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reprendre l'avantage ; il tua beaucoup de chevaliers du parti de Rodolphe, qui lui - même fut fuit prisonnier (1355). On rapporte que dans le même temps, un géant des \\ aldstctten vint en ithétie avec de valeureux guerriers; la tradition ne donne plus de détails sur ses actions; seulement elle veut qu'en 1550 on ait retrouvé àValendaz les immenses ossements de ce géant , qui s'appelait K un, ce qui est la même chose que Kuentz ou Conrad.

l)u coté de l'Italie, les Visconti s’étaient emparés de toutes les possessions de PevcVhé de Core, Plurs , flormio, Poschiavo, Bellinzona Quand le vicomte d’ Este, sous prétexte de restaurer la liberté en Lombardie, eut conjuré la perte des Visconti, l’évêque de Coire essaya de reprendre ces riches domaines; mais ce fut pour son malheur. Sollicités par les Visconti , les cantons permirent à leur jeunesse de franchir le Saint-Gcthard , pour secourir Milan. Trois mille guerriers lirent, pour la première fois, connaître la valeur suisse en Italie.

I.e Valais n’était en communication avec la Rliétie que par le pays d’Ursern. Le Saint-Gothard réunit autour de lui toutes les vallées ; elles aboutissant au grand réservoir de l’Eu rope ; sept lacs en couvrent la sommité , et leurs eaux s’écjiappent bouillonnantes vers les différentes régions .de la terre. La Rcuss va mugir dans les épres roches des Srhellcncr. ; le Rhin s'écoule à travers les sauvages et abruptes contrées des Grisons; le Tésin , de chute en chute , blanchit de son écume le val Levantine et s’écoule dans le Pô ; enfin , le Rhône sort de son immense glacier comme d’une voûte mystérieuse, se répand en marais dans les vallées , se mêle au lac Léman, se réveille impétueux à Genève et va se perdre dans la Méditerranée.

Les sources de Reuss et du Tésin né sont séparées que par un trèspetit espace, couvert de roches éboulées et sillonné d'un sentier. C’est à ce point culminant que s’arrête toute végétation; là viennent converger et le val Lev tine et Dissentis, et les

Sclielleneu et le Valais. Ohii-ci est placé entre le Milanais et la Savoie; son histoire est mêlée à leur histoire.

Avant d'en rapporter les principaux événements, il faut accorder un regard aux institutions dece pays. Jean de titiller les comparait à celles de la Iîéotie. Depuis un temps immémorial, dit-il, le conseil ne fait rien sans la participation des sept dizains (ils sont aujourd'hui au nombre de treize); ainsi les onze lléot rques n’entreprenaient rien d'important sans avoir préalablement consulté les sénats des villes. C’est Sion ipii est la Tlièhes de cette nouvelle lléotie; mais Thèbes comm» elle élait avant que Philulniis adoucit ses mœurs sauvages par des lois. !>a puissance de l'évêque était salutaire; il la tenait des empereurs et des évêques de Coire. Cet'e puissance arrêtait les usurpations des grands et des magistrats. Ce fut grâce à son influence que Sion et Viége ne se divisèrent pas, comme Thèbes et Platée. A Sion, la commune élisait elle-même ses bourgmestres et son consul. A Viége, deux syndics administraient In ville; mais la noblesse y était plus haut ine, plus puissante. Les états, qui seuls décidaient de la paix et de la guerre, s’assemblaient dans le château de Majorie, oui domino Sion , et qui était la résidence de l’évêque. La population du Valais n’est pas généralement belle et forte comme celle du canton de Berne et des autres parties de la Suisse. Trop de crétins y sont mêlés , pour que le vovageur ne soit point péniblement affecté du spectacle qu’elle présente.

Ces êtres , véritab'e intermédiaire entre l’homme et la brute , traînent une existence inutile au milieu de leurs compatriotes. Leur rire imbécile, leur regard fixe, leur goitre aussi volumineux que leur tète , inspirent encore plus de d"goût que de pitié; ils ont un extérieur sale et rebutant , des jambes grêles et chancelantes, et ne profèrent que des sons inarticulés ; enfin ils demandent leurs aliments à la fange des ruisseaux, comme les animaux les plus immondes. Ou affirme que la présence d’un crétiu dans une famille est

regardée comme une faveur du ciel , soit que ce malheureux devienne le bouc émissaire chargé de l’expiation de tous , soit à raison de la bienveillante pitié dont la Providence entoure l’imbécillité. Mais ce préjugé, s'il a jamais existé, s’est beaucoup affaibli.

Une remarque plus juste, c’est que les étrangers qui se marient dans le Valais donnent presque toujours naissance à des crétins ; ce qui prouve que ce n’est pas un vice du sang, mais une inlluence du climat, puisqu’elle se fait plus vivement sentir à ceux qui n’en ont pas une même habitude ; enfin , il est médicalement établi que le dessèchement des marais du Rhône serait le meilleur remède à cette calamité.

Mais revenons aux siècles écoulés.

Parmi tous les nobles se distinguait Antoine de la Tour de Châtillon. A Berne, en présence de l’empereur Charles IV, il jeta le gant aux magistrats de cette ville , et Cunon de Ringenberg le ramassa ; mais Charles empêcha le duel. A cette époque aussi, Guichard de Tavelli gouvernait l’évêché avec sagesse , et , dans le bas Valais, administrait pour les comtes de Savoie. Non loin de Sion , sur une roche brisée, s’élève, contre la chaîne septentrionale, l’antique château de Séion. Le seul évêque l'habitait avec son chapelain. Un jour se présentèrent les gens de son neveu , Antoine de la Tour, avec lequel il était en contestation.Les unsprétendentquec'était pour des terres, les autres disent que Châtillon accusait l’évêque de vouloir livrer le pays à la Savoie. Tavelli s'etant refusé aux demandes de son neveu, les envoyés le saisirent, et malgré scs prières, malgré ses cris, le précipitèrent du haut des murs : de roc en roc ses membres brisés se dispersèrent en lambeaux sur les flancs de la montagne. L’indignation fut générale dans le Valais, car Guichard de Tavelli était adoré par le peuple; mais les Raron, les Blandra et d'autres grands se déclarèrent pour Châtillon. Cependant cinq dizains sur sept armèrent pour venger cet attentat ; ils prirent et ragèrent le château de Gradez ; et , près

du pont de Saint-Léonard , remportèrent une victoire complète sur les nobles. De son côté, Amédée de Savoie, qui est célèbre sous le nom de comte Vert, appuyait de ses troupes l’élection au siège de Sion d’Edouard de Savoie, prince d’ A eliaïe. Bien que h cyinte de la Tour lui edt vendu C.hâtillon , l'année vengeresse prit et rasa ce château. En vain le seigneur de Brandis vint du Siebenthal pour secourir son parent de la Tour ; il périt dans le Valais : le comte de la Tour fut obligéde quitter la contrée, et vécut à la cour de Savoie, faisant partie des conseils du prince et se distinguant par ses lumières. Dès que la peste eut tué le comte Vert, le haut Valais prit les armes, chassa Édouard d’Achaïe, envahit le bas Valais et le Chablais, et arbora sur le fort Majorie les couleurs milanaises. Amédée , que les tournois avaient fait connaître sous le nom du comte Rouge, et qui brûlait de signaler sa valeur , convoqua des guerriers •le la haute Bourgogne, du pays de Vaud, du Dauphiné, du Piémont. Il se prévalut des traités de son père avec Berne, et fit venir mille hommes aux limites de l’Oberland et du Valais ; enfin , les neveux de l’évêque Ainédée et Louis de Savoie, princes de Modène, passèrent le Saint-Bernard avec une troupe nombreuse. On vit accourir les Coligny, les Montfaucon, les Montbéliard, les Gruyère, les Granson. Ce fut le baron deôran- , son qui arma chevalier le comte de Savoie. Attaqués de tous les côtés à la fois , les Valaisans résistant à peine aux Bernois, et voyant leur pays ravagé, consentirent à une paix désavantageuse. Ils reçurent l’évêque qu’ils avaient chassé, et , ne pouvant réparer le dommage souffert par le comte de la Tour, iis promirent de lui engager Séion, Gerstenberg , Majorie et Châtillon. I.es dizains inférieurs conclurent ce traité contre le gré des dizains supérieurs; ils promirent même aux comtes de Savoie de combattre contre ceux-ci de concert avec eux. Amédée ayant été obligé de s’éloigner à cause des troubles du Moutferrat , confia

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le soin de cette guerre à Rodolphe de Gruyère, qui franchit le Sanetsch, entraîna à sa suite les soldats de Savoie, les gens de Sierre et de Louèche, et vint camper à Viége. pour pénétrer dans les hautes vallées. Ses troupes passaient la nuit dans ces nombreuses granges groupées les unes auprès des autres, comme les maisons d'un village; les habitants y mirent le feu , et tout aussitôt Pierre de Raron, commandant des Valaisans, lit une brusque attaque. Le comte de Gruyère eut beaucoup de peine à échapper. Les vainqueurs prirent le château de Blandra. Pour se venger, les Savoyards tranchèrent la tête aux deux lils’de Raron. Le vicariat de l’ernpire, conféré à la maison de Savoie par Charles IV, l'eleva fort haut; mais en même temps les comtes rendirent peu à peu Genève à ses anciennes institutions, et, grâce à la médiation de Grégoire IV , le pouvoir des évêques redevint ce qu’il était du temps d'Acron. La puissant* de la maison de Savoie, son intervention dans les affaires du Valais. et du pays de Vaut!, se fondèrent surtout sur ce vicariat impérial, en vertu duquel elle connaissait souverainement de tous les appels.

I.es comtes confirmèrent toutes les institutions de Lausanne, et ils apaisèrent les différends entre les chanoines et les bourgeois. Les foudres de l’Église effrayaient si peu ceux-ci , que Lausanne étant en interdit, on vit des laïques singer une procession , et porter, en guise d'hosties, de petits morceaux de navet. D’après la constitution qui régissait l'évêché , l’évêque était élu par le chapitre , excepté Quand le pape le nommait; ce qui était considéré comme illégal : si bien que ces évêques ne figurent pas dans la chronique épiscopale. L'emprreu r accordait aux évêques les droits régaliens, c'est-à-dire, le droit de battre monnaie , les grands chemins , les péages , les poids et mesures, les grandes amendes, les forêts. En revanche, le chapitre devait à l’empereur des prières ; il devait l’héberger quand il venait à Lausanne. Les bourgeois étaient

tenus de faire les guerres de Fêvêque à leurs frais pendant un jour; ils le défrayaient quand il se rendait à la cour pour les affaires «lu pays. Dans la ville, le pouvoir exécutif' appartenait à un sénéchal. Les grandes affaires étaient portées devant une cour composée de laïques , principalement dp la rue du Hourg. Les habitants de cette rue étaient ses conseillers , rien ne devait les empêcher d’accourir à son appel ; leurs maisons étaient franches de redevances.

Râle prospérait surtout par le commerce, et ses citoyens enrichis pourvoyaient abondamment aux besoins de la cité. Un événement affreux vint troubler le bonheur public; environ mille ans après la chute de l’Augusta des Raurnques, en l’année de notre ère 1 356 , le 8 novembre , à 6 heures du soir, la ville entière s’écroula , renversée par des secousses de tremblement de terre ; les églises , ni les murailles d'enceinte, ne furent préservées; le feu se déclara, et consuma les débris depuis Saint-Alban jusqu à la porte Saint-Jean. On rapporte que du sol jaillirent des sources (Tenu soufrée. Dans le même instant, les rochers du Blauen se partagèrent , et dans les diocèses de Bâle et de Constance, quatre-vingt-quatre châteaux tombèrent. Le Jura fut tout ébranlé, et des forêts s’abîmèrent dans ses flancs entr’ouverts.

Le duc Albert était alors l’ennemi de Bâle: on lui fit observer que la nature elle-même lui livrait la ville; qu’il la prendrait sans résistance. A Dieu ne plaise! répondit-il; Albert d'Autriche ne tuera point ceux que le bras de Dieu a blessés; et il envoya quatre cents ouvriers pour aider aiix Bâlois à enlever les décombres : en peu d’années le désastre fut réparé.

Au commencement de son règne, Charles IV s’y présenta: la ville était en interdit; car, dix-huit ans auparavant, elle avait précipité du haut de la terrasse de l'église dans le Rhin, le légat du pape , qui était venu pour excommunier Louis de Bavière. Les bourgeois demandèrent à être relevée

du ban. Charles leur dépêcha l'évêque de Bamberg, pour leur imposer la condition de ne reconnaître désormais d'autre empereur que celui que le pape reconnaîtrait, et de n’obéir a aucun autre pa|* créé par l'empereur, l.es liilois envoyèrent alois Conrad de Berenfels et Conrad Mœnch, parent de celui qui avait péri l’année précédente à enté de Jean de Laxembourg ,' père de Charles. Ces députes dirent:

Sachez , évêque de Bamberg , que feu Louis de Bavière n’est point un hérétique à nos yeux , et que nous acceptons pour empereur celui qu’élisent les électeurs. Du reste, nous vous ouvrirons nos portes quand vous nous aurez donné l’absolution.

L’évêque Jean de Vienne, le destructeur de llieune, appela, contre Itàle même, le secours de Léopo d d’Autriche: les Bélois lui avaient brillé J’orentrui. P, ur prix de l’alliance, il céda le petit Baie a Léopold , et la ville finit par lui en confirmer la possession pour une indemnité de vingtdeux mille florins. Peu de temps après, une orgie de seigneurs fut célcbree au petit Bfile avec tant de débauches , qu’ils passèrent le pont nu galop, arrivèrent sur la place de la cathédrale, et foulèrent sous leurs chevaux les habitants, outrageant aussi les femmes et les biles. La colere du peuple pensa coûter la vie au duc : hgon de Furstenberg s’enfuit. Trois seigneurs furent tués dans la cour des nobles d’F.ptingue. Ces désordres donnèrent lieu à la création d'un tribunal électif, renouvelé de six mois en six mois, et composé de dix nobles et de dix bourgeois. Il jugeait les différends entre la noblesse et la bourgeoisie. Bientôt aussi le zunflmcistcr (chef des tribus) eut entrée au conseil., et l’on adjoignit trente-six membres des tribus au conseil des nobles. Jean de Vienne, continuant ses execs, ne craignit pas d'attaquer le comte de Thierstein sur un grand chemin. On lui prit Liestal, et il fut obligé d’engager le Porentrui à Henri de Montfaucon , comte de Montbéliard.

ScüafOiouse avait une organisation

plus populaire. La division des propriétés de la noblesse rapprochait les seigneurs de la bourgeoisie. Les habitants du Klégau et iiu Hégsu s’v faisaient fréquemment recevoir. L’esprit militaire établit bientôt sa supériorité sur la domination ecclésiastique. Des entreprises communes aux nobles et aux citoyens, des efforts et des dépenses pour réparer les pertes d’un incendie, établirent une bienveillance mutuelle sous l’autorité de Léopold:

on adjoignit au conseil des douze , qui assistaient l’avoyer , d’autres corps délibérants, composés pour moitié de chacun des deux ordres.

Pendant que Zurich se disputait avec Rodolphe l'archiduc et ses successeurs , à raison du pont qu’il avait jeté sur le lac à Rapperschwyl , apparut en Alsace et en Franche -Comté le terrible Arnold de Cervola, a la tête d’une troupe, tantôt de vingt mille, tantôt de quarante mille hommes , ni avaient combattu sous le prince e Galles à la bataille de Poitiers; ees bandes erraient par toute la France.

Cervola , après avoir essayé sa valeur

fiourle roi Jean et pour le prince Phiippe, se mit à leur tête, sous le nom de l’arcliiprétre, parcourut divers pays, et s’avança vers Bâle, qui était àjiéine relevée dé scs ruines, et dont les fossés étaient encore comblés par les débris des anciennes murailles. Voyant cette ville en danger, quinze cents hommes de Solc;;rc et de Berne accoururent.

«Amis, dirent-ils, on nous envoie pour « vous sauver; nous risquerons tout « pour vous; placez-nous au poste du « péril. » Il vint aussi trois mille boulines de Zurich et des Waldsletten, de Zug et Glcrus. L’arcliiprétre changea de route et surprit Metz.

Enguerrand , comte de Coury et de Soissons, déclara la guerre aux ducs Albcit et Léopold, au sujet de In dot de sa mcrc , In fille de Léopold qui combattit a Morgnrten ;cettedot se composait de l’Argovie et de l'Alsace. Enguerrand était gendre du roi d’Angleterre, Édouard III; il attira donc aisément à sa suite beaucoup de guerriers anglais, fatigués de l’inaction où les lais*

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saient la vieillesse de leur roi et l’épuisement du prince de Galles. Aussi son expédition est-elle regardée comme la seconde incursion d’ Anglais dans ces contrées, quoiqu'il eût sous ses ordres des Flamands, des Lorrains, des Comtois. Ses soldats arrivèrent en Alsace

fiar Montbéliard et par Saverne. Coucy ui-mênie commandait quinze cents casques ; il avait près de lui Jevvan-ap- Eynion-ap-Griffitn ; c’était un descendant des guerriers qui , neuf cents ans " auparavant, s’étaient retirés dans le pays de Galles, à l’approche des Anglo-Saxons. Pour lui, il avait défendu Henri de Transtamare et le trdue de Castil.e contre le prince Noir lui-inéme, et redoutait peu Edouard d’Angleterre.

Beaucoup de comtes et de nobles marchaient encore avec Enguerrund, et dans ses troupes on distinguait surtout six mille Anglais aux casques dorés, a la cuirasse brillante. Ils étaient bien montés, portaient de beaux cuissards , et leurs harnachements étaient d’argent. Cette troupe ne causait point de degtlt, n’acceptait que du pain et du vin, et protégeait le paysan quand il implorait son appui; enfin, sans les exces des jeunes gens envers les femmes , on n’aurait eu aucune plainte à faire, cat leur général attendait de la discipline sécurité et victoire.

Léopold implora le secours desNValdstetten ; mais Schwytz , à rassemblée des cantons , soutint qu’il n'y avait nulle raison de défendre l’ Vrgovie au prolit de Léopold, qui n'avait jamais fait de bien aux confédérés , contre Coucy, qui ne leur avait jamais fait de mal. Berne représenta que son territoire était menacé, et qu’elle ne pouvait pas, à l’exemple des montagnards, se contenter d’attendre l'ennemi. Zurich (it de même. Ces villes organisèrent donc une ligne de défense depuis l’Aar au Rhin. Coucy s’avança , et pendant trois jours Bâle vit déliler ses troupes. La consternation lut générale: tous les passages qui devaient être gardés venaient d’être abandonnés. L’ennemi campa dans les villages qui sont entre Bur. n et Olten, sur les «eux rives de l’Aar. Tout le pays , de-

puis le lac de Neufchdtcl jusqu’aux Alpes, et jusqu’aux frontières Je Zurich, fut dévasté, pillé, mis à contribution; il en résulta une telle famine, que les loups pénétraient jusque dans les villes. L’F.ntlibuch seul sut se préserver par la valeur de ses habitants, qui repoussèrent toujours l'ennemi.

Leur exemple inspira une noble ardeur aux Luceruois et à l’Unterwald.

Bien uue Lucerne fût fermée, la jeunesse franchissait les murailles, on se rassemblait dans l’Entlihuch. F.nfin , cette troupe se jeta sur un rorps de trois mille hommes qui, de Wgllisau, se rendaient a Riiszwyl , dépendance du château de AVollhaiisen. (Quoique les agresseurs ne fussent que six cents, iis taillèrent les Anglais en pièces auprès du vjHagede Ruttisboltz , au sud-ouest du lac de Sempach, dont le nom devait être bientôt illustré par une plus grande action. On y montre encore un monticule appelé Kng/ander-Hiigel , ou mont des Anglais, parce qu’lis v furent entassés et recouverts de terre.

Les vainqueurs revinrent dans leur pays sur des chevaux anglais , avec de riches armures.... L’un des seigneurs fugitifs s'etant enfermé dans son château, et voyant passer un pavsnn revêtu d'une armure : Oh ! noble chevalier de noble sang , s’écria-t-ildans sa douleur, se peut-il gu’ un paysan porte ta cuirasse • Un guerrier d'Entlihiich l’ayant entendu, lui cria: C'e/a s’explique aisément ; car aujourd’hui nous avons mêle le noble sang au sang des chevaux- Les Bernois aussi faisaient une guerre de partisans. Le soir de Noël, ils parurent auprès d’Ins avec les habitants de I.aupen et de Ni 'au , et jetant de grands cris, ils surprirent la troupe du sire de Frant. Le redoutable Jewan-ap-Evnion-ap -Griffith avait trois cents chevaux a Frauenhruunen , eouvpnt entre Soleure et Berne : à la Saint-Jean l’évangéliste , par une des nuits les plus froides de l’hiver, ils l’éveillèrent deux heures avant Ij jour, en [lotissant de grands cris. On se battit avec acharnement , surtout dans le cloître ; il y périt beaucoup de chevaliers. Le leu

prit au couvent ; déjà huit cents Anglais étaient tombés; Jewan prit la fuite. Les Bernois revinrent dans leur ville avec trois bannières, chargés de butin, en chantant une chanson dans laquelle Berne est appelée lu demeure des héros.

Lorsque Enguerrand vit s’accroître de jour en jour le nombre des ennemis, lorsqu’il vit ses troupes épuisées par le froid et la faim , il reprit le chemin de l'Alsace. Il n’avait pu conquérir que Buren et Nidau, que l’Autriche lui céda en garantie de la dot de" sa mère. C’était un brave, renommé par la noblesse de son caractère et la prudence de scs conseils.

Il eut la générosité de refuser le titre de connétable de France , parce qu’Olivier Clisson lui en paraissait plus digne. Coucy combattit en héros à la bataille de iNicopolis, tomba au pouvoir de Bajazct, et mourut en Asie.

Rodolphe de Kybourg venait d'acquérir un châteaii fort appelé Bipp, non loin de Soleure. Il offrait ses services en aventurier. Après avoir fait la guerre en Italie sans profit pour lui , il revint dans sa patrie et conçut l’audacieux projet de s'emparer de Soleure par une surprise nocturne, de prendre Aarbcrg aux Bernois, et de rentrer en possession de Thoun , que Hartman son père leur avait engagée.

On croit que le duc Léopold n'ignorait pas ce coupable projet. Il était en contestation avec Soleure sur la possession de quelques villages. Rodolphe de Kybourg s’entendit avec Jean de Stcin , chanoine de Saint-Ours, dont la maison touchait à In muraille, et en obtint qu'il le laissât pénétrer dans la ville. Il convint ensuite avec Thiébaut de Neufchâtel , en haute Bourgogne , que lui -même et ce seigneur se trouveraient chacun avec cent lances devant Soleure dans la nuit de la Saint-Martin : un tiers du butin, un tiers des prisonniers seraient abandonnés aux soldats pour leur paye; le reste serait partagé. Rodolphe resterait maître de Soleùre, et Thiébaut lui fournirait vingt lances qu'il garderait tant qu’il en aurait besoin. Chez le chanoine , on préparait

des cordes, et, pour surprendre les magistrats sans qu’ils fussent avertis , des draps enveloppèrent le battant de la cloche du tocsin. Déjà la nuit descendait des montagnes , déjà les guerriers s'approchaient des murailles.

Vers minuit, la garde d’une porte fut appelée vivement par une voix inconnue. Un |»aysau de Rumisberg avait eu connaissance du complot , et était accouru par des chemins détournés.

Son récit se trouva confirmé quand on voulut sonner le tocsin , et que la cloche ne rendit aucun son. On s’empara de Jean de Stcin ; on sonna toutes ies cloches, on éveilla toute la bourgeoisie , on courut aux murailles. Dans sa rage, Rodolphe ravagea les jardins et les fermes voisines; il faisait pendre aux arbres tous ceux qu’il rencontrait. Le chanoine, après avoir été dégradé de ses dignités ecclésiastiques par l’évêque de Lausanne, fut écartelé à Soleure. On prit même à l’abbaye la dime qu'elle avait à Selpaeh; il tut décrété qu’annuellement on ferait présent à Jean Rott, le paysan de Rümisberg, d’un habit rouge et blanc (ce sont les couleurs de la ville). Ce cadeau se perpétua en faveur de l’aîné de ses descendants , et, en commémoration de ce fait , une inscription en caractères fondus fut placée sur le portail de l’église de Saint-Ours.

Le lendemain, la ville envoya à Berne, lui rappelant qu’elle l'avait secourue, et lui demandant de participer à sa vengeance : tout aussitôt les Bernois s’emparèrent de tout le pays de Thoun; puis, comme Rodolphe était l'homme lige de Léopold, les confédérés se réunirent à Lucerne, et la diète députa quelques-uns de ses membres vers Léopold. On lui demanda quelle part il prenait à la tentative et au malheur du comte ; Léopold dit : Qu'il réponde seul de ce qu'il a fait sans moi ; je n'empocherai pas les Suisses de lui faire la uerre. Les hostilités recommencèrent ientôt : nous ne nommerons pas ici tous les châteaux pris par les Bernois sur les Kvbourg et leurs amis; mais l'attaque de Bourgdorf mérite d’être

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rapportée. Citait la principale ville Ziil'm-ei. Les comtes a'nndonrèrent à de la maison de Ky bourg. Berne y regret leur v ieilie résidence , et se iêappela les Waldstetten , qui y cnwvè- sérièrent le château de Landshut et rent toutes teurs forces, ainsi que (.u- les droits du laudgrav iat. Bet ne concerne. Zurich fourirt quatre cents liom- (irma aux citoyens de Rurgdorf et de mes; il y en eut deux cents de Zug, Tlioun la possession de leurs liberautant dé Glarus. En y joignant les tés, en les îëlicitnnt de n’avoir desor- C( .utingents de ?ieufri dtel et de la mais pour mal res que ceux qui rele- Sa-oie, enfin les Bernois eu\-niéinrs, vaie t inum diateu eut de l’empire. Fn rariuée comptait plus de quin/.e mi le général , les Bei i ois i rolitérent du déhommes. Les machines et le train de .-ordre des affaires des ducs d'Ai trisiège ne manquaient pas. Apres un cher pour payer ces importantes acsiége de trois semaines, on conclut nuisidoiis, leur patriotisme se oon- Uue suspension d’armes, et il lut cou- damna à d’immenses sairifices; provenu que Burgdorf se re..d< a:t si elle dai.t dix ans, chacun donna pour impôt n’était secourue. Coût rairen eut a ci tte le quarantième de sa fortune, les convention, le comte Henri de Mont- comtes de Kvlmurg devinrent bourfort jeta deux ceu.s hommes dans la giois de lîen.e. Tel lut le risultat de place. Trois cents attires vinrent à l'audacieuse entreprise de Rodolphe travers l'Argovie autrichienne, et caiti- contre Seleure. pèrent a peu de distance des confedé- Ledédaiti des se:gncttrs pour le peures. Ije delai expiré, Rerthold de K y- pleet les exactions des bai. lis excitaient bourg préti nd t pie Montfort ui la sait l'indignation générale. Le duc I éopold violence, et l'empêchait d'ouvrir la lui-même prevoy..it ce qu'il en pouva.t vi.le, comnn* il l'avait pn mis. Les résulter de ma heurs; souvent il le Suisses, qui manquait nt de tout , se prédisait. Les villes se liguaient les retirèrent. A I crue, on en niuruiiirn; unes avec les Mitres po: r assurer la on dit, ou répéta que si Rodolphe de lilieite du commerce, taudis que le Kyhourg u'avait eu quelques hommes pâtre, lier de son indé|r uduucp. resliges parmi les s< na teurs , il ne s’en ta t sans alarme au militu de ses u miserait |ias tire à si bon marché, fin t.gncs inaccessibles. I .es uJiles se accusait d'ailleurs ce peiit nonihre de voy.int eu butte a la haiue universelle, familles qui se perpétuaient dans le conclurent me vaste alliance, qui fut pouvoir et roii-tiluaieut une aristo- ap|ielée ('Associa. ion du l.icn; e le cratie. On se plaignait qu't n li ent pas s'étendait jusque dans les Buy -Bas, rembourse aux (xmrgcois l'emprunt et dev inl a autant p.tis redoutable que love pour 1'acquisitiori de 'Ihoiiu. Le les faibles mains de N enceslas laisniécoiitentemei't «data vers le carna- saient écliapi er les rênes de l'empire, val; lu bourgeoisie se réunit , des i- Bâle se joignit à la société du l.i<n, tua tous les conseillers qui lui déplni- et cet exem le fut suivi par lieuticoup saient, et ne maintint que l’avoyer d'autres villes. Les Râlois pu mirent Otlion de Rubeukerg et quatre autres, d'assister la snciité par I envoi de On ne se porta à aucun excès, et l'on cinq lances, chacune de cinq < hevanx, jura une convention qui ramenait à et de norh r ee secours d. iis les diola franche t xeemii n de la eousii.iition lèses de Bille, de Str. sbourg, et dans de Frédéric, enassuraiit !e renouvelle- le Wiirteml erg. Les « l.evuliers s'engament annuel du conseil et l'exclusion gèrent a prendre fait et cause jour la des boulines liges de sei neurs e.ran- ville dans tout le rayon de la .igné, en gers. L’affaire de Burgdorf se ter- Alsace, en Lorraine, i n S*. Italie, en mina iwr une vente à l'an ialile. Berne Franconc. I ici rôt la ligue du lion paya les dettes des Kylniurg, et le s'unit a la société dp Saint-Georges, 7 auüt 1351, Envoyer de Burgdorf au conitp F.lnrhard de \\ ui tetnherg , ouvrit au> Bernois cette cité , fondée aux ‘illes de Souabe et de Francocciiime Berne par le duc Bertbold de nie. Ou stipula que Léopold serait fi i.lrrahnit. (Sll.ssK. ) t»

*5 L’Uni VERS.

secondé dans tontes ses guerres ; mais les viiles se détaillèrent peu a peu de cette allian e. I.es seigneurs et les chevaliers , dont les habitudes sy ui|mtlusaieiit avec cédés du due, y furent plus tdèles. Cim|uante-une viiles des b. rds du Khin, de la Souabe et de Franconie, cleiiianderent a être admises dans la confédération suisse. I.es nôtres de Scliwytz rejetèrent cette demande au nom des quatre cantons.

Ils disaient qu'il ne leur fallait, pour garder leur indépendance , que I aide de Dieu , de leur bras droit et de leurs déldés. Quant aux affaires d'autrui. ils ne voulaient po nt s'en mêler. Cependant Xiirieh, Heine, Soleure et Zug conclurent un traite de neuf ans avec les villes allemandes, l.ueerne s'engagea à eomliattre si Ziiricli l’en sommait. I.étipt Id et. il venu à Zurich vers cette époque; il avait récemment acquis Lamitiiliomg de la même branche de Kyhou.-g qui avait vendu aux Ile mois I butin tt Burgdorl , et a son trere Rnppersehvvyl. La il reçut tes envoyés de Scliv v iz,qui se plaignaient d'un péage, et ceux de Lucerne , qui demaiiitau ut l'abalitioii de celui île Rnlei. bourg.

Léopcld maint i..t celui-ci et supprima l'autre. Les I ucernois en furent Irèsniécoiitents. Sur ces entretîntes , le due déchira la guerre à la ligue tics villes, et rechercha l'amitié des Suisses : a cet elfel , il leur envoya Yui.ler, bourgeois de Zurich, Lotis de Homs.ein et l Irica de Kern te. Les Suisses v mirent pour condition que, dans les étals voisins, Léopold abolirait tous les péages, l'end, nt la négociation , le prince avait divisé baniauee des villes; il et.it moins 'disp. sC à rien ceder. Ups lors ses lüiilhs prirent un langage plus I1..11taiu, et tes Suisses, pleins de méfiance, j tirent prévoir une r..pture. On était dans «es dispositions, quand lu inire annuelle de Saint-Thomas en l.t naître l’oerusion. S it vente, suit .mention, on répand t le hrt.il que les Ziiiictois en voulaient profiler pour s'emparer de Rap, tfschvvyl , iù elle se tenait.

IIS »f attendaient , disuit-on, que l'ar-

rivée des bateaux de Clara» , que l on avait vus a Pleflikon chargés ifhniiiuies bien armes. Trompé ou trompeur , le commandant de Rapper- Schvwl lit, eu toute liate, venir Henri Gessli r avec la garnison de Cruuingeu, fort voisin de Rapperschwvl. Les Zurichois s'embarquèrent , et « eux de Clams , avertis a ti mps , n'airivèri ut point. l.'Aui riche accusa les uns et les autres de violation des traites.

