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occbpait celui de Naples; Louis, duc de Milah, redoutait les prétentions de Jean Galeazzo, qu’il avait spolié de ce duché, et qui avait épousé la fille d'Alphonse. Il appela donc Charles VIII en lui promettant son concours. En 1494, le roi de France partit avec une puissante armée; il avait avec lui cinq mille confédérés, et sa marche ressemblait plutôt à un triomphe qu’à une expédition. Il fut néanmoins retenu quelques semaines par une maladie,

Sar son intervention dans les affaires e Florence qui résistait aux prétentions des Médieis, enfin par ses négociations avec le pape. Il entra bientôt dans Naples en vainqueur; et tandis ue son esprit aventureux rêvait déjà e lointaines conquêtes , comme la délivrance de la terre sainte , l’Espagne, le pape et Venise, alarmés des progrès de sa puissance, se liguèrent avec l’empereur, et même avec l’astucieux Sforce, qui avait appelé les Français, mais qui s'irritait des prétentions que le duc d'Orléans affichait sur son duché de Milan comme descendant des Visconti. L’alliance fut conclue à Venise le 3t mars 1495. Charles voyant qu’à Naples même le peuple et la noblesse étaient exaspérés contre lui , n’ayant point de flotte, point d’espoir de secours, prit un parti conforme à sa dignité , se fit couronner roi de sa conquête, et prépara sa retraite. Après avoir rapidement traversé l’Italie, il rencontra inopinément l'ennemi dans les plaines de la Lombardie , et n’en fut point ému ; il combattit vaillamment, bravant et le nombre et la forte position de ses adversaires ; enfin il Franchit le Taro et leur tua dix fois lus de monde qu'il n’en perdit. Cepenant le duc d'Orléans était aux abois dans N'ovare, par une nouvelle défection. Sforze conclut la paix ; paix avantageuse pour le rot , et qui eût facilité de sa part une nouvelle expédition contre Naples, s’il ne se fût perdu dans la mollesse et la volupté. Les confédérés eurent une glorieuse part à cette guerre ; la discorde était dans leur patrie; mais les magistrats n’avaient pu les empêcher de se joindre aux Fran-

çais par milliers : ils combattirent partout, à Gênes, à Naples, à Novare

four le duc d’Orléans et pour le roi.

.es rescrits impériaux , ni les ordres de Berne, désormais toute autrichienne , ne les arrêtèrent ; mais bien peu de c.es guerriers revirent la patrie. Le poignard italien, la faim, la soif, le oison firent périr la plupart de ces raves, et de quinze cents qui avaient marché jusqu’à Naples, il n’en rentra pas cent ; encore étaient-ils atteints de la trop célèbre maladie qui retint longtemps le nom de cette expédition, et qui se propagea d’autant plus que les médecins ignoraient encore l’art de la guérir. La discorde continua , et les campagnes toujours amies de la France , les villes toujours dévouées à l’Autriche, allaient s'entre-déchirer; on redoutait l’anéantissement de la confédération, lorsqu’un danger plus grand et des menaces de l’étranger firent taire ces dissensions, et rétablirent l’union parmi ces patriotiques et valeureux guerriers.

Cet événement, c’était la guerre de Souabe amenée parles efforts de Maximilien pour replacer la confédération sous le joug de la maison d’Autriche; d’abord il cacha ses projets et fit inviter les Suisses à entrer dans la ligue dite de Souabe , qui avait été fondée longtemps auparavant pour protéger le commerce contre les rapines de la noblesse et des grands ; ils s’y refusèrent formellement. Bientôt l’empereur appela les peuples germaniques à se réunir contre les Français et les Turcs , et établit un impôt pour subvenir aux frais de cette guerre: au lieu d’obé’r, la majorité des cantons renouvela son alliance avec la France. Toutefois Berne, Fribourg et Zurich firent accompagner Maximilien parleurs ambassades quand il partit pour l'Italie.

A une diète tenue a Lindau, l’évêque de Mayence menaça les confédérés :

On saura vous donner un maître , dit-il, et ma plume y suffira. Un Suisse répondit noblement : D'autres y ont écnouê, et vous ne ferez point avec une plume d’oie ce àue n’ont pu faire les hallebardes. L excommunication

fulminée par le pape ne fut pas plus efficace pour rompre l'alliance avec la France : on en appela au futur concile; de nouvelles menaces de Maximilien ne produisirent que des réponses plus énergiques encore, car on avait le sentiment intime de la force et du droit.

Prévoyant la guerre, on arma de tous côtés, et Charles VIII promit de secourir la confédération. Un habitant d’Uri avait à se plaindre de la ville de Constance; la jeunesse d’Altdorf, celle d’Unterwaiden, de Zug, se réunirent.

Celte troupe, descendant le lac de Zurich , marcha sur Constance par IV interthur et Frauenfeld ; et si la ville ne se fût soumise à une contribution , la guerre civile allait éclater; car Berne, Lucerne, Schwytz et Glarus se disposaient a la seconder dans sa résistance.

Les ennemis de la Suisse lui conseillèrent ce parti pour empêcher qu'elle n’entrât dans la confédération, comme elle aurait voulu le faire; mais cette perte lut amplement compensée par l’accession formelle des Grisons, dont les trois ligues se réunirent en une seule qui fut signée à VValenstadt en 149f>; Berne, Fribourg et Soleure ne prirent point de part à ce truité, conclu pour défendre en commun les droits et les libertés que l’on avait conquis de part et d'autre.

Par suite des mêmes divisions, on vit des confédérés dans les deux armées quand la guerre éclata entre Louis XII et Maximilien ; mais le plus grand nombre suivait les drapeaux de la France. L’empereur s’en irrita; la confédération se livra, de son côté, à toute sorte d’injures; on insultait les employés impériaux que le hasard ou leurs aflTiires amenaient dans les cantons ; enfin, quand la guerre avec Louis XII fut terminée, les conseillers de Maximilien poussèrent à des hostilités dans l’intérêt de quelques vengeances particulières. Le val de Munsterprit les armes. F.n même temps, ils firentun appel à la ligue de Souabe, et la disposèrent à une lutte terrible, voulant que partout où se présenteraient les Suisses, le tocsin assemblât sur-le-champ les populations à des endroits qui furent déterminés

à l’avance. En effet, Ils accouraient déjà; mais Berne s’efforçait de maintenir la paix ; il y eut une tentative d’arbitrage , tout allait être apaisé , quand la garnison du château de Gutenberg insulta las Suisses qui rentraient chez eux; elle alla même jusqu’à faire feu contre leur arrière-garde.

Celle-ci s’arrêta et fit revenir le corps qui était en avant. On se mit donc en présence de l’ennemi sur les bords du Rlun ; là les deux troupes s’observèrent pendant plusieurs jours; enfin la mort d’un Suisse , tué d’un coup de feu , fut le signal de la guerre; des que les contingents de Zurich et de Glarus furent arrivés, on commença l’attaque. Mille hommes furent envoyés aux Grisons pour qu'ils pussent soutenir les hostilités. l.e Rhin ayant été franchi à gué, la charge fut vigoureuse; l’ennemi s’enfuit en laissant quatre cents morts sur la place. Les vainqueurs allèrent aussitôt camper devant Vaduz.

Le. combat de Luciensteig avait laissé une telle terreur dans l’âme de Brandis, le commandant autrichien, qu’il se rendit sur-le-champ, et se laissa emmener captif à Rapperschwyl. Cependant les Tyroliens s’étaient empares de la petite ville de Mayenfeld ; les confédérés la reprirent, et les traîtres (lui avaient livre la place périrent sur l’échafaud; on apprit aussitôt qu'une armée ennemie était rassemblées Bregenz, et l’on s’avança en toute hâte vers le lac. On se rencontra à Fussaeh sur un terrain entrecoupé de fossés et de marais : un brouillard épais vint ajouter l’incertitude à la difficulté des mouvements. Les Souabes avaient un corps de dix mille hommes avec de l’excellente cavalerie : dans ce moment quelques Suisses qui avaient poursuivi l’avant-garde, donnèrent inopinément sur le corps de bataille ; ils appelèrent les soldats qui les suivaient, et se jetèrent à genoux pour invoquer Dieu. Les Impériaux croyant qu’ils demandaient grâce , la refusèrent en poussant des cris ironiques; en même temps ils lâchèrent leur bordée. Cependant l’armée suisse arrivait sur le terrain; l’ennemi se crut tourné, et tandis que les chefs

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voulaient organiser la retraite, il se livra à une fuite désordonnée. Il périt beaucoup de soldats dans les marais, si bien que les corps des uns servirent de pont aux autres; d’autres se jetèrent dans les bateaux qui s’enfonçaient sous leur poids; un plus grand nombre traversa Bregenz. Les Suisses, qui avaient perdu peu de monde, restèrent sur le cliamp de bataille. Le jour découvrit à leurs regards plusieurs milliers de morts, des armures, des arquebuses , etc. , etc. Après y être demeurés trois jours, ils mirent le pays à contribution , et se retirèrent. Tefle fut la première campagne.

Il se lit en même temps une autre expédition , de moindre importance , dans le Hégau ; elle avait été provoquée par l’insolence et les bravades des chevaliers souabes. Un jour même, Burkard de Randek parut à la tête d’une troupe nombreuse devant Diessenhoven. On résolut de l’en punir : des guerriers de Berne, Zurich . Fribourg et Soleure s’approchèrent du Rhin vers le milieu de février ; Scfwffhousen fournit des renforts, et plus de dix mille hommes envahirent le pays ennemi.

Ils s’avancèrent jusqu’à Friedingen où la discorde éclata entre eux, les Zurichois voulant marcher sur Uchcrlingen, les autres ne voulant pas attaquer les villes impériales. Cependant Sehaffhousen insistait pour qu’on assiégeât les places dont le voisinage l’inquiétait, et ce parti fut suivi par le plus grand nombre. Plus de vingt villages et beaucoup de châteaux étaient déjà réduits en cendres; on voyait errer sans nourriture, sans vêtements, des femmes, des enfants, des vieillards.

La misère était à son comble ; chacun des vainqueurs agissait à son gré, et faisait les expéditions que lui dictait son caprice ou le désir du pillage. Il était temps d'y porter remède : la diète institua un serment d'obéissance aux chefs, de lidélité aux drapeaux, et de protection envers les prêtres et les femmes. Les confédérés se part gèrent la garde des frontières ; mais deux points surtout attirèrent leur attention : l’un était le Schwaderloch,

sur les montagnes boisées qui dominent Constance; l’autre, Dorneck, château voisin du village du même nom, situé au milieu des défilés que parcourt la Birse. La France ne manqua point l’occasion de renouveler son alliance avec la Suisse, et promit des subsides et de l’artillerie. Louis XII n’exigea qu’une chose, c’était qu’il ne fût point entamé de négociations avec le duc de Milan, son ennemi.

La campagne suivante s’ouvrit par de petites expéditions : Soleure ravagea le Sundgau; pendant ee temps, l’ennemi pillait le village de Dorneck, et l’artillerie du château donnait des signes de détresse. AJeur retour, les Suisses trouvèrent leurs adversaires à Reinach : ceux-ci , chargés de butin, occupaient en bon ordre la position de Bruderholtz; mais ils ne tinrent pas contre l’impétuosité de l'attaque , et s’enfuirent, laissant six cents morts sur le champ de bataille. Peu de jours après, les Autrichiens firent invasion dans le comté de Sax ; il y eut plusieurs combats dans lesquels Jean Schuler lit des prodiges, fut fait prisonnier, puis renvoyé sans condition par Nicolas de Brandis , qui admirait sa valeur. Enfin dix milfe confédérés parurent près de Frastenz; on résolut de donner l’assaut aux retranchements :

deux mille braves de bonne volonté escaladèrent la montagne , se jetèrent à terre pour éviter une décharge, et coururent sur l'ennemi avec une impétuosité qui le déconcerta. Mais ce n’était que le commencement de l’action : le gros de l’armée était rangé en coin, et flanqué d’artillerie des deux côtés; les Suisses se jetèrent à genoux , et attendirent dans cette posture les décharges de l’artillerie ; puis ils se précipitèrent , à travers la fumée, sur l’ennemi qui demeura inébranlable.

