ANIMAUX
Les espèces animales habitent rf,gypteen vertu d’une sorte de prédestination; et en tes consacrant à la divinité les prêtres égyptiens ont prouvé qu'ils reconnaissaient cette loi inhérente au pays. Les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les insectes ont reçu un culte particulier : partout sur les monuments même leurs images accompagnent celle de l'homme.
Le chameau n’est pas indigène en I^gypte : sa véritable patrie est l'Asie moyenne et l'Arabie. C'est l’inséparable comppgnon de l’Arabe nomade. On* en distingue, comme on sait, deux espèces : lecamelus bactrianus (chameau a deux bosses ) , et le camelus clromedarius ( chameau à une bosse ou dromadaire). Le premier est le djemmel des Arabes; il est très-fort, de haute taille, sert au transport des lourds fardeaux et appartient plus particulièrementàr Asie; l'autre, plus petit, plus agile, a reçu le nom d’hedjin, parce qu’il sert de monture aux pèlerins [hadji) ; il habite surtout le nord de l’Afrique. Le poil du chameau est un article important de commerce; un en fait des étoffes, des tapis et des tentes. Le lait des chamelles est fort aimé des Bédouins.
Dès la plus haute antiqujté, les chevaux étaient estimés eu Égypte. Mais il est dilTicile d'en bien caractériser les races indigènes en les comparant à celles plus anèiennemcnt connues. La race des chevaux nedjdia ou nedjs n’ét.iit pas très-commune en Égypte avant la conquête du Nedj par Méliemet-.Ali. Le iiedjdi est l’arabe pur sang; et quoiqu’il soit né hors du pays, comme il fait maintenant partie des'richesses de l’Égypte, nous en ferons ici une brève description.
Les muscles du cheval nedjdi sont trèsapparents; ses formes sont anguleuses, son attitude est fière; il se pose toujours très-bien; son regard est plein de leu et <l'i nlelligence ; sa tête est sèche , le bas de la face est si étroit, qu’il peut tenir dans
la main; le front, au contraire, est trèslarge. Les oreides sont très-petites , les yeux très-grands; l'encolure est droite, le garrot élevé, la croupe très-courte; les jamiies sont sèches, les jarrets larges; le pied est petit, la queue attachée très-haut. Le cheval nedjdi est encore jeune à vingt-cinq ans, et il vit ordinairement jusqu’à cinquante. On le nourrit avec du lait de chamelle, de la farine , de l’herbe, des dattes , du bouillon et de la viande. D’ordinaire sa robe est gris-clair, gris-truité, alezan brûlé, ou bai-clair. Les Arabes attachent une telle importance à la pureté de la race de leurs chevaux nobles , appelés kochlani , que leur filiation est toujours constatée par des actes authentiques ; ils font remonter à près de deux mille ans la généalogie de plusieurs de ces beaux animaux, et il en est dont la lignée peut être démontrée pardes preuves écrites pendant une série de quatre siècles. Méhémet-Ali a fait venir en Égypte un grand nombrede ces chevaux, et veille avec soin à ce qu'il n’en sorte plus de ses États. Le cneval égyptien proprement dit est aujourd’hui une espece due aux croisements de la race dungolaliwij avec les chevaux syriens.
Nous devons aussi mentionner l'âne {hemiir,en arabe); e’estunanimal grand, bien fait, à la démarche vive et légère. Les baudets de celte partie de l'Afrique sont si vigoureux, que dans les voyages à travers le désert on s’en sert pour suppléer au manque de chameaux. Les meilleurs proviennent du Saïd.
Le mulet (ôag/if, en arabe) est aussi d'un usage très-commun. Le mulet égyptien est très-beau ,et les Musulmans l'estiment beaucoup; il arrive qu'on vend un mulet aussi cher qu’un cheval.
Les mules (baghieh) sont préférées aux mulets, tant à cause de leur douceur que de la faculté de supporter mieux la fatigue.
Le bceuf domestique de cette contrée ( thnur, en arabe) ne diffère pas de celui d’Kurope ; mais ou trouve dans le pays un boeuf sauvage que les Arabes appellent bagar-el-ouesch ; il a une grande analogie avec le zibu, et quelques naturalistes pensent quec’estlemêmeanimal.
ïjt buffle ne parait pas d’origine égyptienne : on ne le voit point sur les au-
L’UmVERS.
ciens moniimpnts. Selon l'opinion générale, cet animal est une importation des Arabes. Le buffle égyptien {djammous, en arabe ) a très-peu de poils ; sa peau est gris de fer; il a une physionomie farouche, mais il estinüiiiment plus doux (|ue le buffle d'Europe. On ne s'en sert point ordinairement pour les travaux agricoles; mais les bestiaux amenés de Onramanie n'ayant pu s'acclimater, il a fallu employer à la culture le buffle et même le chameau..
Dans les temps anciens, le sébu, bœuf bossu des régions tropicales, n'était pas etranger à l'Égypte. En examinant, en 1830, la inomié d'un prêtre , on trouva aux pieds dumartl’image du boeuf Apis, et cc boeuf était un zébu. Il ne paraît pas cependant que jamais cette race v ait été commune. Lors de l'expédition d'Égypte on trouva un zébu chez un des beys, où il était nourri comme objet de curiosité.
La race ovine fait partie des richesses du pachalik ; la laine est généralement de Mlle qualité. Les brebis ( ^aAameA, en arabe ) sont très-fécondes : presque toutes produi.sent annuellement quatre agneaux en deux portées. L'espèce la plus commune est le mouton de Barbarie ; il y a cependant beaucoup de béliers venant du Sennaar, du Kordofaii et de l’Yémen ; ils sont plus grands et portent une laine grossière ; leur queue est adipeuse; quelques-uns ont le poil ras et cassant comme celui de l'antilope.
Le mouflon à manchettes ou mouflon d'Afrique, ovh ornala ou ovis tragelaphu.1 , mérite une description
filus détaillée : sa taille est celle du béier commun, son col est couvert d'une .sorte de crinière hérissée, longue et fort touffue, surtout au garrot; cette crinière est d'une couleur plus sombre que le reste du corps, dont le pelage ressemble au poil d'hiver du cerf. Une barbe assez longue garnit les mâchoires et se divise en deux parties; la gorge est également garnie de longs poils flottants, et des manchettes de poils, de six à sept pouces de longueur, proté.gent les genoux. La base des cornes est quadrangulaire, mais les angles en sont émoussés et la corne se termine par une véritable pointe. L'individu que possédé le Musée de Paris a été tué dans les environs du Caire , où cependant on rencontre
rarement cct animal à l'état sauvage.
Dans l'état de domesticité, l'ouia tra- Çetaphus est fort doux, quoique très- vif ; il aime à se tenir sur les lieux élevés ; sa course est très-rapide, et entremêlé parfois de bonds prodigieux.
La chèvre {ynadseh, en arabe) est répandue dans toute la Basse-Égypte ; elle est originaire de .Syrie, et connue en Europe sousIenqmde'cAéoremamùn'ne.
Dans la Haute-Égypte, on voit de très- (letitcs chèvres dont le poil est long et soyeux , et qui ressemblent sous ce rapport aux chèvres d’Angora.
Parmi les quadrupèdes communsà l’Égypte et .h l’Europe, on doit une mention particulière au chien (kelb, en arabe), qui parait constituer une espèce distincte, perpétuée sans mélange, et habite en troupes soit dans les villes, soit sur les limites du désert; ses mœurs sont tou- %urs à demi farouches, raremeut on le voit attaché à un maître. Lorsqu'il vit en liberté complète, son pelage est plus long et plus fauve , et il se nourrit de charognes , comme l'hyène et le chacal. Quand toute autre pâture leur manque, ces chiens sauvages se dévorent entre eux. Il advient assez souvent qu'ils se précipi tent, la nuit , hors de leurs retraites pour attaquer des bestiaux isolés et errants par hasard dans le voisinage. Un de nos amis, passant un soir au galop près d'un cimetière, gîte ordinaire des bandes de chiens, faillit, quoique bien armé, être victime de leur attaque féroce et imprévue; les coups de pistolet et de sabre ne parvinrent point a le débarrasser d'une poursuite acharnée , à laquelle son arrivée aux maisons put seule mettre Un ; il eut ses vêtements déchirés et son cheval grièvement blessé. Les chiens qui habitent les vilfesysont, pour ainsi dire , divisés en tribus ; un membre de l'une d'elles ne saurait se mêler à d’autres , sans être immédiatement assailli avec furie, quelquefois dévoré , ou tout au moins terriblement battu. Il est curieux de voir les chiens guetter le passage des femmes qui vont puiser de l'eau, se glisser derrièrè elles, la queue entre les jambes ( t l'oreille basse, et se hâter de boire pour regagner leur gîte. Jamais un chien de la ville ne s'aventure à une excursion dans la campagne , et les meutes sauvages n’osent
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ÉGYPTE AlOUERiNE.
pasbraver les périls d’une visite à lacilé.
Le chatC^dtA, en arabe) est aussi originaire de i'Éïypte : il v jouissait de privilèges presque divins. Ét encore aujourd'hui on y traite ies chats avec des égards tout particuliers ; ceux qui tonil)ent malades reçoivent des soins empressés dans des Hôpitaux fondés par de pieux sectateurs du prophète.
L’hyène ( dabèh, en arabe ) est bien connue des fellahs. L’espèce commune {hyxna striata) habite particulièrement l’Afrique septentrionale ; elléfrèquente les villages pendant la nuit, et entre parfois jusque dans les villes , où elle mange les charognes et débarrasse ainsi l’air des miasmes les plus dangereux. On voit aussi des chacals en Égypte.
Il y a peu de loups en Egypte ; leur poil est plus court que celui' des loups d'Europe; les Arabes le nomment dyb.
Le renard ( tâateb, en arabe) est plus petit que celui d’Europe. Son pelage est d'un brun foncé, ses oreilles sont noires, et ses pattes fauves.
Le sanglier {khanzir-barry ou hallouf, en arabe ) est un animal impur pour les mahométans; les chasseurs arabes ne le tuent pas-, aussiest-il très-répandu, surtout dans la Basse-Égypte : on y rencontre des bandes de cinquante ou soixante sangliers qui dévastent la campagne et particulièrement ies champs de doura.
La gazelle (gasal, en arabe), et en général les antilopes, appartient aux animaux les plus caractéristiques du continent africain. Elle se trouve sur les confins de l’Égypte , dans les déserts , où elle se nourrit de petites herbes. On en voit chez presque tous les habitants riches du Caire; car, quoique d’un naturel très-craintif, elle s’apprivoise facilement. Sa légèreté, l'élépince de ses formes et la douceur de ses yeux sont un thème favori de la poésie arabe.
Le daman, appelé aittsi daman d[' Israël, le schasan des Ifébreux , est un animal de l’ordre des ruminants; il est petit; son pelage est d’un roux très-foncé.
Autrefois on voyait fréquemment riiippopotame {hippopotamus ampkibius. Lin. ) en Égypte ; mais, soit à cause de la multiplicati'on de ses ennemis naturels, soit parce qu’il ne trouve plus une pâture assez abondante, il descend rarement aujourd’hui au-dessous drs
cataractes. Sa voracité est si grande, que des naturalistes ont attribué la diminution de l'espèce au manque d’alimentation. L’hippopotame rausait jadis de grands dommages à l’agriculture égyptienne. Un ancien voyageur suédois, Ilasselquist, dit à ce propos : < Lorsque « l’hippopotame vient sur lerlvage,il dé- « truit en peu de temps le champ do blé « ou de luzerne qui est le plus à sa por- « tée, et n’y laisse pas subsister la moin- « dre verdure; car il est très-vorace, et il « faut une copieuse chère pour remplir « son énorme ventre. » On a vu des hippopotames isolés jus(|ue dans les environs de Damiette; mais ce n’est là qu’un fait accidentel. Eu 1836 on en signala deux près de cette ville; ils comnîirent de grands dégâts dans la campagne : an bout d’une vingtaine de jours, l’un fut tué, et l'autre disparut. La mer oppose toujours une limite à leurs excursions, car ils ont impérieusement besoin d’eau douce.
Cepachydermeétaitsacrédansles provinces de l’Égypte où le crocodile était considéré comme immonde; on ne voit jamais son image sur les anciens monuments , mais on la trouve souvent sur les médailles des nomes. On pense généralement que l’hi ppopotameest le béhéinoth de la Bible. (Job, XI, 15 à 24.)
Il est a remarquer que le nom grec de cet animal, qui signifie litléralementcAeval de fleuve, est traduit en arabe par faras-ü-bahr, jument de fleuve.
Il n’y a point de singes indigènes en Égypte , et il ne semble pas qu’il y en ait jamais en , malgré les nombreuses momies de singes qu’un voit dans les hypogées. Les figures de singes qu’on voit sur les monuments se rapportent aux espèces que Geoffroy Saint-Hilaire a désignées par les noms de cynocephalus papio et de cynocephalus Anubis.
Le hérisson {qanfod, en arabe) est plus petit que l’espèce européenne, dont il se distingue encore par la longueur de .ses oreilles , ce qui lui a valu le nom d’oreillard, erinaeeus auritus.
la martre-furet est très-répandue en Égypte, où elle fait de grands ravages dans les basses-cours.
Le lièvre (ameb, en arabe) diffère du lièvre d'Europe par la longueur des oreilles et celle des pattes postérieures.
L’UiMVERS.
11 est assez rare en É^pte ; les musultnnns le regardent comme un animal impur. Par compcn.sation Jl y a beau* coup de lapins, et le peuple en mange.
i*’ichneiimon, le vicerra ichueumon \\n.,herpesteii Pharaonis Desmarest, est un des animaux les plus rélèbre.s de In mythologie eide la faune égyptienne.
L’instinct qui le porte à dévorer les petits des reptiles venimeux et les œufs (les crocodiles lui avait fait accorder les honneurs divins. On rencontrecn l'^typte des ichneumons apprivoisés, qui remplissent quelquefois dans les maisons i'oflice des chats: comme ceux-ci, le viverra ichneumon s’attache à la demeure de l’homme et .s’en éloigne peu ; il emporte sa proie dans quelque entJroit obscur pour la dévorer à sou aise, et manifeste son déplaisir par un grognement de colère lorsqu'on vient le troubler dans son occupation. L’ichneumon vit de rats, de serpents, d’oiseaux et d'œufs de toute espèce; c’est un animal extrêmement craintif et circonspect à cause de la faiblesse de sa rue, bien qu’un odorat remarquablement développé supplée chez l’ichneumon à cette imperfection. Il est d’un gris brun et un peu plus grand que le chat domestique, car son corps a ordinairement un pied et demi de longueur, et sa queue, terminée par un large pinceau de longs poils , a une dimension presque égale.
Au delà du sphincter de l’anus, les téguments communs, allongés et repliés sur eux-mêmes forment une poche (jue l’ichneumon peut ouvrir et fermer à volonté.
Cette poche a donné lieu aux contes les plusextravagants.Ëlien, parexemple, raconte que les ichneumons sont hermaphrodites, et qu’un combat décide des fonctions sexuelles que chacun d’eux devra remplir. Celte poche anale, qui existe chez pre.sque tous les .inimaux du genre viverra, contient une matière odorante, analogue au musc.
L’ichneumon, qui est \amangnuste de Iluffon , était consacré à Latone; son nom arabe est nemx. Une petite espèce de mangouste à oreilles larges et longues vit sur les dattiers en Nubie.
Il y avait j.adis en Egypte plusieurs espèces de inusaragnes, presque inconnues aujourd'hui, entre autres le iorex O/ivieri et le xorex religinsus de
Geoffroy. Ces animaux étaient l’objet d’une grande vénération; on a trouvé dans les catacombes de Sakara les restes embaumés de quelques-uns de ces rongeurs.
Les rats (Jar) sont un des fléaux de la terre d'Osiris ; ils détruisent beaucoup de céréales. Dans l’année 1246 de l’hégire ( 1830), il apparut une telle quantité de rats que pour sauver les récoltes Méhémct-Ali promit une prime d’une piastre par vingt têtes de rats; et le gouverneur de SouaiJy assurait quelque temps après , à un voyageur français de nos amis, que beaucoup de fellahs avaient payé leurs contributions de cette manière. En mars 1840 ( 12.'j6 de l’hégire) le même voyageur, Élisant le trajetd’Erment àl'hèbes, rencontra, pendant une heure et demie de chemin, tous les champs dévastés par cette ancienne plaie de l’Egypte.
Il y a des années où l’on ne voit presue point de rats, tandis qu'à d'autres poques, sans cause connue, ils apparaissent par milliers: aussi le fellah, ami du merveilleux, s’imagine-t-il qu'ils naissent de la terre fécondée par quelque influence atmosphérique, et affirme sérieusement en avoir vu naitre du limon.
