‹ L'UniversChapitre 26 sur 45 · AL K · texte numérisé non relu

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Situé au nord de la Suisse , ce canton a pour limites, à l’est, l'Argovie et Soleure, qui fait aussi sa frontière méridionale; à l’ouest, une prolongation du canton de Berne et la France; au septentrion , le duché de Baden ; il a huit lieues de long sur six de large. Ses principales rivières sont l’ErgoItz et la Birse; il est, en général, trèsfertile et possède de riches prairies et de belles forêts. Les habitants sont

au nombre d’environ cinquante mille, dont six mille catholiques dans le district de la Birse, appelé Birseck, qui est un démembrement de l’ancien évêché. Le canton de Bâle occupe le onzième rang dans la fédération , dans laquelle il entra en 1501. Voici quelle était son organisation avant la dislocation de Bâle-campagne. Divisé en six districts, Bâle, Liestall, le district inférieur, Sissach , Waldenbourg et

Birseck , il avait une constitution démocratique. Chaque district avait scs tribus ou collèges électoraux, desquels n’étaient exclus que les mineurs, les interdits , les domestiques et les faillis. Le grand conseil , composé de cent cinquante membres , était le pouvoir législatif, et nommait les députés à la diète, votait les impôts, recevait les comptes, etc. Dans la règle, il s’assemblait tous les deux mois; soixante de ses membres étaient élus par le peuple , et ils s'en adjoignaient quatre-vingt-dix. Pour être éligible, il fallait être âgé de vingt-quatre ans, et posséder une fortune de cinq mille francs de Suisse. Le petit conseil était chargé du pouvoir exécutif, et comptait vingt-cinq membres, tous du grand conseil, et y conservant leurs droits; il était tribunal supérieur, conseil d’F.tat, etc., et il se rassemblait toutes les fois que le bien du service l’exigeait. La présidence des conseils appartenait alternativement à deux bourgmestres élus par le grand dans le sein du petit. Il y avait , en outre , un tribunal d'appel , composé de douze membres du grand conseil. Tout citoyen, et même tout étranger domicilié , est tenu au service militaire, et le contingent du canton est de neuf cent dix-huit hommes, et de vingt-trois mille neuf cent cinquante-huit francs de Suisse. Les fabriques de ruban sont les plus productives de toute la Suisse, et comptent plus de deux mille quatre cents métiers. En général , l'aisance est grande à Râle -campagne. Autrefois on voyait, d’une part, une ville privilégiée , et , de l’autre , des paysans sujets. Nous avons dit par quels événements s’opéra la séparotion : chaque fraction possède à la diète un demi-suffrage. Désormais Bâle-ville fournit h la fédération quatorze millecentquarantccinq francs; la campagne, huit mille huit cent cinq : la ville , une compagnie d’artillerie et quatre pièces, enfin une compagnie d’infanterie ; la campagne , trente-deux cavaliers, cinq compagnies d’infanterie et l'état-major du bataillon. Toutes les collections , tous les établissements publics ont été parta-

gés. Voici maintenant quelle est la constitution. La souveraineté de la ville réside dans l'assemblée des citoyens , qui ne reconnaît aucun privilège de naissance ou de famille ; tous sont égaux devant la loi , et éligibles aux emplois ; nul ne peut être enlevé à ses juges naturels ; le service étranger est interdit : on a proclamé le droit de pétition et la liberté de la presse , ainsi que la tolérance religieuse, quoique le culte reformé soit celui de l’État. On renouvelle périodiquement les membres du grand et du petit conseil , mais les tribunaux sont permanents. Le grand conseil ou pouvoir législatif, composé de cent dixneuf membres , est élu par les citoyens répartis en tribus; le petit n’en compte que quinze, qui sont en même temps membres du grand : tous les dix ans une commission , nommée par ce dernier, délibère sur les changements à introduire dans la constitution.

