‹ L'UniversChapitre 23 sur 45 · S IM S S E · texte numérisé non relu

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de cinquante-cinq citoyens qui ont payé de leur vie la victoire remportée par Pierre Ambuehl , et on y lit publiquement une pièce officielle rédigée en 1 389, et qu i s’est conservée dans la chronique de Tschudi; la voici : « Au nom de la très-sainte Trinité, Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit.

Amen. A celles lins que par nous grâces soient rendues au Dieu tout-puissant, à la sainte Vierge Marie, aux glorieux princes du ciel saint Fridolin et saint Hilaire, nos fidèles défenseurs, et à toute l'année céleste, et de peur que le souvenir des grands secours et soulagements que nous en avons reçus dans notre détresse ne se perde, ceci sera mis en écrit, d'autant que la mémoire et l’entendement de l'homme sont faibles, et que dans la suite des temps on met bientôt en oubli les choses passées ; c'est pourquoi nous, le landamman et les hommes du pays de Glaris, savoir faisons à tous ceux qui sont ici présents, et à tous ceux qui v seront par après, que mortelles hostilités et guerres à outrance seraient survenues entre le sérénissime prince et seigneur le duc Léopold d’Autriche d’une part, et les honorables, prudents et avisés nos bien bons amis les fidèles et chers confédérés d'autre part. Et voici les confédérés qui pour lors étaient alliés :

Zurich, Berne, Soleure, Lucerne, Uri, Schwytz, Untervvald, Zug et notre pays de Glaris. Or il advint qu’en ces jours-là le susdit duc Léopold d’ Autriche marcha contre la petite ville de Scmpach en Argau , à dessein d’y endommager les confédérés dans leurs corps et biens. Alors nos bons amis les fidèles et chers confédérés de Lucerne , Uri, Schwytz et Unlerwald, entreprirent de le repousser, et marchèrent, le 9 juillet de l'an où l'on comptait 1386, devers Sempach, et là fut occis le susdit Léopold d’Autriche, et avec lui seize comtes et barons; une grande quantité de chevaliers et de gendarmes y furent aussi déconfits et mis à mort.

Puis, au milieu du mois d’aodt, nos bons, fidèles et chers confédérés de Zurich , d Uri , de Schwytz , et nos gens du pays de Glaris, s’en allèrent contre

la ville de Wésen, et la prirent le premier vendredi après la tête de Notre- Dame, et cela bien loyalement, et prêtèrent les gens de Wésen, à nous susdits confédérés, serment à toujours, ce qui resta ainsi sans paix ni trêve jusqu’au prochain jour de saint Gall.

Alors fut moyennée une paix par certaines villes impériales jusqu’au jour de la Chandeleur, puis cette paix fut prolongée jusqu’au carême; alors la guerre recommença, et beaucoup d’hoinmes preux et vaillants du pays s’en vinrent dans la ville de Wésen, afin d’icelle garder et défendre, et afin que notre pays de Glaris demeurât d’autant plus sür et tranquille; et comme nos gens se fiaient au serment et à l'honneur de ceux de Wésen, quelques hommes de Wésen ont machiné une terrible trame contre les nôtres: ils ont donné, sous le plus grand secret , de méchants avertissements à nos mortels ennemis, tellement qu’au prochain quatre-temps, le samedi de l’an où l’on comptait 1388 depuis la naissance du Christ notre bon Seigneur, s’en vinrent nuitamment et à Pimproviste ces mortels ennemis dans la ville de Wésen , dont les portes leur furent livrées par les bourgeois, et les nôtres de Glaris furent occis par l’épée des gens de Wésen et des ennemis, et quelques-uns furent mis à mort dans leurs lits où ils étaient couchés et endormis sans défiance aucune, car ils croyaient prendre leur sommeil chez de bons amis; et ainsi furent déconfits par grande perfidie et pitoyablement occis beaucoup de gens de bien, et ce fut à grande peine que quelques-uns purent se sauver; puis le 9 août, jeudi de la semâine de Pâques de l’année susmentionnée, se rassemblèrent derechef nos mortels ennemis de la seigneurie d’Autriche , faisant quinze mille hommes tant à cheval qu’à pied , et marchèrent vers IVæfels en notre pays de Glaris, et rompirent à grande force nos lignes et murs de délense : des nôtres, il n’y avait contre eux que trois cent cinquante hommes, dont trente nous avaient été envoyés en assistance et consolation par nos bons amis , fidèles et chers confédérés

de Schwvtz, et les ennemis nous tuèrent bien des braves gens; mais ils furent déconfits prés de la Rauti, avec le secours de Dieu tout-puissant, de la sainte Vierge Marie, de nos chers et tideles soutiens dans la détresse, saint Fridolin et suint Hilaire, et de toute l’armée des deux, et les ennemis furent mis en grande déroute, tellement que nous gagnâmes onze bannières et que nous tuâmes deux mille cinq cents hommes : quant à ceux qui se perdirent dans le lac et dans la Lintli, on ne pourrait en savoir le nombre; et périrent aussi plusieurs de ceux qu'on croyait être les auteurs du massacre des nôtres à VVésen. Et pour que par nous tous, les habitants du pays de Glaris , et par nos descendants, grâces soient a jamais rendues au Dieu toutpuissant, à la sainte Vierge Marie, aux glorieux princes du ciel , saint Fridolin et saint Hilaire, nos fidèles aides dans la nécessité, et à tous les saints de Dieu, et pour qu’on n'oublie jamais les grands secours et réconforts que nous en avons reçus quand il nous fut accordé de pouvoir venger le meurtre des nôtres à \V ésen , nous , les habi tan ts de Glaris, nous avons établi d’un commun accord , pour nous et nos des-

cendants , une procession dans toutes les églises de notre pays, de sorte que de chaque maison le plus honorable personnage aille tous les ans, le second jeudi du mois d’avril , en grande dévotion par les chemins et sentiers où les nôtres , en pareil jour, ont endurégrande peine et labeur, jusqu'au moulin près des fontaines, et que cela se fasse avant tout à l'honneur et gloire de Dieu, de Notre-Dame, de saint Fridolin, de saint Hilaire et de toute l'armée céleste, et ensuite pour la consolation et le repos de toutes les âmes des nôtres qui ont exposé leur corps alin que notre pays subsistât avec bien et honneur, et qui ont perdu la vie pour cette cause, ainsi que de ceux des nôtres qui ont été mis à mort à VVésen, de même que de tous ceux qui ont combattu en la bataille, lesquels braves gens ne Lut jamais oublier; bien au contraire, leur souvenir doit se garder à perpétuité. Au nom de Dieu, et en témoignage public et digne de foi , nous, les gens du pays de Glaris, en commuu nous avons fait apposer le sceau de notre pays à ce titre. Donné au mois d'avril, le vendredi avant la Saint-Ambroise de l’an où l’on compte, depuis la naissance de Jésus-Christ, 13S9. »

li E R IV E.

Ce canton , le plus grand de toute lâ confédération, dans laquelle il occupe le deuxième rang, accéda à la ligue suisse en J 352. Il y avait douze ans que, sous les murs de Laupen, Berne avait reçu les glorieux secours des Suisses et s’était montrée digne de leur appartenir. Nous ne reviendrons point sur son histoire, ni sur ses agrandissements , ni sur les pertes de territoire qu'elle a éprouvées.

