‹ L'UniversChapitre 8 sur 45 · L’UNI VT. R S · texte numérisé non relu

L’UNI VT. R S

l’abbave. Calixte II les soumit immédiatement à l’autorité du saint-siège, et en reçut l’hommage sur l'autel de Saint- Pierre. Le fondateur Conrad périt assassiné un jour qu’il accomplissait une’ mission de l'abbe.

Les fondations deSaint-Alban, près de Bâle, de Heilelav, d’Interlacken, et de beaucoup d’autres couvents , datent de celte époque. Alors les ducs de Zâhringen T outre leur qualité de protecteurs de Zürich, étaient landgraves de Bourgogne, et y exerçaient lesdroits impériaux. Ce pays s’étendait sur la rive orientale de l’Aar, depift, Aarwangen jusqu’à Thun. Berchtold de Zâhringen avait hérité ce landgraviat de son beau-père Rodolphe, car c’était un bien allodial ; en conséquence, il présidait aux assemblées , rendait la justice en plein air , faisait la revue des armes, escortait les voyageurs, percevait les péages , conférait les fiefs et battait monnaie, etc., etc. Une suite d’événements favorables vint développer cette puissance naissante. Ce fut a’abord la révolte de Renaud de Champagne, qui refusa de reconnaître aucune autorité sur la Bourgogne à Lothaire, empereur rcceminent élu. La race masculine de Conrad, qui avait soumis ce royaume à ses armes, était désormais "éteinte. La mort de Henri V avait été suivie du meurtre de GuillaumelII, comte de la Haute - Bourgogne ou Franche-Comté. De B à le aux rives de l'Isère , Renaud était suzerain de beaucoup de seigneurs. Il ne vint point à Spire faire son hommage à l’empereur. Celui-ci le mit au ban, et , voulant élever la maison de Zâhringen , pour abaisser les ducs de Souabe, il chargea de sa vengeance le duc Conrad, et l'investit de tout ce qu’il aurait à conquérir : Renaud fut vaincu et conduit captif à l'empereur, qui ne lui laissa que la Franche-Comté.

Le reste fut soumis au duc de Zâhringen; mais celte grandeur fut un instant compromise, lorsque, à J’avénement de Conrad de Hohenstaufen au trône impérial , le duc se déclara du

fiarti de son compétiteur. Déjà Frédéric, e neveu de l’empereur, avait pris Zü-

rich , ravagé le territoire et détruit hou nombre de cluUeaux. I,e duc de Zâhringen se soumit, et, grâce à ta médiation de saint Bernard, il reçut l’investiture, non seulement de ses anciennes possessions, mais encore d’une partie de celles de Renaud. Berchtold IV succéda à Conrad de Zâhringen. Bientôt moururent et l'empereur et Renaud; alors Frédéric de Hohenstaufen épousa Béatrix de Bourgogne , et posséda tous les états de Renaud :

les Zâhringen eurent le gouvernement des pays au-delà du Jura; ils administrèrent pour l’empereur le royaume •d’Arles , les chapitres de Sion , Genève et Lausanne. Le Valais obéissait à Pévéque de Sion. Othon , fils de l'empereur , gouvernait une partie de l’Argovie. Frédéric était le plus puissant seigneur du pays de Coire, qu'il tenait du comte de Pfüllendorf, oncle de l'empereur soir père, et beau-père d’Alnert de Habsbotirg, surnommé le Riche.

Berchtold IV fit entourer de murailles beaucoup de bourgades, et il bâtit des villes libres. Maître des fleuves et des chemins , il était intéressé à clever le produit des péages, en assurant, en multipliant les relations commerciales.

D’ailleurs la puissance des seigneurs ,

Î|ui se montraient trop souvent rebel es, ne pouvait que diminuer en présence ae bourgeoisies indépendantes.

L’amour de la liberté, l’appât du gain, le besoin du repos, réunirent bientôt de nombreuses populations. Le duc de Zâhringen leur donna des institutions semblables à celles de Cologne , et ce fut pour ce motif qu’on y portait les appels des causes difficiles et douteuses. Du reste , il y avait beaucoup de simplicité dans le droit : la justice était rendue, sous la présidence d’un prévôt, par douze ou vingt -quatre conseillers. Nul ne pouvait appeler son concitoyen devant un juge étranger, et nul étranger n'etait admis à déposer contre un bourgeois. La liberté individuelle était garantie, excepté dans les accusations de vol et de fausse monnaie. La cité pourvoyait à la gestion des biens des mineurs; le tuteur

infidèle était déchu de sa propre fortuue. Le conseil établissait de» taxes pour les comestibles , et il était interdit aux bouchers d'acheter du bétail dans les 15 jours qui précèdent la Saint-Martin, et dans les 15 jours qui la suivent, attendu qu'à cette époque les particuliers faisaient leurs provisions. On démolissait la maison du meurtrier, et le sol restait vacant une annee. Jamais le prince n’imposait à la ville l'admission d'un bourgeois; jamais non plus il n’empécbait personne de la quitter. Si un serf rhabitait un an sans que son maître l'edt réclame, il était libre. On ne devait le service militaire au duc mie dans les environs , et il fallait que chaque soir le guerrier prit coucher dans sa demeure.

Tels furent les principes généraux qui présidèrent à la formation des bourgeoisies. Fribourg en jouit en 1178.

Leduc voulait que, située au milieu des possessions des comtes de Neufchütel et de Gruyère, non loin des terres de l’évéque" de Lausanne , cette ville servît de citadelle à la noblesse inférieure. Il composa son territoire en grande partie des possessions de Paverne. Cet établissement naissant avait beaucoup d'ennemis; on fut obligé d’imposer, pour payer des soldats, les maisons et les couvents. Lès missives de Berchtold sont elles-mêmes une preuve de cet état de guerre : salut et victoire sur rennemi , dit-il dans une lettre.de 1179.

Quelques années plus tard (1191), Berchtold V suivit les exemples de son père : il battit les seigneurs qui se croyaient blessés dans leurs privilèges, et commença par fonder Berthoud et Moudon; mais voulant aussi prendre une position redoutable à ses ennemis, il jeta les yeux sur Berne, jusque-là simple hameau situé sur une colline que les eaux de l’Aar entourent. Dans le lointain , les Alpes présentent leurs cimes neigeuses au-dessus des rnontanes boisées, sur lesquelles on voit, ans les forêts, de nombreux châteaux forts. Berchtold chargea Cunon de Bubenberg de ceindre Berne de murailles.

Placée sous la protection immédiate de

l'empire , libre du joug des grands , la cité prospéra; un grand nombre de nobles y briguèrent le droit de bourgeoisie. Avec les Bubenberg, on y vit les Erlacbqui, deux fois , sauvèrent la patrie, et qui donnèrent à la ville sept bourgmestres. Il arriva des bourgeois de Zurich et de Fribourg en Brisgau ; les ouvriers, les commerçants y affluèrent. Les premières constructions furent en bois. Avant que le martyr saint Vincent frit patron de Berne, l’évêque de Lausannevbàtit une église en l’honneur de la Vierge.

Genève, quoique agitée, de querelles entre ses évêques et ses comtes, rivalisait, ainsi que Lausanne, avec Fribourg et Berne. La Suisse allemande voyait s’élever de plus en plus Bâle et Zurich. Quatre chevaliers et un certain nombre de bourgeois et d’artisans administraient Bâle sous l'autorité de l'évêque, qui chaque année désignait les électeurs parmi les chanoines, les chevaliers et les bourgeois, et qui nommait le bourgmestre. Bâle était alors la ville la plus considérable de toute l’Helvétie et de toute la Khétie. La grandeur de Zurich se manifestait de plus enplus : entrepôt de tout le commerce entre l’Allemagne et l'Italie, elle échangeait les fers , les vins , les harengs , pour les produits méridionaux; en même temps elle prenait dans ses relations avec la Lombardie, des idées libérales, qui de là se répandirent dans toutes les villes germaniques des bords du Rhin. Les prédications du célèbre Arnold de Brescia, disciple d’Abailard, y enseignèrent la liberté d’examen.

La maison de Savoie était devenue bien puissante et s’etait emparée d'une grande partie des biens de Saint-Maurice; il y avait eu plusieurs collisions déjà entre ses comtes et le duc de Zàhringen, qui n’hésita point à les attaquer de vive force, lorsque l’empereur Philippe, soit par erreur, soit qu’il voulut abaisser Berchtold , conféra Moudon à Thomas de Savoie. Les Valaisans avaient pris parti pour le comte de Savoie ; Berchtold alla les attaquer jusque sur le tirimsel : mais les sei-

gneurs, ses alliés, combattirent comme .vils craignaient d’accroître sa puissance par une victoire; il fut obligé de se retirer, et le pays demeura libre sous l’autorité du vainqueur Warin, évêque de Sion.

La Suisse germanique s’enorgueillissait de l’illustration toujours croissante des Habsbourg et des Kybourg, et il était évident qu’ils disputeraient à la Savoie l’héritage des Zàliringen.

Outre l’advoeatie de la riche abbaye de Seckingen, et par conséquent du pays de Glarus , les comtes de Habsbourg gouvernaient tout ce qui avait oliei aux Lenzbourg dans l’Argovie, tandis que les possessions que ces mêmes comtes avaient dans les montagnes, étaient échues aux Kybourg, qui bâtirent Diessenhofen , en lui donnant les droits dont jouissaient les villes des comtes de Zàliringen. Hartmann, qui en était le fondateur, créa aussi Winterthür. Les empereurs recherchaient l'amitié de ces seigneurs , qui brillaient dans les jeux chevaleresques, et qui souvent , le faucon sur le poing, se rendaient à cheval à leur eglise , où l’on donnait au cavalier un repas, au cheval de l’avoine, au faucon un oeuf.

II no.us reste à parler des illustres maisons de Rapperschwyl et de Tockenbourg. Les comtes de Rapperschwyl, dont la prospérité se fondait sur l'agriculture et sur les péages des extrémités de la Rhétie, habitaient •les déserts des Alpes; leur unique plaisir était la chasse, leur bonheur était concentré dans l'intérieur de leur château. Rodolphe un jour revenait d’une expédition lointaine; son intendant accourut au devant de lui ; à son air triste, le comte s'aperçut qu’il allait apprendre quelque funeste événement. «Dis ce que tu voudras, s’écriat-il, pourvu qu’il ne t’échappe pas un mot contre la comtesse ma bien-aimée, la joie de ma vie.» Le serviteur était prêt à l'accuser d’infidélité; il frémit deterreur, et dit qu'il craignait une irruption de l’ennemi , et que pour la prévenir, il convenait de bâtir une ville et un château fort à l’endroit où

les deux rives du lac deZürich se rapprochait : ce fut l’origine de Rapperschwyl.

Henri de Tockenbourg, non moins illustre par sa noblesse , et non moins puissant , ne tint pas une conduite aussi sage. Une fenêtre du château était restée ouverte , un corbeau enleva l’anneau nuptial de la comtesse Ida ; un de ses serviteurs le ramassa. Le comte l’ayant reconnu, courut chez Ida, la précipita du haut de la tour, et fit attacher le serviteur à la queue d’un cheval , qui le trqîna de rocher en rocher. Cependant la comtesse s’était suspendue à un buisson : la nuit venue, elle se débarrassa des ronces, se cacha dans la forêt, y vécut de racines , et fut enfin découverte par un chasseur. Son innocence était déjà reconnue. Les prières du comte ne purent la décider à revenir au château ; elle s’enferma dans le couvent de Fischingen , où elle mena une vie exemplaire par sa piété et sa résignation.

C’est sous la domination des ducs de Zâhringen que, pour la première fois, on prononce le nom deschwytz.

Jusque-là ce nom, qui devint celui de toute la nation , était tellement ignoré, que les religieux d’Einsiedeln purent le dérober à la connaissance de l’empereur. Cette petite peuplade habite les prairies qui s’étendent au pied du Hacken ; de noires forêts couronnent les montagnes, et, dans les régions plus élevées, des rocs décharnés semblent ceindre d'une muraille insurmontable la demeure de ces pâtres.

Quant à leur origine, l’histoire ne la connaît pas , la tradition l’entoure de merveilleux. C’est la Suède, c'est la Frise, en proie à la famine, qui expulsent le dixième de leur population. Le sort en décidait, et quiconque en était frapjJe, partait. Six mille hommes marchèrent entrois divisions. avec femmes, enfants fortune. Ils jurèrent de ne se quitter jamais. La victoire les enrichit : au bord du Rhin ils battirent Pierre de Franconie, qui voulait s'opposer à leur passage, puis ils supplièrent le ciel ac leur accorder une terre où ils pussent en paix garder

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leurs troupeaux , et le ciel les dirigea vers le pays de Brochenbourg , où ils bâtirent Schwytz. La population s’accrut; il fallut extirper les forêts, il fallut émigrer vers le Brunnig et remonter jusqu'à l'Oberhasli.

Telle est la narration locale : la certitude historique manque à ses détails, car la mémoire des peuples ne retient pas les dates. Ainsi rien de précis sur l’époque de cette émigration, ni sur cette famiue du Word :

la langue primitive des habitants de Schwytz s'est éteinte peu à peu , et il est bien des noms, bien des circonstances qui se sont effacés avec elle.

Cette peuplade a long-temps joui d’une entière liberté : une charte de Frédéric II , datée de 1240, atteste çju’elle s’est librement soumise à l’empire. Le .duc de Souabe y rendait la justice au nom du souverain ; du reste on se confiait en la protection des comtes de Lenzbourg. Les affaires majeures ne se décidaient qu’en assemblée générale et d’un commun consentement.

La nature même enseignait l’égalité.

On élisait un landamann, qui devait être de condition libre et de bonnes vie et mœurs ; la pauvreté n’était pas un motif d’exclusion; taudis qu’on recherchait pour juges ceux qui possédaient quelques biens. Les querelles de peu d’importance étaient jugées par sept ou neuf hommes ; on en appelait le double quand l'honneur était attaqué; enfin, quand il s’agissait de causes plus graves , le juge se faisait assister de beaucoup plus d’assesseurs, ou on les lui adjoignait. Il existait encore naguère un usage bizarre , celui de prendre, pour décider les petites affaires, les sept premiers passants.

Quant aùx jugements criminels, ils étaient rendus paries gouverneurs au nom de l’empereur.

Les premières habitations furent Schwytz , Altdorf et Stanz; peu à peu les bourgades et les églises se multiplièrent ; indépendantes les unes des autres, elles demeurèrent unies contre l’étranger , et l’on considéra toujours Uri, Schwytz, Unterwalden, comme formant une même population.

Leurs vallées s’ouvraient toutes vers le lac; mais l'Oberhasli se sépara peu à peu de cette petite fédération, et n’eut ni les mêmes amis ni les mêmes ennemis.

Heureux et inconnus, les futurs libérateurs de l’Helvétie furent dénoncés à l’empereur Henri V, par Gérard, abbé d'Einsiedeln : au sommet des plus hautes montagnes , leurs troupeaux rencontraient ceux du monastère ou de ses vassaux ; mais quand Henri II imagina de donner au couvent les solitudes voisines, les habitants de Schwytz les tenaient déjà de leurs pères , et l’on avait caché leur existence, afin de pouvoir d’autant plus étendre la donation. Ils refusèrent d’abandonner leur héritage, l’abbé les cita au tribunal des grands de Souabe. Schwytz n’y voulut point comparaître, alléguant que le pays ne relevait que de l’empereur.

L’affaire fut portée devant ce prince (1114) à Bûle; le comte Rodolphe de Lenzbourg défendait Schwitz, le comte Ulrich de Rappcrschwvl, prévôt d’Einsiedcln , parlait pour 1’aboaye. Vainement le monarque oondamna les pâtres ; forts de leurs droits , ceux-ci demeurèrent en possession , sans que, sous Henri V, ni sous les deux règnes suivants, on essayât de les inquiéter; et lorsque , trente ans après , Conrad voulut faire exécuter la sentence, les habitants répondirent que si la protection de l’empereur n’était bonne qu’à leur enlever les droits de leurs aïeux , ils sauraient bien se protéger eux-mêmes. En vain on les mit au ban de l’empire; en vain l’évêque de Constance les excommunia, cela ne les empêcha point de faire leur commerce habituel avec Lucerne et Zürich. Ils continuèrent à jouir de leurs pâturages , et contraignirent leurs prêtres à célébrer le service divin.

Frédéric Barberousse leur fit dire de ne se point inquiéter des moines, et de lui fournir leur contingent : aussitôt six cents jeunes gens de Schwytz passèrent en Italie pour combattre, sous les ordres du comte de Lenzbourg. Quand l’einnerêur fut excommunié , quand les foudres du concile

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de Lyon- frappèrent Frédéric II, il sc vit trahi par ses princes, par son chancelier et même par ses fils. Mais toutes ces punitions, tous ces dangers ne purent ébranler l’attachement des Suisses pour les Hoheustaufen.

Long-temps après la mort du dernier comte de Lenzbourg, ITnterwalden choisit pour protecteur Rodolphe de Habsbourg, aïeul de l'illustre empereur de ce nom. L’advoeatie de l’abbaye 'de Murbach , en Alsace, l’avait rendu puissant à Lucerne et dans ces contrées. Othon IV l'avait fait gouverneur des trois cantons forestiers. Ce Rodolphe eut principalement à rétablir la bonne harmonie entre l’abbave d’Einsiedeln et les habitants; il opéra une transaction. Les Suisses néanmoins souffraient impatiemment la suprématie de sa maison , qui , à tort' peutêtre, avait réclamé ce droit du chef des comtes de Lentzbourg. Les choses étaient en cet état, lorsque Berchtold de Zâhringen mourut. Il y avait 90 ans que durait la puissance de sa maison sur la Bourgogne; il y en avait 27 de la fondation de Berne , et cette même année vit naître Rodolphe de Habslmurg , qui fut empereur.

A la mort du duc de Zâhringen, ce fut son lieau-frère, le comte Ulrich de Kybourg, qui lui succéda pour ses possessions et ses droits sur la Bourgogne. Alors les domaines de Souabe échurent aux ducs de Teck et aux comtes de Furstemberg , ceux du Brisgau aux margraves de Baden , dont l’aïeul était lils du premier Berchtold. Hartmann de Kybourg, fils du comte Ulrich, s’unit à la fille de Thomas de Savoie ; Berne et Zurich furent entièrement affranchies, parce que leur sol était impérial. Fribourg, bâtie sur des terres héréditaires, eut pour la protéger une branche de la maison de Kybourg.

Quant au gouvernement de la Bourgogne, Henri, le fils aîné de l’empereur, en fut investi, et, après lui, plusieurs illustres seigneurs. .

Vingt années s'écoulèrent au milieu de querelles particulières sans importance. l.es habitants des campagnes se livraient avec sécurité à leurs travaux ;

les villes fondaient de plus en plus leurs institutions. Bâle devança toutes les autres par la bonne organisation de ses tribus et par les alliances qu’elle conclut avec les cités rhénanes, pour affranchir le pays des brigandages, des exactions rt des ravages de la guerre.

Soleure s’était formée, peu à peu, autour de l’église vénéree de Saint- Ours. C’est là que se réunissait la bourgeoisie : il y avait un conseil pour les petites affaires; celles d’uncplusgrande importance étaient décidées par les plus nobles et les plus honorés. Depuis deux cents ans, Schaffhousen était un hameau de bateliers, ainsique l’indique son nom, qui est l'équivalent de Schijhausen. L'abbé du couvent de tous les Saints l’entoura de murs et l’unit à la Thurgovie, en jetant un pont sur le Rhin. L’empereur v mit un gouverneur. L’abbé nomma chaque année un prévôt et des conseillers nobles; les autres étaient élus. Dans l’origine, la noblesse était fort puissante; mais les richesses lassèrent peu à peu à la bourgeoisie.

Berne, pendant long-temps, ne posséda qu’un pâturage et desdroils d’usage dans les forêts; mais elle sut résister à toutes les attaques, et s’éleva bientôt au même degré de puissancequ’autrefoisles Zâhringen. letons un regard sur sa constitution, elle nous expliquera sa prospérité. Pour gage de sa fidélité, il fallait que chaque bourgeois possédât une maison : tous s’engageaient a se défendre les uns les autres et à combattre pour la ville.

Chacun pouvait poursuivre, comme l’eût fait un parent, la mort d’un citoyen, soit qu’il en rendit plainte, soit qu’il eût recours au combat singulier : il y eut même, en 1285, un duel entre un homme et une femme, et la feninic remporta dans ce combat judiciaire. Les Bernois étaient majeurs a M ans; dans leur 15* année, ils prêtaient serment à l’empire , à la cité, aux magistrats. Il v avait deux cas ou ils pouvaient se faire justice à euxmêmes : le premier, quand on les atlaquaitdansleurdemeure; lesecond, quand l'étranger dont ils avaient à se

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plaindre venait dans leur ville. Droit de bourgeoisie et honneur étaient synonymes pour eux ; chez eux la justice consistait à faire prévaloir l'honneur delà ville. Autant ils étaient fiers envers les ennemis, autant ils étaient soumis à leurs parents : une loi voulait que le fils qui habitait avec sa femme la maison maternelle, laissât à sa mère la meilleure place au foyer.

Tous les ans on élisait le prévôt et les conseillers; mais pour décider des affaires militaires, de finance, de tutelle , de succession , on établit un hanneret (venner), et dans la suite, il y en eut quatre. Les jugements rendus à Berne ne pouvaient être infirmes que par la cour de l’empereur.