Feignant de se disposer à la retraite, les confédérés se concentrèrent; cela induisit les Autrichiens à un faux mouvement , dont les Suisses surent profiter pour une nouvelle attaque. Malgré les ett'orts de quelques chefs, tout s’enfuit en désordre, et beaucoupde soldats périrent dans un torrent appelé l’ill.

Sluatre mille tués , un grand nombre é drapeaux et de pièces tombés au pouvoir du vainoueur, tel fut le résultat de cette belle journée; mais elle coûta la vie au général des Suisses, Henri Wolleb d'Uri , qui passait pour être aussi prudent que brave.

Cependant les Autrichiens envahissaient la Thurgovie; ils avaient tout égorgé dans les villages voisins de Constance; en vain Lucerne avait voulu porter secours, tout était mis à feu et a sang. Les Suisses , avertis par le son des cloches , accoururent en foule au Schsvaderloch. Oswald de Rotz , guerrier expérimenté , arriva le premier, avecquelcjues centaines d’hommes, d’Unterwald ; Rodolphe lias en amena un plus grand nombre de Lucerne. Informés de la position de l’ennemi par leurs éclaireurs, ils se précipitèrent sur lui en poussant de grands cris; surprise au milieu du pillage, l’infanterie ne put résister, la cavalerie seule tint bon. Rurkhard de Randeck érit en combattant. Le lac engloutit eaucoup de fuyards. Constance demanda une trêve pour enterrer ses morts; et, quand elle eut été accordée, on vit sortir de ses murs un lugubre cortège de prêtres et de femmes; ils reconnurent en pleurant plus de cent cadavres de leurs citoyens, et les emportèrent pour leur rendre les derniers devoirs.

Uneseeonde expédition eut lieu dans le Hégnu : elle est marquée par de beaux faits d’armes, par la prise de Thiengen , de Kissenberg , de Stuhlingen, et de Rlumenfeld. Dans la première de ces villes, les bourgeois furent obligés de dcliler en chemise au milieu des confédérés tenant d’une main un morceau de pain , de l’autre un bâton. Vingt gentilshommes, destinés au supplice, obtinrent grâce en jurant de ne point servir contre les Suisses. Un juif, arquebusier, fut pendu ; mais s’étant fait chrétien en protestant que la Vierge lui était apparue, il fut décroché et décapité à Rlumenfeld. On permit à la dainede Roseneck d’emporter ce qu’elle avait de plus précieux ; elle chargea son mari sur ses épaules : touchés de ce

trait de tendresse conjugale , les Suisses lui laissèrent tout ce qu’elle possédait. On brûla ensuite quelques villages d’Alsace. Cependant l’empereur, informé de ces événements, se hâta de conclure un armistice avec le duc de Gueldres, car il avait résolu de combattre les Suisses en personne: arrivé à Fribourg en Brisgau , il publia contre eux un manifeste, et lit un appel à tout le saintempire. Il venait des troupes des frontières de Hongrie, de la Pologne; il en accourait des Pays-Bas. Les confédérés ne négligeaient rien non plus; ils renforcèrent leurs garnisons ; ils envoyèrent demander au roi de France les secours promis. Berne et Soleure organisèrent des postes pour être promptement informées de tout.

Aux sources de l’Adige , sur le sommet d’une montagne, sur un plateau appelé Malserheide, s’étaient retranchés douze mille Tyroliens; de là, ils faisaient mainte excursion sur le territoire des Grisons, et ravageaient toute la contrée ; ce camp était garni de remparts en bois, et défendu par une nombreuse artillerie. Les Grisons résolurent de l’attaquer ; une nuit il en vint huit mille en deux divisions, dont l’une devait occuper une hauteur au-dessus de la position , tandis que l’autre attaquerait à un signal donné ; mais les Tyroliens furent instruits de ce plan , et se divisèrent en deux corps. Celui qui devait arrêter le mouvement vers la hauteur ne tint pas. Au lever du soleil le combat se dirigea sur le camp; la résistance fut terrible; les Grisons désespérés se virent obi igésd'attendre des renforts. Bientôt la terreur passa dans les rangs ennemis : le pont de Glurns rompit sous les fuyards ; on ne lit point de quartier, on les cherchait jusque dans les caves; il périt quatre mille hommes ; mais les Suisses eurent à déplorer le massacre des otages enlevés dans leur pays pendant les expéditions : ils furent mis à mort à Méran, où on les gardait. On doit i un homme célèbre, ami du peintre Albert Durer, une histoire excellente de cette guerre. Wilibad Pirckheimer de Nuremberg nous dit que l’empereur

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assembla tout aussitôt quinze mille soldats, et marcha lui-même à leur tête , en se fiant à la conduite d’excellents guides ; il fallut franchir des montagnes couvertes de neige , souffrir la faim, la soif, le froid, la fatigue; on arriva ainsi à Bormio, d’où il fallut repartir aussitôt à cause de l’approche de l'ennemi ; en effet , on aperçut les Grisons au haut d’une montagne limite de l’Engadine. Ils roulèrent des uartiers de roc sur les assaillants; e plus, une avalanche entraîna quatre cents hommes ; et ceux qui n’avaient oint péri de fatigue s'estimèrent trop eureux de pouvoir regagner le Tyrof.

Les confédérés venaient de ravager de nouveau le Ilégau : dans l’espoir de contraindre l’ennemi au combat, ils assiégeaient Stokach. Maximilieu tint conseil de guerre à lieberlingen, avec les généraux les plus expérimentés :

on y voyait Albert, duc de Saxe; Georges , duc de Bavière ; le margrave Frédéric de Brandonlwurg, et le duc Ulrich de Wurtemberg. Il fut décidé que l’on fatiguerait les Suisses en les harcelant en plusieurs endroits à la fois . et que les attaques seraient souvent réitérées. Maximilien ne répondit pas même a leurs propositions de paix : les troupes autrichiennes s’assemblèrent dans le Sundgau. Les confédérés reconnurent qu’avant tout, il fallait secourir le canton de Soleure; mais tout à coup on apprit que l’empereur, sorti de Constance avec des forces immenses, menaçait le défilé appelé Schwaderloch : on s’y porta en masse. Le général des Impériaux en Alsace, le comte Henri de Furstemberg, voulut profiter du moment pour pénétrer en Suisse par Dorneck. Soleure appela de nouveau à son secours : le contingent de Berne fut renforcé de mille hommes sous le commandement de Rodolphe d’Erlach.

Lucerne et Zurich envoyèrent des troupes. Des leur arrivée, les confédérés, réunis à Liestall , se décidèrent à l’attaque : elle eut lieu le 22 juillet, par la plus grande chaleur du jour ; on fit halte près de Gempen , sur une grande prairie, au-dessus de Dorneck.

Du haut d’un rocher , les chefs purent voir le camp ennemi établi dans la belle plaine qui s’étend entre Dorneck, Arleslieim et Reinach, sur les bords de la Birse. Les Autrichiens se livraient aux plaisirs de la table et du jeu : un petit nombre d’hommes sages prévoyaient un danger; mais le général ne faisait qu’en rire, disant que ceux qui avaient peur pouvaient mettre une cuirasse ou se retirer.

A cette vue, à l’aspect du château en danger, et des habitations détruites, l’avoyer Conrad fut enflammé du désir de la vengeance; aussitôt il fit descendre sa petite troupe; et, déjà tout près du camp, il dit à ses frères d’armes: «Sou- « venez-vous de la valeur de vos pères, « que le nombre n’a jamais effrayés, et «comme eux combattez pour l’hon- « neur et la patrie. » Après la prière accoutumée, il divisa scs soldats en deux corps: ceux-ci arrivèrent dans le camp ennemi à la grande course, en massacrant tout ce qui se présentait. Le général périt un des premiers ; mais bientôt ceux qui avaient eu le temps de se former se présentèrent en bon ordre; et la cavalerie chargea. Les confédérés formèrent un carré hérissé de lances ; cependant il en périt beaucoup. Un Zùrichois parvint à s’emparer de la bannière de Strasbourg.Ce succès n'empêchait pas que le nombre des confédérés ne diminuât, et que l’ennemi ne fût de plus en plus redoutable. Tout à coup un cri de guerre retentit dans le lointain ; les contingents de Lucerne et de Zug accouraient au secours de leurs amis : l'ennemi s’enfuit après une courte résistance, et on le poursuivit jusque fort avant dans la nuit. Le butin fut riche et considérable : on prit plusieurs drapeaux et vingt et une pièces d'artillerie. Plus de trois mille Autrichiens étaient tombés; les confédérés ne comptaient que cinq cents morts: encore était-il arrivé, par une de ces méprises si fréquentes à la guerre, qiril en avait péri beaucoup dans l’obscurité de la nuit , leurs amis les ayant pris pour des Impériaux.

Trois jours après, les confédérés s®

résultèrent devant le château de Pfefngen; mais la discorde gui s’établit entre eux les empêcha de le prendre:

les uns voulaient envahir l’Alsace, les autres demandaient à rentrer dans leurs foyers. Enfin ils allèrent prendre position devant Bâle, qui était déchirée par deux factions contraires, la noblesse dévouée à l’empereur , la bourgeoisie qui tenait pour les confédérés.

La bataille de Dorneck avait jeté la terreur partout ; mais Bâle tint encore sa neutralité. Ce fut d’ailleurs le dernier fait d’armes de quelque importance. A cette nouvelle , Maximilien , qui était à Landau , s’embarqua pour Constance.

La France, qui venait d’envoyer des secours aux Suisses , offrait sa médiation ; mais l’empereur accepta de préférence celle du duc de Milan. Les prétentions furent d’abord très-contraires; car, tandis que les Suisses demandaient la conservation de leurs conquêtes et une indemnité pour les frais de la guerre, on exigeait d’eux soumission à l’empire, séparation d'avec les Grisons , punition des auteurs de la rupture. Sur ces entrefaites, Soleure, qui se montrait le plus difficile, ravageait l’Alsace, et la nouvelle de la prise de Milan par les Français rendit plus traitables les envoyés deSforce. Ils cédèrent la Thurgovié. Soleure put s’emparer de Thierstein et de Iiuren qu’elle convoitait. Berne fit un excellent usage du prix du butin; elle le distribua entre les blessés. Telle fut l’issue de la dernière tentative de la maison d’Autriche contre la liberté des Suisses. Pendant cette lutte, ils avaient beaucoup souffert ; il avait fallu livrer huit batailles ; plus de vingt mille hommes étaient tombés de part et d’autre; plus de deux mille villes, bourgs, villages et châteaux, étaient devenus la proie des flammes; le pays était ravagé a soixante lieues à la ronde. Ces calamités ddrent faciliter la conclusion de la paix; et si l’avantage immédiat se réduisit à la cession d’un bailliage, du moins elle eut pour conséquence l'accession définitive de Bâle et de Schaffliousen : la première avait besoin de protection contre la rancune

et les excès de la noblesse : le jour où fut lu le traité sur la place publique, elle ouvrit ses portes . et remplaça la garde par une vieille femme avec son rouet, pour montrer gue désormais elle n’aurait plus besoin d’autre défense que la terreur inspirée par le nom des Suisses. Bâle eut rang, dans la confédération , avant Fribourg et Soleure.