Quelques jours apres, te seignpttr du château de Kotcnbourg, où était le nouveau (nage, étant sorti avec ses gens, pour assister à une fête religieuse, les magistrats de Lucerne ne purent contenir la euuesse, qui s'empara de ce furt par une incursion subite, le démantela, et de ses murailles eoiulna ses lusses. Lucerne ne se borna pas là , elle donna dre.it de bourgeoise aux habi.ants de l’Kntlibnch. l’ii rre de Thoibeig auquel était engage l'impiit , l.t me tre a 11 ort les aut. tirs de celte négociation , car il ac. aidait le pavs si us le poids de ses exacii us, et il voyait avec peine le prix de ses rapines échapper a sa i ù- I r ci te; tout aummçait une guerre piocliaine. I.es confédérés et lent encore aigris de la tentative de Rodolphe de Kybcurg sur Soleure ; les Zurichois songeaient avec iniliguatiou a finsuite île Uapperschw yl. I ùrerne, prévoyant In vengeanre dès nihles, appelai les cau'ons a son aide : ils vinrent se ranger sons son activer Pii rre deüuii- 'tkihiingeii. Il fa lait punir Pierre de ’lborleig de ses t rtiuiiies. I.es châteaux de AVo lliausen et de Kapfeuberg Itnenl rast-s. On attatjiia et détruisit Hnltlegk , qui appartenait au seigneur ce li ii.ei herg. puis l’ami ue l ie.cn et Rheiuacli; an marcha sur Seballlangeii , et, d .11s le trajet, cm lut le oint |Kir les habitants de Sempnch, petite ville de l'Argovie, relevi.nt dcc dues : ils désiraient depuis longtemps se joindre aux Suisses.

Quand Lit), o d vint en Argovie, l'exasperatitiu tics grands était idle, qu'en 1110 ns tle ilim/.e jouis les Smss s reçiimil les ilts lur.it ions de guerre tle cvul soixante-sept seigneurs, tant ial-

SUISSE

SUISSE

qnrt qu’erclési astiques. Parmi letira

ennemis, on voyait trois margraves de Haden , puis Klierhard et Ulrich de Wurtemberg , des lumdenherg, des Kvbotirg; quiconque voulait effacer les souvenirs de Morgarten, de l'jçiwyl, de l.aupen; quiconque ava l un miut a transmettre , une epée à illustrer. Vingt messages apportèrent aux confédérés les délis des grands : on voulait ainsi renouveler incessamment leur effroi; les uns n'rtiieiil pas encore kis que déjà on en apportait d’autres.

I>es Waldslellen appelèrent les Bernois, qui répomlireut qu’il s'en fallait encore de quelques m is que leur trêve avec Léopold ne fût expirée, qu'ils étaient épuisés d'argent; enlin on refusa, et i» gio.re de Scmpnch manquera toujours à Berne. Cependant les hostilités commençaient. la*s bourg ois de Mayenberg trahirent leur garnison suisse : deux cents hommes oe Lucerne et de Zug, attirés hors de la place , forent taillés en pièces par l'ennemi comité dans une embuscade ; le reste de la garnison mit le feu à la ville et s’en alla. D’un autre cote < Reicheiisée , fidcle aux confédérés , fut prise, et tout ce que la flamme ne dévora point tomba sous le 1er. Quoique Glarus fut ouvert aux forces emienurs, il y eut beaucoup de noblesse dans sa conduite. On lit dire au duc eue la cause des confédérés était celle de Giarus ; seize cents hommes de ce caillou, des \V aldstelten, de Zug et de Lucerne, allèrent prendre position dans Ziiricii. Ims Loupes de Lru|xild s’étaient rassemblées a Badru, d'où l’on étui' parti soixante et onze ans auparavant pour Morgarten. Le duc voulut qu’un corps ooi.sidcr.ible demeurât à Bro ek, sous le commandement de Jean de Bonvtctlen, afin que Zurich en fut toujours menacée. Quant a lui, il irait avec les chevaliers punir Seinpa ii . « sa défection, puis il s’emparerait de Lucerue, le boulevard des VV'aldstetten , avant que le. confédérés pussent quitter Zliruh. Dès que les dusses connurent sa marche, ils pensèrent que les grands coups seraient porta* « l'eu droit où était Léopold. et

que rien d’important ne se ferait sans lui. Ils résolurent donc d'abandonner Zurich a la garde de ses citoyen* , et ils mareliérent sur Semparli, selon la belle expression de Jean de Mül.er, le petit nombre contre le grand i ombre, avec Dieu et pour la patrie. Chemin faisant, beaucoup Je braves s'associaient à cette vaillante troupe, la* jour même où ils arrivèrent dans l’Argovie, les Bernois

Kirurent devant le château de llasen- >urg , non loin de Scinpach : en apparence, cette expéditi n avait pour but de terminer leur d flférrt.d avec la veuve de Jean d’Aarberg; mais ils voulaient, sansdnu.e, se tenir à poitee de couvrir Lucerne, si l^opold eût remporte la victoire, ou de le prendre en queue, alin que les confédérés eussent le temps de se rallier.

Sempach est situé au milieu de collines boisées; un lac réfléchit dans ses ondes limpides les vergers fertiles qui l'entourent. !,esconféderesse postèrent sur les huuteurs.dui.sune forêt d’où leurs regards pouvaient parcourir le cl amp de Ivataille de Butisholtz , sur lequel naguère les campagnards de l'Entlibuch avaient vaincu .es fondes aguerries d’Knguerrand de flouey Le 9 juin ils virent arriver l'enncmi.'t.’etait une lielle cavalerie, aux armes resplendissantes, à l'aspect be.liqueux; chaque baron avait sa troupe, chaque avoier marcliail à la tète des guerriers dé sa ville ; les mercenaires composaient l’iiifanter.e : enlin on amenait un grand train de machines pour réduire Sempach. Les Suisses distinguaient dans ccs rangs, Hermann de Grunenberg , contre lequel ils avaient pris Kntén- Ixinrg, les Gesslcr, leurs éternels ennemis, et une multitude île seigneurs; mais le plus remarqua. .le pur sa beauté, sou air martial et son ardeur, C’était Léopold lui-même, alors âgé de trentesept ans. Ses troupes ravageaient les mois vous, et ses chevaliers caracolaient autour des murailles, insultant 1rs bourgeois, et se promettant de vaincre les paysans sui.ses sans attendre rinfuiilenV. Voyant l'ei.neini sur les hauteurs, le duc ne se souvint pas que les attaques de cavalerie se fout

L'LWI VERS.

avec avantage en montant ; i! jugea cunvenah.e de taire mettre pied a terre a se» cavaliers, et ne réfléchit pas qu’ils aurai ut de la peine a se mouvoir sous hur pesante armure. Il lit serrer les rangs e*. erois r les lances : c’était une ’orét i.np n ‘trahie. Le lai dgraie d'Alsace, Jean d’Ocliseï s’ein Commandait sous l.èo| old, et Frédéric de Z l.ern, surnommé le comte ISoir, conduisait l’avant - parue avec Jean d’OIierkirch ; mais I avant-paid • lut mise a la (pieue; il fallait que le champ t'dt libre à l'impétuosité des chevaliers. Cependant Jean de Hasenbourg, en vieux guerrier qui avait observé Tordre de bataille des Suisses, avertit cette noblesse que l’orgueil ne servait qu’a se perdre, qu’il serait lion de faire venir le eorps de lionstetten. On se rit de sa prévoyance, et Léopold repoussa les conseils de ceux qui rengageaient à ne point exposer sa |ier- •soune. Quoi, s'écria-t-il , je serais donc impaxsib'e spectateur de la mort de mes chei allers! ici, dans mon pays, pour mon peuple, je saurai vaincre ou périr arec vous. Quand la noblesse mit pied à terre, les Suisses, qui ne l’eussent point attaquée dans a pl due, sortirent île la fort’t : leurs armes étaient faillies et court -s; la plupart, pour toute dé.ense, s'étaient attaché une planche au liras gauci.e en guise de bou- lier. Quatre cents l.ucernois, neuf cents hommes d.-s AValdstetten , cent combattants de Glir.is, Zug et Gersau, c’était toute Carnée; mais dans leurs mains avaient passé qu Iques-unes des hallebardes de Morgarten; mais la mort n’était à leurs veux qu’un passage à l’immortalité: ils tombèrent à genoux, et, selon le vieil usage, ils invoquèrent Dieu. Pendant ce temps, Léopold armât des cltexaliers. Le soleil était déjà fort e eve , la journée était chaude et le ciel orageux.

S'étant relevés après leur prière, les Suisses coururent a trnver- champs en poussant de grands cris; i s furent reçus par m.e murai le de houeli ts hérissée de linces. La bannière de l.uceriie Cal'.iqua sans liés*, »r : ni iis

en vain elle cherchait à y pénétrer:

les Aulric.driis s’étendaient eu demilune a droite et à gauche, ■ t Menaçaient de cerrer la petite aimée des conféilér, s. L’avoyer de Lucerne, Petcimann de Gm di.ld ngen, tomba blessé a mort , et ai. tour de lui üenuroup île braves. « Frappez sur les l.i neex, elles sont creuses,* s’écria A ntoin ' du Pont, Milanais, qui comha’tait dans le e ntingenl d l ri ; mais les efforts des Suisses étaient s ns résultat, car les lances brisi es étai nt remplacées à l'i. s ant même. Heureusement que les mouvements de l'ennemi étaient difficiles , et que sa demi-lune ne s'achevait point; mais les rangs étaient immuables et fermes, et déjà plus de so Xante Suisses étaient moi fs. Ou redoutait quelque rmbikl.e, on craignait l’arrivée île lîoustet en.

Duuscet instant d’indec sien, un homme d't nterwad, Arnold Stiutthan de AV'inkelried , s’élança à la tête des conléderés : Compagnons , dii-il , je vais vous J rager un passage: prenez soin de ma femme et de mes enjants. Aussitôt il embrasse quelques lances, les réunit, les enfonce dans sa poitrine, et les entraîne dans sa chute. l,es ci nféderes franchissent son cadavre , se serrent les uns a la suite des autres; l'ennemi étonné cherche à remp.ir ie vide; on se foule, on s’éciase, et lieaueoiipde seigneurs |iérisseiit étouffes sans être frappes. Du liant de la forêt , de nouveaux combattants accourent : le terrible bâtard de brandis, l'org leideux Frieshard, expirent en ce moment, deux qui gardaient les < lievaux vovant le sort lin combat tourner contre leurs maîtres, s’en uirent avec eux. La bannière d’Autriche tomba, Uiri. h d'Aarhourg la releva, l’agita et tomba lui-même; l é< |k> d alors la reçut de sa main défaillante et l’elcva de nouveau au- dessus de sa tiouiie.

La bannière de T> roi, celle de H.dsb mrg étau nt d à enversées , et sur elles Ulrich d'ùr.ein our.: , ’lhuring de lla.ewyl. La |xrire..t les Lichtens.ein , qua.re frères de Habsbourg, Hermann d’Kscbenz it ses deux fils, margraxe de HoCnlierg, Ollmn de

SUISSK. M

Pari», c^nseiler du dur. le comte de Tli'erstein, Fierre d'A'trberg, le noble chevalier de Mullinen a>e‘ cinq guerriers de son nom. Léopold s'écria : J'ai conduit a ta mo-t tant de • com'es, tant de cherat'e-s; je ceux « lo/atement mourir arec eux, » et, sedert bant aux regards de scs amis, il chercha la mort d ins les rangs ennemis; mais il ne voulait pas mourir sans tuer I eaucotip de Suisses : dé à tombé, il lutte contré la pesanteur de son armure, i> ur se relever et combattre encore. I n guerrier de Schwytz survint pendant qu'il essayait <> se mettre de. ont : « >e suis le prince d' tutriche lui cria Léopold ; mais soit qu'il ne l'e tendit pas, soit qu’il ne le crtlt pas, ou qu'il pensât que le combat ne connaît pas de distinction, ii le tua. Alors Matterer, qui poitait la bannière de Frilioiirg en Prisgau, l'aperçut, laissa é happer sa bannière et se jeta sur son corps pour le préserver: il mourut en rempbssaut ce pieux devoir, et dans le même lieu combattit jusqu'à la dernière goutte de son sang Rodolphe de Schuman.

Quand les Autrichiens connurent cet événement, ils prirent la fu te. Les chevaliers dém uni iipnt leurs chevaux; mais une poussière lointaine leur fit connaît e l'mfid. lité de leurs gaidiens. Accablés sous leurs armures, étouffés de chaleur, épuisés de soif, ils ne pouvaient p is que vendre chèrement leur vie. i.es confédérés perdirent le landamman d*l ri et un landnmman d’I’ntcrwald ; l'avov er Petcricann de Oimdoidîngen était expirant sur le cliamp de bataille; un Luc mois vint Ici demander ses dernières volontés:

Dis a nos concitoyens , répondit-il , de ne pas conté • er désormais ta charge d" tutoyer pour plus d'une année ; (lisleur que c'est te dernier conseil de Gmaotdingen , et qu'il leur souhai.e à jamais bonheur et victoire. Dans I année ennemie, le vieux Haseuhourg était mort avec Jean d’Ochsenstein , qui s’était moqué de sa prudence. On comptait parmi les tués, Sigefroi d'F.r- Jj'ch, d'une maison dont les armes ne uevuient j>as être heureuses contre la

liberté, un Rnthmshausen , un Rerenfels. un Flnehsland , tous les Reinaeh, à réception d’un seul(*),q i'o.. avait emporté parce qu’il s'était blessé par maladies.se au commencement de la bataille, en voulant aha.tre le bec u« si chaussure, comme l'avaient fait les autres chevaliers en mettant pied à terre. La p'npnrt des avovers des villes autrichiennes périrent', et les S ii'ssps s’emparèrent de presque foutus les bannières. Nicolas Tliut, avoyer de Zolingen. déchira la sienne;' et quand i n le d. couvrit parmi les radavres,il en tenait encore le bâton serre entre ses dents. Depuis, on insé a dans Ip serment des a oyers de Zofingen.

la promesse de conserver la banuiéic roninif Nicolas Tliut. Il resta sur i* champ de b ua’.le siv crn’s cinquni ta comtes, barons ou chevaliers. I as ue tuer, les Suisses s'abandonnèrent au désir du butin, les Autrichiens au drs r de vivre. Le lendemain, une troiijede f.ivards fut atteinte à Sursée et taillée en pièces , puis < n accorda une treve pour eu'errer les morts. Le duc et soixante autres cheva iers furent:

portés à Kœnigsfelden , et vingt seigneurs de l'Argovie ayant été rendus aux sépultures de famille , tout le reste fut inhumé sur la plaee. Deux cenis confédérés reçurent les dern ers devoirs à Lucerne. Les vainqueins rxtèi ent trois jours sur le champ de bataille, puis ils se mirent en marche avec quinze bannières, et rentrèrent dans leur patrie en chantant leur victoire.

Le fils du duc Léopold leur envoya une nouvelle déclaration do guerre, et les hostilités continuèrent sur différents itoii.ts. Les Rémois, à l’expira ion rie la trêve de Tluuberg, brillèrent beaucoup de château», ravagèrent le pays de Fribourg er.

se fortifièrent dans l’Oherland , eu recevant spus leur protection l'Ober-

(*) Te Rcin-eli vint ensuite .«'établir -n Alsace. r'V.Ï i|t* lui ijtic -nul issues les diverses hranelies île relie itluslre famille à la- <|"ellc aj qiai lient Al. le baron du Kciiuril , pair île France.

I/UNÎT1CRS.

sfelienHial. Cependant tas Fribourgeois se montrèrent subitement à ta vue die Berne; an lien d’en être effrayée, toute la population s'élança sur i’ennemi et le battit. De leur côté, les Lucemois et les Zurichois rasèrent des châteaux, dont i.s jetaient quel-

?ue fois la garnison par dessus les murs, .es Zurichois se distinguèrent surtout dans un tombât contre un commandant autrichien, Trucbses de Wnldhoorg; l’action eut lieu près de Kriihen- Stein. Cinq attaques furent vaillamment rejHiussées par un petit nombre de braves, que le cltevatier Pierre Dtirr, leur capitaine , avait réunis dans l’associalion du Renar<l, et qui devaient mourir l’un pour l’autre, comme cuez les Théhains le bataillon des amis.

Le tour deGlams était venu dedonneratix armes ds confédérés un nouvel écint.Wesen, au bord du lac.de W ahlenstnilt, éta teimemie de ce pays : il y avait en déjà des coin rats, lais W aldst tten furent forcés t!e l’occuper ; la garnison s’enfu t. Pour remplacer le gouverneur autrichien , Zurich , les Waldst elten, Glartis, eurent a nommer tour à tour mi magistrat, dont les Ion. tions dureraient quatre mais, lui possession de cette vide • tait importante, parce qu'elle interceptait les relations des cantons avec Glarus, et en rendait par conséquent la conquête plus facile aux Autrichiens. Il y eut une trêve de six mois avec les ducs; cette trêve est appelée la tuf chaut e pair, à cause île toutes les perfidies qui signalèrent sa courte durée. Iu*s esprits s'aigrirent de plus en plus : l’exasperation en vint à ce point que quiconque, riiez les Suisses, aurait porté sur son riia|»e.iu ou sur son casque des plumes de |iaon, «H été à l’instant mis en pièces, parce

Îue c’était l’ornement favori des ducs.

I n’y avait plus de pion dans tout le pays; la haine inspirée pour tout ce qui rappelait ce symbole, était telle, qu’un jour les rayons du soleil avant produit les cou .ours de cet oiseau dans le verre d’un buveur, il .e brisa d’un coup d’épee en proférant mille impre- . cations. Les (Harnais profilèrent de ce repos momentané pour se donuer des

lois sages , font en respectant les droits de Ta baye de Seckingen, dont l'ail vocatie appartenait aux dues; mais ils interdirent à tout hanitant du pays d'en fi re le rei-eveur. sachant trop" ce que le désir d'un emploi I cratif peut inspirer de sentiments bas et serviles.

Wesen regrettait ses anciens maîtres ; les bourgeois tramèrent une conspiration; ils se ménagèrent des intelligences avec le comte de W'erdeni erg et Sargans, et avec Arnold Hrueli, commandant de W'indegk. Des so.duts cachés dans des tonneaux lurent introduits ri gardes au ;oi:d des caves.

Pour evi;er I s soudons, ou afe.ta de demander des renforts a Gianis , bous prétexte du vo ,-inage des Autrichiei.s, et en effet, Arnold H rueh simula plus.eurs attaques. Glarus envoya doue cinquante hommes. Ci. q jours avant l’expiration de la trêve, (foiintd d'Au, q ie le pays avait nommé gouverneur , assembla la communauté et iui lit part des movens de d. fense qu'il avait | réparés. Ôn l'ecoutu avec une teinte* nppr baticn ; mais, dans la nuit , vinrent du côté du lac 1rs troupes de Sargans, et de l'autre côté, celles de Kappei sdiwyl , de Kyhourg, de Tockennourg, etc. Il veut tout à coup six mille liommei (levant Wesen. A un signal donné , on éc aira la vilie, on rompit les ponts, on ouvrit les portes; Conrad d'Au, le banneret Tschudi et trente Glarnais furent massacres, vingt deux sautèrent du liant des murs dans le lac. Au point du jour, ils rencontrèrent leurs compatriotes, qui venaient renforcer Wesen, et i:s prirent pus tion avec eux sur la frontière, i (certains de leur salut.

Pendant trois semaines, mille guerriers demeurèrent sous les armes , à l'entrée de la vunée : également éloignés d'un fol orgueil et d'un découragement funeste, ils firent des piopositionsdepai.x; mais il leur fut répondu avec une mt.ih rable hauteur. Ou exigea qu ils obéissent comme des serfs , qu’ils n’eussent plus de lois que la volonté du maître, plus d'alliances que celles qu'il autoriserait, et surtout on leur ordouua de rompre tout pu, te avec

■ Sül's~,B.

les Suisses. î)e plus , on les condamnait à (laver leilomniagé souffert piir Wesen. Os ron II ions, quoique fort dures, eussent été a 'eentees ; irais celle oui d'vail changr leurs rapports avec! s canlms, leur parut intolérable; ils refusèrent, et subirent les iléil uns îles conseillers autrichiens et la risee des liabitnnts de Wesen. On arma doue, et l’on se rassembla ila .s cette v II ■. I.e commandeme I supéri ur lut conférés Jean de Werdeulvrg. Pierre de Ihorbeig et Jean de Weiden >erg conduisirent, l'un leçon ingent de la I h .r- (fuiie, l’autre ce ui de i’ Argovie. .le n de Kliugenberg ;le coiitinuateur de la chronique d ■ son père) était entoure d.‘ la noblesse de Scha'flritis • , (lu llégau et de 'a forêt Noire. I.a baimiere d’tutriche était portée par le baron de Sa\. Le K aoilt, au soir, .Mattli eu Anib inl , qui gardait ie ilelilé du Næfels avec Jeux cents hommes, lut averti de l’ata pie; le nombre des tanemis était d'environ six mille. Les •if.n.ts s'enfuirent et se réfugièrent au liant de-s montagnes avec les bestiaux et les provisions. On envoya demander du secours a Schwylz , u l n- Wwahlen et a Lucerne; niais nu était intercepte de Zurich. Trente jeunes gens deSebwytz , et, lu nuit suivante, Titiiit autres, dévaluèrent le contingent , impatients de se mesurer avec l’ennemi et d • sauver Glarus.

l es Autriche ms se mirent pn marche le jeudi tt aortt . à quatrp heures du Butin, et parurent devant le retranchement qui. d’ i e montagne a l'autre , fermait In vallée. Amhii d ne put V tenir, parce que le eumte de W crdeiibcrg J.-scend dt d’une montagne à li té e de mille boni nés, pour le prendre en queue. Apres uvo r tait assez de résistance pour qu’on eitt le te nps de s’assembler , d se retira. I.’enue nipénétra avec mie ii resi.sti.de iinp -luo* si.é dans l’inlérieor du pavs. dépendant le tocsin sonnait , et l'on ac •011fait de tous cotes. Ambiial, qui n’av.iit que cinq cents liommes, s'adossa au Ituti, montagne escarpée , de |ieur qu'on ne pdt tourner sa position ; il y planta la luuuuièrz de Glarus, et les

habitnrifs , à la vue de cette bannière, traversaient les rangs ennemis (mur le rejoindre. L’Autrichien, méprisant leur petit nombre, sWiqia't a prendre des troupeaux, à piller les «ranges; il niellai' le feu au l.ourg de Na'fels , et péiié.rait jusqu’à Notstnll. La cavalerie chargea la petite troupe de Glarus; le terrain était pierreux et défavorable aux chevaux oui , fréquemment atteints par les frondeurs, étaient blesses. (l'faro irliés, et mettaient le désordre dans les rangs. Apres u e courte prière, les Glamais font une vigoureuse attaque, liait. I s et intrépides, ils jet eut iieaucoup de cavaliers à bas de leurs chevaux. Tout à coiqt retentit un cr de guerre dans une vallée voisioe ; c'étaient les jeunes gens de S'hvvvtz que l'on prit pour l'avantgarde d'un corps (dus nombreux. Les Glirnais re(télereiit c-s cris, la» terreur (tassu dans les rangs ennemis; cps sons inaccoutumés, l'aspect sauvage de ces Alpes couronnées de glaces éterne'les, la résistance béroupie de ces | tù très, tout contribua â 1 1 dérou e des agresseurs. Kl e fut complète dès neuf heures du- mutin. Saisis de terrçur, beaucoup d' Autrichiens se précipitèrent dans la Linth. Albert et Rodolphe de l.and-n'>erg moururent, ensemble, Ronsb-iten y tenu na sa carrière , et S.ix tomba en défendant la bannière «P Autriche. Toekenlourg et Mont fort prr.lirent le leur eu fuvaut. l es Autrichiens furent poursuivis jusqu’au pont de W sen, i,ui rompit sous eux, et les chevaliers, pesamment armés, s'abîmèrent dans le lac de W’alil'ostadl. Il pi-ril dans eet'e bataille rent quatre-vingt-trois nob'es et chevaliers, et plus de deux mille • inq cents. soldats. Les vainqueurs prirent onze bannières et dix-huit cents cuir sses. La nuit suivante, W sen fut ev.irué, et les bourgeois se retirèrent sur le mont A union Les G la ruais, après avoir remercié Dieu, la Vierge et saint h ridoliu , leur patron, et saint Hilaire, dont le nom est devenu celui du pays , passèrent la nuit sur le champ de bataille, et , le Icndetuaiu, de grand matin , vinrent à tVe-

ru m vf. ns.

gen qu’il* hrtll“r«*nt. Terrible vengeance d'une trahison détestable !

Kn commémoration de c tte journée, il fut ordonné que chaque année, le premier jeudi d'avril, un I tomme de chaque maison viendrait à Nîcfels. On v fait des processions et des prières; î'on s'arrête à mue endroits , et quand on arrive à la sixième station, sur le lieu où était plantée la banni 're de Glirus. on lit a:i peuple assemblé l’ .isloire de la bat i le de Sempadt, de la trahison de Wesen et de I . victoire de iNæfels. On rec te aussi les cinquante et un noms des Glarna s tués , et l’on fait mention encore de Gonrad d'\u et de deux hommes de Sclixxy t/.. lui messe est oïdiuairement suivie de réjouissances et de fêtes populaires.

Deux jours apres la bataille, sept cen’s Zfiriclti is, qui étaient en cheiriu pour se j >ii, dre aux Clamai*, ayant appris leur dedvraiire, s’arrêtèrent (t firent venir des machines de guerre pour assiéger Ra;qiers. Iivvv i. I.e duc Léopold, tua à Sempacb, y avait mis une garnison italienne que lui avait envoyée Rarnnlté Vis<qnti, son lieaufrcre'.’ l,e douze avril”, les Zfiri huis donnèrent le premier assaut ; lesGlarnais vinrent aussi, et apres eux ceux de S.'hwytz , Z.ig , lu erii ', tinterwdd et t ri; enfin ceux de Iterue, et, à la fin' du mois, ceux de Soleure. Il y av; it six mille hommes: Ion résolut un ssmt général. Pierre de ’lhoiirerg, qtr commandâ t dans la. p c-, euf.it eff ave. Il parlait de reddition; mais les hiiiitanls. pleins d'ardeur et de hain° « nt e les Zin ichois. n'y conseil i eut point. I.'at aqtie dura neuf heures; de à soixante hommes avaient pénétré dans mie cave; malheureusement ils apportèrent d i vin à leurs camarades, ce qui les fit découvrir. l.es pro ectilfs les empêchèrent de recevoir du renfort, et dans l'inter eur les femmes leur je'èrpul de l'eau bouillante et les c m'raigiiirent de se rei> rer. I,e lendemain, les confédérés abandonnèrent leur camp en mettant le leu aux machines.

Trois jours après la bataille ila IVæ-

fcls, Reme et Soleure prirent Buren, occupée par les Autricli eus , quoique engagée a Knguerrand de (loucy. Faute de so.de, ces mercenaires së répanda ent dans le pays et le pillaient. Les Cavaliers des Rémois lancèrent des matières inflammables dans la ville, et on donna l'assaut, l es Bernois prirent aussi Jean du Rosay dans ,\idau, qu'il gardait pour Knguerrand de Goucy. Ce gentilhomme picard capitula, non sans avoir bravement tenu la place pendant six semaines. On trouva dans un cul de b .sse fosse l'evêqur de l.islionne et le prieur d’ A Innova , nui avaient été pris et dépouillés par les soldats du rhd'eau; ils étaient, dans on et..t p toyahle. Berne les rendit à la hberte et leur donna les moyens de retourner dans leur patrie. De [Sidau les Bernois mar lièrent contre Gnterséen et l mspuniien , qui , depuis ia décadence de la maison o'Ksclienlvarh, apparienaient aux Kybourg. Après s'en être emparées, les 'lrou|ies revinrent contre Fribourg, qui fut secourue par les Bourguignons. I! v eut aupr. s du Sehrrnenlierg une bataille saoulante pendant laquelle il s’éleva mie tede poussière, qu'<m ne distinguait ni amis, ni ennemis. Les Rémois voulurent attirer .es i avaliers bourguignons dans une embuscade, mais ils s'en aperçurent et prirent la fuite. I .es Bernois, victorieux partout, |K>iissèrent leurs incursions dans l'Argovie jusqu'il Frick, et pr rent le rimetiere, où l'on avait rétugie tout le butin du pays. Ziircli u’etait pas moins active; e.le déliait Kybourg . emportait d'assaut le cimetière li'Kmbrach, brûlait Il den , secourait les guerrieis dp Ztig e les mai. .tenait > n possession de leur In tin. Geux-ci ne furent |his toujours Irnreux : la veille de Noël, le ci.evolier Jean île Hospital et 42 bourgeois de Zug périrent près du château de Hiincnberg , pour avoir, sans précaution, a'taqi.e un parti autrichien. I. 'embuscade dans laquelle ils tombé: eut a fait nommer ic lieu Todtenhaide (colline des morts).

Les dues d'Autriche, dont les soldats étaient abattus, le trésor épuisé,

SUISSE

If* possess:ons menacées, ft qui d'ailleurs avaient à craindre l.i Bologne , conclurent .nec tes Suisses une |>a \ de sept ans; les »il ps media' li -es lurent Constance, Rotliwyl, Rovphsbourg, Bille. I eberlingén , Limla.i; les négociateurs , Ip mte de Th ers'ein, préat d'Kinsirdeln, et Harvard Wvss, prélat de Wetting«n. Il lut stipulé que les Suisses garderaient toutes leurs acquisitions: que tous ceux qui avaient pire leur alliance cmitiimer ieut d’en faire pirtie. Ils s'engagère it a rendre la til.e de Wesen, mas àcondi.ionqu'n icun deeeuxqui avaient fanssé leurs sermenis à leur égard i.e

I pourrait élibiter durant la paix. Les .uoernois purent établir un gouverneur du pays de Seuipaeh. Ii fut mnveu.t que les Suisses u étendraient leur droit de bourgeoisie qu'a ceux qui viendraient saliver chez. eux. On prévit les différends qui |H>uvuient naître, et on ré-da, à l'avance, la inanièredont ils seraient décidés par des arbitres.

Quatre ans après la conclusion de la paix, le jeune duc Léopold essaya de profiter de qui loues intrigu *s 'noi r détacher Zurich de la c nfédératiou.

Il négocia secrètement avec le bourgme Ire Sel) en et quelques conseillers; mais les Suisses apprirent ces menées; i.s accoururent de Sc.hwvtz , l nterxvald, Zug et Giaiu-, et âem mdèri ut la co..voca'iou du grand lOisei'. Le bourg iiestrc protesta qu’il ne fa s it rien contre l'intérêt de la confédération , et dès le ieu lemaiii il envoya au duc un traité, dont chaque clause était iiiic véritable trahison , en ce qu'ii livrait toutes les noinel.es «enquêtes aux armes de Léopold. Qu. m l on l’apprit, ce fut une indigna. i in universelle, et le 8 juin 13U3, parurent a Ziirirh les entoyés de toutes les villes, qui exigèrent de noire u la coino 'ation du e« nseii. Ils étaient si animés, leurs discours étaient >i vifs, que la bourgeoisie aceo irut devant la maison de ville et sur le |mut. l.u, ou entendit le ri-ci* et les plaintes de ces ambassadeurs. La foule croissait toujours, les esprits éi ient dans la pl..s grande agitation, la menace

était dans toutes les bouches. T.e grand conseil décida que le Ixnirgmestre, les elvfs de tribus et les deux conseillers seraient provisoirement suspendus ; puis, quand un eut une plus ample connaissance du traité, on décréta qu’ils seraient brnnis, et l’on modifia la constitution; d sonnais les bourgmestres n’eurent plus qu'un pouvoir semestriel.

Dans l’interval’e, les envoyés d<*s huit cantons et de Soleure fi.èrent des règles pour la guerre; el es furent redigee* en une convention qu’ u ap- |>ell.i traité de Senqncli, paree que la guerre de Sempacb en fut prinr paiement l'oc-asion. Ou y é nulissait la sécurité des propriétés et du commerce ; on y prévoyait le cas de défense coin 111111.*; on y prononçait des p iu-s contre les I. elles qui déserteraient le romlut ; les blessés mêmes devaient rester sur le champ de bataille: le pillage ne commencerait jamais qn'après la victoire, itc. , rte.