Tel qu’il est, le canton a pour limites , au nord , l’Alsace , Soleure et l’Argovie; à l’est, Lucerne, Cri, Unterwald; au sud , le Valais; à l'ouest, la Franche-Comté, les cantons de Vaud, Fribourg et Neufchâtel. Il s’étend des sommités glaciales du Grimsel jusqu'aux frontières de France; sa plus grande longueur est de trente

lieues, sa plus grande largeur de vingt. On évalue la superficie a quatre cent vingt-cinq lieues carrées, (.est surtout au cantou de Berne que l'on peut appliquer ce qu’on a dit de la Suisse en général, qu’elle renfermait tous les climats, depuis celui du Spitzberg jus-

3u’a celui de l’Espagne. Il n’y a point e véritables plaines, mais, autour de la ville et dans la riante vallée de Thoun, des collines gracieuses et fertiles viennent s’interposer entre les grandes chaînes des Alpes. Les frimas sont rigoureux dans les montagnes de l'Oberland , et au milieu de ces glaciers qui séparent le canton du Valais entre le Grimsel et la Jungfrau. Là sont le Sustenhorn, le Galcnstock, le Finsteraarliorn , le Sehreckhorn , le Moine , l’Eiger, le Sanctsch, et tant d’autres

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irs dont les noms sont à eux seuls e majestueuses et imposantes images.

Jamais la Jungfrau ne dépouille son éclatante robe île neige, jamais les avalanches ne s’arrêtent. Puis, de l’autre côté de la vallée de la Kander, vaste avenue qui divise la chaîne méridionale, et dont le portail a pour impostes gigantesques le îiiesen et le Stock horn , recommence une nouvelle série de glaciers. I.e canton de Berne possède aussi le Jorat depuis la vallée de la Sanejusqu’à l'embouchure de la Broyé; cette chaipe rattache les Alpes au Jura. I.es rivières sont l'Aar, qui reçoit tous les torrents de l’Okerlana, l’F.inme, la Buse, le Doubs, la Tliiele, la Simme et la Kander. Les plus beaux et les plus poissonneux de tous les lacs, Thoun, Brienz et celui de Bienne, offrent des ressources à la navigation, pii même temps qu’ils attirent sur leurs bords de nombreux voyageurs. Outre le gibier ordinaire, il y a dans les montagnes des cerfs, des chamois, des sangliers, et ce qu’il y a de singulier, c'est que les lièvres y deviennent blancs en niver; dans l’Oberland et dans le Simmenthal, il y a des gazelles, quoiqu’en petit nombre. Les habitants réussissent surtout à l’élève du bétail. D’après le recensement de tH30, on comptait alors onze mille cent vingt et un boeufs , deux mi. ledeuxcentseizetaureaux, quatre-vingt-onze mille huit cent soixante et seize vaches, trente-neuf mille trois cent soixante-quatre génisses, vingt et un mille huit cent soixante-deux veaux, six cent quatre-vingt-quatre étalons, dix mille quatre-vingt-douze hongres, onze mille huit cent sept juments, parmi lesquelles cinq mille neuf cent vingt-sept pleines, cinq mille huit cent trente huit poulains, cent trente mille sept moutons, cinquante-cinq mille huit cent soixante et douze chèvres, cent soixante et quatorze ânes et six mille neuf cent onze porcs. Les vaches du Simmenthal et de la Sane sont les plus grandes de toute la Suisse, et pèsent jusqu’à six quintaux et demi, tandis que les bœufs gras sont de quatorze à vingt-cinq quintaux , ce qui est presque incroyable. Les chevaux du Snnnien-

thaï, de la race appelée Erlenbach, sont excellents. Le canton est fort riche en forets qui sont parfaitement administrées; il possédé aussi beaucoup de minerais de fer et de hauts fourneaux; on n'y fabrique pas moins de vingttrois mille quintaux par an; mais les fabriques les plus importantes sont celles de lin. L’industrie y est en général fort encouragée par le gouvernement. A la fin de 1829, la fortune publique était évaluée à dix millions deux cent quatre-vingt-douze mille cent un francs.

La population est de plus de trois cent mille âmes, dont à peu prés quarante mille catholiques et mille anabaptistes. D’après la constitution, la religion réformée est dominante. Il y a en tout vingt-sept bailliages. Avant la révolution opérée en 1832, la souveraine puissance était exercée par l'avoyer, le petit et le grand conseil de la ville de Berne; deux cents membres étaient pris parmi les éligibles de la ville, et quatre-vingt-dix-neuf parmi ceux des villes et campagnes. L’élection de quatre bnnnerets se faisait dans les tribus; il y en avait quatre : celles des bouchers, des boulangers, des tanneurs et des maréchaux. Les choix étaient faits par des collèges électoraux. L’àge fixé pour l’exercice des droits politiques était de vingt-neuf ans. Quant aux quatre-vingt-dix-neuf, ils étaient élus en partie par les magistrats des villes, en partie par les collèges des bailliages, en partie par le grand conseil lui-même; c’est-a-dire que les villes nommaient dix-sept membres, les bailliages soixante et dix, et que douze membres étaient admis par voie d'adjonction. Les députés des communes avaient besoin de confirmation annuelle. Le grand conseil avait deux sessions annuel es, et se réunissait en outre le premier lundi de chaque mois et toutes les fois que les affaires l’exigeaient. Il exerçait la puissance léislative, nommait les députés à la iète, examinait et sanctionnait lesdécisionsdecettedièteen ce qui concernait le canton, choisissait les avoyers, les trésoriers et les membres du petit

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conseil et du tribunal d’appel; il exerçait de plus le droit de grâce, votait l'impôt , entendait les comptes... toutefois il fallait que toute affaire eût été préalablement délibérée dans le petit conseil, composé de deux avovers, de vingt-trois membres et de deux se~ crets ou heimlichere. C’est le grand conseil qui élisait et confirmait annuellement ce petit conseil. Les secrets veillaient au maintien de la constitution , et dénonçaient les infractions au grand conseil. Il existait aussi un collège composé du petit conseil et de seize membres désignés par le sort parmi ceux du grand : c’est ce collège qui confirmait, suspendait, destituait à volonté les membres du grand conseil, délibérait sur les changements à faire à la constitution, et préparait dans ses comités tous les travaux importants. Le tribunal d’appel avait pour président un membre du petit conseil avec quatorze assesseurs du grand :

dans les affaires capitales, on y adjoignait encore quatre membres du petit conseil. Une organisation judiciaire fort compliquée multipliait et entravait les rouages de cette aristocratie exclusive qui confisquait toutes les libertés, tous les droits au profit de nobles familles, et laissait la véritable bourgeoisie en dehors de toutes les affaires. Voici maintenant quel est le nouvel état du gouvernement bernois : la souveraineté appartient au peuple, et le grand conseil ne l’exerce qu’en son nom. Il se compose de deux cent quarante membres, dont deux cents sont élus par des électeurs choisis euxmémes dans les assemblées primaires : ces deux cents nomment les quarante autres. Tout citoyen est électeur et éligible, pourvu qu’il ait accompli sa vingt-neuvième année, et qu’il possède un bien ou une créance hypothécaire de cinq mille francs.