Environ cinq mille Suisses avaient pris part à la conquête du Milanais:

Louis XII leur donna plusieurs sujets de mécontentement ; et tout h coup les dispositions de la diète divinrent favorables à Sforce, qui s’était enfui auprès de l'empereur. Les Milanais, qui avaient accueilli Louis Xll en libérateur, ne tardèrent pas à changer de pensée : ce roi était reparti, laissant le commandement à Trivulce , qui ne faisait observer aucune discipline; de toutes parts, les mécontents couraient rejoindre l’armée du duc. La diète, avant de fournir aucun contingent, exigea de Louis XII les sommes promises; mais le gouverneur de Dijon, allant de ville en ville, obtint, à prix d’argent, de nombreux enrôlements qui se rassemblèrent à Fribourg, franchirent le Saint-Bernard, et descendirent à Vereeil; secours important pour les Français, réduits déjà à la possession de quelques châteaux forts, car Sforce était revenu, avec la rapidité de l’éclair, de Brixen à travers le Tvrol et les Grisons, jusqu’à Coirc, tandis qu’à Milan une émeute avait forcé la garnison de se réfugier dans la citadelle, puis à Novare qui se rendit, à l’exception du château, quand Sforce vint l’assiéger, apres avoir fait sa rentrée solennelle dans sa capitale. Une nouvelle armée française s’approchait :

la diète voulut se faire médiatrice, ou retirer ses troupes qui servaient des deux côtés , ou , enfin , les ranger toutes sous les mêmes drapeaux, pour qu'on ne vît pas les Suisses égorgeant leurs frères à prix d’argent. Cependant, çpiand leur ambassade arriva , Sforce était déjà tombé au pouvoir des Français ; il avait été abandonné par tes Suisses dans une insurrection au sujet

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de la solde : ils avaient refusé de combattre, parce que, disnient-ils, beaucoup de leurs concitoyens étaient avec les Français. Ils stipulèrent donc leur départ ; et tout ce que purent obtenir les larmes du duc, c’est qu’il lui serait pprmis de partir avec eux sous un déguisement. 11 se munit d’une hallebarde, se vêtit à l’allemande, et se inéla dans leurs rangs. Mais, arrivé au milieu de la double haie des soldats français , une rumeur se répandit , le bruit courut que le duc était avec les Suisses; on le réclama. Se voyant trahi , il se présenta de lui -même, et fut conduit en France , au château de Loches , où il fut traité fort durement. Il y resta plusieurs années, supportant son infortune avec constance, et se résignant à la volonté du ciel en expiation de ses fautes.

Immédiatement après , il s’éleva des contestations assez violentes entre Louis XII et les soldats suisses qu’il ne payait pas; d’un autre côté, Uri avait fait occuper Bellinzona, et ne voulait pas s’en départir; le roi, au contraire, tenait à s'assurer cette possession. Déjà les Suisses avaient fait des excursions guerrières à Lugano et Locarno , quand on parvint à une médiation dont le résultat fut d’accorder à Uri l’occupation du comté pendant deux ans. Mais il fallut bien en venir à quelque chose de stable. Uri soutenait sps prétentions : ce canton dit fièrement qu’il ne connaissait de droit que celui de ses hallebardes ; il appela les autres à le seconder, et le siéue de Locarno fut entrepris. Cette opération ne fut pas heureuse : il périt beaucoup de guerriers, d’autres en plus grand nombre furent pris. Alors les préparatifs devinrent serieux ; il ne s’agissait de rien moins que d’envahir la Bourgogne , et quatorze mille confédérés se dirigèrent vers Milan , où ils étaient attendus avec impatience. Le 10 avril l.r>03, Louis fit cession de Bellinzona aux trois cantons de Schwvtz,Uri, Unterwalden ; et les trois châteaux forts qui dominent la belle enceinte crénelee de la ville portent aujourd’hui les noms de ces trois pays ; position

importante qui ferme tout accès vers cette longue vallée du Saint-Gothard , et fonde la sécurité de la Suisse du côte de l'Italie.

De nouveaux différends avant éclaté entre Louis XII et Maximilien , ces deux souverains briguèrent l’alliance et les secours des Suisses ; mais les ambassadeurs français l’emportèrent par leurs libéralités et leur magnificence. Huit mille hommes vinrent à Gênes , à l’armée du roi , dont le but était d’empêcher son ennemi de traverser l’Italie pour aller à Rome se faire couronner par le pape. Le parti populaire de Gênes s’étant insurgé contre la noblesse , avait choisi pour doge un teinturier, et nommé des tribuns du peuple. L’arrivée des Français y répandit la terreur : on résolut* de défendre une forte position sur une montagne en avant de la ville; les confédérés contribuèrent beaucoup à la conquête de ce poste dangereux ; il fallut que la place se rendît a discrétion. Le doge et un autre séditieux, Démétrius Giustiani , furent décapités : la description de ce supplice prouve que l’instrument de mort que l’on croyait avoir été inventé dans la révolution française , était déjà connu au seizième sieclê.

Cependant Maximilien établit une diète à Constance . et y manda les confédérés qu’il combla de présents ; à cette assemblée, se trouva l’évêque de Sion , Mathieu Schinner, qui fut dans la suite l’âme de toutes les entreprises contre la France. Il était alors évêque de Sion , et devint bientôt cardinal : c’était le fils d’un pauvre cultivateur de Muhlibach, dans le haut Valais ; écolier, il chantait dans les rues pour gagner quelques deniers ; ensuite il fut recueilli par un respectable vieillard qui lui donna charitablement les moyens d’achever ses études à Zurich et à Corne. Devenu curé dans le Valais , Schinner ne cessa point de se livrer à l’étude : sobre et dur à lui-même , il se contentait d’une nourriture grossière , et couchait sur un lit de bois. Ses sermons furent bientôt célèbres :

son mérite le fit administrateur de

l'évêché , puis évêque ; et cette dignité, souveraine dans le Valais, le mit en rapport avec l’Allemagne , la France et l'Italie. Cet homme extraordinaire fut bien utile à la cause de Maximilien ; mais cette fois l'empereur renonça à son voyage de Rome , et les confédérés n’eurent point l’occasion de manifester le changement opéré dans leurs dispositions par les agentsde LouisXII.

Quand Maximilien se fut ligué avec ce roi, on revit six mille Suisses dans l'armée française; ils prirent part à la glorieuse journée d’Agnadel , le 14 mai

Les intrigues de l’évêque de Sion assemblèrent dans le Valais huit mille hommes , qu’il passa en revue pour les envoyer au souverain pontife; mais quand ils eurent franchi le Saint-Bernard, les Savoyards leur interdirent le passage; puis, sur un faux bruit que Rellinzona était menacée, les Suisses se jetèrent de ce côté. Les Français et les Lombards ne voulurent point leur pcrmettred’aller plus loin ;enün, quand ils furent arrivés à Varèse, se trouvant dans ledéndment le plus complet, ils acceptèrent de l’argent pour rentrer dans leurs foyers , ce qui excita au plus haut degré la colère du saintère. Schinner, l’évêque de Sion, eut eaucoup de peine à renouer cette alliance. Un faussaire devait les dédommager de ces désagréments; il imagina et fabriqua deux titres ou prétendus testaments du feu duc de Savoie, et leur donna la date de Chambéry, 17 mai 1489; par ces testaments, le duc donnait aux cantons des sommes immenses. Les allégations de Furno, c’était le nom de cet imposteur, furent accueillies avec empressement; mais le duc de Savoie protestait. La médiation de l’empereur et du roi amenèrent une remière transaction en faveur de erne et Fribourg; mais Furno, qui avait été richement récouqiensé, ne s’en tint pas là : il produisit un nouveau titre qui gratifiait les autres cantons de donations semblables. Nouvelles plaintes du duc, nouveaux armements des Suisses ; et ce prince, heureux d’en être quitte pour trois cent mille florins,

se vit obligé de mettre en gage jusqu’à son argenterie et ses bijoux et de se procurer des cautions.

Kn Italie, les intrigues de Schinner et le mécontentement du canton de Schwytz , au sujet d'une injure dont les Français avaient négligé la réparation, venaient de changer la face des affaires. L'appel de ce. canton aux autres Suisses n'était pas resté stérile, et bientôt dix mille confédérés parurent. Vainement le pape avait été cité à un concile à Pise : une émeute populaire dispersa les Pères. Le belliqueux Jules II, bravant et l’empereur, et le roi Louis , et la ligue de Cambrai, se mit à la tête de ses troupes et prit Mirandole; mais il fut moins heureux au siège de Ferrare, malgré l’assistance des Vénitiens. Les Français poursuivirent leur victoire et entrèrent dans Bologne. Le pontife négocia. La France, comme pour insulter les Suisses, conclut une alliance avec les Grisons. Les confédérés marchèrent sur Milan, où commandait un jeune héros, Gaston de Foix. duc de Nemours; mais ils furent obligés de fuir devant Bayard. Les vaincus se livrèrent aux plus coupables excès contre les habitants; leur retraite ressemblait à une fuite; ils coururent ainsi jusu’à Bellinzona, et perdirent beaucoup 'hommes, de chevaux et de bagages.

Jules avant suscité contre la France l’inimitié de l'Espagne et de l’Angleterre, une armée s’assembla à lmola; elle était commandée par le vice-roi d’Espagne. A Naples, on voulait surle-champ reprendre Bologne; mais Gaston vint la dégager, puis il courut à Brescia, où il défit les Vénitiens, et revint avec la rapidité de l’éclair disperser les alliés à Ravenne et mourir sur le champ d’honneur. Le pape était désespéré. F.n vain Venise et l’Espagne voulurent relever son courage; l’accession des confédérés fit sur lui une impression plus profonde : conüant en leur valeur, il persista dans le parti de la guerre, et leur prodigua des indulgences, des bénédictions et surtout de l’argent. Les ambassadeurs suisses furent reçus solennellement à Venise; tout le sénat vint au-devant d'eux dans

'igitizei

SUSSE

ses gondoles, et tout aussitôt la diète décida, au grand regret de beaucoup de citoyens, que l’on marcherait contre les Français; la jeunesse brûlait de se mesurer avec eus. Le lieu de rassemblement fut indiqué à Coire; car les Grisons prirent part à ce mouvement, malgré le traité récent conclu avec Louis. On s’avança par l’Engadine vers le Tyrol : Ulrich de Hohensax prit le commandement. Vérone envoya ses clefs à l’approche de cette armée, qui fit à Villefranche sa jonction avec les Vénitiens. Les Français n’avaient presque point de soldats : une sordide économie avait affaibli leur armée; partout ils se retiraient h l'approche des vingt mille confédérés et des Vénitiens ; ils abandonnèrent le passage du Mincio, celui de l'Oglio, et bientôt le cardinal Schinner entra en triomphe dans Crémone. L’Adda n’offrit pas plus de résistance; on franchit cette large rivière à Pizzighetone. A Pavie, trop d’empressement lit périr une centaine de Suisses qui avaient escaladé les murs. Il y eut, non loin de là, un combat où les lansquenets eurent beaucoup à souffrir, où les Vénitiens reprirent une partie de leur artillerie. Le jour de Saint-Barnabé, 1512, une révolte éclata dans Milan : on démolit les boutiques des marchands français, on massacra les soldats et les partisans de Louis; et les confédérés, à leur entrée, souillèrent leurs succès en violant la tombe de Gaston de Foix, en pillant ce qu’elle avait de métaux précieux :

ce qu’elle renfermait de plus beau fut envoyé à l’église de Saint-Vincent, à Berne.

Il s’éleva des différends sur le partage des conquêtes : Venise réclamait tout ce qui lui avait appartenu; le cardinal soutenait que le saint-siège devait tout accaparer, et les Suisses voulaient des conquêtes pour eux. Ils retournèrent enfin dans leur patrie, sans que la campagne eût offert a leur valeur autre chose que de simples escarmouches.

Dans sa joie, le pape les gratifia du titre de protecteurs de la liberté de l Eglise, et leur fit don de plusieurs drapeaux , en recevant magnifiquement

leurs envoyés. On rétablit à Milan le fils de Louis Sforce, Maximilien, qui céda aux Suisses Lugano, Locarno et Domo d’Ossola, affranchit leur commerce de tous droits, paya deux cent mille écus, et en promit quarante mille par an. Vers le même temps, Berne s’empara du comté de Neufchàtel , sous prétexte que Louis d’Orléans, possesseur de ce comté pour avoir épousé Jeanne, fille du comte de Baden-IIochberg, servait dans les armées françaises. Soleure prit part à cette occupation, qui excita la jalousie des autres cantons. Par la même raison, Soleure s’empara du château de Thierstein.