L’Oberland bernois était alors la propriété d'une multitude de seigneurs:

les comtes de Gruyères possédaient la vallée de la Sarine; le Frutigen passa des seigneurs 'de ce nom aux sires de Wadichwyl , puis à ceux de la Tour de Chatillon; Brienz et le Grindelwald appartenaient aux nobles de Stratlingcn. de Brandis, d’IJmspunnen, de Kinkenberg. Les montagnards d’Oberhasli avaient, comme ceux deSchwvtz, un landamann.Toutesces vallées étaient fortifiées. Lorsque le duc de Ziihringen eut créé Berne , il accourut de i'Oberland beaucoup d’hommes libres; il en vint de F Argovie et de l'Uechtland. Cependant plusieurs seigneurs, en briguant le droit de bourgeoisie , voulurent conserver leurs demeures fortifiées. Il en résulta une ligue, une association et des intérêts communs depuis Soleure jusqu’au sommet des Alpes. Ce fut le commencement delà grandeur de Berne, dont le territoire s’étend encore jusqu’au sommet du Grimsel. Elle ne tarda point à se montrer digne de cette origine et de l’alliance militaire que signala sa naissance ; et tandis que d’autres villes s’élevaient par les' lois, les professions, le commerce, Berne essaya ses armes contre les comtes de Kyuourg, porta la guerre dans la Suisse romande, devint arbitre de grands différends, exerça le pouvoir impérial et s’uiJt pardestrai-

tés à Fribourg, à Latipcn, à l’Oberhasli , à Bienne et aux villes rhénanes.

A la mort d’Ulricde Ky bourg, son second fils eut le gouvernement des pays qui obéissaient aux Zahringen. Bientôt le landgraviat de la rive orientale de l’Aar fut conféré en fief aux comtes de Bucheck ; le landgraviat de la rive occidentale advint aux comtes de Neufchâtel. A Lausanne, on avait accueilli avec joie la Nouvelle de la mort du duc de Zaiiringen. Berchtold de Neufchâtel, évêque, convoqua le chapitre, les chevaliers et la bourgeoisie, et, maudissant sa mémoire, remit l’évéché au gouvernement de la Vierge. Cette cérémonie s’accomplissait sur les ruines de la ville réduite en cendres trois ans auparavant. L’évêque avait voué une croisade, mais il ne voulait partir que quand la ville aurait été rebâtie. Pour reconstruire l’église, il fit faire des quêtes dans toute la chrétienté. C’est aujourd’hui l’un des plus beaux monuments du style gothique. L’évêque mourut le jour même qu’il avait fixé pour son départ. Cependant les comtes de Kybourg ne renonçaient pas à l’ad* vocat ie, dont il avait disposé en faveur de la Vierge; Ainion de Faucignv acheta leurs droits. Les élections à l’évêché causaient des troubles graves; le trône impérial ébranlé permettait aux grands de se disputer les dignités avec plus d’ardeur. F’n 1239, un parti choisit pour évêque Philippe de Savoie, un autre, Jean de Cossonaÿ. Le baron de Faucignv soutenait la’ prétention de la maison de Savoie ; en vain la paix fut négociée. Lorsque Jean de Cossouay eut pris possession de son évêché, Faucigny fit une nouvelle irruption dans Lausanne. Les citoyens de la ville haute se battirent contre ceux de la ville basse, qui devint encore la proie des flammes. Mille hommes de Berne et de Moral vinrent, au nom de l’empereur , prendre fait et cause pour Jean de Cossonaÿ; ils occupèrent la porte de Saint-Marius. Pierre de Savoie , de son côté, se précipita dans la ville à la tête de six initie hommes : le pillage, le sang, la dévastation étaient partout. L’autorité impériale

l’emporta; mais les comtes de Savoie devenaient de plus en plus redoutables.

Déjà ils possédaient dans le pays de Vaud plusieurs domaines ; déjà leur château de Chillon les rendait maîtres des abords du lac vers le Valais. Pierre de Savoie était le septième filsdu comte Thomas; il profita des troubles de l'empire pour accomplir de grandes entreprises; il avait toutes les qualités d’un chevalier , toute la sagesse qu’il faut à un prince, et ses contemporains admiraient en lui un grand homme.

Ce fut un de ceux dont le nom devint populaire, dont le souvenir se mêla à toutes les traditions. Voici ce que dit a son égard celle de Berne : « Notre « cité ne possédait pas au-delà de « l’Aar un pouce de terre pour y ap- « puyer un pont. On acheta un pré, « et l’on commençait à travailler; « déjà le pont s’avançait au milieu de o la rivière, quand tout à coup survint, « de la part du comte de Kybourg , « une interdiction de continuer les « travaux. Les bourgeois poursui- « virent leur entreprise les armes à la « main; mais comment résister au « comte de Kybourg? On était dans « la plus grande anxiété. Alors quel- « qu’un vanta l’héroïsme de Pierre « de Savoie, jeune prince sans états, * quoique frère depuissants potentats.

« Deux citoyens , déguisés en moines, « allèrent lé trouver à Chillon. Il ac- « courut et négocia avec le comte de «* Kybourg , dont le frère avait épousé « sa' sœur; puis il vint lui-même tra- « vailler an pont , pour encourager le « peuple par son exemple. Dans la « suite , cinquante jeunes Bernois le « rejoignant au moment où il allait « livrer une bataille, Pierre jura que, « s’il remportait la victoire, il ne re- « fuserait rien de ce que les Bernois « lui demanderaient. Dieu et nous « l’avons fait vainqueur. Alors le ban- « neret de Berne : L’or ni l’argent ne « pourraient nous séduire, dit-il ; niais « rendez - nous le titre qu’autrefois « vous donna notre ville. Soyez notre « ami , ne soyez plus notre maître.

« Pierre fut consterné de Cette de- « mande inattendue ; mais il avait

« promis : il remit aux Bernois le « titre qu’ils réclamaient , et fut , « jusqu'à sa mort, leur plus fidèle « allie. »

Quoi qu’il en soit de cette tradition, Pierre de Savoie affermit sa puissance à la faveurdesdésordresquialdigeaient le règne de Guillaume de Hollande.

Mœrell , dans le Valais, et, dans le pays de Vaud, Payerne, Vevay, Morat, recherchèrent sa protection. Il marcha contre l’évêque de Sion. s’empara de cette ville, en démolit les murs, détruisit les châteaux de Blaudra , de Mangenan , et vint jusqu’à Brigg et à GomDs. A son retour, il trouva les prélats assemblés à Saint-Maurice avec l’évêque de Sion et Jean de Cossonay , évêque de Lausanne , et reçut de leurs mains l'anneau du chef de la légion thébaine. Le comte ordonna que cet anneau resterait toujours en la possession de rutilé de ses descendants. Dans ce temps , il reçut foi et hommage du comte de Gruyères. Ulric d’Aarberg, de la maison de Neufchâtel , reconnut tenir de lui Arconciel et Illens, et le Valais conclut avec Berne une alliance de deux ans. Pierre imposa une amende de vingt mille marcs d’argent à Rodolphe , comte de Genève , qui avait refusé son hommage, eï,

Sour sûreté de la somme, il s'empara e ses châteaux.

Il avait passé sa jeunesse à la cour d’Angleterre, il était comte de Richmond , seigneur d'Essex et de Douvres.

Lorsque l’empire se divisa entre Alphonse de Castille et Richard de Cornouailles, celui-ci comptait principalement sur Pierre de Savoie , qui n'eut point de peine à se faire investir des droits des Kybourg à la mort du dernier de ces comtes. Les chroniques de la Suisse romande rapportent la tradition suivante : « Sous le règne de Ri- « chard, les hauts barons, qui sout- « fraient impatiemment la puissance « de Pierre, se liguèrent avec les « villes , et choisirent un chef qui les « conduisit contre Chillon; maisPierre » eut reco irs à la ruse , les surprit et « les soumit Le comte de Savoie par- « courut en tuîte toute la contrée.

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« s’empara de Moudon , prit Romont « de vive force et y bâtit la tour qui « porte encore son nom. Il éleva de

* ces tours à Morat, à Iverdun et en « beaucoup d'autres endroits. Puis il « comparutdevant lechef de l’empire; « son armure était moitié de fer, moitié

* d'or, parce qu'il devait ses états en

• partie à sa valeur, en partie à sa « richesse. Pendant son absence, les « comtes de Gruyere, de Genève et de

• Montfaucon , se révoltèrent. Mais « il accourut à la tête de troupes an- « glaises , et leur lit voir combien leur « résistance serait inutile. Enfin il « fonda la puissance des comtes de Sa- « voie sur le pavs de Vaud et jusque « Sur les pays allemands. Cette puis- « sance neanmoins ne s’exerça qu’avec ■ le concours des états. Le gouverneur « siégeait à Moudon. Dès que l’assem- « blée était demandée par l’intermé- « diaire des syndies de cette ville , elle « devait être convoquée dans les trois « semaines. On nomme, comme y ayant

* eu séance, le commandeur de Chaux, « le prévôt de Romain-Moutier, l’abbé « de Hautecrest , le prévôt de Payerne, « celui du Saint-Bernard et de Saint-

• Claude, etc. À la tête de la noblesse « étaient les comtes de Romont de « Gruyères et de îieufchâtel; enfin « venaient les représentants des qua- ' tre bonnes villes : Moudon , Iver- « dun, Morges et Nion, et ceux des « dix villes inférieures. »

La partie allemande n’ét-aitpas moins agitée des querelles de l’empire avec le saint-siège ; l’abbé de Saint-Gall se faisait remarquer par sa fidélité; il ne craignit pas d'attaquer Louis , duc de Bavière, et devint ensuite médiateur entre ce prince et l’empereur. A Zurich, le pape interdit le service divin; mais la bourgeoisie ordonna au clergé de quitter ia ville , s’il ne voulait s’acquitter de ses devoirs. De Sohwytz on envoya six cents hommes contre Diethelïn de Tockenbourg, au secours de l’abbé de Saint-Gall , Conrad de Busnang, et l’on combattit les Guelfes en Italie. Struthan de Winckelried fut armé chevalier par l’empefeur en récompense de ses ex-

ploits. C’est la première fois que ce grançl nom paraît dans l’histoire.

Au vieux Rodolphe avait succédé dans l’advocatie de Schwytz, Albert de Habsbourg, qui, de son union avec Helwige de Kybourg , eut pour fils Rodolphe , l’illustre guerrier de l’interrègne , le grand empereur , qui rendit au trône tout son éclat. D’abord il n’eut que le landgraviat d’Alsace et le comté de sa femme dans l’Argovie.

Rodolphe se sentait dominé par une ambition invincible; il avait le caractère bouillant, impatient, et son ardeur pensa le perdre. Il n’avait pas quarante ans , que*déja il était odieux àsa famille, déshérite par le frère de sa mère, et excommunié par l'Église pour la seconde fois , car il venait de briller le couvent de Sainte-Marie-Magdeleine dans un faubourg de Bâle. C’est sans doute pour se racheter de cet anathème qu’il marcha contre Ottocaire.

roi de Bohême , et contre les incrédules de Pnfsse , qui , pojir garder leur liberté et leurs dieux , soutinrent contre les chevaliers de l’ordreTeutonique une guerre de 50 ans. Il vint ensuite se mettre au service de • l’évêque de Strasbourg , qui .était en guerre avec cette ville : 1e but de Rodolphe était d’obtenir qu’il lui fit rétrocession des biens que Hartmann de Kybourg son oncle avait conférés à ce siège d’une manière irrévocable, pour le punir d’un outrage qu’il en avait reçu. Mais comme l’évêque ne faisait rien pour Rodolphe, il lui signifia de chercher ailleurs ses défenseurs et prit parti pour la ville contre lui. Colmar et Mulhausen tomlièrent en son pouvoir, et Gauthier de Géroldseck n’eut plus de repos jusqu’à sa mort : Henri , son successeur, comprit le danger qui le menaçait, et rendit la donation. Le vieux Hartmann vivait encore ; il supplia Rodolphe de venger son honneur contre les habitants de Wijiterthur, qui avaient abattu son vieux château presque sous ses yeux : Rodolphe ne se fit pas attendre : mais tandis qu’il marchait, ce dernier des Kybourg, landgrave de Thurgovie, fermait les yeux ; alors vinrent de Baden , de la

Thurgovie, de la Rhétie une multitude de quoi se nourrir. Rodolphe avait de nobles, des prélats, des abbés, des passé sa jeunesse dans les combats; magistrats. L’héritier de Kvbourgren- son caractère, ni les circonstance» ne dit les derniers devoirs à son oncle, comportaient un retour à des idées reçut l’hoinmage de ses vassaux et pacifiques; d’ailleurs ses ressources ne pardonna la rébellion de Winterthur. suflisaient pas à ses dépenses, car il C’est ainsi qu’en un jour il acquit plus ne possédait, dans la plupart de ses de domaines que ne lui avaient valu domaines, que le droit d’aavocatre. Ce de conquêtes tous ses exploits passés, droit il l’exerçait à Aarau, à Baden, Rodolphe de Habsbourg était de. à Bubicon, à kellingen , à Windisch, taille élancée, ses membres étaient à Sursée, efc., etc. Telle était la liberté assez maigres , son front dégarni de de ces temps-là , que |>eu de princes se cheveux, son nez très-aquilin ; il avait soucieraient aujourdnui de la puisle visage pâle, l’expression de la phy- sance de leurs ancêtres, si elle était siononue sérieuse;’ cependant ses ma- restreinte dans les limites où iis en nières étaient si prévenantes , que dès . jouissaient. Il eût été facile à Rodoll’abord il inspirait la confiance. Dans plie d’opprimer les villes, de leur prenses premières expéditions, comme dans dre leur territoire , de seconder la nota suite, lorsqu'il supportait tout le blesse: il lit tout le contraire; il se

iioids des affaires publiques, il aimait déclara le protecteur des bourgeois et a plaisanterie. Du reste, la plus grande des campagnards contre les grands, simplicité dans ses moeurs; jamais il Parmi eux il eût trouvé îles rivaux de

ne mangeait de mets recherchés, et il naissance et de richesse : non moins

se montrait encore plus sobre de bois- guerriers, les citoyens des villes obéisson; dans les champs, il se nourrit soient plus volontiers à son comman-

plns d’une fois de carottes qu’il venait demerit ; ils subissaient la discipline ,

d’arracher. Il portait habituellement condition essentielle de la victoire, et

un vêtement bleu , et ses guerriers le leurs lois elles-mêmes les avaient acvirent souvent le raccommoder de coutumes à l’ordre , taudis que dans cette même main qui avait gagné tant leurs relations sociales, ils avaient pris, de batailles. Rodolphe eut des enfants plus de finesse, plus d’aptitude aux* de Gertrude, de la maison de Hohen- stratagèmes, aux fausses attaques et bourg; on ne dit pas qu'il lui ait tou- aux ruses de tout genre qui souvent jours été lidèle ; mais il apportait de la prévalaient dans ces guerres anciennes, modération jusque dans ces écarts, et Le comte Henri ae Rappersch wvl , le temps ne lui manqua jamais ni pour après avoir parcouru la terre sainte le travail, ni pour les grandes actions, et l’Égypte avec Anna de Homberg sa Quand lui advint la riche succès- femme, fonda, sur les bords de la sion de Kybourg, l'empire était dans Limmath, le monastère de 'Wettineen, l’état le pins déplorable. Richard de et lui donna plusieurs possessions dans Cornouailles, qu’il ne reconnaissait le pays d’ U ri. L’abbé s'étant refusé à pas pour empereur, était le prison- payer les charges publiques, il avait nier de Simon de Montfort. Nufprince fait appuyer scs prétentions par l’emn’avait assez de puissance, de sagesse pereur. ï.cs habitants ne voulurent ou de crédit pour occuper le trône des pas se soumettre à ces prétentions du souverains dont le second Frédéric clergé; ils se liguèrent avec Zürich. avait terminé la série. Le lien social qui s’engagea à protéger leurs vallées semblait rompu ; il n’y avait plus d’u- contre toute incursion , à faire même nité, plus de surveillance ni d’auto- des expéditions communes contre les rité. l.a force du corps ou le nombre châteaux. C’était le temps où Eccelino des soldats l'emportaient toujours. Les di Romano, célèbre Gibelin, ébranexcès et les désordres de ces soldats lait de ses exploits l’existence de touétaient tels , qu’il ne restait plus aux tes les villes guelfes. Ces divisions pillards de quoi piller, aux guerriers s’agitèrent jusque dans Uri; il n’était

SUISSfc.

plus possible d’arrêter l'effusion de sang. Rodolphe de Habsbourg fut appelé; il se ht assister de quatre seigneurs, et l'on jura la paix. Chaque parti donna vingt otages; cru* qui oseraient l'enfreindre, encourraient de plus une amende de cent vingt marcs d’argent, la perte de l’honneur, celle des privilèges de noblesse. Zürich avait lait de Rodolphe son capitaine; ce fut pour lui l’occasion de guerres continuelles avec les comtes de Rapperschwyl, de Tockenbourg, de Regenslierg, avec l'abbé de Saint - Gall , et Henri de Neufchâtel , évêque de Bâle, qui tous étaient unis de fiefs ou de. parenté. Quelques-uns enviaient à Rodolphe Ta succession de Kvbourg , à laquelle ils étaient aussi appelés par le sang.

Les comtes de Regensberg avaient de vastes possessions le long du Rhin dans le Klégau , sur les bords de la Limmath, autour du lae de Zürich, et jusque sur le Rrunnig. Une députation de la bourgeoisie de Zurich fut mal accueillie : « Votre ville, dit le seigneur, est entourée de mes possessions , comme le poisson est enveloppé dans le filet ; soumettez-vous , je vous gouvernerai avec douceur. » Aussitôt ou eut recours à Rodolphe; il ne se fit pas attendre : son arrivée remplit de terreur Lutold de Regensberg et ses alliés. Bientôt on lui dit que Rodolphe allait faire le siège de son château; pour se défendre, il fit des efforts très-dispendieux, réunit des troupes, fit des provisions, le tout en pure perte : Rodolphe n’avait voulu que détourner son attention. Il le trompa souvent par de faux rapports sur ses projets; puis tout à coup il se jeta sur son château de AVulp, qu’il eût été facile de garder, le prit et le msa. Lutold engagea plusieurs de scs domaines, et fortifia ses châteaux de b Limmath et des environs de ZÜ-* rifh, au point qu’ils paraissaient imprenables. Alors Rodolphe fit diversion : il jugea que le temps apporterait quelque peu de relâche à cette vigilance extraordinaire ; en attendant il alla mettre le siège devant Ueztnbcrg,

3* Livraison. (Suisse.)

pour affranchir le commerce d'Italie des exactions des comtes de Tockenbourg, maîtres de ce fort. Ce siège s’e prolongeait; Rodolphe allait le lever, en rendant hommage à la prévoyance de l'ennemi , qui avait si bien approvisionne la place. Les bravades trahissent quelquefois l'impuissance de leurs auteurs; du haut des tours on jeta aux assiégeants des poissons vivants. Le comte de Halisbourg vit par là qu’un sentier devait conduire du rocher à la rivière; il le découvrit et prit Uezenberg. Il s’empara ensuite de Baldern sur l'Albis : ses cavaliers eurent ordre de prendre des fantassins en croupe; ceux-ci se cachèrent dans les broussailles, et quand la garnison île Lutold se mit a la poursuite des cavaliers, qui étaient peu nombreux, ees hommes

filacés en embuscade entrèrent dans e château. Ce fut aussi par ruse que Rodolphe prit le château de Glanzenberg, qui domine la Limmath. Il cacha dans des bateaux qui passèrent rapidement à la vue de ce fort , des guerriers qui en sortirent inaperçus :

tout aussitôt, les bateliers jetèrent des vêtements à l’eau , et crièrent comme s’ils eussent souffert un naufrage; les soldats du château accoururent , croyant faire un riche butin ; mais l'embuscade saisit le moment favorab-e et le château passa au pouvoir de l'adroit vainqueur, li ne fut pas moins habile pour se rendre maître d’Uetlibourg, vieux château qui s'élève audessus de Zürich : tous les jours il en sortait douze cavaliers montés sur des chevaux blancs, et ils dévastaient toute la contrée. Rodolphe acheta secrètement douze chevaux pareils, se tint informé de l'instant où l'expédition était sortie, puis, ii la chute du jour, feignant d'être poursuivi par les habitants de Zürich . i arriva rapidement aux portes du château , et la garnison trompée se hâta de lui en ouvrir les portes.

Voici un trait d’un genre différent .

il prouve combien Rodolphe était plein d’une noble confiance en lui-même. Il était en guerre avec l’abbé de Saint- Gall, qui était venu au château de

Wyl , pour faire de là une incursion sur les terres de Kybourg, Rodolphe ayant négligé de rendre lui et hommage a raison de ci Iles qui relevaient de l'abbaye. l’Iris de neuf cents chevaliers célébraient la fête de l'cveque, quand tout à coup on annonça le comte de Habsbourg: l'abbé ne lit qu'en rire, croyant que c'était quelque plaisanterie; mais sa surprise lut grande quand il vit, en effet, entrer Itodolphe, qui était parti de Bille, suivi seulement île deux chevaliers. «Seigneur abbé, dit-il, j'ai des liefs qui relèvent de votre saint. Vous savez pourquoi j’ai négligé de les recevoir, c'est assez de discorde; je m'en rapporte aux arbitres, et je ne suis venu que pour vous dire qu'il n’y aura jamais de guerre entre l'abbé de Saint-Hall et le comte de Habsbourg.» Cordialement accueilli, il se mit a table, et raconta une aventure qui venait d'ensanglanter le carnaval de Bâle. A la su te de quelques excès de la part de la jeune noblesse, les bourgeois avaient massacre plusieurs chevaliers; d'autres avaient été obligésde fuir. Rodolphe ajouta que, quelque diflkile que fût sa position , il négligerait toutes scs autres querelles, plutùt que de souffrir cot excès d'insolence, et qu'il saurait châtier ce peuple et son évêque, l.es assistants jurèrent que c'était la querelle de la noblesse entière, et l’on marcha contre Bâle, qui fut obligée, après des pertes considérables, d’acheter la paix. Toutefois cette paix ne fut pas de longue durée. L’éveque détruisit le ■château d'Ottmarsheim , ravagea une petite ville d’Alsace et refusa d'en donner satisfaction. Rodolphe revint mettre le siège devant Bille* il occupait la hauteur de Sainte-Marguerite, au \ il-

lage de Binningen, que l’on croit être l’ancien Arialbinum des Romains. I u jour qu’il faisait le tour de la place avec une suite peu nombreuse . les assiégés exécutèrent une brusque sortie, et il in dutson salut qu’à la rapidilétle son cheval, l’eu de temps apres. Henri de Papnenheim, maréchal, et 1 rederic de Holienzollern , hurgrave de Nuremberg, vinrent annoncer qu'au nom

de l'assemblée des électeurs, Louis, palatin du Rhin et duc de Bavière, avait proclamé Rodolphe roi des Romains, et l’avait mis a ia tête de l'empire germanique , en considération de sa vertu et de sa sagesse. Rodolphe en fut plus étonné que ceux qui le connaissent. Les Rtilois le prièrent d'entrer dans leur ville; il oublia le passé, leur pardonna, et se rendit àBrisach, ou l'attendaient sa femme et tonte la noblesse d’ A rgov ie, ai nsi que les députés de Zurich et des villes; puis il courut à Aix-la-Chapelle, pour y recevoir des mains de l'archevêque de Cologne la couronne de Charlemagne. Son règne fut bienfaisant pour la Suisse; il accrut la prospérité des villes et leur conféra de nouvelles libertés. Zurich surtout demeura l’objet de sa prédilection ; cent hommes de dette ville le suivirent contre Ottocaire. Il pardonna a Berne de s'être emparée des revenus de l’empire; il conféra à Lucerne, jusque - la propriété de i’abbave de Murhaeii , les droits de Berne ; il en lit jouir aussi Laupen , et obtint pour Mienne les libertés de la viile de Bâle. Ce fut lui qui rendit à l'empire Mulhutisen , que quelques années au paravant il avait al franchie du joug île l'évêque de Strasbourg. Il ne se montra pas moins libéral envers la noblesse et le clergé. 11 éleva au rang des princes de l’empire, l’abbé d’Einsiedeln et l'évêque de Lausanne.

