‹ L'UniversChapitre 22 sur 45 · CLARIS · texte numérisé non relu

CLARIS

Ce canton fut admis le S juin 1352 dans la confédération suisse, où il occupe le septième rang. Il a pour limites, à l’orieDt, les Grisons et Saint- G ail: au sud, les Grisons et Uri; à l'ouest, Uri et Schwytz; au nord, le lac de Walenstadt, Saint -Gall et Schwytz. Dans sa plus grande étendue , il a douze lieues de long et six de large. C’est un territoire chargé de montagnes les plus abruptes, entrecoupé de vallées les plus sombres et les plus profondes, et le quart de la superficie, tout au plus, est susceptible de culture. Les sommités, couvertes de neiges éternelles, reçoivent sur leur large croupe les feux du soleil; géants majestueux , ces pics font briller leur teinte rosée à plus de onze mille pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer.

La plupart des roches sont calcaires, aux couleurs rouges ou noires, ou bien c’est un thonschiefer bleu. Les beautés de la nature semblent se disputer l’espace; on visite avec ardeur, outre la principale vallée, leKIœnthal , le Sernftbal, le Linlbal; ici coule la Lintli, produit de deux ruisseaux qui s'unissent un peu au-dessus du beau pont appelé Pantenbriicke. Il y a dans ces lieux sauvages des aigles de la grande espèce et des Iccmmergeyer, des marmottes , des coqs de bruyère. Les chasseurs de chamois y sont plus audacieux que partout ailleurs, les herboristes plus diligents; ils recueillent la mousse d’Islande, les herbes qui composent le thé suisse, etc. On trouve beaucoup de cristaux et même du marbre. La poulation est de plus de vingt-huit mille mes, et les reformés sont huit fois plus nombreux que les catholiques.

Chaque commune entretient plusieurs centaines de chèvres, et l’on compte en tout huit mille bêtes à cornes et cinq mille moutons. Le beurre, et le fromage connu sous le nom de schàbzieger, forment la principale branche d’industrie. Les manufactures et le commerce ne prospèrent point. Les Clamais fréquentent beaucoup les pays

étrangers, s’enrichissent et reviennent dans leur patrie.

Le territoire est divisé en quinze districts. Le gouvernement est démocratique; la souveraineté réside dans l’assemblée du peuple; on y décide de la paix , de la guerre, des alliances et de toutes les affaires majeures, et l’on abandonne au conseil l'administration des affaires courantes. Tout citoyen est membre de l’assemblée générale à l'âge de seize ans, à l’exception des condamnés et des faillis. On >e réunit chaque année, le deuxième dimanche de piai, auprès de Glaris, et, quatre semaines auparavant, les citoyens sont interpellés par une sommation formelle de soumettre à cette assemblée leurs vues de bien public; mais on ne fait point mention des noms de ceux qui envoient leurs idées aux magistrats, ce qui garantit le canton de cette nuée de publicistes qui s’abattent sur nos gouvernements constitutionnels. Le conseil se compose d’un landanunan , d’uu gouverneur, d’un banneret, de deux capitaines, deux maîtres d’artillerie, deux porte-enseignes, d'un trésorier, d'un porte-bannière , d’un major, enfin de soixante conseillers élus par l'assemblée générale. Le landamman préside, et, à l’expiration de sa charge, reste membre du petit conseil.

A lui appartient l’administration; il fait executer les lois, il négocie avec l’étranger et les autres cantons. Le trésorier est comptable envers le conseil, et on fait connaître le résultat des comptes à chaque membre de l’assemblée générale. Une chose bizarre, c'est que, pour le régime municipal et la justice, les religions sont absolument séparées; chacune a ses tribunaux et son assemblée communale, de manière qu’il n’y ait rien de commun entre les reformés et les catholiques.

La magistrature suprême, celle du landanunan, appartient pendant trois ans à un réformé, puis on la conféré pour deux ans à un catholique. Pour les hannerets, on alterne, mais le ti-

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tulaire reste en possession toute sa vie. Les autres emplois sont ou spéciaux à telle religion, ou répartis dans une proportion semblable. Le dimanche qui précèJe celui de la réunion universelle sert aux réunions séparées des citoyens des deux cultes; les réformés viennent à Schwanden , les catholiques à ISæfels.