Les Grisons aussi tirent des envahissements, et retinrent pour eux la Valteline et Chiavcnna , en vertu des droits de l’évêché de Coire. La confédération déclara toutes ces conquêtes communes. Il fallait encore s’emparer des châteaux de Lugano et de Locarno, dont le siège offrait de grandes difficultés, et n’eut pas le succès qu’on en attendait. Les Français, toujours en possession des citadelles de Crémone et de Milan, menaçaient le nouveau duejusque dans sa résidence. 11 n’était pas le maître chez lui , et se voyait oblige d’obéir au cardinal, à l'ambassadeur ae l’empereur, aux confédérés. Le mécontentement devint bientôt général, et l’inconstance publique regretta la domination de Louis XII. Celui-ci traita avec Venise ; il conclut un armistice avec l’Espagne; mais ses négociations avec les Suisses n’eurent aucun succès. L’armée, commandée par la Tremouille, Robert de la Marche et la Fayette, s’avança dans les plaines de Lombardie par Suze et Asti, tandis que les Vénitiens secondaient cette expédition en marchant sur Vérone; car on leur abandonnait Bergame et Brescia. Ix duc Maximilien, secouru par le viceroi de Naples, par le saint-siège, par les confédérés, se mit en campagne.

L’ennemi s’avançait; Asti et Alexandrie avaient reçu les Français, et Venise s’était déja'einparée de Valeggio et Peschiera ; enfin ses troupes s’etaient jointes aux Français à Crémone.

Le duc se vit abandonné de tous ses

amis et trahi par les chefs de son armée; à Pexcepiion de Novare et de Coire, il perdit toutes ses places. Il se relira dans Novare, où il fut bientôt assiégé vigoureusement. La garnison suisse se montrait inébranlable; en vain les murailles tombaient sous le feu de l’artillerie française, ces braves tinrent jusqu’à l’arrivée d’une armée suisse. Les assiégeants cessèrent leur feu et se préparèrent au combat. I.es confédérés arrivaient à la fois par le Simplon, le Saint-Gothard et le Splugen; ds marchèrent sur Novare, et ils V arrivèrent dans un moment où les Français, qui s’étaient retirés à une demi-lieue de la place, dans un pays entrecoupé de bois, de fossés et üe marais, ne s'attendaient nullement à une attaque aussi prompte. On résolut de ne pas perdre un instant, car on savait qu’ils se gardaient mal; et, dès le point du jour, neuf mille confédérés se mirent en mouvement, prenant le duc dans leurs rangs. Les grand’gardes furent surprises. La Trémouille monta à cheval à la hâte, Trivulce rangea les bataillons. Les Suisses se partagèrent en trois corps, dont l’un devait prendre les lansquenets par le flanc, tandis que le second marcherait à l’ennemi , et que le troisième observerait la cavalerie. L’artillerie française était terrible; les broussailles rompaient souvent les rangs des Suisses; les armures des cuirassiers français jetaient beaucoup d'oelat sous les rayons du soleil. Les cavaliers parvinrent à s’introduire dans les lignes; le duc s'enfuit, mais les Suisses combattaient avec opiniâtreté; les morts et les blessés étaient à l’instant remplacés. En vain ils essayèrent de culbuter les lansquenets que protégeaient les batteries; les cadavres s'amoncelaient, le sang ruisselait de toutes parts; on était si près que les hallebardes mêmes ne servaient plus , et que l’on ne combattait qu'avec des poignards et des couteaux.

Là se trouvaient Nicolas Conrad, le vainqueur de Dorneck, Erni AVinkelried, descendant du héros de Sempach, là tomba Ulrich Jacob, brave chef d’Uri qui avait conseillé le combat. On

s’exhortait en parlant de Morgarten , de Granson, de Morat. Enfin arriva le corps qui, retardé dans sa marche, devait attaquer le flanc des lansquenets. Ce choc décida du sort de la journée : l’artillerie française fut prise et tournée contre l’ennemi, qui se dispersa et s’enfuit dans le plus grand désordre, malgré une charge brillante de la cavalerie. Il y avait huit mille Français et lansquenets sur le champ de bataille, et la Trémouille était blessé. Les Suisses perdirent quinze cents hommes, et ne purent poursuivre leurs succès faute de cavalerie. Des désastres affreux suivirent cette victoire: les confédérés pillèrent, se débandèrent et regagnèrent isolément leurs foyers; cependant il en resta quelques milliers pour protéger lo duché.

En Suisse, les plus grands désordres éclatèrent; Berne, Soleure, Lucerne, en furent principalement letbéàtre; plusieurs magistrats furent rondamnésà mortparsuile deséditions populaires, et sous prétexte qu’ils étaient a la solde de la France. Pour mettre un terme a cette fermentation, la diète réunie à Zurich résolut de faire une invasion dans ce royaume, et, le 27 août 1513, seize mille nommes se réunirent auprès de Besançon, qui leur ferma se- portes. L’empereur y envova de la cavalerie et de l’artillerie : l'armée, forte de trente mille guerriers, marcha sur Dijon, tandis que le roi était battu à Guinegate par les Anglais. On ne rencontrait de résistance nulle part; les Suisses commettaient d'horribles excès, ne respectant ni les lieux saints ni les tombeaux; leurs prêtres mêmes donnaient l’exemple de ces scandales.

La Trémouille était dans Dijon; il eut peine, à réunir six mille hommes; les confédérés campèrent sur les hauteurs voisines. Le lendemain, l’artillerie impériale battait les faibles murailles de la ville; en moins de quarante-huit heures la brèche fut ouverte; la ville paraissait perdue : l'habileté de la Trémouilley pourvut. Connaissant particulièrement plusieurs des chefs ennemis, il en séduisit quelques-uns par ses pro-

SUISSE

messes, d’autres cédèrent à une vieille amitié. Les soldats manquaient de tout; ils étaient mécontents et demandaient à rentrer chez eux. La paix fut conclue à la condition que le roi laisserait aux confédérés le duché de Milan et leur payerait quatre cent mille écus; la Trémouille livra même des otages.

L'exécution de cette convention donna lieu dans le cours de l’année à bien des embarras, et les rumeurs diverses qui se répandirent en Suisse y suscitèrent beaucoup de troubles.

Louis XII mourut au milieu des préparatifs d'une nouvelle expédition contre le duché de Milan; et François 1er, qui avait épousé sa fille aînée, a laquelle revenait ce duché, à défaut d'héritiers mâles, brûlait de se signaler par des exploits militaires, comme l’avait fait l'illustre Gaston, dont il enviait la gloire. Dès son couronnement, le nouveau roi prit le titre de duc de Milan. Sa première démarche fut de rechercher l alliance des confédérés. Ceux-ci reçurent mal le porteur de sa dépêche; ils répondirent que la paix avait été conclue à Dijon, qu'ils en réclamaient l’exécution, et qu'il n'était pas besoin d’ultérieures négociations. François I" ne fut pas plus heureux envers l’Espagne et l'Empire; niais il se ligua étroitement avec l’Angleterre et Venise : Gènes se déclara pour lui; alors il lit d’immenses préparatifs. Les confédérés, au nombre de quatre mille, s’avançaient contre Gênes; lorsque le pape arrêta leur marche, ils étaient à Novare. Tout à coup les Français débarquèrent dans le port et occupèrent la citadelle, et le doge Fregoso se lit appeler gouverneur du roi.

Les Suisses envoyèrent quatorze mille hommes pour mieux defendre le duché de Milan : on vit alors le pape, dont la conduite avait été d’abord tort douteuse, s’unir avec l'empereur et le roi d’Espagne pour maintenir l’indépendance de l’Italie : on ne demanda aux confédérés que des soldats, que l’on promit de payer largement. Apres beaucoup d’hésitations et d’incertitudes , ils allèrent occuper les défilés des

Alpes vers la France; Colonna y vint aussi avec une troupe d’élite de cavaliers milanais. Tandis qu’une violente sédition éclatait parmi les Suisses, et qu’ils maltraitaient impitoyablement Albert de Stein, l’un de leurs chefs, l’armée française s’avanç. it avec trois mille lances, quinze cents chevau-légers, vingt nulle lansquenets : après eux venaient six mille hommes composant la bande noire, ainsi nommée de la couleur de leur armure et de leurs vêtements; ils étaient commandés par Hubert de la Marche. Parmi les autres chefs, on distinguait Lautrec, qui joignait l'impétuosité française au sangfroid espagnol, Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, le duc de Gueldres, qui devait à la France de s’être maintenu dans sa principauté contre l’empereur, Galiot, sénéchal d’Armagnac, René, fils du duc de Lorraine qui avait reconquis son duché sur Charles le Téméraire, Trivulce, la Palice,la Trémouille, et tout ce que la noblesse avait de plus brillant. La Tréniouille conseilla de choisir un passage nouveau que l’ennemi ne gardait pas, et à travers lequel un vieux chasseur guida l’armée. Le roi commandait en personne le second corps; l’arrière-garde était confiée au duc d’Alençon , son beau-frere, qui avait déjà combattu à la bataille d'Agnadel. En même temps, Aiinar de Prie passait à Gênes par mer à la tête de plusieurs mille guerriers.

Pour tromper l'ennemi et l’occuper, on dirigea deux petites divisions vers le mont Cénis et le mont Genèvre, passages ordinaires par où l’on croyait que l’armée française arriverait.

lo trajet fut difficile ; il fallut jeter des ponts sur les précipices, faire sauter des rochers, porter des canons.

Après cinq jours de travaux extraordinaires, on déboucha dans le comté de Saluces, où l’on prit un peu de repos. Les Suisses et Colonna en furent avertis, mais la division se mit entre eux; les uns voulaient combattre sur-lechamp, les autres se poster sur la rive gauche du Pô : la première opinion prévalut, du moins en partie. Colonna se porta sur Villefranche; mille Fran-

çais passèrent le fleuve à gué, et entrèrent de toutes parts pendant que les Italiens étaient a table. En vain ceuxci voulurent se défendre; les habitants avaient caché les selles et enfermé les chevaux ; il fallut se rendre. Les Suisses étant accourus ne trouvèrent plus qu'une ville déserte, et commencèrent leur retraite par Pignerol. Le roi leur offrit secrètement de négocier avec eux à Verceil; ils marchèrent jusque-là, quoique divisés entre eux. En passant sous les remparts de Turin, ils les virent couverts de Français ; a Chivasso, ils égorgèrent cinqcents habitants, pour venger le meurtre commis sur quelques confédérés qu’cnsuite ils retrouvèrent vivants dans une tour où on les avait enfermés. La marche fut trèsmalheureuse ; à Verceil on se partagea; les guerriers de Iierne, de Soleure et de Fribourg, prirent le chemin d’Arona; les attires contingents et les volontaires allèrent a Milan; à Novare, ils abandonnèrent de beaux canons qu'ils eussent facilement fait conduire a Hcllinzona.

On conclut à Calera une paix qui lie fut point acceptée par tous : quelques corps venus récemment de leur patrie renforcèrent l’armée; ceux qui étaient réunis à Arona repassèrent les monts, tous les autres se reunirent et se préparèrent a de nouveaux combats.

Le roi avait fait occuper Tortone, Alexandrie et Pavie, nui lui assurait le passage du Tésin et du Pô. L'armée pontificale ne bougeait pas , malgré les promesses du saint-pere, parce qu’il recherchait sous main l’amitié de François I*r. Ce roi s’était campé a Marignan, sur la route de Milan à Lodi; ses cavaliers couraient jusqu'aux portes de la ville; il y avait chaque jour de petits combats. Le cardinal de Sion, se croyant sür de la victoire, résolut de livrer la bataille. Le 13 septembre, dans l’après-midi, le conseil de guerre étant assemblé chez le duc , et la majorité des chefs confédérés se prononçant pour l’acceptation du traité de Galera, un grand bruit se fit entendre : on disait que l’armée française tout entière s’approchait

des portes , que déjà Ton combattait Aussitôt tous coururent aux armes; le cardinal de Sion monta à cheval revêtu de la pourpre; les Waldstetten, qui avaient toujours voulu la guerre, sortirent avec joie; les autres Suisses marchaient avec moins d’ardeur. Il y avait en tout vingt-quatre mille hommes et huit pièces de campagne.

