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une de large. Depuis Saint-Maurice jusqu’au lac, le Rhône forme la limite des cantons de Vaud et du Valais. Près de la même ville les montagnes se rapprochent si fort que, pour fermer le pays tout entier, c'était assez d’une porte au bout du pont du Rhône. U y a trois vallées latérales au nord et treize au sud. Celles-ci sont les plus grandes et pénètrent souvent dans cette chaîne jusqu’à huit à dix lieues.
Les cimes s’élèvent de huit mille à quatorze mille pieds dans les airs; on voit beaucoup de glaciers suspendus , comme s’ils allaient s’ébouler sur la vallée. Ébel , l'auteur de l’excellent Manuel sur la Suis.'e, dit que le Valais est peut-être le pays le plus étonnant de I Europe; il réunit tous les climats, tous les produits , depuis ceux de l’Islande jusqu'à ceux de la Sicile et de l’Afrique. La nature y est tantôt menaçante, horrible, sé' ère; tantôt bienfaisante, agréable et riante. On peut,
nu’à un certain point , comparer aiteline au Valais; mais il est plus remarquable et par In majesté de la nature et par les variétés de sa population. Il est beaucoup d’endroits où l’on moissonne eu mai , d’autres où les récoltes ne sont rentrées qu’en octobre. A côté de districts où ne peut croître un seul fruit, il y en a d’autres où les amandes, les ligues, les grenades, les asperges viennent en pleine terre. La vigne y prospère presque sans culture : on la voit serpenter sur le sol sans que l’on prenne soin de ses rameaux, et elle produit un vin qui approche de celui d’Espagne. Le muscat de Sierre est fort connu et fort recherché. Les chamois , les loups et
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même les ours sont assez nombreux ; le gibier abonde dans les forêts. Les montagnes recèlent de l’or, de l'areeut, du cuivre, du fer et d’excellents charbons de terre. Le marbre est assez commun. Il y a des eaux minérales , et surtout à Glys et à Louèche.
La culture est assez négligée , et l'on ne fait guère ce qu’il faudrait pour l’endiguement du Rhône et le dessèchement des marais. On ne voit de prairies et de vignobles que dans le voisinage des villes et villages. L’éleve du bétail est la principale industrie des habitants; encore n’y mettent- ils ni l’activité ni l’intelligence nécessaires.
Le Valais est le vingtième canton pour le rang qu’il occupe dans la fédération; il a près de cent trois mille deux cents habitants , et il est divisé en treize dizains, savoir: Conches, Brieg, Viége, Rarogne, Louèche, Sierre, Ilérens, Contliay, Martigny, Entremont , Saint-Maurice, Montney.
Le haut Valais comprend les six premiers et la plus grande partie de celui de Hérens; les autres appartiennent au bas Valais. Jusqu’en 1798, cette portion du pays était gouvernée par les baillis envoyés par le haut Valais. Les Valaisans sont en général doux et bons , mais la superstition et la paresse rabaissent leur caractère. Sion est la capitale où s'assemblent les autorités. La religion catholique est ex‘ clusivement celle de l’Etat; c’est la seule qui ait un culte public. Le pouvoir souverain appartient au landrath ou diète composée des députés des dizains, au nombre de quatre pour chacun ; en second lieu , île l’évêque , dont le suffrage est compté pour celui de tout un dizain. La présidence de la diète et du conseil d’Etat appartient au grand bailli et au vice-bailli. Ceux-ci sont nommes par la dicte qui choisit dans son sein ou au dehors ; et ces deux magistrats, réunis au trésorier et à deux autres membres , composent le conseil d’Etat qui siège à Sion. En lui résident le pouvoir exécutif, le soin de la police, la décision des contestations administratives, la correspondance avec la diète centrale, les autres
cantons et l’étranger. II dispose de la force militaire quand le repos public est compromis a l’intérieur ou a l’extérieur : néanmoins ii est obligé de donner avis à tous les dizains des mesures qu’il a prises, et de convoquer une diète extraordinaire. La diète s’assemble régulièrement deux fois par an ; les membres du conseil d'Ëtat gardent leur place deux ans, et sont toujours rééligibles, à l’exception du grand bailli qui ne peut être réélu qu après deux ans d’intervalle. Chaque commune a un conseil municipal ; chaque dizain un conseil particulier qui fait les nominations qui lui sont attribuées , détermine les dépenses, répartit les charges entre les communes , et règle les affaires qui concernent le dizain.
Chaque dizain a un président et un vice-président ; ils convoquent le conseil , et sont de droit députés à la diète.