Celte croyance remonte d’ailleurs à la plus haute antiquité.
Parmi les variétés de cette espece il faut mentionner \erat (I Alexandrie, que les Italiens appellent rat des toits, et qui a pour traits caracléristiques une longue queue annelée et des poils roides et piquants.
1,'echimys nUoticus doit aussi être ici mentionné; les poils du dos de cet animal sont assez roides et assez forts pour ressembler à des épines ; c’est ce qui lui a fait donner la qualification de rat épineux.
Iæ gerboise se trouve dans les ruines qui entourent Alexandrie. Elle vit eu troupes dans des terriers creusés avec ses ongles et ses dents; on dit même que ce rat peut percer ainsi une sorte de pierre tendre qui glt sous le sable de ces parages. C'est un animal timide, qui rentre dans son terrier au plus léger bruit, et par conséquent on peut difficilement s’en saisir. Les gerboises mangent du riz, des noix , et toutes sortes de fruits; elles aiment la chaleur du soleil : quanti elles sont à l’ombre, elles se serrent les
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KGÏPTE MODERNE.
unes contre les autres et paraissentsouffirir du froid. Les Arabes la nomment djerboa. 11 y en a deux espèces, de taille différente; b plus petite a les pieds velus. l'autre les a entièrement mis.
Les ruines si nombreuses de l'antique Ëÿiypte recèlent une immense quantité de lézards : il eii est sur le corps desquels l'or et l'azur brillent en bandes longitudinales et dont la queue est du plus beau bleu céleste. Nous nous bornerons à décrire les sauriens les plus remarquables de ce pays.
Le moniteur du Nil, tupinambis , lacerta nilotica de Linné, est une espèce de lézard vénéré des anciens ^yptiens : il dévore les œufs des crocodiles, et détruit ces terribles animaux lorsqu'ils sortent de la coquille et viennent se jeter dans l’eau. Il a environ trois pieds de long sur les bords du Nil; mais les individus de cette espèce qu’on trouve au Congo, où ils détruisent également les animaux nuisibles , sont inflniment plus grands. Dans les déserts qui environnent l'Ég^’pte, comme dans le pays même, on voit le moniteur de terre, qui est le crocodile terrestre d'Hérodote , et le scinque des anciens. Le nom arabe du moniteur du Nil est ruaràn-el-bahr , lézard d’eau, paropposition au scinque, qu’oii appelle warân-el-djebel , lézard de la montagne.
Le boursah ou gecko {iacerta gecko, L. leprosa de ForskaI), quelquefois appelé par les Arabes abou-bours, le père de ta lèpre, ou simplement bours, lèpre, est ainsi dénommé à cause de sa peau, qui offre l’apparence d’une lèpre ; les Orientaux croient que si le boursah répand sa bave sur du sel , ce sel donnera la lèpre à ceux qui le mangeront. Ce préjugé est fort répandu parmi les habitants du Caire; ils couvrent avec soin les vases contenant du sel , et y placent même de l’ail , dont l'odeur écarte ce reptile. Ces animaux sont plus laids que malfaisants. Dans les niaisonsdu Caire, onlesvoitsouventcourir sur les murs de.x appartements, en poussant un petit cri aigu qui ressemble a celui de la belette. Ils disparaissent pendant l'Iiiver pour se retirer dans des trous , sous les terrasses, et ne se montrent plus qu’au mois de mars. Les chats sont très-triands de la chair des bours, et leur font une chasse active.
I..estellion [liardoun, en arabe) est un petit lézard .i corps verruqueux, à queue épineuse et doigts sans ongles; d est très-commun en Égypte , et les musulmans le tuent, parce qu'ils prétendent qu'il imite ironiquement par ses mouvements de tête leurs salutations pendant la prière.
On rencontre aussi dans cette contrée une des plus célèbres espèces de sauriens , le caméléon, .sur lequel on a forgé une foule de récits merveilleux. La conformation anguleuse de sa tète qui semble coiffée d'un casque, la saillie en arête de son épine dorsale , la longueur de sa queue préhensile , la disposition de ses doigts maigres et effilés , divisés à chaque patte en deux faisceaux opposables l’un à l’autre, la disposition particulière de ses yeux, qui lui permet de regarder à la fois dans deux directions opposées; l’immobilité parfaite qu’ilconserve pendant de longues heures, et la faculté d’imprimer presque à tout son corps la coloration de l’objet sur lequel il se place pour dissimuler sa présence aux animaux dont il se nourrit, — tout contribue a en faire un être bizarre et original. Notons, cependant, que son pouvoir de revêtir diverses nuances ne va pourtant pas jusqu’à imiter exactement celles de toutes les substances avec lesquelles il est mis en contact.
Nous avons à parler maintenant du plus grand des sauriens, le crocodile [lemsah, en arabe). Cet animal était en grande vénération chez les anciens habitants d’Ombos,d’Arsinoé et deCoptos.
Hérodote rapporte que dans cette contrée les prêtres s’emparaient d’un jeune crocodile et l’apprivoisaient, en ayant toujours la précaution de lui attacher les pieds de devant avec une chaîne. Ils suspendaient a ses oreilles des ornements précieux, et quelquefois des pierres fines d’une grande valeur; l’animal était nourri avec la chair des victimes , et, après qu’on l’avait traité pendant sa vie avec toute sorte d’égards, on embaumait son corps, qui était ensuite déposé dans les catacombes.
Dans d’autres villes, plus rapprochées des rives du Nil, le crocodile, loin d’être l'objetd’un cuite particulier.étaiC un animai exécré; on se faisait une gloire, non de le choyer, mais de le tuer. N’y a-t-il
pas là une contradiction frappante? Les anciens l’avaient déjà fait ressortir pour railler les Égyptiens et leur religion.
Cependant, "cette contradiction n’est qu'apparente, et il ne faut s’en prendre qu'à l'ignorancedes historiens en matière ne zoologie. En effet, il existe en Égypte deu.s especes de crocodile : le crocodllus nilolicus Geoff. , et le crocodUus sucfius G. La première espèce est la plus connue, la plus grande et en même temps la plus féroce; elle peut acquérir jusqu^à vingt-cinq pieds de longueur. Ce crocodile était repoussé du culte, comme un animal immonde et nuisible ; la seconde espèce, au contraire, est plus petite et d’une forme plus grêle; la tête est plus aplatie et plus allongée. Celle-là était vénérée des anciens Égyptiens : animal inoffensif, l’avant-coureur de la crue du Nil, le crocodile suchus était le messager de la divinité fécondante.
I.es pêcheurs eux-mêmes savent qu’il y a une race plus méchante que l’autre ; ils la reconnaissent à sa couleur jaunâtre et à la eonformation de ses écailles. Ils racontent au.ssi que les crocodiles s’aventurent dans les plaines lors de la crue des eaux. Les crocodiles se nourrissent de petits poissons et de petits quadrupèdes , qu'ils avalent tout entiers, au rapport des voyageurs. Us sont très-friands de la chair des nègres.
La femelle cache dans le sable quatrevingts ou cent oeufs de la grosseur de ceux d’une oie; le soleil est chargé de les couver, et il en sortirait une quantité infinie de crocodiles qui rendraient les rives do Nil inhabitables en peu d’années, si divers animaux n’en faisaient leur principale pâture; les vautours en détruisent chaque année des milliers, et nous avons déjà parlé du culte qu’on adressait à richneumon, qui cherclie sans cesse les œufs du gigantesque saurien.
Le trionyx, ou tortue molle du Nil ( tyrseh des Arabes), en attaque et dévore les petits.
La chas.se au crocodile se fait de nos jours de plusieurs manières; nous en citerons deux, qui sont remarquables par leur simplicité. L’une est en usage chez les nègres : pour attaquer l’ennemi dans l’eau , le noir arme sa main droite d’un couteau solide et pointu, et couvre son bras gauche entier d’un fourreau de cuir
très-épais; ainsi préparé, il s’avance vers le crocodile, et lui présente le bras gauche en travers de la gueule; l’animal ne manque pas de s’en saisir; mais, comme il a la langue en grande partie soudée à la voâte palatine, il ne peut changer la direction de l’objet qu’il a pris dans ses mâchoires : il s’efforce en vain de l’avaler ou de le faire tomber dans l’eau pour le happer ensuite plus commodément; pendant ce temps , le n^e enfonce son couteau de la main droite dans la chair de la mâchoire inférieure,
ui est fort tendre; l’eau se précipite
ans la gorge du monstre, et il est à la fois asphyxié et submergé en peu d’instants.
L’autre métiiode est encore plus simple, et les Égyptiens l’emploient de préférence, ils s'arment seulement d’un fort bâton , et, s’approchant du crocodile avec circonspection, ils assènent un coup violent sur I extrémité des mâchoires et les brisent, car ces os ont peu de solidité , malgré la force terrible avec laquelle ils broient ce qu’ils tiennent une fois. Par ce seul coup l’animal est mis hors de combat et doit mourir en peu de jours , à moins que son antagoniste ne profite d’un premier avantage et ne le tue sur-le-champ. Le crocodile se tient ordinairement dans la Haute-Égypte; il est rare qu’il descende au-dessous de Girgeli.
Le céraste, qu’on suppose être l’ancien aspic, existe toujours dans les déserts qui bordent la patrie de Cléopâtre. On a vu de ces vipères vivre pendant des années renfermées dans un vase de cristal avec un peu de sable fin , sans aucunenourritureapparente. Les cornes auxquelles ce reptile doit son nom ( Aéras, corne) sontblanclu-s, brillantes et fines comme la barbe d’un grain d’orge. Les Arabes nomment cette vipère haiye.
Parmi les autres serpents, il nous sufiir.i de mentionner l’éryx, dont une espèce habite la Thébaïde et une autre le Delta ; le scytale des Pyramides ; les couleuvres dites oreillure, à bouquet émaillé, à raies parallèles, et à capuchon. '
Nous ne parlerons p,is ici de tous les insectes qui abondent en Égypte dans certaines saisons de l’année; nous nous bornerons à indiquer les plus connus.
ÉGYPTE MODERNE
Le scarabée (djorûn, en arabe) est célèbre dans la mythologie égyptienne, comme symbole de la fécondité et de l’immortalité. L’explication de ce mythe est des plus simples : après la retraite du Nil et la fécondation des terres, on voit le limon couvert d’une multitude de scarabées ; ce phénomène aura sans aucun doute suggéré aux Égyptiens l’idép de représenter par cet animal l’embième d’uoe existence nouvelle.
Les scarabées Qgurés sur les monuments n’appartiennent pas tous à une même espece, et les auteurs anciens qui ont écrit sur l’Égypte en indiquent plusieurs comme étant l’objet d’une sorte d'adoration; ainsi la plupart des scarabées égyptiens, c'est-à-dire unedouzaine de, variétés, pourraient porter le nom de scarabées sacrés. Celui que Linné et d’autres naturalistes ont désigné particulièrement sous ce nom se trouve nonseulement en Égypte, mais dans le midi de la France et "en divers endroits de l’Europe. Quant au scarabée nommé par Latreille ateuchus Ægyptiorum, et dont le corselet et les élytres brillaient de reflets dorés, il parait constant qu’il a disparu du pays , comme X'ibis religiosa, la musaraigne et le lotus rose. M. Cailliaud a retrouvé Vateuchus au Seunaar, où l’ibis a aussi émigré.
Nous devons parler aussi de la blatte orientale, insecte Jadis étranger à l’Europe, où il a été importé depuis peu par le commerce d’Orient : il est connu eu France sous le nom de cancrelat ou kakeriat, du mot hollandais kakkerlak.
Son corps ovale, allongé, aplati, brun en dessus, brun Jaunâtre en dessous, exhale une odeur plus forte et plus nauséabonde que celle de la punaise. Ces blattes sont nocturnes. Tapies toute la iournée dans quelque cachette obscure, elles sortent la nuit de leurs retraites, et errent çà et là cherchant à manger des débris de pain, de sucre, de viande : tout leur est bon. Faute de mieux, elles attaquent les bouquins et les vieux cuirs. Aussi fécondes que voraces, elles pullulent dans les habitations humides et surtout dans les barques; c’est en vain que pour les détruire on a recours aux moyens les plus énergiques : la présence de cet orthoptèrc nécessite quelquefois dans nos ports la condamnation d’un navire.
On ne peut non plus omettre de parler de la sauterelle ( djeràd, en arabe ), ce terrible ennemi de l'agriculture égyptienne. Quand les sauterelles voyageuses (grylius miyratorius, acridiümmiqraiorium) s’élèvent dans les airs, nombreuses comme les grains de sable du désert, le cultivateur tremble. La terre est quelquefois littéralement couverte de ces insectes dans un espace de plusieurs lieues carrées , et lorsou’ils abandonnent un terrain , c’est quul n’y reste plus le moindre vestige do verdure.
En Syrie, lorsque les habitants voient arriver les sauterelles, ils forment de longues murailles avec des feuilles et de mauvaises herbes sèches, et y mettent le feu. Les sauterelles, qui ne volent jamais à une grande hauteur, s’effrayent, et prennent une autre direction. La nature, qui met toujours le remède à côté du mal, envoie en Syrie, dans la saison des sauterelles, des troupes d'une espère d’étourneau qui fait une guerre acharnée à ces insectes voraces.
Lors de l’occupation de la Syrie par les armées de Méhémrt-Ali, Ibrahim- Pacha avait fait défendre, sous peine de mort , de tuer un de ces utiles oiseaux.
Les papillons (lépidoptère.s) sont moins variés en Égypte que les coléoptères: et parmi ceux-ci les diurnes sont moins nombreux oue les nocturnes. Les libellulines sillonnent en quantité la surface du Nil et ses rives ; d’autres névroptères, les myrmiléons ou fourmilions ne sont pas moins communs : la larve de ces derniers creuse, comme en Europe, une embuscade dans les terrains meubles.
Les arachnides de toute espèce abondent aussi, et parmi eux il faut mentionner les hideux scorpions, dont la piqûre, toujours mortelle pour les animaux môme assez gros , tels que les chiens , est tout au moins dangereuse pour l'homme; le scorpion habite les .sables , les masures, et s’introduit fréquemment Jusque dans les appartements, où on le trouve sous les nattes et parfois dans les lits.
Le Nil contient aussi quelques variétés de crustacés et d’annélides que nous ne pouvons énumérer.
Parmi les oiseaux il faut d'abord ci-
l/T’MVi:i\S.
ter raiitruclie ( en .irahe), qui
vit particulièrement dans les déserts situés à l’ouest de la mer Uoufie. L’autruelie acquiert jusqu'à sept pieds de hauteur, et sa vitesse à la course surpasse celle de tout autre animal , car elle s'aide de ses ailes pour courir. Cet oiseau vit en troupes nombreuses, et ou ne le rencontre jamais seul au milieu du désert. La femelle pond un oeuf d’environ trois livres . pesant , et elle ne le couve que dans les lieux où le soleil n’est point assez chaud pour le faire éclore.
Les gens richesduCiireen nourrissent ' dans leurs cours. Cet animal ainsi privé n’est pas d’un naturel aimable; quand il est en colère il donne de vigoureux coups de pied.
On a rarement parlé du peuple des Pharaons sans nommer r/6iS, échassier, qu’on voit si fréquemment dans les inscriptions hiéroglyphiques et les ornements des temples ; le tuer ou le blesser était un des crimes les plus odieux, le meurtre, mêmeinvolontaire.decet oiseau vénéré était puni de mort ( Hérodote ). Le corps de l'ibis était embaumé par les prêtres egj-ptiens avec un soin tout s|>écial. Il y a cinq ou six espèws d’ibis : les plus remarquables sont VibUardea et Y ibis religiosa. Le premier est gros comme la feinelled’un corbeau, et ou en trouve beaucoup dans la Basse-Égypte; durant l’inondation du Nil il se place .sur les lieux que l’eau n’atteint pas , et quand le lleuve se retire l’oiseau le suit pas à pas, dévorant une fouled’ insectes et de petites grenouilles. Vibis religiosa est l’espèce la plus célèbre. Il a un peu plus de deux pieds de hauteur, et de l'extrémité de la i|ueueauboutdu bec à peu près deux pieds et demi de longueur. Le bec de cet oiseau est arqué, sa longueur est de six pouces, et il est beaucoup plus épais et plus large à sa base que celui de ' Vibû ardea. La tête de Yibis religiosa et une grande partie de son cou sont à t'êge adulte entièrement dépourvus de plumes, n’ayant ainsi d'autre tégument i|u'une peau noire ; durant sa jeunesse, et quoique sa taille soit déjà tres-développée , son cou est garni de plumes blanches assez serrée.s. La base du cou, le dos , le ventre , le dessus dns ailes et la queue sont d’un blanc rougeâtre; des
plumes d’un pourpre sombre, qui partent de dessous Ic.s plumes tertiaires des ailes, pendent, non sans grâce, de chaque côté de la queue lorsijue les ailes sont fermées, et cachent les extrémités des pennes ou rémiges qui sont noires à reflets verts. I.es jambes et les pieds sont couleur de plomb, et les griffes sont noires. L'ibis religiosa était l’emblème de l’Égypte; du temps où il recevait les honneurs di' ins, on croyait cet oiseau si fortement attaché à sa patrie qu'il se laissait mourir de faim quand on l'avait transporté ailleurs, et, selon une autre tradition de la même époque, il inspirait aux serpents une telle frayeur, que la vue seule de ses plumes suffisait pour les meure en fuite. On l’appelle aussi ibis blanc.