Bâle-campagne a poussé plus loin l'application du principe de la souveraineté du peuple : si , dans les quinze jours de la publication d’une loi faite par le conseil , les deux tiers des citoyens protestent contre elle , elle demeure sans etïet. Les communes ont des droits très - étendus ; toute autorité agit au nom du peuple souverain, et sous la réserve de l’appel h ce peuple. J.es fonctions ne sont que temporaires ; mais , dans les limites de leur durée , on n'en peut être privé que par un jugement. Un landrath ou conseil du pays , composé de cinquante -huit membres, exerce le pouvoir législatif; ils sont nommés pour six ans ; et cinq citoyens forment le conseil de gouvernement. Ceux-ci sont choisis par le landrath , qui les prend indistinctement parmi tous les citoyens actifs.

La constitution doit être révisée tous les six ans par un conseil législatif investi à cet effet d'un mandat spécial.

Les quatre districts de Bâle-campagne sont 'Waldenbourg, Sissach , Liestall et Arlesheiin. Il y a, en tout, soixante et quatorze communes , sans compter celles qui appartiennent eueore a la

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Tille, pour laquelle elles forment un district extra rnuros.

Le Rhin partage Bâle en deux portions inégales, réunies par un pont de pierre sur les deux rives, et de bois au milieu; il est fort large, et l'on y jouit d’une vue admirable, d’une part sur Huningue, la France et le grandduché, de l’autre, sur la Suisse. Le petit Bâle , ou quartier de la rive droite , est en plaine; tandis que la ville, proprement dite, s’élève, par des rues toujours inégales , jusqu’à la belle cathédrale dont l’esplanade offre un point de vue ravissant. Le Rhin se déploie à ses pieds : fortement encaissé, il jette avec rapidité ses ondes bleuâtres vers les lies qui bientôt feront languir son impétuosité au milieu de mille détours.

Cette disposition du fleuve est fort nuisible au commerce bâlois ; elle empêche la navigation des bateaux à vapeur, qui jamais n’ont pu remonter au delà de Strasbourg. La ville a de magnifiques palais ; elle est fort grande , mais il n'y a de mouvement que sur le pont ; partout ailleurs le silence est absolu et la solitude complète. Il y a beaucoup de rues dans lesquelles ne peut pénétrer aucune voiture, et ce sont précisément les plus belles ; les mœurs des habitants contribuent aussi à cette atmosphère de monotonie et d’ennui qui se répand sur leur cité. Ils sont naturellement graves ; la spéculation est leur principale affaire : renfermés dans leurs comptoirs , les riches ne se réjouissentqueledimanche; et, comme c'est à leurs maisons de campagne qu’ils se rendent de préférence, la ville n’en est que plus triste. Du reste, l’observation des fêtes est poussée à une extrême rigueur; on se refuse à l’affaire la plus urgente pendant le service divin. L’université existe toujours, malgré les contestations de Bâle-campagne; mais l’étranger, qui a parcouru les villes d’Allemagne où il y a des étudiants, ne se douterait mène pas qu’il y en a une dans Bâle , s’il ne le savait par son livret ; tant est grande, même sur la jeunesse, l’influence de cet engourdissement général , à moins toutefois qu’on ne préfère

supposer que ces étudiants sont les plus studieux et les plus sédentaires de l’univers. A en juger par quelques anecdotes , il v avait plus de gaiete au moyen âge. il n’est pas un étranger qui n’ait accordé quelque attention au Lat/i, ligure grimaçante , qui , du haut de la tour du pont, tire et retire sa langue rouge à chaque oscillation du balancier dé l’horloge : c’est , dit - on , une provocation aux habitants du petit Bâle, imaginée à une époque où la rive droite avait d’autres maîtres; l’histoire ajoute que ceux-ci élevèrent, vis-à-vis de cette langue, un objet fort peu décent que la^nideur nous défend de désigner.