Rodolphe était venu dans cette ville pour assister à la dédicace de la cathédrale. Grégoire X accomplit cette auguste cérémonie en présence d’un grand nombre de princes et de prélats. Le luxe déployé dans cette occasion fut pousse a l’extrême: les vêtements de Rodolphe coûtèrent neuf cents marcs d'argent, plus que n’ên avait en reveuus le plus riche seigneur. On cite encore Ulrich de Gutingen, abbe de Saint-fiall, qui, pour payer son hôte, fut oblige de vendre à la maisonde Habsbourg sa seigneurie de ( J runingen. L’empereur conçut la grande pensée de reconstituer le royaume de Bourgogne en faveur de H ri marin son bis, et conféra ses droits sur ie

SUISSE

royaume à Charles d’Anjou

son gendre.

Cependant la puissance de la Savoie grandissait toujours. Pierre , en mourant avait laissé le gouvernement du pays à son frère Philippe , et les Ber- * nois, fatigués de l’anarchie etdc l’interregue , s’étaient rangés sous sa protection, jusqu'à ce qu’eu deçà du Kliin, un roi ou un empereurdevîùt assez puissant pour qu’on lui püt obéir avec sécurité, en lui payant les droits demonnovage et d’appel. L’archevêque de Besançon lui concéda, comme biens inaliénables, la ville et le château de Nion. Laupen, Morat et le cl îâ tenu impérial de Gummineii reconnurent son commandement; en un mot, la maison de Savoie devenait aussi puissante dans la Suisse française que celle de Habsbourg l’était devenue dans la Su iss»

allemande. Une collision semblait inévitable. Le pape et Édouard d’Angleterre parvinrent à l’empêcher, quand les Bernois se rangèrent sous l'autorité de Rodolphe ; mais la guerre n’en éclata pas moins quelques années plus tard , et voici a quelle occasion :

Philippe avait épousé Alix, de la maison de Franche-Comté: or, l’advoeatie de Porentrui, à laquelle prétendaient les comtes de Ferrette et de

Montbéliard , relevait de cette maison.

De son côté, l’évêque de Bâle, qui avait acheté cette contrée pour le chapitre, leur disputait cette charge. Ün se mit en campagne, et l’évêque fut battu parOtton, comte de la Haute-Bourgogne, Renaud de Montbéliard et Tliiébaud de. Ferrette. Ils se mirent en possession de Porentrui, sanssesoucierdes ordres de l'empereur. Rodolphe les en expulsa et les poursuivit jusque sous Jes murs de Besançon, ou il battit de nouveau les comtes. La place était imprenable , Rodolphe fut donc fort content de l'occasion que Fribourg lui offrit, de ma relier contre Philippe de Savoie , beau-père du comte Otton.

Le comte Kberhard de Habsbourg- Lauftenliourg avait vendu à l’empire les droits qu’avait sur cette ville sa femme, fille du comte Hartmann; mais Marguerite de Savoie , veuve du

premier Hartmann, se crut lésée: les revenus de Fribourg lui avaient été destinés en mariage il y avait 63 ans.

Philippe de Savoie son’ frère, qui espérait se prévaloir un jour d’un droit de succession, imposa, sous prétexte d’indemnité, de nouveaux droits à la ville. L’empereur alors lui envova l'évêque de Lausanne , pour lui luire des représentations, auxquelles il répondit en vieux guerrier qui n’a rien perdu de son ardeur. Une expédition des troupes impériales dans la Suisse romande en fut la conséquence iindiate; on mit le siège devant Payerne; on s’avança jusqu’à Lausanne, celui qui lit paraître le plus de valeur, Celui dont les exploits obligèrent Philippe à la paix, ce fut le jeune Hartmann, le fils de l’empereur. Quoiqu’il ne fut pas l’ainé, Rodolphe espérait le faire monter sur le trône impérial; Edouard d’Angleterre voulait lui donner sa fille; mais le prince, à peine âgé de 18 ans, périt avec toute sa suite. Il naviguait sur le Rhin, pour rejoindre son pore; le fleuve, auprès de Brisach , est entrecoupé d’îles nombreuses. La nacelle s’engagea dans un tourbillon , elle heurta contre un arbre et chavira vis-à-vis de Rhinau.

Hartmann était parvenu à se rendre maître du courant ; mais il voulut sauver un de ses compagnons, et partagea le sort de tous; ainsi Rodolphe se vit frappé dans ce qu’il avait de plus cher, et, huit jours après, ii investit ses deux autres fils de ses fiefs d’Autriche.

Rientôt une seconde guerre éclata :

Philippe de Savoie avait chassé de Lausanne et l’évêque et la noblesse, dont il fit démolir les maisons. Sourd aux ordres de l’empereur, il ne céda que quand celui-ci , après des actions d’une audace extraordinaire , eut pris Morat et réduit Payerne. Les médiateurs de ce nouveau traité furent le pape Martin, la reine Marguerite, veuve de saint Louis, et le roi Edouard. Le comte de Savoie abandonna Payerne et Morat, et désormais il se vit contraint de renoncer à ses vues sur Fribourg et Lausanne; mais ii fut reçu * 3.

3gie

sous la protection de l’empire, avec le titre de fidèle prévôt impérial.

Après la mort de Philippe , son successeur Amédée affermit la puissance de la Savoie par son intervention dans les affaires de Genève, où le comte Aymon s’était permis contre lu bourgeoisie et l’Église, des usurpations que son frère Robert, l’evéque, ne savait pas arrêter. Le clergé et le peuple invoquèrent l’autorité du comte de Savoie.

Amédée répondit a ce qu'on attendait de lui; mais après la mort d’ Aymon et de Robert, Guillaume de Conllans étant évêque, il ne voulut point quitter le château fort situé dans l'iie du Rhône , et prétendit conserver les droits qu’Ayinon exerçait en qualité de vicedomè, jusqu’à ce qu’on lui eût payé les frais de la guerre , ou’il n’évaluait pas à moins de 40 mille marcs d’argent. Kn vain l'évêque l’excommunia : Amédée en appela au saint-siege.

Aidé des intrigues de son parti , il parvint a conclure une transaction fort avantageuse, en vertu de laquelle il acquit le titre de vicedonie , ce qui lui donnait .à Geneve presque toute l'autorité juridique et commerciale ; or Genève était a cette époque le centre du commerce entre l'Allemagne, la France et l'Italie. Cependant le comte de Genève, aidé du dauphin, fit une irruption dans la ville. L'évêque , de peur qu’on ne le crût d’intelligence avec lui , se hâta de l’excommunier.

Expulsés de Genève, les soldats du comte prirent dans le Faucignv beaucoup de châteaux; i\ion se joignit à eux. On soupçonnait les intentions de l’évêque; on pénétra dans sa maison, on massacra sous ses yeux plusieurs des siens. Il s’enfuit dans une église, et de là dans le jardin des dominicains. Ces troubles firent émigrer beaucoup de Genevois , qui n’étaient ni pour le comte de Savoie, ni pour son adversaire; ils s'établirent à Vallengin. Vers le même temps, Rodolphe ayant reçu à foi et hommage le cou té de Neufchdtel, en conféra la suzeraineté à son beau-fière, Jean de dirions, l’un des plus riches seigneurs de la Haute-Bourgogne. Les princes d'O-

range descendent d^Ble illustre lignée. L’empereur li^rossi une expédition contre Otton, palatin deHaute- Rourgogne, qui voulait rompre ses liens avec l'empire, pour s’attacher à Philippe-le- Bel. L'armée du comte était protégée par le Doubs, Rodolphe le franchit ; et comme le roi de France n’envoyait pas de secours, il y eut un traité conclu par l'intervention de Robert, duede Bourgogne, frere de l’impératrice, et par les soins de Guillaume deChampvent, évêque de Lausanne, et toutes choses demeurèrent en leur état. On était alors occupe à combattre Berne; voici à quelle occasion : un enfant avait été tué; la superstition en accusa les juifs : quelques-uns furent mis à la question et roués, tous bannis. Ils invoquèrent l'autorité dg l'empereur, qui ordonna leur réintégration. On n'y déféra point , et vers la lin de mai 1288, Rodolphe, qui avait aussi à soumettre Otton, parut devant Berne a la tête de quinze mille hommes, et campa sur l’isthme de la presqu'île; nr/is les murailles d'une part, l’Aar de l'autre, en.' n l'escarpement , paralysèrent tous les efforts dél'armée impériale. Kn vain des masses de bois cnllammé et de soufre brûlant furent dirigées vers le pont, ces brûlots échouèrent contre des palissades. On ne put nas davantage mettre le feu à la ville, quoiqu'elle eût élé récemment reconstruite en bois à la suite d'un incendie. On n’avait point d’argent pour subvenir aux frais d'une armée permanente; la ruse et la force avaient échoué, il fallut donc se retirer. Les Bernois passèrent le reste de l’année en expéditions contre les seigneurs de l’Oherland; ceuxci sc retranchèrent vainement derrière des ouvrages qui fermaient la* vallée, du pied du Stockhorn à celui du !\iesen; cette porte du pays, comme on l’appelait, fut enfoncép, et les châteaux de AN iminis et de Jngberg furent pris. Frappé de si beaux exploits, Antoine de Blunkenhourg, qui gardait Jagberg, se fit Ivourgeois de Berne, et s’y maria. Il ne doutait pas que les plus hautes destinées ne lussent ré-

suisse. $r

servies à une ville dont les citoyens étaient aussi libres, dont les guerriers étaient aussi valeureux. Ici la nature est grande, et sa majesté devait communiquer aux actions des hommes un caractère d'élévation et de dignité.

Les bords riants du lac de Tlioun contrastent avec les immenses montagnes qui le dominent; c’est entre le Slokhorn et le Niesen que iaKauder lui amène rap dement les eaux des vallées voisines.

l.e Stockholm, à la rime acérée, à la cr upe large et massive , est comme la limite des Alpes; il s’élève de G/67 pieds au-dessus du niveau de la mer et de 4987 au-dessus du lac. A enté de lui le Niesen s’habille d’une noire forêt et relève sa crête encore plus haut. La Sibne, la Kauder mugissent a leur pied. Plus loin l’Abendberg continue cettecbaine vers l'Oberland ; plus gracieux, moins élevé, il offre sa base aux battements des vagues du lac,tandisque des troupeaux se reposent sur son plateau. Non loin de là, on admire, on aime la vallée à travers laquelle l’Anr roule son onde du lac de Rrienzii celui de Thoun. IMais notre récit nous ramène a Berne, nous arrache à ces beaux lieux, dans lesquels notre imagination séjournerait à jamais, lors même que nous ne les aurions aperçus que quelques instants.

Au printemps de l’année suivante, en avril, Brugger , banneret de Berne, était assis sur le pont ; tout à coup il remarque une troupe étrangère : cet homme intrépide saisitsa bannière, appelle les bourgeois de sa rue et attend l’ennemi de pied ferme. C’était Rodolphp, le (ils de l’empereur, qui amenaild’ Argovie des troupes nombreuses.

Brugger vendit chèrement sa vie, les Bernois eurent le temps de s’avancer.

Quand ils accoururent. Walode Gruyères apercevant la bannière aux mains des ennemis, se jeta au milieu d’eux en désespéré, la leur arracha et la r;i|)porta toute sanglante et toute déchirée; depuis lors, l’ours qui y était peint fut représenté dans un champ rouge en scie blanche; cela signifiait que la bannière avait été reconquise au prix du saug d-s citoyens. Les Im-

périaux regardèrent leur expédition connue avortée, et In guerre fut abandonnée. Les juifs ne furent reçus qu’après la mort de Rodolphe , et après avo r payé 1500 marcs d’argent (mur indemnité du mal que la ville avait .

souffert par leur faute.

Saint-Gall avait été agitée par la discorde. L’abbé Kert oldde Faikenstein, que Rodolphe avait autrefois ahordé \ si franchement, u’ existait plus : un arti avait choisi Henri de AVartenerg, un autie Ulrich de Guttingen:

leurs disputes, les dilapidations des biens les plus précieux , la vente des vases sacrés , importent moins a l’histoire que la perfidie de Reinbold de Ramstein, leur successeur, envers les habitants d’Appei zell. Ce canton s’était formé de rétablissement d'une chapelle au milieu des pâturages alpestres, et son nom meme réxèle cette origine. La population s’était accrue considérablement ; suivant l'exemple des autres vallées , elle s'était créé un landamnnn : c’était Hermann de SchaMifnbüh!, de noble maison. L’abbc avait donné sou assentiment à l'élection. Il invita le landamann à le xenir trouver à son château de Clanx , qui domine Appenzell; mais une fois qu’il y tut entré, il le retint captif jusqu’à sa mort; puis il préleva soixante-dix marcs d'argent sur ses biens, comme si son ame elle-même eût été sa prisonnière, comme s’il eût prétendu s’en faire payer la rançon!

Le successeur de Reinbold était de l’illustre maison de MonM'ort, issue de Fortifels, près de Werdenberg.

L’évêque de Coire, son frère, avait contribué beaucoup à son élection.

La puissance de Rodolphe était alors florissante: il aimait à s’entourer des rands' de l’empire ; mais les revenus e Saint-Gall et la fortune de Montfort ne compoitaient pas de grandes dépenses, et l’nbbe se hâta de regagner sa solitude. Malheureusement il n'en donna pas de motifs suffisants, et l’empereur crut voir dans cette retraite un acte d’hostilité à sa personne. L'abbé vivait fort simplement, voyageait souvent en France , en lta-

üe, et ne se faisait snivre que d’une ou deux personnes. Cette économie^évère indisposa' les religieux, qui y virent la critique de leur luxe. Ils l’accusèrent, et Rodolphe n'était que trop disposé à écouter leurs plaintes : un légat fut chargé de les examiner ; et quoiqu'au fond il n’y eût rien à lui reprocher, Guillaume de Monfort fut * mis au ban et excommunié. L’abbé, doué de beaucoup de fermeté, ne s’en émut point : alors des expéditions furent dirigées contre lui ; on envahit ses terres. Schwarzenbach avait été érigé en ville par l’empereur, on lui permit d'attaquer l’abbé ; mais celui-ci s’en empara. Toutefois, se voyant abandonné de ses amis , qui cédaient l’un apres l’autre à la puissance de Rodolphe, il prit le parti de se soumettre. Quand il arriva , l’empereur jouait aux échecs et 1e reçut fort durement. l.es négociations furent rompues, parce qu’il exigea qu'on lui livrât je château d'Iberg: l’abbé préféra . subir la colère de l’empereur, qui ' int lui-méme à Saint-Gall pour y établir un nouvel abbé, et pour lui enlever le |>eu d’amis qui bu restaient.

Cependant Frédéric de Montfort, évêque de Cidre, et Henri de Busnang , gendre du comte de Bregenz , qui était frère et de l’abbé et de l’évéque, essayèrent de faire diversion en retenant ïlugues de Werdenberg leur cousin-, qui voulait combattre contre l’abbé. Jean de Werdenberg, les battit; l’évéque fut pris, et, après une longue captivité, il essaya de descendre de son donjon ; mais les draps qu’il avait attachés les uns aux autres se rompirent, et l'infortuné prélat se brisa sur le roc. L’abbé tint quelque temps dans le château de Tockcnbourg ; informé qu’on allait le livrer, il s'enfuit et se cacha; un batelier le reçut dans sa barque et le mit, la nuit , de l’autre côté du lac, où il séjourna d’abord à Sigmarinsen , puis a ’i'etnang, enfin en Rhétic, dans le château d’Apremont, qu’il fut encore obligé de quitter pour Bregenz, car Rodolphe était (venu à Constance, et le faisait chercher avec le plus grand

soin. Au moment où il craignait le plus [tour sa liberté , arrive de Saint-Gati une députation de la bourgeoisie , qui réelamait sa présence avec ardeur ; l'empereur son |>erséruteur venait d’ex-

fiirer. L’abbé convoqua le chapitre et es nobles, et devant toute rassemblée confirma les droits que la ville avait acquis pour ses possessions et pour la liberté individuelle.

Il y avait dix-huit ans que, selon l'expression de Rodolphe, la divine Providence l’avait élevé de la cabane de ses pères au palais impérial; il était âgé de, 74 ans, lorsqu’il fut atteint d’une maladie. Il voulait reposer à Spire, où dormaient déjà tant d’empereurs et de princes; mais il mourut en route à Germersheim , petite ville

3u’il avait fondée. C’était un homme ’un grand sens , et par là même un homme de bien. Neuf ans auparavant il avait investi ses fils Albert et Rodolphe du duché d’Autriche, de la Styrie, de la Carinthie, etc., etc. Ce duché d’Autriche avait été naguères l’objet d’une prédilection particulière delà part des deux Frédérics: ilsavaient décidé que le prince d’Autriche serait désormais archiduc de l’empire d’Allemagne ; qu’il aurait la prééminence sur tous les princes non électeurs ; qu’il recevrait ses fiefs à cheval, et pourrait les faire passer à ses filles à défaut de fils, ou même en disposer librement par testament, s’il n’avait point d’enfants. Convoqué de droit à toutes les diètes, il ne devait pas être tenu d’y assister. Ses tribunaux jugeraient sans appel. Il ne contribuerait aux charges de l’empire que selon sa volonté. L’empire ne pourrait rien acquérir chez lui; quant à lui, il s'agrandirait et prendrait pied partout où il le jugerait a propos, etc.

D’un autre euté, la maison de Habsbourg étendait ses possessions dans l’ilclvétie : les fds de l’empereur venaient d’acquérir Lucerne ueBerthold de Falkeuslein , abbé de Murbach. 11 y avait cinq cents ans que cette cité prospérait sous le régime paternel de cette abbaye; tous les bourgeois désiraient le' maintien de leurs instilu-

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tiens, qui leur assuraient une entière indépendance. Tout était à leur disposition, les lois, les impôts, les traités, la paix et la guerre; ils élisaient leurs magistrats, à l’exception d’un aimnnn, ou maire, désigné par l'abbé, de l'agrément du peuple. Pour n’ètre point soumis à un autre pouvoir, la bourgeoisie avait payé a l'abbé de Murbaeh une somme de 200 marcs d'argent : la condition de ce sacriiice était rinaliéuahiiite de la ville; niais six ans n’étaient pas écoules, que déjà la vente était accomplie. Le monastère de Saint -Léger, la ville de Lucerne, cinq villages d’Alsace furent conférés aux princes, ainsi que Kusnacbt, Stanz , Alpenaclt, Sarnen, etc. , le tout pour deux mille marcs d’argent de Bâle. Lucerne ne tarda pas a en ressentir les funestes effets; on exigea des impôts et des prestations, les aumônes des couveuts s'arrêtèrent ; mais il fallut se soumettre, et parmi cette population consternée, il ne se trouva que deux moines dont la voix courageuse osât critiquer la validité de l'acquisition; ils allèrent mourir dans une prison lointaine. Züriclt, plus heureuse dans la conservation de ses privilèges , jouissait de toute ia faveur que lui donnait , aux yeux de l’empereur, ia vaillante trogne qu’elle lui avait envoyée pour combattre Ottocaire. Le cloître des Frères Mineurs offrait aux regards des citoyens les écussons de ceux (pii étaient touilles dans cette guerre. Ils les voyaient avec orgueil, comme autrefois les Athéniens contemplaient dans le Pœcile la bataille de Marathon. Zurich s’etait déjà unie avec Scliwytz , pour le maintien de ses droits, pour la protection de son commerce. Une atmosphère d'independance a toujours couvert cette Suisse , qu’on nous représente comme affranchie au XIV* siècle. Le serment du Gruttli , Guillaume Tell et Morgart ’ii n'ont fait que constater sa li-

Albert, resté seul des quatre fils de Rodolphe, a été jugé diversement par la postérité; pour les uns il a été un sujet de haine , les autres lui ont voué

toute leur admiration, et il mérita l’une et l’antre. Ii était doué d’une constance inébranlable; ambitieux et avide d’argent, il était vaillant guerrier et fut souvent secondé par la fortune; mais il ne pouvait supporter que l’on mit des bornes à sa volonté, et possédait au plus haut degré cette intolérance contre la liberté, que les flatteurs qualifient de haute sagesse et de fermeté. Du reste, il ai ait le sentiment de l’ordre , et rien ne lui plaisait tant que le courage dans un guerrier, l'érudition daits un prêtre, ou la modestie dans une femme. Quant a lui, la tempérance fut la règle de sa vie ; il ne s’abandonna point à la volupté , et quoique fort passionné, ne se laissa jamais entraîner par la colère «à aucune parole indiscrète. Ce fut le premier qui s'entoura de cavalerie hongroise, ue cuirassiers, de chevaliers en uniforme. Il conduisait à sa suite de nombreuses machines de siège. Ce prince ne fut aimé de personne. Il avait commencé son oppression par le duché d’Autriche : les magistrats de Yicnlic se viient obligés de lui apporter les clefs de la vilie nu-pieds sûr le Calemberg, où il déchira devant eux les titres sur lesquels ils fondaient leurs libertés. Albert aspirait à la couronne de Hongrie, de Bohême, au landgraviat de Thuringe, et cette ambition fut déçue : selon la réUcxion de jean de Millier, il est impossible que celui-là règne sur tous, que tous baissent. Albert avait un extérieur peu gracieux; affligé d’une maladie d'yeux, il était naturellement sérieux et ne prenait jamais part à la gaieté. Il était âgé de L't ans, lorsque la mort de son père le lit unique administrateur de ses états héréditaires, car son frère Rodolphe n’existait plus.