La forme du gouvernement est déclarée démocratique par la constitution promulguée le 12 mai 1815. Nul ne peut exercer les droits politiques s’il n'est âgé de dix - huit ans accomplis ; on n’est éligible qu’à vingt et un pour les fonctions de communes, à vingtcinq pour celles de dizains. Les aé-
Î lûtes à la diète sont nommés par es conseils de dizains; ils restent deux ans en place et son! toujours rééligibles : pour être nommé, il faut avoir rempli des fonctions législatives , administratives ou judiciaires dans le dizain , ou être gradue docteur dans les facultés de droit ou de médecine, ou «enfin avoir occupé le grade d’otficier dans les troupes de ligne. La diète a le pouvoir de faire grâce et de commuer les peines; il entre exclusivement dans ses attributions de faire battre monnaie. Le vice-bailli , le trésorier et les conseillers d’Etat, sont de droit membres de la députation de leurs dizains à la diète. La diète fait toutes ses nominations au scrutin secret. Il faut avoir trente ans accomplis pour être grand bailli , vice -bailli ou trésorier. Des cinq membres du conseil d’Etat deux doivent toujours appartenir aux dizains occidentaux, et
les trois autres aux huit dizains orientaux. Mais la proportion est loin d’être égale quant aux députés : ainsi , pour trenteieux mille cinq cents âmes , le haut Valais a trente-deux députés, et le bas n’en a que vingt pour une population de soixante -quatre mille sept cents. Cetétatdechoses a donné lieu jusqu’ici aux réclamations les plus vives.
Les hauts Yalaisans comprennent que si l’on mesurait la représentation à la population , ils ne seraient plus en majorité à la diète, ce qui va mal avec leurs idées de domination primitive.
D’un autre côté, les bas Valaisans se soucient peu des réformes partielles qu'on leur propose, et veulent une réforme totale fondée sur le principe de l’égalité. Ces dispositions pourraient bien, nn jour, compromettre le repos du canton par une sanglante explosion.
Voici comment est constitué l’ordre judiciaire. Chaque commune peut avoir un juge de première instance, sous le nom de châtelain , devant lequel sont portées toutes les causes civiles, et qui , dans certaines limites, prononce en dernier ressort. Les châtelains restent deux ans en fonctions , et sont rééligibles. Dans chaque dizain il y a un juge supérieur, sous le titre de grand châtelain; il a un lieutenant ou vicegrand châtelain. Il est nommé par le conseil du dizain , comme le châtelain inferieur par le conseil de la commune. Les conditions d’éligibilité pour les grands châtelains sont les memes que pour le député. Dans les dizains qui , pour la convenance de leurs communes , ne veulent pas de châtelain , le grand châtelain et son lieutenant peuvent remplir les fonctions de juge de première instance. Les appels se portent au tribunal du dizain, qui est composé du grand châtelain , du lieutenant et de huit assistants choisis par le conseil parmi les anciens grands châtelains ou châtelains et leurs lieutenants, les notaires et les hommes les plus recommandables par leur moralité et leurs lumières. Le tribunal prononce en dernier ressort jusqu’à une somme déterminée; il a aussi des attributions de police et de justice cri-
minelle ; l’instruction est faite par le grand châtelain assisté de deux assesseurs. Il y a un tribunal suprême [mur tout le canton ; il juge , en dernier ressort, les affaires civiles et criminelles , et il est nommé par la diète : la création de notaires publics fait partie de ses attributions. Ce tribunal choisit son présidept etson greffier, dont le premier a titre de grand juge. Les fonctions judiciaires et administratives ne son t pas i ncompatibles. L' État supporte les frais de l’instruction publique dans les collèges de Sion , Saint-Maurice et Brieg. Il ne peut être fait de changements à la constitution que quand ils ont été adoptés dans deux diètes successives, et décrétés à la majorité de trenteneuf suffrages. Le Valais donne douze cent quatre-vingts hommes au contingent fédéral; et, en considération des malheurs qui ont affligé ce pays en 1 798, la confédération n’exige en argent qu’une somme de neuf mille six cents francs de Suisse. L’évêque est élu par la diète valaisanne; il habite Sion, et s’appelle évêque de Sion. Ce sont les jésuites qui dirigent les écoles de Sion et de Brieg. Il y a beaucoup de couvents , sans compter ceux du Saint- Bernard et de Saint- Maurice; par exemple, des ursulmes, et des moines de l'ordre de Citeaux à Brieg.