Il faut encore nommer Vibis lantatus, le abou-Hannès ( père Jean ) de Bruce, qui porte souvent le nom d'aboumenguel, {lère de la faucille.
On compte quatre espèces d'aides {euqûb, en arabe) : l'aigle commun, raigle impérial, Vaigle criard, — ces trois espèces se trouventégalement en Europe; enOn Vaigle de la Thébaide, qui est sédentaire, et qu’on voit quelquefois en Syrie. 11 y a aussi deux especes de milans qui se montrent périodiquement dans le pays : ce sont le milan royal et le milan noir.
Le vautour égx’ptien {rachama, en arabe), vultur perenopterus , est un oiseau fort utile; mais son aspect est extrêmement rebutant. Sa face est nue et ridée, ses yeux .sont grands et noirs, son bec est recourbé, ses serres sont longues et larges, pour mieux déchirer sa proie, et son corps tout entier est couvert d’immondices. Malgré cettehideuseforme, les habitants de la Basse-Égypte, reconnaissants des services que ce vautour leur rend en dévor.anl les cadavres des chameaux et ries ânes, lui ont voué une sorte de culte. Tousies matins et tous les soirs, les vautours reçoivent avec les milans, sur la place dcltoumelieh, au Caire, devant le château, une distribution de chair fraîche, dont la dépense se prend sur des legs faits exprès par les riches musulmans. On dit que le rachama suit 1.1 caravane annuelle de la Mecque, pour dévorer les corps des bêtes rie somme qui meurent pendant le voyage.
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Le pluvier de l’Orient, chararirius kervan, est un O'seau de la teille de la corneille: il vit dans la Basse-Égypte, , au milieu des bosquets d'acacias qui entourent les villages d’Alraukir et rfe Sakara ; on le voit aussi autour des sépulcres anciens et dans le desert. Sa voix a de l’analogie avec celle du pivert noir, et il siflle assez agrealilement. Sa nourriture se compose de rats et de souris, qui abondent dans le pays durantcertaines saisons. Il boit rarement, car il est originaire du désert, et on l’a quelquefois gardé vivant en cage pendant plusieurs mois sans lui donnerd'eau.
Le charadrius fixmanloput, au contraire, aime l'humidité ; on le trouve souvent dans le voisinage des lacs ; il parait au mois d'octobre, comme le pluvier, à la fin de l'inondalion.
Le trochilus, charadrius ægyptiut (siA'saAdes Arabes), a environ deux décimètres de longueur; ses ailes sont d'un bleu cendré ; l'abdomen et le cou sont d'un blanc Jaunâtre; la tête est noire, arec deux lignesbianches qui vont du bec à la nuque; un manteau noir s'étend des épaules à la queue. Les pattes sont bleues et le bec est noir.
A l’approche de l’homme le cri perçant du trochilus avertit le crocodile de se tenir sur ses gardes. Ce n’est pas, comme on .«ait, le seul service qu'il rende au reptile, et le fait étrange raconté par Hérodote, confirmé par l'observation de M. Geoffroy Saint-Hilaire pendant l'expédition d'Égypte, n'est plus contestable. Le Nil engendre une multitude d’insectes, qui lorsque le crocodile vient reposer sur les ilôts de sable pénètrent dans sa gueule , entr’ouverte du côté de la brise, et s’attachent à son palais. Le malheureux animal est hors d'état de se déirarrasser de cette armée de petits ennemis. En effet, sa langue, organe dont Hérodote et les Arabes niaient l'existence, et qui ne s’est manifesté que sous le scalpel de l'anatomiste, est .adhérente au palais et ne lui saurait être d’aucune utilité pour se défendre. Le trochilus entre sans défiance dans cette gcciile immobile et y fait sa pâture des insectes, au grand soulagement du monstre. Du reste, il ii'esi pas le seul oiseau des bords du Nil qui ait cette hardiesse. Les Arabes prétendent que le
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siksah porte aux ailes deux crochets qui lui servent à forcer le monstre à laisser le passage libre , s’il s’avise de vouloir fermer trop tôt la gueule. C'est le pluvier armé, charadrius armatus , qui a sans doute donné lieu à ce conte.
Le corbeau égyptien ( khourdb, en arabe) habite les arbres, et se nourrit d'insectes et de charognes. On dit avoir trouvé dans son estomac des débris de scorpion et de scolopendre.
Cet oiseau a la sinralière habitude de percher sur le dos des chameaux, et du .s'y nourrir de la vermine de l’utile quadrupède.Tant que le corbeau se borne à dévorer les insectes nuisibles , le chameau le laisse faire pacifiquement ; mais quelquefois une cicatrice attire la gourmandise de l’oiseau rapace; alors la douleur triomphe de la patience proverbiale du chameau : il se roule dans le sable, et met son ennemi en fuite.
On trouve les martins-pêcheurs , alcedarudis et ægyptiaca, sur les bords du Nil , où ils vivent de petits poissons, de grenouilles et d'insectes.
La chauve-souris {outwût. en arabe) se distingue par une fourrure griscendréet une queue longue et grêle ; elle établit son séjour dans les galeries souterraines, les ruines des anciens temples, elles excavations. Il y en a huit espèces, sept insectivores et une frugivore ; sur ces huit espèces une seule semble être particulière à l’Ëgvpte : c’est le nyctinome d’É.gypte. Celle-ci présente le nez camus et les lèvres pendantes d’un dogue , la tête aplatie , et comme écrasée par de vastes oreilles, qui couvrent entièrement le crâne. Le nyctinome d’Égypte est une des plus laides chauvessouris.
Les Arabes prétendent que le sang d'une chauve-souris applique sur un enfant nouveau-né a la propriété d’empêcher le pmi décroître. On assure qu'adn de prévenir l'usage des poudres ou pommades épilatoires les sages-femmes se servent quelquefois de ce moyen , et que l’opération réussit; il y a même un mot pour désigner la femme qui dans son enfance a été lavée avec le sang de ïoutwât ; on l’aimelle mou-oulwdt.
Dans la Haute-Egypte et sur les bords de la mer Rouge on trouve le canard du Nil, anas nilofica , à l'état sauvage.
Son cou et la partie supérieure de sa tête sont blanc tacheté de noir, et une bande grise prend naissance derrière ses yeux; le dessous du corps et les cuisses sont du même gris que cette ligne. Les Arabes appellent cet oiseau bah ou berk; dans la Basse Égypte, on le rencontre ouelquefois dans les basses-cours avec d'autres oiseaux domestiques.
Parmi les oiseaux de basse-cour on trouve l’ote ( ouizzak, en arabe); l'espèce indigène est l’oie cendrée.
La poule {farkhah, en arabe)est plus petite en Égvpte qu’en Europe; on ne peut guère signaler d'autre différence physique entre ces deux oiseaux ; mais il est digne de remarque que la poule égyptienne ne témoigne aucun désir de couver ses oeufs. Il serait intéressant de transporter quelques individus de cette espèce en Europe, en même temps qu’on apporterait en Afrique quelques poules d'Europe, bonnes couveuses, et de s'assurer si le changement de climat apporte des modifications dans leurs moeurs sous ce rapport.
Depuis quelques années seulement, la poule d’Inde a été importée dans les domaines de Méhéraet-Ali , où elle a prospéré et se propage assez rapidement.
Les Arabes la nommeTit/arkhah roumi.
Les Égyptiens élèvent beaucoup de pigeons, et des villages entiers n’ont pas d’autre industrie. Le pigeon domestique (hamdn, en arabe) est semblable à celui d’Europe. Il en est de même du ramier.
L’hirondelle de mer égyptienne , sterna nilotica (abou-nours, en arabe), est un fort joli oiseau. Son bec est noir, sa tête et son cou sont gris , semés de points noirs, et le pourtour de ses yeux est noir avec des points blancs ; le dos, les ailes et la queue sont gris. Le ventre ét la gorge sont blancs, les pattes sont rouges et les doigts noirs. On trouve le xfenut nilotica sur le Nil ; mais il préfère les canaux voisins du Caire, quand ils sont pleins de limon.
Les pélicans , pelicaniu onocrotalus {rakmakah, en arabe), paraissent sur les bords du Nil vers le milieu de septembre; uelques-uns s’arrêtent à Damiette et ans les Iles do Delta, mais la plus grande partie va Jusqu'au Caire. Ces oiseaux voyagenten troupes triangulaires, comme les oies sauvages.
Au mois de mars on voit arriver en Égypte une quantité innombrable de cailles, lelrao cotumix, qui s’abattent sur les blés murs, et se cachent au milieu des épis ; mais les paysans , avertis de leur arrivée, tendent des filets sur les champs et les entourent ensuite en poussant des cris : les cailles ; effrayées, se lèvent et viennent se Jeter dans les rets. On en prend ainsi des myriades, qui fournissent au peuple un délicieux aliment. « Si la nourriture des Israélites dans le désert a été un oiseau, ce devait être la caille, > a dit un voyageur anglais, « tant elles sont nombreuses lors du passage. » Le nom arabe de la caille est semàni.
Les seuls poissons qui puissent être considérés comme indigènes sont ceux qui appartiennent au Nil ; encore ceuxci sont-ils presque tous communs au Sénégal et a l’É^pte; ce dont on pourrait conclure que le Niger mêle ses eaux au Nil dans la partie supérieure de son cours. Notre courte notice sur l’ichtbyologie se bornera donc principalement aux individus qui vivent dans le fleuve, et dont les uns, propres au bassin de l'Égypte, habitent telle ou telle localité entre les cataractes et la Méditerranée pendant l’année entière, tandis que d’autres émigrent à certaines époques, ou font irruption dans la vallée du Nil avec l’inondation.
Le bichir polyptère , polyptervs bichir, est une des curiosités naturelles de l’Égypte. « Il tient des serpents par son port, sa forme allongée et la nature de ses t^ments; des cétacés en ce qu’il est pourvu d’évents et d’ouvertures dans le crâne, par où s’échappe l’eau qui a été portée sur les branchies ; et des quadrupèdes par des extrémités analogues aux leurs , les nageoires ventrales et pectorales étant placées à la suite de prolongations charnues, » dit Geoffroy Saint-Hilaire dans son Histoire des poissons du Nil.
Legrand nombredenageoiresdorsales que possède le bichir lui a fait donner la qualification de polyptère; car d'ordinaire les poissons ont deux ou trois nageoires dorsales, et le polyptère ep a seize, quelquefois dix-huit. Ces nageoires se composent d'une pièce osseuse posM transversalement, et de quatre ou six rayons cartilagineux insérés dans une
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sorte de sillon creusé dans cette pièce osseuse. Le bichir o'a point de queue, à proprement parler; seulement, la dernière nageoire (nageoire caudale ) embrasse les quinze vertèbres qui forment le squelettede laqueueet se confond avec ce rudiment. Les nageoires pectorales ne sont pas moins étranges ; ce sont rommede petites pattes, auxquelles l’organe natatoire est adapté. L’illustre naturaliste avait d’abord pensé que c’était une sorte de bras analogue ù ceux des phoques; mais un examen attentif lui a tait reconnaître qu’un prolongement excessif des os du carpe produisait seul cette anomalie.
Les écailles présentent beaucoup de ressemblance avec celles du serpent , et l’armure qu’elles forment rappelle tout à fait la carapace des crustacés.
Les vessies aériennes de ce poisson sini^lier correspondent aux divers caractères que nous avons signalés ; elles sont très-grandes et privées de canal pneumatique; un muscle constricteur entoure leurs ouvertures. Grèce à ce vaste réservoir d’air, l’animai vit au fond de l’eau, où il rampe en s’aidant de ses longues nageoires. Du reste, le biciiir est fort rare, et on ne le pèche que endant les basses eaux ; sa chair est Innche et savoureuse. On le cuit au four tout entier, parce que le couteau ne saurait l’entamer, et lorsqu’il est cuit on se sert de sa peau comme d’un étui.
Le mormyre oxvrrb3mque {gahmour, en arabe ), vénéré par les anaens Égyptiens, est un poisson vovageur. On prétend que cet animal a la tète meurtrie du edte Nuche quand il descend vers l'emboucnure du Nil , et du côté droit quand il remonte le fleuve ; ce fait aurait pour cause la nécessité où se trouve ce poisson de longer la côte pour éviter la force du courant : en descendant il a la rive à sa gauche, et en remontant elle est à sa droite. Les points légers dont la tète de ce poisson est parsemée sous l’épiderme ont probablement donné lieu à ce conte arabe. La cbairdece poisson est flasque, visqueuse, et d’un goût peu agrrable. Le caractère spécial que présente l’oxy rrhynque est sa tète, ae forme conique dans la partie supérieure, et terminée par une sorte de museau cylindrique, au bout duquel s’ouvre une bouclie
extraordinairement petite, semblable à celle des quadrupèdes fourmiliers. ,
Par une distraction singulière, le voyageur Belon a classé ce mormyre oxy rrhynque parmi les brochets, auxquels il ne ressemble nullement. L’erreur du célèbre voyageur, commentée pardes lecteurs peu attentifs, a donné naissance à un mormyre particulier, qui ressemble au brochet et porte le nom ne mormyru* dorsalit. Soniiini, de son côté, a jugé convenable de donner spécialement au mormurus dorsalis le nom de kaschoueh ; mais ce mot arabe s’applique à tous les mormyres. Outrel’oxyrruynque, il y a dans le* Nil plusieurs variétés de mormyres: le mormyre cascAfueA décrit par Hasselquist ; le mormjnre herteh, qu’on trouve à la hauteur de Denderah, et que Linné appelle mormyrus anguilloiaeê , le mormyre de Sakhyek ou labiasus; le mormyru» dorseUis, que Sonnini appelle katchoueh ; le ba/ieJi , mormyru» cyprinoide» de Linné, le plus petit des poissons de ce genre :
dans la Haute-Égypte on le nomme rout-eUhagar, tète des pierres. On n’a pu déterminer jusqu’à ce jour si l’ancien oxyrrhynchu» était le moderne gahmour ou le mormyre kannumeh de Forskal. Ces deux poissons offrent beaucoup d’analogies entre eux, et peut-être portaient-ils indifféremment l’appellation d'oxyrrAyncAus, et reeevaient-ils concurremment les hommages religieux des habitants de la terre de Kémé.
Il y a en Égypte trois espèces de perches, les P. aegypliaca, niloiica et damieüa; elles remontent le fleuve beaucoup au-dessus du Caire; ces trois espèces ont une chair blanche, d’une saveur exquise , et sont fort recherchées des habitants. La perche du Nil porte le nom de lalou» dans la Haute-Égj'pte, et de keren ou ke»chereh lorsqurelle est parvenue à toute sa longueur. Les jeunes sont nommées homar ou hammor.
L’espèce de tétrodon la plus connue en ÉCTpte est le tétrodon physa, nomme fahakah par les Arabes {telraodon lineatus).^x fahakah, comme tous les tétrodons, a la mâchoire armée de quatre dents cartilagineuses, et possède la faculté de gonfler d’air une partie de son corps ; mais chez le tétrodon du Nil ce gonflement présente une particu-
larité : le ventre est garni de piquants qui se roidissent à mesure que l’animal grossit, et te protègent contre la voracité de ses ennemis. Le poids du dos devenant hors de proportion avec celui du ventre ballonné, l’animal culbute et surnage, emporté par le courant Jusqu’à ce qu’il comprime sa poche aérifère et ramène son ventre à ses dimensions primitives. On dit que \es/ahakahs ont la faculté d’émettre des sons fort distincts, provenant réellement du gosier. Le tétrodon descend en Égypte avec les grandes eaus ; il suit l’inondation dans les terres : mais, habitué à séjourner dans les bas-fonds, il ne se retire pas avec l'eau. Il devient donc la proie facile des fellahs, heureux de s’en nourrir, bien loin de redouter sa chair comme un poison actif, ainsi que l'ont dit certains voyageurs.
Les fahakahi servent de jouets aux enfauts arabes. Quand ces animaux sont morts, les enfants s’en amusent encore, et se les Jettent comme des ballons, ou les font éclater en frappant un coup sec sur la peau gonflée.