Alors se réunissaient déjà les habitants d’L'ri,deSchxvytzctd'Untcrwalden; ils renouvelèrent l'ancienne alliance. «Que chacun sache, y est-il dit, que les hommes de la vallée d'iiri , la commune de Schwytz, ainsi que les hommes des montagnes d't nlerwalden se sont juré de prendre lait et cause les uns pour les autres , et de se

préserver mutuellement de toute atteinte à leur fortune ou à leur personne, tant chez eux qu’au dehors.

Que quiconque a un seigneur, lui obéisse, comme c’est son devoir. Il ne sera plus admis désormais de juge qui ne soit du pays; on n’en recevra point qui ait acheté sa charge. Les plus sages de nieront les diltereuds qui s'élèveront entre les membres de la ligue; celui qui ne s’y soumettrait pas, y sera contraint. » Cette convention était suivie de quel ;ues dispositions penales contre différents crimes capables de troubler la paix publique.

Dans le même temps se tonnait une autre alliance non moins dangereuse pour Albert. L’évêque de Constance, tuteur de son neveu Hartmann de Kybourg , apprenant que l’indépendance de cette Lranche de la maison de Habsbourg était menacée, se ligua avec Amedée de Savoie. On convint de reprendre Laupen, Guminnen, et tout ce que Rodolphe avait enlevé à cette maison, et l'on se chargea aussi de protéger les habitants de Berne, droit qu’Amédée avait reçu tout récemment à prix d’argent. Bientôt l'abbé de Saint-Gall et la ville de Zurich entrèrent dans cette ligue : le caractère d’Albert inspirait un éloignement général. Son beau- frère, VVenceslas, roi de Bohême, fut lui-même l’un des plus puissants promoteurs de l’élection d’Adolphe de Nassau. Albert, déchu de ses espérances , alla se faire investir de ses liefs.

Les bourgeois de Ziirich, sous le commandement de Frédéric, comte de Tockenbourg, battirent les habitants de tVintertlnir, qui marchaient pour Albert. Son gouverneur, le comte Hugues de erdenberg , vint à leur secours. Les Zurichois espéraient opérer leur jonction avec les troupes de l’évêque de Constance, dont ils étaient sépares par les débordements de la Tliur. Par malheur, un de leurs messagers tomba "u pouvoir de l’ennemi.

Le comte Hugues, averti de leur projet, chargea un homme sôr de porter, comme si elle venait de l’ëvéque, la letlre suivante : « Nous avons

appris votre victoire avec plaisir; demain à midi nous vous rejoindrons.

Celui qui vous porte cette lettre connaît mieux les chemins que votre messager, faites-nous savoir par lui de quel côté il fautoperer notre jonction.» Hugues eut soin d'adapter a sa lettre le cachet d’une missive qu’il avait autrefois reçue de l’évêque, puis il fit fabriquer une bannière épiscopale, et en prévint le magistrat de t\ intertliür, qui avait aussi reçu des renforts de Schaffiiousen. Les Zurichois comptant d'autant plus sur l’arrivée de l’évêque , qu’ils voyaient sa bannière , furent brusquement attaqués , battus et mis en déroute ; ce qui les obligea h faire leur paix en particulier. Dans ce tempsla même, Albert assiégeait et prenait le château de Nellenbourg, puis il renferma l'abbé de Saint-Gall dans Wyl , jusqu’à ce que celui-ci se vit obligé "de s’enfuir dans son couvent. Bientôt après la ville fut brôlée et ses habitants passèrent à Schwarzenbach.

Le gouvernement d’Adolphe de Nassau fut favorable aux libertés des villes ; elles obtinrent des droits nouveaux , et notamment Ziirich , Berne, Mulliouscn. L’évêque de Sion soutint dans le Valais la cause de Berne , et contraignit au repos les seigneurs de Raron, d’Eschenbach et de Weissembourg. L’Helvétie resta fidèle à l’empereur Adolphe, que menaçaient les intrigues d’Albert. L’évêque de Saint- Gall vivait a la cour d’Adolphe, dont il avait toute la faveur. Dans la bataille qui décida du sort de l’empire, il se montra digne du grand nom des Monttort, et combattit avec sa troupe jusqu’à ce que le souverain lui-même périt, soit de la main de son rival, soit à côté de lui. Ce prélat guerrier s'enfuit à Saint-Gall, où l’intervention de son fidèle ami Henri de Klingcnberg lui obtint quelque repos. Mais telle n’était pas sa destinée : il mourut quand son aine ardente n’avait plus à subir de malheurs , comme s'il n'eilt paru sur cette terre que pour y donner le spectacle imposant de ce que peut la constance pour vaincre l’infortune. Après la bataille, l’Helvé-

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tie se trouvait eu présence d’un vainqueur irrité de l’affection qu’elle portait à son rival. Les VValdstetten surtout s’alarmèrent des dispositions d’Albert. Le nouvel empereur était à Strasbourg , où il eonfirmait les privilèges de beaucoup de villes. L’ambassade des cantons l’y trouva. S'avisera i , leur répondit -il, a vous proposer bientôt une autre organisation. Le bruit se répandit que le parti d’Albert l’avait emporté dans Fribourg , que les comtes de Savoie et leurs grands vassaux préparaient la guerre contre Rerne. Louis , comte de Vaud, Pierre de Gruyères et Rodolphe de Keufchdtel étaient de cette expédition. Les Bernois et leurs alliés de Soleure étaient, pour le nombre, bien inférieurs à leurs ennemis : néanmoins ils ne demandèrent point la paix ; un peuple libre s’expose toujours à périr, quand il cède au plus fort dans une cause juste. Lorsqu’on annonça aux Bernois (pie l'ennemi avait franchi leurs limites, ils marchèrent sous la conduite d'I Irich , châtelain d'F.rlach, bonnne de coeur et d'expérience. L’ennemi était en bonne position sur la hauteur appelée Donnerbiihl , et il couvrait toute l’étendue du Janunertlial (vallée des larmes). Les Bernois s’avancèrent fièrement jusqu’auprès de ses rangs: Krlach donna le signal, et lescitoyens coururent au combat pour sauver leur liberté. L’aile gauche de l’ennemi en fut épouvantée ; d’un autre côté, F.rlacb avait fait passer l’Aar à une partie des siens , et cette attaque inopinée jeta la confusion parmi les chevaliers; l’enthousiasme des Bernois leur inspira une terreur panique, et presque tous périrent dans la fuite, (’.e fut près d’Oherwangen que se décida le combat. Les vainqueurs rapportèrent au dôme de Saint-Vincent dirait bannières, et rendirent grâces au Dieu des batailles du succès de leur juste cause.

Cette victoire ébranla la puissance des comtes de Savoie dans le pays de Vaud , ceux de Neufchdtel reclièrchèrent l’alliance de Berne. Cependant l’empereur, irrité contre Zu-

rich, s'était campé sur la montagne qui domine la ville; il pillait les campagnes , il enlevait les troupeaux.

Zurich déclara au monarque qu’eHe ne refusait pas de lui obéir, pourvu que la liberté lui fdt assurée comme autrefois; qu'au surplus elle accepterait des arbitres pour connaître des plaintes des vassaux de Kybourg et de celles qu'elle y opposait à son tour. Les bourgeois n'en continuaient pas moins à s’occuper de leurs affaires; du haut de la montagne, l’armée voyait sur les places publiques des marchés populeux, des murs bien gardés, une jeunesse belliqueuse parcourant les rues en bon ordre Albert manquait de machines; il avait peu de troupes. Il accéda donc à ces propositions , confirma les libertés de Zurich et fut reçu dans la ville. Burkard de Schwnndeii, prévôt impérial de Glarus, avait été du parti d’Alaolphe de Nassau : Albert détruisit les châteaux de Schwanden,de Sooleetde Schwendi , qui lui appartenaient ainsi qu’à son feudataire Berthold de Schwendi; alors Burkhard de Sehwanden s’enfuit , devint commandeurde Saint-Jean , prit part à la glorieuse conquête de Rhodes, et fut enfin grand-maître de l'ordre en Allemagne.

Albert cependant s’empara de la prévôté de Glarus au prolit de sa maison : les Tschudi , les Freuler , les Stuki , etc. , se retirèrent les uns à Uri ou 5 Schwytz, les autres à Zurich. Albert contraignit aussi Jean de Schwanden , frère de Burkhard, abbé d’Einsiedeln, à lui livrer la prévôté héréditaire des domaines pour lesquels l’abbave avait été en contestation avec Schwytz, et il prit auxTockenbourg la belle seicne;,. d'Embrach. L’impératrice affranchit le couvent des religieuses de Steinen de tout tribut. Enfin , les hommes libres de Laax vers la Rhetie, derrière Uri et Glarus, les habitants du col d'Ursern , et les péages échus à l'empire par l’extinction des Rnpperschwvi, passèrent bientôt en la propriété de la maison de Habsbourg, qui administrait encore, au nom de l’empire, l’OberhasIi, Unterséen, le couvent d'Iuterlacken jusqu’aux gla-

ders, et tout 1p cours de l’Aar jusque dans l’Argovie ; Albert étendit à tel point sa puissance par-dès usurpations et des achats, que P Autriche elle-même vit avec déplaisir cette importance extraordinaire qu’il donnait à ses possessions occidentales , et qu’il encourut universellement le reproche d'ambition.

Il supportait impatiemment les libertés qui mettaient des bornes a son pouvoir; il les attaquait en Allemagne, en Autriche, en Styrie. Ce fut en conséquence de ces principes

3u'il dépêcna aux Suisses les comtes ’Ochsenstein et de Lichtenberg, pour leur exposer que , dans leur inlerêt, comme dans celui de leur postérité, ils feraient bien de se placer sous l’éternelle protection de la maison inniériale ; que déjà le monarque possédait les villes et les contrées voisines , et l'advocatie de tous les couvents dont les biens étaient situés chez eux , enlin tous les domaines des Lenzbourg et des Kybourg. Il ajoutait que des paysans résisteraient difficilement aux armes de l’empereur : mais que celui-ci préférait ouvrir ses bras à ses chers enfants. Il rappelaitsesnïeux, tous prés ôts de Lenzbourg, et son père Rodolphe toujours victorieux. Ce n’était point, disait-il, l'ambition qui le déterminait à offrir sa protection aux Suisses ; il n’avait nulle prétention sur leurs troupeaux ; mais Rodolphe son pere Jui avait dit, et l’histoire lui avait appris combien ee peuple était vaillant. Albert , qui aimait les braves , était jaloux de les conduire à la victoire; il espérait les enrichir par le butin, créer parmi eux des chevaliers et leur conférer îles liefs. — Les nobles, les hommes libres et le peuple ent er répondirent : Qu’ils se souvenaient encore de Rodolphe, et qu’ils n'oublieraient jamais combien ils avaient eu à se louer de son administration; mais que l’indépendance de leurs aïeux leur plaisait, qu’ils voulaient la conserver; et ils prièrent le prince d'imiter son père, en confirmant b urs droits comme il l'avait fait. Après c tte réponse, ils emoyèrcnt Wcrner d’At-

tinghnnsen à la cour de l’empereur, pour réclamer la sanction authentique de leurs libertés , et pour demander un prévôt impérial , ayant juridiction de vie et de mort; mais Albert faisait la guerre aux électeurs, et il était d’un abord difficile. Il se contenta de déléguer la juridiction à ses baillis de Rotenbourg et de Lucerne, et défendit à IJri de frapper d’aucun tribut les biens du couvent deWetüngen. Schwytz, se vovaut sans protecteur, conclut une ligue de dix ans avec AV crner, comte de llonberg, aussi disgracié, et lui fournit un contingent contre Gastern, qui appartenait au prince. Cependant ils continuèrent à réclamer un prévôt qui administrât au nom de l'empire , afin qu’il ne parât- pas que leur obéissance à la maison d’Autriche fât une obligation héréditaire. Albert désigna Hermann Gessler de Bruneck , et Bérenger de Landenberg , tous deux d’un caractère altier, oppresseur, et tous deux capables de servir sa mauvaise humeur contre ces montagnards, afin de faire naître un prétexte à leur ravir leurs anciennes franchises. Landenberg s’établit dans un château de l’empereur, au pays d’Unterwalden.

l)e mémoire d'homme, il n’y avait eu de château fort dans le pays de" Schwytz: Gessler fit bâtir, au-dessus d'Àltdorf, Twing-Uri, dont le nom seul fut un sujet d’indignation, parce qu’il impliquait la domination la plus absolue.

Werncr d’Attinghausen surpassait tous les autres Suisses par sa noblesse , par son âge , par son expérience des affaires. Il possédait d’immenses richesses héréditaires, et se distinguait par un ardent amour de la patrie. Chez un peuple comme celui-là, beaucoup de familles se perpétuent dans la gestion affaires publiques, en conservant les anciennes mœurs; tels furent les descendants de Rodolphe de Itibereck, qui vivait dans ce temps; tels encore les lîéroldingen , dont le manoir était près du Ruttli. Le même esprit régna toujours dans la maisondeYS inkelricd, dont leglorieux aïeul

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avait tué Ip Ündtnerm (*). A Schwytz, on révérait IVerner Staufiacher : son père avait bien administré, et luiméme était tin bon landamann. Le peuple se confiait en de tels hommes, il les connaissait et se souvenait de leurs pères. Ici , comme chez les anciens Germains, les maisons étaient éparses à la lisière des forêts , dans les prairies, siir le penchant des montagnes, au bord des sources. Cette nation n'aimait pas les innovations :

chaque jour ressemblait à pareil jour de l’année précédente, et se représentait, encore le même, l'année suivante. Les Occupations étaient uniformes, le temps ne manquait pas à la méditation : aux jours de fête, quand la population descendait des montagnes vers l'église* , les Suisses se communiquaient leurs pensées. On peut se convaincre, en étudiant ces campagnards, que le peuple de Schwytz est toujours lier de sa liberté, que les anciennes mœurs régnent encore à l’nterwalden, que la probité et le patriotisme ne se sont point éteints dans Uri.

Les gouverneurs exerçaient le pouvoir avec la plus grande* tyrannie : la moindre faute donnait lieu à de longues détentions ; souvent même il fallait les subir loin du pays. On éleva les droits de douanes a in sortie, on défendit parfois l’exportation. Toutes les représentations furent vaines. Le clergé était dévoué à l’empereur, parce qu’il ne voulait pas contribuer aux charges publiques. L’ambition donnait aussi à la maison d’Autriche quelques jeunes gens comme AVolfenschiess , qui obtint du souverain le commandement du château de Rozberg. Les gens de bien étaient plongés dans une profonde douleur : ce qui les blessait le plus, c’est ce dédain orgueilleux que les gouverneurs affectaient envers le peuple; ils appelaient noblesse des paysans, toutes les antiques familles du pays. Un jour, dans le village de Steincni Gessler passait à cheval devant la maison de Stauf-

{*) Celait un monstre qui «■ tenait dam un antre voisin du couvent d'ËngcIbcrg et qui dévorait les passants.

fâcher, h l’endroit où depuis on révère la chapelle de laÇroix: cette maison, comme celles des riches du pays , était remarquable par la lteauté de* la charpente et par la multitude de ses petites fenêtres; elle était de plus ornéeue figures et rhargéedesentpnees. Gessler dit en présence de Stauffacher : Jusqu'à quand souffrira-t-on que ces paysans possèdent <f aussi belles demeures? Il y avait dans l'île de Srhwanau, qui s'élève si riante au milieu du lac Lowertz . un bailli, qui lit violence à la fille d’un habitant d’Art. Un matin, Wolfencltiess vit une belle femme assise sur un pré ; ayant su par ses- réponses que son mari était absent , il lui ordonna de préparer un bain ; déjà il se disposait à en abuser, mais, sous prétexte de s'aller déshabiller, elle sortit pour appeler son mari, qui tua AYolfenchiess. On cherchait partout Ilaumgarten (c'était le nom de cet époux outragé); on voulait aussi venger la mort du .bailli de Srhwanau ; mais Gessler en fut empêché par la révolte des habitants d’Art. Cependant la femme de Stauffacher ne pi uvait oublier le propos outrageant que s’était permis Gessler, au sujet desa maison; lesanciennes mœurs donnaient aux femmes un caractère plus hardi : elle excita Stauffacher a prévenir les maux dont on était menacé.

Celui-ci passa le lac et se rendit à Uri, chez son ami Walther Furst d’Atlinghatisen. l!n jpune homme de cœur et d'intelligence se tenait caché chez lui : il était de Melchthal , au canton d'Unterwald, et s'appelait Érni A nder Halde. Pour une faute légère , Landenberg lui avait enlevé ses bœufs; son v irux père se plaignant beaucoup, un insolent valet lui avait répondu que les paysans , s’ils voulaient manger du pain, eussent à traîner eux-mêmes la charrue.

Ces paroles allumèrent le courroux du jeune F.rni, et d’un coup de bâton il cassa le doigt du valet. Le gouverneur eut la barbarie de faire crever les yeux du vieillard père d'Erni.

Quoique la vengeance des tyrans pût devenir terrible , on convint qu’il valait mieux s’e.x|*oser à la mort que de porter plus long-temps ce joug. Il fut

résolu que chacun de son côté sonderait les dispositions de ses ainis et de ses parents , et pour se revoir , on indiqua le Kuttli : c’est une prairie au milieu des forêts, sur une hauteur entourée dès ondes du lac et flanquée de rochers ; lieu remarnuable par la majesté du site, solitude solennelle interposée entre les frontières d'I nterwalden et d'Uri. Le navigateur est saisi de respect à la vue de ses hords escarpes , de ses roches battues par les ondes : les nacelles qui sillonnent le lac lui semblent enci.ré chargées de libérateurs. Leurs conférences se répétèrent souvent dans le silence des nuits ; Furet et Melchthal y arrivaient par des sentiers détournés,et Stauffacherdans sa barque; on y voyait aussi Rtidenz . le fds de sa sœur. Les réunions grossissaient chaque jour, la confiance était entière; on n’avait qu’une pensée ; plus grand était le danger, plus étroit-devait être le Ijeu qui unissait les opprimés. F.nfin, dans la nuit du mercredi qui précéda la Saint -Martin, Furst, Melchth.nl et Stauffachcr amenèrent chacun dix hommes,- dont les dispositions leur étaientconnues. Ces trente-trois patriotes ne redoutaient ni l’empereur A Ibert, ni la puissance de l’Autriche : animés d’un saint enthousiasme, saisis d'une religieuse émotion , ils se donnèrent tous la main et jurèrent que, dans ces graves circonstances, nul d’entre eux n’agirait selon sespropres inspirations; que nul. jamais, n'abandonnerait les autres. Ils se promirent de maintenir le peuple dans la possession de ses antiques libertés; afin que cette alliance profitât à jamais à tous les Suisses, il ne serait point portéatteinteauxdroits, aux propriétés des comtes de Habsbourg; leurs prévôts, leurs vassaux, leurs soldats ne perdraient pas une goutte de sang ; mais cette liberté que les Suisses avaient reçue de leurs aïeux, ils la voulaient transmettre pure a leurs descendants. Ces points une fois arrêtés, Walther Furst, W erner, Stauffacher et Arnold Ander Halden de Melchthal levèrent les mains au ciel et jurèrent , au nom du Dieu qui a

fait tes empereurs et tes paysans, et duquel tous tiennent également les droits inaliénables de C humanité, de défendre valeureusement , et par de commun.; efforts , leur liberté menacée. Les trente l’ayant entendu , chacun leva la main ’à son tour, et répéta ce même serment au nom de Dieu et de tous les saïits; puis chacun retourna dans sa cubane et prit soin d’hiverner ses troupeaux.

