SOS
l’organisation militaire, dans les relations extérieures. 11 doit y avoir encore d’autres sacrifices dè la souveraineté cantonale au principe de la centralisation. Outre la diète , on établit un conseil fédéral et une cour fédérale. Désormais la diète serait composée de quarante-quatre députés ; il y en aurait deux par canton , sans égard au plus ou moius de population. On lui laisse le droit de paix et de guerre ; on lui conserve l’intervention armée dans les affaires des cantons. Le principe du mandat impératif est consacré : chaque canton n’aurait qu’une voix pour décider de ces objets principaux ; et la majorité serait de douze.
Quant à tous les autres objets, chaque député voterait selon sa propre inspiration , et l’on compterait la majorité selon les membres présents. Les séances seraient publiques. Le conseil fédéral, véritable directoire exécutif, se devait composer d’un landamman nommé par les cantons, et de quatre conseillers nommés par la diete pour quatre ans. Les affaires eussent été réparties entre quatre départements : intérieur, relations extérieures, guerre, finances. La cour fédérale, pouvoir judiciaire chargé aussi de prononcer sur les violations de la constitution , devait être composée d’un président, de huit juges, et de quatre suppléants, nommes pour six ans , sur des listes de candidats présentés par les cantons et toujours rééligibles. Lucerne aurait été la ville fédérale, siège du conseil; la cour aurait résidé dans un autre canton. Tel qu’il est, ce projet favorise l’aristocratie, en ce qu’il fait nommer tous les pouvoirs fédéraux par les autorités des cantons, sans tenir compte de la souveraineté du peuple.
Soumis aux délibérations des vingtdeux cantons, il fut attaqué par les partisans de la souveraineté absolue
comme par les radicaux. Il fut considéré comme une œuvre de juste-milieu. On ignore quel destin lui est réservé; jusqu’ici on n’a pris encore aucun parti définitif. Les temps sont calmes , et l’avenir , sans doute , sera fondé de manière à prévenir à jamais le retour d’agitations funestes. Que l'on soit Français , Allemand , ou Italien, on ne peut que s’intéresser vivement à une fédération qui comprend sous sa protection trois populations diverses, appartenant à chacune de ces grandes nationalités , et qui les représente noblement sur cette terre d’antique liberté.
Notre narration est accomplie : le lecteur connaît maintenant l'histoire de la Suisse. L’histoire romaine jette sur ce sol d’antiques et sinistres lueurs ; elle le nomme, pour la première fois, comme le tombeau des légions de Gassius ; puis , au moyen âge , lorsque toute idée de grandeur et de liberté semble évanouie, lorsque toutes les nations ont changé de face, une république de pâtres et de montagnards s’eleve au milieu des peuples asservis, de ses franchises fait bientôt sa puissance , se maintient à travers tous les orages de l’Europe, et demeure inébranlable au sein des ruines politiques de l'ancien monde, en donnant à ses institutions et à son indépendance des garanties nouvelles. Le n’est point assez d’avoir retracé les hauts faits des aïeux, il faut nous établir dans la Suisse moderne, nous arrêter quelques instants devant les éternelles beautés de la nature, parler de ses moeurs antiques, de ses usages, de sa richesse, de son état moral et scientifique. Nous diviserons ces rapides aperçus par cantons, et suivrons l’ordre dans lequel ils se sont affiliés à la confédération primitive.