Autrefois la superstition dominait tous les usages et toutes les lois ; ainsi l’on forçait le débiteur insolvable à s'asseoir" presque nu sur une pierre glacée; l’on intentait beaucoup de procès de magie et de sorcellerie. L’usage de la matze est connu : ou enfonçait des clous dans une pièce de bois, et ce signe de réprobation était porte devant la maison de celui qu'on accusait; la matze avait un avocatqui citait l’ennemi public; pour se justifier, il développait les griels de la multitude; alors il ne lui restait pins d'autre parti à prendre que de s’exiler; sinon son citât eau ou sa maison n’etait plus un asile qui ndt le protéger. Ainsi lurent traités les Rarogne, les Châtillon , les Supersax , etc. Nous avons eu occasion, dans le cours de cette histoire, de décrire Saint-Maurice et Pisse-Vaclie , ainsi
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que Martigny et Sion. Le Saint-Bernard aussi a fixé notre attention , et , grâce aux événements qui ont passé sous nos yeux, toute l'archéologie valaisanne a été successivement indiquée. Sion et sa double montagne occupent à peu près le rentre du Valais; le château de Tourbillon et le fort Valèreen chargent la crête; mais les rues de la ville sont étroites, sombres, malpropres , et la population est affligée de la présence d'impurs crétins , dont l’imbécillité et la laideur sont comme une insulte à la nature humaine. L’ermitage de Longehorgne est dans une vallée méridionale auprès de Sion. Il n’y a peut-être pas de pays où la religion ait mieux su profiter de la solitude pour élever l’âme au moyen des beautés de la nature; quand un torrent s’échappe d'une gorge solitaire, quand les bois tapissent des montagnes escarpées , on trouve toujours place pour loger dans le lieu le plus pittoresque une chapelle ou un ermitage. En pénétrant dans le vallon de Longehorgne, on aperçoit d'abord à la base de hautes parois qui de loin paraissent descendre dans le fleuve, des maisons de campagne, des vergers et des ceps dont les pampres touffus se mêlent et se croisent sans culture. Les habitations de Bramois sont éparses au milieu des prairies, et ses moulins tournent au bruit de la Borgne. Il faut en remonter le cours : là tout se rétrécit, se rapproche, s'élève ou s'abaisse ; on voit que les rochers tombés dans le torrent seront bientôt suivis d’autres encore. La demeure de l’ermite est taillée dans le roc, ainsi que le double cintre qui reçoit deux autels. Les degrés et la chapelle ont pris une teinte luisante d'un brun tirant sur le jaune. L'humidité est telle qu’on a été obligé de supprimer le couvent qui était dans ce lieu: on dit qu’en 1574 les moines moururent tous. Il n’y a pas dix ans qu’un ermite tomba nu fond de l’abime , parce qu’une chaise qu’il portait avait heurté le roc. fl y a trois cents ans, dit une jolie tradition, le torrent grondait seul au milieu du désert; mais, du fond de cette gorge, Sion 20* Livraison. (Suisse.)
entendait retentir une invisible cloche; elle annonçait toujours l’heure des oraisons ; et ce prodige, interprète de la volonté de Dieu même , ne s'arrêta ue quand la piété eut obéi à la voix u miracle.
Entre Sion et Sierre la nature semble avoir voulu faire de l’antiquité, en imitant , par une série de tertres, parfaitement semblables, les tombelles des Celtes et des Germains; mais les proportions en sont souvent si fortes que l'illusion n’est pas possible. Le bourg de Faren , celui dé Loueche et l'embouchure de la Dala offrent un bien bel aspect à celui qui gravit le chemin des bains. Tout à coup ce chemin se place au-dessus d’une paroi de rocher de plus de mille pieds d’élévation : une galerie le sillonne diagonalement comme une corniche inclinée : un petit toit abrite le voyageur contre les chutes de pierre. Deux taureaux , dit- on , se livraient un combat dans les prairies
?|ui dominent la Dala , et Pun d'eux ut précipité de toute la hauteur du roc dans la rivière. Le village des bains de Loucche est situé dans un creux au-dessus duquel la Gemmi parait s’élever perpendiculairement. Ses flancs sont inégalement rompus d'étage en étage. Les échancrures de leurs angles et quelques rainures parallèles en divisent la masse ; un sentier la contourne, sentier dangereux pour quiconque a des vertiges. On raconte qu’un étranger arrivant du canton de Berne fut tellement effrayé de l’escarpement, qu’il fit un détour de soixante lieues plutôt que de descendre vers le village, terme de sa route. Les bains sont très -chauds : on va chaque matin boire à la source; puis on se plonge dans un bassin coupé en quatre parties par une galerie croisée. On y est assis en chemise de flanelle, et la cure consiste à y siéger tous les jours une heure de plus, jusqu'à ce qu enfin l'on diminue la dose dans la même proportion. Une des merveilles du canton c’est le chemin des échelles qui établit une communication entre Louècheet le village d'Albiguon : elles sont au nombre de huit au-dessus d’un pré-
cipice affreux au fond duquel gronde la l)ala : les enfants , les femmes chargées de paniers, les ivrognes même y passent sans cesse sans qu'il v ait eu jamais d'accident. Quand on séjourne à Brieg, où l’on voit le premier pont de la belle route du Simplon , il faut visiter le cours de la Massa , rivière qui en franchit une autre à quelques centaines de pieds d’élévation : un aqueduc porte d'un roc à l’autre le torrent tout entier; là, il sert à l’irrigation des prairies, taudis que l’autre torrent, passant sous cette arche, suit dans le fond la direction que lui a donnée la nature. La route du Simplon , terminée en octobre 180U, avingt-cinq pieds de large; nulle part elle n'a plus de deux pouces et dem;