Sur ces entrefaites, il arriva que le gouverneur Hermann Gessler fut tué par Guillaume Tell, habitant d’Uri, du village de Hurglen. C'était le gendre de Walther Furst, et l’un des trente conjurés. Le gouverneur, soit par tin soiqieon tyrannique, soit qu'on l’eüt averti qu’il se préparait des mouvements, voulut savoir quels étaient ceux qui supportaient le plus impatiemment son pouvoir. Les mow.ns symboliques étaient assez ordinaires dans ces temps et chez ces peuples : ce fut donc un chapeau qui représenta la dignité ducale. Gessler voulait contraindre les amis de la I berté à rendre hommage aux insignes d’un prince qu’ils ne reconnaissaient nas. Un jeune homme, Guillaume Tell, refusa de s’incliner devant le chapeau; il avait mis quelque véhémence dans l’expression de sa ppnsée. Le gouverneur se saisit de sa personne; il ordonna que Tell , dont on vantait l’adresse , abattît d’un coup de flèche une |>omnie placée sur la tète de son (ils. Tell réussit; nuis , dans une entière confiance eu l’assistance de Dieu, il osa dire que s’il eilt été moins heureux , il eiit vengé, son fils. Craignant ses parents et ses nombreux omis , le gouverneur ne voulut pas que Tell Alt enfermé dans U ri; niais au mépris des statuts, qui s'opposaient à ce qu’un Suisse subît une captivité lointaine, il I7>minena au-delà au lac. A peine le navire eut-il approché du Ruttli , que , des profondes valléesdu Saint Gothard, l'ouragan que l’on appelle le Fœhn s'élança ' tir le lac avec sa violence accoutumée; les vagues s’élevaient sur les vagues, les ondes mugissaientcontre le roc et menaçaient de briser ce frêle es-

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ouif. Saisi de frayeur, Gessler ordonna a'enleverles fers des mains de Tell, qu’il connaissait pour un habile nautonnier, et dont la vigueur paraissait le seul moyen de salut. La barque avait déjà reuris sa course, elle glissait .rapidement le long des écueils; on était parvenu au pied ae l’Axenberg Là, Tell s’élança sur une saillie de rocher, gravit la montagne, et s’enfuit tandis que les secousses de la nacelle et la fureur du lac. présageaient à Gessler une mort prochaine. Il échappa neanmoins à ce danger, et se rendit à Kusnacht; mais Tell, traversant le pays de Schwvtz, se posta sur son passageau-dessusifun chemin creux , et, d’une main assurée, le perça d’une fléché. Ainsi mourut Gessler avant l’heure indiquée pour la délivrance, sans que le peuple opprimé y ait contribue , et par le seul effet de la juste colere d’un homme libre! Qui pourrait blâmer l’action de Guillaume Tell? Ce serait ne pas comprendre comben le dédain, l'oppression, l’anéantissement de la liberté sont intolérables pour un jeune homme ardent, valeureux, indépendant. Il faut juger ce héros comme on juge les libérateurs d’Athènes et de Home. Le ciel réserve de pareils hommes pour sauver les peuples et pour punir les tyrans. L’action de Tell inspira plus décourage à ces montagnards; mais en même temps la surveillance de Laudeuherg et (le tous les commandants redoubla ; les conjures gardèrent le silence, et la 1307e année s’accomplit.

On a contesté la vérité de l'histoire de Guillaume Tell; on a voulu y voir le rellet , la copie d’une tradition danoise. Majs il est bien établi que le Toceo des Danois était entièrement inconnu aux Suisses. Il aurait vécu avant la seconde moitié du douzième siecle, et la migration des Suisses, si on la veut toutefois adinc.tre, est de beaucoup antérieure. Lette nation n’a pu emporter le souvenir d'un fait qui n'était pas encore arrivé. La première édition du livre de Saxo, où il en est parlé, a paru à Paris en 148G. D'un autre côte , il est constaté qu’en 1388, il y avait à rassemblée d' U ri

1 14 personnes qui se souvenaient d'avoir connu Guillaume Tell, dont l’existence est d’ailleurs attestée par les chroniques, qui sont d’accord avec la tradition et les chants populaires. La consécration religieuse donnée à cette tradition par rétablissement de chapelles dans tous les lieux illustrés par ses actions, en est une autre preuve.

A la première heure de l’année treize cent huit, un jeune homme d'Lnterwalden, du nombre de ceux qui avaient jure, sur le Buftli, d’affranchir les Waldstetten , fut hissé au moyen d’une corde, dans la chambre d'une servante , au château de Rozherg. Vingt patriotes attendaient dans les fossés; il les lit monter comme l’avait fait monter sa maîtresse. Les jeunes gens prirent le commandant et sa garnison. — A Sarnen , le gouverneur Landenberg descendait du château pour se rendre »i la messe : il rencontra vingt habitants d'Unterwalden , qui, sejon l’usage du pays, venaient lui offrir pour étrenues des veaux , des chevres, des agneaux, des poules et des lièvres. Satisfait de leur générosité, le gouverneur leur ordonna de déposer leurs offrandes dans le château; dès qu’ils y furent entrés, l’un d’eux sonna du cor : aussitôt chacun tira de ses vêtements un fer qu’il attacha à son bâton , et de la lorêt voisine accoururent trente de leurs compagnons: la garnison se rendit à eux. Alors fut donné le signal, et toute la contrée ou-dessus et en dessous du Kernwald se mit en mouvement; de sommet en sommet, les signaux se répétaient. Les hommes d’Uri s'emparèrent du château. Stauftacher, à la tête de ses guerriers de Schwytz , vint au lac Lowertz, où ils prirent le château dcSchwanau. Mais les Suisses se contentèrent de reconquérir leur liberté, Laudeuherg jura de ne plus reparaître dans leur pays , et rejoignit l’empereur: le. dimanche suivant, l’éternelle alliance fut de nouveau et solennellement juree. Dans Metchthal, le vieux père axeugle recevait quelque consolation à sa triste existence ; l'époux revenait à Alzell , près de

LUNIVF.RS.

l’épouse fidèle; Walter Furst honorait publiquement son gendre ; à Steineu , la femme de Staufïàcher accorda l'hospitalité à tous les libérateurs du Ruttli, à tous les combattants de Lo- ■wertz.

Cependant Albert vint , au commencement du printemps, dans ses possessions héréditaires de l’Autriche antérieure, comme pour se préparer à la guerre contre la Bohême. Il refusait l’investiture des iiefs de l’empire à Othon de Grunson, évêque de Bêle ; car il était mécontent de ce que le prédécesseur de ce prélat eut acquis le Sisgau, qu'il voulait pour lui-même.

Il s'en fallut de peu que l'évêque ne se saisit de sa personne, pendant un séjour qu’il fit a Baie. Le camp impérial était établi à ilheiufclden : accompagné des électeurs ecclesiastiques, de Louis de Bavière , des évêques de Strasbourg et de Spire , le monarque parcourut l’Argovie et la Thurgovie; enfin de Winterthür il vint à Baden.

Jean, l’unique fils de son frère, le suivait: ce prince était mécontent; il avait atteint sa majorité, mais il ne pouvait obtenir qu’on lui délivrât la portion de son père dans les biens de Habsbourg. Albert voulait, dit-on, conquérir pour lui quelques terres en Saxe. Ce qui augmentait encore l’indignation du duc Jean, c’est que Léopold, son cousin , jouissait d’immenses domaines : excité par la noblesse, qui était fatiguée de l’ambition d’Albert, il insista pour que ses droits fussent enfin respectés, mais toujours en vain.

Ces refus constants lui arrachaient les plaintes les plus amères. Les jeunes seigneurs pensèrent qu'il ne devait y avoir aucune garantie pour le suzerain, quand il brisait lui-même le lien féodal. Ce jeune prince se concerta donc avec Waltber d’ r'.sebenbacb, Rodolphe de Balin, Rodolphe de AYart et Conrad de Tegerfeld : ils résolurent de tuer Albert ; mais au jour fixé pour l’exécution , ils hésitèrent et laissèrent échapper l'occasion. L’un des conjurés s'étant confessé, reçut pour pénitence l’obligation d’avertir l'empereur : celui-ci crut que c'était une ruse

imaginée par son neveu , pour obtenir, au moyen d’une fausse terreur, la remise de ses biens. Il écouta froidement cet avis, et n’en tint pas compte. Enfin, le jour même où le crime tut accompli, Jean avait supplié l’électeur de Mayence et l’évêque de Constance de faire à Albert de nouvelles représentations. Celui-ci ne donna que de vagues assurances, et prétexta, pour le moment, l'occupation que lui donnait la guerre de Bohême. Le jeune prince se tut, et se retira le cœur plein d’amertume. Albert alors le rappela , et cherchant à l’apaiser , lui offrit cent chevaux à son choix.

A table on apporta des couronnes; Albert les distribua aux convives , et donna les plus belles à son neveu.

Dans ce moment, on annonça que l’impératrice approchait; on résolut d’aller au-devant d'elle. L’empereur croyait avoir adouci les dispositions de Jean par ses prévenances; mais c’en était fait , ce prince lui avait juré une haine éternelle, et quand on se leva de table, il dit aux conjurés : Il va monter à cheval arec peu de suite.

Avec Albert étaient Landenberg, le gouverneur expulsé d’Unterwalden, et Eberhard de AA'aldsée , qui avaient lait haïr son autorité par leurs excès, puis le comte Burghard de Hohenberg, Hugues de AYerdenherg, le vainqueur de AVinterthur et beaucoup d’autres seigneurs. L’on descendit gaiement du château de Baden jusqu’au passage de la Ueuss, près de l’antique A’indonissa. Là, sous prétexte de ne pas trop charger la nacelle , les conjures isolèrent l’empereur de sa suite èt passèrent seuls avec lui. Il était à la vne de Habsbourg, au milieu des ruines de la ville romaine, et chevauchait entre Esclienbachet AYart. Balm les suivait : le duc Jean retardait le départ du bateau pour écarter les amis de son oncle. Quand il le rejoignit, on l’avertit que le moment était propice. « C’en est assez , s'écria-t-il , en se jetant au-devant d'Albert;» tout aussitôt Esclienbach saisit la bride; l’empereur étonné crut d'abord que l'on plaisantait, l'oici, lui dit Jean, voici le prix de l’uijus -

SUISSE

tire , et de sa lance il lui traversa la gorge, Balm lui fend:t la te'te, Eschcnbach le frappa au visage. A'» art était muet de stupeur; apres avoir jetc un cri , Albert tomba baigné dans son sang. Une pauvre femme avait tout vu; elle accourut, le releva, et ce monarque mourut clans ses bras. Dans ce moment, son vieux chancelier, l'évéque de Strasbourg, arrivait; il baisa ses joues ensanglantées et le fit chargée sur un chariot : toute la ville de Iirougk sortit pour voir ce triste spectacle. Castelen poursuivit les meurtriers , et ne put ramener que trois de leurs gens, auxquels 1rs tourments de la question n’arrachèrent aucun aveu. Nul empereur d’Allemagne ne mourut d’une mort si cruelle, ni avant Albert , ni après lui.

I.e duc Jean s’était élancé sur le cheval d’Albert, et les conjures se dispersèrent , comme s'ils n' eussent absolument rien prevu , rien médité :

depuis lors ils ne se revirent jamais.

Le duc s'enfuit d’abord à Einsiedeln avec un jeune homme de son âge, puis il erra dans les forêts. On ne sait quand , ui en quel lieu le remords mit •in à la vie au sire de Balm. On n’a plus entendu parler de Tegerfeld.

Eschenbach et AVart se renfermèrent dans le château de Falkenstein."

Comme l'on crevait à une conspiration générale contre toute la maison d'Albert , le comte de II ohenberg conduisit son lils Léopold au château de Baden : l’impératrice Élisabeth confia sur-le-champ le gouvernement de ces pays au comte de Strasberg et à Henri de Griessenberg , tous deux d’une fidélité éprouvée. Toutes les villes , tous les châteaux se mettaient en défense; on rendit la paix à l’évêque de Bâle ; on implora le secours des Waldstctten , que peu de jours auparavant Albert menaçait encore de sa vengeance. Ce fut alors que s'éleva, sur le rivage du lac, la tour de Stanzstadt. Les Suisses fortifièrent les passages de leurs vallées , et ils répondirent à la demande qui leur fut adressée : Vous ne coulons point renger celui qui ne nous a jamais j ait de

Lien, sur ceux qui ne nous ont jamais fait de mal ; et sans prendre aucune part a leur action, nous laisserons en paix ceux qui respecteront notre rc/>os. Soleure , qui envoya des troupes aux fils d’Albert, Berne, qui se contentait de vivre en paix avec eux, renouvelèrent leur ancienne alliance.

La famille d’Albert fit de vains efforts pour assurer le trône à Frédéric; ce fut Henri de Luxembourg qui s’en rendit maître, grâces à l'appui del’ierre Aicbspalter, evéque de Mayence, qui entraîna le suffrage des autres électeurs.

Le duc Léopold vint mettre le siège deiant le château de AVart, le prit, et le démolit après avoir massacre tous les serviteurs de Rodolphe :

bien que Jacques de AVart fût innocent du crime de son frere, le duc le réduisit en un tel état de misère, qu'il finit ses jours dans une misérable cabane du village de Neftcnbach. Balm avait le château de Farwangen, Léopold se le fit ouvrir par une capitulation qui accordait la vie sauve à ses défenseurs : mais lui-même et sa sœur Agnès, veuve du roi de Hongrie André, firent décapiter sous leurs yeux, dans la forêt , soixante-trois nobles et d’autres hommes de guerre, qui ne cessèrent de protester de leur innocence. Les vassaux du seigneur il’Esehenbach eurent le même sort à Maschwanden. La reine Agnès allait étouffer au berceau un enfant dont les cris avaient attiré son attention, mais les soldats le lui arrachèrent. Cette princesse, âgée de vingt- huit ans, était d’une férocité atroce; sa vengeance sévit aveuglément contre des milliers d’innocents, Je me baigne dans la rosée de mai , disait-elle, quand le sang coulait à grands Ilots.

Frédéric et Léopold allèrent ensuite mettre le siège devant le château de Schnabelburg sur l’A Ibis , près de Zurich ; ce château appartenait à F.schenbarli ; une partie de ses possessions sur la Sil fut donnée à la ville de Zurich. Vers le même temps, l'empereur mit tous les- conjurés au ban de l’empire; ils fgrent déclarés dignes de

mort; l’arrêt portait que leurs femmes seraient considérées comme veuves; qu’ils seraient interdits a leurs amis , permis a leurs ennemis , et que tous ceux qui leur donneraient asile seraient traités en complices.

Le duc Jean parvint à gagner l'Italie, déguisé en moine : dans la suite, il fut vu à Pise par l'empereur Henri; depuis lors oh ne sait ce qu'il est devenu ; on ignore s'il mourut jeune ou vieux, si ce fut die/, les Augustins de Pise ou dans sa terre, de l’Eigen. On ne sait pas même si l’aveugle, qui demandait l’aumône sur le Marché-Neuf à Vienne, était en effet le fils de Jean , comme il le prétendait. Waltlier d'Kschenbach , après avoir rendu à sa femme les biens qu’il tenait d'elle, vécut trente-cinq ans dans le pays de AA'urtenberg en pauvre berger , et ne se fit connaître qu'à sa mort. Il fut inhumé selon son rang, dernier rejeton d’une race illustre, dont il ne reste rien que les échos de la poésie populaire. Le baron de AVart était allé a Avignon demander au pape l'absolution de son crime; il fut livré aux enfants d'Albert pur son parent Tliiéhaut de Blâinont, et condamné au supplice : cependant il n’avait été que simple témoin de ce forfait.... Attaché sur la roue, il s'écria : "Je meurs innocent, mais les coupables eux-mêmes n'ont pas tué un roi; ils ont tué celui qui, contre les lois de l'honneur et du serment, avait trempé sa main dans le sang de son seigneur et maître le roi Adolphe; celui qui, en dépit des lois dix ines et humaines , détenait injustement les domaines de son neveu Jean ; celui qui eût été plus digne que moi de souffrir ce que je souffre. Dieu me pardonne mes péchés! »Sa malheureuse épouse, après avoir, au /10m de Dieu et par le dernier jugement , supplié la reine Agnès de lui accorder la vie, demeura sous la roue trois jours et trois nuits, #t quand il eut rendu le dernier soupir, elle vint à pied à Bâle, où elle mourut de douleur.

Cette cruelle exécution eut lieu, selon les uns, à Frougk, théâtre du crime, selon les autres, à AVinterthur, dans

le voisinage du château de AVart.

Après toutes ces cruautés, la reine Agnès bâtit sur le lieu même où Albert avait été tué, le monastère des Frères-Mineurs et un couvent de femmes de l’ordre de Sainte-Claire. Ils s'élevèrent sur les débris d’un palais de l’antique A'indonissa. Agnès se sentait de l’eloignement pour la vie mondaine ; elle se fixa dans le voisinage du monastère , où elle suivit toutes les pratiques de la plus austère dévotion et de l.i plus entière humilité. Cependant ce fut en vain qu elle essaya d'attirer dans l'église de son couvent Berthold Strobel d’Offtringen , vieux guerrier de Rodolphe de Habsbourg, ermite qui vivait dans un creux de rocher au-dessous de Rrougk avec Nicolas de lîischoffs/ell.... Il répondit à ses instances : * Femme, c est mal servir Dieu que de verser le sang innocent , et de fonder des couvents du produit de la rapine. Dieu n'aime que la lionté et la miséricorde. »>

Les AValdstetten avaient été menacés par Albert des plus sévores châtiments : sa mort changea la face des choses. L'empereur Henri confirma leurs privilèges, reconnut leur immédiateté, et approuva ce qu’ils avaient fait contre les gouverneurs de la maison d’Autriche. Trois cen's confédérés le suivirent dans son expédition au delà des Alpes. De nouvelles discussions éclatèrent entre le monastère d'JGnsiedeln et les campagnards voisins. Zurich intervint; il lui importait que le repos fût établi dans un pays que traversait le commerce pour se rendre au Saint-Gothard. Un paix fut bientôt rompue, car deux familles de Schwvtz étant al’ées en jiélerinageà Notre-Dame-vies- Ermites, furent l'objet des reproches, puis des voies de fait des religieux. Le landnmman assembla le canton et la guerre fut ré solue. Il y eut encore une autre guerre de peu d'importance, quoique d’assez longue durée , entre Jean de Séedorf, du pays d’Uri, et Rodolphe Tschudi, de Glnrus: on se battait dans le Lintlial , dans le Schâehenthal jusqu'au pied des glaciers, à des endroits où le

voyageur le plus audacieux trouve à n'étaient par acceptables. «Que 'educ peine un sentier. Jean de Seedorf essaie de nous envahir, répondit-on, était surnommé le Diable parmi les no*as l'attendrons avec l’aide de Dieu.» bergers, llnjourque Rodolphe Tsohudi Ils firent bien de préférer le donner à lui avait brise toutes ses armes, il ar- une paix désavantageuse : l'expérience racha un pin et tua neuf de ses enne- ne nous apprend que trop combien le mis. découragement est funeste aux peu-

Lucerne, qui obéissait aux dues, pies. On venait de célébrer à Iklle envoya un grand navire appelé l'Oie runiondeFrédericavrcIsilielIrd'Am- (die Gans), pour faire une incursion gon , et de L**opold avec Catherine de

dans le pays n’lTnterwn!den. Ses guer- Savoie. Léopold se mit en marche,

riers allaient débarquer à Stanzstadt, passa près de Soleure, qui refusait de quand le gardien de !n tour les signala ; reconnaître son frere pour empereur, en même temps, il lit rouler une meule et vint au cbilteau de Kaden, où l'on sur le bâtiment. D’un autre côté, le tint conseil. I.'on y résolut d'opérer hasard amena un bâtiment d’Uri, et contre les Wnldstetten une triple ntta-

les Lucernois périrent de plus d'un que; il fallait en finir, d'un seul coup,

genre de mort. A Sehwytz , on inves- avec ces Suisses rebellps : dés qu'ils

tit subitement F.insiedeln , et l’on cm- en seraient informés, leur ligue ne mena les religieux captifs. L’abbé Lu- manquerait pas de se dissoudre. Leur told de Regensberg était an château résistance serait faible partout, les de Pfefficon , le comte de Rappers- postes furent assignés à tous les chefs, wvl et celui de Tokenhourg intervin- On pensait qu'il serait aisé à Otlion rent et obtinrent la liberté des pri- de Str.isberg, Landvogt d'Oberbasii, sonniers. (.'était dans le temps où de pénétrer dans l’L'nterwaiden n la Frédéric d'Autriche et Louis Je Ha- tète de uuatre mille hommes de l’Obervicre briguaient la couronne impé- land. Plus de mille hommes devaient riale. Les AValdstetten n'avaient point attaquer ce pays du côté du lac, sous oublié les dangers dont les menaçait les ordres îles baillis de AVoIlhauscn , la puissance d'Albert; on se déclara de Rotenberg et de Lucerne, donepour Louisde Bavière;cequi exas- Léopold était grand de taille et péra beaucoup le duc Léopold, qui était d’un extérieur chevaleresque. Il cond'un caractère dur, emporté, et qui duisit deux colonnes sur /.ug. A la jamais n’écoutait nue la violenee de tête de son ordre de bataille , était son caractère. L’abbé de Saint-Gall et la cavalerie, qui faisait l’orgueil et la l'évéque de Constance excommunié- force de son armée. Des rives de la rent les AValdstetten. On les avait mis Thur et de l’Aar était accourue toute au ban de l'empire , mais Louis les en la noblesse de Habslmurg , de Lcnzreleva. Léopold cependant résolut de bourg et de Kyhourg. Parmi les plus pénétrer dans ce pays à la tète d’une vaillants et les plus fidèles, se distinarmée; il pensait que ce ne serait guait le maréchal de Hallewyl , triste pour lui qu’un jeu. Il avait menacé encore du coup fatal que dans un d'écraser ces paysans sous son pied, et tournoi il ava.t |>orté à son noble il fit bonne provision de cordes, tant adversaire, le comte de Katzencllenpour les emmenrr que pour les pen- bogen; apres lui, marchait I.andendre. Il est peu de princes qui se dou- berg, dévoré de la soif de se venger; tent de ce que peut un peuple opprimé, puis les Gessler, non moins animés; lAipold dédaignait l'inexpérience et les Bonstetten, qu'une longue domifiiihabileté de ces campagnards. Quel- nation avait instruits des moindres ques voisins puissants, craignant la détours de ces sauvages contrées. On prépondérance qui résulterait de cette nomme aussi Henri Montfort deTcttguerre en faveur de l’Autriche, essayé- nang, que l’orgueil nobiliaire, ou le rent de se faire médiateurs; mais les zèle pour les ducs d'Autriche, faisait conditions imposées aux Waldstelten l'ennemi des AValdstetten; les comtes

4* Livraison. (Suisse.) 4

deThotin et deLniiffenbonrc, rivalisant à qui ferait ses premières armes avec le plus d'éclat ; Toekenliourg, qui marchait a regret, mais nui obéissait à la reconnaissance , parce que les ducs lui avaient donné le gouvernement de Glarus et de Gastern. On comptait encore dans cette armée, Werner de tlmiherg , qui tenait en fief des terres è’Einsiedeln. Lorsqu’on fut arrivé à Zug , on vit se joindre à l’expédition quiconque, par une haine invétérée eontre les citoyens, s’était fait l’ennemi de la liberté , quiconque, cédant à la crainte, obéissait aux ducs d’Autriche. II vint, d» plus, cinquante Züricnois uniformément vêtus, car ils étaient liés par un tr.iité envers Einsiedeln , et leur ville de l’feflikon était sous l’autorité de l’abbé. Enfin , le comte d'L'rikon commandait, sous la bannière du ciiapitre, les soldats de l’abbaye.