La cathédrale est d’une très-belle architecture ; heureusement elle a survécu aiix tremblements de terre et aux incendies qui ont affligé la ville ; de belles tombes la décorent. Sous le porche on montre celles d’OEcolampade , de Bernouilli , de l’impératrice Anne; dans l’intérieur, celle d’Érasme : cet illustre Hollandais avait fait de Jîâle sa seconde patrie. Un profil du célèbre peintre Hollbein exprime admirablement tout ce que son caractère avait de profond, et cependant de spirituelle raillerie : près de là, est celui de Luther, par le même artiste.

L’intérieur de l’eglise , comme tous les temples réformés , est nu et sans ornement. Les tours sont d’un bel effet; l’une a deux cent trois pieds, l’autre deux cents d’élévation. Les peintures dont Hollbein avait orné les orgues, n’existent plus. La salle du concile est environnée de bancs où s'asseyaient les prélats.

L’arsenal est fort beau ; riche en armes modernes, il possède la cuirasse de Charles le Téméraire, puis celles des Armagnacs tués à Saint-Jacques , avec une infinité d'armes du moyen âge, plus meurtrières les unes que les autres : par exemple , des masses terminées en forme d'étoile , avec des

fiointes de fer; elles pénétraient dans e crâne de l'ennemi assommé , et rendaient toute blessure mortelle. L’hôtel de ville est très- bizarre; il est chargé de peintures de l’époque de la réfor-

mation ; on y voit des papes et des évêques précipités dans les flammes de renier. La bibliothèque possède beaucoup de manuscrits, d'incunables et de dessins originaux, entre autres de Hollbein , et des correspondances des

?remiers réformateurs; on évalue à rente-six mille le nombre des volumes.

La Société de lecture en possède une autre de vingt mille ; et il y en a beaucoup d’autres encore appartenant à diverses spécialités de la science. On voit dans la salle du musée plusieurs antiquités, la plupart d'Augst (Au-

f ;usta Rauracorum * et un tableau de a Passion, encore de Hollbein. M. de Wajsch, que nous avons plusieurs fois cité, rapporte un trait fort singulier de ce peintre, qui était 'd’un caractère original et bizarre. « 11 avait, dit le « spirituel voyageur, fait marché avec « un apothicaire , pour lui peindre à « fresque la façade de sa maison ; l’ou- « vrage avançait lentement par suite « des longues* libations que le peintre «altéré faisait au cabaret voisin, où « l'impatient pharmacopole venait sou- « vent le relancer. Hollbein imagina « un moyen ingénieux pour se sous- « traire a son importunité ; ce fut de « peindre au-dessous de son échafau- « dage, que recouvrait une toile, deux « jambes pendantes , qui firent telle- « ment illusion que l'argus lui adressa « désormais des compliments sur son « infatigable assiduité. »

Il y a dix-sept ans environ que l'on a détruit la fameuse danse des morts, qu'on a généralement attribuée à IIollbein, mais qui, en réalité, avait été retouchée par Glauber, peintre qui vécut cinquante ans après lui. Ce sujet tout philosophique rappelait l'idée si noblement exprimée par Horace, et plus tard par Malherbe; il montrait la mort faisant danser rois et paysans , uerriers et prélats. On prétend cepenant que la conception était duc à des mascarades usitées au moyen âge, et non à une contemplation religieuse.

Quoi qu’il en soit , des masques couraient les rues, avec les attributs de la mort ; des danses s’exécutaient ensuite dans les cimetières en l’honneur des

trépassés ; on leur donnait le nom de danses macabres. La superstition s’y attacha, et les représentations se multiplièrent a l’infini. La plus célèbre de toutes fut celle de Bâle, qui avait été décrétée par le concile pour transmettre à jamais le souvenir de la peste du quinzième siècle. Ces tableaux faisaient le tour d’un cloître. Bâle a encore un musée d’histoire naturelle, de physique et de chimie.