Le duc d'Vii'riche apprenant toutes ces propositions, et comptant bien plus sur ses intrigues q e sur ses armes, demanda In prolongation de la paix . qui fut'sli, ulee pour vingt ans. fuie fut encore plus avantageuse aux Suisses que la première.

lui prospérité d * leurs villes s'accrut de ri. lies possessions ; ce|iei)dant lu plus entière justice présii.ait à leur conduite. Zurich , à laquelle les seigneurs de Hnllwyi réclamaient a seig icurie de Horgen, concourut d'abord a la nomination d'un arbi.re, puis se condamna elle-même «nant le jugement ; mais In cité acquit Kusiiacht: (ioldhnrh, Meila, au b. rd du lac, llrrngk, sur In IJminnth. l.rs îtlanesse léguèrent leurs biens à la patrie, Le duc lui vendit aussi le château de Rh< iufeldeii , à l'embouchure de la Glatt dans le Rhin ; lesGesler cédèrent l’iinp irtante forteresse de G ru nniiigen avec la juridiction de Sta* a.

Bientôt Zurich acquit encore Regensberg et Rnuich. Dans toutes ces transactions, sou but était moins de s'enrichir que de ranger sous s.a b mniero des guerriers capables de defeudre sa

éà rtMvr.us.

liberté. C’est dans le même esprit défilés des deux ÎTnuenstein H lé houHt

qu'elle reçut dans sa bourg oîsie lie., a- de l.iestall. Friboirg s’unit enfin S

coup de seigneurs qui ne troiivaent Berne : la liane fut jurée à Laupenj

plus un appui assez solide dans la des arbitres furent constitués pour ter*

défaillante maison de il.ibshi lira. Ainsi miner désormais les différends. On sti-

fa combourgroisie fut stipulée pour pula la franchise mutuelle du péage ,

dix an. avec le comte de Tnaierstein, et fou conclut une alliance offensive et

abbé d'F.insied lu . pour sou cli teau défensive: enfin il fut établi que Fri-

de Pfefiikon. Jean’ de Bonstetten (if boura aurait avec li s Suisses les mémos

les mémes conveiuions nour ses rhd- rapports que Berne elle-même. Peu de

teaiu d'Lster, Sa\ et AVillK-ri». D’au- temps apres, Fribourg conclut aussi

très h-s imitèrent en grand nombre, une alliance avec IFenne.

Lu ■erne. aussi étend. t ses domaines, La noblesse avait perdu beaucoup acquit des «tuileaux et posséda l'Knt- de guerriers dans les butai. les : a

linticll q.ie les ducs lui engagèrent. Schafnousen , l'inlltirnee de la bour-

M iis les Bernois surpassèrent tous geoisie s'etait relevée a ra sou delà

les confédérés en puissance; ils eurent diminution des familles de chevaliers,

successivement tout l'Obcrland , le D'ailleurs , les nobles étaient les plus

Simmentlial, et Frutigen . qui apparte- zélés pour l'exécution des lois: ils nait a ce. même Cli.tilloo dont les eussent exilé de leur association <jujgens avaient précipité l'evèque il • Siun conque ne se serait pas soumis nia du liant des murs d- Sion. Les pâtres constitution, ('.rlle-ci reçut de no ailles de ces sauvages contrées firent preuve cbanc?me..t> dans l’ann e qui suivit la d'un gran I a nour de la libert-. Ils se bataille de Sempach. Plus tard, on la Cotisèrent pour se racheter du tribut, Changea en ore, et on la nu delà, en et de vieilles chansons répètent que , quel pie sorte, sur celle de Zurich, pour y parvenir, ils jurèrent de de- Toute In bourgeoisie fut divisée en uieurer se,.t uns sans manger il' la douze tribus, qui délibèrent sur lis chair de leurs Ixrufs. Les Bernois pri- affaires publiques, qui nomment les rent pied dans l’Kiumentlial; le cé- deux conseils et qui pourvoient à la fèbre Pierre de Thorherg lui-mrine défense de la patrie. Il ne faudrait pas s'étant dégagé de la suzeraineté de confondre ces tribus avec de simples Kybourg , fondu une chartreuse et leur corpora.ions d'ouvriers, en conféra Cad vocatie. F.gon de K y- Il s'éleva une contestation entre la bourg leur abandonna le fort de Bipp, ville de Z ug et les communes rurales, et Soîeure prit part a cette acqui-ition, quiyrét.*ndaient,a leur tour, garder la qui avait une grande imporlaur en I.annière ei le sceau du canton: cour ce que eelte plaee e.4 sur les ronliiis apaiser cette querelle , la roiifénérades dit eeses de 11:1 e, (Constance et ti ns’armi t ait entière. La jeunesse Lausanne. Kn même temps , les coin- de Scliwytz, c n Incrément à l'avis tes de Kybourg cédèrent a l’avover de de scs magistrats, était venue nu sp- Berne leur iaridgraviat de Bourgogne cours des campagnard <; la bannière tel qu'ils le possédaient depuis Thoun avait été vit lemmeut arrachée aux bourjusqu’aii pont d'Aarvvangeii. geois. Mais les cantons rendient une

Sol cure augmenta ses possessions decision contraire, et Se wylz fut du fort de Bah» , qui était entre les frappé d’une rest tu ion péemcaire.

mains des rouîtes de Mil.m, cl elle P‘> .r la première fois on voit les ran-

acquit les châteaux de Pa.liensteiu, qui tons décider ensemble les affaires ingarden les défilés du Jura, et sont terieures tir I un d'eux, co unie les porfes du pays. Après la II y avait deux eent quarante ans

bataille de Senip.idi, Bfue aeliet.i le que Cunon de Bubenberg avait bâti

retit Bdle, que Jean de Vienne son Berne, sous le duc de Zâhringen, lors, véque avait aliène au duc 1 eopol I, que le Minai, vers cinq heures du Bientôt elle reçut de sou évêque les soir, le feu se déclara et consuma

SUISSE

ados de cinq cents maisons; alors tombe renl toutes les demeures des anciens héros, des chevaliers, des bourgeois; les lliimmes consumèrent les h àpitaux, les couvents ; et la population , sans nourriture, épuisée ue travail et presque sans vêtements, mêlait ses cris plaintifs au fracas des murailles qui s'écroulaient de toutes parts. Dans eet affreux malheur, Berne recul des villes voisines des ién nia nages d'.m intérêt bien vit': FriUnirg nu. ilia sa récente inimitié , et mil hommes avec douze chariots travaillèrent à l'ridèvcmeii' des decomhres. Laupen , Thoun , Aarberg , Burgdorf lirenl île mênfe:

de tous cotés a; rivaiei t des provisions, des secours en argent et des rousolat ons. Au lieu des frêles édifices qui composaient la vide primitive, ou vit s'e e>er des mes ré ulières avec de belles arcades. C'est à cette époque que l'on construisit riimiiense muraille qup porte la terrasse de Saint-Vincent.

Dans le temps où l'on rétablissait Terne. Lucerne se fortifiait «Je tours et de murai, les, et Bâle en entourait ses faubourgs.

A iSeufchiltel , deux conseillers du comte fabriquèrent une charte qu'ils attribuèrent à son |ière, comme s’il eut, avant de mourir, affranchi la v i.le de son autorité. Ce fut une joie tumultueuse parmi te peuple; le comte était consterne. Il invoqua le secours des Bernois. Des de) niés de Berne , de Fribourg, de Soleure et de Tienne accoururent ; l'un d'epx ayant examiné ce titre avec mie attention scrupuleuse , découvrit la fraude. Les faussaires furent mis à mort. Vers la même époque, Granson perd t l'illustre famille qui en portait le nom.

Othon avait autrefois séduit la femme du seigneur d'Kstavayer: celui-ci en arda:t une rancune profonde. Amère VU , comte de Savoie, et .lit mort à la chasse, on repandit le bruit qu'il avait péri par le poison , que l’a: t ur de ce crime, était Olhon de Granson, et qu’il l’avait commis dans l’intérêt d’ Amédée de Piémont. Ce fut bientôt une chose arrêtée. Le roi de France, ’|e duc de Bourgogne, Louis d’Ur-

lénns, les ducs de Berrietde Bourbon, onces des comtes de Savoie, firent faire des recherches sur les causes de sa mort ; i s se convainquirent de l'innocence d’Othon de Granson; elle fat a'lirniée par le duc de Bourgogne devant Richard d’Anideterre. Mais l'envie et la vengeance léélaient point apaisées : tout à coup se présenta G rard d'Kstavayer: il accusa Olhon de haute trahison, et offrit d • le combattre en ciianui clos a Moiidon : le jeune Amédée de Savoie indiqua Bourges. Toute la noblesse v accourut , attirée par la nouveauté «lu spectacle, et par le nom d'Othon de Granson, célébré par sa bravoure et par scs chants p. étiques. La, Gérard d’K-stavaver répéta son accusation et son déli , mais il demanda que le combat ci)t lieu dans le pays de \ ami. Otln n lui donna un forme! démcn.i et voulut combattre sans dél i. Son discours lut nube et touchant. Amédée prit les voix de son conseil; puis: « Au nom du Pere, du Fils et du Saint- « Esprit. Amen. .Nous voulons et dé- « ciuons par cetie i résente sentence, « que gage de batail.e soit et so « tasse, (jue chacun fasse son devoir:

n Dieu fera connu lire la vérité. •> Le jour du duel fut fixé au sept aodt.

Les champions durent combattre avec armes pleines sans aucunes pointes ojj'cndablex. Ils entrèrent dans la liée avec une lance , deux epées et une dague. Ils a aient fourni chacun vingtdeux garants de leur comparution.

Othon aurait pu facilement se dispenser d'y venir; il était malade : mais il avait l'âme trop elevée, trop liére pour décliner le péril. Le signal fut d nné, les lances p. intees; les chevaliers se coururent sus , et Othon de Gianson tourna. Tous Ips biens de sa maison furint confisqués par Amédée, sam egard a Guillaume de Granson, frère du défunt. Deux ans plus tard, le dernier iIps Mont faucon périt a la bataille de Pvicopolis , et Montbéliard passa aux Wurtemberg. la*s Cossonex s’éteignirent dans le même temps.

Au-dessus du pays d’Uri, en gravissant le Saint-GoÜianl , le voyageur

L’TÎ *1 VF. R S.

se trouve comme in'ercepté de l’un:vers, mi mi ieu d’t.ne tissure prof nd<*, à travers laquel.e la Reuss s’échniipe en mugissant : sa blanche écume lui* nr cte au fond de t'abîme les rociies verticales (|i,i s’élèvent dans les a rs à plusieurs mille pieds. I ne route aujourd’hui , autrefois simple chemin, permet l’accès de ces lieux terribles, où la vodte céleste s’aperçi i, a |>e:ne, où gronde un torrent furieux, d. nt les b .ttements ébraident la masse incommensura'ile du roc. Cette vallee, ou plutôt cette crevasse n'admet aucune végétation : de Goeschenen au pont du Diable il n y a (pie des blocs de pierre, et cependant la clochette dps chevreaux ri tentit sur < es bailleurs décharnées. Seuls, det us 1er animaux, ils osent se suspendre a e t effroyable esc rpemen*. Le nom deci tte vn'lee (les Schellenenj n<* rappelle ipie le bruit du torrent. Jadis il n’v avait aucun passage; la Reuss ne trouvait d'issue que poure le meme :en s’échappant de cette fissure, elle retombait en poussière à plus de mille pieds. I. s sciences n’avaient pas encore ouvert le monde au travail ne l'Iiomme, mais il sut triomp1 erde l’obstacle en créant un danger. A l’endroit où e t aujourd'hui le trou d’t ri, il sus|>eiidit des chaînes, il y attacha des planches : au sièclp dernier seulement , le ciseau a tai lé la roche, a percé mie route que l'on appelait le Trou d’ijri: elle a deux ce..ts pieds de long. Aujourd'hui l’exp'osion ue la poudre a élargi le passage, et il est praticable pour des voi lires; mais l'ancien pont, est co!itciii|ioruin des p anelies et des chaînes , qui maint naut ont disparu. < e n’est plus une merveille depuis qu'un pont nouveau prése ite à cota de lui sa laig • croupe et son arche non noms audacieuse.

Jlnis ia tradition ne s'est point condamnée au silence; elle n’en déclare pas moins l'impuissance de l'homme et le pouvoir du démon : le pont est' et set a toujours celui du diable. Jadis , dit cetie tradi ion , le gou'Tre de la Reuss, la ro v.e d'I ri i-t les Scliellenen séparaient le nord du m di : I rteru, au milieu de l'Allemagne et de

l'Italie, était inaccessible de tout** parts, (l'était au sommet des Alpes e mine IVre de l'aigle. Le démon promtu domaine à I' omme, et lut en Iraya ch min; mais i ne voulut consentir à jeter 'e pont qu’en s’assurant la possession d’une Aine : le premier être qui le franchirai serait à lui. La proposition a reptée, le démon coun dans la vallée , eu rap- orte les matériaux , et déjà l'arrhe majestueuse se recourbe d’une rive à l’autre. Mais l'ho mue trompa Satan : au lieu d' ine Ame humaine, il ne lui livra que celle d’un houe; un bouc , en effet, tut le premier être qu’i n y fit passer. Furieux du subterfuge , le diable veut détruire son ouvrage; il va quérir une r, elle incoinniensiir ilile pour eu écraser le iront ; déjà il est près de Gn:sd.eien, quand, sous les traits d’une vieil e, la Vierge se présente; plie se signe , prononce le nom du Seigneur, et la roche s'échappe des mains du malin. On la montre enivre dans la prairie de Greschenen avec l’empreinte de ses ergots.

I rsern, au milieu de res horreurs sublimes de la nature et de la tradition , offre nu s|iecte< le nouveau.

Apres avoir affron e Ips Si he.lenen, après avoir marché avec précaution dans I’’ bscurit • de la vodte d’L’ri, un paysage ravissant s'ofre à la me. Au fo d du tableau, avant que la route du Saiiit G Allard reprenne son Apreté et ses escarpements, une rorliP isolce porte le ehAteau d ■ Hospital : un de ses mal res en descendit antre! is pour vaincre avec les Suisses a Morgaiten. A gauche est Audermatt , et de l’un à l’autre de vertes prairies sillonnées par les eaux de In Reuss, qui s’écoule limpide après avoir réuni dans le village de Hospital les eaux qui descendeutdii Saint-Gotliard, et ce. les que lui envoie la majestueuse Furca, dont la douille pointe se montre au-dessus d • Rea p. A l’opposile. depuis Ip trou d’I ri ait clo li'T resplendissant d’An- (li'rmatl, le i.ied de la montagne est tapisse d'i tailles, où l’on fait hiverner le bétail. Au-dessus de ce village est une forêt dont les arbres sa-

SUISSE

en** nr doivent jamais être coupés : il est défendu d’y ton. lier sous | eiue de la vie , parce que seu s ils (iar.ir.tis* sent le paysdesavaiauelies : un peu plus loin est fe chemin des (irisons. Peutêtre dans nos c ntrées la va. Ire d’( rsern ne ferait-elle pas s r le voyait ur la même impression; mais, soit qi.’i!

arrive des soircesdu Rhône, |«n:r 'isitercellesdu Rhin, soit qu’il vie.. ne de l'italieet duTé-iupo: rfr; n 'hiri’Adula, pour redescendre dans lesWa dste.len, les terribles beautés qui \ ienneu 1 d'eti nner sou imagination, le préoccupent:

puisa la vuedeeette il . tare si gracieuse, de cette Reuss si tranquille encore , et qui sera tout à .'heure si torrentueuse, i. est saisi d’un sent. ment iudéhnissa- Lle, il s'abandonne a uuedoucecontemplaiion; et si la cloche du s. ir appelle a l'enlise du hameau, si l’étoile brille au firmament, si la lum* jette sa placide clarté sur cette dôme contrée , l'Aine , en quelque sorte interceptée de la terre. s’exalte d’un sentiment doux et religieux, elle prend son esso: \ers l’autear de tant de mervei.b s, elle joint sa fer\e..tc piicre à la prière ■accoutume? du villageois. Tout parai sublime, tout, jusqu’au mouotou refrain du chapelet; car dans ces solitudes, dans cet a..tiq .e laboratoire de la création primitive, on oublie le monde, ou ne peut |>enser qu’a Dieu, on n'a d’autre langage que la for. mile ado, t. e par l'Église i our converser avec lui.

Faut-il s’étonner qi e ces contrées aient été négligées : l rsern n'apparait dans l’histoire que pour se joindre a U ri. Les emp reurs ne lui avaient point donne de gouverneur |K)iir e.xercei lu juridiction capi ale II arriva, un jour, u'un foriait eu rendit l’exercice inispensable. L’abbé de Dissentis ne pouvait disposer de ce pouvoir; mais le landumman d’Uri en était investi.

On s'adressa donc à lui, et Fou envova ddix juges à l rsern, pour connaître du fait devant le peuple. La vallre garde encore son ummnii partira ier et sou cxmseil ; mais lu i n conlirme le choix. Cette Union d’I ri avec l rsern prp|inru la conquête du Val Levait' inc. Voici a quel e nociis on

Us Suisses portèrent leurs armes en Italie et se firent un territoire sur le revers méridional des Aipes. Quel ,ues habitants d’Uri avaient conduit leurs bestiaux nu marche de Varèse, les employés du duc de Milan les confisquèrent pour une difficulté de larif.

Toutes les réclamations auxquelles donna lieu cette saisie, furent vaines.

Au (tout de six mois, Lri et Unterwal*l saisirent le rs b tmières et descendirent du Saii.t-Gothnrd a travers les gorges profondes où le Tésin se brise en écume, iù le roc refuse un lit a la litière. Le Monte Pioitino, le delilé de Dazio furent bientôt franchis. C’était en l'an M02; les Visconti y levaient l’impôt et y exerçaient la juridiction , et le pays et it agité de querelles des Guelfes et des Gibelins.

Le peuple s'empressa d’accueillir les guerriers qui leur apportaient la lilierlé : on jura de se soumettre à leur# 'institutions, de recevoir d’eux des juges , d- leur paver l’inq ôt, de les affranchir de tout dr it de péage, ft de leur demander des secours. Quatre ans après, Albert deSax, baron de Misox , ayant disputé la possession tle lîell n/.oua à Visconti , son fils Henri se laissa gagner et la lui livra ; mais \ isconti mampia aux | romesscs qu’it avait fa les, et les seigneurs ne Misox essayèrent de reprendre celte ville. ilsvuufurent aussi punir quelques bourgades de s’ètre attachées a la lig ie suisse. Des qu’on le sut à l! ri, on s'arma; maigre les frimas et les avalamhes, ou tranchit le Saint- (iotliard le 24 déc mlire et l'on parut devant l'aido. L'un des Sax était mort ; et cou me l'on pensait que Giovan..i Visci nti l’avait fait empoisonner, ses parents eux-mêmes demandèrent la eon»! ourgeo sie u’I ri it il l nlerwald. Les Suisses stipulèrent (|ue lleliin/.ona leur serait désormais ouverte, |K)ur leur servir ue pljce d’armes; ils exiger, nt un tribut, et chargèrent les seigneurs de l'eutri tû n de la route; enfin i s établirent une franchise e, mplètc de péage pour les gens d l ri, d l iitervyald, du Val l.evai.liiie et d'A-

lii SCO.

L’ÜNIVERS.

Cependant les barons de Sis continuaient la guerre contre Facino Can, gouverneur de Viseonti; d'un autre coté, Luther Rusra reprenait 1rs châteaux de Corne et de Locarno, et, dans ce désordre général , on enleva les troupeaux de quelques pâtres de Fa do. Les auteurs de cette spi Nation commandaient à Dnmo d’Ossola: quand on leur dit que les Suisses voulaient venger leurs allies de Faido , ils se prirent à rire : «Qu'ils viennent, rénniidireut-ils, nous allons leur crever leurs goitres ». Mais bientôt on sut qu'ils étaient venus, et qu'ils avaient pris déjà le retranchement qui terme le pays; on vit arriver les fuyards effrayes, et d ne fut plus temps de songer à la défense. Francisco Rrogno , magistrat de Domo d'Oss.iln. ouvrit la Tille à l'ennemi. On le conllrma dans

Sa possession de sa charge, et on lui bissa une garnison , en décidant que Domo d'Ossoln appartiendrait a la confédération. Brogno était lidele à soit serment. Les seigneurs feignirent de vouloir accéder 'a la lig ie s isse, et l’ayant attiré an-dehors de la ville, ils massacrèrent la garnison. Les Suisses ne tardèrent pas; des le priuiemps (Mil) il parut qua're cents I ouïmes de Zurich. Les châteaux furent assiégés, démantelés : celui de Fnrma/./.o s’écroula avec toute la garnison. Les Milanais n'osèrent se mesurer avec les Suisses. Ceux-ci gardèrent Domo jusqu’à ce que les troupes de Savoie et Curinignuola , l'un des premiers capitaines du temps, vinssent l'occuper en Mil.

Dans le même temps, il se forin it une ligue nouvelle dans la Rhétie. Cette antique patrie de la population étrusque a toujours conservé un langage et des moeurs qui ne ressemblent en rien au langage et aux imcurs d s autres pays. La chaîne de l'Adula éleve au-dessus de ses vallées le Crispait, voisin d’Uri , d’où s’échappe le It du antérieur; le Luckmanier, où la Source du IL. in a ta forme d’un lac.

■Près du Splugen descend la principale source de oe Neuve ; mais avant d'y arriver, il y a repu déjà seize ruisseaux.

Clignez sépare le Rhin du milieu , du Il Lin postérieur qui t mlw* des glariers de l'incommensurable Vogelberi.suit le Rheinwald, arrose les champs fertiles de Sébums , et vient se cacher dans les gouffres de la terrible Via .Mala.a trav ers l'une des g< rges les plus affreuseset les plus remarquables qu’il y ait en Suisse : il passe ensuite à Tusis, à Rltcrzuns, et se mêle près de Reiehenau au Rhin anterieur. La liante Rhétie s'arrête en deçà delà ire: nous n'avons point à en décrire la p >rlie méridionale , ni les vallées qui s'ouvrent vers Pellinzonn, Chiavenna, Palianza. C’est une véritable forteresse d • la natuie, un asile pour de vieilles populations , qui survivent aux général ions dont e'Ies ont couvert d'autres contrées, et qui gardent à jamais leur physionomie pr milive. L’Kngadine a conservé encore l’usage du latin. Les évêques de Ci ire étendaient leur pouvoir, d’une part, sur l'Inn et le 'I y roi, de l'autre sur la Suisse ; niais depuis longtemps les seigneurs avaient ruiné leur inliuenee. Lia; p us redoutai) es étaient les barons de Sax et ceux de Rhir/uns, les comtes de Werdenberg, Monfort, ceux de Tockenlxiurg et les abbés de Dissentis. I Iri, h Brun, baron de Rtrzuns, b. au-fri re du rcnite de Tockenhourg , eut queiqiies contestations avec l'evêque; il fut secondé par l’abbé et les Clamais, et vint mettre le siège devant Coire; neanmoins la querelle tourna à l'avantage de l'évêque. Cinq ans apres, Jean Zann, Publie, l Iricli de Rœzuus et Albert de Sax jurèrent une alliance avecOlarus; elle devait durer tant que durerait la vallee, tint que durerait la iiioiitigne, et chacun îles contractants promctt.it n'assister l'autre dans toutes ses guerres, dans tous ses périls. L'évêque considéra ce traité comme un acte, d'ho-tilite : d s troupeaux de G.arus lurent saisis à leur passage; alors les bergers s'appelèrent de toutes parts au combat. Au mois de juin, un contingent d'Kntlihuch , de Zug, de Scluvyiz et d'Appenzell sé joignit a Clams; ou passa le Kirens zen , et I on vint en libelle par Suc»

)ogie

SUIS '

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fans. T.e pillage fut dootmué jusqu’à ce qu'on jugent l'indemnite stillisaulf ; il fallut que le gouverneur autrichien de Sargaus i. tervii.t pour négocier la pui.v. L'e'èque était de la maison de Werdenherg ; il conclut avec Jean son parent une convention qui réunissait en une sorte de fédération leurs vassaux des vallees de Schanis, de Tomiiiasca,de Va/, e1 meme ceux qui habitaient les roches décharnées de I Avers, de ('Adula et du Septimer. L'exemple des Suisses gagnait même les grands.

Les details de leurs querelles, de leurs entreprises, de leurs actions, u’auparlicunent pas a l’h.sloire générale, hile porte ses regards avec plqs d'interet sur la liberté naissante; elle s'arrête avec complaisance sur les pics glacés d’Appeuze.l , sur cette population agre te qui ne prit les armes que pour demeurer inde|ieudanle, et u'apprit l’art de la guerre que de la victoire. I.a renommée redira toujours les noms de Spricher, du Sticss, de AVolfshalile , où vinrent écnoner les elïorts des ablies de Saint-tîall et de l’Aulriclie; c.le dira (|u’en moins de (in | ans, ces paysans ont vainca dans quatre grandes balai. les. pris de nombreux drapeaux, cinq villes, soixantecinq châteaux , et répandu la terreur depuis Kybourg jusque dans la vallée de l'Adige. Lorsque de Saiut-Oall ou gravit la montagne, la vue se repose sur de riches pâturages alpestres, parsemés d'habitations. Derrière ces p turages s’élèvent de. hautes murailles de rochers, et par-dessus le (îauioret le liant Seu’is, des glaces elerneltes. Des soiUini.es d' Appeuzell ou découvre le Tyrol et la Soualie, et vers le sud, la grande chaîne des Alpes. Appeuzell est isole ; les sources de la 'llmr, les va.iées de Sarguns et de Mou'ort le sépireut de la chaine de l’Adula. Les rois francs avaient donne ce pays a failli, iv e de Saii.t- (iall , qui le faisait ad liini trrr , qui en percevait le Iribnl. L'abbé Cuno.i de Staulfeu eta t d'un c ractere dur et impérieux; il méprisait ces pair, s et leur a ait impose des maîtres dont le* exactions devenaient intolérables..

Il prit fantaisie «u commandant du çiialeau de Svnweudi de frapper d'un impôt le beurre, le la t et le l roulage; et ceux qui se refusaient à le paver étaient dévorés par deux c-.iens qui te suivaient partout. Ce tyran poussait la cupidité jusqu'à ouvrir les sépultures, alin d eu retirer les vêtements des liions. L se lit une ligue secrète entra Ions les villages d' Appeuzell : au joui lixé, on s'emjiara des rliàteaux dont les commaml mis prirent la fuite. Mais l'abbe de Suint-Cal! s’était confédéré avec les viles de Soualie; el.es envoyèrent des députés. Les montagnards deuiaudèi eut a proposer des ruiais les magistrats que nommerait l'abbé.

Les députés n'acci.eillireul |M.int celte demande, prononcèrent la dissolution de la ligue, et, |Miur toute satisfaction, promirent que faillie et ses baillis seraient a l'avenir d'une entière modéra1 ion. Cependant la vide de Saint-Call aussi avait a se plaindre de lui , car il manquait aux promesses solennelles de 1 1 mettre en p. ssession de liliertcs plus grandes. Il y eut encore une sédition a \Vy| (pie l’on écrasait d'impùts ; le mécontentement éclatait a lïernliardze.l , a AVyttenbacli , à AVaidkircli. I.'abbé jugea nécessaire de faire quelques concessions auxquelles il se pr'ta de mauvaise grâce. Quant aux (griefs d'Appen/.ell, il lie les écoutait meme pas; et comme N n'apparaissait pas qu'il se mit en mesure de faire la guprre , il était évident pour tous qu'il attendait quelque pu ssant secours. Pour prévenir ce mal- (leur, les habitai) s prirent les armes, et en avertirent la vifiequi s'était unie à le.irrau.-c. Olle-ci lit a l'abbé une énergique déclaration ; pour loute réjftmse L transféra sou siège a Wyl, ne laissa qu'un moine a Saint-Gai , et lit cesser le service divin. Les dix villes avec lesquelles l’abbay e était coiife.lt rée , interpuscre.it alors leur médiation : on choisi! pour arbitre l’ancien bourgmestre u'illui, Jean Strôu in ; mais dans sa partialité i. prononça l'annulation de la igue de Saiul-C II et (j AjiproZ' ll, Qua.ul un m.li ia»crite dceis on, l'exiit* Itération fui |iortee a sou con.b.e. Ou,

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* mon sang, je combattrai comme l’un « de vous. » Quand les Appenzellois le virent si ferme dans sa résolution, ils l'accueillirent, car ils le savaient vaillant eésage. L’on se jura mutuelle amitié. Dès lors le comte se dépouilla de son armure, et revêtit un sarrau de toile comme les pâtres. Il fut nommé commandant, et dans chacun de ses soldats il avait un ami. Des retranchements furent construits ; on renouvela l’alliance avec Saint-Gall; et pendant que le duc faisait ses préparatifs, les troupeaux parcouraient paisiblement les pâturages.

Au commencement de juin, les troupes de Frédéric franchirent l’Arlenberg. Arbon fut désigné comme point de réunion : là vinrent les plus illustres seigneurs: le comte de Lupfen , gouverneur, le comte de Montfort, maître de Brienz et de Kybourg , Hartmann, comte de Thierstein, le margrave de Baden-Hochberg, Marquard, evêque de Constance , Cunon . abbé de Saint-Gall. L’armée la plusconsidérable remonta le Rhin : on voulait surprendre le pays du côté de Gaiss , pendant que toutes les forces d’Appenzell se concentraient près du Speieher. Mais Appenzell ne tarda pas à connaître ce plan : partout on faisait des voeux pour sa cause. Le jour de la Fête-Dieu le ciel était chargé de nuages et bientôt la pluie tomba. Les Autrichiens arrivaient par Altstetton, ils ne trouvèrent point de résistance aux frontières : deux cents archers ouvrirent les retranchements pour se procurer un passage; ils parvinrent donc auStœss; mais la pluie rendait le gazon fort glissant. Tout à coup se montrèrent sur la hauteur quatre cents hommes d’Appenzell avec quelques guerriers de Schwytz et de Glariis; ils roulèrent sur l’ennemi des blocs de rocher et des pièces de bois : quiconque n’en était pas atteint, continuait a gravir la montagne ; alors se présenta l’armée d’Appenzell en entier. Les archers autrichiens ne purent tirer aucun parti de leurs arcs que l’humidité avait relâchés. Dans le combat, on vit Uly Rottach s’adosser a une étable, tenir

7* Livraison. (Suisse.)

tâte lui seul à douze hommes , en tuer cinq , et comme on mettait le feu à l’écurie , se précipiter dans les flammes, afin que personne ne pût se vanter de l’avoir vaincu. Cependant le comte Rodolphe donna le signal ; il était nu-pieds comme les autres, afin de se tenir plus ferme sur le gazon. Pendant que ces braves se précipitaient sur l’ennemi , celui-ci se crut pris en flanc : les femmes , vêtues de blanc , avaient paru sur une hauteur pour assister au combat. Les chemises qu’elles avaient mises sur leur vêtement , les firent prendre pour des guerriers. En ce moment, l’action devint sanglante.

L’avoyer de Winterthür périt avec

Suatrê-vingt-quinze de ses bourgeois;

en tomba environ autant de Feldkirch. Le torrent ensanglanté apprit à la vallée les hauts faits des montagnards, et le carnage fut d’autant plus grand que les retranchements étaient un obstacle a la fuite. Quand les restes de cette armée furent descendus dans la vallée du Rhin , les Appenzellois se jetèrent à genoux et s’écrièrent: Dieu a combattu pour nous; il nous a donné la pluie du ciel.

Frédéric, qui ravageait tout sur son passage, vint devant Saint-Gall; mais la ville était trop bien défendue. Il n’avait point de machines, et se vit forcé de reprendre le chemin d’ Arbon.

Quatre cents hommes de Saint-Gall coururent se poster sur le Hauptlisberg, où il fallait qu’il passât. Les Autrichiens marchaient sans ordre.

L’attaque fut aussi terrible qu’inattendue. Hermann de Thierstein tomba, ainsi que Jean de Klingenberg , le fils de celui qui avait péri à ÎSafcIs. La bannière de Schaffnousen fut prise.