Le pays est couvert de vertes prairies, de maisons de campagne, de petits bois entrecoupés de canaux et de rivières. L’armée française se tenait alors sans inquiétude dans un camp fortifié par la nature autant que par l’art; le duc de Bourbon, commandant de l’avant-garde, occupait un village sur la route, et soixante-quatre pièces balayaient les approches de son quartier général. Les confédérés se divisèrent en trois corps , et , comme le soleil allait se coucher, on proposa de camper, sage conseil qui ne fut point écoute. L’attaque eut lieu sur-le-champ. Alors tVerner Steiner, amman de Zug, commandant de l’avant-garde, prit trois mottes de terre, les lança par-dessus la tête de ses guerriers, et dit : Au nom de Dieu le Père, le Fils et le Saint- Esprit, que nôtre cimetière soit ici : ne songez, amis, qu'à l'honneur et o la réputation que nous allons acquérir.

François 1" ne s’attendait pas à être attaqué; quand retentit la trompette, il allait se mettre à table. Le comte de Guise assembla les lansquenets; Pierre Novare rangea l’infanterie derrière un grand fossé, en rangs serrés, et mit l’artillerie sur les ailes. Les Suisses, par une feinte, attirèrent la bande noire, puis la repoussant, ils franchirent le fossé avec impétuosité. Ils tombaient par centaines sous une grêle de balles; mais l’ennemi ne put tenir:

les Gascons, les Basques et les lansquenets cédèrent à cette puissance plus qu’humaine, et la cavalerie ne put les empêcher de se disperser. Déjà rartillerie et beaucoup de drapeaux étaient en la possession des confédérés , et une multitude de nobles chevaliers avaient péri. Théodore Trivulce fut fait prisonnier; Bayard, tout iloulcement , se

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descendit, et jeta son armet et ses cuissots, et puis, le long des fossés, à guatre beaux pieds se retira. Fran-

ris I'r se conduisit comme il convient un général et à un soldat ; les lances se brisaient contre son armure, les coups tombaient sur son casque, les gentilshommes mouraient à ses côtés.

Déjà la lune avait remplacé le soleil : à minuit, les ténèbres amenèrent une suspension d'hostilités; mais il fallut que chacun demeurât debout où l’avait surpris l’obscurité, amis et ennemis pêle-mêle. Les tambours, les trompettes, les provocations, les injures', les coups de feu, interrompaient par intervalle cet horrible silence. Les Suisses commirent plusieurs méprises et s’entre-tuèrent parfois les uns les autres; la faim, la soif, l’humidité, leur faisaient beaucoup de mal. Leduc de Milan et ses cavaliers s’en allèrent; il fallait employer d’ailleurs beaucoup de monde à panser les blessés. Le cardinal de Sion réunit les chefs autour d’un grand feu, et l’on pourvut aux dispositions du lendemain. Dans l’armée française, il y avait plus d’activité : on concentrait les forces, on plaçait mieux l’artillerie. Le roi, apres avoir tout ordonné, but avec avidité une eau mêlée de sang, seul breuvage u’il pdt se procurer, parce que les caavres comblaient les fossés, puis il s’endormit sur un affût. Réveille avant le jour par le sage Galiot, il reprit ses armes, monta à cheval, passa la revue de ses troupes et visita les avantgardes. Dès l’aurore, les trompes des confédérés retentirent : leur principal corps d’armée chargea, en poussant de grands cris, le centre des Français. Uri et Züricli étaient en avant; on eût dit que les souffrances de la nuit avaient redoublé les forces de ces braves , que n’arrêtait point le feu terrible de l’artillerie. Les lansquenets plièrent : là périt le prince de Talmont, couvert de soixante-deux blessures; c’était le fils unique de la Trémouille; le comte de Guise blessé était caché sous les cadavres; on se battit pour l’en retirer.

La perte des confédérés n’était pas moindre; ils cédèrent à leur tour. Les

chefs alors supplièrent, exhortèrent, menacèrent ; Katzi , le chef de Schwv tz, continuait à parler et à combattre, quoiqu’il eût la poitrine percée de plusieurs traits. Les ailes de l’armée française étaient en fuite, le centre seul paraissait vainqueur; il était midi , que l’issue de la bataille était douteuse.

Tout à coup des nuages de poussière et des cris annoncèrent l’arrivée des Vénitiens. Alviano prit les confédérés en queue, et, quoique sa première charge demeurât sans succès, il décida du sort de la journée; car sa présence releva le courage des Français et abattit celui des Suisses. (Quelques chefs ordonnèrent la retraite, qui, malgré leurs efforts, dégénéra en déroute.

Néanmoins bon nombre de guerriers, pénétrés de leur devoir et de leur dignité, se retireront à pas lents, portant les blessés sur leurs épaules, et faisant marcher au milieu d’eux l’artillerie, ainsi que les drapeaux qu’ils avaient pris. Ils lirent des prodiges de valeur, et rentrèrent dans Milan, non sans perdre une partie des objets qu’ils voulaient conserver. Les Français ne mirent pas trop d’ardeur à les' poursuivre. Le roi était saisi d’admiration pour eux; Trivulce, vieilli à la guerre, et qui avait assisté à dix-huit batailles, disait qu'elies n'étaient que jeux d'enfants, mais que celle-ci était un combat de géants.

Sur le terrain , cependant, la mort continuait à sévir. Quatorze cents Zurichois s’étaient retranchés dans la maison où avait été la veille le quartier général du duc de Bourbon. On les y assiégea , et ils v périrent tous , n’ayant jamais voulu consentir à se rendre.

Une autre troupe fut massacrée dans un bois : la cavalerie tuait les hommes isolés, qui souvent étaient dépouillés par les habitants. Les lansquenets se distinguèrent par leurs actes de barbarie : ils ouvrirent le ventre de Puntiner, chef d’Uri qui avait été tué, et donnèrent l’avoine à leurs chevaux dans ses entrailles. Douze mille tués couvraient le champ de bataille; plus de moitié étaient Suisses. G’est la que le roi se lit armer chevalier par Bayard :

à son tour, il conféra la même dignité à d’autres, et lit dire des messes pour le repos des braves, ordonnant qu'une chapelle serait construite en commémoration de la bataille de Marignan.

Les confédérés partirent pour leur pays, en maudissant le cardinal et sans pouvoir obtenir leur solde. Maximilien Sforce ne sut défendre que le château; bien approvisionné, ilaxaitencorecinq cents Suisses de garnison , et pouvait tenir fort longtemps. Le héros de Dorneck, Henri Ralin, en lit sortir trois cents malades ou blessés, afin de mieux le défendre : ces malheureux furent impitoyablement massacrés par les paysans, près des fossés de la ville. Milan implora la clémence du vainqueur, qui exigea une contribution de trois cent mille écus et lit occuper la ville, puis il marcha sur Pavie : ses bataillons couvraient la Lombardie, des rives du Pci jusqu’au pied des Alpes.

La Suisse fut consternée de cette nouvelle; on se reprochait de funestes divisions, et la dicte incertaine ne parvenait à aucune résolution; le mécontentement du peuple était à son comble:

les cantons montagnards accusaient hautement Berne, Fribourg et Soleure, de s’être laissé gagner par l’or de la France; il s’en fallut ae peu que la guerre civile n’éclatât. Cependant les Français faisaient de grands progrès en Italie; Maximilien Sforce accepta avec joie une transaction qui lui permettait de mener une vie oiseuse et tranquille. Le pape négocia avec François r, et lui abandonna ses prétentions sur Parme et Plaisance : ce fut par une sorte de compensation que , concert avec ce roi , il restreignit les libertés de l'Église gallicane.

On se réunit à Genève pour y traiter de la paix ; dix cantons en acceptèrent les conditions et se chargèrent d’y faire accéder les autres. On fixa jour à Zurich pour l’échange des ratifications ; mais cette affaire souffrit encore bien des difficultés et des retards. Maximilien et le roi d’Angleterre annonçaient par leurs agents qu’ils allaient attaquer la France; ils excitaient les confédérés à venger leur défaite de

Marignan. Ces discours firent un çrand effet : peu de cantons restèrent fidèles à leurs engagements de Genève ; Zurich trouva des prétextes pour les éluder. Uri et les Grisons ne prenaient part à rien ; Glarus, Bâle et Schaffhouse attendaient pour se décider le vœu de la majorité; enfin Schwytz, l’Unterwald inférieur et Sainf-Gall acceptaient la paix, mais non l’alliance du roi : on se sépara. L’envoyé de l’empereur, Keichenbach, et le cardinal de Sion s’adressèrent alors aux passions du peuple qui se croyait trahi , et d'autant plus qu’un habitant de AVadischwyl, appelé Baechli, s’accusa lui-même d’avoir conspiré avec d’autres guerriers l’abandon des défilés qu’ils étaient chargés de garder. Il nomma des hommes très-illustres et un grand nombre de complices; enfin il fut décapité, sans qu’on donnât suite à ses révélations vraies ou fausses. Sur ces entrefaites, François rr fit solder deux cent mille écus aux huit cantons qui étaient restés dans les dispositions qu’ils avaient manifestées a Genève : les cinq autres tenaient leurs assemblées à Schwytz : ils résolurent de marcher avec I empereur sur le duché de Milan, et il en partit dix mille sous le commandement de Jacob Stapfer. Maximilien entra donc en Italie par Vérone, sans que le duc de Bourbon pût lui opposer de résistance; il songeait même à repasser les Alpes. L’empereur ne sut pas profiter de la circonstance ; il eparpilla son armée , la divisa pour une multitude de sièges.

Il n’avait plus d’argent; apprenant d’ailleurs qu’il y avait aussi beaucoup de Suisses chez les Français, il craignit une trahison et se retira avec précipitation. Cette faute nuisit beaucoup à la considération dont il jouissait en Suisse, où l’on était divisé au point qu’il y avait deux dictes. Peu de temps apres, l'empereur lui-même engagea les confédérés à traiter avec la France, car il s'etait réconcilié avec François 1er. On renouvela les négociations, et l'alliance éternelle fut conclue à Friboufg, le 20 novembre 1516.

On y stipula des indemnités et des

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Subsides : Bellinzona fut abandonnée aux trois Waldstetten; Lugano, Locarno, Mendrisio, Valmaggia, aux cantons en général.

A la mort de Maximilien, arrivée en janvier 1519, les puissants compétiteurs à l'Empire, François I" et Charles-Quint recherchèrent également l’assistance des Suisses; mais le cardinal de Sion était toujours là quand il s'agissait de nuire à la France. La diète écrivit aux électeurs une lettre contraire aux prétentions du roi, malgré les avertissements de Zwingli , vertueux curé qui devint depuis si célèbre dans l’histoire de la rétormation, et qui prévoyait les dangers que son pays aurait a redouter de la part du nouvel empereur. Charles-Quint fut proclamé. La Suisse jouissait alors d’une tranquillité qui ne fut troublée que par les horribles ravages de la peste. En 1520, les cantons se réunirent pour jurer de nouveau l’alliance éternelle. Peu de temps auparavant , Rotweil, le siège d’un tribunal suprême, s’était uni a ki ligue, malgré l’opposition de Bàle, mais cette réunion ne fut que temporaire. L’année suivante, le pape Léon X demanda six mille hommes, auxquels le gouverneur français de Milan, Lautrec, donna passage'; ils allèrent jusqu’à Ancône où ils furent très-bien traités , sans avoir affaire à aucun ennemi , et couchant toutes les nuits dans de bons lits; circonstance à raison de laquelle leurs compatriotes appelèrent ironiquement cette guerre lÆaken krieg (guerre des draps de lit ). Ils allèrent ensuite baiser les pieds du saint-père , qui les reçut à la tète de trente cardinaux, au bruit des cloches et du canon, arma leurs chefs chevaliers , et les renvoya tous chez eux. A Rome, Albert de Stein et le bâtard de Savoie intriguaient pour que l’on conclût avec François I" une alliance exclusive, car ce roi rêvait déjà la guerre pour se venger de l’élection de son compétiteur, et il voulut se donner contre lui le puissant appui de la confédération. Cette fois encore se manifesta le patriotisme de Zwingli, qui supplia ses concitoyens

15* Livraison. (Suisse.)

de ne se point immiscer dans les guerres étrangères, de ne plus vendre leurs services, de vivre avec la simplicité et la sobriété de leurs aïeux. Les cantons consentirent aux demandes des envoyés de l’Empire, qui se bornaient à émettre le vœu que la Suisse ne traitât avec aucune puissance avant l’arrivée de Charles en Allemagne. Cependant Lucerne ne prit aucun engagement, et Zurich se montra encore plus contraire à ce parti. La résolution des autres cantons ne tint pas contre les séductions d’Antoine de Lameth ; ses agents et lui - même eurent bientôt vaincu tous les obstacles ; Zurich seul persista dans son refus : alors fut jurée à Lucerne cette alliance qui s’est toujours perpétuée depuis.