Le vêtement des femmes se distingue par la variété des couleurs; elles portent communément un mouchoir de soie sur le cou , et leurs cheveux sont tressés, tandis que les jeunes filles laissent flotter les leurs. La jupe de coutil noir , à plis serrés , recouvre un jupon rouge, tous deux assez courts pour laisser voir une assez forte jambe chaussée d’un bas rouge, ce qui est d'un assez vilain effet. Le corset de couleur sombre, échancré par derrière, est relevé par l’éclat de belles manches d’un blanc très- propre. Tel qu'il est , ce costume paraît l’un des moins avantageux de la Suisse. Les hommes n’ont plus rien qui les distingue de tous les autres paysans du Sundgau ou du duché de Iîaden.

Accordons notre attention aux plus belles ruines qu’une cité romaine ait léguées à la postérité : près des villages de Basef-Augst et de Kaiser- Augst, sont les restes encore majestueux de l'ancienne Augusta des Rauraques, fondée au règne d’Auguste par Munatius Plancus, détruite au cinquième siècle par les barbares. Une vaste enceinte et des monuments épars attestent la grandeur de cette capitale; les murailles ont, à certains endroits, presque toute leur hauteur; on peut les suivie fort loin : tantôt elles s’abaissent vers le sol , tantôt elles s'élèvent; mais il n’en existe qu’un seul côté; au centre environ, on remarque les débris de quelques temples assez heureusement restaurés dans les dessins de M. Parent-Réal, auteur d’tm ouvrage sur ce sujet. Le théâtre est d’une grande beauté. L'enceinte est composée de deux murailles unies entre elles par des piliers en forme de tours

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carrées : au dedans une autre série de tours rondes alterne avec ces piliers, de manière à rejoindre le pourtour intérieur de la double muraille aux endroits où elle ne renferme point de piliers. Outre ces supports, on remarque encore quelques restes de contre-forts extérieurs, qui s’élèvent de treize pieds au-dessus du sol ; l’enceinte en a trente-trois. Chacun de ces inurs a environ quatre pieds d'épaisseur. Les couloirs qui mènent à l’orchestre en sont aussi revêtus ; et , comme l’enceinte, ils sont Manqués de tours circulaires; il n’y avait d'escalier que dans le couloir du centre, qui s’élevait vers les gradins supérieurs Les deux autres aboutissaient de plainpied à l’orchestre. L’état de décadence où est ce théâtre a fait disparaître les gradins , et les massifs de maçonnerie

sont surmontés de grands arbres et de broussailles. Les antiquaires ont calculé qu'il y avait place pour douze mille spectateurs. Ce monument offre un beau sujet de comparaison avec le théâtre de Mandeure , assis ou plutôt creusé au revers d’une colline , et dont les accidents de terrain ont favorisé la construction.

On visite avec plaisir les magnifiques jardins d’Arlesneim , puis Te vieux château d’Angenstein , domaine autrefois des comtes de Thierstein , tour haute dont les immenses murailles renferment aujourd’hui des appartements fort élégants. La mousse envahit les créneaux; le luxe moderne et le goût le plus exquis se sont logés dans les étages inférieurs... Bâle est la patrie du célèbre mathématicien Euler; il y naquit le 15 avril 1707.

SCH AFFHOUSEN.

C’est le douzième canton, dans l’ordre des préséances: il fut reçu dans la confédération en 1501. Le contingent de ce canton , en hommes , est de quatre cent soixante-six; en argent, de neuf mille trois ccntvingt francs de Suisse; son territoire est comme une tête de pont sur la rive droite du Bhin ; il est en quelque sorte enclavé dans le grandduché de Badeu , qui l’entoure au nord , à l’est et a l’ouest ; tandis qu’au sud il est coupé de la Suisse par le Rhin, qui , à la rive gauche , baigne la Tliurgovie et une partie des terres de Zurich. Le sol appartenant à Schaffhousc n'est pas même contigu; ainsi à l'est, il y a un district, celui de la ville de Stein,qui n’a aucune liaison avec le reste , et à l’est , un autre district , plus petit encore , en est entièrement séparé. Le canton a environ six lieues de long sur une largeur de trois; sa superficie est de huit milles d’Allemagne carrés. Il y a beaucoup de montagnes , et surtout de collines calcaires, de gypses , d’argile , d'airain et de pétrifications. Le sommet le plus élevé est le Randen , qui a douze cents pieds de hauteur au - dessus du Rhin. Les ha-

