îasc/tid ) ; l'autre, plus volumineuse, se jette dans la mer au-dessous de Damiette [Damial). Dans l’angle même formé par la division du Nil est un village uomme Doraoueh.

HELTA DU ML.

Le Delta n’offre aucune élévation naturelle, à l’exception des dunes qui bordent la côte; quelques buttes artilicielles élevées par les anciens Egyptiens et sur lesquelles sont bâtis les village arabes; des monticules formés par des diicombres lorment les seuls accidents d’une plaine parfaitement unie. Un grand noinbredeixinaux sillonnent en tous sens cette partie de l'Égypte, et y entretiennent une température moiîérée même pendant les plus fortes chaleurs. Le sol du Delta, dont rexhaiisscrncntse produit beaucoup plus lentement que celui du restede l’Egypte, semble être entièrement compose d’alluvions ; car des sondages de quatorze et quinze mètres de profondeur

KC.YinE MODERNE.

Oà

n'ont traversé que îles coue'.ies de terre végétale alternées de couches en sahie quartzeux semblable aux dépôts du Nil.

Malgré l’humidité répandue par les canaux, le terrain se dc.sscche facilement jusqu’à se crevasser au point de devenir incommode à la marche; après l'inon- <latioD, ou rencontre des ouvertures si larges et si profondes, que le pays serait impraticable pour des chevaux étrangers.

Ees crevasses, produites par l’action de la chaleur, sont l’indice d'un soi essentiellement argileux. La ligne extérieure du Delta est formée par un banc presque continu de grès calcaire; quelques savants en ont conclu que la limite du Delta avait été invariable , mais il paraîtrait que la mer Rouge rebâtit sans cesse celte digue naturelle ; on u'en saurait donc tirer aucune preuve concluante.

C’est dans ce grès calcaire que sont creusées des cavités, les unes naturelles, les autres ariilkielles . formant ce qu’on appelle les catacombes. La plupart de ces cavités sont remplies par la mer, qui sans doute a rongé pour parvenir Jusiiuelà une digue de roches de cette meme pierre. Les catacombes se trouvent dans une plaine faisant partie de l’ancienne Alexandrie. Le terrain de cette plaine est un sable rougeâtre à travers lequel percent des rocliers de grès. C’est près de là, et toujours dans le même banc de rochers, que se trouve ce que les voyageurs ont nommé les Bains de Cléopâtre.

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