On trouve en Égyptequelques individus du genre tétrodon hérisse {tetraodon hispiUus). C'est un poisson des mers de l'Inde et de l’Arabie, et il ne se voit que dans la mer Rouge. Du reste, il ne présente d’autre différence avec le fahakah qu’un plus grand nombre d’aiguillons, plus petits et disposés plus régulièrement sur tout le- corps.
Le docteur Clot-Bey a décrit une autre espèce , sous le nom de tétrodon pfiÿsU ( probablement le tétrodon pkysa ) ; selon cet écrivain, le tétrodon physis peut se remplir d’une certaine quantité d’eau et la lancer avec force sur ses ennemis; il ne se montre aussi qu'à l’époque de l’inondation. Un autre narrateur, non moins ingénieux, attribue aux aiguillons du tétrodon la propriété de faire naiire sur la peau de petites ampoules analogues à celles que produit le contact de l'ortie.
I.e cyprin lébis {cyprinus nitotlcus), qui est un labéon, et le cyprin binny, cyprinus lepidotus, qui est un barbeau, sont deux poissons bien connus en Égypte. Le premier est aussi quelquefois appelé tebse par les Arabes, qui le nomment suAaf, et migouara quand l’animal est Jeune. Quant au binny, il est
fort recherché ; un proverbe arabe dit même du binny; Si tu connais meilleur que moi, ne me mange pas. Enfin on compte par milliers les pécheurs de binnys. Dans quelques cantons ce poisson est nommé macsousa. Cest au cyprin binny qu’appartient la dénomination Ae lepidotus, écailleux, par laquelle les anciens ont désigné un des poissons sacrés de l’Égypte.
Le mugil cephalus et le clupea nilo~ tica sont bien connus des Égyptiens.
Comme leur nom l'indique assez, le premier de ces poissons est un mulet, et le second une alose. Le clupea nilotica quitte la mer en décembre et Janvier, et remonte le Nil, à la grande joie des cuisiniers du Caire, qui trouvent de grandes ressources dans la préparation de cette alose ; les Arabes la nomment sabouga.
Le silurus ctarias d’Ilasselquist, nommé scheilan ou gourgar dans lu Haute- Égvpte, schal-araby et schal*beledy dans la Moyenne et laBasse-Égy|ite, est encore un des poissons sur lesquels a travaillé l'imagination des Arabes.
Ses nageoires épineuses et profondément dentées font des blessures graves. Le crocodile même les redoute et fuit devant le scheilan. On attribue aussi à cet animal une sorte de grognement qui lui avait fait donner par les anciens l'épithète de porcus. Le silurus auritus, schilbeh-oudney des Arabes, et le xflurus mystus , schilbeh du /Vf/ d’Has.selquist, sont très-communs dans le Nil et peu estimés des pêcheurs, quoique la chair du schilbeh soit moins mauvaise que celle des autres silures; le silure oudney est tout à fait dédaigné, à cause de sa petitesse. Ces deux poissons portent une arme analogue à celle du scheilan ; mais comme elle est beaucoup moins forte, elle ne résiste pas aux premiers chocs, et on la trouve presque toujours brisée.
Parmi les siluroïdes il faut citer le synodonte macrodon {schal-senen des Arabes) et le synodonte membranacé (sc/taf-d/ente/des Arabes), qui portent une épine pectorale mobile. Dans la Haute-Égj'pte ce dernier est nommé gourgar-hengaoui ou gourgar-gallabeh.
Il porte encore le nom d'abou-suri (père du mât), à cause de la longueur de son épine dorsale; mais ce nom est une cause
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fréquente d'erreurs , car il est donné par les Arabes à tous les pimélodes. Le djemel a l'habitude de najter sur le dos, lorsiju’il est tranquille, et il «est représenté ainsi dans une des grottes sépulcrales de ïlièbes.
Lepiniélode bisciilalus {.ickal-karo/cheli des Arabes) se distingue par la section en deux parties de la plaque osseuse du créne et du dos. La forme du karafeheh est d'ailleurs à peu près celle du scheilnn.
Le sehal-ahou-aréal se nomme ;animer dans la Haute- Égypte, et à Rosette xaxoung-roumi.
Le bayad-titikh a la tête fort large et tellement déprimée, que les deux veux se trouvent plutôt su|iérieurs que latéraux. Ce poisson parvient à une longtieur de trois pieds et demi , et sa chair est assez estimée. Comme on ne le vend pas cher, parce qu'il e.st fort abondant, le peuple s'en nourrit pres-
ue exclusivement pendant trois mois.
'est avec la peau de ce bavnd qu’ou garnit la plupart des instruments a percussion. Le bayad-docmac est moins grand nue le bayad-titileb, et sa tête est moins aéprimée'que celle de ce poisson.
V heterobranchus anguillnrh ( harmouth-araby des Ar.ubes) est remarquable pur su vitalité. Longtemps après qu’on l'a tiré, de l'eau, et même après qu'on lui a brisé la tête, il s'agite encore avec vivacité.
\îharmouth^raby, appelé par Geoffroy Saint-Hilaire heterobranchus anguWaris, est désigné par Linné sous le nom de silurus anguillaris. I>a vitalité de l'harmontli est attribuée à la possession dédoublés branchies, qui continuent leurs fonctions quelque temps après que l'animal est mortellement frappé, h'hélérobranche bidorsale {harmouth-kaleh des Arabes) est aussi rare dansleNilqueriiarmoutb y est commun.
Le premier de ces poissons appartient au cours supérieur du Nil , et on ne voit en Égypte que des individus isolés.
Les Arabes ont donné le nom de raad (tonnerre) au malaptérure électrique, silure qui lorsqu’on le saisit fait éprouver à la main une commotion assez violente pour forcera lâclter prise immédiatement. Ce poisson a les yeux couverts d'une conjonctive assez épaisse, et Geof-
froy .Saint-Hilaire proposa de le désigner par l'épithète de typhlinus (Tuo>.i;, aveugle). Les Arabes appellent aussi la torpille raad.
Au nombre des poissons remarquables de l’Égypte il faut ajouter encore le vomer d’Alexandrie, qui habite exclusivement la Méditerranée. Son corps, mince eximme une lame de couteau, est parfaitement semblable et symétrique sur ses deux faces. Ainsi que celle de la plupart de ses congénères, sa peau est d’une teinte métallique bleuôtre, qui a valu aux vomers la qualilication de silènes. Les Arabes l’appellent r//eniw/el-bahr, le chameau de mer ; nom fort étrange pour une formes! dissemblable de celle du chameau du désert.
Selon le docteur Clot-Bey, le .saumon du Nil est un poisson macnilbjiie, qui remonte le courant du neuve Jusqu’au Caire; on en voit beaucoup qui pèsent Jusqu’à cent livres, et leur chair est aussi délicate que celle des petites espèces: c’est un des meilleurs mangers que fournisse le Nil. Les Arabes nomment le saumon tve/arah.
La mulle baremozé est un petit poisson dont la chair est assez s.nvoureiise.
La mulle guilé est très-abondante à la hauteur de Thèbes; mais on ne la trouve pas dans la Basse-Égypte.
Le mockokus nilolicu.t est un poisson de petite taille, dont les pêcheurs craignent bf.iucoup les dangereuses épines.
Ils l’appellent matechoucké , ce qui signifie : Ne te pique pas.
Le leucis du Nil est un Joli poisson blanc d’argent, à rellets d’or sur le ventre ; on le voit à la hauteur de Thèbes pendant l’inondation.
Enfin le chromis botté est un petit labre fort Joli, qui abonde dans les mares formées par les eaux du Nil, prèsde Rosette; sa chair est délicate.
Le rémora, echeneis naverates, se voit quelquefois à Alexandrie; les Arabes le nomment ferrhoun ou khamil.
La girelle se trouve dans le Nil, et porte alors pour les naturalistes le nom de sparus niloticus.
Les Arabes ont donné le nom de hot/lt à un poisson du genre labre, labrus niloticus, qu’ils estiment le meilleur de ceux qu’on pêche dans les eaux de l’Égypte.
L’UKIVERS
Sur les côtes de la Méditerranée et de la mer Hou;;e on trouve beaucoup de zoophijtes, des coraliines, des coraux, des éponges, des polypes, des madre'pores, des millépores, des serluUaires, AesceUulaires, et quelques belles espèces de gorgones ou à’éveniaiU de mer.
TècèTADX.
Cest au savant M. Raffeneau-Delile, ancien membre de l'Institut d'Égypte et professeur de botanique à Montpellier, a M. Figari,età M. Geoi^e Lloyd, mort si malheureusement à Tlièbes, que nous devons, en grande partie, les documents snr lesquels est rédigée cette partie de l’histoire naturelle.
Les plantes réellement indigènes de l’Égypte habitent les parties arides de ce pays, à peu d’exceptions près. Ces plantes, disséminées à de lointains intervalles sur des terrains sablonneux , sont presque toutes annuelles ou bisannuelles; il est rare qu’elles persistent un temps plus long. On trouve principalement la végétation du désert dans de petites localités basses, semblables à des vallées, se dirigeant presque toujours de l’est à l’ouest, et abritées au nord et au sud ; ce sont les pâturages des gazelles. Pour le botaniste le désert présente d’abord l’aspect affligeant d’une lande indéfrichable , d’une nappe de matière à tout iamais stérile; mais en l’explorant il y découvre, parsemées çàet là, des excavations irrégulières , analogues à des Iles, refuges où croissent péniblement diverses espèces de végétaux.
Les pinies d’hiver rassemblent ainsi dans les endroits creux du sol toutes les semences du désert; les tourbillons du vent produisent le même effet ; tout fleurit aux mois de mars et d’avril ; puis tout se dessèche au mois de mai, et pendant l’été le terrain est complètement dénudé.
Le désert contient beaucoup de plantes aromatiques. Il y en a qui sont si petites, et d’une couleur si peu tranchée, qu’elles se confondent avec le sol. Quelquefois le mirage les fait paraître comme émergeant d’un lac , et de petits arbrisseaux semblent de loin être de grands arbres.
I.es plantes qui croissent dans le désert sont d’un vert blanchâtre ; leur
tissu e^t sec; elles sont peu succulentes, et leurs branches sont couvertes de poils et d'aspérités. Enfln , elles sont peu élevées au-destus du sol, et leurs racines, souvent fliiformes, s’étendent très-loin et s’enfoucent trés-profundément. La plupart sont des dicotylédonées.
Tous les végétaux de l'Égypte, soit indigènes soit naturalisés par un séjour immémorial, sont appropriés, par une modification particulière des fonctions organiques normales , au sol dont ils tirent leur substance. Au lieu de se nourrir exclusivement par des racines, comme font les plantes des autres régions, ils aspirent par les stomates, pores constamment dilatés des feuilles, la fraîcheur et la rosée des nuits, ce qui les rend capables de résister au soleil brûlant et de passer des trois mois d'humidité de l’inondation à la sécheresse du reste de l’année. Cependant on a réussi récemment à acclimater en Égypte un certain nombre de plantes étrangères, sans que leur structure offre jusqu’à ce jour de modification apparente.
L’absence de pluie a été de tout temps un grand sujet d'étonnement pour les voyageurs qui voyaient une terre si fertile. Ainsi Hasselquist écrivait à Linné : « Que penserez-vous si je vous « dis qu’il y a des arbres dont l’exis- <i tence rem'onte à six cents ans, et sur < lesquels il n’a pas tombé six onces « d’eau ? >
L’arbrisseau qu’on trouve le plus fréquemment dans le désert est l’acocta seyalde Delile, leseyd/des Arabes, que Pline et Théophraste ont nommée épine altérée. Son tronc nu, peu élevé, est armé de longues et fortes épines d’un blanc d’argent ; ses branches sont couvertes d’un épiderme rude, écailleux et d’un rouge foncé; il a beaucoup de feuilles, et porte rarement des fleurs. Un sable très-fin s’accumule ordinairement au pied de cet arbrisseau, et s’élève souvent jusqu’à la moitié de sa tige. Quelquefois le .sable recouvre entièrement l'acacia , qui sert alors de noyau à un de ces monticules de sable si fréquents dans le désert.
Qui pourrait songer aux plantes de l’Égypte sans se souvenir du papyrus?
I>e cyperus papyrus ( berdy, en arabe ) de Linné a une forte tige, d’un vert
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éclatant ; celte tige est triangulaire, et se termine en cône. Selon Pline la ra> cine du papyrus est grosse comme le bras d'un homme, et la plante atteint quinze pieds de hauteur; mais on n'en trouve guère de nos jours qui excède dix pieds. A environ deux pieds deterre, la tige estre* couverte de feuilles creuses et pointues, couchées l’une sur l’autre comme des écailles, et quifortifient la partie du tronc la plus exposée ; ces feuilles sont ordinal* rement d'un jaune ou d'un brun terreux. La tête de la plante présente un certain nombre de Qlaments tbiiacés, ayant à peu près un pied de long ; ciiacun de ces filaments est partagé en quatre dans sa largeur ; vers le milieu s’élèvent quatre panicules de fleurs qui se terminent par une sorte de houppesoyeuse, dont la torme a du l'analogie avec celle d'une oreille de veau. Ce singulier végétal a servi à une foule d’usages ; les plus célèbres sont la construction des bateaux et la manufacture du papier.
Quelques botanistes, croyantreconnattre dans les descriptions qui restent du célèbre perséa l’aguaeaté ( avocatier de Saint-Domingue) , l’ont nommé kuirus persea. M. Delile pnse que le perséa des anciens est leléoak/i, keglig,naledj, des Coptes et des Arabes, et il nomme ce végétal balanites temptiaca. Ce bel arbre fruitier a complneraent disparu des campagnes égyptiennes.
Il n’en est pas de même du lotus, dont l'image est associée à une foule d'idées superstitieuses ou de rites religieux.
C’est une espèce de nymphæa, ou lis d’eau, qui couvre tous les canaux et les lacs de ses larges feuilles rond^; la fleur, coup élégante d'un blanc brillant ou d'un bleu azuré des plus purs, repose surl’eauavec uoegrôcequi suffirait a justifier l’emploi que la religion et la poé.sie en ont fut, tent en Égypte que dans les Indes.
Nous ne connaîtrions le Iis rose du Nil que par les anciens monuments si on ne l’avait retrouvé dans les Indes.
Cest le nymphsea nelumbo de Linné ; ses fruits étaient connus sous le nom de Jéves d’Égypte.
Mais les fruits du lotus , tant vantés par Homère , sont ceux du moderne jujubier, ziztjpàus ou rhamnvs spina CAristi. C'était la nourriture des Loto-
phages. Le jujubier est décrit par Théor pbraste sous le nom de lotos; ce doit être le dudafm de la Bible. Les Arabes le nomment sidr ou nabq, et ils aiment beaucoup les fruits (nabqak) de cet arbre.
Le peuplier blanc , populus alba de Linné, que les Arabes nomment Aour, et le peuplier noir, populus nigra de Linné, qu’ils appellent baqs, sont cultivés dans les jardins.
Les cyprès, cupressus sempervlrens de Linné, sont assez abondants; on en forme des avenue. Les Arabes nomment crt arbre sarou; il pousse avec une grande rapidité.
Le mûrier blanc, morus alba de Linné, se voit en Égypte, où il est nommé toud-beledy; mais les mûriers noirs, morus nigra de Linné, toud-chûmy des Arabes ^ sont infiniment plus nombreux. Le climat de l'Égypte leur est favorable, et leurs fruits ÿ sont bons.
L’olivier, <dea europea (en arabe, zeytoun ), «tiste en Égypte de temps immémorial, mais pendant longtemps cet arbre précieux a été négligé. C’est à Mébémet-Ali qu’on doit les nombreuses plantations qu'on voit aujourd'hui.
Le tamarin iatleh, tarfeh, hatabahmar, en arabe ) sert à ombrager les sakies. On emploie ses excroissances pour la teinture noire et pour le tannage.
Le dattier ou palmier, phcenis doctyUfera, est l’arbre qu’on rencontre le plus souvent sur tous les points de la Hauteetde la Moyenne-Égypte; les Ara.
bes nomment le palmier inâle dakar, le palmier femelle enldyeh, et donnent au végétal le nom générique de nakhleh. Cet arbre vient sans culture ; mais pour obtenir de bons fruits il faut en arroser le pied et le tailler annuellement. Dans le Saïd surtout on rencontre d’immenses forêts de dattiers; les troncs nus, qui s'élancent jusqu’à soixante ou quatre-vingts pieds de hauteur, et se terminent par d'élégantes ogives formées de palmes entrelacées, donnent à ces forêts quelque chose de monumental, dont aucun autre arbre ne pourrait donner l'idée. isolé , le palmier est gracieux, et lorsque d'énormes grappes le parent tout autour, il ressemble à une large cor-
I)«ille, qui laisse échapper son contenu à travers un treillis irrégulier. Les espèces de palmier sont fort nombreuses, et diffèrent par le volume, la forme, la couleur et la qualité de leurs fruits; elles peuvent être divisées en trois variétés, selon qu’elles produisent des dattes rougeâtres, jaunesoublanchâtres.