Il ne peut y avoir plus d’un tiers de Bernois dans le grand conseil, et tout membre qui a seize ans d’exercice en sort nécessairement. Le landaniman, premier magistrat, préside le grand conseil; élu parmi ses membres [tour un an, il n’est pas rééligible,

non plus que le vice-président. Le pouvoir exécutif et l'administration sont confiés à un conseil de gouvernement composé de l’avoyer président, et de seize membres nommés a la majorité dans le sein du grand conseil. L’avoyer ne peut pas être en même temps lândainman. Le conseil du gouvernement se subdivise en sections de diplomatie , de l’intérieur, de la justice, des finances, de l’instruction publique, de. la guerre et des travaux publics. On adjoint sous le nom des seize tout autant de membres du grand conseil, pour les délibérations relatives à tout ce qui concerne la constitution ou l'organisation intérieure; ils participent aussi à l’élection des gouverneurs ou préfets des bailliages, dont les fonctions durent six ans. Un tribunal supérieur connaît en dernier ressort de toutes les affaires civiles ou criminelles, et les juridictions inférieures ne sont plus morcelées à l’inlini. Il n’y a de tribunaux spéciaux que pour les contestations commerciales. Telle est la constitution adoptée par le peuple à la suite de la révolution française de 1830, dont les dernières ondulations ont renversé la vieille aristocratie bernoise. Les familles aristocratiques ne cessent de protester contre une organisation qui compromet, disent-elles , tant de siècles de gloire et de prospérité. Le canton fournit à l’armée fédérale un contingent decinq mille huit cent vingt-quatre hommes, et cent quatre mille quatrevingts francs de Suisse.

Les bailliages du Jura ou Leberbcrg ne sont qu’une bien faible compensation à tontes les pertes que les événements de la révolution de 1798 ont fait essuyer au canton de Berne; il possédait le comté de Iîaden , tout le pays de Vaud , etc. Tel qu’il est encore, ce canton est égal au quart de la Suisse, et c’est sur son territoire que l’on admire les plus grandes beautés de la nature. La ville se distingue par de superbes monuments : nous citerons principalement l’église de Saint-Vincent assise sur une esplanade qui repose sur une gigantesque muraille à robustes contre-forts, au pied desquels sont quelques maisons

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resserrées entre l'Aar et cette majestueuse construction. Du haut de la promenade plantée sur l'esplanade, on voit cette nviere se recourber autour de la colline el protéger les abords de la ville en ceignant de sa ceinture argentée de son onde les habitations et les terrasses de cette capitale. Nous avons dit déjà que la cathédrale était due aux conceptions de. Mathieu de Steinbach; elle a cent soixante pieds de long sur quatre-vingts de large; la tour s’élève de cent quatre-vingt-onze pieds au-dessus de l’esplanade : commencé en 1421 et termine en 1502, cet edilice appartient à la seconde époque du gothique. Les sculptures du portail sont d’une grande beauté; on admire aussi les vitraux et les ciselures des bancs du chœur. Le monument de Envoyer de Steiger décoré la nef; il a été élevé en 1825 : six tables de marbre noir portent inscrits les noms de sept cent deux Rémois morts en combattant pour la patrie.

C’est un spectacle ravissant que celui dont jouit le voyageur sous les marronniers qui omb'ragent l’esplanade; la description qu’en fait M. de Stapfer est l'une des plus exactes; nos souvevenirs aussi ont, après bien desannées, toute leur vivacité. Qui pourrait oublier cette blanche ligne de glaciers que plus de dix lieues séparent du spectateur? Et cependant il a peine a se défendre de l’illusion qui les rapproche. Ces lignes dentelées se découpent sur l’azur du firmament, et de noirs rochers semblent se croiser et s’entrecouper les uns derrière les autres.

Chaque heure, chaque instant modifie le tableau , en adoucit les teintes ou les rembrunit ; c’est le passage d’un nuage , c’est le retour du soleil, c’est l’approche du soir ou la tombée de la nuit. A lors ces géants naguère si brillants deviennent sombres et sévères, leurs masses d’abord imposantes se confondent peu à peu dans l’obscurité et bientôt ressemblent à des nuages; alors se perdent les noms que l’on aimait à se rappeler pour mieux juger les distances, pour ne pas confondre les pics que séparent des lacs ou des vallées, et ie voyageur

attend avec impatience l’aurore qui doit lui rendre les memes beautés sous un nouvel aspect.

On rapporte un événement singulier arrivé à un étudiant le 15 mai 1854:

il voulait dompter un cheval fougueux ; l’animal effrayé franchit le parapet et tomba de cent vingt pieds de hauteur; le jeune homme fut grièvement blessé , mais il survécut à sa chute, devint pasteur, et vécut jusqu’à l’âge de soixante-trois ans dans un village voisin. Le fait est rapporté par une inscription. Il n’y a pas bien longtemps qu’une malheureuse condamnée aux travaux publics se tua en se précipitant au même endroit. La ville ne présente pas à l’exterieur la même régularité qu’à l’intérieur ; les maisons, disposées sur différentes terrasses et entrecoupées de jardins, ont un aspect plus pittoresque que ne le comportent les réglés de l'architecture; mais les principales rues sont ornées de galeries en arcades surbaissées; elles sont d’ailleurs larges et bien dallées; enfin un canal construit en moellons carrés promène sans cesse des eaux vives qui enlèvent tous les immondices et contribuent à la salubrité. Il y a , en tout, mille soixante-deux maisons renfermant environ seize mille habitants.

La propreté des rues est entretenue par les condamnés, et c’est pour l'étranger un triste spectacle que ces hommes et ces femmes marchant à la voix brutale des surveillants, et serrés au cou par un lourd carcan de fer.

Cette peine doit être plus cruelle à celui qui la subit que la mort même.

Les portes de la ville sont la plupart fort belles, celle d’Aarberg surtout, et celle de Morat, où l’on voit une magnifique grille de fer ; il faut visiter aussi la maison de correction, le grenier d’abondance, les fontaines qui, au haut de petits obélisques, présentent des statues de guerriers ou de magistrats.

Le saint roi Da\id décore celle qui fait face à la tour de Goliath, et semble ajuster de sa fronde la ligure colossale sculptée dans une niche; mais cette figure n’est devenue un Goliath que dans la pensée populaire, car elle re-

présente saint Chrisloplte. Berne s’enrichit chaque jour de constructions nouvelles : la colonnade de la porte d’Aarberg pst à peine achevée; les ours de celle de Morat viennent d'être posés; on visite l’école vétérinaire, la terrasse de la Monnaie, une nouvelle fosse aux ours, un nouveau pont de bois pour joindre l’Altenberg à l’intérieur... lin événement affreux contrista la ville en 1834: pendant qu’on y travaillait , un des supports de l’échafaudage rompit, et un grand nombre d’ouvriers et de curieux tombèrent dans l’Aaar et s’y noyèrent.

Le musée d'histoire naturelle et d'antiquités est fort riche. Il y a aussi de belles collections particulières; par exemple, M. le major Manuel possède une grande quantité d’objets précieux du Japon, et les frères Muller ont réuni Beaucoup d’objets d’art; ils ont retrouvé le secret de la peinture des vitraux.