En vain Frédéric présenta la bataille, les agresseurs ne se montraient que dans les défilés, et ces attaques réitérées suivirent l'ennemi jusqu’auprès d’Arbon , où le duc d’Autriche apprit la malheureuse issue de son expédition du Stcess. Fatigué de tant de malheurs, le duc ordonna la retraite, et fit ouvertement toutes les dispositions nécessaires : sa troupe se mit en marche vers la vallée au

Rhin, comme pour passer le fleuré; niais cette conduite cachait une surprise. Il roulait au moins que l’expédition filt signalée par un avantage quelconque. Les Autrichiens devaient gravir rapidement la montagne appelée Woltshalde, surprendre Appen- 7.ell, soumettre le pays, ou tout au moins le piller; mais une fille à laquelle on s’était adressé pour savoir le chemin, prévint les habitants. Quatre cents hommes se montrèrent molinément : l’ennemi , qui savait que a fuite lui était ftmeste, prit position près d’une église. Là , s'engagea un combat des plus opiniâtres; ce ne fut qu’après avoir perdu quarante-quatre «tes leurs, que les Appenzellois triom-

Îihèrent du nombre, et purent venger enr mort par la mort de dix fois autant d’Autrichiens. De la vallée Frédéric vit accourir les fuyards sans ordre, sans bannière; il maudit cette guerre et repassa le Rhin.

Lecomte ae Montfort marcha à la tête de ses braves compagnons, et rentra dans ses domaines après avoir pris , rasé , ou reçu à composition beaucoup de châteaux’. Ce fut ensuite le tour de la noblesse de Thurgovie ; die fut battue près de la chapelle de Saint-Afra.

F.n reconnaissance des services de Schwytz, on entreprit à Noël , et malgré la rigueur de la saison, la conquête de la vallée de W agi et de la Marche inférieure, et on là donna à ce canton. Frédéric de Tockenbourg, le gouverneur d’Autriche, essaya eh vain de la reprendre.

F.n 1406, les guerriers de Saint- C.all et d’Appenzell firent deux expéditions [tour venger le comte de Montfort , de sOn parent qui avait marché avec les ducs ; deux fois ils l’expulsèrefit, vinrent à Pludenz et de la dans le Prettigau ; puis voyant les Tyroliens disposés à la liberté, ils appelèrent de nouveaux renforts. On combattit près de I.andeck : les troupes du duc vaincues , on accourait de toutes parts et jusque des bords de l’Adige, pour se ranger sous les drapeaux d’Appenzell. il s’en fallut de peu que tout le Tyrol n’entrât dans la ligue suisse , et

que l'Italie rte fût à jamais fermée aux Allemands ; mais Appenzell étant menacé, les vainqueurs se retirèrent chargés de butin, et détruisirent plusieurs châteaux avant de rentrer dans leurs cabanes. Puis, en attendant l'hiver, ils allèrent avec les contingents de Schwytx et de Saint-Gall mettre le siège devant Wyl, pour contraindre l'abbé qui s’y était retiré à revenir à Saint- Gall : il voulut d’abord soutenir un siège ; mais se voyant abandonné de tout le monde , il ouvrit ses portes, et après avoir recommandé son âme à Dieu, il descendit dans la cour où étaient les confédérés : sa démarche était chancelante , sa physionomie exprimait l’embarras; accablé par les unnées et plus encore par le chagrin , Cunon fit pitié à ses ennemis. Quelques-uns cherchèrent à le rassurer , et 1 aidèrent à monter à cheval. De retour à Saint-Gall , il se mit sous la protection de la ville et d’Appenzell.

L’année suivante 1407, douze cents hommes prirent les armes pour forcer la noblesse de Thurgovie a une paix durable ; ils présentèrent le combat devant Constance, prirent Andollingen, ravagèrent le territoire de Winterthür, sans que Frédéric, qui était en Tvrol, osât venir nu secours des siens.’ Enfin on alla faire le siège de Bregenz , et l'on prit d’abord la ville et le château d’Elggau,et,pour punir l’évêque de Constance de son excommunication, on lui enleva Bischofszeil. Brégenz est à l’extrémité du lac, au pied d’un rocher abrupte, et bien fortifié. L’armée y arriva le 8 décembre : à un froid rigoureux succéda un dégel, qui amena subitement de grandes inondations ; rien n’émut les assiégeants. Toutefois il s’était formé une ligue de la noblesse; pour se défendre des progrès de l’insurrection , elle résolut de dégager Bregenz : huit mille hommes marchèrent rapidement, sans que les Appenzellois en pussent rien apprendre-, Le 13 février 1408, un épais brouillard couvrait le lac. Enfin l’approche de l'ennemi fut aunoncée aux assiégeants , qui prirent position contre le Riet. Le combat fut

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terrible : Conrad Kupferschmied , de Schwytz, qui commandait le siège, fut tué et quatre-vingts hommes avec lui ; mais la retraite se fit en bon ordre, et avec une telle contenance , que personne ne voulut obéir à Béranger de Hohenlandenberg, quand il commanda la poursuite. Saint-Gall et Appenzell perdirent en cette occasion leurs machines de siège. Au printemps, l'empereur Robert vint à Constance, où se trouvèrent aussi les seigneurs et les députés d’Appenzell , de Saint-Gall et de leurs alliés. On examina les griefs réciproques. La décision de l'empereur offre des caractères singuliers : il commence par annuler toutes les alliances conclues par Appenzell, Saint-Gall, etc., puis il ordonne aux ducs d’Autriche , qu’il remet en possession de leurs droits, de conserver à leurs sujets les libertés accordées par leurs aïeux. Il annule les excommunications fulminées par les évêques de Constance et d’Augsbourg , déclarant qu'il n’a pas le droit d'en agir ainsi, quant à celles qui viennent au pape : enfin , il confie le maintien de cette décision à ces évêques , aux chevaliers du bouclier de saint George (c’était le nom de la ligue), et même à Appenzell dont Içs droits étaient si singulièrement méconnus.

Sûrs de pouvoir toujours défendre leurs montagnes, les Appenzellois conclurent une trêve de deux ans avec Frédéric d’Autriche; mais pour faire comprendre à l’empereur le peu de cas qu'ils faisaient de sa décision, ils n’envoyèrent personne à Heidelberg, quoiqu’il dût connaître de leurs différends avec l’abbé de Saint-Gall. En même temps ils jurèrent de garder à jamais leurs libertés, et adoptèrent , au lieu du drapeau particulier de chaque village, une bannière commune à tout le pays. Le jugement de l’empereur soumettait Appenzell à l’abbé sans restriction; on refusa de s’y conformer. Robert mourut sans secourir l'abbé, qui s’estima heureux de rentrer, par la médiation de Schwytz, dans la jouissance eje ses revenus , en abandonnant presque tous scs droits politiques.

La trêve avait laissé Appenzell en possession du Rheinthal ; dès qu’elle fut expirée. Ferdinand dirigea sur ce point une expédition de sept mille nommes commandée par le comte Ilermann de Soulz. Il y avait quatre cents hommes d’ Appenzell dans Rheineck, deux cents dans Altstetten. On fit semblant de vouloir soutenir devant Rheineck une bataille rangée; cela donna le temps aux habitants de sauver leurs effets , puis chacun mit le feu à sa maison et suivit les Appenzellois dons leurs montagnes. Le comte de Soulz resta trois semaines devant Altstetten , uniquement pour attendre Frédéric; car ce prince briguait la réputation militaire. Il vint enfin, et amena douze mille combattants ; mais il était accompagné de musiciens et de dames. Après une fête nocturne, il se mit a la tetc des troupes : remarquable par la beauté et par la richesse de son armure , il harangua solennellement les soldats, et donna l’assaut. Mais quelle lut sa surprise, il n’y avait personne dans la place : à la' faveur de la nuit, les bourgeois étaient partis avec femmes et enfants, sous l’escorte de leur petite garnison. Irrité autant que honteux, le duc fit brûler cette ville qui lui appartenait; il en démolit les murs, et se retira; car il était au pied de la funeste montée du Stoess.

Bientôt les sept cantons reçurent Appeuzell dans leur union. Ce fut le jour de la Sainte-Catlierine 1411. Dès l’année précédente , le comte de Tockenbourg avait conclu avec ces mêmes montagnards une alliance de quinze ans , le baron de Sax une ligue de cinq ans. Il importait à la cause commune que l'ardeur des Appenzellois ne les entraînât pas à des guerres dangereuses pour la confédération ; Ils promirent donc de ne jamais prendre les armes sans le consentement des Suisses ; il fut convenu de plus qu’fis assisteraient ceux-ci gratuitement et qu’ils payeraient une solde aux troupes qu’on leur enverrait.

Vers le même temps, Bâle, qui était parvenue à une grande prospérité et qui avait reçu de nombreux bour-

eois , fut le théâtre de grands désorres. Sa constitution inclinait à la démocratie; mais les grands s’appuyaient sur l’Autriche et surtout sur le gouverneur d’Alsace. D'autre part , le comte de Soulz et la ville de Rheinfelden faisaient la guerre à cette cité : et tandis que les Bâlois assiégeaient Istein , on ravageait Licstal et Homberg. Précédemment les Autrichiens étaient venus devant Bâle ; l’arrivée des contingents de Suisse et de Strasbourg les avait forcés de se retirer. Louis de Bavière, landvogt supérieur d’Alsace, assembla un congres à Kaisersberg, où la paix fut conclue. Le château d’istein fut ensuite démoli.

Le 28 mai 1412, la paix conclue entre les Suisses et l'Autriche fut prolongée pour cinquante ans; elle fut commune à leurs alliés de Soleure et d’Appenzell. La possession de la Marche fut confirmée à Schwytz, sauf les droits féodaux et celui de rachat.

Seize villes des États autrichiens promirent d’observer ce traité, qui fut promulgué le 8 juin dans tous les pays intéressés. Il y avait à peu près cent ans que les ducs avaient attaqué les pâtres voisins d’Einsiedeln, et maintenant ils en étaient réduits à se réjouir d’une convention qui était un véritable hommage à la supériorité des Suisses.

A l’époque où Sigismond de Luxembourg occupait le trône impérial , au commencement de l’hiver de 1414, se réunirent à Constance , non loin des frontières suisses , les envoyés de toutes les puissances ecclésiastiques et temporelles, pour y délibérer sur les affaires de l’Église. C’était pour l’esrit humain une grande époque; la iscussion se mêlait à la foi , les querelles des Albigeois se ranimaient sous une autre forme, et bientôt Rome devait trouver de plus redoutables ennemis. Malheureusement on avait Trop négligé, dans la religion, ce qu’elle a de sublime; on l’avait trop mêlée aux affaires de la terre, trop abaissée à n’étre qu’un moyen du gouvernement.

Les traditions se perdaient, les formes symboliques étaient devenues inintel-

ligibles 'au milieu de cette société dont les croyances étaient dégénérées en pratiques. Une population originale, étrange, répandue sur toute l’Europe chrétienne , faisait un contraste tranché avec les chrétiens: les juifs, toujours plus opprimés, réclamaient l'accomplissement d’un grand événement; la venue du Messie était d'autant plus désirée qu’ils étaient plus persécutés. C'étaient à peu près les seuls qui eussent de l’ardeur pour leur culte. L’Église, au contraire, se ressentait encore du long séjour des papes à Avignon. Grégoire XI étant venu mourir à Rome, le peuple se présenta en armes devant le palais, exigeant avec menace que l’on nommât un pape italien ; déjà deux cardinaux avaient refusé, quand un Vénitien fut présenté au peuple sous le nom d'Urbain VI. Des qu'il fut nommé, il se porta' à des actes de violence contre tous les cardinaux du parti français, et les fit arrêter. Sur ces entrefaites , on créait un autre pape à Fondi. C’était Robert, cardinal de Genève, l’objet de la haine particulière d'Urbain.

Un jurisconsulte napolitain, Spinelli , prouva que l’élection d’Urbain était nulle comme dictée par la violence. On affirma qu’il avait promis d'abdiquer au bout de quelques jours, et qu’il ne s'était prête à cette apparente exaltation que pour apaiser le peuple irrité. Clément VII, c’était le nom sous lequel Robert de Genève s’était fait introniser, se rendit à Avignon, et le schisme éclata : Urbain fit expirer dans de cruels tourments tous ses captifs. Le désordre était partout, car il n’y avait pas une dignité ecclésiastique qui ne fût conférée à la fois par l'un et par l’autre pontife, pas un prêtre qui ne se cnit en droit d’appeler suppôt de l’Antéchrist celui qu’un autre pape lui opposait. Les choses en étaient encore la , et les deux séries rivales de souverains pontifes se perpétuaient, quand AVenceslas fut déposé de l’empire , quand Charles VI tomba en démence, quand le roi Richard, fils du prince Noir, du vainqueur de Poitiers , le plus beau , le plus

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accompli des princes de son temps, expira dans sa prison , quand la chrétienté se vit. tout entière menacée depuis le triomphe de Bajazet à Nicopolis. En France, les dissensions des ducs de Bourgogne et d’Orléans continuaient à désoler, à ruiner les plus belles provinces; en Angleterre, la Rose blanche et la Rose rouge divisaient la nation : enfin, le Danemark et la Suède se combattaient avec acharnement, et l’empire grec tombait et s’écroulai t sous les pas des Turcs.

Trente et un ans après l’établissement de ce schisme, les cardinaux réunis à Pise destituèrent les deux papes , et choisirent Alexandre V, de î’Ile de Candie. Ce fut principalement par l’influence du cardinal de Cossa , homme à la fois habile et audacieux, auquel il ne manquait pour se faire le restaurateur de l’Église que de la vertu.

Benoît XIII, appelé Pierre Luna, et Grégoire XII, qui était Angelo Cornard, ne voulurent point se soumettre à la décision qui les déposait. Ladislas, roi de Naples, en profita pour s’emparer de Rome. Cossa, qui était devenu pape lui-même à la place d’Alexandre V , ne put résister à l’armée de ce roi, qui conquit tous les États romains. Jean XXII, excommunié par les deux anti-papes, méconnu par une rande partie de l'Eglise, sans secours e la part de la France ravagée, s’enfuit à Bologne, précisément dans le temps où l’empereur Sigismond entrait en Lombardie. Il allait en Italie pour rétablir les affaires de l’Église; mais il n’avait ni troupes, ni argent, et n’avait même pu arrêter les progrès de Venise en Dalmatie. En vain il fit un appel aux Suisses contre Visconti , la dicte de Lucerne se borna à permettre aux volontaires de prendre part à l’expédition. Il s’en présenta six cents à Bellinzona, et Guichard de Raron, valeureux capitaine du Valais, alla rejoindre Sigismond , en passant le Simplon avec cent cavaliers et six cents fantassins ; mais quand on vit qu’au lieu d’attaqxicr avec audace, l’empereur négociait, ces guerriers se lassèrent d’attendre à leurs dépens et de souffrir

les hauteurs de la noblesse allemande.

Le légat de Jean XXII convint avec Sigismond d’un prochain concile, et, contre le gré du pape, on désigna pour cette réunion Constance, que i’on croyait située au centre de la chrétienté , et qui se trouve dans l’un des plus beaux pays de la terre, à l’embouchure d’un lac’immense, à l’endroit où le Rhin s’en échappe pour entrer immédiatement dans celui de Radolfszell , à la vue des glaciers de Saint-Gall et d’Appenzell.

Pendant que l’on convoquait le concile, Sigismond revint en Allemagne par la Suisse; il franchit le Saint-Bernard , et quand il arriva à Romont , il y trouva les envoyés de Berne qui l’invitèrent à visiter leur cité. L’empereur avait à sa suite leromte Amédée de Savoie, le marquis Théodore de Montferratethuitcentscavaliers. Il traversa Fribourg , et entra dans Berne le jour de la Saint-Ulric, au mois de juin.

Cinq cents jeunes garçons, ornes de couronnes aux armes de l’empire, sortirent pour le recevoir; le plus beau portait la bannière, puis venaient les prêtres et les moines, enfin favoyer, Petermann deKrauehthal : le sénat, le conseil et la bourgeoisie bordaient les rues. Sigismond marcha sous un dais porté par les quatre bannerets. Le lendemain, il reçut des députés de toute la confédération; pendant les trois jours que dura son séjour, on donnait le vin à discrétion, et, chose bizarre, les filles publiques eurent ordre de recevoir sans payement les seigneurs de la suite de Sigismond , à raison de quoi la ville eut un mémoire assez considérable à payer.

L’empereur repartit pour Sofcure , charmé d’un accueil si libéral. Lesenvoyés de la confédération ne le quittèrent qu’à Bâle, d’où il se rendit à Aix-la-Chapelle, se fit couronner, et revint à Constance.

Cependant le pape fit son entrée solennelle. le 28 octobre. A Trente, il avait été rejoint par Frédéric d’Autriche. Son cortège était de six cents chevaux. Il était arriyé d’Italie, de France, d’Allemagne, d’Angleterre,

de Suède, de Danemark et même de Constantinople, des envoyés de tous les souverains et des députés des villes, des églises et des ecoles. On rivalisait de luxe, on prodiguait des trésors accumulés par des générations entières : c’était a qui aurait les plus beaux chevaux , les plus riches vêtements, les plus magnifiques armures.

Les cardinaux et les prélats s'apprêtaient à se signaler par leur savoir et par leur éloquence. Beaucoup d’etrangers accouraient comme à un spectacle.

L'Europe attendait , les âmes pieuses priaient. Jean XXII n'avait franchi les Alpes qu’avec répugnance, et plus par peur de I^idislas , qui le poursuivait , que par deférence pour l'empereur.

Dès qu'il sut que Ladislas était mort et que Rome était rentrée dans l’obéissance , ij maudit son voyage. Toutefois, il espéra que dans très-peu de séances le concile aurait confirmé les opérations de celui de Pise; il se confiait dans le grand nombre de ses prélats, et, pour grossir le chiffre de ses voix , il conférait des titres nouveaux ; mais il fut bien déçu quand on décréta que les suffrages seraient comptés non par la majorité des voix, mais par celle des nations , car il n’avait pour lui que l’Italie. Tout ce qui était au nord des Alpes était compris 6ous trois noms, France, Analeterre, Allemagne : ce ne fut qu’à la 22e séance que l'Espagne fut admise à former une cinquième nation. Le Nord l’emporta donc , et sur l avis du cardinal Pierre d’Ailly, on décréta que ce qui s’était fait à Pisé sous l'influence du pape actuel n’était pas digne d’examen. On exigea l'abdication des trois papes; après quoi on procéderait, disait-on, à la purification de l’Église, sans autre crainte que de Jésus-Christ, le seul grand prêtre. Jean XXII eut beau s’intriguer pour prévenir ce résultat : l’esprit, la sagacité échouèrent. Les choses eu étaient là, quand Sigismond entra à la tête de mille chevaux. Ami de in pompe, lier de sa suprématie, il voulait que Frédéric d’Autriche , qui alors était à Schaffliousen , vînt recevoir de lui l'investiture de ses liefs ; Frédéric s’y re-

fusa. Ce fut le commencement d’une mésintelligence qui eut de graves conséquences. L’empereur recourut aux Suisses pour s’en faire promettre assistance contre Frédéric; mais ceux-ci observaient religieusement leur trêve de cinquante ans; il y eut donc quelue hésitation. Frédéric, pendant qu’on élibérait, se soumit, de peur que les Suisses n'acceptassent les propositions de Sigismond; puis il excita celui-ci contre eux ; mais Sigismond n’en tint compte, et les en avertit. On vit alors arriver les envoyés de toutes les villes et cantons, et l'empereur eut soin de leur reprocher en présence de Frédéric tous les griefs Jont ce prince avait fait l’objet de secrètes délations. Les députés suisses parurent fort surpris.

Frédéric demanda un délai pour réunir les preuves de ses allégations; alors l’empereur feignant l'étonnement , lui répondit qu’il eût été mieux, avant de porter plainte , de s'assurer de l’exactitude de ses griefs. Quelque temps après, Frédéric fit dire à la diète tenue à Lucerne, qu’il avait été trompé par ses subordonnés , qu’il venait de les en punir, mais qu’il comptait sur le maintien de la paix avec une nation si loyale. Les Suisses répondirent qu’il les avait bien jugés.

Le concile força Jean XXII à abdiquer la dignité pontificale ; il lut la formule prescrite, et déposa la couronne avec une apparente sérénité qui attendrit beaucoup les assistants. Le patriarche d’Antioche le félicita au nom de tous les pères de la grandeur du sacrifice qu'il faisait à la paix de l'Église; l’empereur lui baisa les pieds, et vint dîner chez lui. Cependant Jean XXII s'apercevait que les suffrages ne se porteraient pas sur lui quand il s'agirait de donner un nouveau chef à l'Église; il réfléchit qu’il lui suffirait d'étre libre , pour régner encore sur un grand nombre de croyants. Il avait d’abord gagné la faveur de l’empereur en lui prêtant des sommes considérables , il la perdit en refusant de nouvelles avances; d’un autre côté, Frédéric d’Autriche, son ami, étaitaccusé par les évêques de Coire, de Trente

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et de Brixen, de le* avoir spoliés, et d’avoir attenté à la liberté des deux premiers. Ce prince craignait l’issue de ces plaintes , et n’était pas fâché que le concile fût dérangé par l’éloignement du principal personnage : il favorisa donc les projets de départ de Jean XXII. On cite encore comme y ayant donné les mains l’archevêque de Mayence, de la maison de Nassau, et le duc de Bourgogne,

Ce dessein ne demeura pas tellement secret que l'empereur n’en apprît quelquechose. Il lit de vives remontrances a Jean XXII, qui prodigua les protestations les plus énergiques contre cette allégation. Il aflirma qu'il ne uitterait Constance qu’à la clôture u concile. Mais se voyant trahi , et sachant que les Anglais demandaient son arrestation, il précipita l'exécution de son plan. On célébrait alors beaucoup de tournois, car il y avait plus de cent quinze mille étrangers à Constance, et dans les environs, et l’on y comptait trente mille chevaux. Le 21 mars de l’année 1415, Frédéric d'Autriche entreprit un combat chevaleresque contre le comte de Celley, beau-frere de l’empereur. La lice était dans cette belle plaine qui sépare les deux lacs; tous les yeux étaient fixés sur les illustres champions. Jean XXII profita de l’occasion ; déguisé en postillon, il s’échappa sur un mauvais cheval : suivi d’un seul garçon, il s'embarqua à Ermatingen, et s’en vint en descendant le Rhin jusqu’à Schaffliousen.qui est située au milieu des possessions et des châteaux deFrédéric. Celuici, secrètement averti, se laissa vaincre par Celley ; puis , réunissant quelques afiidés, i] entra avec eux dans la maison d’un juif, et leur révéla son secret. Le comte de Lupfen s'écria:

Achece s sans moi ce que cous ace s commencé sans moi. Mais JeanTruch- «ss de Diessenhoffen protesta qu’il n’abandonnerait jamais le duc; il le suivit donc et ils allèrent rejoindre le pape.

Quand on sut que le pape avait disparu, la consternation s empara des grands et des pères du concile. Le

lût

peuple furieux s’en prenait aux Italiens et aux Autrichiens. Les uns et les autres fuyaient à cheval, à pied, en bateau; toutes les boutiques furent fermées. L’empereur et le prince Louis, palatin du Rhin, parcouraient les rues a cheval pour calmer les esprits. On appela tous les prélats à la cathédrale, tous les grands chez Sigismond. Le concile dépêcha vers le pape trois cardinaux et l’archevêque de Reims.

L’empereur fit dire a Frédéric qu’il s'exposait , s’il ne revenuit, à la perte de tous ses fiefs. Le pape répondit qu’il s'était séparé d’une journée de marche de son cher fils l’empereur et du concile, uniquement parce qu'il avait besoin de prendre l’air et de se donner du mouvement; mois il écrivit aux cardinaux que la cause de son départ était dans sa juste défiance des intentions de l’empereur. Cette conduite inspira un profond mépris pour lui aux peres du coneile, et il s’en fallut de peu que, sur la motion de. Jean Gerson , chancelier de l’université de Paris , on ne saisît ce moment pour décréter que l’autorité des conciles était supérieure à la puissance des papes. Il fut résolu que le concile n’en continuerait pas moins ses opérations:

douze pères furent choisis parmi les cinq nations, sans la permission desquels nul prêtre ne pourrait s’éloigner , et l’empereur ordonna aux nobles des châteaux de prendre et d’arrêter tous ceux qui n’en seraient pas munis. Quant à Frédéric, il refusa de revenir; à raison de quoi les grands et les prélats le déclarèrent coupable de haute trahison et déchu de ses fiefs. Le concile l’excommunia pour avoir, semblable à Pharaon, endurci son ccrur, pour avoir résisté aux larmes de l’Église aflligée, pour être demeuré sourd aux conseils de ses amis, aux avertissements de l’empereur, comme le serpent aux conjurations , etc. , etc.

Sigismond , en punition du mal qu'il avait fait aux évêques de Brixen , de Trente et de Coire, et d'autres méfaits encore, défendit de ('héberger, de lui donner à manger ou à boire, de lui fournir des fourrages, etc II

annula en même temps tous les traités conclus avec lui , et l’absolution fut donnée à l’avance pour toute rupture de convention.

I)e toutes les parties de l'empire arrivaient à Frédéric des déclarations de guerre. L’armée marcha le 28 mars sous le commandement de Frédéric, burgrave de Nurenberg , le premier électeur de Brandebourg de sa race, et l’aïeul des rois de Prusse. Les Suisses , réunis à Lucerne , répondirent aux demandes de l’empereur, qu’il y avait à peine trois ans qu’ils avaient conclu avec le duc d’Autriche une trêve de cinquante ans, et qu’il serait peu généreux de la rompre maintenant qu’il était dans le mallieur. La réponse de Berne fut simplement dilatoire. Cependant le burgrave avait déjà réduit Stein ; Diessenboven lui avait ouvert ses portes ; il marchait sur Schaffhousen. Quoique située dans un bas-fond entre les collines qui bordent le Rhin, cette ville pouvait tenir contre un ennemi qui manquait de machines de siège. Le burgrave pénétra donc dans l’intérieur de la Thurgovie, et prit position devant Frauenfeld. De là il fit dire aux habitants de Schaffhousen :

que s’ils résistaient à l’empereur, leur maître , ils subiraient toutes les horreurs d’un siège; que s'ils obéissaient , ils seraient dégagés de la puissance de l’Autriche et reprendraient leur immédiatité. Il leur donna six jours pour délibérer. Il y avait 85 ans que Louis de Bavière avait engagé cette cité aux dues d’Autriche. Les bourgeois s’assemblèrent , et la cause de là liberté prévalut : on fournit à l’empereur le prix du rachat , et à cet effet on s’imposa une taxe extraordinaire , qui se percevait encore en 1 689. Ce fut le 6 avril que Schaffhouse affranchie jura fidélité à l’Empire : toute la Thurgovie se soumit.

De nouvelles instances deSigismond assemblèrent une nouvelle diète à Bekenried , non loin du rocher de Guillaume Tell et du Ruttli , sur les frontières d'Uri et d’Unterwald. Les envoyés de l’empereur insistèrent beaucoup sur le devoir d’obéir à l’Église;

ils citèrent l’exemple des villes et des seigneurs. Les montagnards suisses, Zürich , Zug , Lucerne et Glarus , répondirent qu’ils ne pourraient jamais se persuader que ce qu’on leur demandait pût se concilier avec leur réputation de bonne foi et de loyauté , qu’ils préféraient à tout au monde.

Mais à Berne , quand on vit que déjà La Thurgovie était conquise, on sortit avec toute la jeunesse, en y joignant les contingents de Soleure , de Neufehâtel et de Bienne, et l’on se jeta dans l’Argovie. Les Fribourgeois , ne pouvant prendre les armes contre le duc leur maître , voulurent cependant seconder Berne leur alliée : ils envoyèrent donc sept cents hommes pour y tenir garnison. Le siège de Zoüngén fut entre-

Firis ; ce qui fit craindre à Zurich que 'Argovie elle-même ne fût conquise par les Bernois, et que leur domination ne s’étendît jusqu’à ses portes.

Cette ville envoya donc des députés à l’empereur, pour le prier d’interroger des jurisconsultes , afin de savoir si la trêve de cinquante ans pouvait être rompue; on demanda l’assurance que les terres conquises en commun ne seraient données en fief qu'aux confédérés , qu’elles ne seraient rendues que de leur consentement, qu’il serait pourvu aux frais de la guerre, etc. , etc. Enfin , les scrupules des Suisses u'y tinrent plus : réunis à Schwvtz , pressés par Sigismond , par les pères du concile, convaincus par une consultation des grands, des jurisconsultes et même des principaux ambassadeurs, ils reconnurent que leur devoir le plus sacré était celui qui les obligeait envers l’Empire. Il fut stipulé que les terres conquises sur l’Autriche appartiendraient aux confédérés , et que la bannière impériale marcherait avec eux dès qu’ils entreraient en campagne. Les Suisses envoyèrent donc à Frédéric leur déclaration de guerre.

L'Argovie se voyant menacée: une assemblée de députés des villes et de la noblesse se réunit à Sursée. Les députés des villes voulaient que le pays se constituât en république et s’àdjoi-

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gnlt à la confédération, .en se déclarant neutre. Les nobles étaient contraires à ce parti; iis étaient ennemis de l'égalité. Cette opposition mit quelque lenteur dans l’execution ; et quand les magistrats partirent pour porterces propositions aux Suisses, Ulrich Walker, avoyer de Lucerne, avait déjà fait invasion dans la contrée. De tous côtés les Suisses arrivaient, et il n’était plus temps de négocier. Zofingen ouvrit ses portes aux Bernois, Sursée aux Lucernois. Les conquêtes des uns et des autres s’étendirent avec rapidité. Bientôt les Bernois furent devant Aarau.

De leur côté, les troupes de Zurich franchirent l'Albis, entrèrent dans le bailliage de Knonau, et s’emparèrent du cours delà Reuss. Danscetteguerre, le pont du lac entre Rapperschwvl et Richterschwyi fut brûlé. Aarau cependant se rendit au bout de trois jours , et jura fidélité à Berne et a Soleure , qui lui promirent leurs secours. Tous les droits des ducs devaient être exercés dorénavant par ces deux cités. Leurs conquêtes se poursuivaient presque sans résistance. Un Rodolphe de Reinach essaya de soutenir un siège dans son château de Trostbourg. Il y était bien approvisionné; mais l'ennemi ne lui donna point le temps de consommer ses vivres; il fut pris avec une étonnante dextérité, et la flamme de son château incendié jeta sur le pays une horrible clarté. Cependant elle n’effraya point le seigneur de Thuring du château de Hallwyl. Ce fort était au bord du lac, son enceinte était entourée de fossés profonds, les murailles étaient d’une hauteur immense ; rien ne résista aux machinistes bernois. Une épaisse fumée couvrit bientôt le lac, et porta au loin la nouvelle de la chute de Hallwyl.

De là les vainqueurs vinrent à Ruod.

Lentzbourg, et même l’antique château de Habsbourg que commandait Wolen , acceptèrent la loi de ces républicains. Les confédérés prirent Bruneck , le château des Gessler , et se vengèrent ainsi de l’oppression soufferte 108 ans auparavant. Lfts Bernois s'arrêtèrent au confluent de l’Aar et

de la Reuss, et se reposèrent sur les Suisses du soin de s’emparer de Baden; enfin le siège se prolongeant, ils envoyèrent cinquante cavaliers , mille fantassins et des machinistes.

Le pape Jean et le duc Frédéric, maigre les neiges qui couvraient la forêt JNoire, s’étaient rendus à Fribourg en Brisgau. Ils y apprirent ces désastreuses nouvelles, la conquête de l’Alsace par le comte palatin , et le siège de Seckingen par les Bâlois. Frédéric ne manquait pas de ressources; leTyrol lui était dévoué, cent soixante seigneurs avaient pris fait et cause pour lui , les ducs de Bourgogne et de Lorraine l’eussent secondé, le pape ne le laissait point manquer d’argent:

mais il s’abandonna lui-même ; il empêcha le pape de se rendre en France, et vint à Constance. Le jour de l’humiliation de ce rival, Sigismoud eut soin d'inviter les principaux prélats des quatre nations. Il s’assit à l’extrémité du réfectoire du couvent. Frédéric entra : le duc Louis et l’électeur de Brandenbourg le conduisaient par la main. Trois fois il se mit à genoux. Que voulez-vous ? lui cria l’empereur.

Puissant monarque , répondit pour lui le prince bavarois, Frédéric mon.

cousin est ici ; je vous supplie de lui pardonner ; il se rend ci discrétion et s'engage a vous livrer aussi le pape, sous la seule condition que celui-ci ne souffrira aucun préjudice ni dans sa personne ni dans ses biens. Alors Sigismond d'une voix altérée : Duc Frédéric , accomplirez-vous cette promesse.