Telles commencent à mûrir dans le Said vers la lin du mois de juin, et à peu près un mois plus tard dans le reste du pays. Celles de la Haute-Égypte et des Oasis sont les plus délicates.
Une des richesses de l'Égypte est assurément le dattier; beaucoup de familles, surtout dans le ^ïd, n’ont point d'autre nourriture que ses fruits ( en arabe tamr, balah; dattes mûres, rotab; couservées, agouehi le nom nubien du dattier est/entigÿ, et celui de la datte benlg ou bfitty ). On fait avec des dattes une sorte d'eau-de-vie, du vinaigre, et du sirop ou mélasse; on broie les nm'aux
f tour alimenter les chameaux; les feuiles ( chamroukh , en arabe) sont converties en corbeilles et en nattes; les gaines membraneuses ( tgs, en arabe ) de la base des feuille.s serventà faire des cordes pour l’agriculture , les navires, etc.; les grappes en fournissent aussi, et le bois , quoiqu'il soit fort tendre , est employé pour la charpente dans la construction des maisons. La palme est attachéeà l'arbre par une base filandreuse; quand elle est coupée et sécliée, on la bat avec une massue; les fibres se séparent, on les pei-
f;ne, et on en fait des balais. Les pistils de a fleur du dattier produisent une espèce de filament qui ressemble à du crin crépu ; on s'en sert dans les bains pour frotter et savonner le corps ; enfin, lorsqu’on abat un palmier, on trouve au sommet du tronc, à l'endroit où les palmes se réunissent , une substance blanche et tendre, ayant la consistance et le goût d'une amande fraîche. Les Arabes en sont très-friands, et l'appellent le coeur du dattier.
On sait que les dattiers n’ont pas d’autres branches que leurs palmes ( ;ebâtah , argoun , en arabe ) , qui sont placées circulairement au sommet de la tige, et y forment cinq ou six rangées : chaque année on taille la rangée inférieure de ces palmes ; c’est ce qui produit les grosses écailles dont tout le tronc
est hérissé. Le nombre des anneaux écailleux d’un dattier peut par conséquent donner l'âge de l'arbre; il n’est |»s rare d’en trouver qui ont plusieurs siècles d’existence. Dans l’etat sauvage, oei frondes {zaaf, en arabe) n'étant point coupées sèchent sur l'arbre; alors les palmes inférieures, devenues roidesetdures, font entendre un cliquetis presque continuel au milieu du silence du désert.
Outre l'amélioration du fruit, qu’une coupe réglée procure, ces écailles ont un autre avantage ; elles forment comme de petits crans, a l’aide desquels on parvient facilement Jusqu’au sommet de l’arbre.
Le doum, cucifera thebaica de Delile {^um en arabe, ambouy ennubien),diflère essentiellement du palmier ordinaire; son tronc est lisse; ilsediviseeudeu.x branches principales, qui se subdivisentà leur tour, et dont les rameaux ont aussi leurs bifurcations. I.esfruits, groupés en grappes commeceux du dattier, bntà peu près la grosseur d’une orange un peu allongée; sous une enveloppe rougeâtre on trouve une substance spongieuse et sucrée , mais assez fade ; au centre du fruit est un gros noyau. Il n'y a pas de doum dans la Basse et la Mo}'enne-Égypte; on ne commence à le rqpcontrer que dans les environs de Tantah , à soixantedix lieues du Caire. Il donne deux récoltes par an.
I.e sycomore , sycomorus (en arabe, dgemmez), est appelé par quelques voyageurs figuier de Pharaon ou d’Adam ; Prosper Alpin le nomme sycomorus cfjemmez et ficus ægyptiaca. Cet arbre a une importance immense dans un pays dépourvu de bois dur. Il prend en Égypte d’énormes dimensions. On en voit dont le tronc n’a pas moins de cinquante pieds de circonférence. Ce tronc est ordinairement très-court ; les branches, larges et horizontales, sont couvertes d’un épais feuillage qui pousse vers la fin de mars , mais les anciennes feuilles ne tombent que lorsque la saison amène les nouvelles. Le voyageur épuisé trouve sous le sycomore une ombre salutaire, et ses figues, fraîches et a<|ueuses, qui sembleraient peu savoureu.ses comparées à celles du tyn-beledy ou du tyn-bersoun, paraissent délicieuses dans un pays privé d'eau. Elles rum-
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niencent à mûrir en iuillet. La force des vents ctésiens courte les bronches du sycomore avec une violence si grande et si continue que l'arbre garde , après le changement de direction du vent, la position prise pendant ces longs ouragans, ("est avec le bois du sycomore, réputé incorruptible, que les anciens Égyptiens construisaient les cercueils que nous avons retrouvés intacts après plusieurs milliers d'années, et dans lesquels l'antique Misraïm nous a l^ué ses momies récieuses. On en faisait aussi des meules et des statuettes.
Les Arabes l’ontemployé pour la construction des édilices. 'Toutes les frises de la mosquée de Tayloun, au Vieux-Ciaire, sont en sycomore. Il sert aujourd'hui , entre autres usages, à faire des affûts de canon. Les figues du sycomore ne naissent point aux extrémités des branches, mais sur le tronc même ou sur les branches les plus grosses. On assure ()u'elles ne. mûrissent que par la piqûre de deux insectes dont l’un , sans ailes, est dans l’intérieur du fruit, l’autre qui est ailé, se nomme en arabe namous djemmeii T'orskaI l’appelle cynips sycomori.
Le bananier {musa paradlsiaca, mouz des Arabes ) ne se trouve que dans la Basse et la Moyenne-Ëgypte, encore n’est-ce guère qu’au milieu des jardins. En pleine terre, la tige herbacée, qui porte les feuilles immenses du bananier, ne résisterait pas aux coups de vent. Cette plante fleurit en octobre et novembre, après la retraite des eaux, lorsque Tair est tempéré et la terreencore humide. La ligue banane, qui tient le milieu entre la poiteet la datte, est un peu visqueuse et cotonneuse , mais elle fond dans la bouche; elle est fort recherchée des riches habitantsde la villedu Caire. Le bananier ne réunit pas très-bien dans ce voisinage ; il lui faut les campagnes nitreuses de Rosette et peut-être la brise de la mer pour atteindre son plein développement.
L’amandier, amygdalus communis, que les Arabes nomment huz, est indigène en Égypte; les deux variétés qui produisent Tamande douce et l’amande amère sont cultivées ; mais les fruits en sont assez médiocres.
L’abricotier (»iecA-//icc/i, en ar.ibe) at-
teint de trente-six à quarante pieds ; le pécher {khoutih), le prunier ( ôarçoi/r/), le poirier {kommitrih), le pommier {('/fàh beledy), le. coignassier (se/'arÿeô, n’ont pas en Égypte autant de saveur qu’en Europe. Lesliguiersproduisentde bons fruits ; on en compte trois variétés ; le fyn bersoun, le fyn poltizan et le tyn beledy.
Le liguier d’Inde , cactus opuntia de L\ané{tyKchoqi ouj^rangy, en arabe), est une plante très-répandue. On en fait des haies, et on en mange les fruits.
Le jujubier, zizyphus vulgaris, ou rhamnus zizyphus de Linné, est uii arbre qu’on trouve souvent autour des sakies; son bois est très-dur, et pourrait être utilement employé pour la charpente et la menuiserie. Les' Arabes le nomment onnùb.
Le caroubier ( ceratonla siliqm de Linné, kharroub des Arabes } est trèsrare en Égypte. On le voit seulement dans les jardins.
Il y a deux variétés de grenadier, punlca granatum de Linné , dans les jardins égyptiens : l’une {roummdn, en arabe ) porte des fruits d'une douceur remarquable; les fruits de l’autre variété, le roummdn heggasy, sont légèrement acides.
L’oranger, citrus aurantiumie Linné {nâring helou, en arabe), est trèscommun en Éigypte; il y a des villages entiers qui ne produisent que des oranges. On en compte plusieurs variétés , entre autres le citrus suave lusitanicum, que les Arabes nomment bortugàn.
Le citronnier, citrus medlca de Linné, appelé par les Arabes teymoun mûleh, est aussi très-répandu; cependant les Égyptiens préfèrent le limon, leijmouH helou, fructu aurantiiforml.
On compte deux espèces de sebestier, cordla myxa de Linné, et cardia crenata ( mokhayet et mokhayet roumy, en arabe) ; le second, qui est le plus petit, porte les meilleurs fruits.
La vigne d’Égypte et les vins qu’on en tirait avaient autrefois une grande réputation ; les Romains transplantèrent des ceps égyptiens en Italie. Mais la conquête du piiys par les musulmans fit disparaître celte culture; on garda seulement quelques plants dans le Fayoum pour avoir du raisiu. Méhcmet- A li a remis en activité la
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culture de la vigne, vUis vinifera deLin* né {etieby en arabe); et, secondé par Ibrahiro-Pacha, il aintroduiten Égypte les espèces qu’on cultive en Europe et en Grèce ; presque toutes ont réussi.
Les raisins indigènes sont très-bons, et n’ont que de trèi^petits pépins ; quelquefois ils n’en contiennent qu’un seul , et une des variétés, dit-on, n’en a même pas du tout : elle est nommée par les Arabes eneb benaityo.
Les Orientaux emploient les feuilles de vigne dans la cuisine ; ils en font des boulettes avec du riz.
On a récemment introduit en Égypte diverses plantes et différents arbres :
L’ananas, bromelia ananas de Linné n’a pas réussi complètement La canne à sucre, taeehantm officinarum de Linné (qas ab-el-suk/ear, ghûb, qasab halou, en arabe) , vient parfaitement, et promet de très-beaux résultats. Le cerisier, prunus cerasus ( kherer, en arabe), ne produit presque pas de fruits. Le fraisier, /rogarfa vetca, est aujourd’hui parfaitement acclimaté. Le corossolier, cachimentier, annone, annona squamosa, on reticulata, de Linné, que les Arabes appellent khesla ou qechtah, et qui est dorigine américaine, vient assez bien sur le territoire d’Égypte. On pile les feuilles de cet arbre, et on en fait une espèce de cataplasme qu’on applique sur les yeux dans te commencement des ophthalmies. Le goyavier, psidiumpomi- /erwm, est toutàfait naturalisé. Le noyer, jugions régla de Linné (<ÿi05, en arabe), introduit par Méhémet-Ali , à cause de son bois, se développe très-bien, mais il porte peu de fruits. Le papayer, carica de Linné, devient gigantesque et donne des fruits excellents. Le pistachier, pistacia vera de Linné (festoa, en arabe ), est très-répandu et ^rte de bons fruits.
Les céréales de l’Égypte ont toujours été renommées. Cetté contrée fournissait abondamment de blé la Grèce et l'Italie; aujourd’hui il est moins exclusivement cultivé. Le trlticum salicum de Linné est appelé hontah , gameh, par les Arabes.
I.e dourah, dotirâ ou dorah, sorghum vtUgare, holcus sorghum de Linné ( en nubien mdreA ) demande peu de soin; aussi crolt-il en abondance dans toute
l’Égypte; la farine de dourah forme une partie essentielle de la nourriture du peuple. Le chaume du dourah sert à une foule d’usages : combustible, cloisons, couvertures de terrasses , cabanes , etc.
Les Arabes donnent au dourah vulgaire l’épithète de seyfy, qui signiüe été, parce qu’il est semé à la Gu de mars ; une autre variété est cultivée en automne:
c’est le dourah aouâgeh, sorghum cernuum. Le mais, zea mays de Linné {dourah kyzàn, ou ch&my, en aralie) est une variété de dourah originaire de Syrie {Chàm, eu arabe).
Le riz, orysa salioa de Linné ( an, vulgairement rouz, en arabe), estcultivé dans la Basse-Égypte. Quelques m^ecins prétendent que l’usage habituel du riz nW jamais exempt de danger, et que le riz contient un principe vénéneux.
Les Égyptiens mangent la tige et la feuille de' la trigonelle fenugrec, trigonella fœnum græcum ; ils font aussi griller les graines de cette plante, qu’ils nomment helbeh, et les préparent comme le café.
La fève, faba saliva , vicia Jaba de Linné {foui bétidy des Arabes), était regardée comme un mets impur par les anciens É^ptiens. De nos Jours c’est un des produits les plus abondants du pays. Les animaux domestiques, bœufs , chameaux, ânes, en mangent beaucoup, et le peuple aime aussi cet aliment.
On cultive la gesse, tathyrus sativus {gil bàn, en arabe), et le pois, pisum arvense ( besiUeh, en arabe ); mais ce sont les iHtfQes et les chameaux qui les mangent.
Le haricot {lebbâb des Arabes, ougoudky des Nubiens ), doUchos nitotica (en arabe oUeyq), est cultivé dans toute l'Égypte. Les environs de Philæ en possèdent une variété que les indigènes appellent kacheryngy, et Linné phaseolus mungo. On trouve à Thèbes , près du temple de Memnon, quelques pieds de dolichos memnonia, qui est assez commun à ^ène.
Les lentilles d’É^pte étaient renommées dans l’antiquité. Les Romains les nommaient lentùlesde Péluse; elles sont d’un jaune orange. Galien attribue en grande partie à l’usage de ce légume la production de l’élépliantiasis, autrefois endémi(|ueen Égypte. Les Arabes appel-
Diqitijca by
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lent les lentilles ads\ c’est Vervum lens de Linné.
iji man ve, malva sylvetfrU {khobbeyzehs des Arabes),- la bamie ou ketmie, hibiscut etculenius Ifiâmyeh tnueglu)\ le pourpier, portulaca oleracea [rigl/h, en arabe ; segetUmàm, en nubien) ; l'épinard, spinacia oleracea {stbànakh ); la poirée, beta vulgaris (telq ), B. rubra {hangar); la corette potagère , corchorus otltorlus {nuloukkyeh), se mangent bouillis, soit seuls, soitavecde la viande. Les Égyptiens cultivent la mauve, et en font plus d'usage que nous des épfnartfs.
L'oignon, atlium cepa {bâsal, en arabe) , faisait partie des offrandes qu'on plaçait devant les dieux; et on voit encore sur les peintures des bottes d'oignons arrangées symétriquement, de manière à couvrir les autres offrandes.
L’oignon égyptien est plus petit que celui d'Europe: il est aussi plus doux. Si les anciens Égyptiens adoraient l’oignon, les modernes l’aiment beaucoup.
Les cultivateurs de Rabmânyeh produisent une qualité de cette bulbe qui est très-recherchée et expédiée même jusqu’à la Mecque.
Les poireaux , allium porrum ( korrât, en arabe), sont aussi très-bons en Égypte ; le céleri , opium graoeolens (kerAft des Arabes), opium petroselinum ( maqedounit ou baqedoutds), n'est guère cultivé que dans les jardins de Méhémet-Ali. La laitue romaine , lactuca satioa {khasg des Arabes), est trèsbelle en Égypte; on la mange l’hiver.
La carotte, daucmearotta {gazar, en arabe); le navet, brassica napus {lijft) ; le radis, raphanu» salious (figl); le chou , brasgica oleracea ( koroub ) ; le chou-fleur, braggica oleracea caulijlora {kamabid); l’artichaut, cynara gcolymug {kharchouf); le (enouï\,anethum graveolens {chebet, graine chamar); la tomate, golanum lycopersicum {bydingûn foumaten ), sont cultivés en Égypte et servent à l'alimentation.
La coriandre, corlandrum satioum {kouz barah, en arabe), est une espèce de fenouil assez répandue. La graine de cette plante joue un grand rôle dans les incantations des magiciens.
Le carvi, carumcarvi(karAouyh, en arabe ) ; le cumin , cuminum cyminum { kammoun) •, l’anis vert, plmpinella
anigum {yansoun); le piment rouge, capsicum friUegcens {fètfd alimar), sont employés comme condiment.
L’Égypte abonde en melons et en concombres. Nous citerons parmi ceux-ci le cucumig chate {abd-altdouy , fruit encore vert aggour, en arabe), qu’on nomme aussi te roi des concombres, et qui ne se trouve que dans le voisinage du Caire. La ch.iir de cette cucurbitacée a beaucoup d’analogie avec celle du melon; elle est douce, fraîche et légèrement aqueuse; les gens riches, et les Européens qui vivent au Caire, en font grand cas, et la regardent comme moins dangereuse pour la santé que les autres fruits de la même famille.
La pastèque, cucurbila citrullug {baiykh des Arabes), est délicieuse en Égypte ( pastèque à chair rouge, batukh anmar; — jaune, — agfar; — blanchâtre, — abyad; à écorce maculée, batykh-el-nems ; — rugueuse, — agrab).