L’hôpital bourgeois et l’hôpital de File, fondé par les religieuses qui habitaient autrefois un petit îlot de l’Aar, offrent beaucoup de ressources à la pauvreté, et, en général, l’administration est très-bienfaisante et surtout fort prévoyante. La bibliothèque de la ville a plus de trente mille volumes et plus de douze cents manuscrits helvétiques, des bas-reliefs de la Suisse, une collection rapportée d'Otaïti par un Bernois compagnon de Coke. Il faut voir encore la b.bliothèque et les galeries de tableaux des illustres Mulinen; le cabinet des médailles suisses du docteur Eisenschmidt, les insectes et les coquillages du professeur Studer sont autant de sujets d’étude; surtout il ne faut pas oublier non plus l'arsenal où sont des armes d’époques si diverses, de batailles si glorieusçs, véritables archives de l’honneur national.

La nature a plus richement doté le canton de Berne que les armes de ses citoyens n’out acquis de territoire; un voyageur y pourrait passer sa vie sans avoir une entière connaissance de tout ce qu’il renferme de sujets d’admiration, depuis les gorges de Moutier jusu’aux sauvages rochers du Grimsel, epuis les bailliages italiens jusqu’à la

fertile Alsace. On aime à parcourir la riante vallée qui, des frontières de France, conduit à Porentrui, à Délémont, en prolongeant la base du mont Terrible, où la tradition, malgré l’impossibilité et l’étroite disposition des lieux, veut reconnaître le camp de César et celui d’Arioviste. Ces vallées reçurent les premières les guerriers de la liberté à une époque où notre révolution, pure encore de tout excès, promettait tant de prospérité, qu'elle échangea depuis pour tant de gloire.

La vallée de Délémont est fertile; ses dernières montagnes à l'orient dominent Soleure; mais sur sa droite s’ouvre une étroite avenue de laquelle s’échappe à gros bouillons la torrentueuse Birse qui s’entoure de roches verticales. Là, des forgerons sans nombre, et les hauts marteaux de Roche et de Correndelin font mugir au loin les échos des forêts : beautés sauvages, industrie sévère dont l’aspect et le retentissement affectent l'étranger d’une mélancolique admiration; puis il s’arrête à contempler les roches de Saint- Germain et leur disposition singulièrement bizarre : ces créneaux de la nature descendent en lignes parallèles symétriquement ciselées comme des enceintes de châteaux; et sur les sommets sont des remparts imaginaires , architecture militaire fondée, par la création, bastions aussi anciens qu’elle-même. La pensée s'y méprend ; on attend la sentinelle du vieux donjon; on cherche à comprendre les formes de l’édifice, et la vallée se rétrécit toujours, jusqu’à ce qu’enfin elle s’ouvre sur une autre galerie transversale, espèce de petite plaine qui donne accès à d’autres habitations. De Moutier, de nouvelles gorges conduisent à Tavanes, où la Birse sort impétueuse du rocher môme, et fait tourner un moulin dès qu’elle voit le jour. Au haut de la montagne, que la route sillonne en se repliant sur elle-même, est cette roche ou plutôt ce portail avec son inscription à la divinité des Augustes, puis les gorges de Soncevaux, et enfin la hauteur de Bienne, amphithéâtre majestueux d'où l’on peut contempler soixante lieues de

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laciers, et Bienne elle-même, et Niau et rveufi hàtel , enlin cette Me délicieuse où Rousseau avait trouvé le repos, où il abandonnait sa barque au ere des Ilots. La France avait établi sa frontière sur la rive de ce lac; Bienne était lin chef-lieu de justice de paix : aujourd’hui elle est soumise à Berne, son antique proteetrice. Rien n’est plus doux que l’aspect de Pile de Saint- Pierre au milieu de ces ondes si bleues, si resplendissantes des feux du soleil : le sommet est couvert d’une magnifique promenade en marronniers; la vigne et les vergers garnissent le revers oriental; mais à l’ouest, en face du Jura, Pile est abrupte et semble un amas de roches éboulées. Un fermier de l'hôpital de Berne y reçoit de nombreux hôtes pendant la vendange, et la belle saison lui amène sans cesse des étrangers qui ont grand soin d’écrire leurs noms dans la chambre où logeait Rousseau, sur un registre, sur les murailles, et jusque sur le nez de son buste, trop heureux quand leurs prétentieuses et burlesques compositions ne se répandent pas en vers ou en exclamations admiratives, parmi lesquelles on cherche à démêler quelques noms pour savoir si l’on a été précédé, dans ce pèlerinage, par un ami dont on voudrait suivre la trace pour s’en faire un compagnon de voyage. A l’opposite de Bienne et de INidau, on débarque a Cerlier, d’où la route vous conduit à Aarberg, situé au milieu des collines qui séparent les lacs de Morat, Neufcliàtel et Bienne, riehe bourgade où tout rappelle l’industrie agricole et l’élève du bét.'vjl : c’est un continuel marché , un bruit assourdissant de chariots, de chevaux, de buveurs et de marchands. Située entre deux brasdel’Aar, la commune semble restreinte à une seule rue qui est tellement large qu’on la prendrait pour une place.

L’Oberlnnd bernois est un véritable fcden : une route charmante, plantée de cerisiers, remonte le cours de l’Aar de Berne jusqu’à Thoun, dont le beau jac, les vertes prairies, les noyers majestueux et les hautes montagnes qui entourent le paysage, font un séjour

délicieux. La ville, adossée à la chaîne septentrionale, est composée de maisons la plupart assez vieilles; mais Ici tourelles élancées de son vieux château , et les édifices modernes qui bordent le lac et la rivière, varient beaucoup le coup d’œil. En face sont le Stockhorn à la cime dentelee , le .Niesen à la croupe verte et vivace, gigantesques impostes d’une étroite et sauvage vallée que parcourt la Simme. Entre ces géants et le lac arrive la Kander ni descend d'une autre vallée; le long eses rives, on peut remonter jusqu’au Grimsel, qui retombe en masses de rocher dans un des gouffres du Valais où sont cachés les bains de Uoneche. Les hauteurs qui emprisonnent le lac de Thoun sont abruptes ; des galeries semblent taillées dans leurs flancs, et differentes zones de forêts interrompent la nudité de ces parois; à la base s'ouvrent quelques carrières de marbre. 4 Lorsqiron traverse le lac en bateau pour aborder a Neuhaus, on ne cesse de reporter les veux sur le Blumlis-Alp, la Jungfrau, les deux Eicer, leSchrerkhorn : aux lignes anguleuses, aux roches noirâtres qui supportent les glaciers et les neiges, on croirait voir des coupes immenses taillées pour recevoir ces frimas éternels. Plus ces beautés sont sévères et plus gracieuse est la vallée. De ?ieuhaus à Unterséen et à Interlaeken , ce ne sont que riches pelouses de verdure, que belles avenues de novers à travers lesquels aparaissent les montagnes. Quand un eau soleil éclaire le paysage, quand l’onde de ces lacs blanchit sous la rame, on ne peut se défendre, du désir de fixer à jamais sa demeure au milieu de ces sites ravissants; aussi se trouvet-il à Interlaeken une grande quantité d'hôtels et de maisons de campagne où des étrangers de toutes les nations viennent passer la belle saison; c’est un véritable jardin anglais parsemé de pavillons qui rivalisent entre eux de propreté et d’élégance. Les avenues sont soigneusement sablées, les maisons ont toutes des bancs vers In route, les fenêtres sont garnies de fleurs; une brillante société habite ce village,

tandis que la population des auberges se renouvelle à chaque heure , envoyant ses chars rapides vers les vallées de Lauterbrunnen et de Grindelwald, à la Wengern-Alp, à la mer de glace, ou naviguant sur les ondes de Brientz à l’impulsion de la rame, mollement cadencée par de jolies batelières, dont les chants retentissent harmonieux jusqu’au lointain rivage.