— Oui , je demande grâce à J btre Majesté. Le ton sur lequel ces mots furent prononcés, émut les assistants:

tout aussitôt Frédéric fit cession à l’empereur de toutes ses terres , depuis le Tyrol jusqu’en Alsace, et se retournant vers les assistants: Seigneurs italiens , dit-il, vous connaissez la splendeur et ta réputation des ducs d'Autriche : apprenez par ma soumission ce que peut un empereur d’ Allemagne. Cependant les confédérés pressaient le siège de Baden : Mannsberg défendait le château fort. Déjà la brèche était pratiquée par les machinistes bernois , ,

lorsqu’on sut ce qui se passait à Cons- une année à TTeidelberg , fut plus sé* tance : le commandant promit de se vèrcment gardé à Mannheim , et au rendre au bout de huit jours , s’il ne bout de deux ans parviut à s’échapper recevait point la nouvelle de la réin- et gagna Florence. Après qu’il eut tégration de Frédéric; mais Frédéric été déposé, Grégoire XII, âgé do lui-méme était absorbé par de plus 8* ans, se démit de sa dignité. Ilegrandes infortunes, et ce qui occupait noît XIII continuait à se dire pape uniquement son fidèle serviteur n'é- dans un coin de l’Espagne. L’empetait qu’une faible portion de ses con- reur aimait les voyages, il entreprit trariétés. L’électeur de brandebourg d’aller le faire abdiquer. Pour se profut envoyé à la suite du pape, avec curer de l’argent, il fit semblant de ordre dé le ramener de gre ou de réclamer la souveraineté de l’Argovie; force. Abandonné de tous, privé de mais il n’insista pas, et dit que du sa liberté, désespérant de Itu-méme, moins il ne pouvait priver l'Empire Jean XXII fut entraîné à Radolfszell, de ses revenus. Les confédérés étaient à la pointe du petit lac à travers le- épuisés par la guerre , Zurich se charquel le Rhin s’échappe vers Schafthou- gea de tout. Jacques Glentner, l'ancien sen. On ne se crut plus obligé a aucun bourgmestre, fut chargé de négocier ménagement à son égard , et l’on fit avec l’empereur. Dans une séance soeur toute sa vie une enquête de mœurs lennelle, Sigismond recommanda aux dans laquelle on lui reprocha l’amhi- pères du concile d’emplover en délil>etion , la débauche et des voluptés de rations utiles au salut de l’Eglise le tout genre. Frédéric ne put le secou- temps de son absence, puis il partit, rir ; tout ce qu’il put obtenir, c’est que suivi dp quatre prélats (1rs quatre na- Baden ne fût point abandonné aux tions, de l’électeur de Brandebourg , confédérés, non plus que Waldeck, du duc Louis d'ingolstadt, du comte château des Hallwyl. Les confédérés Frédéric de Tockenbourg , de Jean do représentèrent qu'ayant pris Baden Lupfen , du comte d’OKttingen et de sur Burghard de Mannsberg, ils aban- quatre mille chevaux. D’abord il desdonneraient difficilement cette proie, cendit le Rhin jusqu’à Bâle, où l’at- L’empereur s’irrita , et dépêcha pour tendaient les envoyés bernois , qui lui en prendre possession Conrad, comte payèrent cent mille florins, pour Icsde Weinsberg, et Frédéric, comte de quels il leur engagea tout ce qu’ils Tockenbourg; mais quand ils arrive- avaient conquis dans l’Argovie, à la rent, le fort était en flammes , et les ar- condition que le rachat ne pourrait se chives étaient chargées sur desebariots faire jamais qu’au nom de l’Empire que l’on conduisait à Lucerne. Les et de leur plein gré. De Bâle, l’empe- Suisses s’excusèrent sur ce que Win- reur passant le Hauenstein, traversa terthùr avait attaqué les Zurichois Soleure et vint à Aarberg. Le comte malgré la paix. Des lors ils avaient, Amédée et beaucoup de nobles de Sadisaient-ils, démoli le château de Baden voie vinrent lui rendre leurs devoirs, par voie de représailles. Nous avons II y demeura trois jours. Ce fut là que pénétré, ajouterent-ils , dans .ces ap- se conclut la négociation entamée au partements où l’empereur Albert me- nom de Zurich par Glentner. Il fut naçait les Waldstette, où l’on médi- stipulé que l’empereur, entreprenant tait l’attaquedeMorgarten, l’expédition un grand voyage dans l’intérêt de de Sempach ; nous avons renversé ce l’F.glise , et voulant pourvoir au bienrepaire de tyrans. Que ce soit pour être de ses sujets , désirait que Bajamais, et lés acclamations, les cris den, Mellingen, Bremgarten et Surde joie saluaient l’écroulement des sée , villes "nouvellement conquises créneaux pour l’Empire, ne fussent pas sansdé-

Le pape Jean XXII refusa de lire fense; qu’a ses veux personne n’était le factum qu’on lui porta contre lui- plus capable de les bien protéger que même , et lut dépose. Il vécut ensuite les citoyens de la fidèle ville de Zü-

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rlch; que par ces motifs il en gageait à leur ville ces seigneuries pour 4500 florins. Les Zurichois furent autorisés à admeltre dans le bénéfice du marché leurs alliés. Le rachat ne pourrait avoir lieu que par un empereur , pour l’Empire, et du gré de Zurich ; enfin, dans ce cas, il serait payé, outre le remboursement du rachat, six mille florins. Sigismond partit après cette transaction, passa par Morat, le pays de Vaud et Genève , entra en France et de là en Espagne. A son arrivée, il trouva Benoît XIII très-peu disposé à se démettre de la papauté. Ce pontife lui Ut une harangue de sept heures pour établir ses droits , et régna encore longtemps malgré toutes les protestations de l’Église. Sigismond ne revint à Constance qu’après dixhuit mois; car il alla a Paris et à Londres, espérant concilier les rois de France et d’Angleterre, et les réunir ensuite contre les Turcs ; pensée louable, mais qui ne lui réussit pas plus que le projet de faire abdiquer Benoît XIII.

Les confédérés, se rappelant qu’à l’avance on leur avait abandonné leurs conquêtes, se réunirent pour en régler le gouvernement. Une antique vertu dicta la conduite d’Uri. La guerre que nous venons d’achever, disaient ses représentants, n’était pas la nôtre, c’était celle de Frédéric. Comment, chers confédérés, comment aurions-nous pu nous approprier des terres à son préjudice, lorsque nous étions engagés envers lui par une paix de cinquante ans? Puisque l'empereur a fait la paix, ne retenons rien de ce qu’il pourrait rendre au malheureux prince d’Autriche. .Nous, du pays d’Uri, nous ne prendrons aucune part à ce qui ne nous appartieut pas. Nos pères nous ont appris à placer la bonne foi audessus de tout. L’assemblée regarda cette opinion comme une morale intempestive. On convint que le comté de Raden et les bailliages conquis seraient administrés en commun , et que Zurich , Lucerne , Schwytz , Zug , Unterwald et Glarus nommeraient un gouverneur dont les fonctions dure-

raient deux ans , et que chaque année il rendrait compte aux députés de ces cantons. Berne garda ses propres conquêtes; Uri ne voulut rien. Cette campagne eut encore d’autres résultats : il fut fait remise à Glarus de toute suprématie autrichienne ; l’advocatie d’Kinsiedeln fut alors donnée à Schwytz; Zug choisit un gouverneur dans son sein : enfin Unterwald put jouir de toute l’autorité dont Landenlierg avait autrefois abusé; elle fut confiée désormais à son landamman, qui administra aussi les conquêtes faites dans le val Levantine. Nous n’avons point à parler du séjour de Jean XXII a Heidelberg , de sa déposition , de sa détention à Mannheim , de sa fuite en Italie, non plus que du supplice de Jean Hus, acte de barbarie par lequel le concile crut affermir la foi. L’empereur, qui ne voulait que de l’argent pour ses voyages, fit semblant de revendiquer les conquêtes des confédérés, puis il transigea.

Les d i fférends de Frédéric a vec le concile et l'empereur amenèrent, en 1417, une nouvelle expéditionde Zurich et de Constance contre Feldkirch , qui avait été cédé à Frédérie de Tockenbourg sur Frédéric d’Autriche. Les troupes de Constance avaient une grande machine de guerre, qui s’appelait le Schupfen et qui lançait dix quintaux; elle fit brèche à la muraille , et le fort se rendit. Sigismond fit alors un mémorable voyage en Suisse, côtoya le lac de Constance, remonta le cours du Rhin, visita les champs de bataille où Appenzell avait acquis tant de gloire, puis se dirigea vers le lac de Wahlenstadt, dont les ondes perfides faillirent l'engloutir au milieu d’une affreuse tempête. Sur les ruines de Wesen , il trouva la députation des Glarnais , et se fit raconter la bataille de Næfels. De là il se rendit à Einsiedeht, en suivant le chemin des pèlerins. Les envoyés de Schwytz l’y attendaient. Encore saisi de l’impression religieuse que lui avait faite la sainteté au lieu, il descendit de Schindelegi vers le magnifique lac de Zurich , s’embarqua à Richterschwv! , et

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navigua au milieu de ces innombrables villages et de ces fertiles coteaux. La cité tout entière, constable et tribus, nobles, bourgmestre et bourgeois, se porta nu-devant de lui , et lui lit don d’un bocal rempli de florins d’or.

On le reconduisit au delà de l’Albis dans ia belle vallée de Diétikon, où l’attendaient les Luccrnois. A Lucerne, il alla se prosterncrdans l’église de Saint- Léger, puis il parcourut toutes les sinuosités du lac, vint à Unterwnlden, dont un Arnold de Winkelried était landamman, passa devant Gersau, qui conserve toujours sa charte d’affranchissement, débarqua à Brunnen, et fut reçu par le jeune Ital Reding, fils du landamman. Il était à Schwytz , quand la nouvelle que l’on ressait l’élection d’un pape le fit suitenieut retourner à Constance; et en effet, le jour de la Saint-Martin, l’évêque Othon Colonna , de Rome , fut élevé à la dignité pontificale par vingt-deux cardinaux et par trente électeurs que leur avait adjoints le concile; ce fut Martin V. Il choisit cour patron le saint du jour de son élection.

Bientôt l’empereur conclut un traité de paix avec Frédéric, auquel les Suisses refusèrent de rendre la Thurgovie. Les conditions de la paix furent solennellement proclamées sur la place publique à Constance, et le pape nouveau entreprit à son tour un voyage en Suisse. Le départ fut solennel ; il se rendit à sa barque suivi de quinze cardinaux et de beaucoup d’évêques; l’empereur conduisait son cheval avec l’électeur de Brandebourg ; le daisétait porté par quatre comtes; le duc Frédéric et le duc de Bavière tenaient la housse du cheval. On arriva ainsi à Gottlieben, et le soir le bateau s'arrêta à Schaffhousen. Martin y parut tout autre que trois ans auparavant, quand il était le fidèle compagnon de la fuite de Jean XXII. Le rivage était couvert de jeunes garçons vêtus de blanc et couronnés de heurs ; le clergé, les magistrats, la noblesse, la bourgeoisie le conduisirent au couvent de Tous les Saints. De Schaffbousen le pontife alla à Baden et à

Lentzbourg ; il resta trois jours à Soleure , dix à Berne, où on lui fit de riches cadeaux , entre autres huit foudres de vin de Bourgogne et de vin du Rhin, huit bœufs gras, quarante moutons, beaucoup de poules, etc., etc. Il fut bien reçu aussi à Fribourg , vint à Lausanne 'et à Genève, passa en Italie et établit son siège à Florence.

Dans le Valais s’agitaient d’autres événements; Guichard de Raron excitait le mécontentement général par ses relations avec, la Savoie, à laquelle il avait facilité la conquête du val d’Ossola. Ce seigneur ne rendait pas compte de la succession d'Antoine de la Tour dcChâtillon; il n’avait point payé ceux qui l'avaient suivi en Italie près de Sigismond : enfin les confédérés, et surtout t'nterwald, ne lui pardonnaient point ses propos insultants. Il avait dit que s’il se fut trouvé à Doino d’Ossola quand la ville fut surprise par les confédérés, pas un n’aurait échappé. Ceux-ci se plaignirent à ia ville de Berne, dont Raron était bourgeois; mais Berne répondit que depuis qu'il n’avait tenu compte de ses exhortations précédentes , elle l’abandonnait à lui-même. Que'ques soldats savoyards ayant passé le Simplon pour venir à Brîgg, on les désarma et on les chassa , en leur enjoignant d’annoncer à leurs pareils que les Savoyards eussent à se garder de remettre les pieds dans le Valais. Pour échapper aux conséquences de cette action, les habitants de Brigg résolurent de soulever tout le pays ; ils eurent recours à la Matze. Ils taillèrent un morceau de bois en figure humaine, l’entourèrent d’épines, et cette figure devint le symbole du faible opprimé. Chacun de ceux qui s’engageaient à porter secours enfonçait un clou dans le tronc de l’arbre sur lequel on l’avait hissée. La nuit, on allait l’attacher à un.arbre voisin de la route, et dès le malin , quand ia foule était rassemblée, ses défenseurs écoutaient les discours des curieux. Tout à coup un homme audacieux détachait la Slatze, et se plaçait à côte d’elle: alors

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on demandait : Matze, de quoi te plains-tu? Matze, pourquoi es-tu là?

La Matze gardait le silence; puis on appelait à grands cris un ami du pays qui se voulût faire l’avocat de la Matze et répondre pour elle. Ils veulent te secourir, s’écriait-il, en s’adressant à la Matze ; désigne-nous l'homme que tu crains : serais -ce Sillinen ?.... As-

perling ? Henngarten ? Toujours

même silence. A chaque nom on articulait un nouveau genre d’oppression dont on supposait que la Matze pouvait se plaindre. Enfin l’homme s'écria : Te plains-tu des l tarons ? et la Matze s’inclina en signe d’affirmation.

Eh bien ! camarades, s’écria son défenseur, elle a parlé ; que quiconque la veut sauver, lève la main. On reconnut que la violence avait fait taire les lois, qu’à la violence il fallait opposer la violence, et dans tous les dizains se répandit la nouvelle que la Matze en voulait au gouverneur, à l’évêque, à tous les Rarons. Au jour fixé, on suspendit la Matze devant toutes les maisons de leur parti; on les pilla, on dispersa les meubles , on consomma les comestibles. Dès que Raron le sut, il craignit le sort de Châtillon, il s’enfuit à Berne, qui lui objecta sa désobéissance passée, et il n’obtint de Fribourg qu’une simple médiation, à condition de déposer le gouvernement du Valais. Guichard de Raron n’était point un méchant homme; mais il avait montré trop de dédain pour la grossièreté valaisanne , trop de prédilection pour les maurs de Savoie ; il avait par son influence fait établir à Sion des statuts fort sages sur la propreté, la salubrité publique et sur la police des marchés. Vainement il espérait que sa renonciation aux affaires apaiserait ses ennemis. On craignait l’effet du temps et la puissance de ses châteaux. Le peuple se précipita sur celui qui domine Sierre et le démantela ; puis on passa la'Dala, et l'on attaqua une tour de Raron et un château de l'évêque à Louèche; tout lut pris, pillé, dévasté, démoli. De là on se porta sur Beauregard, à l’endroit où la vallée s'enfonce dans les

Alpes d’Aoste. Rtfron, qui avait supporté patiemment les premiers désastres, recourut de nouveau à Berne; niais cette cité, uniquement occupée de l’Argovie et de Frédéric, ne put l’écouter. Il fallut alors se jeter dans les bras de la Savoie, qui s’empressa d’envoyer Amédée de Challant pour occuper le fort de Majorie, le château de Tourbillon et Gerstenberg dans le pays de la Sane. Le sire de Raron réu- r nit tout ce qu’il put se procurer de vivres, appela à lui ses plus vaillants soldats, s’entoura de sa femme Marguerite de Ræzuns, de l’évëque, de tous les vieillards , de tous les enfants de sa maison, et fortifia Séon où il s'établit, tandis que Beauregard était défendu par de lideles serviteurs ; mais pressés parla famine, ceux-ci furent obligés de capituler, et l’on vit de loin les flammes qui dévoraient l'antique Beauregard au haut de sa roche inaccessible. Les secours de la Savoie jetèrent dans le pays une telle exaspération, que cette puissance eut à trembler pour la possession du Chablais ; sans tenir compte de Raron, elle se hâta de traiter en remettant les châteaux, non à l’évêque, mais au chapitre; aussitôt les Valaisans les prirent et les détruisirent. Guichard de Raron ne se laissa point abattre par l’infortune : il vint à Berne et harangua le conseil, lui rappela de quelle hauteur il était tombé, parla des vicissitudes de la fortune qui pouvaient atteindre aussi leur cité, et vanta la générosité qui convenait à cette république ; enfin , il représenta que de toute sa grandeur passée il ne lui restait rien, et que la seule chose qui le pût délivrer , c’est qu’il était citoyen de Berne. Ce discours émut toute l'assemblée; on ne put lui résister Cependant le dizain de Conches, dans le haut Valais, aux sources du Rhône, s’éleva contre les projets de Raron. Ce pays est habité par des pâtres, la contrée est âpre et sauvage, elle se couvre de rocs éboulés , et ne se pare que de gazons alpestres aux teintes grisâtres et cendrées. Un vif amour de la patrie, un esprit d'indépendance

toujours soutenu, rendaient ces montagnards dignes du voisinage de Waldstettcn : ris implorèrent le secours de leurs guerriers; ils dirent qu’ils avaient repoussé Raron parce qu’il avait appelé l’étranger, parce qu’il avait excité la Savoie à la conquête du val d'Ossola.

« C’est aux hommes libres, ajoutèrentils, qu’il appartient de se donner de mutuels secours; en dépit des Hernois, il faut conquérir pour les cantons, pour le haut Valais, cc pays que la nature rapproche de leurs demeures. »

Conciles promit donc sa coopération , et pour recompense demanda qu’Uri et Unterwald la protégeassent contre Berne du côté du Grimsel. Ces cantons accédèrent à ces propositions et y firent consentir Lucerne. On jura un traité d’éternelle alliance, et il fut décidé que les différends du Valais avec Berne seraient terminés par la simple médiation des confédéré! et sans effusion de sang. Le traité , sans compromettre en rien l’indépendance des contractants, stipulait encore beaucoup d'avantages réciproques pour le commerce et l’agriculture.

A peine le traité eut-il été juré, et' avant même qu’il fût écrit, les bannières d’Unterwalden et d’Uri , les troupes de Lucerne, et par entrainement Zürieli et SchwvtZ, franchirent le Saint-Gotliard , tandis que ceux de Conehes descendirent par Altbrunn.

I,e comte Carmagnuola gardait le val d’Ossola pour Milan et pour la Savoie.

On prit Domo d’Ossola , on renversa Matarello, on chassa Carmagnuola , et la bannière de Savoie , conquise par un guerrierd’Unterwald, demeura suspendue désormais dans l’églisede son village. Ziirich et Schwytz achevèrent la soumission du pays par une dernière victoire remportée à l’entrée du val Divédro, issue mystérieuse du Simplon, immense fissure entre d’incommensurables montagnes, d’où s’échappe en bouillonnant la Dovéria. De leur côté, les Yalaisans empêchèrent la Savoie d’envoyer des renforts, et les arrêtèrent en chemin.

Sur ces entrefaites, on apprit dans tous les dizains que l’empereur, après

avoir vainement commandé le rétablissement de Raron , avait chargé les Bernois d’exécuter sa volonté. Ceux-ci, n’ayant pas mieux réussi , s’emparèrent de quelques effets appartenant à des Valaisans qui se trouvaient à Frutien pour passer la Gemmi. Ces voies e fait eurent un résultat contraire à celui qu’on en attendait : Brigg, Naters et Viége, se joignirent à l’alliance suisse, comme avait fait Conehes. Le siège de Séon fut entrepris en commun , et en même temps on gravit les sentiers escarpés qui , de Loueche, s’élèvent avec les roches entassées de la Gemmi, sillonnent ses masses pierreuses, s’avancent sur le précipice et paraissent redoutables au voyageur le plus intrépide. On ne craignit pas d’y hasarder des troupes; on parut à Frùtigen , et l’on reprit ce qui appartenait aux Yalaisans.

11 y eut à ce sujet une diète et des conférences fort animées à Lucerne; enfin , on résolut d’arrêter le cours des hostilités; la médiation d’Unterwald et d’Uri d’une part, de Fribourg de l’autre, eut pour résultat de faire rendre Séon. La dame de Raron, ses enfants, sa suite et l’évêque Guillaume, purent sortir du château , et dans ce moment même le peuple s’y précipita inuni de torches enflammées et y mit le feu.

Cinq dizains-, entre autres Sierre et Sion, jurèrent l’alliance de Waldstetten: ee fut une occasion de pourvoir à la défense du pavs, et de reviser les lois dans l’intérêt de la liberté et du bien-être des citoyens.

Nous ne parlerons pas de quelques incursions de Guichard de Raron dans le Valais. Après beaucoup de discussions, les confédérés convoquèrent une diète dans l’OberhassIi ; Guichard y comparut ainsi que ses adversaires. Les Bernois y appelèrent des délégués de toutes les villes, pour qu’ils pussent apprécier la justice de leur cause.

Quant aux Valaisans, ils refusèrent de remettre, selon l’usage, les choses en leur état. Ziirich fit de vaines instances , et Berne somma les confédérés de protéger Raron, son citoyen. On indiqua un nouveau rendez-vous sur les

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Suisse. ut

bords du lac de Brientz, et l’on y ap- tenir leurs alliés au prix d’une guerre pela les alliés des Valaisans, que l’on civile. D’abord Formée des Bernois jeta prétendit obligés à marcher avec Berne la terreur dans le dizain de Couches; contre eux, ên vertu d’une alliance les dévastations commencèrent à Ctaâbeaucoup plus ancienne, lis répondi- tillon, qui n’est qu’à une lieue de la rent que le Valais n’était justiciable de sauvage Furca; plusieurs villages fupersonne, et que nul n'avait le droit rent incendiés; déjà les vainqueurs d'entraver l’exécution des décisions des marchaient sons obstacle sur le village états. Rien ne se conclut :Raron se mit d'Ulrichen. Tout à coup se révèle l’exisen route, surprit Sion, en brûla une tence d’un héros berger. Thomas in der partie, pilla le reste, dévasta tout le Biindt, couvert d’une peau d’ours, se pays, et s’en revint sans éprouver d’é- met à la tête de deux cents de ses comcliec. I.es Bernois n’avaient ni favo- patriotes, et il attaque brusquement risé, ni empêché cet acte d’audace; l'ennemi. Neanmoins, il allait succoni» mais ils annoncèrent que la guerre ri* ber sous le nombre, quand Jacques vile allait éclater; car Unterwalden Munichow accourut avec quatre cents et Uri répondirent à leurs messages, hommes rassemblés au son du tocsin, que leur ligue avec Lucerne précédait Leur arrivée ranima le courage de Thode vingt ans celle qui les unissait à mas in der Bündt. Il se forma derrière Berne, et qu’ils avaient promis à Lu- les Bernois, près de l’hôpital du Grimccrne leurs secours contre Baron. I,e sel, une embuscade de montagnards danger était imminent; on choisit des qui n’avaient plus rien à perdre, parce arbitres dans les eantOns non intéres- que leurs maisons avaient été brûlées, ses. Le débat s’ouvrit à Ziirich ; Raron Le combat devint terrible : Thomas lit y fut attaqué par l’archevêque André, des prodiges de valeur, mourut, et administrateur de Sion, qui était l’en- laissa à la postérité un nom à jamais voyé du chapitre, et il y eut dans sa glorieux. Si le contingent de Scliwyt* réponse une touchante dignité. Il fut n’eût forcé les Valaisans à reprendre jugé qu’avant tout il serait réintégré leur première position, c’en était fait dans ses biens, qu’ensuite il donnerait des Bernois. Ceux-ci n’osèrent pas pesatisfaction à tous les géiefs. Les ad- nétrer plus avant. L'autre expédition versaires de Raron se livrèrent aussitôt fut arretée avec ta même valeur dans au pillage, et sous prétexte qu’avant le le dizain de Sion, et le lendemain la traité ceux de Sanen l’avaient- secondé, contrée fut libre d’ennemis. La retraite ils se jetèrent dans l’Oberhassii et en- fut très-périlleuse, les Valaisans l’inlevèrent les troupeaux. Berne réunit quiétèrent sans cesse; il s’en fallut de les contingents de Soleure, Fribourg, peu que l’arrière-garde ne fût massa- Neufehâtel et Valengin; on passa les crée. De nos jours encore on voit entre défiles du Sanetseh, et l’on en chassa Ulrichen et Munster deux croix de les Valaisans. Enfin, sur de nouvelles bois; l’une porte : Ici les Bernois ont négociations, les cantons engagèrent le perdu une bataille, le 29 septembre Valais à accepter ia décision des arbi- 1419; l’autre rappelle un fait d’armes très. plus ancien de deux siècles: Berthold

Berne cependant fit une seconde ex- de Zæhringen v avait été battu à l’épédition : il n’y vint pas moins de poque où il prétendait faire valoir ses treize mille hommes de Fribourg, de droits sur l’advocatie de Sion. Les Va- Soleure, de Bienne,de Neufchâtel ; il laisans se montrèrent en plus d’une y eut aussi trois cents hommes de rencontre dignes de foire partie de la Schwvtz. Vers la fin de l’automne, ils ligue suisse, dans laquelle Cri, Cnterse jetèrent sur le dizain de Conches, walden, Lucerne, les avaient en queltandis que les environs deSierre étaient que sorte engagés ; mais le traité ne fut envahis par une autre expédition partie pas ce que pouvaient désirer les ainis de Sanen et de Gruyère. Lucerne, Cri, (le la liberté; tout en faveur de Raron, Unterwalden , ne voulurent point sou- il leur imposait des restitutions et des

amendes sans fin. Des conférences eurent lieu, pour les confédérés, à Zug; pour les autres, à Évian en Savoie. Guichard de Raron fut réintégré dans ses domaines; il vécut encore dix-huit ans, et mourut loin de sa patrie. Jamais sa puissance ne se releva; sa noblesse, sa richesse, ses alliances, ses qualités chevaleresques , ne purent compenser le seul bien qui lui manquât, mais le plus nécessaire de tous, l'amour de son peuple.

Les guerres hussites agitèrent aussi la Suisse. Les Bohémiens virent dans le manque de foi du concile envers leur compatriote , une manifestation de l’antique aversion des Allemands pour leur nation : ils se dirent victimes de la cause de Dieu contre l’Antéchrist, et proclamèrent l’intention d’extirpertous les vices par le fer et par le feu. Ces fanatiques s’exaspéraient en lisant et relisant les passages de la Bible qui flétrissent la conduite des pervers. Reconnaissant tous ces vices dans le clergé et n’en voyant pas la réforme, Ziska, leur chef, se déclara un nouvel Attila, un fléau de Dieu; toute impureté, toute escroquerie, toute oisiveté, appelait la colère de ces inflexibles rigoristes; le luxe même était puni de mort. Ces excès surpassent tout ce qu'on a jamais rapporté de l'inquisition, et justifient en quekjue sorte les terribles représailles de 1 armée allemande. Les Suisses, chez lesquels on avait prêche une croisade contre les Hussites, furent appelés à la diète tenue, entre Pâques et la Pentecôte de 1421, à Nuremberg. Quiconque avait atteint l’âge de douze ans fut astreint à jurer qu'il dénoncerait tous les individus qui lui paraîtraient suspects d’hérésie. Le contingent des villes et des abbayes fut déterminé; Zurich, Bâle, lHulhousen,y prirent part; mais toute l’armée allemande, forte de près de cent cinquante mille hommes, fut dispersée par les Hussites devant Saaz, sans coup férir et par le seul effet de la peur. Une seconde fois les forces allemandes marchèrent avec les contingents suisses; on vint en Bohême, â Miesz; mais cette fois encore il suffit

de l’aspect des Hussites pour tout disperser. Toute la contrée fut ravagée , et pendant dix-huit ans la qualité de roi de Bohême ne fut qu’un vain titre.

Une troisième sommation appela les Suisses à Nuremberg. Le pape Martin et son légat n’épargnèrent rien de ce qui pouvait exciter les esprits; mais la confédération s’excusa sur sa pauvreté; Zürirh seule envoya deux cents hallebardiers, qui rejoignirent en route le contingent d’Ulm. Cette cité avait besoin de l'appui de Sigismond. Frédéric, électeur de Brandebourg, commandait l’armée , forte d’environ cent mille hommes; les troupes d’Albert d’Autriche, gendre de l’empereur, soutenaient ses opérations; ni3is à l’approche de l’invincible ennemi , tous les Bavarois s’enfuirent à Ratisbonne; l’électeur Frédéric se retira dans la forêt de Frauenberg, et le reste se dispersa , en abandonnant armes et bagages. La Suisse ne prit plus aucune part aux mouvements occasionnés par les Hussites.

La dépravation des mœurs ecclésiastiques, les superstitions, les débauches de tout genre, faisaient désirer généralement la convocation d'uu concile, et même on regardait les progrès des Hussites comme une punition infligée par le ciel, à raison de l’insouciance avec laquelle on avait abandonné les réformes délibérées d’abord à Constance, puis à Ravie. Bâle était indiquée pour une nouvelle réunion. Le pape Martin, pressé par le cardinal-légat, Julien Cesarinus, ne put différer davantage; mais à peine les pères s’étaient-ils rassemblés qu’il mourut, et fut remplacé sur le trône pontifical par Gabriel Condulmer, Vénitien, qui prit le nom d’Lugene IV. Il craignait l’autorité des conciles, et les haïssait ; il ne né-. gligeadonc rien pourentraverlesopérationsde celui de Bâle; il fulmina même des bulles qu’ensuite il fut obligé de, rétracter. On décréta la suprématie des' conciles sur les papes comme sur tous les évêques, soit que ces conciles eussent été convoqués par ordre du pape ou malgré lui. On sut concilier à l’Église tout ce que le parti hussite ren-

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fermait d'hommes sages et prudents, et par là on affaiblit notablement cette secte. On eut recours à des mesures tres-saees et très-modérées pour ramener les prêtres à la chasteté; on permit et on recommanda l’enseignement des langues orientales. Ce concile opéra beaucoup de bien ; quelques personnes lui attribuent une intervention salutaire dans les affaires de la France et de l’Angleterre.

Frédéric d’Autriche ne s’empressait pas de racheter ses domaines; il aimait mieux accaparer des trésors que de rentrer en possession de terres qu’il ne pourrait défendre contre les confédérés. Il laissa donc Kibourg à Cunégonde de Tockenbourg, et Frédéric de ïockenbourg put conserver Gastern, Sarganset Feldkirch. L’empereur céda ses droits de suzeraineté à la ville de Zurich, qui acquit aussi les autres contrées des bords de la Glatljusqu’au pont de Schaffhousen , seigneurie dont s’enorgueillissait autrefois le grand Rodolphe, et dont aujourd’hui encore les empereurs et les rois d’Espagne ont retenu le titre.

Sigismond était dans la vingtième année de son règne, lorsque l’idée lui vint de se faire couronner par le pape Eugène IV. Il ne demanda rien aux princes et aux vides; seulement Zürich et Berne furent chargées d'engager les confédérés à l’escorter au delà des monts. Zürich lui donna huit cents hommes, sous le commandement de Rodolphe Stussi, bourgmestre. Ils le suivirent jusqu'à Milan; mais quand ils l’eurent quitté, Sigismond se vit délaissé de tout le monde; il fallut négocier avec le pape. Le jour de son couronnement, il lit chevaliers Rodolphe Stussi, Godefroi Escher, clllennemannd’OIÏenbourg, riche particulier de Bdle; mais, ce qui est beaucoup plus important, il conserva et augmenta les privilèges de diverses villes de la confédération , leur accorda des droits de haute justice, de monnaie, etc. , etc. A son retour, Sigismond parut si inopinément à Bdle, que le concile, le chapitre, les magistrats, eurent à peine le temps de se porter à sa ren- 8* Livraison. (Susse.)

contre; les chanoines étaient recouverts de l’armure chevaleresque. L’empereur feignit de s’étonner de ne point voir d’ecclésiastiques, et lorsqu’ils revinrent vêtus conformément à leur état , il dit qu’il les trouvait vénérables précisément parce qu’ils ne rougis soient pas rie le paraître.