Lorsque les soldats lançais rencontrèrent ce bienfaisant melon d'eau dans leur marche d’Alexandrie au Caire , ils lui vouèrent une sorte de culte, comme les anciens Égyptiens, et l’appelèrent sainte pastèque. Les citrouilles les plus communes sont qualiflées ; beledy ; celles qui croissent dans les localitésvoisines des déserts : djebely ; les meilleures, qui viennent de Bourlos ; bour~ losy.
Parmi les gourdes, celle que le peuple mange de préférence est le cucurbila lagenaria, qu'il appelle qarahlàouyl :
c’est la courge longue de Barbarie, courge trompette. On la fait bouillir, puis on l’assaisonne avec du vinaigre : l'écorce hachée et mélée avec un peu de riz et de farine compose une espèce de gâteau. Le yarah-tâouyl croît dans toutes les parties de l’Égypte, et même dans quelques oasis du desert. Citons encore la cougourde ou gourde des pèlerins, calebasse (qaraA medaouer ) ; le cucurblta pepo , potiron ( qarah eslâmbouly); — polymorpha oblonga, giraumon, — [moghreoy).
L'aubergine, golanum melongena, compte deux variétés : l'une, blanche, se nomme bydingàn abyad-, l’autre, violette, porte le nom de bydingàn asoued ; on les mange crues et cuites.
La colocasc , arum colocasia {qolqâs
L’UMVERS.
bélédy des Arabes ], est toujours cultivée en Égypte pour ses grosses et succulentes racines déjà connues des gourmets de l’antiquité.
On cultive beaucoup le safran bâtard nu cartiiame en Égypte, et c'est un des objets d’exportation les plus considérables; les feuilles du safranon , cnrtAamus tinctorius ( plante, qortom ; fleur, n/isfour), se cueillent trois fois durant l'annee, et quand elles ont été soigneu- ■seinent lavées, pressées et séchées, on les exporte dans toutes les contrées de l’Europe, où elles fournissent ù l’artisan une belle nuance jaune. Au Caire ou mange les jeunes pousse.s en salade, les tiges servent de comiiustihle, et les graines fournissent de l’huile à l’usage du peuple.
L’acacia de la Haute-Égypte, lebbeck { tebak/i, en arabe), se voit dans les jardins du Caire, mais il ne parait pas être indigène : c’est le mimosa nilulica, ou acacia uera, qui est originaire de l’Égypte et qui produit l’encens. Alpinus a confondu cet arbre avec le mimosa du Sénégal, et décrit même la célèbre gomme odorante comme le produit de ce dernier arbre; mais les Arabes, qui connaissent parfaitement les deux esi^ces, appellent sant ( fruit, qarad) l’arbre qui produit l’encens ( en nubien horg, c(jooiiy ), et fetneh le mimosa du Sénégal. L’encens est loi-même de deux sortes ; le meilleur se recueille dans la baie septentrionale de la mer Rouge, près de Thor ou Tbur : de là le nom de thus que les Romains donnaient à l’encens , et qui était usité parmi les marchands égyptiens eux-mêmes. On récolte une qualité inférieure dans le désert situé entre le Caire et l'isthme de Suez.
On sait que l’usage des femmes de presque tous les pays orientaux est de se teindre les ongles d’mi jaune orangé ayant à peu près la nuance de l’acajou, (i’est par l’action d’une pâte faite avec les feuilles pulvérisées du henneh que les Egyptiennes obtiennent cette coloration.
Le henneh, kiwsonia spinosa et law- Sonia ineitnis ( fleur et arbre, thamra henneh; feuilles pilées, enneh enarabe; en nubien, /lO/reA ), qui n’est qu’une plante d’agrément, fleurit au mois de mai. Malgré une certaine fadeur qui répugne aux Éuropéens , l’odeur du henneh plaît
aux femmes égyptiennes ; elles ont pour cette fleur une sorte de passion; elles aiment à en orner leurs turbans , et à les placer dans leur sein. On assure que le henneh possède des vertus aphrodisiaques. C’est une coutume fort ancienne que celle de se teindre les ongles, car on a trouvé des momies dont les mains en portaient encore les traces évidentes.
L’asdépiade, asetepias giganlea, appelée ohehar par les Arabes ( fruit, beyd-ei-ohehar ; en nubien, aéouA), croît dans les parties les plus méridionales du Saïd. I,a soie que aonne cette plante pourrait être employée à faire des tissus et des cordages excellents, mais l’industrie ne sait pas encore rutiliser; les voleurs seuls se servent du suc de l’asclépiade pour changer le pelage des animaux qu’ils dérobeut, et qu'ils font paraître blancs de bruns ou de noirs qu’ils étaient auparavant.
L’aloès, alœ vulgaris {sabbàrah, en arabe ), est une plante symbolique pour les Égyptiens musulmans, qui l’ont pour ainsi dire dédiée à la religion. Les Uadjis ornent le seuil de leur porte avec une branche d’aloes pour indiquer qu’ils ont accompli le saint voyage. On attribue en outre à cette plante le pouvoir d’éloigner les mauvais esprits et les apparitions surnaturelles; et cette croyance est commune aux musulmans, aux chrétiens etaux juifs, qui tous ont l'aloés en grande vénération.
Le chanvre, cannabis saliva {tyl charâneq, el-hachych, en arabe), n’était cultivé jadis que dans la Haute- Égypte, et servait seulement à faire la préparation enivrante qu’on nomme hachych; le vice-roi én a étendu la culture.
Le cotonnier, gossypium vilifolium {qotn-el-chagar , en arabe, c’est-à-dire arborescent), a été tiré des jardins des particuliers, où il n’était qu’un vain ornement, pour devenir une des plus riclies productions du pays. Cette mesure importante est également due à Méhémet-Ali. Il y a encore deux variétés de gossypium : le G. herbaceum annuum (qotn), dans le Delta, et le G, herbaceum frutescens { gain ; en nubien, beundbouk), dans la Haute-Égypte.
Le lin , tinum usitalissimuin {kitlân; (eu arabe, huile zeyt-hàr), a été cultive
de toute antiquité en Ésypte; c’est encore une des plantes importantes du pays.
La garance, rubia thictorum [fouâh, en arabe), e.st cultivée avec succès depuis qiiebpies années.
L'indigotier, indlgofera argenlea on tinvtoria {nijieh, en arabe), est ordinairement semé sur les bords du Nil, dans In Haute-Égypte et le Fayoum.
1,’indrgo paraît y conserver sa propriété colorante , quoique la matière soit moins bien préparée.
Outre qu’on extrait de l’huile des semences du lin, du coton et du chanvre, on cultive encore en Égypte diverses plantes oléifères : le tournesol, croton üncforium{khobheyreh) ; l'arachide , avachis hypogxa (Joui Nénnoar); le colza, brassica napus (selgam);\e pavot, papa cer somnl/erum (abou-elrnoum)\ le ricin, (rlcinus communis) (kharouah; en nubien, rouAgy); le sésame, sfsamum orientale (semsem; huile syrig); etc.
L’avoinefsommeyr), l’aeena Forskalu ou pensilcanica , près des Pyramides de Sakarah ( chagaret-et-djemmel, herbe du chameau); le trèfle, trifolium alexandrinum ( bersym ; herbe sèche, derys); le chiendent (negyl); la luzerne, medicago intertexta (nafal); le cléome, cleome pentaphyUa (en nubien aràreg), composent, avec quelques lantes déjà signalées, la nourriture des estiaux. Le vice-roi a introduit plusieurs plantes fourragères, dont la plus remarquable est une espèce de luzerne (ber~ sym hedjiazy) venant de la Mekke, et qui peut être coupée trois fois par mois, lorsqu’elle est bien arrosée.
La luffe, momordlca lufa (louf), est une plante dont le fruit est rempli d'un tissu filamenteux , avec lequel on pratique les frictions dans les bains.
On cultive le tabac sur les berge-s du Nil et des canaux. Le tabac commun est jaune (dokhàn, fumée); le tabac rustique est vert , et les Araltes l’appellent dokhàn akhdar, c’est-à-dire , a fleurs vertes : c’est le nicotlana rustica. Tous deux sont de qualité médiocre et servent seulement à la consommation du pauvre.
Le tabac de Schiraz est le nicotlana persica. I,es Haïtiens appelaient le tabac yati, et le nom de tabac, qu’ils donnaient à la pipe, fut appliqué par les Européens à la plante.
Le houblon a été récemment introduit dans la culture égyptienne par le professeur Delile.
Le dahlia , dahlia plnnata , a été importé par les Français; il réussit bien.
On fait de jolis berceaux de verdure avec le doliclablab, qui porte de longues grappes de fleurs.
Le jasmin à grandes fleurs , arminum grandijlorum (yasmym, djasmyn), se voit dans les jardins , et fleurit de mars jusqu’en décembre.
Le laurier-rose, nerium oleander (lifleh), est très-commun en Égypte; ta jonquille, narciMt».;on7ul//a; rcéillet, dianthus caryophylîus (qoron/el); la pervenche rose, vinca rosea; la renoncule des jardins, ranunculus asiaticus ( zaglyl) ; le romarin , rosmarinus officinatis (klyl, asetbdn); la tubéreuse, polyanthes tuberosa , sont cultivés dans les jardins des gens riches.
La rose à cent feuilles, rosa centifolia ( ouard ) , et d’autres variétés de roses s’y trouvent également. De tout temps on a cultivé cette fleur dans le Fayoum, pour en extraire l’essence de rose. C’est au mois de février que la récolte se fait.
Nous citerons encore la violette (6enefsig), charmante fleur qu'on cultive à l’ombre des orangers.
Les jardins magnifiques du vice-roi et de son fils aîné renferment un grand nombre d'espèces végétales très-rares.
Le caféier, coffea arabica (boun; graine, bounatis; décoction, kavah, kahoueh ), s’est diflicilement acclimaté; mais, à force de soins, on a obtenu dans les plantations d’Ibrahim-Pacha des arbrisseaux qui ont quinze pieds de hauteur et produisent une assez grande quantité ue grains. Suivant le témoignage d'Alpin,il y avait jadis en Égypte des caféiers dans les jardins; il est probable ue la culture réussirait beaucoup mieux ans le Saïd. Ce végétal vient de la Haute-Éthiopie; il a été, vers la fin du quinzième siècle, transporté à Moka; les Vénitiens firent connaître la graine en France et en Angleterre, au milieu du dix-septième siècle; mais ce fut plus tard que des plants furent introduits en Europe par les Hollandais ; leur première culture au jardin de Paris est de 1713, et c’est de la que , en 1 7 1 7 , le caféier fût
L’UMVERS.
importé dans les colonies des Antilles.
I>es bambous (arundo bambos, bamhusa arundinacea) , croissent très-bien en Egypte. On y voit encore le cam-
Î léché (hcemafoxylon campechianum) ; e terminalier des Indes ; le micocoulier de Provence ( ceUis austraUs) ; le santal blanc ( santalum album ) ; le tamarinier, tamarindus tndica (tamar hendy)\Aea myrtacies fort rares ; des amomies\ le canneliter { laurus cinnamomum ) ; le laurier qui produit le camphre {laurus camphora)’, des orchidées d'Amérique, entre autres la vanille {epidendron oanilla, }qui vit, comme plante épiphyte,sur un gros mûrier; la thalie, thalla dealbata, envoyée de Montpellier par M. Delile; \' euphorbe à feuilles de souci , euphorbia calenditll/olia; le lis blanc {lilium album), qui fleurit au mois de mars; etc., etc.
La patate, convolvulus batatas, pomme de terre de l’Yémen, réussit parfaitement et promet à TEf^pte un nouveau légume. Il en est dé même du topinambour A'^utope , helianlhus tuberosus.
liC bouleau {betula alba)\ le micocoulier d'Amérique {celtis occidentalis); le badamier {terminalia catappa ); V arbre de Judée ( eercls siliquastrum ) ; le sterculier à feuilles de platane ( sterculia platani folia ) ; IVra6/e sycomore {acer pseudo-platanus); i'érable platane {acer plalanoides)-, le filarla à larges feuilles {phyUyrea latifolia), se trouvent seulement dans les jardins des riches. Dans la Basse-Égypte, on voit surtout le platane d'Orlent { platanus orientalis) ; \e frêne à fleurs {fraxinusornxu){lesân-el-ahsfour)\ le frêne commun, le robinier faux-acacia {robinia pseudo-acacia)\\e févier d Amérique {gleditsia diacanthus); le peuplier tremble {populus tremula), le pin sylvestre {pinus sylnestris,) le thuya {thuya orientaUs ctoccidenlaiis ). Il y a aussi un petit nombre de chênes, et plusieurs espèces de cyprès, cupressus disticha, pendula,horizontalis.
CUBAT ET TSHréaATOBE.
Le climat de l’Égypte doit être classé en tête des climats tempérés , si on le compare à celui des plages torrides.
On pourrait dire qu’il n’y a en Égypte
que deux saisons : — la saison tempérée qui dure depuis le mois d’octobre jusqu’à la fin de mars , et qu’on ne saurait mieux comparer qu’à nos plus belles journées de pnntemps et d’automne ; et la saison chaude, qui règnejusqu’à la fin de septembre.
On a, en général, beaucoup exagéré l'élévation delà température de l’Égypte, très-variable d’ailleurs suivant les régions.
La chaleur, qui dans le Delta s’élève rarement au-dessus de 28° ou 29°, augmente progressivement si l’on remonte vers la Haute-Égypte. A Syout , placée à peu près au centre, le thermomètre marque jusqu’à 34°, et à Syène jusqu’à 36° et 38°.
Voici des maxima de température observés sur différents points de l’Égypte.
A Philae, ville située sous le 24° lat., Coutelle a noté une élévation de 43* 1". AEsneh,situéeau2S°14"lat.,Burckardt a trouvé 47° 4" pendant un khamsin.
Pendant un autre khamsin, le 12 août 1839, à Thèbes, palais de Luxor, M. Prisse d’Avennes a vu le thermomètre marquer 48* à l’ombre. Plongé à dix-sept pieds de profondeur dans le Nil, le thermomètre, après y avoir séjourné un quart d’heure, aoonné 19*.
Quoique l’habitation de M. Prisse fût située au bord du fleuve et parfaitement aérée, les murs étaient constamment brûlants.
Au Caire , qui se trouve sous le 30* Y lat., Coutelle a noté un maximum de 40* 2', et Niebuhr un minimum de 9° 1'. Sous le khalifat de Mamoun, de81 3à 833, Denys de Jelmari, patriarche jacobite d’Aiitiocbe, vint en Égypte, où il trouva le Nilgeli. (Chron. syr., page 1.52; Délations d’Égypte, par Âbdallatif, trad.par de Sacy, page 505.)
On aura une idée exacte de la température moyenne de la Basse-Égypte pendant chaque mois de l’année, 'en jetant les yeux sur le tableau suivant. La première colonne donne le résultat des observations thermoraétriques faites au Caire par la commission scientifique de l’expédition française. On pourra comparer ces observations à celles qui sont consignées' dans les cinq colonnes suivantes ; elles ont été faites dans la
EGYPTE MODERNE. 9S
infime ville par M. Destouches, pharma* variations sensibles depuis plus de quacien au service du pacha. On verra par rante ans. laque la température n'a pas éprouvé de
COMMiaSIOlt icieoUfique dtr IV\pedl* lioo rrançahc.
Janvier
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1 Février
IM
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Avril
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I Juin
Juillet.......
1 AoOt
2fi,9
1 Septembre...
j Octobre
Novembre...
1 Décembre . . .
Nous devons ajouter à ce tableau la hauteur barométrique mensuelle moyenne au Caire, pour compléter les observations faites en cet endroit.
nADTEUR BAROIlénUQDE aERSUELLE AU CAIRE.
Janvier. . .
. . . 763mm.40
Février. . .
»ii
Hara. . .
Avril. . . .
Mai
JqId
Juillet. .
Août. . . .
Septembre.
Octobre. ,
Novembre.
Décembre.
On voit que dans les lieux situés au nord de l’équateur la pression atmosphérique diminue à partir de janvier et augmente en hiver.
L’amplitude moyenne desoscillatiobs barométriques au Caire, en hiver est 14°, 21 ; en été, 6°, 57; la moyenne de l’année est 9,25.
L'isotherme ( 1) de 25° passe par le nord
(I) Eo réuDlaunt patdes lignes tons les points dont la tempéralore moyenm annuelle est la même, on obtient des courbes, que M. de Humboldt a nommées lit/na itothtrmn.
de la mer Rouge, puis par Ahuscheher, sur le golfe Persique. VisothermeAe 20° passe près de Tunis et d’Alger, suit à peu près la direction de la câte du nord au sud , et vient passer entre l’ile de Candie ( lat. 35» 29", temp. 17° 9') et le Caire Ôat. 30° 2', temp. 22» 4').