bitants excellent à cultiver la vigne et les céréales. L’industrie n’y est point aussi active, et l’on a vu périr presque toutes les fabriques qui s’y étaient établies, à l’eXception d’une filature, d’une manufacture d’acier et de quelques tanneries. On retire annuellemenf trente mille quintaux d’airain des mines, et on en alimente les hauts fourneaux de Laufen.

Le nombre des habitants est de vingtsix mille cent quatre-vingt-cinq , presque tous reformés , à l’exception du tiersde la population de Ramsen. Pour l’exercice des droits politiques, ils sont partagés en vingt-quatre tribus, dont douze appartiennent à la ville, douze à la campagne ; il n’y a de condition, pour voler dans ces tribus, que d’avoir accompli sa vingtième année.

On y élit le petit et le grand conseil qui est composé de soixante et quatorze membres : le choix ne peut porter que sur des citoyens nés dans le canton ; mais cette condition n’est pas requise pour être électeur. Les deux conseils , petit et grand , exercent la souveraine puissance , et sont législateurs ; mais le petit couseil , formé de

vingt-quatre membres du grand , est tifs , mais ils l’exercent par voie de investi du pouvoir exécutif et de l’ad- représentation. Les emplois sont acministration ; à lui appartient l’initia- cessibles à tous, sans aucune préfétive des lois; à lui le jugement délini- rence ni privilège de naissance, de tif des contestations judiciaires et lieu ou de famille. Les personnes et administratives; mais, quand la peine les propriétés sont inviolables. I.a de mort est prononcée, le grand et le presse jouit d’une entière liberté, et

f>etit conseil réunis peuvent exercer le droit de pétition appartient à tous, e droit de grâce. On les renouvelle de Chacun doit prendre part aux charges quatre en quatre ans, et ils sont pré- publiques et au service militaire. Il sidés alternativement par deux bourg- est défendu d’en prendre à l’étranger, mestres. Les membres du grand conseil et l’on ne doit accepter de lui ni titres, ne reçoivent d'indemnité que quand ils ni places, ni honneurs. Le grand consont en même temps du petit. Toute- seil est désormais composé de soixante fois les conseillers campagnards ont et dix-huit membres, dont cinquante droit à des frais de voyage et de sé- élus par les tribus , quarante-huit par jour. Les actes portent pour suscrip- les campagnes : il exerce le pouvoir tion : les bourgmestres et conseils de législatif, nomme et surveille les dila ville et du canton de Schajfhousen. verses autorités. Il a un président et Les artisans constitués en tribus se un vice-président, élus chacun pour réunissent tous les ans en synode, sous un an. Le conseil exécutif ou petit la présidence du pasteur de la princi- conseil est réduit à onze membres, pale église, et en présence de com- C’est toujours lui qui rédige les insmissaires du gouvernement. tructions pour la diète et qui prépare