A l'entrée de la vallée de I.auterhrunnen est le vieux château d’Umspunnen où fut célébrée, en 1805 et en 1808,1a fête des bergers des Alpes, en présence d’un grand concours de curieux et d’étrangers. La lutte et le pugilat, les exercices du corps et le tirse succédaient. La lutte a un caractère singulier; pour être vainqueur, il faut avoir trois fois étendu son adversaire sur le dos : il n’est sorte d’artilice, de tour de force ou d’adresse dont un athlète ne soit capable , soi t pour triompher, soit pour ne tomber que sur le ventre ou sur le côté afin d’annuler le coup. On trouve dans le charmant ouvrage de M. Théobald de Walsch sur la Suisse une description fort piquante de combats de ce genre entre des jeunes

f'ens d’Oberhassii et de l’Untcrnald; e voyageur remarque que dans une lutte ‘qui devait si fortement exciter l’amour-propre, on n’apercevait rien qui indiquât cette animosité ou cet esprit de rancune qu’il serait si naturel d’v supposer.

On passe au pied d’Umspunnen pour se rendre a la vallée de Lauterbrunnen , et ..après trois heures de marche sur les bords d’un torrent appelé Lutscliine, on arrive à l’auberge voisine du Stanhbach , magnifique cascade que son nom suflirait a décrire, puisqu'il signifie rivière de poussière. Ses eaux se précipitent du haut du Pletsehberg et tombent a pic de huit cents pieds d’élévation, se divisant en plusieurs gerbes ni se perdent dans les airs avant arriver, et que le > eut promenecomme une vapeur humide; à la base du roc, elles rejaillissent et tournent en divers sens, recevant, avec les rayons du soleil, toutes les couleurs de l’arc-enciel , qui se meuvent et se croisent avec

rapidité. En hiver, il se forme une accumulation de glace qui a quelquefois troiscents pieds d'épaisseur, etdeux stalactites descendent immobiles du sommet de la moutagne.On affirme que nous ne voyons de cette chute que la partie la moins remarquable, et qu’en gravissant le Pletsehberg on en trouve une plus belle encore. Ce n’est pas le chemin que prennent ordinairement les voyageurs : souvent ils s’enfoncent plus avant dans la vallée, vers l’emplacement où était au quatorzième siecle le village d’Anunerten, solitudes affreuses aboutissant à des glaciers à peine praticables pour des chasseurs de chamois. Il y a une cinquantaine d’années uedrs mineurs valaisans eurent l'auace de s'aventurer sur cette nier de glace, uniquement pour aller entendre la messe dans leur village; ils revinrent par le même chemin. Il y a plus de vingt chutes d’eau dans la partie sauvage de la vallée; la plus belle est le Sclnnadribach, à quatre lieues de Lauterbrunnen; il tombe du sommet du Steinherg à travers les échancrures d’un rocher. Beaucoup de personnes la préfèrent au Staubbach ; mais la distance à parcourir est si forte, il y a si peu d’objets intermédiaires, qu’on se décide rarement à ce pénible pèlerinage.

Jamais, au contraire, on ne se refuse au voyage de ia Wengern-Alp, ascension pénible où l'on emploie plusieurs heures à gravir la haute paroi qui fait face au Staubbach, que l’on voit s'agiter dans les airs comme une gaze au gré du vent. Quelques maisons répandues ou plutôt suspendues èà et là bordent le chemin, mais bientôt ce n’est plus qu’un pâturage grisâtre parsemé de roches. Si le regard plonge dans la vallée, on croit voir une crevasse au milieu des montagnes, mais la belle végétation qu’on vient de quitter en revêt les flancs. Déjà l’on n'en voit plus le fond, la I.utsclùue et le Staubbach lui-même ont disparu; désormais on s'avance vers des scènes d'un autre genre, on se tourne vers une autre vallée, et bientôt apparaît l’immense Jungfrau. Vue depuis In-

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terlncken , on l’avait considérée comme un magnifique dôme de glace, les détails échappaient à l’ohservateur; mais à la Wengern-Alp, on la contemple sans illusion , on pourrait compter les vastes et noires arêtes de roc qui convergent vers la coupole et se reunissent au sommet ; on voit dans toute leur blancheur ces champs de neige qu'ils supportent et contiennent, car on n’en est séparé que par une profonde tranchée, sorte de fissure étroite dont on ne connaît que l’existence, et dont jamais on ne visite le fond. Malheur à qui s'v hasarderait : c’est le réceptacle de toutes les avalanches. Sans cesse un bruit sourd et lointain avertit le voyageur d'un phénomène nouveau; assis à la Wengern-Alp, devant le chalet du métayer, il cherche longtemps en vain, car ce bruit qui frappe son oreille n’a point encore de cause apparente; enfin il voit tourbillonner la neige, et glisser sur les flancs de la Jungfrau quelque masse que brise le rocher, et dont les débris roulent devant lui dans le Troinmeltcnthal : c’est le nom du précipice qui le sépare de la Jungfrau... Ce spectacle, tout étonnant qu’il puisse être, ne satisfait point : en vain les petits canons mis à la disposition des curieux provoquent par leurs explosions des avalanches nouvelles ; si la nature n’y est disposée , ces tentatives sont vaines... Mais quand unsoleilde printempssuccèdeà la pluie, quand la chaleur de ses rayons pénétre ces glaces , un craquement terrible et répété au loin dans ces solitudes annonce un déchirement qui défie le vacarme que ferait une nombreuse artillerie: tout à coup la masse s’ébranle, elle descend d’abord avec lenteur, gagne de vitesse en raison de la distance parcourue, se heurte contre mille obstacles et tombe enfin dans la mystérieuse vallée... Cette merveille s’empare de l'homme au point de le plonger dans une silencieuse méditation, et, tandis que la nature rentre dans le calme, il est impossible qu’il ne demeure pas comme anéanti de ce qu'il vient d'admirer; impression indicible, sentiment pour lequel il n’y a point de

parole, pas plus que pour définir la première vue de la mer. La Jungfrau est isolée de toute part; cependant elle semble s’appuyer au sud sur le glacier d’Aletsch, rempart de glace de plus de dix lieues de longueur qui^épare le canton de lîerne du Valais : ou croirait aussi que le Mœncii et l’Eiger lui servent de support; mais elle se suffit à elle-même, et releve vers les cieux sa tête virginale. Le nom qu’on lui a donné vient, dit-on, de l’impossibilité de l’ascension : la montagne en effet était demeurée vierge de toute visite,-' lorsque, en 1812, les freres Meyer d’Arau entreprirent d’y monter, et publièrent leur triomphe; mais ils trouvèrent des incrédules. Pour les confondre, ils o.-èrent renouveler, en 1830, ce périlleux voyage, et, apres de grands détours par les glaciers de l’Aar, ils accomplirent leur promesse à la vue des habitants d'Interlacken.

Iis ont depuis fait un tracé de leur route, dont peu de personnes seront tentées de vérifier l'exactitude.