Les lignes isobaromélriques sont des courbes qui indiquent l’égale intensité de pression atmosphérique dans des localités différentes.
La ligne isobarométrioue de4°""5r atteint l’Afrique au nord du cap Vert, s’élève ensuite vers le nord, traverse l’Égypte, puis descend vers l’équateur.
Laligne isobarométrique de 9”»> 02 atteint la côte occidentale de l’Afrique entre le capBojadoret les Iles Canaries, traverse la partie septentrionale du Fezzan et le Delta du Nil , puis passe entre Bagdad etBassora.
L’air de l’Égypte, et spécialement celui d’Alexandrie, a une faculté d'oxydation très-remarquable. Un voyageur français nous a affirmé qu’en trois ans il avait vu les ferrures de ses fenêtres disparaitre complètement.
On ne peut parler du climat de l’Égypte sans mentionner le mirage. C’est surtout dans les vastes plaines nivelées,
LUmVERS.
lorsque le sol est échauffé par le soleil, que ce phénomène d’optique se produit.
Dans la Haute- Egypte, où les villages sont situés sur de petites éminences , le pays, au milieu du jour, présente souvent aux yeux trompés l’apparence d’un lac seme d’îlots sur lesquels s’élèvent les villages; cet effet physique est si commun sur les plages africaines, que le Koran désigne par jéraù (mirage) tout ce qui est trompeur. « Les actions de l’incré- « dulesont comme le Serab de la plaine, « dit-il; celui qui a soif le prend pour < de l’eau, jusqu’à ce qu’il s’approche et « trouve que ce n’cstrien. •
Les effets du mirage varient, et ne présentent pas toujours l’apparence trompeuse de vastes nappes d’eau; quelquefois les couches d’air échauffé forment comme un miroir fantastique dans lequel semblent se rclléter des villages , des forêts, situés souvent à de grandes distances; mais ces tableaux , tout en produisant une illusion eomplète, disparaissent à mesure qu’on avance, pour faire place à d'autres qui disparaissent aussi a leur tour. On se rapjielle que lors de l’invasion française en Égypte, les soldats, dévorés par la soif, furent continuellement le jouet de ces apparitions mensongères pendant leur marche d’Alexandrie au Caire.
DES VEim CT ne LEUR IRFLDERCE.
PLCie ET ROSÉE.
Parmi les vents qui régnent en Égypte il fautd’abord nommer le khamsin. C^est un vent chaud du sud-sud-ouest, qui se déclare le plus souvent au mois de mai, et dure habituellement cinq'/onte jours; ce qui lui a valu son nom, qui en arabe signifie cinquante. On ne peut se faire une idée du khamsin, si l’on n’en a pas éprouvé les effets. Il s’annonce presque toujours brusquement comme un ouragan , par un désordre général dans l’stmospnère. Le ciel , de pur et serein qu’il était, se rembrunit tout à coup; c’est à peine si l’on aperçoit le disque du soleil ; des nuages d’un jaune terne s’amassent dans une partie du ciel , roulent , s’étendent, s’aplanissent et se fixent; un bruit sourd les accompagne ; toute la nature prend une teinte uniforme, qui a quelque chose de sinistre. Si on lève les yeux pour chercher lesoleil, on voitflot-
ter, dans une colonne, oblique d’atomes lumineux, la poussière impalpable que le khamsin enlève au désert. Les arbres de haute futaie, placés à une distance qui permeltait de distinguer les feuillages et les fruits, ne paraissent plus (|ue comme une silhouette plus sombre dans l’atmosphère grisâtre. I,e thermomètre monte de 10 ou t.â degrés dans l'espace de quelques heures; la chaleur devient étouffante et plonge le corps dans ici état complet de prostration; la respiration est courte et laborieuse, la peau se dessèche et se crispe ; la transpiration s’arrête, et l’on se sent dévoré par une chaleur ardente qu’aucune boisson ne semhlepouvoir apaiser. Ce qu’on éprouve est d'autant plus pénible, que le khamsin succède très-souvent à une belle soirée de printemps. Un silence effrayant règne partout; les travaux et le mouvement de la vie cessent, les animaux se cachent, et on n’entend que le bruit de l’ouragan. Les habitants ues villes et des villages se réfugient à la hâte dans leurs maisons , où ils se jettent sur des divans ou sur des nattes, après avoir fermé
fiortes et fenêtres , pour se garantir de a poussière fine et pénétrante que soulève le tourbillon. Le Bédouin, si indifférent aux vicissitudes de l’atmosphère, attend prudemment sous sa tente, enveloppé de son ample burnous de laine, la fin du khamsin. Malheur à celui u’un tel vent surprend au milieu du ésert! Le sable, en recouvrant les traces des caravanes, l’empêche de reconnaître la route qu’il doit suivre : il lui faut camper à la nâte là où il se trouve. Les végétaux souffrent encore plus que les êtres du règne animal. Les premières raffales du khamsin hâtent la maturité des fruits, lorsqu’elles ont lieu à l’époqueordinaire; mais si ces ouragans commencent trop tôt , ils causent uu dessèchement anticipé qui diminue quelquefois d’un tiers la valeur de la récolte. En 1838, plus de quarante mille pèlerins musulmans étaient campés dans le désert, près du but de leur voyage, lorsque le khamsin se déchaîna tout à coup; les tentes furent déchirées et jetées nu loin, beaucoup de voyageurs furent frappés d’apoplexie, et d’antres, déjà fatigués d’une longue route, présentèrent bientôt les symptômes cholériques
EGYPTE MODERKE.
Ips plus al.'irmniits; ceux qui survécurent « lorsque le soleil s'approche de nos zoprccipitèrent leur marche en désordre « nés, les vents qui se tenaient dans la vers la Kaaba , et , frappes de terreur, « partie de l’est passent aux ruinbs du s’empressèrent d’offrir un sacrifice pour « nord et s’y fixent. Pendant juin ils désarmer la colère d’Allah. • souffient constamment nord et nord-
I.a poussière impalpable envoyée par • ouest. Ils continuent en juillet de le désert est |>eut-étre ce qui est le plus « soufQer nord, variant à droite et à pénible à supporter dans les ouragans du «gauche, du nord-ouest au nord-est. khamsin; elle provoque des éternu- « Sur la fin de juillet et la moitié de sepments , fatigue le gosier et dessèche la « tembre ils se fixent nord pur, et il.s bouche, donne des maux de tête et pro- • sont modérés, plus vifs le jour, plus voque le sommeil. L’odorat est frappé « calmes la nuit.
d’une odeur de terre semblable à celle • Sur la fin de septembre, lorsque qui se développe au début d’un orage ■ le soleil repasse la ligue, les vents après une longue sécheresse. • reviennent vers l’est , et sans y être
Le khamsin n’est point particulier a « fixés ils en souffient plus que d'aucun l’Egypte , puisqu’on le retrouve dans le « autre rumb , le nord seul excepté. A désert, sur la côte de Syrie, en Arabie • mesure que le soleil passe à l’autre et dans le Diarbekir. Des vents chauds « tropique les vents deviennent plus analogues au khamsin régnent aussi ■ variables , plus tumultueux ; leurs réen Perse, sur divers points de l’Afri- gions les plus constantes sont le
3ue, et en Espgne , mais ils souffient « nord , le hord-ouest et l’ouest. Ils se ans des directions différentes suivant « maintiennent tels en décembre, janles localités. En Égypte, le plus violent « vieretfévrier,quipourrEgyptecommc vient du sud-sud-ouest; à la Mekke, il « pournous sont la saison dimer. Alors vient de l'est; a Surate, du nord; à • les vapeurs de la Méditerranée, entas- Kasra, du nord-ouest; à Bagdad, de « séeset appesanties par le froid de l’air, l’ouest, et en Syrie, du sud-est. Voici corn- « se rapprochent de la terre, et forment ment Volney explique ces différences : « les brouillards et les pluies. Sur la lin
« Examinant les sites géographiques, « de février et de mars, quand le soleil « on trouve que c’est toujours des con- « revient vers l’équateur, les vents vien- ■ tinentsdésertsque vient lèvent chaud; « nent plus que dans aucun temps des « et en effet il est naturel que l'air qui « rumbs du midi. C'estdans ce dernier « couvrelesimmensesplainesdela Libye « mois, et pendant celui d’avril, qu’on « et de l’Arabie, n’y trouvant ni ruis- « voit régner le sud pur, le sud-est et « seaux, nilacs,niforêts,s’yécbauffepar « le sud-ouest; ils sont mêlés d’ouest, « l’action d’un soleil ardent, par la ré- « de nord et d’est; .celui-ci devient le « flexion des sables, et prenne le degré « plus habituel sur la fin d’avril , et pen- « de chaleur et de sécheresse dont il est « dantmai il partage avec le nord l’em- • capable. S'il survient une cause quel- « pire de la mer. »
« conque qui détermine un courant à A cette explication de l’illustre voya- « cette masse, elle s’y précipite et porte geur nous n’ajouterons que quelques « avec elle les qualités etonnantesqu’elle mots. Au suddu bassin de laMuditerra- « a acquises. Il est si vrai que ces qua- née s’étend l’immense Sahara, dépourvu « lités sont dues à l’action du soleil sur d’eau et compose uniquement de sable « les sables , que ces mêmes vents n'ont ou decaillouxroulés; ledéserts'écbauffc « point dans toutes les saisons lu même donc fortement sous un soleil presque « intensité. » vertical, tandis que la Méditerranée con-
On peut, en outre, déduire de cette serve sa température ordinaire, il en explication la raison pour laquelle ces résulte qu’en été l’air s'élève au-dessus memes vents du sud sont très-froids pen- du Sahara avec une grande rapidité et (iant les mois de décembre et de janvier, s’écoule surtout vers le nord, tandis Nous empruntons encore à Volney le que dans le bas les vents du nord s'épassage suivant, qui donne une idée bien tendent jusqu'en Italie. Dans le nord précise de lu direction la plus ordinaire de l’Afrique, au Giire , à Alexandrie, on des vents pendant l’année: « En Égypte, ne trouve que des vents du nord. Tous 1’’ /.icraison. (Egypte modebnf.) 7
les navigateurs savent que la traversé est moins longue que le retour quand on va d'Europe en Afrique, durant l’été. En hiver, où le sable rayonne fortement, Pair du désert est plus frais que celui de la Méditerranée, et un vent du sud très-froid se fait sentir en Égypte , mais il est infiniment moins fort que celui du nord ne l’est en été. Le vent du nord prédomine toujours dans la partie orientale du bassin de la Méditerranée; du 16mai au lâ octobre les vents soufDent constamment du nord ou du nord-est. En hiver, la direction est moins constante, mais la prédominance des vents du nord est encore trèsmarquée. Depuis avril jusqu'àjuillet ces vents chassent de gros nuages, qui parcourent lentement la longue vallée du Nil et semblent menacer continuellement delà pluie. Ces nuages épais, qu’on croirait destinés à se résoudre en pluies abondantes sur les montagnes boisées de l’Abyssinie, décroissent peu à peu dans leur marche au-dessus des déserts, et sont complètement dissipés dans le voisinage des frontières de cette contrée, qu’ils atteignent rarement. Aussi ne picut-il presque jamais dans la Haute- Égypte.
Du reste, les pluies n’y sont pas considérées comme un bienfait. Soit préjugé , soit observation, le cultivateur égyptien, croit que l’eau du ciel fait germer une foule de plantes nuisibles aux céréales, parce qu’elles absorbent sa nourriture.
Dans la Basse-Égypte , où il pleut assez fréquemment , les blés sont mélés de graines étrangères qui leur âtent de leur valeur; c'est peut-être là tout le fondement de l’opinion des cultivateurs sur les pluies. Au Caire quelquefois des roulements prolongés de tonnerre amènent d’abondantes pluies; mais la foudre gronde rarement dans la Thébaïde. Cependant le 23 mai 1838 fut une journée d’orage pour Thèbes. Le ciel était chargé de nuages dès le lever du soleil ; le tlierinomètre marquait 39°; on ne voyait pas les éclairs, tant les nuages étaient denses et épais ; à midi tomba une averse qui n’apporta aucune fratclieur et ne découvrit pas le ciel. J usques à q^uatre heures la pluie , le tonnerre et des rafales chargées de poussière se succédèrent sans interruption. De Luxor on n'apercevait
plus la montagne iibyque , on ne voyait plus mémel’autre rive du fleuve, mais on entendait au sud et au nord de Thèbes d’affreux roulements de tonnerre. A quatre heures, la pluie tombant par torrents dégagea un instant le ciel. Mais ce fut seulement après le coucher du soleil que le ciel s’éclaircit complètement; le vent devint alors plus frais, et le thermomètre descendit à 80°. Cette même année Ruppel remarqua aussi de violents orages dans l’Afrique orientale. Pendant l’année qui suivit toute la partie septentrionale du tropique africain souffrit d’une grande sécheresse, l’inondation du Nil manqua, et la disette fut complète en Éigypte.
On croit généralement qu’il ne pleut jamais en É^pte :cetteerreur vient delà confusion qu’on fait des diverses parties de cette contrée. Les gens du pays se rappellent cependant avoir vu de la pluie même à Assouan; mais, sans tenir compte de ces rares exceptions, ce qui est vrai pour la Haute-Egypte est complètement inexact pour la Basse. Dans cette dernière province les pluies, qui commencent ordinairement dans le mois d’octobre, continuent eu novembre et décembre et finissent en mars. Pendant cette période de temps la pluie est à peu près continuelle. On compte par année de vin^-cinq à trente averses de pluie.
Dans le Delta, pendant la saison des pluies, l'eau tombée la veille sature si complètement l’air d’humidité, qu’on est comme plongé dans un bain de vapeur perpétuel. Cest l’éuoque des maladies endémiques si fatales aux Européens.
Quoiqu’il pleuve moins souvent et moins abondamment au Caire, il y eut dans cette ville en 1824 huit jours d’une pluie si violente, qu’elle occasionna des dégâts de toute espece et l'écroulement de plusieurs maisons. En général, les pluies sont d’autant plus fortes etplus fréquentes que le Nil a débordé davantage et qu'on est plus près de ses emboucliures.
Quelques personnes ont prétendu que les nombreuses plantations du vice-roi avaient modifié le climat quant aux pluies; mais en réalité l’effet en est jusqu'à présent insaisissable. Pour déterminer un cliangeraent plus marqué, il faudrait opérer des boisements infiniment plus considérables. Si l’un compare les
EGYPTE MODERNE. 99
résultats donnés dans ces dernières années avec ceux de la conamission scientifi(]ue de l'expédition française, on verra qu'il n’y a pas eu de variations considérables depuis plus de quarante ans; le nombre moyen des jours de pluie à cette époque était de quinze à seize, et il est de douze à treize d'après les expériences les plus récentes.
Le brouillard est rare en Égypte, même en hiver; cependant il y est quelquefois si épais, qu'on se croirait transporté sous le ciel brumeux de l’Angleterre ; l’influence du soleil le fait néanmoins bientôt disparaître.
La neige ne tombe Jamais que sur le littoral ou sur des territoires qui en sont rapprochés; encore tombe-t-elle en si petite quantité, qu'elle y est à peine sensible. En 183S il tomba de la neige à Alexandrie, à Rosette et Jusqu’à Atfeh; ce phénomène excita un étonnement général. Les gens les plus vieux du pays ne se souvenaient pas a’exemple d'un pareil fait.
La grêle, moins rare en Égypte que celle de la neige, ne bisse pas que d’être un événement assez extraordinaire. Les Français qui toient à Keneh en l’an V lli virent tomber des galons gros comme des noisettes. Depuis lors on a vu le même fait se renouveler à de longs intervalles, notamment en 1838 à Abousabel. Suivant le témoignage du docteur Clot-Bey, la grêle fut cette fois si grosse, qu’elle tua plusieurs animaux et ravagea les campagnes. En 1832 M. Pri.sse d’Avennes vit tomber de la grêle à Kankat, et en 1841 à Thèbes. Les Arabes attribuaient ce phénomène à la grande quantité d’étoiles filantes qu’on avait vues cette année-là en Égypte.
Une extrême chaleur n’est pas un obstacle à la formation de la giêle. On en voit . dans les contrées équatoriales. Denhani et Qapperton en ont remarqué au centre du eoutinent africain , et Bruce parle d’orages de grêle observés en Abyssinie.
Selon Volney , ■ une température élevée et un ciel presque toujours pur donnent à l’Égypte de fréquentes rosées.