Déjà nous avons parlé de la conquête du val Lévantine et de l’occupation de Bcilinzona. Les confédérés devaient éprouver près de cette place leur premier revers , et cependant y signaler à jamais leur valeur. On se’ rappelle le double fort de Schwytz et d'Uri, et sur la montagne opposée les créneaux d’Unterwald, puis l'enceinte de la ville resserrée entre les deux rocs, et derrière Iiellinzona cette longue avenue du Saint-Gothard , à travers laquelle s’échappe le Tésin mugissant dans son lit de roches, et roulant de nombreuses et bouillonnantes cascades. Quiconque est descendu de la cime des Alpes, quiconque a parcouru cette magnifique vallée et ses terrasses de forêts, en retient un éternel souvenir: enfin, quand la vue se repose sur les prairies qui s’étendent au pied du monte Cenere, le long du val Versasca , et jusqu’au lac Majeur; quand ces ineffables beautés d’une nature si grande et pourtant si riante se mêlent aux souvenirs historiques ; quand les noms de Tschudi , «le Carmagnuola , de François I", le souvenir des exploits des Suisses , des Condottiéri et «les Français, ranimentees riches tableaux, alors il sèmble qu’en nous se révèle un sens nouveau; on dirait que l’histoire a imprimé sa trace sur les beautésde la création. L'homme instruit du passé ne jouit pas seulement du présent, tous les siècles sont à lui , et la pensée, fécondée par la mémoire, est plus puissante encore que la sensation.

Philippe Yisconti ne négligeait aucune intrigue pour se rendre maître de Bellinzona , que les comtes de Sax occupaient en leur qualité de combourgeois d’Untenvald et d'Uri. Ce poste était la clef de l’Italie. Un mariage de la fille de Jean de Sax avec Lothaire Rusca lui fournit l’occasion désirée.

Après avoir tenté diverses menées, il entretint des intelligences dans la place. Agnolo délia Pergoia, l’un de ses commandants, la surprit, et permit à la garnison suisse de se retirer librement. î)omo d’Ossola eut le même sort, et les Milanais s’avancèrent dans le val Levantine, jusqu’au pied du Saint-Gothard. C’était In faute des confédérés, qui avaient trop tardé à déférer à l’avertissement d’tlri et d’Unterwald. Cependant ces deux cantons ne doutaient pas de la vengeance, et, dans la persuasion qu’ils seraient soutenus, ils marchèrent jusqu’à Giornico, où ils reçurent la réponse des alliés. Elle portait nu’on leur donnerait assistance jusqu fuu Platifer, délilé qui est au milieu du val Lévantine; mais qu’il n'était point question de Rellm/.ona dans les traités; que d'ailleurs Cri et Cnterxvalden eussent préalablement à procurer à l’armée des vivres à bon compte. C’était évidemment de la mauvaise volonté; car les cantons approvisionnaient ordinairement ceux dont ils exigeaient ce service, liri et Cnterxvald reconnurent donc la nécessité de se retirer, et lorsque In diète se réunit à Lucerne, le 24 juin, ils se plaignirent amèrement de l’interprétation littérale que l'on donnait aux traités. Ils soutinrent que leurs pères auraient mieux compris la gloire et l’intérêt des Suisses, que surtout ils ne se seraient pas laissé enfermer derrière le Saint-Gothard; qu’ils savaient trop bien que pour leur sécurité il fallait que leur domination descendît jusqu’aux plaines de la Lombardie, et que tous les défilés fussent en leur pouvoir. Lucerne n’hésita point: son exemple fut suivi par tous les confédérés, excepté par Rerne.

Saint-Gall et Appenzell donnèrent leurs meilleures troupes. L’avover de Lucerne, Ulrich tValker, embarqua dans sept bateaux ses bourgeois et ses campagnards. Le contingent de Zug, sous le banueret Colin, les rencontrèrent sur le lac. Avec Colin étaient ses deux fils, émules de la vertu de leur père. Du golfe d'Alpnach arrivèrent les soldats ael’Oberwald; U nterwald quitta le rivage à Stanzstadt. Les petites bourgades

de Weggis et de Gersau se signalèrent aussi. A Hrunuen, on vit s’embarquer quatre cents archers que Ziirich envoyait en avant de son corps d’armée.

Uri attendait à Eluelen le débarquement de ces secours; sa bannière était déployée, ses guerriers prêts à marcher. L’armée remonta le cours de la Reuss, et parvenue aux lieux où le Saint- Gothard s'élève vers les deux, on mit les archers en avant; trois mille hommes les suivirent en quatre divisions ; enfin , on réserva pour l’arrièregarde les troupes qui arrivaient par les défilés et par le lac. De son coté, le duc envoya par le lac Majeur et par le monte Cenere l’elite de ses soldats, six mille cavaliers et dix-huit mille fantassins, sous la conduite du célèbre Carmagnuola. Fils d'un pauvre paysan de Saluces, ce chef ne devait son élévation qu’à sa valeur et à ses talents militaires. Il fut honoré de l’alliance du duc, et considéré comme le plus ferme soutien de l’État. Dans cette circonstance il jugea convenable de dissimuler ses forces, et se renferma dans Bcllinzona.

Cependant les Suisses parcouraient sans obstacle le val Lévantine : seulement il n'y avait pas un ordre bien suivi dans leur marche, et Schwytz, qui faisait le premier corps de l'arrièregarde , se tenait à une journée du gros de l’armée. L’union était d'ailleurs troublée par quelques fâcheux souvenirs : on reprochait à Uri d’avoir affecté d’être plus généreux que les autres dans la conquête de l’Argovie; Schwytz, de son coté, accusait Lucerne de vouloir lui aliéner les esprits. Son contingent, malgré les plaintes les plus amères, ne pressa donc point sa marche, et s’arrêta même à Pollegio, à l’issue des défilés, sous prétexte d’y attendre Glarus. Peut-être les autres confédérés voulurent-ils vaincre sans eux ; quoi qu'il en soit, ils eurent l'imprudence de passer la Moesa et de s’approcher de la place. Carmagnuola envoya des cavaliers, que des guides sûrs conduisirent à travers des sentiers difficiles, et qui tout a coup parureut sur les derrières des Suisses, et s’emparè-

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toril de leurs bagages et de leurs convois de vivres. Si Schwytz ne se frit arrêté à Pollegio, si l'oii eût marché dès le soir ineme, comme le conseillait Tschudi, qui partit avec vingtquatre chevaux, le convoi eût été protégé, et les Suisses ne se seraient pas trouvés dans la triste nécessité d’ accepter le combat sans en choisir le temps et le lieu.

Le 30 juin 1-122, au point du jour, les confédérés étaient devant Bellin- 7.ona,dans les champs d’Arbédo; Lucerne était en avant, au centre Untervvald et U ri ,Zug adossé à la montagne. Glarus et Schw\ tz accoururent pour se joindre à eux. La bannière de Zurich.

Appcnzell et Saint-Gall, descendaient encore le Saint-Gothard; mais il n'y avait dans les opérations ni ensemble, ni direction. L’avoycr de Lucerne, investi du commandement en chef, était découragé de la perte des bagages. La confiance s’était retirée de lui, et chacun se conduisait d'après les inspirations de l'impatience et du courage personnel ; on ne soupçonnait pas même le nombre des ennemis. Six cents hommes environ se dispersèrent sans eti avoir reçu l'ordre, et pour chercher des provisions, ils remontèrent la Moesa.

Le reste de farinée était en désordre, et la plupart des soldats s'étaient déshabillés à causede la chaleur. Carmagnuola en fut bientôt informé ; aussitôt Pergola s’avança à la tète de la cavalerie; I infanterie, divisée en trois corps, suivait , et devait attaquer de tous côtés à la fois, ou bien renforcer successivement les corps engagés. Les confédérés ne prirent conseil que de leur valeur, et Pergola s’aperçut bientôt que l’impétuosité de ses cavaliers ne produisait point son ellet accoutumé.

Les Suisses ne frappaient que les chevaux, s’inquiétant peu du cavalier; mais, dèsquecelui-ci était à terre, on le tuait sans rémission. Lucerne fit des prodiges et perdit un grand nombre de guerriers. Le banneret, se voyant en danger, roula son drapeau et le jeta soüs ses pieds, déterminé à mourir sur place : il n’en combattit pas avec moius d’ardeur, et San exemple fut si

bien imité, que les Lucernois prirent la bannière de Milan. Garmagnuoia lit alors emmener les chevaux. Les Milanais attaquèrent à leur tour avec une infanterie supérieure; Garmagnuoia prit les confédérés en flanc : il fallut céder. On se pressait à reculons, la face tournée contre l'ennemi; on voulait gagner la hauteur; mais déjà le général milanais l'avait fait occuper.

Les Suisses serraient de plus en plus leurs rangs, et leurs hallebardes elles-mêmes entravaient leurs mouvements, à cause des crochets du manche qui se prenaient aux vêtements. Malgré les obstacles de tout genre, trois mille confédérés soutinrent, de quatre côtés, l’effort de vingt-quatre mille Italiens bien armés, bien équipes, ayant à leur tête l'un des plus célébrés capitaines de son temps. Le premier qui parla de reddition fut tué par les siens , ce qui n’empêcha pas l'avoyer de Lucerne et (un iques autres de planter leurs hallebardes en terre, pour demander quartier. Cet exemple ne fut joint Suivi : les Suisses pensèrent que e plus grand service qu’ils pussent rendre à la patrie était de prouver que rien n’était capable de vaincre leur nation, rien que la mort, et que la mort même était impuissante pour leur inspirer l’effroi. Ainsi tomba lelandamman Jean Lot, qui avait vaillamment combattu. Il y eut dans sa fin autant de bonheur quede gloire ; car s'il eût vécu quelques années encore , il eût été. témoin de l'exil de son fils unique, justement condamné pour s’être laisse corrompre par un prince étranger. La bannicre d’Uri échappa des mains de Henri Puntiner de Brunberg , qui périt en combattant; mais elle lût sauvée par les braves qui se précipitèrent autour de son cadavre. Goliu se montra digne de sa vie passée : il tomba sur la bannière de Zug. Un de ses fils la relira baignée de son sang et l’agita sur sa tète. Le jeune Colin mourut aussi vaillamment ; il arracha la bannière du béton auquel elle était attachée, sVn enveloppa et périt. Alors Jean Uandwing, digne de son amitié, la reprit et l’éleva de nouveau sur le contingent

ne

de Zug. On la conserve encore teinte du sang du père et du fils, et durant quatre siècles la dignité de banneret n'est sortie qu'une fois de la famille de ces héros, pour honorer celle de Landwing. Dans cette bataille sanglante, qui dura de neuf heures du matin à cinq heures du soir, il périt trois cent guatre-vingt dix-neuf Suisses, et trois lois autant d’Italiens. Déjà les confédérés avaient renoncé à toute autre espérance qu’à celle de mourir; déjà Carmagnuola comptait douloureusement le nombre des tués qu'il lui en avait coûté pour ne conquérir que des cadavres, lorsque tout à coup de grands cris se firent entendre sur ses derrières : les six cents Suisses répandus dans la vallée de Misox accouraient.

On crut généralement que c’était le second corps d’année des confédérés.

Malheureusement les ponts étaient rompus et la Moesa débordée; ce renfort inattendu ne put donc produire un effet décisif. Cependant Carmagnuola, peu jaloux de soumettre son armée à ae nouvelles épreuves, se retira dans Bellinzona.

Quand la bataille eut cessé, ce fut un aspect bien douloureux ; chacun cherchait parmi les morts un parent , un atni. On y voyait Pierre Colin et son héroïque fils ; plus loin, lelandaminan d’Uri et le brave Puntiner; à travers le sang qui les couvrait, se dessinaient encore, mâles et vigoureux, les traits de leur visage intrépide. Les reproches se mêlaient aux regrets :

on accusait Schwytz de cette nuit funeste perdue à Pollegio; Scbwvtz, à son tour, se plaignait de la précipitation et de r imprudence des alliés :

mais le remords l’emporta sur l’aigreur, et pour venger tant de braves Immolés, Schwytz passa et repassa sous les murs de Bellinzona , appelant au combat et provoquant avec dédain Carmagnuola,qui ne jugea pas convenable de sortir. Ces guerriers marchèrent jusque vers Domo d’Ossola. Le val Levantine resta en la possession des Suisses, et personne n’osa inquiéter leur retraite. Lorsqu'on sut à Lucerne que les soldats partis dans sept

navires en remplissaient à peine deux, les magistrats craignirent une manifestation trop douloureuse; il fut défendu d’attendre les arrivants sur le port ni dans les rues. Chacun observait l’arrivée des bateaux , du haut des édifices : on vit llotter la bannière, mais percée de toutes paris; celle de Milan ne fut pas déployée, le deuil était trop grand. Il se changea bientôt en colere quand on connut les accusations dont 1 avoyer était l’objet ; il s'en fallut de peu "que le peuple ne courût à sa demeure. Le conseil prévint ces excès en promettant de le juger. Trois mois après, une sentence ^prononça qu’il était à la vérité sans intelligence et sans courage , mais qu’il n’avait pas mérité. de peine, et qu’il serait plus juste de punir ceux qui avaient ëleve un pareil homme sur le siège occupé autrefois par l'illustre Pierre de Gundoldingen. Le conseil y ajoutait une haute considération politique : si nos généraux sont responsables du mauvais succès, comme l'étaient ceux de Carthage, ils ne songeront qu’a leur propre conservation , ils n’entreprendront plus de ces actions hardies auxquelles souvent nous avons dû notre salut.

En général les cantons étaient fatigués de ces expéditions transalpines :

ils se refusèrent longtemps à l’execution des traités, qu’ils interprétaient à leur manière, alléguant qu’il y avait quelque injustice a soutenir un peuple contre son souverain , et qu’il ne fallait pas même permettre les enrôlements volontaires. On prétendait aussi empêcher Uri et Unterwald d’agir seuls , sous prétexte que la coo| • ration des autres cantons leur donnait ce droit , et que cette guerre était désormais l’a; fa ire de tous. Enfin, Zug et Glarus se déclarèrent favorables a la cause d'Uri et d’Lnterwald , et au bout de trois ans tous les autres cantons, moins Berne. Quatre mille cinq cents hommes environ passèrent le Saint- Gothard, mais sans aueunr bonne volonté, trouvant partout à faire naître des objections, et déclarant Bellinzona inexpugnable. On vint ainsi jusqu'aux bords de la Moesa, où l’armée se dis-

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persa sans avoir vu l’ennemi. Appenzell seul demandait à combattre pour venger les victimes tombées à Suint- Paul.

Un guerrier de Schwytz, Petermann Bysig, vit avec impatience le relour de' l'expédition; il assembla tous ceux qui avaient été témoins de sa valeur en d'autres occasions. Dès qu’on sut qu'il voulait entreprendre quelque chose, on lui fit dire de toutes parts qu'on marcherait sous sa conduite, et qu'il n’edt qu'à lixer le jour et le lieu du rendez-vous. Trois cents hommes de Schwytz et deux cents autres s'y trouvèrent à la mi-septembre. On descendit à Airolo, puis, du val Levantine, on se dirigea par le Monte- Valdoso sur Domo d’Ossola, d’où les Milanais s'enfuirent précipitamment. Le duc de Milan en fut très-effrayé :

Carmagnuola n'était plus avec lui ; la présence des Suisses pouvait fortifier la ligue conclue entre Venise , Florence et la Savoie. Il était urgent de les chasser : on y employa tout ce que le Milanais avait de forees. Rysig fut sommé de se retirer, et l’on promit de protéger sa marche jusqu'aux frontières suisses. Il répondit que, sans doute , on n'avait point présumé qu'une garnison suisse pût jamais céder à de simples paroles. Alors l’ennemi éleva des potences pour annoncer quel serait le sort de celte garnison; vaine menace, oui ne produisit qu'un appel aux confédérés. La bannière de Schwytz se mit en mouvement; deux dcs plus vénérables magistrats du pays se rendirent au sein du conseil de Berne, et rappelèrent que quatre-vingt-six ans auparavant Schwytz avait délivré les Bernois devant Laupeu ; ils vantèrent l’attachement de leur canton pour Berne, son inébranlable fidélité; enfin Berne céda et prit les armes. I.a bannière fut confiée à Ital Hezel deLindcnach;l'avoyer Rodolphe Hoffmeister eut le commandement, et sous lui Ulrich d Erlaeh et {Nicolas de Gisenstein. Cinq mille hommes vinrent par Thun, Unterseen, Brienz, i’OberliassIi, et de là dans le .Yalais, où ils furent reçus comme

s’ils n’eussent jamais été ennemis.

Schwytz et Uri s’étaient hâtés de franchir le Saint-Gothard ; ils étaient renforcés des contingents de Lucerne et d’Unterwaldrn. Soleure envoya le sien ; Zurich fournit seize cents hommes; il y avait mille guerriers du Tockenbourg, sept cents de l’évêché de Coire. La bauniere d’Appenzell et les montagnards du haut Valais marchèrent aussi. Cette armée , dont Berne ne composait que le tiers, inspira une salutaire terreur. Aux sources de la Doveria, onze cents Milanais, postés sur un rocher, firent rouler des pierres sur les Suisses; mais ceux-ci, habitués à ce genre de combat, surent les éviter , et prirent la position. Le second retranchement fut emporté de même, et l’effroi fut grand dans l’armée qui assiégeait Rysig. Le duc se trouva très-heureux quand il apprit que les Suisses voulaient bien négocier. Le val d’Ossola demeura soumis aux sept cantons; Berne ne voulut point partager une conquête aussi éloignée , et qui l'eüt forcée souvent à se séparer d’une partie considérable de ses troupes.

Mais bientôt les confédérés renoncèrent non-seulement au val d’Ossola, mais encore à Bcllinzona et au val Levantine qui leur était si dévoué. Le chambellan Zoppo, envoyé du duc de Milan, avait su les prendre par la ruse. Il parvint à obtenir de Lucerne, d'Uri et d’Unterwalden , une paix séparée, et se créa dans les autres cantons de telles relations qu’il putenfln vaincre la résistance de l’Oberwald, qui était la plus opiniâtre. Les confédérés reçurentdeux cent trente et un mille florins pour ce qu’ils possédaient dans le Milanais; on les affranchit de la taxe,, on abaissa certains droits en faveur de leurs négociants, on en supprima d’autres , et après ces avantages , qui devaient durer dix ans, les droits (levaient être modérés. Il fut stipulé que les routes seraient bien entretenues, et que le passage serait accordé aux troupes armées quand elles ne dépasseraient pas soixan.e hommes, et qu’elles iraient servir dans un autre pays.

C’était là une paix de marchands , et

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non de guerriers. Les Suisses faisaient ainsi le sacrifice de leurs conquêtes dans l’année même qui vit Philippe Visconti perdre Rergaine au profit de Venise, Verceil et d'autres places au profit de la Savoie. Il y avait vingtquatre ans qu’ils possédaient en commun ces belles contrées.

Berne était devenue la capitale d'un vaste Etat; la puissance de ses armes , la splendeur de ses richesses avaient peu de rivales. En l’an 229 de sa fondation, il y eut une grande assemblée de conseillers et de bourgeois , et l’on y résolut la construction d’une cathédrale digne de cette cité. Il y avait cent ans déjà que le sol et les fondations en étaient préparés parles soins de l'habile Matthieu de Steinbach, fils du célèbre Erwin, architecte de la cathédrale de Strasbourg. Le pape Martin n’avait point oublié l’accueil que lui avait fait Berne; il recommanda les aumônes et proclama des indulgences en faveur de ceux qui concourraient à l’érection du nouvel édifice. Le II mars, après la messe, toute la population se rendit processionnellement sur l’esplanade où il devait s’élever: l’avover et le prêtre qui avait officié posèrent la première pierre. Ce fut l’ouvrage de beaucoup d'années. Dans le temps où fht décrétée cette belle construction , le conseil et les bourgeois, justement orgueilleux des actions de leurs ancêtres, et voulant que le môme esprit d’héroïsme et de liberté devint l’héritage de la postérité, ordonnèrent à Conrad Justinger, greffier de la ville, de réunir en corps d’ouvrage toutes les indications éparses sur i’histoirc de la patrie, et d'interroger les vieillards aux longs souvenirs, pour apprendre d’eux ce qu’ils avaient appris de leurs ancêtres. Justinger s acquitta de ce devoir avec zèle, mais avec simplicité et bonne foi.

Le gouvernement de Berne ne craignait point l’ennemi, ne soupçonnait point ses sujets et ses allies , et se montrait fraternel pour ses citoyens.

La lutte entre les tribus et les magistrats s’était entièrement évanouie. Ou donna aux quatre tribus les plus an-

ciennes le droit de fournir seules les banrierets ; il en fut de cela comme à Rome du consulat, qui demeura longtemps aux patriciens, môme après que le droit en eut été accordé aux plébéiens. Les hanuerets aussi continuèrent à être choisis presque exclusivement dans la noblesse. Du reste, chaque tribu faisait la |ioliee dans sou sein, et jugeait les pet, tes affaires, les rixes, etc. Le cierge était trop abandonné aux plaisirs pour exiger des mœurs sévères de la part des autres. Quiconque contribuait de ses deniers a la construction de l’eglise, ou au payement de la rançon des chrétiens esclaves, se livrait a’ une entière sécurité sur le pardon de ses péchés. On regardait aussi comme fort agréable a Dieu l'usage d’admettre à sa table un pauvre les jours de fête et le dimanche. L’or et l’argent brillaient dans le mobilier des Bernois, et il était assez ordinaire de léguer à un ami la coupe dans laquelle on avait bu «à la mutuelle amitié. La puissance de Berne s'était rapidement accrue pour plusieurs causes : d’abord les seigneurs la servaient sans rétribution, et Souvent lui concédaient sur leurs terres des droits de juridiction exerces par leurs ancêtres; puis elle avait un système d’impôts lépartis assez également et dans la proportion des fortunes sur tous ses citoyens et ses sujets ; enfin la cité, nu lieu d'opprimer les villes de second ordre, se montrait bienfaisante envers elles. Ainsi, quand Burgdorf se plaignit que, ses murailles tombaient en ruine , Berne affranchit de tout impôt huit villages à condition qu'ils contribueraient a relever l’enceinte et les tours de cette ville. On lui permit aussi de renouveler son alliance avec Soleure. Berne conclut un sage traité avec Lucerne sur les différends entre les villes, entre les seigneurs et celle-ci, sur les arbitrages, sur les limites des deux États. Elles avaient été déterminées l’année précédente, en 1420, entre le comte de Wiilisau, appartenant à Lucerne, et l’Argovie bernoise. Bientôt Henri de Bubeiiberg, baron de Spiez, gouverneur d’Aarbourg , présida devant Lenz-

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SUISSE

boorg une assemblée des états ; là com|drut la noblesse de l’Argovie, là vinrent les députés de toutes les communes, et, au nom de Berne, Ulrich d’F.rlaeh , chevalier seigneur de Jægistorf, avec Rodolphe de Ringoltingen , seigneur de Landsluit : on rechercha , à l'aide de témoignages et sous la foi du serment . quels étaient, dans l’ancien état de l’Argovie , les droits seigneuriaux. Les Bernois acquirent Aarwangen, et, de concert avec Fribourg, Grasburg, seigneurie qui était engagée à la Savoie, etquecesdeux cités rachetèrent en commun. Soleure cependant s’agrandissait aussi, et, profitant de la détresse de ses voisins, elle acheta au chapitre de Bâle la ville d’OIten, si importante par le pont qu’elle possédé sur l’ Aar. D’un autre côté, Jean de Falkenstein lui vendit Ballstail.

Soleure devenait ainsi maîtresse des délités du Jura. File rivalisait avec Berne de zèle et d'elforts pour la construction d’une église : il n’était point de ville dont l'ambition ne fut d’avoir un beau monument religieux et une cloche sonore.

Il y avait environ soixante et dix ans que le chapitre de Bâle était en décadence, surtout à raison des prodigalités de l’évêque Humbert de Neufchâtel au profit de ses amis et de ses parents. Un autre évêque s'en lit le restaurateur : ce fut Jean de Fleckenslein, issu d'une noble famille d’Alsace; arrivé au siège de Bâle dans les circonstances les plus difficiles, il réunit les qualités du prélat à celles du prince. Tluébaut de Neufchâtel |K>ssédait à titre d’engagement Saint-Ursanne, le val Saint-Iinier et beaucoup de châteaux; partout les impôts et les revenus étaient assignés à des créanciers, et il se commettait de telles exactions que les populations de Délémont et du val de Moutier émigraient en foule. L’évêque, accompagné de celui de Worms et de celui de Spire, ses parents, parut tout à coup dans Bâle à In tête de quatre cent cinquante cavaliers, non pour faire une vaine parade, mais pour effrayer Thiébaut de Neufchâtel , et le disposer ainsi à

consentir au rachat. Aussitôt l’évêque se fit envoyer des députés de toutes ses terres, promit de faire des sacrifices personnels, et obtint une contribution de quatre mille florins, à l’aide desquels il put racheter les impôts.

Mais Thiébaut ne voulait point vendre - scs domaines; alors les comtes de Sanrwerden, de Liuanges et Louis de Lichtenberg, l’un des héros de son temps , intervinrent ; l’évêque mit à la tête de six cents cavaliers Jean de Thierstein, et le lit commandant des troupes du chapitre. Les Bàlois y joignirent un contingent sous les ordres de Burghard ze Rhyne, et en moins de trois jours les châteaux engagés à Thiébaut de Neufchâtel furent repris ; mais la guerre continua: Hesingen fut brillé par Thiébaut; Florimont se rendit à lui, en haine d’excès commis sur les femmes par les troupes du chapitre. Râle et les alliés de l'évêque firent de nouveaux efforts : on renforça l’armée, on assiégea, on prit lléricourt, et Thiébaut, qui ne s'attendait pas à de si vigoureuses attaques , finit par abandonner ses droits pour la somme de dix mille florins.

A cette époque, Bâle entra aussi dans la ligue des dix villes alsaciennes dont le but était de rétablir la paix en Alsace etdansle Rrisgau, sous les ordresdu palatin du Rhin. Sept députés, siégeant à Brisach , connaissaient des contestations qui auraient pu troubler le repos public dans ces prov inces. Il y eut une expédition contre Bernard, margrave de Baden. Bâle y fournit dix-huit cents fantassins et deux cent cinquante cavaliers, toujours sous le commandement de Burghard ze Rhyne. On brilla Rastadt. La division se mit ensuite entre le contingent de Strasbourg et celui de Bâle, et le différend qui avait fait mouvoir toutes ces forces en fut plus aisément terminé par la médiation des envoyés de l’empereur Sigismond.

Mais, pour faire une diversion utile au margrave de Baden , le prince de Châlons avait fait irruption dans le Sundgau; aussitôt l'ancien bourgmestre Reich de Reichenstein marcha contre

lui , et l'armée qui revenait de l’expédition le rejoignit; on s’avança sur Belfort. Le prince de Châlons se retira.

L’année 1426 présente lin fait de peu d'importance en lui-même, mais qui caractérise cette époque de licence et de désordre où chacun se faisait justice à lui-même. Un serviteurde Rodolphe de Wessenberg , Thomas Oberrot, avait été arrêté dans un village bâlois , tant pour vol que parce qu’il avait tué le chasseur du baron de Ramstein; il s’évada, mit le feu au village , et suspendit aux branches d’un arbre une déclaration de guerre aux Bdlois. Ce qui les blessa le plus , c’est qu’il répandait partout des écrits contre leurs magistrats , en leur reprochant d’avoir voulu le corrompre pour lui faire commettre une trahison.

Nous donnerons encore quelques détails propres à faire juger de l'état de la législation , qui était bien plus dans les usages et dans les souvenirs que constatée par l’écriture. Pour prouver les accusations de meurtre, ; de brigandage, d'incendie, d'hérésie, etc., il fallait sept témoins ou le combat judiciaire. Lorsqu’après le couvre-feu un assassin s’était introduit dans la maison d’un homme qui vivait seul, si cet assassin était tué, il suffisait pour justifier le bourgeois qu’il arraclult trois brins de paille de son toit et qu’il amenilt son chien en laisse, ou, à défaut de chien, qu’il apportât son chat ou son coq ; en présence de ce s objets il jurait devant les juges qu’il était innocent, et qu’en tuant son adversaire, il avait cède à la nécessité de se défendre. Tous les ans, avant le carnaval, les jeunes gens se réunissaient en présence de l’avoyer : c’était l'époque des mariages; il assignait aux hommes libres des femmes de condition libre, aux serfs des femmes de leur condition. Les mésalliances entraînaient la confiscation de corps et de biens , et cependant l’infraction aux prohibitions pour parenté , et la bigamie elle-même, n’étaient punies que d’amende. Tels étaient les usages de la Sisgovie et des cantons voisins.

En 1428, se présenta à Bâle un chevalier étranger; il s’appelait Juan de Merlu. «Ma noble rare est espagnole, dit-il; j’ai parcouru cent pays, un millier de villes , mais je n’ai trouvé personne qui osât se mesurer avec Juan de Merlo.» Irrité de cette bravade, Henri de Ramstein lui jeta le gant:

on convint de courir chacun une lance, de se porter trois coups de hache et quarante coups de sabre. Le juge suprême du combat fut Guillaume de Rœteln, et avec lui Jean de Thierstern, Thuring, baron de Hallwvl, Rodolphe de Ramstein , et Églof de Rattssamhausen. De toutes parts on accourait; peuple et nobles , tous voulaient voir l’issue de ce combat qui intéressait si éminemment l’honneur des armes allemandes: la foule fut si grande que les magistrats craignirent des désordres : la plupart des portes demeurèrent fermées; les autres furent occupées par des troupes , tandis que des cavaliers parcouraient les rues pour observer le moindre mouvement. Sur le Rhin étaient vingt bateaux chargés de soldats; enfin, les gardes des tours étaient prêts à sonner le tocsin. La lice s’ouvrit enfin dans la ville haute, sur la grande place de la cathédrale : on vit paraître le bourgmestre de la ville , zc Riiyne , le sénat et le grand conseil en armes , les dames nobles de Bûle et des environs, les chevaliers et les citoyens. Les deux champions entrèrent dans la lice; ils combattirent à la lance, à la hache, au glaive, avec tant d’ardeur, de dextérité , de courage et de vigueur, qu’on eût dit que du succès de ce combat dépendait la prééminence chevaleresque de l’Espagne ou de l’Allemagne. Ils eurent beau se surpasser, beau faire des prodiges, ils ne réussissaient qu'à se concilier l’admiration universelle, sans pouvoir sc porter aucun coup décisif. Enfin , Jean de Thierstein, voulant honorer la- valeur de l’étranger, entra dans la lice, et l’arma chevalier.

De plus grands événements appellent nos regards sur la Rhétie et sur la ligue naissante des Grisons, qui fut jurée sous un tilleul non loin du vil-

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lage de Trunz , le 15 mars de la 1424' année de l’ère chrétienne. Il convient de rappeler les circonstances qui préparèrent cette grande ligue , et de dépeindre en peu de mots l'état du pays.

Depuis la mort de Donnt de Vaz , la uissance des seigneurs s’était affaiîie, car, d’une part, les communes s'étaient rapprochées; de l’autre, ses descendants n’avaient point cet héroïsme et ce prestige guerrier qui commandent la soumission. Sur les bords du Rhin postérieur, entre Tusis et le Splugen , s'étend la belle vallée de Schatns , ainsi nommée des six rivières qu’elle jette dans le fleuve naissant (Sexamnensis). Cette vallée, dans laquelle on pénètre après avoir affronté les bruyantes profondeurs et les escarpements de la Via-Mala , est l’une des plus fertiles et des plus peuplées de tout le pays. Elle était dominée par les redoutables châteaux de Bærenburg et de Fardun ; tous deux appartenaient au comte de tYerdenberg Sargans , qui avait commandé à Næfels contre les Glarnais. La tradition répétait, et les chroniques ont recueilli de nombreux outrages prodigués par les commandants des châteaux aux habitants de ces contrées. Celui de Bærenburg forçait les passants à manger avec le bétail dans l'auge des pores; celui de Fardun envoyait paître ses troupeaux à travers les moissons; et Jean Chialdéraire ayant tué deux de ses chevaux, fut longtemps détenu pour ce fait ; enfin, le bailli deGuardoval, dans l’Engadine, exigea d’Adam Camogasch qu’il lui livrât sa fille pour en faire sa concubine. Camogasch ordonna à sa fille de revêtir ses plus belles parures, et sortit pour exciter les braves à la vengeance ; ils s'embusquèrent autour du château. Cependant Camogasch parut avec sa fille ; aussitôt le commandant se précipita vers elle; mais il paya de sa vie cette dernière débauche , car le fort fut surpris , et toute la garnison périt. Le commandant de Fardun invita un jour Chialdéraire à partager son repas, et, par un excès d’insolence, il cracha dans les mets qu’il lui fit servir ; mais celui-ci saisissaut son hôte d’un

bras vigoureux, .e contraignit à les manger lui-même, puis il insurgea le peuple et s’empara des châteaux. Le pays était d’ailleurs accablé par les continuelles dissensions qui s’agitaient entre la ville de Coire, l’évêque, les tVerdenberget les Ræ/.uns : il serait fastidieux d’en raconter les détails. Il éclata une sédition dans Coire, et l’évêque , ob.igé de prendre la fuite par une porte dérobée, ne. fut réintégré par la médialion de Ziirirh qu’après le pillage de son château. Il était bourgeois de cttte cité; mais, voyant qu'elle ne l'appuyait que dans les limites de l’équité et de la justice, il conclut un traité avec les ducs d’Autriche pour mieux opprimer son peuple : la ville de Coire en surprit une copie qu'elle envoya à Zurich.