Le mouvement général des esprits les projets de lois. Deux bourgmestres en 1830, à la suite de la révolution le président alternativement chacun française, agita particulièrement le pendant un an. Le canton est divisé canton de Schaffhousen : les tribus de en six districts ; Schaffbousen , Stein, la campagne se réunirent et deman- Thayngen, Neuenkirch, Unterhallau dèrent la réforme de la constitution , et Schleitheiin ; il y a , dans chacun , une représentation plus étendue de un tribunal de première instance, et leurs intérêts, et le partage du domaine tous sont soumis à un tribunal d’appel public et communal, ainsi que la con- de onze membres, qui connaît aussi vocation d’une assemblée constituante., des cas matrimoniaux et des affaires Le gouvernement y .accéda par une correctionnelles et criminelles. Il y a proclamation du 30 janvier 1831 , se un juge de paix et un conseil municidéclara provisoire , et prit des mesures pal par commune. La nouvelle constipour préparer la réunion de l’assein- tution a laissé subsister le principe du blée. Mais, quelque sagesse que les renouvellement des conseils et des auconseils eussent apportée dans leur torites de quatre ans en quatre ans. conduite, ils ne purent empêcher quel- Les revenus du canton , pour 1830, ques scènes tumultueuses et même ont été de cent quarante-deux mille sanglantes.à l’occasion des élections et neuf cent soixante-huit florins, et les de la ratification de la nouvelle rons- dépenses de quatre-vingt-quatorze titution. Celle-ci fut acceptée le 2 juin, mille cent cinq. Il y a longtemps qu’il à une grande majorité; mais il fallut, jouitdubienfaitdeseaissesd’épargnes, l’année suivante, l’intervention des et les assurances s’élèvent, pour les confédérés pour assurer l’exécution de propriétés bâties , à six millions trois la clause qui séparait les biens com- cent quatre-vingt-dix-sept mille deux munaux de la ville d’avec le domaine cent quatre-vingt-quinze florins, à raide l’Etat. son de quatre mille cent quatre- vingt-

Voici les principaux traits de la nou- une maisons , nombre dans lequel le velle constitution : la souveraineté district de Schaffhousen figure pour émane de l’ensemble des citoyens ac- dix-huit cent cinquante -trois. Cette

ville a sept mille habitants ; quoique vieille , elle est fort jolie; ses rues sont très-propres, mais un peu désertes ; assise sur le penchant d'une colline , elle s’aligne lelongdu Rhin, au delà duquel ellepossèdeun faubourg. Les édifices les plus remarquables sont les églises de Saint-Jean et de tous les Saints, enfin rbôtel de ville, et tous appartiennent à l’architecture du moyen âge. Le pont sur le Rhin était cité comme l’une des merveilles de la Suisse. C'était le chefd’œuvre du charpentier Grubrnmann :

construit en 1758, il fut brûlé le 13 août, en 1799, par les Français qui se retiraient devant les Autrichiens. On en conserve encore, à la bibliothèque de la ville, un petit relief en bois; il n’était que d’une seule arche de trois cent quarante -deux pieds, et avait coûté quatre- vingt -dix mille florins.

On dirait que la petite ville de Stein a voulu réparer cette perte en construisant un pont magnifique, dalléen pierre sur des couches de luis et des lames de cuivre. Celui de Schaffhousen servait autrefois de promenade et presque de casino politique. Le plus célèbre des écrivains de l’Allemagne, Goethe , vint dans cette ville en 1797, et il peint d’un seul mot, mais de couleurs fort piquantes, les divers personnages qu’il a rencontrés dans son hôtel. Nous allons faire connaître à nos lecteurs quelques passages d'une correspondance qui ne fut publiée qu’après sa mort.

« Il v a , dans notre nature, un vif désir de trouver des mots pour décrire tout ce que nous voyons; mais le besoin de voir de nos propres yeux ce qu'on nous a dépeint est peut-être epcore plus» vif. DoM des derniers temps, les Anglt^,^ les Allemands sont ceux qui ont" le plus cédé à ce penchant. L’artiste qui présente à nos regards une contrée dont la description est connue nous cause un grand plaisir, et nous sommes reconnaissants aussi envers celui qui , dans un pocme ou dans un roman , fait agir ses personnages aussi bien qu’il le peut. Mais, soit qu’ils raniment des souvenirs , soit qu’ils éveillent notre imagination , le poète ou l’écrivain nous procurent de

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grandes jouissances en nous transportant versd’.iutrescontrées, et même nous les parcourons volontiers leur livre à la main ; cela nous parait plus commode, l'attention en est plus soutenue , et nous accomplissons notre route dans la société d’un ami dont les entretiens nous amusent et nous instruisent... C’est pour nous exercer en ce genre que nous donnons ici , sous la (orme d’une simple esquisse, la description de la chute du Rhin , sans la dégager des courtes annotations d’un livre-journal. Souvent encore on peindra, souvent on décrira ce phénomène, et toujours le spectateur en sera étonné; il essayera tic communiquer scs sensations, mais toujours il laissera quelque chose à dire, et jamais le sujet ne sera épuisé.