Jean de Diesbach et Louis d’Erlach amenèrent en France un corps de plus de huit mille hommes; dans ce moment, Charles-Quint, qui était à Worms , envoyait François de Seckingen et le comte de Nassau contre Robert de la Marche, seigneur de Sedan et de Bouillon , qui , fort de l'appui du roi , l’avait osé délier à la diète. Tout fut mis à feu et à sang : Sedan seule put tenir six semaines. Cependant l’empereur s’avançait avec une forte armée vers la frontière de France; les Suisses joignirent le roi entre Dijon et Troyes; on marcha au secours de Bayard qui faisait des prodiges de valeur dans Mezières ; mais le siège en avait été abandonné. Seckingen et Nassau, suivant les Ardennes, allaient rejoindre Charles-Quint qui entrait en Picardie par la Flandre et le Hainaut. Ce mouvement fut arrêté, parce que le roi sut prendre une forte position entre Guise et Saint-Quentin. Des excursions furent entreprises dans le Hainaut ; on donna l’assaut à Bnpaume et à Landrecies , et l’armée impériale se retira après avoir pénétré jusqu’à Vervins.

Malgré les conseils des Suisses, de la Trémouille, de Bayard, du connétable de Bourbon , le roi , égaré par les timides objections du comte d’Alençon, laissa échapper près de Valenciennes l’occasion d’une complété victoire; il ramena son armée à Amiens , et deux

mille Suisses tinrent garnison à Abbeville ; les autres retournèrent dans leurs foyers.

Charles s’entendit avec Léon X pour rétablir Louis Sforce dans le duché de Milan; des exilés milanais se réunirent à Reggio. Le gouverneur français de Milan avant eu connaissance de ce plan, il marcha sur cette ville, dont il appela le commandant à un entretien : c’était Guicciardini, le célèbre historien. Celui-ci n’avait négligé aucune des précautions que dicte la prudence : aussi, quand plusieurs cavaliers essayèrent de énétrer dans la ville, on lit feu du aut des remparts , et Thomas de Fou, le gouverneur de Milan , se laissa conduire dans Reggio, d’où il fut bientôt renvoyé sans rançon. Aussitôt il fit venir huit mille Suisses sous le commandement de Diesbach, et il pressa vivement le retour de son frère Lautrec dont il n’était que le remplaçant : pendant ce temps , 2ürich accordait ses troupes au pape, toujours par les menées du cardinal de Sion, toujours malgré les avis du patriotique Zwingli : Secouez les manteaux de ces cardinaux, disait-il, vous en verrez tomber des ducats ; tordez-les , et il en coulera du sang. Lautrec alla dégager Parme, que les troupes du pape et de l’Espagne assiégeaient. Douze mille Suisses prirent part à cette expédition.

Quand les contingents de Coire et de Zurich voulurent aller dans les États pontificaux, leurs compatriotes au service de France cherchèrent à les attirer; ce fut en vain. Alors les Français inquiétèrent leur marche; il y eut plusieurs combats sur les bords de l’ü-

§lio, et Gotthard de Landenberg prit 'assaut la petite ville deTagliano sur la rive gauche. Le passage de la rivière fut forcé, et les Français se retirèrent à Chiari, après l’avoir vainement disputé. Parvenus sur leterritoire de Mautoue, les Suisses, qui avaient promis de ne point servir contre la France, furent débauchés par de trompeuses nouvelles et par de séduisantes promesses du cardinal de Gipoue ; ils se joignirent au camp de Jules de Mé-

dicis à Ostiano. Cette division effraya beaucoup Lautrec , car les Suisses ne voulaient pas marcher contre leurs compatriotes; d’un autre côté, les dispositions des Milanais devenaient de plus en plus hostiles , et il avait de justes raisons de se méfier de Venise.

Il eut recours aux plénipotentiaires qui dans ce moment étaient près de lui, exigeant qu'ils ordonnassent à leurs compatriotes de quitter Ostiano qui était sur le territoire vénitien. Les ambassadeurs l’avaient fait en vain; ils se bornèrent donc à interdire en général tout combat en dehors des limites du duché. Lautrec ne pouvant conduire scs alliés contre Ostiano , jeta des garnisons dans Crémone et Pizihetone, et se retrancha derrière l’Ada. Rientôt les Suisses l’abandonnèrent , car leur gouvernement avait rappelé les uns et les autres. Cependant l'astucieux cardinal de Sion sut retenir ceux d’Ostiano. L’Adda séparait l’ennemi des Français; il le passa furtivement la nuit, vis-à-vis de Vaprio, non loin deCassano où était ie quartier général de Lautrec. Celui-ci prévenu trop tard, ayant d'ailleurs à surveiller Pescaire, qui jetait un pont sur un autre point, envoya son frere.

La lutte fut terrible : Jean de Médicis et les confédérés vinrent arracher la victoire aux Français; Thomas de Fou fut renversé d’un coup de lance que lui porta le vigoureux Salis, et, sans les guerriers qui vinrent le relever, c’en était fait de lui : il fallut abandonner l'Adda et se retirer sur Milan. Les alliés y entrèrent bientôt sans coup férir, après avoir laissé garnison dans la citatelle. Lautrec se retira a Corne, où quatre mille Suisses , qui étaient encore près de lui, le quittèrent; il revint a Crémone par le territoire vénitien.

La mort de Léon X eut une grande influence sur les affaires de l’Europe:

le parti français prit le dessus en Suisse; et seize milfe hommes furent promis à François P’ qui avait envoyé à Lucerne une brillante et nombreuse ambassade. Celte fois encore Zurich et les Grisons s’y refusèrent; ces troupes,

SUISSE. 227

divisées en trois colonnes , franchirent le Simplon, le Saint- Gothard et le Splugen , et, vers le milieu de février 1522, elles se réunirent à Bellinzona.

En même temps, T.autrec, qui était resté dans Crémone, passa l’Adda près de Cassano , et mena , vers les Suisses qui s’étaient avancés jusqu’à Monza , un renfort de six mille Vénitiens commandés par Tri vulce et G ritti. On marcha contre Milan , dont la citadelle était encore au pouvoir des Français, qui voyaient avec joie les prairies et les vergers de ce fertile pays se couvrir de bataillons amis. Colonna commandait pour le duc, et il avait été rejoint par un guerrier chevaleresque, Freundsberg de Glurns , en Tyrol , qui sut faire traverser à sa troupe le territoire vénitien. Les Français pratiquaient-ils des mines , Colonna y opposait des contre-mines; on répondait au feu des assiégeants; on souffrait sans se plaindre. Colonna pointait , dit-on , les pièces ; et ce fut lui qui donna la mort au fils de son frère, dont les Français lui envoyèrent la dépouille, pour qu'il pilt lui rendre les derniers devoirs ; sa douleur fut grande en apprenant le mal qu’il avait fait. D’un autre côté, François Sforce revenait de Trente avec six mille lansquenets, traversant , sans s’inquiéter des Vénitiens , le territoire de Vérone, et venant à Pavie par Parme et Plaisance, pour se porter sur Milan au premier signal. Déjà Lautrec désespérait de prendre cette plare promptement; voulant arrêter l'effet des dispositions du due, il prit position à Cassina, et les Vénitiens à Benasco. Là, se réunit à lui Jean de Médicis, à la tête de trois mille aventuriers, dont les drapeaux étaient noirs. Bayard s’avançait sur Gênes, apportant de l’argent et conduisant «les renforts : Lautrec envoya Montmorency pour protéger sa marche ; il lui donna mille Italiens , trois mille Suisses, et de l’artillerie. Cette troupe passa leTésin, malgré l’opposition vigoureuse de la garnison de Pavie , puis elle prit Jiovare d’assaut, et revint victorieuse avec Bayard : pendant ce temps , Sforce parvint à s’in-

troduire dans Milan , où il arriva par des chemins détournés , à la grande satisfaction du peuple qui murmurait hautement de son inaction.

Lautrec résolut de relever le courage des siens par une entreprise vigoureuse ; Pavie lui sembla facile à surprendre ; elle n’avait qu’une faible garnison depuis que Sforce en était sorti.

On fit brèche sur-le-champ ; mais des Corses et des Espagnols parvinrent à se jeter dans la place. Ce n’était que l’avant-garde de Colonna, qui déjà campait a la grande Chartreuse. Pour comble de malheur , des pluies et des inondations empêchaient les vivres d’arriver; il n’y avait plus d’argent, et les Suisses menaçaient de s’en retourner à Aroua. Il fallut songer à la retraite après quelques brillants combats de cavalerie. On prit réciproquement position sur la route de Monza à Milan, non loin d’une terre appelée Bicocca, et dont le parc suffisait à contenir vingt mille hommes. Ce poste fut occupé par les alliés, qui se retranchèrent derrière un chemin creux. Au camp français arrivèrent Albert de Stein et Arnold de Winckelried, exieant ou le retour des troupes suisses ans leur pays , ou une action décisive.

Lautrec leur donna de la cavalerie pour faire une reconnaissance, afin qu’ils pussent se convaincre qu'il y aurait désavantage à combattre. Néanmoins, à leur retour, ils déclarèrent que la victoire était possible. Le général français céda. Que Dieu ait pitié de vous ! s’écria le vieux la Palice , mais je combattrai partout à pied et au premier rang; sur quoi Brantôme dit:

// les devait très bien et biau laisser aller , et les recommander à tous les diables.

Le soir même , Colonna sut qu’il serait attaqué; il envoya sur-le-champ prévenir le duc d’accourir avec tout ce qu’il avait de troupes disponibles ; il vint en effet. Lautrec avait fait de sages dispositions : le maréchal de Foix devait prendre l’ennemi en queue, par un détour qui le conduirait au pont du parc. Jean de Médicis reçut l’ordre de se répandre dans la plaine, avec sa

L’UJUVERS.

cavalerie légère, pour inquiéter le front de l’ennemi, et lui dérober la marche du gros de l’armée. Derrière lui venaient des travailleurs pour combler les fossés; enfin la principale attaque était destinée aux Suisses. Beaucoup de chevaliers français voulurent combattre dans leurs rangs : l’arrièregarde était composée des Vénitiens sous les ordres du due d’Urbin et de Gritti. On se mit donc en mouvement le 27 avril 1522, avant le lever du soleil. Les chefs suisses, dans leur impatience , ne donnèrent pas à Lautrec le temps de faire des dispositions. Il fallut les suivre: en vain on leur représentait que l’attaque était prématurée, u’il fallait attendre que le maréchal e Foix eilt accompli sa inarche. Ils n’apercevaient pas même la forêt de lances, qui se montrait au fond du ravin , ni ces nombreux bataillons qui avaient mis le genou en terre pour que leur artillerie, placée sur le plateau, pût jouer sans les atteindre. Les Suisses coururent droit à l’ennemi en poussant des cris de provocation ; Montmorency et la noblesse française en firent autant. Mais l’artillerie de Colonna eut, en un instant, couché plus de mille hommes sur le carreau, avant qu’on pût recharger les pièces: les Suisses étaient au pied des retranchements ; mais ils étaient si hauts qu'un homme en pouvait à peine atteindre la sommité en étendant sa lance. Une grêle de halles vint cribler les rangs serrés des assaillants; il fallut soutenir le feu de plus de quatre mille mousquets. Alors s’avancèrent les lansquenets cachés dans le ravin , et à leur tête Freundsberg qu’Arnold de Winckelried frappa de sa lance , au moment où lui- même tomba percé de plusieurs balles. Les Suisses se retirèrent pour aller se reformer plus loin, sur le premier terrain de leur imprudente attaque.