En présence du danger, les campagnards de Schwvtz conservèrent toute leur fermeté : le pays était gardé par un retranchement qui s’étendait depuis la tour qu’on vn't sur le chemin d Kiusiedeln, jusqu’à celle appelée Schoren. Aussitôt qu’on tut averti de l’approche de l'ennemi, on prit les armes. A la nuit tombante, débarquèrent à Rrunnen , au pays de Scliwytz,

Suntre cents hommes d'ilri, et, peu 'heures après , il en vint trois cents d'Unterwald, les autres guerriers étant restés pour défendre leur patrie vers le ltruimig. du côté de l'Oberland.

Tous marchèrent au bourg deSrhwytz à travers les prairies. A Schwytz était Rodolphe Reding de Biberegk, vieillard trop faible pour que ses jambes le pussent porter, mais qui avait une grande evjeTienre de la guerre. I,e peuple l’écoutai' toujours avec avidité, et toujours suivait ses avis. « Avant «tout, dit-ii, il faut chercher à vous «rendre maîtres de vos opérations, «afin qu’il dépende de vous, non de «l’ennemi, de commencer l’attaque, «de choisir le beu, le moment, le « genre du combat. Vous acquerrez « cet avantage en prenant une bonne « position. Pour le nombre , vous êtes

«de beaucoup inférieurs à l’ennemi ç « tâchez que le duc ne puisse faire « usage de sa force, et que votre pe- « tite troujie ne s’ex|iose que dans le

• moment décisif. Sans doute, ajou- «ta-t-il, le duc ne viendra point de ■ Zug à Art, le delilé est beaucoup

* trop long entre la montagne et le « lac; an contraire, le chemin qui con- « duit à travers la forêt vers le !ac « d’Egeri , est beaucoup moins dange- « reux , parce que le défilé est plus « court. Il faudra donc bien saisir le « moment. La hauteur de Morgarten «vous offre un retranchement natu- « rel, la prairie va rejoindre le Sattel ;

« du haut decette montagne vous pour- « rez agir avec beaucoup d’avantage,

« vous jetterez l’effroi dans les rangs « ennemis , vous les prendrez en flanc « eu en queue , vous couperez leur « ligne. la* succès vous sera d’autant «plus facile, qu’ils vous méprisent;

*< d'ailleurs , la guerre défensive est « toujours favorable à ceux qui con- « naissent le mieux la '■ontrée. »

Quand le vieux Reding eut ainsi payé sa dette à la patrie, quand il eut regu les remeretments de la troupe, ces montagnards, obéissant à l’antique usage de leurs pères, se jeterent à genoux, pour implorer le secours de Dieu, leur unique maître; puis ils partirent au nombre de treize cents, et se postèrent sur le mont Sattel. Il y avait alors , comme il arrive toujours dans des temps de discorde , des exilés du pays de Schwvtz; dès qu'ils avaient appris le péril dont était menacée la liberté de leur pays , ils vinrent au nombre de cinquante sur les frontières, pour solliciter la permission de se montrer digues de leur origine en combattant vaillamment pour la cause commune. Les confédérés ne crurent pas qu’il fdt bienséant de changer une loi dans la crainte d’un danger ; ils refusèrent donc de rece voir Ips exilés ; les cinquante se postèrent en dehors des limites sur le Morgarten , et résolurent de sacrifier leui vie pour la pairie.

Cependant apparaissait l’aurore du 16' jour de novembre de la treize

SUISSE. Il

cent quinzième annéé, et bientôt Ife soleil jeta ses premiers rayons sur les casques et les cuirasses des chevaliers et oes guerriers. On voyait au loin briller les glaives et les lances : l’armée couvrait toute la contrée. C’était la première qui pénétrât dans ces lieux, î’histoire n’a retenu le souvenir d’aucune autre. Montfort de Tettnang introduisit la cavalerie dans le défilé :

bientôt les chevaux occupèrent tout l’espace qui est entre la montagne et le lac; les rangs étaient fort serrés.

En ce moment même, les cinquante exilés poussèrent de grands cris, et firent rouler du haut du Morgarten des rocs amoncelés pour en écraser l’ennemi ; d'autres pierres étaient lancées avec vigueur et portaient la confusion et l’effroi parmi les cavaliers.

Les treize cents hommes placés sur le Sattel , voyant le désordre des chevaux, descendirent en bon ordre et de toute l'impétuosité de leur cou tse, et tombèrent sur les flancs de l’armée; ils brisaient les armures à coups de masse et dirigeaient avec habileté le fer de leurs lances et de leurs piques, portant toujours de nouveaux coups et frappant o une main assurée.

Dans cette mélée périrent llodolphe , comte de Lauffenbourg , de la maison de Habsbourg, trois Bonstetten . deux Hailwyl, trois IJrikon, quatre Tockenbourg. On assomma deux Gessler, et Landenberg ne fut plus épargné. De leur côté, les guerriers d uri perdirent le fils et le neveu de Valther Fiirsl, le sire de Beroldingen, et Hospital , qui , contre la volonté de son propre fils, combattait pour la liberté du pays. La cavalerie autrichienne se trouvait génée, nou-seulement parce que l’espace lui manquait, mais encore parce que les chevaux ne pouvaient tenir sur le sol à demi gelé :

quelques-uns sautaient dans le lac, effrayés qu’ils étaient de cette confusion : d’autres, vovaut la fleur de la noblesse moissonnée, se refoulèrent sur l’infanterie, qui ne se doutait pas encore de févéneinent, et qui ne put ouvrir ses rangs aux fuyards faute d'espace. U mourut beaucoup de sol-

dats sous les piëds des cheVâüx ; beau* coup plus encore furent tués par leà Suisses. Tous les Zurichois tombèrent sur la place où ils étaient postés; Léqv nold s’échappa par des sentiers détournés , à travers lesquels remmené un guide sûr. Il arriva pâle et déseépére à Winterthur; quand il fut parti, toute l’armée s'abandonna à la déroute la plus désastreuse. La bataillé n’avait duré qu'une heure et demie.

Les Suisses, dont la perte était peu considérable, n'eurent plus qu’à tuer leurs ennemis, dont ils firent un grand carnage. La victoire fut complète, grnre au courage et à l’habileté de cette [ri ignée de braves, grâce à la présomption et a l’impéritie des oppresseurs.

En ce même jour , le comte de Strasberg franchit inopinément le Brunnig, tandis que dans l’tlnterwald on ne savait encore rien de précis sur ses mouvements, ni sur la force Ue son expédition. A la tête de quatre mille honmiss, il envahit , sans éprouver de grandes difficultés , Lungern, Saxeln et Sarnen ; enfin , il parvint à i’extrémite du golfe d’Alpenach , précisément dans le temps où les troupes de Lucerne essayaient d'opérer un débarquement à Burgistadl. L’Obervrald et PlJnterwald s’envoyèrent mutuellement demander du secours. I,es deux messagers se rencontrèrent. Des deux côtés on fit des efforts inouïs pour arrêter l’ennemi jusqu'au retour des trois cents guerrieis qui étaient allés à Schwytz. Celui qui les venait réclamer, apprit, en débarquant à Brunnen, quel avait été le Brillant succès de la matinée, car on i amenait ses compatriotes en triomphe, et déjà ils regagnaient leurs bateaux. Mais quand les guerriers d’L’ri et deSctiwvtz voulurent les suivre à Untervald , pour en chasser l'ennemi , cette petite troupe, jalouse de combattre seule, s’excusa sur ce que les magistrats du pays n’avaient point fait d'appel aux confédérés. Néanmoins il fut imssible de retenir cent hommes de liwytz ; on partit donc au nombre de quatre cents. Le vent étant lavora-

L’UMVERS.

ble , le trajet fut rapide : on partit su- sormais essentielle à toute convention biteinent à Huoclis , où les Lucernois avec l’extérieur. On exigea aussi le éprouvèrent une défaite si rude, que consentement général pour réintégrer dans leur fuite plusieurs tombèrent dans leur patrie ceux qui en avaient dans l'eau. Aussitôt cette troupe se pré- été bannis pour cause de meurtre dpi ta vers l’Oberwald en poussant des enfin, les habitants des trois cantons, cris de victoire. Strasherg était à Alpe- eux et leur postérité, s’engagèrent à nach, quand il vit aux mains des con- combattre les uns pour les autres, fédérés des drapeaux qu’il croyait être tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, et dans le pays de Schwytz ; il connut par sans indemnité, contre tous ceux qui là le sort de Léopold, et, saisi de ter- leur feraient violence , ou tenteraient reur, ordonna la retraite. Vainement il de la leur faire; corps et biens, confit des efforts pour couvrir sa marche, seil et action , on se promit en tout il fut blessé à la main gauche, et dans une mutuelle assistance, le moment même tous les siens prirent A la suite de cette guerre, Glarus la fuite vers Winckei. La victoire était rechercha l'amitié des cantons ; le pavs complète, quand arrivèrent trois cents de Gastern, au contraire, penchait hommes de Schwytz et quatre cents pour la cause des ducs , et gardait d’Uri. Les cinquante exilés de. Schwytz quelque rancune d’incursions que les furent rétablis dans leur pairie. Les Suisses avaient faites dans l’Oberhnd. Suisses rcsolurenl de fêter ciiaque au- Othon de Strasherg , autrefois enrichi née l’anniversaire de la bataille de des dépouilles d’F.sehenbach et de Morgarten, à l’égal d’une fête d’apd- Balm, se vit réduit à un tel état tre, car le Seigneur avait visite sou de détresse, qu'il lui fallut vendre peuple et l’avait délivré de ses enne- non- seulement Uinsnunnen , et les mis. Tous les ans des messes sont cé- domaines qu’il tenait ae l’empire, tels lébrées pour ceux qui ont péri en af- que l’Obernaslî et Laupen , mais enfranchissant la patrie, et leurs noms core son château héréditaire. Alors sont lus à haute voix au peuple assem- vint , au nom de Louis de Bavière , blé. Les habitants de AValdstetten con- Jean de Weissembourg, et la botirtinuèrent à se réunir au Ruttli , pour geoisie dcThoun putcoiiclure avec ITndélibérer de leurs affaires communes : terwald un traité. Le commerce fut

Unterwald fixa pour lieu de ses déli- ouvert aux uns et aux autres, sans que bérations l’emplacement du château les baillis de Léopold à Interlaelien de Landenberg. Quelquefois la jeu- pussent l'empêcher. I.ui-même enfin nesse se rendait sur le théâtre de ces conclut la paix pour une année, tanbrillants exploits ; on rappelait les ver- dis que Louis de Bavière confirma et tus des ancêtres , on lisait le récit de affermit la liberté des Suisses,

leurs combats à l’endroit même où ils La trêve s’etait renouvelée et durait

les avaient livrés. depuis six ans, lorsque après la bataille

Louis de Bavière accueillit ces nou- de Muhldorf, Léopold, dominé par la velles avec beaucoup de joie, et les soif de venger son Irère captif, estrois cantons renouvelèrent à Brun- sava de gagner Charles IV, roi de nen l’ancien pacte de leur fédération ; France, en lui offrant la couronne

pacte qui de tous les confédérés faisait impériale. Dans ces négociations , il

une seule nation , malgré les monta- fut expressément stipulé qu’on lui sougnes, malgré le lac qui les séparait, mettrait les cantons : ceux-ci cepen- On stipula de nouveau que le pays tout dant avaient juré fidélité à l’empire ; entier ne serait qu’un camp pour la et tandis que Louis de Bavière confisdéfense commune : on décréta que qui- quait, pour la seconde fois, au profit conque était vassal eût à obéir a son ae cet empire, les domaines que les seigneur. Il fut établi que nul canton dues avaient dans ces contrées , Glan’aamettrait de protecteur sans le con- rus refusait de marcher contre les seulement des autres; condition dé- "Waldstetten et s’alliait aux confédérés.

SUISSE. SS

Le seul comte Jean de Rapperschwyl dait ainsi son autorité jusqu’à se* obéit à l’injonction de Léopold; niais, portes. D’ailleurs elle était agitée de faible et sans aucun zèle pour cette dissensions intérieures entre l’abbé, cause , il ne fit aucun exploit digne les couvents et les bourgeois. La préd’être retenu. ture de la ville , qui relevait du cou-

Lorsque le pape excommunia Louis vent, avait été long-temps confiée à la de Bavière, les Suisses n’en tinrent maison de Randcnbourg; les conseilcompte. Ils interrogèrent leurs pré- lers et les bourgeois prenaient part à très, leur demandant s'ils voulaient l’administration. La justice était indéchanter et prier comme par le passé, pendante, grâce à Rodolphe de Habsou bien s’ils préféraient être tous bourg. I,’ égalité des droits , la responchassés du pays. Le clergé demeura sabilité de tous, faisaient les bases de et continua ses fonctions. Les tYald- ce petit gouvernement; et quoique stetten suivirent Louis de 'Bavière, humble encore, quoique construite en quand il marcha contre Rome. Le bois, Schaffliousen était libre et heutraité qui termina les différends de reuse, quand Louis la vendit pour l’empereur avec les princes d’Autriche, une modique somme d’argent. Des par la médiation de Jean , roi de Bo- carrières voisines permettaient de rembôme, ne fut pas favorable n quelques placer ses frêles édifiées par des édiyilles libres qui font aujourd’hui par- lices plus solides ; déjà les maisons tie de la Suisse. la* souverain céda aux garnissaient les fertiles coteaux que ducs Albert et Othon Rheinfelden, baigne le Rhin; les vignobles, les Schaffhousen , Zurich et Saint-Gall. prairies, les jardins descendaient jus- Les habitants de Zürich prièrent les qu’à sa rive. Rien n’était épargné pour cantons de se joindre à eux pour la prospérité de l’agriculture et du envoyer une députation à l’empc- commerce, mais sous la dépendance retiré et réclamer leur liberté qu'ils des ducs. Il fallut subir leur destinée ; avaient défendue autrefois et contre prospérer, quand ils prosiiéraieiit , Regensberg et contre la Souabe. La souffrir, quand ils souffraient; et bourgeoisie se préparait à la résis- bien souvent l’impôt ne suffisant pas tance , les églises étaient peuplées de à leurs besoins , il fallait sacrifier et religieuses, qui jour etnuit invoquaient son sang et sa fortune, le ciel pour la cause commune. Les Vers ce temps, les Suisses passèrent Waldstetten , qui n’avaient pour leur le Saint-Gothard , et , pour la première commerce aucun débouché, quand les fois, allèrent porter la guerre dans le ducs leur fermaient Lucerne, n’hési- Val Levantine contre Galéas Viseonti. terent point ; leurs envoyés parurent à Dans les querelles des Guelfes et des Ratisbonne avec ceux dé Zurich. Ceux Gibelins, entre Corne et Milan, on de Saint-Gall y étaient déjà. L’empe- avait exercé sur les voyageurs quelreur prit en considération la valeur ques actes de violence : Zurich joignit etja fidélité des cantons; il affranchit deux cents hommes à l’expédition, qui Zürich, et respecta dans Saint-Gall la franchit le. pont du Diable, la riante considération religieuse; mais Rhein- vallée d’Ursern, descendit à Airolo, felden, Schaffliousen, etc., furent alié- et, sans être arrêtée par le vieux cb;lnéesavecBrisachetNellenbourg. Rhein- teau lombard qui garde ce défilé, s’afclden était entourée des domaines des vança jusqu’à Faido et à Giomico , où ducs, elle ne pouvait guère échapper Franchi no Rusna accourut deCôine, à leur puissance. Schaffhousen , quoi- pour se constituer médiateur de ce gu'elle edt un grand amour pour son différend et garantir la sécurité du indépendance, devait succomber. Jean passage. I-c traité fut conclu à Cdme de Habsbourg, comte de Lauffenbourg par Jean d’Attinchausen . chevalier et et Rapperschwyl , était landgrave du lamlainman d’I’ri. Ce fut après ces KJegau. Le comte de ftellenbourg, événements que Galéas Viseonti fit qui administrait pour les ducs, eten- construire la chapelle du Saint-Go-

tjiard. Là , une muraille de rochers se présrnte perpendiculaire, comme pour fermer la vallée; elle quitte brusquement la chaîne orientale de cet étroit dédié et va rejoindre les montagnes à l'onposite. Le Tessin a , dit-on, pratiqué l'ouverture qu’on y remarque ; autrefois elle retenait ses eaux et dans les hauts lieux formait un lac; aujourd’hui, on admire cette étroite ouverture , à travers laquelle bouillonne l’onde impétueuse qui bâties (laucs du roc cesméleses suspendus, renversés, dont les racines sont à découvert, ces cimes inclinées qui retombent vers la rivière, parce que la terre végétale manque pour en supporter le tronc. Tout cela forme un tableau grandiose et bizarre ; c'est comme le portail que la nature élève au-devant d'un monde inconnu. La chapelle que le voyageur voit àdroitede cedélilé, l'avertit d’implorer la Divinité avant de hasarder son existence au milieu des frimas; plus loin, tout sera danger pour lui. Les rayons d'un beau soleil, les eaux du ciel peuvent faire éclater sur lui le tonnerre des avalanches et le jeter dans des précipices incommensurables. Le son de la voix , le bruit des pas , l’ébranlement du sol , "tout en lin, depuis l’explosion d’ime arme à feu jusqu'au souille d'un être vivant, tout peut détacher la masse preîe à s’écrouler dans l’abîme. La cha|ielle adossée a cetle paroi de roc est dune structure simple et élégante. De l’autre ente du Tésin, après avoir franchi ce passage , qui a près de deux cents pas de longueur, on voit, au sommet la vieille tour lombarde , dans laquelle jadis Charlemagne lit enfermer le roi Didier.

Les Suisses portèrent aussi leurs pas vers l’OberhasIi : toute cette contrée était en proie à la plus grande fermentation ; les partis étaient plus que jamais divisés. La famille de Kybourg possédait lechâteau de Tlioun, à l’endroit où l'Aar reprend son cours, à l’issue du beau lac que dominent au loin le Stockhorn à la pointe acérée et le majestueux INiesen. La blanche Jungfrau élève derrière eux sa

robe de neige; de vertes prairies occupent le fond de la vallée, et par delà les ondes, des arbres fruitiers d’une belle végétation et des champs fertiles s’étendent jusqu’à Interlachen, où cette belle nature se reflète, dans un autre lac plus riant, et cependant plus majestueux que le premier. Les Kybourg régnaient sur ces belles contrées, et sur le landgraviat de Bourgogne, dans l’Argovie supérieure, que leur avait conférée Léopold ; mais dans le sein de la maison de Kybourg s'éleva une dissension funeste. Le jeune Hartmann profita de l’absence de son frère Kberluird , qui faisait à Bologne ses études ecclésiastiques, pour le frustrer de sa part des revenus paternels. Eberhard étant accouru pour revendiquer ses droits, devint la risée de tous, parce qu’il était d’une taille chétive. Il était au château de Landshut , riiez son l’rere : tout à coup celui-ci le fit saisir au milieu de la nuit, et l'enferma dans Rochefort , château du comté de Neufchâtel. Hartmann était gendre du comte Rodolphe de INeufdiâtel. Il fallut bien alors qu’Eberliard acceptât pour arbitre le duc Léopold , dont la sentence fut très-

fiartiale. Quoi qu’il en soit , on célébra a réconciliation des deux frères dans un festin où furent invités beaucoup de seigneurs des environs. Hartmann n’aimait point son frère; il 11e put s'abstenir de quelques traits piquants.

Eberhard avait aussi ses partisans: on en vint aux armes , il y eut une mêlée, et, sur un sombre escalier , Hartmann fut tué, soit par le seigneur de Worb, soit par son propre frere. Cette scène d'horreur, qui se passait au château de Tlioun, fit accourir les bourgeois. Ils arrivèrent précisément dans le moment où l’on précipitait le cadavre du haut de la tour; plusieurs s’enfuirent, d'autres furent retenus. Eberhard offrit à la ville de Berne d'y prendre droit de bourgeoisie et de la reconnaître pour suzeraine de son château. A ces conditions, les Bernois soumirent les habitants de Tlioun. Eberhard paya chaque année un marc d’argent, et Berne lit fabriquer un beau vase

SUISSE. CS

«o commémoration de l'événement.

Nous passerons rapidement sur des faits de peu (l’importam e, tels que les différends des comtes de Nidau , de la uiaison de Neufchâtel avec Gérard de Wippingen, évêque de Bâle ; la fondation de la Neuve-ville par celui-ci; sa fuite de Landeron , et la vengeance infructueuse que les Bernois voulurent en tirer. Après lu mort du duc Léopold , Eberliard , qui précédemment avait refusé de marcher avec les Waldstetten , se ligua avec ces cantons, leur assura le passage libre, du.