On les observe surtout en été, et dans la Basse-Égypte , où leur abondance dépend de la direction des vents. Lorsque lèvent vient du nord ou de l’ouest,
il arrive sur l’Égypte chargé de l’évaporation de la Méditerranée, et 1rs rosées sont très-pénétrantes ; quand le vent vient du sud ou du sud-est, il atteint l’Égypte après avoir traversé l’Afrique et l'Arabie, et les rosées sont presque nulles. » Ces remarques sont parfaitement justes : seulement Volney a commis une erreur en disant que les rosées sont plus fréquentes pendant l’été; une suite d’observations exactes a démontré le contraire. Les rosées sont d’autant plus sensibles qu’on s’approche davant^e de la mer; les inondations du Nil influent aussi beaucoup sur leur développement.
L’influence des rosées est en général très-bienfaisante. Ou se souviendra sans doute ici de la croyance copte qui attribue à la Nohfah b disparition de la peste.
UXLSDieS, >OBTJIUTè A AUlXASDRie.
Les maladies ont en Égypte un caractère particulier ; les uns rattribuent aux miasmes répandus dans l’atmosphère par les eaux stagnantes des lacs, ou par les eaux débordées du Nil ; les autres veulent y voir l’effet de l’extrême chaleur et du rayonnement des sables, ui l’augmente encore. Ceux-ci prétenent que la saleté et la misère du peuple sont la cause unique de ces maladies, ou au moins de leur nature maligne; suivant d’autres, les trois circonsbnces d’humidité, de chaleur et de malpropreté réunies engendrent b plupart des maladies régnantes.
Nous ne pouvons donner une idée
filus exacte de la peste et des causes qui a produisent qu’en citant textuellement les conclusions d’un savant mémoire de M. Pariset, inséré dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale.
• Il faut reconnaître, dit-il, avec les « illustres médecins de l’armée française, « avec les barons Desgenettes et Larrey, « avec Pugnet et Savarési, etc., il faut « reconnaltreque la peste est endémique « en Égypte, qu’elle y est spontanée, et « qu’elle s'y développerait par des causes < propres , quand même le reste de la « terre n’existerait pas. Cette endémi- * cité , du reste, cette sponbnéité tou- • Jours insbnte est mise en Jeu par • des circonsbnces on permanentes ou
L’UNIVEHS.
" ^venliietlps. de saisons et de localités.
" Les causes dont l'effet parait être le « plus constant sont les pluies, qui,
• pendant le trimestre de la mauvaise " saison, en novembre, décembre et jan- « vier, tombent dans la Basse-É^pte, - et même dans la capitale. Plus dfânger reuses que l’inondation, non-seulement « ces pluies dégradent et ouvrent les sés pultures, mais encore elles détrempent « ces amas prodigieux d’immonaices
• qui ceignent les villages ; et lors- « qu'elles s’arrêtent, pour peu que l’air « soit tranquille et le soleil ardent, tous « ces éléments de putréfaction fermen- '< teut, et chaque village devient une « fournaise d’émanations pestilentielles.
« Ces émanations, retenues par les « brouillards, stationnent avec eux sur « le sol ; elles pénètrent par toutes les « voies dans l’économie , et se déposent « soit sur les matières textiles, soit sur « les tissus déjà fabriqués. De quelque « manière que les choses se passent , ce « qu’on ne saurait nier, c’est que la « peste est d’autant plus à craindre pour < les villages, qu’ils ont reçu de plus « fortes pluies pendant l’hiver. Tel est « le fait capital que M. Hamont tient de « la bouche même de plusieurs sheicks « du Delta , et qu’il a eu l’occasion do « constater lui-même. Il suit de là que « lorsqu’on raison de ces pluies d’hiver, « la peste prend quelques développe- « ments, les premiers malades doivent « se montrer dans le mois de février, un « peu plus têt, un peu plus tard, et c’est « ce qui a lieu en effet. Ensuite la pe.ste " croît, s’élève en mars et en avril, se « soutient ou fléchit en mai , décline et « tombe à la fin de juin, jetant cepen- « dant encore quelques éclats en juil- « let et même en août et septembre ; " d’où l’on voit deux choses: la première, « que cette marche uniforme se conci- « lierait difficilement avec une impor- « tation qui n’a rien de régulier; la se- " conde, que', contre l’opinion de quel- « ques médecins, le khamsin ne prend au- " cune part à la production de la peste; « car le khamsin ne souffle qu’entre « l’équinoxe du printemps et le solstice « d’été. J’ajonte que lorsque le kham- « sin parait il tue les pestiférés, sans " tuer la peste. I..0 peste s’arrête : on la « dirait terminée; elle ne reprend son
• cours que lorsque le khamsin s’est ar- « rété lui-niéme.
« Certes, la peste n’est pas toujours « contagieuse, autrement l’Orient serait
• désert; mais elle l’est quelquefois à un « degré incroyable, etje me crois en droit « de soutenir, comme les Européens ■ orientaux, qu’elle se communique et
• par une inoculation directe, et par le « contact, et par les germes qu’un ma-
• lade dépose dans ses vêtements, et par « ceux que récèlent principalement les n matières dont on fabrique des tissus.
« Ce qu’elle a épargne dans telle épi- '< démie elle l’immole dans telle autre.
> .Sexe, âge, tempérament, profession, « régime, habitude, tout en défend, tout « y livre. Avec des symptômes doux, elle « tue; aveedes symptômes violents, elle « laissevivre. Dans la même année, dans
< le même lieu, à plus forte raison d’une « année à l’autre, d’un lieu à l’autre, elle « est bénigne, elle est mortelle. Les
< efforts critiques, les bubons, les char-
< bon«. ici favorables, là sont contraires. « Elle cède à l’hiver, elle brave l’hiver ; « elle cède à la chaleur, elle brave la clia-
> leur. Tel remèie est utile aujourd’hui
< qui demain ser.i pernicieux; ainsi de « suite, avec une variété, avec une ver- « satilité que nous qualifions de Caprice « et d'anomalie, et qui est l’effet neces- « saire de mille causes que notre sagaa cité ne pénétrera jamais.
« L’unique foyer de peste qui soit
• au monae , c’est le Delta , parce que « nulle part , dans le monde , vous ne
• rencontrerex ce que vous rencontrez
• dansleDelta : imeterre étendue, égale, X unie, chaude, humide et saturée de « matière animale. Or, l’homme ne peut
• rien sur la chaleur; il ne peut presque « rien sur l’humidité; mais il peut tout « sur la matière animale; et cette mad tière soustraite, la peste est anéantie X pour jamais. »
.Sous le nom de Aâb el Nil, qui signifie bouton du Nil, les Égyptiens désignent une maladie cutanée, causée par l’usage de l’eau du Nil en boisson, ou plutôt par la continuité de In chaleur. Cette maladie règne pendant les mois de juillet, août et septembre; ce n’est point une affection dartreuse, ainsi qu’on l’a prétendu, mais une simple éruption cutanée générale ou partielle ;
ÉGYPTE MODERNE
elle se manifeste par tle petits boutons entourés d'un cercle rose plus ou moins vif selon la délicatesse et la sensibilité du sujet; ees boutons, qui donnent lieu à un prurit aussi douloureux qu’incommode , deviennent quelquefois de véritables furoncles. Le nab el Nil attaque de préférence les Européens ; on le voit plus fréquemmentdans la Basse-Égypte que dans la Moyenne, et très-rarement dans la Haute; en général, la maladiese traite avec succès par les saignées, les bains froids et les antiphlogistiques.
Le ramdam est une ophthnimie endémique dans toute l’Égypte, mais plus fréquente dans le nord que près de l’équateur, plus commune dans les villes que dans les campagnes. Le ramdam n'épargne aucune classe, aucun tempérament ; ce n’est point un tribut une fois payé au climat de l’Ëgypte; pt le même individu peut en être attaqué à plusieurs reprises. Les animaux eux-mêmes n’en sont pas exempts ; les chevaux, les ânes, les chameaux, les bœufs, les chiens, les chats, en sont souvent atteints, quoique plus rarement et avec moins de violence que l’homme.C’est surtout à l’époque des ibaleurs que cette affection devient fréquente. Le ramdam n’a pas toujours une grande intensité; quand la maladie est bénigne, une légère rougeur se maiiifeslc sur la conjonctive palpébrale, et ne s'étend guère au delà; quelquefois cependant elle se prolonge jusqu’à la membrane muqueuse; mais elle l’attaque toujours assez faiblement. Cette inllamniation produit une douleur légère accompagnée de larmoiement, et se résout promptement par la sécrétion d’uii mucus qui s’amasse entre les cils; au bout de quelques jours, l’œil, complètement dégagé, revient à son état primitif.
Mais la maladie ne présente pas toujours des symptômes aussi peu graves :
trop souvent rinllamni.jtion s'empare de la muqueuse et gonlle les paupières; l'œil malade sécrète d'abord des larmes âcres et brillantes , auxquelles succède bientôt une humeur purulente qui s’échappe des angles lacrymaux , du canal nasal et de tous les points tapissés par la muqueuse. Les désordres ne se bornent pas toujours là ; d’autres parties internes sont quelquefois envahies, et l’inflamination devient si intense, que l’œil.
après s’être gonflé d’une manière épouvantable, finitpar se vider complètement, au milieu des plus atroces douleurs. Après cette résolution, tous les symptômes morbides disparaissent successivement, et la guérison ne se fait pas attendre.
Le traitement le plus ordinaire de l’oplitbalmie aiguë consiste dans l’emploi des antiphlogistiques, des saignées et des lotions émollientes. Dans le traitement de l’optlialmie chronique, le docteur Clot-Bey affirme avoir obtenu un grand nombre de guérisons en employant une dissolution par parties égales de sulfate de zinc et de sulfate d’alumine.
Ces terribles maladies des yeux ont été attribuées à diverses causes. Quelues médecins ont pensé que le ramam égyptien était dû, comme les ophthalmie's de Malte, à la réOexion du soleil éclatant sur des surfaces de couleurs claires; d’autres ont cru trouver l’origine de cette maladie dans la poussière fine que soulève le khamsin ou dans les molécules salines irritantes que l’atmosphère tient en suspension.
A la vérité, ces diverses causes déterminent souvent une légère blépharite dont on triomphe aisément par l’usage d’un simple collyre; mais on ne peut admettre qu’elles donnent naissance aux ophthalmies graves dont on vient de liarler; cardans la Haute-Egypte, où la réverbération du soleil est plus intense que dans le reste du pays, le ramdam est très-rare; d’autre part, si la maladie est dueà l’introduction dans l’œil de molécules sablonneuses ou salines, pourquoi est-elle inconnuedansledésert ? pourquoi les ouvriers qui travaillent dans les terrains nitreux n’en sont-ils pas atteints plus fréquemment que d'autres individus ? Il estdoncplus rationnel d'attribuer l'ophthalmie à des causes physiques résidant, en effet, ou dans ratinosplière, ou dans la composition du sol, mais qui ont jusqu'à présent échappé aux investigations. La suppression subite delà transpiration delà tête doit aussi être comptée au nombre des causes immédiates de l’ophthalmie; l’exemple des Bédouins, (|iii passent leur vie dans le désert à peine abrites sous de misérables tentes, et qui, malgré les vicissitudes atmosphériques auxquelles ils sont exposés, malgré leur
LUMVERS.
mauvaise nourriture et leur rude existence, n'ont jamais d'ophthalmie, est digne d’une attention sérieuse. L'unique préservatif employé par ces hommes presqtie sauvages contre toute espèce de maladies est l'ample burnous de laine qui les enveloppe constamment, quelles que soient la clialeur ou la douceur de la saison.
L’organe de la vue est encore le siège de diverses autres affections, qui sont eu général la conséquence d’ophthalmies plus ou moins répétées; de ce nombre sont Ventropion et le trichiasU. Ces deux maladies, que l’on confond souvent, sont parfaitement distinctes.
L’enfr<^io»,qui consiste dans le renversement de la paupière en dedans, provient de la cicatrisation de petits ulcérés palpébraux.
Le tricMasis n'est aue la déviation des cils ; il est indépenaant de l'état des paupières, et ne dérivé pas toujours de ropnthalmie, dont il est, au contraire, souvent la cause. On remédie facilement à ces deux maladies au moyen de petites incisions pratiquées dans lés parties malades.
Le dragonneau , dont quelques naturalistes ont nié l’existence , est un entoniozoairc , espèce de ver de la grosseur d’une corde de violon, et d’une longueur qui est rarement moindrede six pouces, et qui va quelquefois Jusqu’à quatre pieds. Le dragonneau prend naissance sur toutes les parties du corps, au nez, à la langue, au tronc, aux testicules, sur les membres supérieurs ou inférieurs , mais principatemeut sur ces derniers.
Il s’établit à la surface de la peau comme dans les tissus sous-cutanés et au centre
des articulations ; dans le premier cas, il révèle sa présence par l’apparition d’un cordon arrangé en spirale, qu'on
f>rendrait pour une veine ou un vaisseau ymphatique enflammé, et qui cause un prurit douloureux. Quand il a son siège dans le tissu cellulaire , l’engorgement qu’il provoque est plu.<i de temps a se déclarer ; apres une inflammation plus ou moins prolongée des parties envahies, l’abcès qui renferme le dragonneau laisse échapper un liquide purulent au milieu duquel on voit un gros CI blanchâtre, qui n’est autre chose qu’une des extrémités du dragonneau. On parvient
à l’extraire en le saisissant au moyen d’un morceau de diachylon , et en exerçant de temps à autre de légères tractions , jusqu’à ce qu’on l’ait fait sortir tout entier; ce qui dure souvent plusieurs jours. Mais il est surtout essentiel de ne pas brusquer l’opération ; sans quoi , comme le ver solitaire, l’animal se briserait et occasionnehiit de nouveaux accidents.
Le dragonneau était presque inconnu en Égypte avant la conquête du Sennaar par Méhéinet-Aly , et aujourd'hui il attaque de préférence les negres de l’Hedjaz, de la Nubie, de l’Éthiopie. On l’a cependant observé sur quelques Égyptiens et même sur des Europ^ns. Les causes de cette étrange atïection sont jusqu’à présent inconnues : la seule observation importante qu’on ait faite à ce sujet, c’est que les personnes attaquées du dragonneau avaient eu des rapports avec des individus atteints du meme mal. On pourrait inférer de là l’existence d’un qertain principe contagieux.
Outre les maladies dont nous venons de parler, et qui sont particulières à l’Égypte, il en est beaucoup d’autres qu'on y rencontre plus communément que dans nos climats. Telles sont la dyssenterie, les hémorrholdes , les hernies, Véléphantiasis, la lèpre, \sgale, les a/Jections calcuieuses et cérébrales, les apoplexies.
Ijk chaleur intense de l’été, et surtout l’extrême différence de température qui existe entre le jour et la nuit , contribuent activement au développement de la plupart de ces maladies. Mais , par des dispositions particulières du climat, dont la nature nous est inconnue, d’autres maladies, qui sembleraient devoir être plus fréquentes en Égypte que (wrtout ailleurs , y sont au contraire fort rares. Le tétanos, par exemple, qui est surtout propre aux climats chauds, attaque fort peu d’ Égyptiens, et on ne rencontre jamais dans ce pays de cas de goutte et d hydrophobie ; cette dernière exception est d’autant plus extraordinaire que les villes renferment unegrandequantité de chiens errants. C’est seulement au Dongolah, au Sennaar et dans le Soudan, qu’on voit fréquemment en hiver des chiens enrages.
KOVrTE
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longues et sanglantes guerres , un calcul impartial porte encore à trois millions au moins la population actuelle de l’Égrpte. A la vérité, l’absence de registres d’état civil fait qu’on ne peut appuyer cette donnée sur des statistiques ü'uneauthenticité rigoureuse. La quantité approximative des maisons, qu'on a supposé (1 ) contenir, en moyenne, huit personnes au Caire et quatre dans le reste de l’Egypte, a été pris pour base de l’évaluation. On estime à quatorze cent mille individus la population mêle, dont le tiers est en état de porter les armes.
La population se répartit à peu près de la manière suivante :
Nous ne pouvons donner, faute de documents , ni la mortalité moyenne de l'Égypte , ni même celle des principaux endroits du pays : nous dirons seulement qu’à Alexandrie le chiffre des morts s’éleva pendant longtemps à dix-sept par jour sur une population de soixante-dix mille âmes ; ce qui fait une moyenne annuelle de neuf à dix pour cent’. Cette effrayante mortalité a diminué un peu depuis le départdes troupes. D’après celSj le climat des côtes septentrionales de l'Égypte .serait plus meurtrier que celuide la Nouvelle-Orléans, de Batavia, etc. A Londres, la mortalité annuelle moyenne de toutes les classes réunies prés'ente une proportion de vingt à vingt-deux par mille. A Ceylan, parmi les troupes anglaises , la proportion la plus considérable ne monte pas au delà de trente par mille, et au cap de Bonne- Espérance, où la mortalité atteint un véritable minimum, on ne compte que neuf décès par mille Européens.