Là se font les élections des tribunaux, etc., etc. La compétence de ceux-ci est répartie singulièrement : ainsi il y a un tribunal des neuf qui connaît des affaires de l'Église, de l’instruction publique, des successions, des faillites, des injures, des dommages-intérêts; un autre de cinq membres pour juger les ventes, les obligations, les hypothèques; un autre spécial pour les contestations sur les immeubles. Les reformes ont un tribunal d’appel qui juge en dernier ressort les contestations dont l'importance est de plus de cinquante florins. Quand les procès ont lieu entre catholiques et réformés, on y appelle quelques juges catholiques tirés du conseil; enlin il y a pour les réformés un tribunal dés mariages, composé du chef de l’État, de deux prêtres et de six juges laïques. Les nominations sont faites à tous les emplois soit par l’élection, soit par le sort. En réglé générale, le gouverneur est le successeur du lundanunan. Il y a un conseil de guerre qui nomme les officiers ; tout citoyen est tenu à la défense du pays. I,e contingent fédéral est de quatre cent quatre-vingt-deux hommes et de trois mille six cent quinze francs de Suisse.

Claris, le chef-lieu du canton, est situé contre des parois de montagnes si abruptes, si hautes, que le jour y pénètre à |ieine; lorsque de l’intérieur des maisons on veut voir le ciel , il faut mettre la tête à la fenêtre. Les rues sont désertes et silencieuses ; on n’y entend que le bruissement des fontaines et des ruisseaux. L’architecture est encore celle du moyen âge, et l'on serait souvent tente de croire que l'on vient de retrouver quelque cité abandonnée depuis des siècles. Du reste, le site est admirable, la se -réunissent la majestueuse vallée de la Lintli et le

sauvage mais riant Kloenthal. Beux ponts en bois franchissent la rivière au pied du Glarnisch. On y compte quatre cent douze maisons et plus de quatre mille habitants, la plupart dans l'aisance. L'église est d’un assez beau style othique et sert alternativement aux eux religions : c'est là que l'illustre Zwingli , qui en fut curé aix ans, médita et prépara ses audacieuses réformes. On y montre la maison des Tsrhudi , qui ont donné au canton une si belle sérié de magistrats, de guerriers, d'historiens. Rodolphe Stussi, le célèbre bourgmestre de Ziirich, Worms Æbli, le héros de Saint- Jacques, Jean Æbli, le négociateur de Cappel, étaient aussi de Claris. » On croirait, dit le voyageur Simon, que Claris doit être exposée aux avalanches; elles ne l'atteignent pourtant jamais.» F.n 1393, un épouvantable éboulemenl couvrit la vallee près de la ville, et le desastre est encore visible; on voit aussi à douze ou treize cents toises d'élévation, sur In face du Glarnisch , l’endroit d'où cette masse s’est détachée. La rivière fut rejetée en dehors de son lit; elle roule maintenant ses flots avec impétuosité au fond d'unabline.En 1799, les Russes fuyaient après leur défaite de la Muottn; il en tomba beaucoup, et le torrent est si profondément encaissé, que leurs cris ne parvenaient pas jusqu'à leurs camarades qui, les uns après les autres, périrent sans apercevoir le détour qu'il fallait faire. Quelques bêtes de somme chargéesd'argent s’y perdirent, et longtemps après l’on retrouvait encore des écus. Le Garnisrh est trop perpendiculaire pour que la neige s'y accumule et puisse former des avalanches; mais M. Simon en remarqua sur les pentes du tYigghis : il rapporte que l’une d’elles avait renversé toute une forêt de sapins; cette même avalanche, traversant l'intervalle entre les deux montagnes, et prenant à rebours une autre forêt au pied du -Glarnisch , lit de ce côté presque les mêmes ravages que de l’autre, qtioiqu’en montant et à une si grande distance du point de départ.

Le poète Gessner de Ziirich venait

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souvent visiter ces lieux en été, et, sur les premières pentes du Glarnisch, une roche est chargée d’assez mauvais vers en son honneur.