Heureux lorsqu'un beau jour permet au voyageur de jouir encore de la vue de la petite Scheideck , d'où il admire la mer de glace et les nombreuses aiguilles du Grindelwald. Le village est situé gracieusement au milieu de jolis bosquets, mais la vallée est sombre et sauvage; ce sont toutes les beautés ou plutôt toutes les horreurs de l'hiver : iii sont, comme couronnement aérien, les deux Eigerp les deux Wetterhorn , le Mattenbcrg , leSchreckhorn , séparés les uns des autres par des déchirures profondes, mais s’élevant brusquement du sein de la verdure; les glaciers entremêlés à leurs roches semblent se grossir chaque année des neiges qu’ils secouent sur les profondeurs voisines. Ici les arêtes des montagnes et leurs escarpements sont plus vils, plus tranchés qu'à Chamouny, et la mer de glace se rapproche davantage des habitations; elle descend sur des plans inclinés qui s’abaissent jusqu’au niveau du Grindelwald, comme si ces flots immobiles s’étaient arrêtés devant une subite congélation , comme s’ils s’efforçaient encore de s’échapper

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de l’espace qui les relient entre le Schreckhorn et le Wetterhorn. Dans ces contrées, on appelle horn les pics que dans la Suisse française on appelle uiguil/es : l’un et l'autre nom ont le mérite descriptif, car tantôt ils s’élèvent effilés au-dessus des nuages, tantôt ils se recourbent en cornes bizarres.

La iner du Grindelwald, dont on n'aperçoit jamais l'ensemble, a plus de vingt-cinq lieues carrées sur une profondeur de plus de cent toises; ainsi la (lèche la plus elevée de nos monuments religieux ne pourrait atteindre qu'aux deux tiers de cette masse. Le ministre du village s'assura que des pierres jetées dans certaines crevasses mettaient de douze à quatorze secondes pour atteindre l’eau qui en occupe le fond, ce qui, d'après la remarque de M. Simon, suppose cinq cents toises de profondeur au lieu de cent.

Il n’est pas rare au printemps de rencontrer des corps de chamois tués par les avalanches et mutilés par des chutes de pierre : quand le lœmmergever les poursuit, ils glissent parfois au fond des abîmes. Rien n’égale l’audace et la dextérité du chasseur qui est exposé aux mêmes dangers, et dont la vie aventureuse est une source inépuisable de traditions, de récits et de croyances populaires, car c'est une vie d’héroïsme, et la poésie épique ne vit plus que dans le peuple et dans sa merveilleuse imagination. Quand le chasseur veut se procurer de jeunes chamois pour les apprivoiser, il guette l’instant où la mère leur donnera le jour, la tue et s'en empare immédiatement. Il faut pour ces entreprises une vue perçante , une marche assurée, une tête forte qui ne s'égare point à l’aspect du précipice, une agilité qui permette d'effleurer en sautant la saillie de roc qui n’offrirait point un appui durable, assez de vigueur pour n être point embarrassé du poids des provisions. Quand l'animal fatigué se couche , on peut en approcher ; autrement , il a l’odorat très-un et ne reste jamais à portée de fusil. Comme il répand luimême une odeur très-forte, les chiens n'en perdent jamais la trace, mais

leur présence le chasse dans les lieux les plus inaccessibles, et les chasseurs préfèrent s’en passer. Ordinairement on se munit d’outils pour tailler des degrés dans la glace, d'une lunette, de souliers à crampons et d’une carabine; le chasseur a soin de passer une chemise par-dessus ses habits pour être moins aperçu au-dessus des neiges :

un observateur, posté derrière des pierres entassées, avertit ses camarades du côté où sont les chamois; il faut alors se traîner de rocher en rocher, et demeurer immobile dans la neige tant que l’attention du chamois est dirigée de ce côté. Si le chasseur est bien placé sous le vent, il prut recharger son arme plusieurs fois, car les détonations n’effrayent point ces animaux accoutumés au tonnerre des glaciers. On vise de préférence le plus foncé, parce que les chamois rembrunissent à mesure qu'ils engraissent.

Le chasseur qui a renversé sa proie accourt en poussant des cris de joie, l'achève si elle vit encore, lui arrache les entrailles pour en ditnin ier le poids, et la charge sur ses épaules; souvent même il boit de son sang, parce que l'opinion vulgaire est que cela préserve du vertige. Ün chamois ordinaire pèse de cinquante à soixante livres. Quelquefois les chasseurs confient tous leurs fusils à un seul chasseur qui se met a l’affût, et lui amènent la troupe comme le pourraient faire les chiens.

Si le passage est trop étroit , le chamois prend de l'audace dans sa frayeur même, s’élance sur son ennemi et le précipite, ou bien on voit la troupe entière se précipiter et périr plutôt que de se laisser prendre : ces exemples cependant sont assez rares, car la moindre saillie du roc suffit à leur sécurité ; on les voit s'arrêter dans des lieux où l'on ne croirait pas qu'un oiseau pût trouver un point d’appui. Depuis que le droit de chasse est illimité, le nombre des chamois a considérablement diminué; ils marchaient autrefois par troupeaux de cinquante; il est rare aujourd’hui d’en voir plus de dix réunis; néanmoins on a pris des mesures pour prévenir leur destruction.

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Lorsqu’on a consacré deux jours aux vallées de Lauterbrunnen et du Grindelwald , lorsque des lieux les plus sauvages, des sommets les plus escarpés on revient sur les bords riants du lac de Brientz , la vue se repose avec délices sur ses ondes si douces, sur les jolies habitations qui l'entourent; Interlacken , qu’on avait tant admiré, redouble d’attrait, et l'on se prépare à des excursions nautiques qui, avec moins de fatigues, offrent des plaisirs

Îdus vifs. Sur une longueur de trois ieues, le lac est large d’une lieue, et quoique ses rives soient assez abruptes, les flancs des montagnes offrent un aspect gracieux, depuis le port enchanteur d'Interlaeken jusqu’à l’ouverture de la vallée de Meyringen, où le navigateur voit à sa gauche le joli village qui a nommé le lac, à sa droite il ne gerbe bruyante qui retombede tout son poids, et verse dans le lac blanchi d’écume les eaux bruyantes du Giesbacli. Cette rivière a plusieurs étages, plusieurs chutes de forêts en forêts, de prairies en praires; à chaque nouvelle rupture du roc, elle présenté de nouveaux phénomènes, et non loin du sommet un chalet habité dans la belle saison par le maître d'école de Brientz , dont les filles naguère mêlaient harmonieusement leurs chants à la voix de la nature; mais le retentissement des ondes est éternel, et si l’usage de surprendre le voyageur par des accents mélodieux n’est pas interrompu, d’autres filles sans doute auront succédé déjà à celles qui avaient acquis tant de célébrité dans les itinéraires des touristes. Brientz n’a jamais manqué de fournir son contingent à la beauté; la jeune batelière est encore célèbre, et ses portraits , multipliés à l'infini , sont dans tous les recueils, quoiqu’elle ne soit plus qu’une obscure marchande d’Unterséen dont le temps n’a laissé subsister que. la réputation. Les chants des jeunes Allés sont en usage aussi au tirindelwald; elles viennent sous les fenêtres de l’auberge, et reçoivent les encouragements et la monnaie des étrangers.