Cette dangereuse alliance d'une part, l’esprit inquiet de l’évêque de l’autre, enfin, la hautaine domination des employés des seigneurs , devinrent des causes de fermentation ; de valeureux montagnards se réunirent dans les forêts; mais l’histoire a oublié le nom de celui qui le premier parla le langage de la liberté1 il n’a d’autre monument que la république des Grisons ellemême. Les hommes les plus connus pour leur valeur et leur vertu se voyaient la nuit non loin de Truns , dans une belle vallée, au pied d’une montagne escarpée. On dit que les chefs des villages étaient tous des vieillards à la figure vénérable , à la barlie grise; et l'on ajoute que l’abbé de Dissentis, Pierre de Pontaningen , seconda leur entreprise. On pensa que l’ensemble et la force de la volonté contraindraient les seigneurs à la justice : tous les Rhétiens de la montagne, tous ceux des sources du Rhin s’entendirent; ils choisirent parmi eux les plus anciens et les plus considérés , et les envoyèrent aux seigneurs pour leur notifier leur résolution, et pour en obtenir une constitution libre. L’assentiment de l’abbé de Disseutis entraîna celui de Jean, Henri et Ulrich de Ræzuns.

Jean de Sax que , dans la guerre de Bellinzona , nous avons vu se déclarer pour Milan contre les Suisses, imita cet exemple, car il avait besoin du

L LMVEKS.

peuple contre l’évêque et contre Henri de Werdenberg. Les députés ne furent pas moins heureux envers un autre vVerdenberg, Hugues de la bannière noire , le frère de celui qui avait naguère combattu pour Appenzell contre les ducs d’Autriche. Le seul récalcitrant fut donc Henri de Werdenberg à la bannière blanche; il écouta les conseils de subordonnés orgueilleux et imprudents ; ce qui n’empêcha pas scs campagnards de Laax , les communes du pays de Schamset du Rheinwald d’entrer dans la ligue. Cefut donc vers le milieu du mois de mars 1424 ue l’on vit se rallier à Truns Pierre e Pontaningen , abbé de Dissentis , les trois frères Ræzuns, Jean de Sa\, Hugues de Werdenlærg, les vassaux de Disseutis, les bourgeois d’ilanz , les habitants des vallées de Luguetz. Vatz, Fliins, ceux deTruns,Tamins,Schams, Tschapina , Tusis, etc. ; les seigneurs, les magistrats, les anciens s’assirent sous le tilleul ; la foule les entourait; et, levant les maius au ciel, on jura la ligue suivante, qui existe encore.

• Sans distinction et à tout jamais, « nous sommes amis et alliés ; nos « corps , nos biens , nos terres , nos « soldats sont à notre disposition mu- « tuelle; nous nous aiderons du con- « seil et des armes ; nous userons du « droit réciproque de vente et d'achat; « nous veillerons à la sécurité des «routes, et nous maintiendrons la « paix. Nul ne pourra se faire justice «a lui-même, ni porter atteinte à la

• liberté et à la propriété d'autrui; on « devra s’en rapporter à la décision « du tribunal dont l’accusé est justi- « ciable , selon le droit et l'usage. On

• respectera dans leurs personnes et « leurs propriétés les nobles et les ro- « turiers , les riches et les pauvres. On « jure en rommun qu’à la mort des « abbés de Dissentis, on ne portera ja- « mais aucun empêchement à l’élection « faite par les religieux , non plus qu’à «leurs droits, revenus, libertés, et « l’on s’engage même à les protéger. Si « des rixes trop graves ou d’autres

• causes dépassaient la puissance des «juges ordinaires, s’il en résultait une

« guerre, l’abbé nommerait trois ar- « Litres, les barons de Ræzuns trois, les « comtes de Sax tout autant, le Rhein- « walddeux, Flims pareillement deux.

■ Ces arbitres pourront, selon l’im- « portance de la cause , s’en adjoindre a d’autres ; et si les voies de douceur « restent sans succès, la sentence qu’ils « prononceront devra être exécutée «contre les récalcitrants, au moyen « du concours de toute ta ligue. > On convint que. ces affaires graves seraient décidées en assemblée générale à Truns, et que, pour plus de solennité, l’alliance serait jurée de nouveau tous les dix ans. Elle devait durer tant qu'il y aurait des montagnes et des vallées; et nul désormais n'y serait admis sans le consentement de tous. L’abbé réserva son alliance avec Uri, Schwytz et Untervvald ; les barons de Ræzuns et le comte de Sax stipulèrent que rien ne serait changé à l'accomplissement de leurs devoirs envers chacun. Cette fédération de montagnards romans et allemands a pris le nom de ligue supérieure, à cause de sa position géographique; et, dans la suite, elle a communiqué aux trois unions rliétiennes celui de ligue grise ou Grisons; soit parce que , dans une haute antiquité, on appelait grises les plus liantes sommités des Alpes , soit parce que ce peuple avait coutume de se vêtir en gris.

Vers le même temps , et peut-être quelques mois plustôt, les sujets du monastère et de la seigneurie de Ræzuns, de Tomilieasca, du Heinzenberg, et de la plaine, se réunirent et se promirent un mutuel appui contre toute injuste violence, lors même qu’elle viendrait de l’évêque ou des barons.

Les seigneurs de la haute et basse Juvalta , ceux de Scliauenstein et d’Ehrenfels , accédèrent à la convention , et il ne resta plus à l’évêque et aux frères de Ræzuns d’autre parti à prendre que de la confirmer et d'y apposer leur sceau. Le même désir d’être gouvernés avec justice pénétra au delà du Rhin chez les habitants des plus sauvages contrées, dans la grande commune

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d’Oberva* , dans les fermes dispersées d’Avers, et jusqu’à Stalla , village si», tué bien plus haut que la région où s’arrêtent les forêts. Furstenau, à l’embouchure de l’Albula, et la vallée de Bergun , étaient animés des mêmes sentiments : le ciel semble avoir tout refusé à ces montagnards; ils ne connaissent aucun des biens auxquels trop souvent les peuples sacrifient les droits de l’humanité ; néanmoins ils envoyèrent leurs anciens à une réunion des Grisons qui eut lieu à liant/., et furent admis à participer à la ligue eternello.

La troisième fédération se forma dans les dix hautes justices dans lesquelles régnait Frédéric, comte de Toekenliourg, celui-ci ayant conclu une alliance pour vingt ans avec Conrad Planta de Cernez, et avec les habitants de l'Eugadine, dans la vue de s’attacher le peuple, et de se procurer des soutiens contre le duc d'Autriche, les barons de Ræzuns, et les comtes de AV'erdenherg.

Cependant , malgré le repos que ces ligues donnèrent au pays , les YVerdenberg et l'évéque de Coire étaient toujours en querelle. L'empereur Sigismond intervint pour que ces se gneurs reconnussent tenir du chapitre de Coire Schams, Toinils, les châteaux de Bærenburg et Ortenstein; mais le peuple n’avait point oublié la violence des châtelains. En vain Sigisniond ordonna de le contraindre à l’obéissance:

il fallut des excommunications souvent répétées et toujours plus sévères; Schams ne s'en alarmait point, et ne voyait dans ces actes de colere qu’un abus des choses les plus saintes ; toutefois on fut obligé de céder à la croyance x des peuples voisins qui craignaient plus ces armes spirituelles que le nombre des ennemis. La ligue de Truns sauva ces montagnards.

Mastino Visconti avait donné à l’évéque de Coire, pour prix de l'hospitalité qu’il en avait reçue, la grande vallée qu’arrose l’Adda , et les contrées ui , du Splugen , s’étendent vers le lac e Corne: neanmoins la suzeraineté en demeura au duc de Milan , et cette donation ne fut longtemps qu’un titre

vain. Ces pays étaient toujours divisés entre les Gibelins et les Guelfes. Dans l’origine les premiers étaient les partisans de l’empereur; maintenant ils l'étaient du pouvoiren général , comme les Guelfes étaient devenus les soutiens de la liberté. Les Guelfes obéissaient à deux capitaines, les frères Nicodémo et Francisco, fils de Tebaldo; le chef de l'autre parti était Jean Rusca, fils de Franchino , homme d’une rare beauté , d'un mérite distingué , et jouissant de toute la faveur du duc Philippe. Le parti guelfe n'avait l’avantage que dans le centre de la Valtcline, où ilse fortifiait du voisinage et desdispositions du pays de Poschiavo, qui relevait aussi de l’évéque de Coirè. Le duc était en proie à l’inimitié de la ligue italienne, particulièrement de Venise, qui, maîtresse des mers, affermissait maintenant sa puissance sur terre : déjà la prise de Brescia et de Bergame avait rapproché la Valteline de sa domination. Georges Cornaro eut ordre de s'en emparer, et il ne lui fallut que huit jours pour envahir tout le pays depuis le lac de Côme jusqu'à Borinio, conquête qui entraîna la soumission du val Sassina. Yetturi partit de ce lieu pour pénétrer au cœur du Milanais. Le succès inspira la confiance; une troupe de Vénitiens marchait avec un entier dédain de l’ennemi : des campagnards de Rormio l’attaquèrent et la taillèrent en pièces dans les plaines de t’Adda, en un lieu que l'on appelle encore Fumarogo, parce que, dit-on, ils y brdlerent les morts. D’un autre cote, Pierre Brunor marchait contre Vetturi avec une petite troupe dont les montagnes dissimulaient la faiblesse, et que des cris, le bruit des tambourins et des trompettes faisaient paraître beaucoup plus nombreuse.

Piccinino, l’un des meilleurs capitaines de l’Italie, suivit avec une incroyable rapidité la rive occidentale du iaede Génie. Cornaro, a Sorigo, franchit un pont de bois, et parut dans les champs qui divisent les maisons éparses de Delibio : là il eut affaireà un ennemi fort de trois mille hommes, qui s’é-

tait retranché entre le fleuve et la montagne, et qui le repoussa. Jean Rusca conseilla a Piccinino d’attendre les montagnards qui, en effet , prirent Cornaro en queue : son armée tut fort maltraitée ; quelques fuyards regagnèrent Berçante par des sentiers de montagnes ; la plupart des chefs mirent bas les armes. Mais Venise, qui ne pouvait posséder tranquillement Brescia et Bergaine qu'autant qu’elle serait maîtresse de la Valteline , envoya surle-champ des forces supérieures sous le commandement de François de Gonzague. La paix de l’année suivante en maintint la souveraineté au duc de lllilan , et stipula aussi l’échange des

Îirisonniers. On éluda ce traité , on èignit que Gornaro était mort, tandis que, dans les cachots, on le mettait à la torture pour lui arracher les secrets de Venise : il sut souffrir et se taire. Après un intervalle de plus dedix ans, il reparut au milieu des siens, et ils reçurent avec joie celui qui avait si noblement expié la faute commise à Delibio.

Nous allons rappeler quelques faits de l’histoire intérieure de la Suisse, et nous reprendrons ensuite la série des événements. L’hiver de 1434 à 1433 fut l’un des plus froids que l’on edt jamais soufferts. Le Rhin était gelé dans tout sou cours; on traversait a cheval le lac deZiirieh et celui de Constance : on y voyait des traîneaux et meme des chariots. Les magistrats de Zurich rendirent une ordonnance qui défendait de faire aucun mal aux oiseaux que le besoin attirait parmi les hommes; cette ordonnance recommandait même de leurjeterdu pain. Dans les montagnes suisses, quand un hiver rude est suivi d’un printemps trop doux, il arrive toujours de grandes catastrophes; le 4 mars de l’année 1433, le sol manqua sous une partie de la ville de Zug : la rive trembla ; quelques maisons s’entr'ouvrirent; la population, suisied'effroi, restait ou fuyait, selon que chacun écoutait ou l'intérêt ou la peur. A cinq heures du soir il se lit une explosion soudaine; la terre laissa échapper des torrents de poussière ; deux rues ,

plusieurs tours et la muraille d’enceinte s’abîmèrent. Soixante personnes périrent en ce moment : entre autres, Colin, le chef de la république, le grellier AV’ikard , et tous les titres de la ville. L’enfant de cet infortuné fut porté par les eaux , tandis que sa mère mourait en voulant le sauver. Tous Ips confédérés témoignèrent leur intérêt à Zug, et Ztirich envoya sur-le-champ des chariots chargés de vêtements et de provisions. Depuis cette catastrophe, on agrandit la ville vers l’intérieur a l’opposite du lac.

Gfarus offre, vers cette époque, un exemple remarquable de combat judiciaire. Un homme riche cheminait vers le canton d’I ri; il était suivi de son beau-frère qui, dans la vue de s’approprier sa fortune , le poussa au fond d’un précipice; mais Rlumer, c’était le nom de sa victime , ne se fit aucun mal , sauvé comme par miracle. Il accusa Heintz, son beau-frère. Celui-ci eut recours à la calomnie : il répandit parmi ses parents le bruit que Bhimcr se rendait coupable du crime honteux de bestialité; que, l’ayant surpris, il avait résolu , pour l’honneur de la famille, d’en faire justice lui-même et sans éclat. Biumer nia le fait : on comparut devant les juges : de part et d’autre, les assertions étaient pareilles; de part et d’autre, même apparence de sincérité. Dans le doute, on résolut de s’en rapporter au jugement de Dieu; et, le 12 août 1423 , tous les habitants de Glarus , de l’un et de l’autre sexe , moins les parents des deux champions , se rendirent au lieu où se faisaient les exécutions. Le landamman Tschudi y présida soixante juges : les deux beaux - freres entrèrent dans la lice demi-nus et ie glaive en main ; et tous les assistants adressèrent de ferventes prières à Dieu pour qu’il fit triompher l'innocence. Le signal donné, la lutte s’engagea ; enfin Rlumer atteignit Heintz, et lui porta plusieurs coups de pointe qui lui enlevèrent l'espérance de vivre. Aussitôt il confessa son crime à haute voix , soupira et mourut.

Un des effets du concile de Cons-

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tance fut la prospérité du commerce de Saint-Gall et I'; g-andissemem de cette ville; en effet l'aliluenredes etrangers fut telle à Constance, qu’elle avait à loger quatre ou cinq fois autant de monde qu’elle en pouvait contenir; la fabrication des toiles, qui faisait sa principale industrie, en fut interrompue; les fabricants cherchèrent un lieu moins incommode, et s’établirent à Saint-Gall, qui sur-lcchamp ajouta plusieurs rues à l’ancienne ville, et vit doubler ses revenus. De la sorte, elle put acheter les libertés les plus importantes, acquérir des propriétés , et devenir ville impériale.

Consumée par les llnmmes, ses habitations de bois firent place à de belles maisons en pierre, et pour qu'il n’y eût plus de toits d’étèles ou de chaume, la ville fournit des tuiles aux pauvres.

A l’époque où Henri de Mangisdorf fut élevé à l’abbaye de Saint-Gall , Appenzell refusa de jurer obéissance à ses baillifs, et de payer les impôts et les revenus. Ces montagnards pensaient que Cunon y avait renoncé par sa tyrannie, et qu’ils avaient à jamais reconquis ces droits par leur valeur.

Plusieurs autres communes imitèrent cet exemple. Quoique l’abbé eôt préféré le jugement des villes de Souabe, parce qu’il doutait de l'équité des Suisses, il fallut bien s’en rapporter à reux-ci , et même les supplier d'accepter cette mission qui (rétait pas de leur goût; caron ne pouvait manquer dedéplaireà Appenzell oude méconnaître la justice. Toutefois lesdeux parties leur avant donné plein pouvoir, ils acceptèrent: Zurich, les Waldstetten , Zug et Glarus nommèrent quatorze juges, la plupart élevés en dignité, et connus pour leurs lumières et leur probité. Ils mirent plus de dix mois tant à étudier l’affaire qu’à des essais de conciliation entre les parties, qu'on faisait venir tantôt à Baden, tantôt à Zug, tantôt à Saint-Gall ou à Lucerne.

Les quatorze allaient vers le prince abbé, puis iis revenaient près des montagnards. Le prince et les Appenzeilois ne négligeaient pas non plus les dc-

marches envers les confédérés. Enfin, on annonça solennellement le jour de la décision; là, les députés d’Appenzell arrivèrent sans aucun pouvoir. Alors les confédérés réunirent la population à Hundwyl; mais ils eurent beau prêcher, presser, supplier, les Appeuzellois repondaient toujours que Dieu et leurs bras les avaient fait libres; qu’il n’était pas besoin de jugement pour cela. En vain on changea le jour et le lieu où l’arrêt devait être prononcé; l'abbé fut le seul qui déclara s'y soumettre. Enfin , le 26 mai 1421 Jesjuges décidèrent que la ligue d’Anpenzetl était valable, ainsi que les traiies conclus par cette ligue; ils fixèrent à 25 marcs d’argent, racliefablcs par 650, les redevances envers l’Empire , désormais engagées à l'abbé. Ils réservèrent les droits de l'Empire et de l'empereur; ils évaluèrent encore d’autres droits en nature, et firent des règlements sur l’emploi de la dîme; enfin ils respectèrent les propriétés particulières de l’abbé. Ilérisau fut autorisé à se racheter de ses prestations.

Cette sen'encc, empreinte du cachet de l’équité, déplut aux deux parties; car l’abbe aurait voulu qu’on lui soumît Appenzell, et Appenzell, à son tour, aurait désiré un affranchissement complet de tous les droits de l’abbe : aussi les habitants n’v eurentils aucun égard, disant que Dieu était pour la justice, et que la justice c'était la liberté. L’abbé, se plaignit au pape, à l’empereur, à l'évêque de Constance, aux confédérés; le tout en vain. Les avertissements que donnèrent ces derniers ne furent pas plus efficaces. Zurich alla jusqu’à dire que si Appenzell refusait encore i’obéissance, on l'abandonnerait comme parjure.

On ne voit pas la moindre trace de soumission, et cependant on voit deux fois Appenzell franchir le Snint-Gothard pour assister les confédérés dans leurs guerres d’Italie. Enfin, en 1425, les foudres ecdésia>tiques entreprirent de vaincre cette résistance : l’évêque de Constance fulmina une bulle d’excommunicatiou au nom du pape Martin V, et fit défendre de dire la

messe, de célébrer des mariages, de donner l'extrême-onction, ni d’assister les mourants. Il fut interdit à tous les chrétiens d’entretenir les moindres rapports avec Appenzell ou avec l’un de ses habitants. Ceux-ci se réunirent, firent comparaître Ips prêtres, et chassèrent ceux qui ne voulaient pas continuer leurs fonctions. S’il arrivait que l'un d’eux prononçât des malédictions, on le tuait Quant aux indécis, on courait chez eux, on les menaçait de coups. L’absence de relations avec le voisinage n'était pas un embarras; tant que Dieu laisserait croître l'herbe , tant qu’il y aurait des troupeaux , de la laine et du lait, on ne s’en inquiéterait pas. Mais dès que les Appenzellois apprenaient que quelqu’un avait mal parle d’eux, qu’il fût seigneur ou paysan, prêtre ou laïque, il ravageaient ses propriétés, pillaient ses biens, prenaient, ses gens, et remontaient dans leurs solitudes chargés de butin et ioyeux du succès. Ils disaient qu’au besoin leur patrie serait leur cimetière, et qu’ils sauraient y défendre leur liberté contre l’univers entier. L’abbé de Saint-Gall se vit contraint de fuir dans la forêt Noire; l’évêque de Constance éprouva aussi les effets de leur vengeance.

Alors s'éleva contre Appenzell un ■nouvel et dangereux ennemi, c’était Frédéric de Tockenbourg, le citoyen de Ziirich, qui l’était aussi deSchwÿtz. Cette dernière alliance étant arrivée àson terme, les Appenzellois, np se sentant plus retenus par aucun lien, reçurent quelques-uns de ses sujets dans leur ligue, et firent des actes de violence contre ceux qui étaient leurs ennemis. L’abbé de Saint-Gall , Kgloff de Blaarer, se servit de ces faits pour irriter Frédéric de Tockenbotirg. A peu près dans le même temps, -d’autres vassaux de Tockenbourg f rent admis à Glarus. La guerre pensa éclater, mais des arbitres lurent nommés. Le comte était soutenu par Ziirich ; les confédérés jugèrent que Glarus avait eu tort : ils engagèrent le comte a recevoir sans Châtiment ceux qui reviendraient, à tondit on qu’ils lui prêteraient foi et

hommage dans le délai d’un mois.

Cependant Frédéric marcha contre Appenzell à la tête de quinze cents hommes, et vint près de Magdenau.

Un autre corps longea les montagnes du sud de rAppenzell, passa par Gambs-Sax , descendit par le Rheinthal et par Alstetten, se dirigeant vers Gais, en traversant le célèbre champ de bataille du Stress. Gais, que fréquentent aujourd'hui les voyageurs, est situé au pied du Gaebris, au milieu de vastes prairies; du sommet de la montagne, la vue s’étend surtout le canton d’ Appenzell, parcourt ceux de Saint-Gall, et de Tnurgovie, le lac de Constance, la Souabe et le Rheinthal. A l’est sont les montagnes du Vorarlberg et du Tyrol; au sud les éternels glaciers.

Gais est dans le fond; il ne faut que trois heures pour se rendre à Appenzell par Trogen, Speicher et Vogliseck. Le comte de Tockenbourg voulait irriter son ennemi, en faisant

farcourir ses limites par deux armées.

I espérait qu'en attaquant l’une et l’autre, les Appenzellois partageraient leurs firces.

Frédéric n’avait point encore assemblé toutes ses forces; la division qui se trouvait dans le Rheinthal apprit que la bannière d’Appenzell se portait contre lui à Hérisau. Elle crut que le pays qu elle était chargée d'observer était dégarni, et courut l’occuper; mais, soit que les Appenzellois ne l'eussent pas encore quitté, soit que, pour éviter une surprise, il eussent gardé Gais, l’ennemi fut déçu dans son attente, et sur le champ de bataille du Stress il trouva la population dans une position avantageuse : il v périt beaucoup de soldats de Tockenbourg; le reste s'enfuit à Alstetten.

Frédéric l’ayant appris , donna à tous ses capitaines l’ordre d’accourir, reçut des volontaires de Ziirich, partit de Magdenau, fit le tour des Rodes extérieures au nord-ouest , et vint jusque dans les plaines de Gossau, à environ une lieue de Hérisau, qui en était séparé par une forêt que des piétons pouvaient à peine parcourir.

En même temps , le comte fit opéref

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une fausse attaque sur ÎTrnæschen : il voulait ainsi couper la route , ou, si la bannière était déjà près de Hérisau, la faire rétrograder pour la défense du pays; enfin il pouvait espérer qu’ A ppenzeli même serait surpris. Ces soins lurent infructueux, les Appenzellois prdaient tous les accès. Il suffit des Habitants de Hundwyl et d’Urnæschen pour repousser l'attaque. Cependant te village de Gossau était la proie des flammes; Frédéric voulait à la fois le punir et attirer son ennemi dans la plaine. A cet aspect , à la vue de quelques troupes de Tockenbourg, on ne put plus contenir la bouillante jeunesse dç Hérisau; elle s’élança des retranchements et se précipita sur l'ennemi, dont la pou rsuitefut facile; mais quand on vit tout à coup, à l'issue du bois, Frédéric à la tête de forces supérieures ft en bon ordre de bataille, l’effroi gagna les imprudents vainqueurs. Cependant ils se montrèrent braves , et moururent en combattant; il en tomba quatre-vingts : nul ne se rendit, et la bannière fut rapportée au retranchement; enfin la forêt fut si bien gardée, que Frédéric , nejugeant pas convenable de pousser son avantage plus loin, s'en revint à Saint-Gall.

Trois jours plus tard, Frédéric essaya de pénétrer dans le pays du côté de flernang et par llobeneck : la périrent aussi ceux qui le combattaient avec le plus d'impétuosité; mais il ne put entrer dans leur patrie. 11 avait perdu beaucoup de monde; la neige vint au secours des Appenzellois; d'ailleurs les châteaux du Rheinthal n’avaient plus ni portes ni fenêtres; il se pourrait que Frédéric eût manqué de logement ; il se retira donc au couvent à Magdenau.

Cependant Zürich et Schwytz engageaient successivement les confédérés a contraindre Appcnzell à l’obéissance.

Après l’affaire de Gossau, beaucoup de volontaires de ces deux cantons allèrent joindre Frédéric de Tockenbourg. Les confédérés, voyant le danger, obtinrent une trêve" de quinze jours pour négocier la paix à Iteckenried. Cri et liuterwald témoignèrent beaucoup

d’intérêt à la cause d'Appenzell, et l’hiver rendit impossible la reprise des hostilités. Au printemps de 1429, les députés de Bâle, de Schaffhousen , de Saint-Gall,ceux deConstance et d’Clin, (les deux villes qui étaient à la tête de la fédération sounbe), vinrent se joindre à ceux des confédérés, pour presser enfin la conclusion du traité. Dans Appenzell, les hommes les plus sages desiraient l’exécution de la sentence des quatorze. C’est à ce parti qu'on en revint, sauf quelques modifications commandées par le temps. Les arrérages dus à l'abbé de Saint-Gall furent évalués en argent; il fui obligé de lever à ses frais l'excommunication L’évêque de Constance s’engagea à envoyer son coadjuteur pour consacrer de nouveau les églises, et des ecclésiastiques pour donner l'absolution, même à ceux qui avaient tué des prêtres. Cette paix, conçlucà Constance, eutpour effet nonseulement le repos, mais une véritable amitié, qui dura tant que vécut l'abbé Égloff Biaarer de Wartensée. Ce fut meme à la demande de ce prélat que l'empereur concéda aux Appenzellois le droit de haute justice : la liberté faisait tous les jours de nouveaux progrès, et les habitants rachetèrent successivement beaucoup de droits exercés sur eux par des nobles étrangers.

Jusqu'ici nous avons vu la fiberté suisse se développer; l’histoire ne nous a fait connaître que des traits de patriotisme et de dévouement : partout où la fédération est menacée , la nation naissante accourt sans égard au nombre ou à la valeur des ennemis, et la Providence elle-même semble protéger ces nobles efforts. Désormais des dissensions, des guerres intestines vont diviser les confédérés : l'ambition et la soif d'acquérir obscurciront leurs antiques vertus, mais du moins l’heroisme ne les abandonnera jamais; et si nous avons à gémir quand nous verrons Zürich et Schwytz s’attaquer avec acharnement, et les ducs d’Autriche se faire des alliés parmi les descendants de ceux qui avaient brisé leur joug, d’un autre côté les fastes de celte république fédérative s'enriebi-

ront des trophées de Saint-Jacques, de Granson , de Morat , et de tant d’autres que la postérité admire encore.

Ce Tut la mort du dernier comte de Tockenbourg et le partage de sa succession qui donnèrent lieu à ces agitations, et plus tard causèrent l’intervention de l’Autriche et de la France.

Frédéric expira le 30 août 1436, ne laissant qu'un fils illégitime, sa veuve et des collatéraux , et n’ayant fait aucune disposition qui pût regler les prétentions des uns et des autres, ni neterminer les droits de Zurich et de Schwytz, avec lesquels il avait conclu des traités de combourseoisie, en stipulant certains avantages en leur faveur.

Zurich, qui prévoyait les désordres, conséquence inévitable de la mort prochaine de Frédéric, lui avait adressé une députation àFeldkirch, où il était entouré d’une foule de parents avides.

Le bourgmestre de Zurich, Rodolphe Stussi, y avait aussi envoyé son fils, jeune homme fort vain et peu digne d’appartenir à un magistrat aussi distingué que l’était son pere. Ce jeune homme tut la risée de la cour à cause de son sot orgueil , et quant à sa mission , il ne pouvait même la comprendre, comment l’eilt-il accomplie? Il s'aperçut bientôt qu’il était en butte aux railleries des seigneurs, en avertit son père et se retira. D’un autre côté, Frédéric de Tockenbourg venait de perdre à Zurich un procès assez important.

Telles étaient les dispositions de mutuelle déliance , quand vint le message.

On lui représenta que, vu son grand âge , le terme de sa vie pourrait n’étre pas éloigné, que le traité de combourgeÔisie liait ses héritiers pour cinq ans, et que Ziirich avait intérêt à les connaître. On ajoutait que depuis 25 ans , il tenait a titre d'engagement la seigneurie de Windeck, d’abord de l’Autriche, puis de l’empereur, et que depuis plus de huit ans , l’empereur en avait permis le rachat a la ville de Zurich; avantage qu’on ne jugeait pas à propos de différer.

Le conite répondit froidement qu’il aviserait ; il indiqua une conférence à

laquelle assisteraient des envoyés de Berne et de Schwytz ; car plus il se refroidissait envers Zürich, plus il tenait à sa liaison avec Schwytz. Alors ce canton avait pour landamman Ital Reding de Bibberegg , arrière-petit-fils de celui dont les conseils assurèrent la victoire de Morgarten. Ital Reding était fort riche, et ses qualités populaires lui avaient concilié l’estime de tous ses concitoyens, à tel point qu'on eût dit qu’il régnait dans ce canton démocratique; il était courageux, entreprenant, infatigable, et digne en tout d’être le rival de Stussi et de faire échouer ses projets.

Le Rhin divisait en deux portions les domaines immenses de la famille de Tockenbourg. Sur la rive gauche elle possédait, outre les vallées dont la reunion compose le pays qui porte son nom, la Marche dé Tuken, la seigneurie d'Uznach, la seigneurie de Windeck et Gaster, les châteaux de Nydberg et Freudenberg, Sargans, le château de Wartau , le Rheinthal, enfin beaucoup de vassaux et de terres dans la Thurgovie. Toutes ces contrées sont belles, pittoresques, fertiles; elles entourent les montagnes d'Appenzell. Au delà du Rhin, Frédéric ae Tockenbourg tenait les bords du lac de Constance, Monlfort , Feldkirch, Musinen, Wallgau, les forêts de Bregenz , Mavenfeld , le château de Marschlin; enfin l’étroit passage du Rhéticon et le cours de la Lanquart lui ouvraient l’accès du pays des dix justices, qui maintenant forment le tiers de la république des Grisons.

Au jour indiqué comparurent à Rapperschwyl cinq membres du conseil de Zürich ; des députés de Schwytz vinrent pour défendre la cause de Frédéric; enfin ceux de Berne y siégeaient tant comme médiateurs que comme concitoyens des principaux intéressés.

On reconnut avec Schwytz qu’il était impossible d’exiger du comte qu'il choisît sur le champ son héritier , et l'on adopta un nouvel ajournement. On se revit donc trois mois plus tard ctSoleure aussi envoya sesdeputes. Cette fois Zürich renonça à faire expliquer Frédéric

>gle

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sur l’institution d’un héritier, mais elle exigea que le peuple de Tockenbourg jurât immédiatement d’observer l'alliance pendantcinq ans après la mort du comte ; on demanda que ce serment fût prête par les magistrats, et l'on exigea comme sürete , smon la remise du château de Windeck, du moins un titre qui en assurât la possession à Zurich. Pour que le comte de Tockenbourg pût nommer un héritier, il fallait que l’empereur l’y autorisât:

il obtint facilement cette faveur. Frédéric ne lit qu’une réponse évasive aux prétentions de Züricn, et deux années s’écoulèrent au milieu de ces intrigues, la comtesse espérant trouver un appui dans cette ville. Enlin , le comte s’étant rendu à Sarga,.s avec son neveu Wolfbardde Brandis, que favorisaient Nicolas de Wattewyl , banneret de Berne, Ital Reding et Jean de Yberg , landarnman de Scnwytz , il déclara devant ses conseillers, devant les baillils de Tockenbourg et Uznach, convoqués à cet effet, que Brandis lui succéderait dans ces deux pays, à charge d'observer envers Zurich l’alliance de cinq ans, et de garder avec Schwytz une eternelle et inviolable comboürgeoisie. Néanmoins cette déclaration ne fut que verbale ; le secret fut recommandé à tous, lecomte se réservant d’en rédiger le titre des qu’il aurait déterminé ses parents à renoncer a leurs prétentions pour une indemnité en argent ; mais tout cela ne décidait rien , car il répondit aux Zurichois, inquiets du résultat de cette réunion, qu’après sa mort ils eussent à s’adresser à la comtesse. On croit que Frédéric éprouvait an malin plaisir à jeter tout le monde dans l’incertitude, et qu'il se complaisait à l’idée du désordre qui suivrait sa fin.