«Lé 1 7 septembre nusoir. Descendue la Couronne. Ma chambre est ornée de gravures qui représentent l’histoire des malheurs de Louis XVI... Je résolus d’écrire les tristes méditations qu’elle m’inspira. Le soir, a table, différents émigres, une comtesse, des officiers de Condé, des prêtres. — Le 18 septembre. A six heures et demie , départ pour la chute du Rhin. Couleur verdâtre de l’eau; les hauteurs sont couvertes de nuages, le pied des montagnes en est dégagé ; le château de Laufen y cache sa tour, on,ne l’aperçoit qu’à demi. La vapeur liquide de la chute semble se confondre avec le nuage et monter avec lui.

« Pensée qui se reporte à Ossian ; le nuage plaît à celui dont l'âme est agitée de fortes impressions. On arrive par Uwiesen , village dont les vignobles sont sur la hauteur, les champs dans lo fond. Le ciel s’éclaircit lentement, les nuages passent encore sur les sommets. — Laufen. On descend sur la roche calcaire. Les différentes parties

delachutevuesdel’échafaudageenbois; — rochers perpendiculaires du milieu ; ils sont usés par le frottement ; l’eau les heurte, et se précipite avec violence contre cet obstacle; leur résistance; l’un en haut , l’autre en bas; ils sont complètement submergés. Vagues rapides , tourbillons dans la chute, tour-

noiements dans le bassin. Dans sa course , l’eau apparaît verdâtre; quand elle se brise, elle prend une légère teinte de pourpre. Ses (lots écumanls se jettent sur les rives à droite et à gauche; le mouvement retentit au loin, mais l’eau reprend sa course et sa couleur verte. — Idées que fait naître la violence de la chute , inépuisable et continuelle puissance de la nature.

Destruction, immobilité, durée, mouvement, retour immédiat au repos!...

D’une part, des moulins, de l’autre, une estrade. Il était donc possible de renfermer dans ces limites l'admirable aspect de ce beau phénomène. Les entours sont des vignes, des champs, des bosquets.

» Jusqu’ici les nuages permettaient de distinguera merveille tous les détails:

le soleil se montra jetant obliquement ses rayons sur l’ensemble. La lumière partagea la masse aquatique; et, divisant ses parties antérieures et postérieures, donna en quelque sorte un corps à l’ensemble. La lutte des courants entre eux parut prendre une nouvelle force , parce que l’on apercevait mieux leurs directions et leurs divisions. Dans le fond, des colonnes rejaillissantes se distinguèrent de la poussière humide , et la moitié d’un arc-en-ciel vint illuminer l’ensemble.

Plus la contemplation durait , et plus aussi le mouvement paraissait gagner en vitesse. En général, il faut que ce qui est parfait nous prédispose à le comprendre; ce n’est qu'après quelque temps que nous nous élevons jusque-là. C’est ainsi que les personnes belles nous paraissent toujours plus belles, les spirituelles toujours plus spirituelles... La mer engendre la mer; si on voulait se figurer les sources dé l’Océan , c’est ainsi qu’il faudrait se les représenter. — Lorsqu’on est parvenu à ramener le calme dans son esprit , l’imagination remonte le cours du fleuve jusqu’à sa source, et l’accompagne ensuitedans la direction opposée.