Cependant Thomas de Foix arrivait sur les derrières de l’ennemi ; il pénétra dans le camp , fit prisonnier Landriano, le chef de l’infanterie milanaise, et répandit la terreur dans l’armée qui venait de repousser les

Suisses. Certes, s’ils eussent obéi aux sages avis de Lautrec , la victoire eût été pour eux ; mais, dans ce moment, les alliés purent se porter tous contre le maréchal de Foix , qui regagna à grand’ peine et avec beaucoup de perte le corps principal ; la retraite se fit en bon ordre. Pescuire voulait poursuivre; mais les chefs allemands des lansquenets s’y refusèrent , et la cavalerie espagnole fut repoussée par la cavalerie française , sans que lautrec pût déterminer les Suisses «à une nouvelle attaque. Les Vénitiens qui étaient demeurés dans l’inaction , abandonnèrent l’armée et s’en retournèrent à Brescia. Il y avait sur le champ de bataille trois mille confédérés et dix-sept chefs; leurs ennemis, au contraire, avaient perdu peu de monde. Lautrec repassa l’Adda , et les Suisses retournèrent dans leur patrie.

Peu de temps après, les intrigues de la reine-mère amenèrent la défection du connétable de Bourbon , qui, séduit par les promesses de l’empereur, s’enfuit dans ses États après avoir ourdi en France une vaste conspiration. François I*r, ne sachant jusqu’où elle s’étendait, se trouva dans une position fort difficile, et n’osa se rendre en personne à l’armée. Il obtint encore six mille Suisses, et la diète expulsa Stampa , l’envoyé milanais. Il s’établit une ligue entre le pape Adrien, Milan, Florence, Gênes, l’empereur et le roi d’Angleterre. Venise était chancelante dans son amitié pour la France; elle finit par s’allier avec l’empereur, non sans hésitation.

En septembre 1523, l’amiral Bonnivet franchit les Alpes ; il avait douze mille Français, six mille Allemands, trois mille Italiens, et dix-huit cents lances. Il fit, près de Turin, sa jonction avec dix mille Suisses venus du Saint-Bernard à marches forcées , sous le commandement du maréchal de Montmorency. Cette armée prit Novare, Vigevano, et arriva sur le Tésin avant que les alliés eussent le temps de se reconnaître. Le vieux Colonna accourut , quoique malade , et rassemblant , entre Biagrassa et Bufaloro , le peu de

SUISSE

troupes qu’il avait , il voulut empêcher le passage du fleuve. Montmorency avait déjà reconnu plusieurs gués; il jeta un pont. Colonna renforça donc Pavie et Crémone , et se jeta dans Milan avec le reste de ses forces : les fortifications y étaient délabrées, les vivres manquaient, et la consternation était générale : en même temps on reçut la nouvelle de la mort du pape Adrien VI, et les Vénitiens refusèrent de passer l’Adda. Cependant Bonnivet, malgré les conseils de ses officiers , demeura trois jours sur le Tésin , et laissa échapper l’occasion : Colonna , qui déjà songeait à la retraite, en profila : les bourgeois de Milan réparèrent les murailles; et quand Bonnivet parut , treize mille hommes étaient prêts à les défendre. Il demeura dans l'inaction , et épuisa son armée en expéditions sans objet, tandis que les renforts arrivaient de toutes parts aux alliés. Le blocus était illusoire, car l’enceinte était trop vaste pour être bien gardée, et la cavalerie française avait beaucoup souffert. Après avoir tenu la campagne pendant six mois d’automne et d'niver, Bonnivet se retira derrière le Tésin , sans que Colonna voulût céder à l’impétuosité de ses soldats, ni compromettre sa vieille réputation , en l'exposant aux hasards d’un combat.

Les hostilités continuèrent; mais Bonnivet eut beau présenter la bataille, les alliés aimaient mieux le harceler : les Suisses alors leur firent ce qu’on appela la mauvaise guerre, pour venger deux cents de leurs compatriotes que Jean de Médicis venait de faire egorger contre la foi d’une capitulation. Les Grisons , désormais amis de la France, parurent tout à coup sur les derrières des Espagnols, au nombre de cinq mille ; mais Jacques de Médicis, ui tenait le château de Musso, au boni u lac de Corne, leur créa beaucoup de difficultés , jusqu’à ce que l’autre Médicis pût revenir sur eux avec son armée. Ils tinrent bon plusieurs jours

firès de Caprino; mais ils reçurent 'ordre de la retraite pour protéger leurs propres frontières. Bonnivet n’a-

vait plus que Novare et Biagrassa :

cette dernière place fut prise d’assaut ; le pillage devint fatal aux vainqueurs; et le butin , emporté à Milan , y propagea la peste qui ravageait l’armée française ; plus de cinquante mille Milanais périrent en expiation des horreurs commises à Biagrassa. Bonnivet se retira à Romagnano. En avril, environ huit mille confédérés vinrent au secours de leurs compatriotes : la France était épuisée d’argent ; elle avait promis de la cavalerie qui na vint point : les Suisses, irrités, n’eurent plus d’autre pensée que de protéger la retraite des leurs ; ils atteignirent ainsi Gattinara, sur les bords de la Sésia. Bonnivet y arrivait de son côté ; le passage eut lieu dans un désordre complet : les bateaux s’abîmèrent en grande partie; le pont fut endommagé ; beaucoup de Suisses et de Français périrent dans les (lots; le général lui-meme fut blessé d’un coup de feu au moment où il rassemblait la cavalerie pour charger Pescaire qui tentait le passage. Bayard prit alors le commandement suprême; il mit de l’ordre dans la retraite , et confia l'arrière-garde aux Suisses. On marchait en silence et avec gravité; de temps à autre le héros français engageait avec l’ennemi des combats de cavalerie : une balle lui cassa les reins. En vain Jean de Diesbach voulut l’emporter; lui, le regard fier et tourné contre l'ennemi, l’âme élevée à Dieu , rendit noblement son dernier soupir, au milieu des ennemis, répondant au connétable de Bourbon qui le. plaignait: Ce n’est pas moi nuit faut plaindre, c'est vous qui combattez contre cotre patrie , votre roi , votre serment.

Après sa mort, les Suisses attaquèrent avec fureur, et l’un d’eux, pénétrant jusqu’à Pescaire , fut sur le point de le tuer ; sans le dévouement de son neveu qui détourna le coup, c’en était fait de cet habile général. Quatre cents confédérés furent massacrés en cette rencontre : à Ivree , les Suisses et les Français se séparèrent pour rentrer dans leur patrie.

Le connétable de Bourbon envahit alors la Provence ; il fit en vain le siège

de Marseille, qui se défendit héroïquement ; quand il apprit que le roi approchait, il voulut tenter l'assaut; mais Pescaire s’y refusa. Les Suisses envoyèrent , cette fois encore , un corps considérable à François Ie' qui le reçut à Avignon , et se mit en marche pour l’Italie : le connétable de Bourbon voulant être sur les bords du Tésin avant lui , se retira de Marseille , et suivit le littoral avec une armée de quarante mille hommes. » Quantité de « sinistres pt Usages , dit Mézerai , aver- « tissoient le roi de son malheur; et « les astrologues prédisoient un dé- « sastre signalé en sa personne ; et ce « lui devoit estre un mauvais augure « sur toutes choses de sortir de son « royaume en habit de deuil , car il le « portoit de la mort de la reine Claude , « son épouse. » A l'énumération de ces prodiges, on croirait lire un auteur romain. Il arriva rapidement à Turin; et le bruit de sa marche jeta la terreur dans Milan ; mais le connétable , passant par le col de Tende, était déjà dans Pavie. quand François Ier franchit le Tésin à Vigevano, et le vice-roi de Naples se dirigeait sur Milan, espérant y arriver avant l'ennemi. Ce fut en vain; les Français avaient battu le duc qui s’était enfui à Pizzighetone : la citadelle seule put être gardée par les alliés; et leurs troupes sortaient par la porte de Lodi , pendant que la Trémouille et le marquis de Saluces pénétraient dans cette capitale par celle de Verccil , et en prenaient possession au nom de leur souverain. Malheureusement il ne suivit pas l’avis le plus sage, qui était de poursuivre un ennemi incertain , harassé , prêt à jeter ses armes ; il préféra reprendre d’abord ses places de Pavie et d'Alexandrie:

alors Pescaire comprit que l’impétuosité française se refroidirait bientôt devant les difficultés de l’entreprise; il reGt son armée , et le connétable de Bourbon alla chercher des secours en Allemagne. Pavie fut investie ; l'assaut, la brèche, l’enlèvement des ouvrages avancés , tout cela fut l’objet d’un instant; mais le roi s’aperçut bientôt, à la vigueur de la résistance , à l’obsti-

nai ion avec laquelle on réparait les ouvrages endommagés, qu’il fallait avoir recours à un siège en forme; alors on lui conseilla de détourner le Tésin, et de le faire écouler par un de ses bras, le Gravalone : après d’immenses travaux , une crue subite des eaux détruisit en une heure le fruit des peines des soldats; l’hiver était froid, la contrée, entrecoupée par les eaux , était fort humide; le roi eut le tort de s'affaiblir encore par une expédition de dix mille hommes sur Naples. Il espérait attirer ainsi unepartiedel’arméeennemiedans le midi de l’Italie. Pendant ce temps, les alliés se renforçaient de troupes allemandes : le 21 janvier, leur armée se mit en mouvement. François 1" se porta au sud-est de Pavie; sa droite appuvée au Tésin, sa gauche au parc; ses derrières étaient protégés contre la ville par des retranchements : il mit dans le parc même une partie de sa cavalerie, en abattant les murs sur son flanc en deux ou trois endroits : le camp ressemblait à une grande ville, tant il y avait de mouvement et d’habitations élégantes. L’armée des alliés était de seize cents cavaliers , de seize cents lances , et dix-huit mille fantassins espagnols et allemands : on porte plus haut les forces du roi ; mais le nombre indiqué est inexact, car on lui faisait toujours payer beaucoup plus de troupes qu’il n’en avait en effet. Le 2 février 1525, les alliés s’avancèrent sur Lardirago, çans être arrêtés par la vive résistance des avant-postes : on n’était plus qu’à un mille des Français. Là, les guerriers se jetèrent à genoux , et lancèrent de la terre par dessus leurs têtes, annonçant ainsi qu’ils voulaient vaincre ou mourir, et chantant des airs militaires. Toute l’artillerie impériale se fit entendre à la fois. Le camp fut établi entre Prati , Trelevero et Saint-Lazare, à portée de canqn de celui des Français. Le roi, oubliant quel était son* rang , délia Pescaire au combat singulier; mais celui-ci répondit avec modestie qu’un sujet n’était pas digne d’un tel adversaire. Ce brave général était infatigable , ne prenait de repos ni jour ni