La route de Brientz à Meyringen

est riche en sujets d'admiration; en face de la descente du Brunnig sont plusieurs cascades d’une grande beauté; on les vanterait beaucoup si elles ne se trouvaient en quelque sorte annulées

fiar leur position entre le Giesbach et e Reichenbach: telles sont les chutes du Muhlibach, de l’OItschi et Vendelbach. Mais toute célébrité est absorbée par les belles chutes du Reichenbach ; des roches profondes entourées d’une végétation vivace, de pelouses d’un vert tendre , de noirs sapins , des chutes profondes , des masses d’eau retentissante se pliant et se croisant en gerbes brillantes, puis s'écoulant vers une nouvelle anfractuosité pour retomber encore, phénomène sept fois répété avec des formes toujours diverses, avec des accidents toujours nouveaux , voilà tout ce que nous pouvons dire de cette reine des cascades dont le nom seul atteste la richesse et qui peuple Meyringen d’étrangers. Deux beaux hôtels les reçoivent chaque année, et ne suffisent point à cette foule de bonne compagnie; souvent l’étranger est renvoyé chez de simples cultivateurs, et ne paraît aux auberges que pour y prendre ses repas. On se croirait alors dans les plus grandes villes de l'Europe, si la conversation et les projets des convives n’avertissaient sans cesse que ce village n’est que la capitale des solitudes solennelles nui l’environnent, la halte de tous les nommes qui, des extrémités de la terre, sont venus contempler les plus belles scènes de la création. Aussi à Meyringen, comme dans toutes les auberges suisses, on rencontre presque toujours bonne compagnie, non-seulement parce que ces incursions exigent une vie libre d’affaires, une fortune au-dessus du besoin, mais principalement parce que ce retour vers la nature, ce sentiment exquis de ses beautés n’appartient pas aux âmes vulgaires. Sans doute, la mode entraîne à la suite de ces véritables observateurs beaucoup de ces oisifs dont toute l’intelligence se réduit à inscrire dans leur carnet qu’ils ont été là; mais le ridicule en fait justice; on les reconnaît aisément, et bientôt

LTIülVEfiS.

ils deviennent la risée de ceux dont ils peuvent bien suivre les traces, mais dont le naturel et le sentiment leur demeurent étrangers. On a vu des dames toutes surprises de ne pouvoir amener leur calèche jusqu'au Grir.delwald ou à Chamouny, et n’avoir point à se présenter au Môntanvert avec les mêmes parures qu’à Longchamps.

Quelquesjeunes femmes se répandaient en quolibets sur les glaciers, les cascades; quelques Anglais passaient endormis dans leurs voitures; mais, en général, la Suisse est le rendez-vous intellectuel de tout ce que les nations ont de personnes distinguées. Le bon ton préside aux conversations de table, et si les mêmes voyageurs se retrouvent pendant plusieurs jours en un même lieu, ils prennent l’habitude de rendre compte les uns aux autres de ce qu'ils ont vu; ils y ajoutent des conseils sur l’emploi du lendemain; les projets se mûrissent , les caravanes se forment. Aussitôt le baromètre est consulté, on court à la fenêtre, on s'avance sur le perron; s’échappe-t-il une vapeur légère du Sommet d’un rocher, un nuage s’assoit-il sur les glaciers , l’inquiétude va jusqu’à l’anxiété ; on s’interroge, on consulte l'hôte, les guides, on se couche non sans quelque agitation; puis au réveil, quand un ciel serein, un soleil brillant rassemble au pied du perron mulets, guides et voyageurs, on voit partir en longues files cette multitude d’hommes et de dames qui la veille se connaissaient à peine, et qui désormais sont amis au nom de la nature vers laquelle ils semblent députés par tous les peuples... On a remarqué que les voyageurs en Suisse se retrouvent toujours avec plaisir dans le monde, et recommencent volontiers par la pensée leurs aventureuses campagnes.

Meyringen est l’une des stations où l’on s’arrête le plus, soit que l'on se dirige vers l’Unterwald par la belle montagne du Brunnig pour y admirer les lacs de I.ungern et de Sarnen , soit que l’on veuille naviguer sur l’heureux lac de Brientz ou gravir les vertes sommités du Giesbach ; c’est aussi le point

de départ de ceux qui vont au sauvage Grimscl ; enfin on admire après le Aeichenbach le magnifique glacier de Rosenlawi , près duquel on passe pour aller de Meyringen au Grindelwald.

Au fond d’un joli vallon, on aperçoit une maison de bains. Là sont d’immenses masses de glaciers formant les grottes les plus belles, et d'une transparence, d'une blancheur sans égale:

ce glacier descend perpendiculaire et dentelé de stalactites entre le Wellhorn, le Stellihorn et l'F.ngclhorn; ses teintes en s’élevant prennent dans le lointain une couleur bleuâtre; il surpasse beaucoup en beauté les glaciers du Rhône qui sont trop décharnés; d’ailleurs aucun corps étranger, aucune particule terreuse n’en altère la beauté.Une position nouvelle, découverte depuis 1 832, attire au Faulhorn de nombreux visiteurs; une auberge construite à huit mille cent quarante pieds au-dessus de la mer, et de deux mille cinq cents de plus que le Culin du Rigi, permet de contempler toute la chaîne des Alpesdepuisle Mont-Blanc jusqu’au Tyrol : on y aperçoit le lac de Zug et les forêts de la Sonabe par delà celui de Constance. L’auberge a trois étages ; elle est établie sur une esplanade, pratiquée de main d’homme, à environ quatre-vingts pieds au-dessous du pic.

M. le pasteur Schweizer a publié une topographie du Faulhorn avec une carte en forme de panorama. On est étonné, à cette prodigieuse hauteur, de trouver un gîte aussi commode et d’aussi bons repas.

De Meyringen on remonte le cours de l’Aar pour gravir leGrimsel , longue et pénible journée, prélude des fatigues nouvelles qu’il fauara subir pour descendre dans le Valais, ou bien pour remonter ensuite et redescendre encore la Furca afin de pénétrer par le Saint- Gothard en Italie, ou par Andermatt dans les Grisons. Les peines toutefois sont amplement compensées : le chemin, pendant quelques lieues, offre l’aspect le plus gracieux, puis il se rétrécit et s’entoure de noires forêts; les roches naissent en quelque sorte sous les pas du voyageur ; bientôt il n’a plus

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d’autre sol ; heureux quand la fréquence des passages ou la main des pâtres et des métayers a disposé en degrés les blocs qu'încessamment il faut enjamber .Toutefois ces obstacles sont moins incommodes tant que l’on n’est pas arrivé au \i liage de Guttannen, qui est à trois lieues de Meyringen : déjà les

f»ics les plus arides entourent la valée, mais la verdure est encore vive.

L’Aar traverse cette commune qui n’a d’autres arbres que le cerisier, mais qui cultive encore des céréales.

On gravit ensuite de roc en roc sur les flancs arides des montagnes, mais toujours au milieu de la forêt, et, après avoirfaitencoredeux lieu es, on aperçoit quelques chalets de métayers groupés sur une belle pelopse : déjà l’on entend mugir, et l’on ne voit pas encore l’immense gerbe de l’Aar qui s’unit dans les airs avec la Handeck. Ces deux rivières, se précipitant chacune de son cdté, arrivent au bord du même escarpement , se heurtent avant de se perdre au fond du gouffre , tombent et rebondissent ensemble, assourdissant de leur bruit le voyageur, et s’il était sansguide, il chercherait longtemps peut-etre la cause de ce phénomène. L’industrie des pâtres a pratiqué au haut de la double cascade une sorte de belvéder d’où l’on voit accourir l’un et l’autre torrent; mais le meilleur point de vue est au pied de cet abîme, à l’endroit où , réunies en un ruisseau impétueux, les ondes s’écoulent plus paisibles. Là une fissure verticale, sans permettre au voyageur de s’approcher, lui laisse apercevoir ce confluent aérien; la roche semble ébranlée de ces battements saccadés , de ces secousses éternelles : on a peine à se défendre de la peur, et la solidité de ces granits contemporains de la terre ne suffit pas pour bannir l’idée d’une destruction prochaine.