— Quand on redescend de l’estraue vers la rive, on est impatienté de la manie d’établir partout des parcs. Il est bien d’aider à la nature, mais il est dange-

reux de réaliser certaines fantaisies d'imagination, quand les plus grandes scènes de la nature elles-mêmes restent en arrière de l’idéal. — Nous traversons le fleuve. — La chute vue de ta partie antérieure. — Toujours belle , on en juge mieux les parties ; scs variétés prennent de plus grands développements ; on calcule mieux les divers effets , depuis l'onde indomptable à droite jusqu'à celle dont l’industrie a su tirer parti à gauche.

« A u-dessus de la cataracte, on admire ces belles parois de rochers, et l’ori juge , ou plutôt l’on conjecture quelle est la marche du fleuve à son arrivée:

à droite, le château de Laufen. J’étais placé de manière à voir, sur le premier plan, le petit château de Wiirth et là digué. Là sont encore dés roches calcaires, et telle est probablement aussi la nature des roches du milieu du fleuve. — Petit château de Wôrtb. J’v entrai pour boire un verre de vin. Aspect du maître. A la muraille était suspendu le portrait deTrippel. Je demandai au maître s’il était son pareut. Cet hdmme s’appelle Gelzcr, et il en est le cousin germain par sa mere. Ses aïeux lui ont transmis le bail du petit château, du péage, de la vigne, de la pèche au saumon..... etc. A dix heures, je repassai le fleuve; le soleil éclairait toujours la chute; les masses de lumière étaient entremêlées de masses d’ombre jetées par les rochers du centre et par ceux de Laufen... Je revins à l’estrade , et je compris que mes sensations précédentes étaient déjà mélangées «Pautres impressions, car le fleuve me parut se précipiter plus rapidement qu’auparavant; Tare -enciel était dans sa pins grande beauté, et plongeait dans ces eaux qui menaçaient de le renverser, et cependant le reproduisaient toujours. — Considérations sur ma sécurité à côté de cette incroyable puissance... La contrée que nous "avons parcourue au retour est riche de culture; il y a de nombreux villages; elle est comme parsemée de maisons. En face sont les châteaux de Hohentwvl en Souabe , et les rocher* d'Engen ; à droite et dans le lointain ,

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les grandes montagnes de la Suisse. »

Cette description , à la fois philosophique et saccadée, ressemble à de simples notes. Goethe n’avait à sa disposition que de grandes pensées; il dédaignait les grandes phrases , et son admiration se manifestait par de fréquentes visites. Il rend compte , dans la même lettre , d’une excursion qu'il a faite l’après-midi. L’aspect de Schaffhousen, ses champs entourés de haies , sont très-bien décrits, et toujours d’un seul trait , d’un seul mot.

« Je n’ai rien vu dans la ville qui fût de bon ou de mauvais goût : c’est comme un pont entre l’Allemagne et la Suisse , etc. » JSous n’avons pu donner que la moitié de cette charmante lettre. Schaffhousen est la patrie de l’illustre Jean de Müller, historien digne de l’antiquité. S’il se perd dans les détails, s’il est complet pour tous les temps, pour tous les lieux, du moins son lecteur aime à se perdre

avec lui. D’ailleurs tout est grand dans cet héroïque pays, tout est noble avec un tel narrateur. Thucydide et Tacite ne sont pas plus profonds dans leurs sévères compositions ; Tite ■ Li\e n’est pas plus inspiré que l'historien moderne de cette république à la couleur antique, aux traditions patriotiques et sacrées ; et quand les noms de quelques solennités guerrières viennent prendre place dans les annales du monde, Jean de Muller est toujours historien , toujours véridique; mais telle est l’habileté du narrateur, que l’on croirait entendre la poésie épique se réciter en quelque sorte elle-même , et dominer a l'avance les générations à venir qui écouteront cette voix imposante avec la même admiration pour Morgarten , Sempach, Nafels, I.aupeo, Grahson , Morat , et Jean de Millier luimême , car lui aussi est une des gloires du pays.

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