Dés qu’il eut fermé les yeux , Frédéric djkutrichc, qui résidait à Inspruck , se réjouit de cette occasion de racheter les terres qui , dans de mauvais jours , avaient été engagées aux Tockenbourg: Ziirich s’apprêta à prendre Windeck; mais Schwytz les devança tous, et reçut 5 Tuken le serment des habitants de la Marche SU- SP Livraison. (Suisse.)

périeure que Frédérie de Tockenbourg lui avait donnée en signe d’amitié.

L’empereur voyant que ce seigneur était mort ab intestat, prétendit rentrer dans tous les liels masculins, et en disposer comme de terres appartenant à l’Empire. Quant aux vassaux , ils se réunirent pour se donner une administration commune : le Prettigau surtout jura une fédération dont les conditions sont semblables a toutes celles qui fondèrent les républiques suisses.

La comtesse fit, de son côté, plusieurs dispositions : d’abord elle prolongea pour tout le temps de sa vie l'alliance de cinq ans avec Ziirich; puis elle donna à cette ville Uznach et Schniérikon , ne s’en réservant que l’usufruit. Quant à la tour de Grunau , selon l’intention de Frédéric , elle en confirma la possession à Schwytz.

Mais quand les magistrats de Ziirich voulurent recevoir le serment d’Uznacli , les habitants s’y refusèrent, alléguant qu’il fa. lait préalablement décider si la comtesse avait eu le droit de disposer d’eux. Ce refus, dont rien ne put vaincre l’opiniâtreté, mit le bourgmestre de Züric.h en grande colere.

Savez-vous bien, s’écria-t-il , que vous nous appartenez, vous, votre cille, votre pays, vos fortunes, tout, jusqu'à vos entrailles. Ils répondirent froidement : Nous verrons.

Ziirich ne fut pas plus heureuse en offrant aux habitants de la seigneurie de Windeck le droit de bourgeoisie.

L’Autriche avait déjà déposé le prix du rachat, et tout ce pays était disposé en sa faveur. Ziirich demanda l’intervention de Schwytz, et probablement ce fut pour forcer ce canton à s’expliquer : car déjà ses dispositions lui étaient suspectes. Le landununan répondit que l'aftaire était assez grave pour être traitée en assemblée générale, et qu’il enverrait la réponse:

mais cette réponse ne vint pas, et Zurich comprit le silence. Apres quelques négociations , le duc d’Autriche était rentré en possession deSargans , Frcudenberg, Nvdbcrg , Windeck et Wesen, dont îl avait opéré le rachat.

Mais les campagnards de ces contrées s’accommoda lent mal de cet état de choses qui ne leur promettait aucune sécurité : ils eurent recours a Seliu vtz et a Garus: le duc lui-même, bien aise d'être consulte, permit au pays de Gaster et de Sargans de conclure une alliance de trente ans. Getle négociation n’etait pas terminée quand Zürich interdit toute communication avec Gaster et Sargans : le bruit se répandit que cette ville envoyait une armée; les campagnards y opposèrent une autre armée , et repoussèrent le contingent de la ville de Sargans qu'ils accusaient d'infidélité a la cause de la liberté. Le duc se plaignit en vain de la conduite de Zürich; elle réclama Windeck que l'empereur lui avait promis, et dit qu’el e pouvait ouvrir son marché a qui il lui plairait. Sargans refusa d'accéder à l’alliancedeSchwytz, et le duc la céda bientôt à Henri de Wcrdenberg, dont le père l'avait vendue a l’Autriche. Schwytz et Glarus fournirent a Henri l’argent du rachat; Zurich négocia avec les campagnes, et conclut une alliance d'apres laquelle Wahlenstadt , Flums, Mil/., Hagatz, Grictscliin, ne feraient jamais la guerre contre elle , et ne donneraient passage à personne pour l'attaquer. On se devait prêter secours mutuellement contre l'Autriche; si les châteaux étaient repris par les habitants, ils seraient en tout temps ouverts aux troupes de Zürich.

Schwytz ne put voir de sang-froid ne Zurich, contre le gré du souverain u pays , et au moment où il avait autorisé’son alliance avec ce pavs, le gagnât de vitesse pour exercer dans ces contrées une plus grande autorité que le souverain lui-meme, de telle sorte que l'alliance projetée devint impossible. Aussi, le jour même ou le bourgmestre naviguait sur le lac de Waliienstadl pour aller recevoir les serments , ltal Iteding et Ulrich Wagner, de la part.de Schwytz , et de la part de Glarus , Jost Tschudi et Jean Galiati, réunirent près de Waltwyl les habitants du Tockenbourg,, et leur tirent, malgré quelques hésitations des ma-

gistrats, jurer une alliance avec leurs cantons. Ils parcoururent ensuite le pays, continuant à recevoir les serments. Le duc d’Autriche reprocha vivement aux Zurichois la conduite qu'ils avaient tenue envers Sargans, et leur refusa toute prétention sur Windeck. Les héritiers se disputaient toujours la succession, lorsque l’einpereur imagina de disposer en faveur du comte de Schlik, son chancelier, des fiels masculins qui, disait-il, ne pouvaient appartenir a la veuve ; il lui donna donc le Tockenbourg, Uznaeh, la l’rettigau et le pays de Davoz : ce fut dans cette affaire, déjà si embrouillée, une nouvelle complication.

A Zürich, lorsqu’on vit comment, par un traité d'alliance, Schwytz et Glarus s’étaient empares de Wiiideck, Uznaeh et Tockenbourg , comment les lettres impériales elles-mêmes détruisaient toute espérance de posséder Windeck, on se sentit profondément offensé, et, malgré la rigueur de l’hiver, on envoya des troupes sur la frontière. Schwytz en fit autant, Glarus l’imita. Toute la confenëration eu fut effrayée, et le 31 décembre vinrent à Zürich les députés de Berne, Lucerne, luterwald et Zug; ils supplièrent de retirer les troupes et offrirent leur médiation. Ils allèrent ensuite à Schwytz et a Glarus, et obtinrent à grand’peine que l'on se soumît à la décision que rendraient les confédérés dans une réunion indiquée a Baden, et dont les délibérations ne devaient pas durer plus de quinze jours. Cependant les hostilités continuaient et les habitants de Gaster prirent Wesen et s’emparèrent de deux bâtiments zürichois pendant qu'on traitait de la paix. L'amertume s'en accroissait de jour en jour, et la diète allait se dissoudre , quand les députés des villes se rendirent de nouveau a Zürich , tandis que ceux des campagnes allèrent à Schwytz et à linterwald. On indiqua une autre réunion a Lucerne; Zürich s’y montra plus exigeante que jamais; Henri de Werdenberg venait de conclure avec Schwytz une alliance pour toutes ses seigneuries ; d'uu autre côté les par*

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tisans de Zurich ne cessaient d'agir pour elle, et Glarus, pour empêcher ces mouvements, fit marchertroiscents hommes sur Quarten. L'exaspération était telle a Lucerne, que l'on ordonna que désormais les affaires se traiteraient par écrit , car les injures les plus graves a vaien t été proférées pa r le bourgmestre Stussi contre Schwytz. Espérez-vous, dit-il, t'em/)orler sur Zurich aux yeux des confédérés de Zug :

il est vrai qu’a Helliiizona vous ares réparé vos fautes ; Colin et tluntiner en déposeraient si Carmagnuota ne les eût tués avec quatre cents autres braves. Lucerne aussi vous doit de la reconnaissance ; vous lui ares épargné des frais de transport : elle a vu revenir sur deux bateaux ses guerriers qui en remplissaient sept a leur départ. La réponse de Schwytz fut noble et élevée, celle de Glarus amère et ironique. Stussi , le bourgmestre, était originaire de ce pays : on lui rappela la bassesse de sa naissance et la nouveauté de sa noblesse. On examina successivement les griefs réciproques; enfin les quinze juges prononcèrent que l’alliance de Schwytz avec le Toc- ■enbourg serait maintenue, si dans trois fois quinze jours Schwytz prouvait qu’à Sargans le feu comte l'avait permise; mais cette alliance ne regardant que Schwytz, le serment prété aux Glarnais serait regardé comme non avenu , à moins que les héritiers du comte ne lui rendissent sa force en étendant jusque-là la permission donnée par leur auteur. Il fut jugé que Schwytz ne devait aucune réparation pour Uznach, attendu que Zürichn’en était point en possession ; de plus, que Vindeck avait pu être compris dans l’alliance de l’agrément du duc, à moins ue Zurich ne prouvât que la faculté u rachat lui appartenait. On s'abstint de prononcer sur Sargans et Grunau, parce que le compromis n'en parlait pas, et l’on déclara mal fondes tous les autres reproches que s’adressaient les parties.

Ziiricli fut irritée et surtout humiliée de cette sentence. L'ne disette étant survenue , les communications avec

<st

Uznach et le Gaster furent de nouveau interdites , et l’on fixa à une modique ration ce que pourrait acheter de grains chaque habitant de Schwytz, de Glarus ou d’Kiiisiedein. Schwytz, cependant accomplit les conditfons imposées, et l'alliance fut ctendue à Glarus |iar les héritiers réunis à Feldkirch. Il fut même stipulé que si jamais ces héritiers voulaient aliéner leurs domaines, Schwytz et Glarus auraient la préférence. La comtesse de Tockenbourg avait renoncé à toute réclamation, et parconséquent lesdroits que Zürich prétendait tenir d’elle s’évanouissaient. Ital Heding donna lecture de toutes ces pièces , quand il fallut comparaître de nouveau à Lucerne; la colère de Zürich s’en accrut; et uand la conduite des campagnards e Sargans donna lieu à une guerre avec l’Autriche, elle s’empressa d’y prendre part : elle considéra comme rupture quelques vexations des baillits envers ceux qui lui avaient prêté serment. Les confédérés se réunirent à Zug. et interdirent toute hostilité avant qu’on eiit épuisé les voies de conciliation. II était trop tard. Irrité des violences des paysans, Ulrich Spiesz, baillif de Freudeüberg , exécuta une sortie, lit des prisonniers et emmena treize cents têtes de bétail. On déclara la guerre à Zürich , à l'évêque de Loire et aux Grisons: alors vinrent à Schwytz et a Glarus des envoyés de Zürich; ils demandèrent le passage pour faire la guerre contre le duc d’Autriche, affirmant que Henri de Werdenberg ne serait l'objet d’aucune hostilité: le passage fut accorde ; mais Schwytz ni Glarus ne purent se décider a une coopération active. La réunion fut indiquée à Schméricon ; l’armée arriva dans trente bateaux, sous le commandement du bourgmestre Stussi : elle traversa Uznach sans difficulté; mais les habitants du Gaster résistèrent, disant qu’ils n’accorderaient point de passage contre le duc d’Autriche leur seigneur, à ceux qui leur avaient coupé les vivres dans la disette. Les envoyés de Schwytz firent cesser la résistance:

cependant ils ue fournirent ni cibles, ni

chevaux pour traîner les bateaux vers le lac. de Wahlenstadt, et lesZiirichois eurent beaucoup de peine à remonter la Linth. Quelques jours après ils prirent Nydberg et Freudenberg. Les bruits les plus alarmants se répandirent; on croyait que Schwytz allait envahir les bords du lac pour intercepter l’armée de Zurich. Aussitôt cette ville envoya dix-huit cents hommes aux frontières, au pied du mont Etzel, près d’Einsiedeln. Schwytz, de son côté, fit occuper l’Etzel , la Marche et Uznach. Il était résolu déjà que dès que l’armée de Zurich attaquerait le comte Henri , on lui couperait la retraite. L'exaspération était grande; les avant-gardes s'insultaient mutuellement. Les confédérés prévinrent les malheurs dont on était menacé , et telle fut la modération de Schwytz, que ce canton consentit à ce que les députés décidassent , sans sa participation , les différents du comte Henri et de Zurich, à raison des su.ets qu’elle avait reçus à combourgeoisie sans son consentement. Le commandant de Freudenberg ne voulut entendre à aucune proposition; il brava tous lesdangprs, toutes les menaces, et, sans la trahison qui débaucha sa garnison , il ne serait point sorti du château. Quand il fut parti avec six braves seulement , on y mit le feu, et les Zurichois revinrent à Walenstadt.

L’abbé de Saint-Gall perdait à l’alliance du Tockenbourg avec Schwytz et Glarus plusieurs avantages. Le bourgmestre Stussi sut profiter de son mécontentement, et ce prince allait être reçu bourgeois de Zurich , quand Schwytz prévint cet événement en promettant de respecter tous ses droits, et en concluant avec lui et la vil.e de Wyl un traité d’alliance pour vingt ans. Enfin le concile de Bâle s’interposa pour établir une trêve entre Zurich et l’Autriche, car une guerre pouvait compromettre la silreté des communications et la prospérité du commerce de tout le pays. Mais il ne fut pas possible d’obtenir la paix , parce que d’une part, le duc s’était assuré que la plupart des cantons observeraient fidèlement la trêve conclue pour cinquante

ans ; et nue del’autre, Zürich ne voulait pas perdre ses conquêtes en négociations ; mais personne n’étant disposé à reprendre les hostilités , la trêve se prolongea. Schwytz ne négligeait pas ses intérêts, et le duc ayant abandonné au pays de Gaster le commandement du château de Windeck, Ital Reding fit si bien que l'on convint de le remettre à Schwytz , et que la cour d’Inspruck y consentit; elle engagea même à ce canton et à Glarus pour trois mille florins du Rhin, le pavs de Gaster. la montagne d’Ambden, fes villes de Wesen et de Walenstadt, et l’advocatie du couvent de Schennis. Il fut seulement stipulé qu’en cas de guerre contre l’Autricne, le Gaster demeurerait neutre. Les héritiers de Tockenbourg engagèrent Lznach aux mêmes conditions pour une somme de mille florins.

Au milieu de ces agitations et pendant que le concile de Bâle négociait, il se commettait des hostilités de propre mouvement de la part des vassaux du duc d'Autriche. Tantôt les jeunes gens de Feldkirch couraient attaquer a l’improviste la ligue grise, tantôt ils passaient le Rhin pour exercer des rapines à Sargans cl à Wartau. On se doutait bien à Sargans que s’ils n’étaient favorisés par les habitants de Werdenberg, ces excursions n’auraient pu se faire avec autant de succès. On voulut s’en assurer et les en unir : par une sombre nuit d’hiver, uit cents hommes se présentent devant cette petite ville; le bruit des armes et des chevaux éveille les bourgeois qui accourent comme s’ils avaient à s'entendre avec une expédition partie de Feldkirch. Aussitôt la petite armée de Sargans fit un grand carnage de ces traîtres et pilla toute la contrée. Cette vengeance des nouveaux sujets de Zurich n’était qu’un acte 'de malveillance parmi beaucoup d’autres : nous citerons la déplorable histoire du baillif d’Oberholz au pays d’Uznach; il fut jeté dans les fers pour avoir prêté serment à Schwytz, tandis que , selon les Zürichois , son bailliage laisait partie de la seigneurie de Gruningen que lui avait cédée l’Autriche. Les représentations des confié»

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dérés n’v purent rien; enfermé dans la tour deWellenberg, il fut condamné à une amende dix fois plus forte que ne le comportaient les lois de son pays. Ce qu'il y a d'étrange, c’est qu'au mépris des dispositions des traités , Zurich offiit de s’en rapporter au jugement de l’empereur , demande que rejeta Schwvtz, et de part et d’autre les vexât ons continuèrent. Enfin les confédérés voyant l’existence de leur ligue compromise , se réunirent à Berne où fut rédigée une note que l'on signifia d’une parta Schwvtz et a Glarus, de l’autre à Ziirich : on leur faisait connaîtrequ’on avait résolu d'employer la force contre ceux qui ne s’v soumettraient pas. Zurich y avait tort sur plusieurs points essentiels ; on lui reprochait d’avoir fermé son marché à ses alliés; on soumettait l'affaire du baillif d’Oberholz à une délimitation ; on renvoyait la ville à traiter avec Henri de Sarga’ns de ce qui concernait ses sujets, reçus contre son gré au droit de bourgeoisie; on laissait Uznach à Schwvtz, etc., etc. A Zürich cette note fut lue, commentée et réfutée en assemblée générale, et l’on résolut d'en venir aux dernières extrémités plutôt que de subir ces conditions.

Schwvtz les accepta sans difficulté.

Deux jours avant l’expiration de la trêve, les Ziirichois se mirent en mouvement; et le 3 mai, environ quatre mille hommes, sous le commandement du bourgmestre, vinrent à Pfeflikon avec la bannière de la ville. Schwvtz, instruit de ce mouvement, avait occupé , dès la veille au soir , le mont Etzel Qui sépare le lac de la sauvage vallée ue la Sil. Ital Reding commandait ce corps, tandis que Wagner, à la tête d’une autre troupe, gardait la Marche Qui pouvait être inquiétée par l’ennemi. On vit accourir les habitants du Gaster,etceuxde Tockenbourg ; Pierre et Guichard de Raron couvrirent la frontière inférieure; enfin lesGlarnais, conduits par Tsehudi, marchèrent pour renforcer Reding sur l'Etzel.

Dans le pays de Sargans , les campagnes s’insurgeaient pour Zürich, et le château tenait pour Schwvtz et Gla-

rus, qui y avaient garnison. La guerre civile était imminente ; de part et d’autre, on appelait à grands cris l’intervention des confédérés. Le bourgmestre Stussi envoya au landainman de Schwvtz une lettre sans salut, sans lui donner la qualité d’allié; c'était plutôt une citation devant l’empereur, accompagnée de la menace de se faire justice à soi-même. Après quelques instants de délibération , les guerriers de Schwytz répondirent du haut de leur montagne : leur lettre n’avait rien d’irritant ; tout en témoignant du respect pour le roi des Romains, on rappelait que, d’après les traités, les confédérés ne devaient avoir d'autres juges qu’eux-mémes; on reprochait à Ziirich d’avoir décliné cette juridiction. On lui offrait encore de désigner pour arbitres tels magistrats , telles villes qu'elie voudrait. Dans la nuit même, Zürich déclara la guerre, et Stussi, son chef, se dirigea vers la Marche.

Reding fit avertir ceux qui la défendaient, et suivit avec ses troupes les sommités de l’Etzel. Alors arrivèrent des députés d’Uri et d’Linterwnlden :

« On verra bientôt flotter nos enseignes » , disaient-ils ; mais ils supplièrent de ne rien précipiter, de ne pas verser le sang des confédérés sans épuiser tous les moyens de négociation.

En même temps accourut un coureur de Lucerne, porteur d’une lettre conçue dans le même sens. Déjà Reding promettait d'obtempérer à leur prière , uaud des coups de feu se firent entenre dans le lointain : c’était une reconnaissance faite par cent Zürichois; ils voulaient s’assurer si le corps de Reding n’avait point quitté sa position; sans s'en apercevoir, ils avaient traversé les avant-gardes, et, tombant sur le corps principal, ils l’avaient attaqué. Aussitôt ils fureut cernés, et tentèrent de regagner leur corps, en abandonnant leur bannière, et laissant sur la place beaucoup de morts, de haches, de brassards et de cuirasses.

La terreur uu’ils jetèrent dans leur troupe fut telle que la retraite eut lieu immédiatement. Reding vint se ranger devant l’ennemi à l’issue de la foret;

il aurait pu profiter de cet avantage , mais les allies obtinrent de lui qu'il reprît sa position sur l'Etzel. Aussitôt que le bourgmestre de Züricheut connaissance de ce desastre, il abandonna la Marche, une d’ailleurs il avaittrouvée bien defendue , et s’en revint à Pfeffikon.

Uri etUnterwalden envoyèrent leurs contingents, bien plus pour appuyer la médiation, que pour faire la guerre.

Toute cette année campait à Meïnradszell avec Schwytz. Les deux partis étaient peu disposés à un accommodement; mais la nature vint au secours des bonnes dispositions des confédérés : des torrents de pluie rendirent impossible toute opération militaire. Il arriva aussitôt vingt députés d’Uri, d’Unterwalden , trente de Berne, Lucerne, Zug et Soleure,etdes députés d’ Appenzell, Saint-Cal), Constance, VViuterthiir, Baden , Schaffliousen, Rhinfelden, Fribourg, Bâle, et même de Strasbourg; car l’imminente dissolution de la fédération alarmait tous les esprits : on négociait, on suppliait, on stipulait toujours de nouveaux délais, ne fussènt-ils que de douze heures. Enfin , voyant que les voies de conciliation demeuraient impuissantes, Adam Riff, l’un des députés de Strasbourg, prit un langage plus ferme , et , à force de menaces , parvint à une trêve d’un an, pendant laquelle Zurich s’engageait à laisser passer les provisions de grains et de vin dont avaient besoin Schwytz, Einsiedeln, Glarusetleursalliés. Au basdecelraitéj on lit, à côté de la signature de Henri de Bubenberg, chevalier et l’un des plus célèbres conseillers de Berne, celle de Burkard de iVluhlenheim, issu d’une des plus illustres maisons d’Alsace.

Mais si les troupes rentrèrent dans leurs fovers , les dispositions mutuelles n’en furent pas meilleures : Zurich trouva un pretexte pour refuser des provisions à ceux qui n’étaient pas les alliés de Schwvtz au temps où se conclut la fédération. D’un autre Côté Sargans, excitée par un esprit turbulent , et soutenue par Zurich, dé-

niait toute obéissance à Son seigneur î les plaintes devenaient de plus en plus amères. Enfin Ziirich viola les droits de la confédération au point de porter plainte contre Schwytz et G larus, et de les accuser, Hpvant l’emporeur Albert II, de méconnaître l’autorité et la prérogative impériale; on terminait par une prière de les contraiudre à subir sa jurid;etion. Albert fit ce que demandait Zurich; mais on reçut la nouvelle de sa mort avant de lui avoir répondu, et l’affaire n’eut pas de suite.

Avant la mort de ce monarque, le comte de Montfort de Tettnang avait obtenu pnur lui et ses cohéritiers l'investiture de tous les domaines de Frédéric de Tockenbourg. Le pays de ce nom échut h Petermann et Hîldenbrand de Raron; les comtes de Tettnang et de Sax Masox eurent la plus grande partie des justices du Prettigau, et Wolfnardde Brandis les seigneuries de Mavenberget de Malaus. Une sage administration honora ces seigneurs, ui lous concédèrent à leurs vassaux e grandes libertés, et les firent participer à la nomination de leurs magistrats. Il en fut de même du pa\s de Davoz, échu à Cunégoude de AV erdenberg; il serait trop long d’énumérer tous ses privilèges. Les Rarons jurèrent bientôt une alliance avec Schwytz et Glarus, et l’on se promit de’ la renouveler tous les cinq ou tous les dix ans, bien qu’elle dut être éternelle.

Cependant la peste exerçaitde grands ravages, soit qu’elle fût la conséquence de la disette, soit qu'un étranger l’eût apportée à Bâle, où le concile avait attiré une immense population. La chaleur de la saison accroissait l'intensité de la maladie : à Berne, il mourait envirou vingt-quatre personnes par jour; à Bâle, plus de cent. Le quart de la population de Zurich périt; il y eut quatre mille victimes à Constance. En général, nulle maison n’était épargnée, et souvent, en rentrant chez soi, on rencontrait le prêtre qui venait d’administrer le saint viatique à des parents que quelques heures plus

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tét on avait quittés bien portants.

Les fossoyeurs ne suffisaient plus au travail ; lès porteurs et les chariots manquaient au nombre des moi ta :

on se hâtait de les jeter dans une fosse commune. La peste ravageait âvec plus de fureur parmi les pères du concile; elle les suivait quand ils fuyaient, et l'on regardait comme des héros ceux qui restaient a leur poste.

De ce nombre fut le cardinal d'Arles, qui dit cette noble parole ; « J'aime mieux, au péril de ma vie, sauver le concile, que de sauver ina vieau péril du concile. » Il vit doneavec douleur, mais sans en être ébranlé, périr et le jeune Pon'ahus et le vénérable duc de Tek, patriarche d’Aqtiilée. Quatrecents personnes se rendirent, avec croix et bannières, dans la forêt Noire; d'autres allèrent, au nombre de cinq cents, implorer Notre-Dame des Ermites, et le concile, pour la fléchir, ordonna de célébrer l'immaculée conception.

Les allies et les villes impériales ne négligeaient rien pour assurer la paix : il y avait reunion sur réunion, conférence sur conférence, l’n jour qu’on était assemblé à Zug, les envoyés de Zurich déclarèrent qu'ils s'en rapporteraient au futur roi des Romains, ou que s’ils acceptaient la juridiction des confédérés, ce ne serait pas sans l'adjonction de quelques autres villes. Les confédérés eu furent justement blessés; ils communiquèrent cette prétention à Schwvtz et à Glarus, qui ne voulurent accepter aucune modification aux bases de la confédération. Ils dirent qu’il fallait la conserver telle que la leur avaient transmise leurs pères, et qu’ils s’en remettaient à Dieu du succès de leur cause. I.es confédérés néanmoins réussirent à établir une espère de x/atn quo qui dura toute la saison; et si les querelles se réchauffèrent, c’est que Zurich, en laissant arriver des provisions a Rappersehxvyl, faisait jurer qu’il n’en serait rien vendu aux habitants de Schwytz et Glarus. On alla jusqu’à gêner là récolte des vignes du landamman de Glarus, jusqu’à etnêcher de porter du poisson à l'abbaye 'Einsiedeln , jusqu'à refuser le salaire

â de pauvres veuves qui avaient moissonné pour les Zurichois, et dont les enfants mouraient 'de faim. I.a mesure était comble : Schwvtz et Glarus jurèrent de se venger , et dix hommes de chaque canton se réunirent à Lachen, dans la Marche, pour arrêter le plan de campagne. On résolut de faire une brusque attaque sur Sargans , pour empêcher Zurich de recevoir des secours de Khétie, et pour appuyer le comte Henri; d’ailleurs cette expédition in itteudue exigeait peu demonde, et donnait le temps de préparer de plus grandes forces. Huit cents hommes furent envoyés à Wrsen; la bannière du pavs lut portée sur l’Ktzel; les habitants du Tockenbourg, les Rarons, etc., parurent sur les frontières de Zurich , et Glarus, allié des Rhétiens, obtint leur neutralité, quoiu’ils fussent aussi les alliés du pays e Sargans qu’on allait envahir.

Le 25 octobre , tout se mit en mouvement; le comte de Sargans, Henri de Tettnnng, Wolfhard de Rrandis et Henri de Sax déclarèrent la guerre au peuple de Sargans, et maigre la neige, ui tombait abondamment , une partie es huit cent- hommes postés à Wesen traversa le lac, tandis que l’autre en côtoyait la rive. Le Rouchybenberg, ou s’arrêtèrent ces derniers, était occupé par trois mille hommes.

La position dn petit corps d’armée devenait très-critique; car on ne pouvait faire un pas en avant ou en arrière sans risquer d’être pris à la fois en tête et en queue. L’intrépidité des so.dats lit disparaître le danger : ils montèrent comme a Passant. Les guerriers de Sargans, se voyant abandonnés par leur chef, oublièrent qu’ils étaient dix fois plus nombreux ; ils s'enfuirent, à en perdre haleine, jusque dans les murs de Wahlenstadt , où ils furent vivement poursuivis. On leur fit dire que les murs ne protégeraient personne, et que tout serait mis a feu et à sang : aussitôt Wallicnstadt fit implorer la clcmence des vainqueurs.

Le comte Henri , qui arrivait de Vaduz avec sept cents hommes, opéra

bientôt sa jonction avec Schwytz et Glarus; on alla occuper Snrgans, d'où l’on appela tout le pays à l’obéissance. De toutes parts on sé soumettait : le comte Henri rentra en possession de tous ses biens vendus ; on annula les serments de combourgeoisie prêtés à Zurich et les traités conclus avec Coire et la Rhétie, et l’on défendit d’en conclure jamais aucun sans l’autorisation du souverain. Ainsi le pays de Sargans fut soumis en moins (le trois jours, et sans effusion de sang.

Weibel , l’auteur deces désordres, comparut à Wahlenstadt, non plus dans l’attitude superbe d’un ennemi : il se jeta aux genoux de son maître, et eu obtint sa grâce. Dès le 1" novembre, Reding et Tschudi repartirent avec leur troupe sans a» oir perdu un seul homme; ils emmenèrent une pièce prêtée aux insurgés par Zürich, et le jour même iis arrivèrent à Lachen, où étaient rassemblés les députés des confédérés et de beaucoup de villes et de seigneuries. Ils entrèrent bannière déployée à la tête de jeunes guerriers dispos et bien équipés. Ilsyeurentconnaissanced'une alarme à laquelle avait été en proie le couvent d’Ewsiedeln. Le bruit s’était répandu que Zürich faisait une invasion ; tout aussitôt le tocsin avait armé tout le pays ; la bannière avait marche sur l'Etzel. Bientôt cependant l’on s’aperçut qu’au heu d’ennemis, il n’arrivait qu’une caravane de pèlerins étrangers. Dans les cantons, au contraire, tout était prêt : les contingents de Weggis et de Gersau occupaient l’Etzel; il arrivait des guerriers d’Unterwalden et de la Sane.... Néanmoins les confédérés demandaient la tenue d’une assemblée.

Weggis et Gersau, dont nous venons de parler, attireront quelques instants notre attention. Weggis avait d’abord appartenu au couvent de Pfeffers; les seigneurs de Ramstei», puis ceux de Hertenstein le tenaient en fief de cette abbaye ; Lucerne acquit les droits de ces derniers ; enlin, en 1378, Weggis conclut un traité d’alliancc avec les Waldstetten. En temps de guerre ses soldats marchaient tou-

jours sous la bannière de Schwytz.

Gtrsau , qui dispute à Saint-Marin l’honneur d’être la plus petite république du monde, après avoir appartenu à la maison de Habsbourg et à celle de Moos, s’allia aux Waldstetten vingt ans avant Weggis, et prit une part glorieuse à la bataille de Sem-

ftach. L’un et l’autre sont situés sur e flanc occidental du Rigi , au bord de ce lac des quatre cantons, si pittoresque , si varié par la multitude de ses golfes, par ses forêts, ses abruptes rochers. Près de Weggis, ses rives sont gracieuses : elles n’ont pas ce sauvage aspect qui rend le lac si redoutable vers sa pointe méridionale.

Un chemin escarpe conduit de Wegis au sommet du Rigi. Des rochers , isposés de la manière la plus bizarre, forment tantôt de vastes enceintes, tantôt d’incommensurables parois chargées d'inaccessibles terrasses, tantôt enlin d’étroils passages sous lesquels le voyageur passe comme sous un majestueux portail. En 1793, au mois de juillet, un torrent de fange descendit du Rigi. et emporta plusieurs maisons; des bruits souterrains s'étaient fait entendre , d> s crevasses s’étaient entr’ouvcrtes : le courant avait plusieurs toises de hauteur, et, pendant quinze jours, il charria sur une largeur d'un quart de lieue ses flots bourbeux jusqu’au lac. Dans ces lieux la nature est terrible, non moins que majestueuse. De l’autre côté du Rigi , le voyageur frémit encore à la vue des énormes rochers qui ont plus récemment englouti Goldau. Une longue déchirure laisse à nu le roc vif sur toute la hauteur de Rossberg; au pied de cette montaçne un clocher s’élève au-dessus des débris : les maisons sont demeurées couvertes sans qu’on ait pu eu retirer les habitants. Une jeune fille a survécu , sauvée miraculeusement, après plusieurs jours de détresse. Retirée des décombres, elle a raconté comment le son des cloches parvenait à son oreille, comment elle se nourrissait de quelques fromages , attendant avec effroi la mort, pour l’instant où «lie aurait consommé le dernier. On

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