Brunnig et prit chez eux beaucoup d'influence. Les Bernois cependant se déclarèrent pour le saint-siège : Louis de Bavière, atteint par les foudres de Rome, leur avait autrefois conféré la préfecture de Laupen. N’importe , la politique de ces bourgeois exigeait qu’ils en agissent ainsi, pour s’agrandir aux dépens de l’empire : ils n'hésitèrent pas , et chassèrent Jean de Weissembourg , gouverneur de l’Oberhasli , qui était resté fidèle a l’empereur, puis ils s'emparèrent du château de Grasbonrg, dans le Siebenthal, et d'autres châteaux qui étaient occupés par le sire de la Tour et qui relevaient de Neufcliâtel. Ils attaquèrent sans ménagement les comtes de Gruyères; enfin, ils allèrent dégager Othôn Lombard, leur citoyen, que tenaient bloqué le comte' Pierre de Gruyères et les sires de la Tourde Châtillo'n. En un mot , on voyait d'un côté tous ces seigneurs , de l'autre, un sénat magnanime, incitant au-dessus de tout ies droits des citoyens qu'il représentait , et l'un et l'autre parti s inquiétaient moins de l’empereur et du pape Que de la domination et de la liberté. Ce fut dans ces circonstances que l’Unterwald prit fait et cause pour l'üherhasli , auquel Jean de Weissembourg venait d'imposer des charges plus lourdes qu'il ne pouvait les supporter. On résolut d'attaquer le rliateau d'Umsptinnen; mais il y eut dans l’exécution indiscrétion et précipitation. Dix-huit hommes de l’Uberhasli périrent, et cinquante furent entraiues dans le château ; ils y demeu-

rèrent captifs deux ans entiers, jusqu’à ce qu’enlin le iantlamman de leur pays s'adressât aux Bernois, en leur promettant de reconnaître leursouverninetésur l’Oberhasli. Les Bernois avaient encore d’antres griefs contre Jean de Weissembourg. Pour en finir, il ouvrit ses portes et vendit sa préfecture au prix qu'il l'avait achetée; il devint bourgeois de Berne et prit part au gouvernement de la cité , qu’il renforça de tous ses châteaux.

Dépendant les Waldstetten allaient, de leur côté, se fortifier d’une accession plus importante encore. Lucerne avait beaucoup à se plaindre des ducs; les guerres où l'avait entraînée son obéissance avaient eu pour elle le funeste résultat d’interrompre ses relations avec les cantons voisins, et de lui fermer le passage du Saint-Gothard. La ville avait été obligée d’étendre ses fortifications : d'ailleurs, elle était administrée par les gens du duc, les nobles et des conseillers, qui, désignant eux - mêmes leurs successeurs, se souciaient peu de la faveur du peuple. Il s' était elevé une contestation avec les ducs; les Lncernois axant refusé de recevoir la monnaie de Zophingen , y furent contraints ; en même temps on aggrava l'impôt. De toutes parts on s'assemblait sur les places puhliuues; il y fut décide qu'on demanderait aux Waldstetten une trèvede SO ans. Les nobles , tres-mécor.tents de cette resolution , voulurent , sous différents pu textes, faire venir des troupes de l'Argovie; le sire de Hamschxx ag, commandant du château de Rotenlxmrg, amena trois cents cavaliers, la nuit, aux portes de I.ucerne; mais des avis salutaires étaient partis du sein de la noblesse même ; les bourgeois, prévenus du danger , ne laissèrent entrer avec lui que quelques hommes. Ramsclixvag , réduit aux voies de persuasion , ne put rien sur les esprits. A son départ . il fut suivi des principaux du parti du duc; alors fut résolue, d'une maniéré solennelle, l'accession à la ligue suisse.

Sclixvvlz accueillit Lucerne sans crainte des conseauencts. Celte fois encore

on respecta les droits des Habsbourg.

Ce traité est un modèle de justice et de modération. Cependant les terres de la ville furent ravagées : scs citoyens. exaspérés contre leurs ennemis, voulurent marcher sur l’Argovie, et furent surpris et défaits parKamschvvag ; mais le contingent de Schwytz, qui arrivait en suivant les bords du lac de Zug , les vengea dans l'instant même et les rallia. Cette guerre n’eut pas d’importance ; seulement elle donna aux Lucernois l’occasion de faire preuve d’une grande fermeté. Les nobles n’avaient point renoncé à leurs projets : ils eurent recours à la conspiration. Ils se donnèrent rendezvous sous une arcade, à l’endroit où le lac baigne leur rite, et déjà ils se préparaient au massacre des citoyens, quand un jeune garçon, qu’ils n’avaient point aperçu, s'enfuit effrayé du froissement des armes : ils lé saisirent , mais n’eurent |K>iiit la cruauté rie le tuer. Celte commisération sauva Lucerne; le jeune garçon, qui n’avait obtenu sa liberté qu'en prêtant serment de ne raconter à aucun être vivant ce qu’il avait vu , courut à la salle où buvaient les boucliers; là, s'adressant au poêle , il lui lit le récit de tout ce qu’il savait. Aussitôt les bourgeois s’armèrent, et les conjurés cherchèrent à regagner furtivement leur demeure ; mais on les reconnaissait à leurs manches rouges. Dans la nuit même, on dépécha vers les cantons , qui envoyèrent trois cents hommes à Lucerne. L’aristocratie perdit dès lors le gouvernement des affaires : trois cents bourgeois composèrent l'assemblée délibérante , et la république ainsi constituée décida de l'impôt, de l’emploi des revenus, de la guerre et de la paix.

Parmi les alliés des cantons se trouvait un homme heureux à la guerre, vainqueur de tous ses ennemis, le baron l);mat de Vntz; mais il souillait ses actions valeureuses par uneodirtisc cruauté. A l’exemple des tvrans de l’antiquité, il se complaisait aux plaintes de ses victimes: il renfermait ses prtsouniers dans des tours profondes ,

et quand la faim leur arrachait des cris de désespoir, il en jouissait, disant que c’était le chant de, ses oiseaux. Donat de Vatz était l’un des plus puissants seigneurs de la Rhétie ; il n’y avait guère de domaine qu’il ne possédât ou qu'il n’administrât. Il mourut en impie, en blasphémant Dieu et les sacrements. Alors la noblesse, comme affranchie de son joug, se jeta sur les tValdstetten. On vit s’armer les Belmont, les Montalto, les Flums, les Ilanz, et jusqu’aux Maffei de Palanza : chacun voulait à l’envi mériter la faveur de l’Autriche. L’ahl é de Dissentis se montra le plus ardent : il ordonna aux habitants d’I'rscrn de fermer aux cantons le passage du Snint-Gothard ; mais ce pays se prévalut de son droit de neutralité; l’ablié marcha contre Ursern. Il v trouva les guerriers d’Uri ; qui battirent ses troupes. Franchino Rusca et le podestat Beccaria, qui gouvernaient Côme, affranchirent les habitants des Waldstetten et d’Ursern de tout droit de péage, tant à Côme qu’à Bellinzona. Bientôt l’abbé de Disscntis mourut ; il eut pour successeur un Attinghausen , dont le parent Jean d'Attinghausen était Inndamman d’Uri : leur considération apaisa tous ces différends , et la paix fut avantageuse aux cantons. I.es ducs étaient épuisés par la guerre de Bohême; ils ne vinrent donc dans leurs possessions antérieures que pour établir une paix ou trêve de Dieu , qui comprenait l’Alsace, la Souabe, la Rhétie, les Alpes. Les plaintes contre Lucerne furent soumises à Pcmucreur :

celui-ci nomma neuf arbitres ue Bâle, Zurich et Berne, et ils confirmèrent, en connaissance de cause, l'éternelle alliance conclue pat Lucerne avec les Waldstetten.

Genève , à cette époque , ne présentait pas l’aspect de magnificence que donnent aujourd'hui à cette belle cité les beaux édifices de ses quais , et les belles promenades qui entourent son enceinte; mais à l’extrémité du lac, le Rhône renaissait avec la même impétuosité ; le Salève s’élevait aussi grand

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au-dessus des ruines romaines que nous ne voyons plus , et des tours du moyen âge qui ont disparu après elles.

D'une part, les Alpes du Cnablais et Jes abruptes montagnes de la Savoie, couronnées par la cime neigeuse du Mont-Blanc; de l’autre, les riantes plaines qui bordent le Jura , puis cette limpide surface du lac , spectacle immense et majestueux, toujours renouvelé dans tous les temps pour tous les peuples, pour les Romains, pour les Bourguignons, pour les Suisses, et pour toutes les générations que Dieu garde encore à la terre. Aujourd’hui la prospérité, le commerce, les lettres rendent celte cité l’une des plus florissantes du monde; mais à l’époque dont nous rappelons les événements, une organisation compliquée ouvrait un vaste champ aux prétentions des comtes de Genève, des comtes de Savoie, des évêques, des dauphins. Le sang coulait à chaque instant dans les rues, sur les places publiques. Le comte de Genève et celui de Savoie y avaient chacun un château fort. L’évêque Aymon du Quart et Guillaume de Joigny , seigneur de Gex, favorisaient le comte de Genève. Ainedée de Genève excita le comte d’Entremont, son homme lige, à se déclarer pour le dauphin, qui succédait à tous les droits de Pierre de Savoie, comte de Faucigny. Tandis que le comte de Savoie assiégeait Entrcinont, Amédée parut devant Genève On l’introduisit. ainsi que le dauphin, dans la ville basse, ils montèrent au bourg du Four; mais des hauts lieux et de l’ile du Rhône se précipitèrent sur eux les bourgeois du parti savoyard, et ils furent obligés ae fuir en laissant beaucoup des leurs sur la place. ],e comte Amédée étant mort, son fils Guillaume soutint mal ses partisans; mais l’évêque, secondé par l'archevêque de Vienne, excommunia les bourgeois qui l’avaient expulsé. Os foudres ne furent pas sans effet, les grands du parti de la Savoie furent obliges de quitter la ville. Aymon du Quart fut proclamé prince de Genève ; mais la prévôté fut -formellement assurée au

comte de Savoie. Tels étaient à Genève les événements peu avant l’arrivée de Henri de Luxembourg , enqiereur, qui favorisait beaucoup le comte Améaée de Savoie.

Plus tard , sous l’épiscopat de Pierre de Faucigny, des Genevois ayant tué un sujet du comte de Genève, les princes de Savoie, Édouard et Aymon, vinrent occuper la ville avec des troupes, montèrent le bourg du Four et s’emparèrent du château du comte, qui avait voulu tirer satisfaction de.

cet attentat, et qui avait refusé d’acquitter ses obligations de vassal dans une guerre contre le dauphin. Les prières et les menaces de l’évéque ne purent rien sur la multitude; plus turbulents que sages, tous se jetaient dans les bras de la Savoie; tous 1rs lieux fortifies lui étaient livres. Ces différends eurent pour résultat d'étendre sa suzeraineté. Le roi de France, Philippe de Valois , intervint comme médiateur, et, bientôt après, un violent incendie consuma le palais épiscopal et les plus beaux édifices de la ville haute. A cette époque, la Suisse romande avait pour principaux seigneurs les Granson, qui s’enrichirent d’Aubonne , les Montfaucon , qui étaient comtes de Montbéliard , les Neufchâtcl , les Gruyères. Moudon était la résidence de la puissante maison de Savoie, dont le pouvoir se fortifiait de plus en plus dans ces belles contrées, et s’affermissait aussi dans In région que Charlemagne avait donnée nu chapitre de Sion, et qui du lac Léman s'étend au Saint- Bernard.

Au milieu d’une époque de barbarie, il importe de signaler un trait qui honore les habitants de Solcure.

Ils s’étaient déclarés pour Louis do Bavière; en conséquence, le duc Léopold était venu mettre le siège devant leur ville. Des pluies battantes avaient tellement grossi l’Aar, que les eaux emportèrent le pont, dans un moment où il était chargé de soldats du duc d’Autriche. Au lieu de se réjouir de la perte de leurs ennemis, les assiégés vinrent à leur secours avec des bateaux, les recueillirent, puis les ayant rechauf-

fés et nourris dans la ville même, ils les renvoyèrent au camp. Touché de tant de générosité, Léopold se présenta aux portes avec trente cavaliers et fit don aux habitants d’une bannière en signe de sa reconnaissance.

A Zurich cependant se préparaient des événements qui devaient à jamais influer sur le destin de la Suisse. Jetons un regard sur cette cité, qui élève ses édifices au bord d’un des plus beaux lacs de la terre, dont les eaux, semblables à celles d’un large fleuve, partagent de fertiles coteaux, qui sont chargés de prairies , de vergers et de vignobles. L'œil reronnatt sur les collines, au milieu du vignoble et des forêts, les blanches habitations du rivage; dans le lointain, Richterschwyl et Rapperschwyl, bourgades entre lesquelles les deux’ rives se rapprochent assez pour qu’un immense pont les puisse réunir. A l’horizon, par delà ce riche tableau , une longue et noire muraille de roches , et les glaces éternelles de Glarus et d’Appenzell. Que le soleil vienne faire briller leurs cimes rosées, u’il communique son éclat aux ondes u lac , qu’il anime ces coteaux , qu’il dore ces innombrables vidages, et l'imagination la plus brillante ne pourra créer aucun tableau qui surpasse la réalité. Dès les temps les plus anciens , ce pays fut riche de tout ce que 'l'industrie et le commerce peuvent accumuler de bienfaits : c’était le centre de toutes les affaires importantes pour l'Italie, l’Allemagne, les Pays- Bas et une partie delà France. I,a constitution de Zurich ajoutait encore à tant de prospérité le bienfait de la liberté. La communauté nommait un conseil , qui administrait avec les juges ecclésiastiques; tous s’engageaient à défendre cliacun, et chacun se vouait à la même obligation envers tous. On ne recevait de bourgeois que ceux qui par serment promettaient de se mettre pour dix ans, au moins, à la disposition de la république, et de l’assister de leurs conseils, de leurs bras, de leurs deniers : chacun donnait caution d’arliPter ou de bâtir une maison. Avant de recevoir un citoyen, la

ville s’assurait que son admission dans les premiers six mois n'entralnerait la cité à aucune guerre. Le son de la cloche rassemblait la commune au lieu le plus élevé de la ville, sur l'emplacement de l’ancien palais : là , on votait et l’on délibérait en plein air. On décidait quel serait, en cas d'élection douteuse, l’empereur reconnu parZürich: si l’on ferait la guerre, si l’on prendrait un protecteur : on y déterminait le prix des denrées; on y fixait les poids et mesures, etc., etc. Enfin , tous les quatre mois on élisait le conseil, et tout citoyen était obligé de prendre part à l'élection, sous peine de perdre ses droits.

Le conseil se composait de douze chevaliers et de vingt-quatre bourgeois partagés en trois sections : c’était le gouvernement, le pouvoir exécutif, la cour de justice. On n’admettait aucune intervention étrangère, aucune démarche : les protecteurs d’un criminel étaient punis comme lui. L'amende ne pouvait être infligée que du consentement des trois sections et dans certains cas déterminés: autrement, il fallait l’assentiment de tous , ou de cent bourgeois au moins. La considération de certaines fainiiles maintint long-temps les dignités municipales dans leur sein , et cet ordre de choses marchant d'amélioration en amélioration , se perpétua pendant des siècles, et se consolida avec les mœurs simples du pays. Enrichis par le commerce, des bourgeois devenaient chevaliers, mais ils ne changeaient point de nom, et ne rougissaient pas de leur boutique. ].a confiance s'accrut au point que fort souvent les étrangers portaient leurs différends devant les ma-

§istrats de Zurich, silrs à l'avance 'une décision éclairée. Le prévôt de la ville et celui de l’abbaye ne pouvaient exécuter les sentences qu’ils rendaient en matière de dettes que lorsqu'elles avaient reçu la ratification du conseil. Il v avait trois chanoines élus par la ville et les deux chapitres pour juger les diff, rends entre prêtres et bourgeois.

Par une disposition sage, on dé-

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truisit à jamais l’esprit de coterie, en punissant d’une amende de dix marcs et de démolition de sa maison , quiconque fonderait une association ou une maîtrise autres que celles créées pour les métiers : la patrie s’oublie trop souvent dans ces reunions. Ouand deux citoyens se mettaient en hostilité , on lés bannissait l’un et l’autre. I,a ville avait de bonnes murailles, de fortes tours, des fossés profonds; on ne permit rétablissement d’aucun faubourg, d'aucune maison fortifiée dans le voisinage. Le code pénal était simple : le meurtrier était puni de bannissement et de déchéance des droits de cité; l’étranger subissait la peine capitale. Si le meurtre était involontaire , il y avait amende de 20 marcs, et de moitié seulement, si l’homicidé n’était pas l>ourgecis ; car le bourgeois vit non seulement pour lui , mais pour le salut de tous. Si le criminel se réfugiait dans la demeure d’un prêtre, on l’en arrachait; s’il fuyait chez un citoyen , on n’employait fa force qu’après que celui-ci avait refusé de le livrer. L’injure pouvant allumer la colère, on punissait son auteur, sans aucune plainte de la part de l'insulté, de peur qu’il ne se fit justice à luimême. Si la partie qui perdait son procès se répandait en invectives contre les juges , ceux-ci quittaient le siège, et ne consentaient a reprendre leurs fonctions qu’après que satisfaction leur était donnée. Ce sentiment de dignité personnelle faisait de chaue bourgeois un ami sür, un ennemi angereux, un homme libre, un guerrier courageux, et tel était le citoyen, tel le peuple entier. Dans les mœurs, il y avait cordialité, simplicité : il était défendu d'inviter à la noce la plus splendide au delà de vingt mères de famille, et d'y appeler plus de quatre musiciens (deux hautbois, deux violons) et de deux chanteurs. La police des cabarets était sévere, l’heure de la retraite invariable ; on n’y buvait que du vin du pays. F.nlin , les femmes publiques, assujetties jusqu’alors à porter des bonnets roug-s, furent entièrement supprimées. Les Juifs, comme

partout en ces temps-là , éprouvaient mainte avanie : il leur était défendu de se mettre à la fenêtre, ou de se montrer en aucune façon du jeudi saint au samedi saint, ni de faire aucun bruit dans leurs maisons. Le gouverneur impérial n'intervenait que rarement dans les affaires de Zurich ; il ne paraissait au conseil que quand il y était appelé. Les affaires capitales étaient de sa compétence , mais vu la douceur des mœurs, il y en avait peu, et la jalousie des bourgeois contre tout pouvoir étranger fut pour beaucoup dans la modération des lois, et dans l’eloignement que les Zurichois montrèrent pour la peine de mort. Cette belle constitution , au surplus , s’était formée à la longue; elle n’était pas, comme celles de l’antiquité, la conception d’un homme de génie, l’œuvre et la gloire d'un seul ; le temps et l’expérience l’avaient élaborée, et la volonté libre des citoyens y ajoutait toujours quelque nouvelle disposition.

L’aisance amène le loisir, les relations sociales se multiplient avec les jouissances. Zurich ne demeura point étrangère au mouvement intellectuel :

les inventions nouvelles, les exercices de l’esprit, la poésie même occupaient un grand nombre de ses notables habitants. I.e nom de Roger Manesse est encore célèbre : les trouhadou s ou Mlinifsingcr de l’Allemagne accoururent en foule n son château de Manegk et a Zurich. Il nous n laissé un recueil de vers de plus de cent quarante auteurs. Leurs chants retentissaient dans tous les châteaux de la Thurgovie, comme dans l'Oberland bernois: Hadloub les répétait sur sa Ivre. Conrad de Mûri fit revi\ re la mythologie; à Ziirich Boner fit son recueil de fables ingénieuses. Dans les nuits solitaires de son château, I.utold de Regensberg apprenait de son esprit familier les secrets de la philosophie ; Wolfram d’Eschenbnch y chanta les aventures merveilleuses de Guillaume d’Orange et peutêtre aussi les Niebelungrn, eette Iliade germanique. Kscl.enbnch traduisait, avec un rare bonheur, les chants provençaux. Jean de Wart , les comtes de

Tockenbourg, Werner de Honberg, Jean de Habsbourg et de Rapperscbwyl , et une multitude de seigneurs et dé bourgeois s'abandonnaient nu eultedes Muses : les uns chantaient l’amour et les plaisirs , et les autres, sur un ton plus grave, se plaignaient de la décadence des mœurs. leurs créations ont autant de grâce que de force ; souvent il y a de l'élévation, plus souvent du sentiment, toujours du naturel et de la simplicité. Telle était l'heureuse Zurich , libre, riche, tranquille; depuis le sommet du Saint-Gotnard jusqu'aux rives du Rhin, elle ne voyait que des allies, et l’emportait sur tous en prospérité, en intelligence, en institutions civiles et militaires.

Mais une révolution se préparait; des partis se formaient dans le conseil : on accusa les dominateurs de partialité. A entendre les factieux , il n’v avait plus de sécurité pour les citoyens, plus de fidélité dans l'administration des revenus publics : l’arbitraire et l’orgueil étaient partout. Rodolphe Broun, membre du conseil, était le principal auteur de ces plaintes ; il ameutait les bourgeois, leur représentait la tyrannie comme insupportable, promettait de braver tous les dangers, pourvu qu’on le secondât. Le Iwn droit, le nombre n’étaient-ils pas du côté du pauvre? Pour lui, il risquerait ses biens, sa liberté, sa vie pour sauver le peuple de l'oppression. Alors on vit s'attacher à sa suite quiconque avait un sujet de mécontentement, quiconque, comme lui, avait été frappé d'une amende, ou murmurait de l’impôt : il eut pour partisans ceux qui se plaignaient d’avoir perdu des procès, ceux qui attendaient tout d’un changement, et cette ardente jeunesse, toujours prête à se jeter dans toutes les entreprises hasardeuses. Il y avait d'ailleurs un charme secret dans le renversement d’un pouvoir, et dans la création d’un autre ordre «le choses.

Au mois de mai 1335, la commune étant réunie pour les élections, un homme du peuple s'avança , et de-

manda qu’il fût rendu compte des revenus publics : cette réclamation fut appuyée par les chevaliers Manesse et Claris, et par deux autres amis de Broun, membres du conseil. L’assemblée était en proie à la plus grande agitation. Broun savait que dans tout commencement la modération est le plus silr moyen de succès. Chacun put donc s’en rétourner librement : on regarda cette scène comme une tempête qui n’aurait point d’effet , et l’on crut apaiser le peuple en temporisant, au lieu de recourir à des mesures de vigueur pour s’assurer le repos. Six semaines après, il y eut une violente émeute : le peuple se précipita vers le lieu des séances du conseil : les magistrats, saisis de terreur, s'enfuirent la plupart de la ville.' Cet événement fut suivi d'une réunion dans un couvent, où la souveraine puissance fut décernée à Rodolphe Broun. Le gouvernement devait changer de forme.