C’est de dix heures du matin à midi, et dans les jours sereins, qu’il faut se placer au haut de la Handeck; c’est alors seulement que le soleil y plonge sa lumière.

En remontant vers le sommet, la végétation disparait pour faire place à des plages de roches éboulées : au

23’ Livraison. (Suisse.)

milieu de l|pn de ces bassins l’on est surpris tout à coup de la vue d’une habitation; uu amphithéâtre de pierre lui fait face. Sur les flancs de ces masses géologiques retentit la clochette suspendue au collier de chèvres errantes; vers le soir, elles redescendent en trou-

fieau, et viennent se rassembler dans a cour de l'hospice devenu une auberge. On est parvenu à l’enrichir d’un petit potager où croissent le chou et le navet. Pour arriver au sommet du Seidelhorn, il faudraitencore trois heures : c’est une excursion que l’on n’entreprend point; mais on se dirige volontiers vers les bords du lac Mort , Todtensée, ou vers la Mayenwand , littéralement muraille de fleurs, dont le revers méridional domine le Valais, route dangereuse , effrayante surtout par l’escarpement; on marche sur un gazon glissant et le précipice est horrible.

L’esprit humain brave ces obstacles :

on le conçoit de la part de l’audacieux voyageur ; mais comment imaginer que le commerce ait osé s’aventurer dans ces lieux sauvages? comment comprendre que la guerre y ait porté l’héroisme français? Ses ravages n’ontété réparés qu’eii 1822. L’hospice offre maintenant onze chambres commodes.

Le costume des femmes bernoises est fort joli; on remarque surtout la blancheur de leur linge soigneusement lissé sur le sein et sur.les bras; leur onnet de gaze noire a quelque chose de la délicatesse et de la transparence des ailes du papillon. Les paysannes portent des chapeaux ornés de fleurs et à larges formes un peu relevées sur les bonis ; en général , elles sont presue toutes jolies et gracieuses. La mise e i'OberhassIi est moins avantageuse; par une bizarrerie du goût, les femmes cherchent à grossir leurs hanches ; elles mettent un corset noir-brun ou foncé, et se couvrent la poitrine d’une large pièce de velours sur laquelle elles placent un fichu rouge qui leur cache entièrement le sein, tandis que le costume bernois, sous la blancheur des plis v en laisse au moins deviner la forme. Le costume des bailliages du Jura n’a rien de remarquable. Les

femmes de l’Emmenthal ont des jupons si courts que, quand elles travaillent sur le penchant de la montagne, ou bien au haut d'un ravin dans lequel passe le chemin, la décence en est réellement compromise. Nous n'avons point encore parié de cette belle vallée qui, des environs de Thoun et d’Interiacken, s’étend jusqu’à l'Entlibueh, au canton de Lucerne : on n'y voit ni les glaciers, ni les scènes gigantesques deï’Oberland, mais le pays est riche, fertile, agricole et industriel; ses vallées latérales se terminent en âturages alpestres très-favorables à élève du bétail : les arbres fruitiers réussissent dans les bas-fonds, et les sujets sont exportés dans toute la Suisse. La culture du chanvre est encouragée par des primes, ainsi que le tissage. Les maisons, d’une architecture rustique, sont construites avec beaucoup ue goût; la population s’accroît sans cesse.

Il règne chez les montagnards de l’Oberland de naïves croyances qui composent presque toute une mythologie, et sc conservent dans les traditions populaires. On s’occupe beaucoup des petits nains lutins de la forêt ou de la montagne ( Bergmànnlein ) : ce sont de petits génies dont les caprices sont parfois très-bienfaisants; ds veillent sur l'habitation isolée, ils cultivent le jardin; mais quelquefois aussi il leur prend des fantaisies malfaisantes : alors ils jettent tout pèle mêle dans la maison, font choir les personnes qui l'habitent ou leur jouent mille espiègleries; ils se fâchent surtout lorsqu'on n'a pas l'attention de jeter sous In table une cuillerée de lait qu’il faut leur offrir de la main gauche. Du reste, iis n’en sont pas réduits à ce qu’on leur donne, car ils sont propriétaires de grands troupeaux de chamois qui leur fournissent du lait. En hiver, ils ne se montrent pas, et ils se tiennent alors dans les entrailles de la terre. Quand ils aiment un pâtre, ils lui dérobent parfois une vacne et la lui ramènent ensuite plus grasse ; ils rassemblent des fagots qu’ils mettent sur le chemin des pauvres enfants qui vont au bois, ou bien ils

fauchent les prés, afin qu'on n’ait plus qu'à faner l'herbe; ils assistent à tous les travaux rustiques, soit du fond des broussailles, soit du haut d’une pointe de rocher. Au printemps, ils dansent en ronde au clair de lune, pronostic infaillible d'une année abondante; mais s’ils se glissent à travers les buissons, on prévoit qu’il y aura des orages, des inondations, des avalanches, etc... ün a beaucoup de peine à obtenir des paysans le récit de ce que font les BergmannJein, car ils craignent de les irriter par ces indiscrétions, et souvent aussi ils se méfient des intentions des questionneurs trop pressants. Les bruits qui se font entendre au fond des glaciers donnent lieu à des superstitions non moins intéressantes : ce sont les âmes des oisifs condamnées après leur mort à travailler dans ces cavernes pour expier leur nonchalance et leurs écarts; croyance salutaire qu’il serait besoin de répandre partout au lieu de la réfuter.

L’ours de Berne a une grande célébrité, et ces armes vivantes ont toujours été en vénération : on les retrouve sculptées en granit au-dessus de la porte de Morat; il y en a sur toutes les fontaines publiques, et sur les enseignes de presque toutes les auberges du canton. L’heure est annoncée à la grande horloge de Berne par une procession d'ours qui défilent dans les postures les plus grotesques : l’un est à cheval, la lauce au poing, un autre joue du fifre, un troisième est coiffé d’un casque. Il existe une fondation de rentes annuelles pour l'entretien des oursqui sont dans les fossés de la ville; enfin le célèbre Martin, tant admiré à Paris, y avait, dit-on, été envoyé par le commissaire du directoire.

Le cours de cette histoire a amené sous les yeux des lecteurs les grands noms d’Êrlach, de Bubenberg, de Diesbach , et de tant d’autres guerriers illustres. Ajoutons-ydes souvenirs d’un autre genre, et nommons le célèbre numismate Morell, qui fut gardien du cabinet de Louis XIV; Louis de Murait, qui, sur la fin du même siècle, publia des lettres sur les Anglais et les

SUISSE

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Français; Albert Haller, médecin , philosophe, magistrat, orateur et poète; Bernard Tsehnrner, auteur d'une histoire de la Suisse; Joseph Hennitz,

Eei ntre assez habile pour qu’on attriuàt quelques-uns de ses tableaux à Jules Romain et d’autres au Corrége; Lory, Wolmar, etc., etc. Mais n’ou-

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