SUISSE

nuit, visitait les avant-postes, et faisait de fausses attaques; il parvint ainsi à connaître parfaitement la position de l'ennemi. De leur côté, les assiégés faisaient des sorties contre Jean de Médicis, qui les observait de sa position de Lanfranco : il en fit, un jour, un grand carnage; mais , voulant montrer a l’amiral Bonnivet le théâtre de cet exploit, il s’approcha trop de la place , et fut blessé grièvement. Cette perte litbeaucoupde mal à François I", car les communications en devinrent plus faciles entre les assiégés et les alliés. Un autre malheur affecta vivement le roi : les Grisons le quittèrent inopinément cinq jours avant 1a bataille, pour aller au secours de leur frontière contre le châtelain de Musso et d’autres aventuriers excités par l’Autriche. Ils avaient , dit du Bellay, pris la soulde et faiet le serinent, et cependant ils abandonnèrent le roi prêt à combattre. La honte en revint surtout à Salis, leur chef. Le roi se montra généreux en cette circonstance ; mais il eut le tort de s'abandonner à la direction de jeunes gens, au lieu d’écouter les conseils de la Trémouille et de la Police, qui ne cessaient de le supplier d'abandonner une position aussi dangereuse. Pescaire continuait à se tenir informé de tout; il choisit pour l'attaque la nuit du 24 février, anniversaire de la naissance de Charles-Quint. La veille, il feignit une retraite; puis il occupa les Français par de fausses attaques, tandis qu’à i’opnosite il faisait rompre les murailles du parc pour ouvrir un passage à son corps d’armée qui devait opérer sa jonction avec la garnison , dans ce parc inémeà Mirabello. Par ce mouvement, on arrivait sur l'ennemi du côté le plus faible ; on tournait ses retranchements, et on lui coupait la route de Milan et celle du Piémont. Ce plan fut porté à la garnison par un espion ; et , du haut des tours, un signal annonça qu’on en était informé. En effet, Pescaire jeta le trouble dans le camp français, au sud et vers Saint-Lazare ; tandis qu’à la grande Chartreuse, les ouvriers démolissaient le mur à grand’ peine :

l’ouverture ne fut praticable que le matin ; on y pénétra deux heures avant le jour. Tout aussitôt ceux qui opéraient la fausse attaque se retirèrent pour rejoindre l’armée dont l’avantgarde était commandée par Alphonse Guasto, proche parent de Pescaire. Les Français furent instruits de ce mouvement par Giustiniani : ce Génois vint faire une reconnaissance, et courut prévenir le roi: pendant ce temps, Pescaire s’emparait de Mirabello, où étaient les bagages , et y fit un riche butin. Au point du jour, le roi , placé sur une hauteur, put juger la marche des alliés; il aperçut une lacune dans leurs rangs, parce que les marais et des déhris de murs empêchaient leur artillerie de marcher. Aussitôt il fit ses dispositions. Montmorency, avec mille Français et deux mille Suisses , devait garde’r le camp retranché et contenir la garnison; quant à lui, il entra dans le parc avec l’armée ; à sa droite les Suisses, à sa gauche les lansquenets allemands, et quelque cavalerie sur les ailes. Il conduisait le centre en personne; Jacques Gaillot dirigeait l’artillerie, devenue le front de cette ligne; elle fut placée dans une position avantageuse, qui balayait la route de M irabel lo ; tandis qu'à l’extrême d roite, la cavalerie chargeait avec intrépidité, tuait beaucoup de monde aux alliés, et rendait impossible la marche de leurs pièces. Les alliés faisaient un mouvement rétrograde, leur arrière-garde était coupée ; déjà les Français étaient dans l’ivresse de la victoire, et les Suisses poussaient la poursuite avec ardeur. Malheureusement François I*r ne put contenir sa valeur; il se’préci-

fiita, à la tête de ses gendarmes, sur es escadrons de I-aiiov , tua de sa main Ferdinand de Castro, et blessa Jean d’Andelot, gentilhomme franccomtois; ayant ainsi dépassé sa propre artillerie, le roi en paralysait l'effet. Pescaire, déguisé en simple soldat, observait tout au fort de la mêlée; il sut profiter de cette faute ; il rétablit le combat , et envoya du secours à son aile gauche qui souffrait le plus : en ce lieu , l’action fut terrible ; Richard j

duc de Suffolk, le frère du duc de Lorraine, et beaucoup d’autres seigneurs succombèrent. Montmorency accourut, mais il était trop tard ; et, dans ce moment , la garnison exécuta une sortie ; presque tout ce corps fut massacré , sans pouvoirgagner le camp retranché parce que le pont du Tésin avait été rompu : Montmorency tomba au pouvoir de l'ennemi. L’aile droite n’était pas moins maltraitée ; elle s’était engagée dans les broussailles, où il lui était impossible de serrer les rangs; bientêl elle se vit débordée par les troupes de Pescaire, qui avaient fui devant elle. Les charges de cavalerie n’y pouvaient rien ; les Espagnols reparaissaient partout quand ils avaient fui , et leurs coups sedirigaientsur les chefs les plus habiles : la Trémouille tomba frappé de deux balles ; Galeazzo San Severino périt avec son cheval.

Du Bellay voulait le secourir: Laissemoi périr, s’écria le vieillard, et sauve le roi. La Palice est pris et tué par un soldat assassin. Bien différent de ces hommes illustres, le comte d’Alençon , beau-frère du roi , donne l’exemple de la fuite; il entraîne les gendarmes qui jettent le désordre dans le corps de bataille. Les Suisses, vivement pressés , tiennent toujours; mais ils sont accablés par le nombre. Fleuranges , qui les commandait , cherche à rejoindre le roi ; et Diesbach, pour ne pas survivre à la honte des siens, se précipite au milieu des lances ennemies. Le chef des Glarnais, et celui du contingent de N'æfels , meurent en combattant ; Erlacb est blessé à mort. Le combat n’était plus soutenu que par une poignée de uraves qui entouraient François P. Là encore , il se fait un grand carnage ; le comte de Saint-Pol tombe blessé : il ne revient à lui que parce qu’un soldat espagnol lui coupe le doigt pour ravir son anneau ; le maréchal de Foix a l’épaule fracassée , et va mourir dans Pavie en maudissant les mauvais conseillers du roi. En vain Bonnivct cherche à rassembler les fuyards; il court se faire tuer dans les rangs ennemis. Le roi , distingué par l’éclat de son armure, la hauteur de sa

taille , l’opiniâtreté de sa valeur, combattait devant un petit pont, lorsque le comte de Solm tua son cheval d’un coup de lance. 11 eut quelque peine à se relever, car il était blessé : alors un Espagnol le saisit par son panache; mais le roi le repoussa si rudement qu’il alla tomber à quelques pas de là. Dans ce moment, Pomperont, compagnon du connétable, vint se mettre près de lui pour le protéger , car il n’avait cessé de le respecter : il le supplie de se rendre à Bourbon. François indigné repousse cette proposition. Il fait appeler le vice-roi de Naples , qui , représentant de l’empereur, doit seul recevoir son épée. Lauoy paraît, la prend et en rend une autre a cet infortuné monarque. Plus de dix mille morts et la moitié des Suisses étaient étendus sur le champ de bataille; le reste fut pris par suite de la lâcheté du comte d’Alençon , qui avait rompu le pont du Tésin. Henri, roi de Navarre, le prince de Talmont, le duc de Nevers, le marquis de Saluces et Fleuranges, étaient au nombre des prisonniers, ainsi que les chefs suisses, Louis et Meinrad Tschudi et Jacques de Roverca. Dès le lendemain , les simples soldats furent renvoyés; la noblesse et les princes furent mieux traités qu'ils ne l’avaient espéré. Les Suisses s’en allèrent tristement par Corne , au nombre de cinq mille hommes , déguenillés , manquant de tout , et toujours insultés par les habitants ; il en mourut beaucoup en chemin. Ce ui donna lieu à un touchant sermon e Zwingli sur la simplicité des ancêtres, qui ne combattaient point pour de l’argent, mais pour la défense du pays.

Il y avait quelque temps déjà qu’Ulrich , duc de Wirtenberg , s’était attiré l’inimitié de l’empereur par le peu d’égards qu’il avait pour la duchesse sa femme, qui était sœur de ce monarque. A la suite d’une intrigue amoureuse, il tua Jean de Hütten a la chasse : c'était le cousin du célèbre Ulrich de Hütten. La vengeance était imminente. Ulrich de VYirtenberg ne vit d’autre salut que dans l’alliance

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des Suisses : il ne négligea rien pour l’obtenir. Ces faits remontent à l’époue de la mort de Maximilien. Le uc, ayant pris de vive force Reutlingen, viile impériale, la ligue de Souahe dont elle faisait partie marcha contre lui sous le commandement de Guillaumede Bavière. Le duc avait dix mille fantassins , et trois mille cavaliers ; et les Suisses lui envoyèrent quatorze mille hommes avec d'illustres capitaines , parmi lesquels Albert de Landenberg, Jacques Stapfer, les deux Gceldli , Louis de Diesbach , Gaspard de Mullinen, etc., etc. Ces guerriers, cette fois encore , marchaient contre le gré de la diète , qui somma le duc de les renvoyer. Il cacha cette lettre, et fit égarer le messager qui en avait de semblables pour les Suisses; si bien que la dépêche fut retardée de plusieurs jours-, puis il paralysa l’effet des menaces ae la diète par des cadeaux et des promesses d'argent. Les chefs allèrent ensuite présenter des réclamations à la diète ; mais l’on était irrité contre eux. Le pardon ne fut accordé qu'aux simples soldats. Jean Ziegler fut condamné à la prison , et les autres furent tous plus ou moins punis. Éberhard de Reicnasch , que l’on regardait comme l’auteur de ce mouvement , fut condamné par contumace à être décapité; dépourvu du secours des Suisses, le duc Ulrich fut chassé de ses Etats , et s’enfuit à Soleure , où sa présence changea en sa faveur la disposition des esprits; il alla ensuite à la diète à Lucerne. Là , dans tlne longue harangue, il demanda des secours pour rentrer dans ses États.

Ulrich avait gagné tous les coeurs par sa popularité; et il acquit droit de bourgeoisie. Les Lucernois écrivirent au roi de France pour lui recommander la justice de sa cause. Il serait trop long de rapporter tous les détails de ces négociations , toutes les incertitudes , toutes les fluctuations des divers cantons; enlin , le duc marcha vers son duché à la tête de dix mille hommes: en chemin, il se vit abandonné par la plus grande partie de cette armée dont il ne payait pas la solde. Les fau-

bourgs de Stuttgard furent attaqués avec impétuosité; quant à la ville, le duc ne voulant pas l’exposer aux horreurs d’une prise d’assaut , on n’emplova point d’artillerie , et l’on se borna a tuer à coups de mousquet tout ce qui se présentait au haut des murailles.

Les Suisses vivaient dans l’abondance et la joie , quand arriva subitement de Lucerne l’ordre du retour, et l’accablante nouvelle du désastre de Pavie :

on partit sur-le-champ , et malgré les supplications d’Ulrich qui représentait que l’on pouvait aisément réduire la place.

Nous abandonnerons pour quelque temps le récit des événements militaires, pour nous occuper du grand mouvement intellectuel qui signala le commencement du seizième siècle.

Depuis longtemps les mœurs étaient relâchées , la doctrine dégénérée , la religion négligée. Le contact de l'Italie fut mortel à la simplicité des montagnards : plus on approchait du saint-, siège, plus l’impiété grandissait; et Rome était de toutes les villes la moins chrétienne. Les légats envoyés par les papes en Suisse, ne se livraient qu’à des intrigues politiques : surtout ils s’efforcaient de prélever sur la crédulité populaire les sommes que le saintpère payait en subsides aux troupes de ce pays ; il n’était rien qu'on ne permît à prix d'argent ou par faveur.

Le célèbre cardinal Schinner alla jusqu'à autoriser le mariage entre un moine de Zürich fugitif, et une religieuse de Coire. Les désordres du clergé étaient poussés à l’excès. Les moines mendiants abusaient de l’ignorance du peuple, et faisaient renaître toutes les superstitions du paganisme, interprétant les songes , les prodiges , etc., etc. Au milieu de toutes ces inconséquences, il s’éleva une dispute théologique sur l’immaculée conception : les franciscains soutinrent que la Vierge elle-même avait été conçue sans tache : les miracles ne leur manquèrent pas pour prouver la reconnaissance de la Vierge , et les pèlerins remlissaient leurs couvents, et les comlaient de présents. Ce triomphe iu-

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