Entre la vallce de la Muotta et le Klœnthal se trouve le col duPragel, à dus de cinq mille pieds au-dessus de a mer; l’armée russe fut obligée de suivre ce sentier dans sa périlleuse retraite. 11 y a, non loin de la, un lac d’où le torrent sort au milieu de belles prairies; ses effets d’optique dans les montagnes sont si trompeurs, que l’on croirait voir une petite pièce d’eau; mais il faut trois heures pour en faire le tour.

Le col de Ségneis offre un spectacle singulier dont l'on jouit surtout au village d’Elm : une roche de la montagne appelée Tschlinglenbcrg présente un portail majestueux; percee de part en part, elle reçoit deux fois par an, en mai et en septembre, les feux du soleil , qui s’y présente comme encadré , et remplit Je son orbite cette ouverture, dont on ne juge bien la grandeur qu’a l’aide du télescope. Le Doedi, situé au midi du canton, vers les frontières d’iiri et des Grisons, n'a pas moins de onze mille pieds au-dessus de la Méditerranée.

Dans le cours de cette Jiistoire, nous avons donné déjà l’étymologie du nom de Claris. De saint Hilaire, en latin Hilaris, la prononciation gutturale a fait Glaris, et, par corruption, Glarus. Cette contrée est encore aussi simple qu’à l'époque où saint Fridolin, fondateur du couvent de Sœkingen, y vint prêcher le christianisme. Le luxe n’a point pénétré dans ces contrées; les maisons des riches ne se distinguent de celles des pauvres que par des contrevents peints en vert. Les chasseurs s'exposent avec une inconcevable audace : on raconte que l’un d'eux, parvenu sur une saillie de rocher au haut du Glarnisch, et en quelque sorte suspendu sur l’abime, osa s’emparer des petits d’un lœmmergeycr ou vautour de la grande espèce. Celui-ci fondit sur l'imprudent agresseur, dont le moindre mouvement eût causé la chute, lui enfonça ses serres dans la poitrine, et

l’eût infailliblement tué, si, par une présence d’esprit diflicileà comprendre, le chasseur, peu soucieux de sa douleur, n’edt avec précaution ramené le canon de son fusil contre l’oiseau de proie; alors, avec une rare dextérité et sans perdre pied , il atteignit de l’orteil la gâchette de l’arme, et, détournant la tête, fit partir le coup qui le rendit à la vie en le débarrassant de son terrible adversaire; mais il était grièvement blessé, et ne parvint qu’avec beaucoup de peine à regagner sa demeure. Il y a souvent tout autant de péril dans des expéditions d’un genre plus singulier, la chasse aux végétaux : i’herboriste, pour rassembler des plantes médicinales, se munit de crampons; il escalade les rochers , et garnit I intérieur de sa chaussure de paille hachée pour ne se point blesser les pieds par les poses difficiles qu’il est obligé de prendre; dans un tablier de cuir, relevé en forme de ceinture, est une large pierre à aiguiser pour entretenir sa faux. On voit aussi de simples faucheurs s’aventurer, presque sans y penser, sur des pelouses à peu près verticales où l'herbe croit entre les rochers; quand ils ont ramassé le foin, ils le nouent et le jettent dans le précipice. En hiver, c’est une autre industrie : les ouvriers sc font suspendre au bout de longues cordes, et partout où un obstacle arrête les troncs d arbres déracinés par la tempête ou tomlx s de vétusté, ils les font rouler jusqu’au fond de l'abîme, au moyen de grandes perches dont ils se servent avec une force incroyable; puis on fait flotter ce bois jusqu’au village. Ces malheureux gagnent ainsi de vingt à vingt -cinq sous par jour.

Nous ne quitterons point le canton de Glaris sans parler de Næfcls, située au pied du ftautiberg; là, les grands souvenirs du quatorzième siècle sont encore vivants. Entre ce village et celui d’Ober-Urnen, onze pierres indiquent ou voyageur les diverses phases du combat glorieux qui délivra le pays de la domination autrichienne. Chaque année une procession parcourt le champ de bataille; on y prononce les noms

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