Provisoirement Broun s'adjoignit Roger Manesse, Henri Biber, Jean de Hottingen et Jacques Broun le chevalier. Les anciens magistrats furent bannis; leurs enfants mêmes furent privés de toute participation au pouvoir. A la fin de cette même année 1 335, Rodolphe assembla les bourgeois, et l'on convint d’une constitution qui le fit bourgmestre à vie, et lui donna un conseil de chevaliers, de liourgeois et d’artisans. Tous les chevaliers et tous les bourgeois qui ne vivaient pas d’une profession , composèrent une assi ciation guerrière, appelée constable: la bannière de Zurich lui était confiée. Le bourgmestre désignait deux chevaliers, deux écuyers et quatre autres personnes à son choix, pour élire treize membres du conseil dans le constable , dont six chevaliers et sept bourgeois. Tous les métiers furent répartis en treize tribus composées de maîtres et de compactions. 'Joute contestation sur une élection devait être décidée par le bourgmestre, qu> recevait les serments de tous les chefs de tribus. I.es chefs, les treize conseillers du constable et lui composaient le conseil. A la mort de Broun, on

élirait pour bourgmestre, soit Henri Biber, soit Roger Manesse, soit Jean de Hottingen, soit enfin Jacques Broun.

Les pouvoirs des conseils auraient de la Saint-Jean-Baptistejusqu'a la Saint- Jean l’évangéliste. Quinze jours auparavant on renouvelait les électeurs.

On ne porta point atteinte aux droits de l'empereur Louis de Bavière, qui sanctionna ces statuts : ils reçurent aussi l'approbation d'Elisabeth de Mazingen , abbesse par la grâce de l)ieu, et du comte de Tockeukourg, abbé du grand chapitre.

L’esprit de ce gouvernement fut favorable au commerce , mais préjud iciable à l’agriculture , dent les produits se vendaient à vil prix : on défendit l’exportation des matières premières et riinportation des matières ouvrées. Quelques citoyens ayant demandé la faculté d'acheter librrmentau dehors desobjets de première nécessité, il fut décrété que quiconque à l’avenir reproduirait cette demande, serait banni pour cinq ans, ou puni corpore'lement. Cependant Jean de Rapperschwvl avait recueilli les fugitifs, qui se vengeaient de la confiscation de leurs biens , en saisissant les revenus des propriétés rurales de leurs ennemis ; ils avaient d'ailleurs des intelligences dans Zürich. Rodolphe Broun, prétextant une conspiration, fit périr ceux qui lui porta eut ombrage : quiconque quittait la ville sans sa permission , était banni à perpétuité. Il fut interdit aux amis, aux parents, de se réunir à plus de cinq et même à plus de trois; quiconque, le soir, sortait sans lumière, ou quiconque ouvrait sa maison après le couvrefeu, était sévèrement puni. Le bourgmestre avait le droit de s’emparer de tous les chevaux. Il se lit accorder une garde et soixante marcs d'argent pour la payer.

Rodolphe Rroun fit quelques expéditions guerrières ; l’une d'elles contre Jean de Rapperschwvl , de concert avec Diethelm de Tockenbourg, neveu de l’abbé. On attaqua de toutes parts le château de Grünau, que se disputaient ces seigneurs; mais Jean de Rapperschwyl, habile et courageux,

Si

ne tint pas compte du nombre, et, du haut du Ruchberg, se précipita sur l'ennemi. Les Zurichois s’enfuirent en desordre dans leurs bateaux , et Diethelm fut fait prisonnier. On ne sait si ce fut dans cette occasion que Broun fut blessé. Quoi qu’il en soit, il voulut relever sa réputation, et fit une nouvelle ex|>édition. Cette fois le nombre l'emporta : Jean périt en combattant, et près de lui le jeune chevalier Ulinger, dont la valeur venait de venger sa mort. Les habitants de Rapperschwvl , exaspérés par cette double erte, coupèrent leur prisonnier Diete!m par morceaux : l'intervention de Louis de Bavière et des ducs d'Autriche rétablit la paix. Une autre fois, Broun , du consentement des ducs détruisit le château de Schauenbourg, dans lequel ses ennemis tenaient conseil, et seconda les habitants des bords du lac de Constance dans leurs cam-

nnes contre le château d'Alstetten;

ut l’allié fidele de Saint-Gall, de Schaffhousen et de Bâle. Pendant quatorze ans cet ordre de choses fut florissant; mais Broun avait trop d’ennemis , son pouvoir s’était établi sur trop d’infortunes particulières : les exilés, les familles déchues du pouvoir, les parents des condamnés le haïssaient. Ils voulaient rétablir l’ancienne constitution : à leurs yeux c’était un devoir ; et quel que fut l’événement , une seule nuit devait mettre fin à leurs longs malheurs. On s’assura des dispositions du comte de Rapperschwvl, qui avait à venger son père tué à Grtinau. On avertit Bérenger de Hohenlandenbp.rg et Ulrich de Bonstetten :

parmi sept cents conjurés , chose surprenante, il ne se trouva ni un traître, ni même un indiscret. Au moment fixé pour l’exécution , Ulrich de Bonstetten vint sous prétexte de visiter sa parente, religieuse du monastère; le comte de Rapperschwyl prétexta des affaires; il entra dans la ville à minuit, et Bérenger de Landenberg fut hissé par-dessus les murs. Un portier avait été gagné; il laissa entrer les soldats de Rapperschwyl. On voulait décapiter, à la maison de ville, le

bourgmestre et ses principaux complices. Malheureusement un garçon boulanger sommeillait derrière le fourneau dé l’auberge où l’on s’etait réuni; il entendit tout , et se hilta de prévenir son maître, qui se rendit citez Rodolphe Rroun. Celui-ci revêtit promptement la cuirasse, le boulanger sonna l'alarme. Rodolphe courut sans bas, sans souliers à la maison commune, non sans s’exposer à de grands dangers, car les conjurés tuèrent son valet , qui marchait devant lui ; heureusement pour lui qu’il savait le mot d’ordre. \rrivé à l'hôtel de ville il en ferme la porte, appelle au secours et oousse de grands cris. Les artisans accoururent les premiers : les femmes mêmes sp mêlèrent au combat , jet.int par les fenêtres des casseroles, des pots et des pierres.

Cependant les conjurés s’étaient empares de la place du marché : Rodolphe les attaqua ; là périt Hérenger de Haut-Landenberg, avec Ulrich de Mazingen et cinq anciens conseillers; enfin, d fallut céder et s’enfuir. Les bateaux étaient submergés sous le poids des fuyards ; d’autres se précipitaient des mitrailles ; d’autres encore étaient écrasés; Jean de Rapperschwyl rt Ulrich de Bonstetten furent pris dans les fossés. Ils furent enfermes dans la tourde 'Vellenberg , sur un rocher que les flots du lae battent de toutes parts. Trentesept citoyens furent, les uns décapités, les autres roués , et chacun fut mis à mort devant sa maison. On prolongea jeurs tourments, afin d’effrayer à jamais quiconque voudrait conspirer contre Broun. Sent jours après, il alla mettre le siège «levant Rapperschwyl, où Scliaffltousen lui envoya des secours : la ville se rendit le troisième jour, après avoir stipulé le maintien de ses libertés.

Cependant les comtes de Rnpperschwyl et de Bonstetten ne réclamaient point la délivrance de leur frère.

Broun menaça de ravager le pavs.

Pour prévenir ces désastres , la reine Agnès, qui vis ait encore à Kônigsfelden, s'interposa en faveur des habitants , sans que jamais il Alt parlé de délivrer les prisonniers. Mais les no-

bles de Walner, dont le château était à Freudenstein , près de Soulz en Alsace , tenant des terres des Habsbourg de Rapperschwyl , enlevèrent ô vingtcinq marchands «le Zürich pour 358 ducats de marchandises: par forme de représailles, Rodolphe Broun fit saisir cent pèlerins de Bdlc et soixante de Strasbourg, qui se rendaient à Notre- Dame-des- Ermites. Les évêques et les villes impériales du Brisgau intervinrent. Inflexible tant qu’il ne craignait rien , le bourgmestre céda , quand il vit

?|Ue le commerce de Zürich avec Francort était compromis; il voulut traiter de la paix avec les jeunes comtes de Rapperschwyl, qui lui répondirent que leurs fiefs appartenaient a l’Autriche, et qu’ils ne feraient rien sans les ducs. Ils souffrirent même patiemment qu’il leur vînt enlever comme otages soixante des principaux habitants de Rapperschwyl. Le château fut renversé , les murs de la ville démolis: les habitants se flattaient que, désormais sans défense , ils n’auraient plus rien à redouter de la guerre; mais tout à coup au mois de décembre, par un froid rigoureux , Rodolphe Broun leur enjoignit de quitter leurs demeures, et y mit le feu, acte d'une froide et imbécile barbarie. Rodolphe ne savait ni conserver une conquête, ni la rendre inutile à l’ennemi.

Ce fut en 1351, cinq mois après s'être rendu coupable «le cette horrible destruction, qu'il envoya demander le secours des\Valdstetten,en leur proposant une alliance éternelle. Les cantons avaient toujours compris l’importance dont serait pour eux l’indéndance de Zurich. I,es envoyés de hwytz , Uri, linterwalden et Lucerne vinrent «ione à cet appel . et le trr mai on signa l'acte de confédération, qui devait être renouvelé tous les dix ans, mais qui portait en luimême la clause de perpétuité.

Cependant la captivité de Jean de Habsbourg et d’Ulrich de Bonstetten se prolongeait, et, dans les premiers jours du mois d’aoilt, Albert, duc d'Autriche, fils de l’empereur de ce nom, et petit-fils de Rodolphe, vint à

SUISSE. g$

Brougk , où se réunirent tes députés des villes d’Alsace et du Rrisgau. Dans cette réunion , il se plaignit amèrement des Zurichois et des cruautés qu’ils avaient exercées sur la ville de Rapperschwyl. I] exposa en même temps ses griefs contre tes Suisses.

Les députés de Rappersdiwvl évitèrent une commisération universelle.

Les magistrats des villes promirent de venger leur malheur. Le duc fit comparaître tes envoyés de Zurich , et leur ordonna de reconstruire le Vieux et le Neuf- Rappersdiwvl , et de réparer pécuniairement te dommage. Ils répondirent qu’ils n’en feraient rien ; que fauteur de tout 1e mal était 1e comte Jean; que lui seul avait commencé tes hostilités. Albert se prépara donc à la guerre, et tes Zurichois implorèrent 1e secours des cantons , et dépêchèrent des députés à l'empereur Charles IV , qui promit d’intervenir pour le maintien ae la paix. Le 13 octobre, les Suisses entrèrent dans la ville, bannières déployées; Albert vint camper près de ses’ remparts. Cependant les Bâlois n’eurent pas de peine à le déterminer a choisir des arbitres; Züridi en nomma de son côté : l’un d’eux était le seigneur de Malin, prévôt de Berne. Us soumirent leur décision à la reine Agnès, à Kœnigsfdden ; mais elle mit beaucoup de partialité dans son jugement. Les Waldstetten virent avec déplaisir les Zurichois donner des otaes. L’arrêt blâmait toute leur conuite; il ordonnait la reconstruction des deux Rappersdiwvl ; enfin il embrouillait tellement les clauses relatives à la délivrance de Habsbourg et de Bonstetten, qu’il y avait dans cette pièce germe à de nouvelles discordes.

Malgré ce que ce traité avait de désavantageux , tes parents des otages déterminèrent la cité à le jurer: mais bientôt tes contestations recommencèrent , car les conseillers du duc ne voulaient que gagner du temps. On jeta tes otages dans les fers , sous prétexte que les captifs, dont cependant il n'etait pas fait mention expresse, n’étaient pas encore libres. Les Suisses indignés coururent aux armes. Dans

ces circonstances, Albert demanda Un continuent à Glarus. Ce pays, administré sous la protection ae l’empire, appartenait à l'abliesse de Sekingen , et ne devait de contingent que pour sa défense. Depuis que tes Habsbourg avaient acquis l’advocatie du couvent et 1e lief de la prévôté de Glarus, beaucoup de griefs avaient éloigné d’eux les habitants. Ils leur reprochaient leur réunion à Gastem, la présence d’un gouverneur dans te château fort de Naefels, la suppression du landamman, leur magistrat populaire, etc., etc. Le gouverneur était alors un chevalier de famille rhétienne, Werther de Stadion; on lui répondit que le pays n’etait pas tenu de prendre part aux guerres des ducs d’Autriche. Albert voulut employer la force, mais tes Suisses le devancèrent ; ils firent occuper tes vallées de Glarus au milieu de l’hiver. L’alliance s’établit entre tes cantons et ce petit pays, qui sur-lechamp fournit deux cents nommes à la garnison de Ziirich. Stadion, qui avait pris la fuite, essaya d'une surrise. Il vint de Rappérschwyl avec eaucoup de soldats ; a son approche , les Glarnais s’assemblèrent sur leRutifeld, non loin de Naefels. Le gouverneur n’avait a soutenir que l’honneur de son nom; ses adversaires combattaient pour tout ce qui est cher à l’homme. Stadion périt et beaucoup de nobles avec loi. Les vainqueurs tuèrent vingt-deux bourgeois de. Wesen et rasèrent 1e château de Naefels.

Pendant que le duc rassemblait son armée, il y avait près de Raden une troupe de soldats de Râle, de Strasbourg et de Fribourg en Brisgau. Ils ne cessaient de ravager les terres de Zurich. Le bourgmestre résolut de les battre avant l'arrivée des renforts u’iis attendaient. Ils étaient instruits c ses projets , et tandis qu'il s’avançait te long de la Reuss, vers Tàtwyl, ils lui dressèrent un piège, dans lequel il donna. Le pays est composé de jolies vadées dominées par des collines boisées et sillonnées par la Limmath, la Reuss, l’Aar et une multitude de rtiifr seaux. Il eût été facile à un guerrier

>ogle

habile d’y prendre une bonne position, mais Broun n'était informé de rien; il ne sut pas même que des sources de l’Adige était arrive Burghard d’Ellerbach , l’un des chefs les plus expérimentés de l'armée du duc, et que la petite troupe qu’il espérait combattre avec avantage s'élevait maintenant à quatre mille nommes , tandis qu’il n’en avait que quinze cents. Quand il l’apprit, il n’elait plus temps d'v remédier, car il était cerné. Pâle de terreur, il s’enfuit secrètement a sa maison de campagne, croyant abandonner les siens a une mort certaine. Manesse, après l’avoir vainement cherché, se précipita à la tête des Zurichois, puis, affectant une confiance qu’il n’avait pas, Le salut de la patrie est entre nos mains, dit-il; combattez vaillamment; nous ne sommes point abandonnés : nos concitoyens accourent , et le conseil de guerre a décide que Rodolphe irait au-devant d’eux, pour les mieux guider. En son absence, c'est à moi que le commandement estconlié.» Aussitôt il donna le mot d’ordre et attendit l’ennemi. On dit qu’il eut soin de placer beaucoup de juments à l'endroit où chargea la cavalerie, ce qui empêcha les cavaliers de gouverner leurs chevaux. Pendant plus de trois heures, et jusqu’à la nuit, il soutint un combat inégal. Déjà les forces des soldats s’épuisaient, quand tout à coup, sur une hauteur, retentit le cri : A nous, saint Félix! C’était le mot d'ordre.

Cent cinquante campagnards de Richtersehwyl , Wadischwyl et Pfœllikon l’avaient appris en chemin et ils venaient se joindre a l’armée, sans savoir que déjà elle était engagée. Leur apparition décida la victoire. L’ennemi lut repoussé jusque sous les murs de Baden. En reconnaissance de ce succès, les Zurichois vouèrent une procession à Einsiedlen. Elle se renouvela tous les ans avec une grande solennité pendant cent soixante et dix ans, et il fallait qu’il y assistât un homme par foyer domestique. Apres cet acte de lâcheté, il semblerait que le bourgmestre dût être perdu dans l’esprit de la bourgeoisie : il en fut tout autrement.

Le peuple l’alla chercher , bannière déployée, pour le ramener dans Zurich; car’ il avait fait répandre le bruit que la noblesse conspirait contre les artisans.

Au printemps , les préparatifs du duc n’étant pas encore terminés , mille soldat^ vinrent à Kùsnaeht par l’isthme qui sépare le lac de Zug de celui de Lucerne: ils brillèrent les habitations, et déjà s’en retournaient chargés de butin, quand, par une audace (extraordinaire, quarante-deux Suisses se jetèrent sur eux pour le leur enlever. Ces braves perdirent dix -sept hommes, et les vingt- cino auties continuèrent à combattre avec acharnement autour des cadavres. Les Autrichiens, ne pouvant comprendre cette témérité, crurent que ce n’etait qu’une fausse attaque pour cacher une embuscade, et s’enfuirent. Mais les Suisses ne faisaient, en agissant ainsi, que suivre la loi de leur pays. Quiconue fuyait devant l'ennemi était puni e mort, et sa descendance était déshonorée jusqu'à la troisième génération. On se vengea du désastre de Küsnacht par la destruction du château de Habsbourg, nui, du haut du Rotenllue , domine le lac de. Lucerne.

Les Suisses comprirent l’importance dont serait pour eux la possession de Zug, ville (ondée autrefois sous les comtes de Lenzbourg , et dominant un pays ouvert, entoure de collines et de châteaux , dont les maîtrps avaient pris chez elle droit de bourgeoisie. Le duc n’y avait qu’une faible garnison d’arcliers strasbourgeois. A l’approche des Suisses, les campagnards se déclarèrent pour eux. Zug, mal préparée à la défense , obtint une courte trêve , pendant laquelle on dépêcha vers le duc Albert àKœnigsfelden undepiitéappelc Hermann. Le duc l’écouta négligemment, continuant à s'entretenir avec son fauconnier; et comme Hermann en témoigna sa douleur, Allez, répondit le prince, on reprendra ce qui aura été pris. A cette nouvelle, Zug ouvrit ses portes aux Suisses, et jura de s'unir à leur ligue pour le maintien de ses droits et de sa liberté.

suisse. «s

Albert avait de plus vastes plans :

il voulait soumettre les cantons euxmêmes. L’électeur de Brandelwurg, fils de louis de Bavière, le comte de Neufchd tel, ceux de Monfort.deWürtenberg, d’OEttingen,deFurstei)berg,deNellenbourg , de Kybourg , de Hochberg , lui amenèrent ou lui envoyèrent des secours. Il avait. pur lui, lesducsd Urslingen et deTeck, cinq évéques, Lindau, Fribourg, Bâle, Strasnou rg et Schafhousen. En vertu de traités exécutés à regret, lecontingent de Bernearriva aussi avec les alliés de Laupen , de Morat , de Payerne, de Soleure. Les Suisses déjà avaient secouru les Bernois à la glorieuse batailledeLaupen (*) ; ils ne devaient pas les revoir parmi leurs ennemis. A vec les Bernois étaient Erlacli , Bubenberg et ’NVeissembourg II y avait, en tout, trente mille hommes et quatre mille cavaliers. Le commandement supérieur était confié au comte Eberhard de\V urtenberg : les Zurichois se défendaient eux-mêmes , et leurs alliés campaient sur le Zürichlierg. La première opération des Autrichiens fut de jeter un pont sur la Limmath ; les assièges le brisèrent. L’ennemi, ayant trouvé un gué , ravagea tout le pays entre celte rivière et la Sil. Une sortie des Lucernois faillit devenir funeste aux fùurrageurs, mais iis furent sauvés par la cavalerie qu’on envoya à leur secours. Ce fut le seul exploit de l’expédition. L’électeur de Brandebourg offrit sa médiation , qui fut acceptée par Albert et par les Suisses ; ceux-ci se souvenaient de l’amitié de Louis de Bavière, son père. Au point du jour, il n'y avait plus devant Zurich que les Bernois, qui partirent aussi, n'ayant pas jugé convenable défaire retraite la nuit.

Les plénipotentiaires se réunirent a Lucerne chez Louis de Brandebourg au commencement d’octobre. Des conditions équitables furent proposées et acceptées : les otages furent rendus à Zurich , qui , à son tour , remit en

(*) Nous en parlerons plus tard, quoiqu’elle ait lieu dès l’année i33j : il eùl été difficile d’interrompre l'hisloire de Zurich.

6* Livraison. (Suisse.)

liberté Jean de Habsbourg- B appersdiwil; Ulrich de Bonstetten avait été accoidé, un au plutôt, aux larmes d’une mère âgée de Su ans , et aux prières de l’abbé de Saint-Cal! , son parent. Bonstetten épousa la fille de (loger Manesse, vainqueur de Tâtwyl.

Nous dirons comment, à la fin de celte même année , Berne entra dans la confédération.

Le duc Albert, apres avoir rendu les derniers devoirs à sa femme, Jeaune de Ferette. dont il conserva les immenses domaines , exigea , connue si ç’eût été une condition de la pai., une eutiere renonciation de Zug et de Glarus à la coi i fédéra tiou . Ces cari tons résistèrent. Albert alla trouver l'empereur, et se plaignit a la diète de AV omis ; puis il arma de nouveau. Charles IV avait fait à Ziirkh un premier voyage, et s’était montré favorable aux cantons; mais quand il y revint pour se constituer juge, les Suisses réservèrent leurs droits et leur ligue. L'empereur irrité dit une ces allantes étaient nulles; que les membres de l’empire ne pouvaient eu conclure aucune sans l'approbation du souverain , et il leur donna deux jours pur réfléchir. Les députés, après s’etre consultés, déclarèrent tju’ils resteraient fermes dans l’observation de leurs serments. Tout aussitôt des ordres furent donnés dans tout l'empire, et l’on se disposa à réduire à l'obéissance ces montagnards qui méconnaissaient l’autori'e impériale. En juin 1354, un message prti de Ratisbonne déclara solennâlement la guerre aux confédérés. Sur ces entrefaites , Jean de Rapperschwyl vendit cette ville au duc Albert. Le 2 août, des troupes autrichiennes passèrent sous les murs de Zurich pour aller prendre possession du comté. On rebâtit le fort, la ville et les murailles. Cette cession mettait à la dis|iosition d’Albert les pèlerinages d’Einsidein , le commerce et les relations de Zurich avec Glarus et Schwytz. Il s'empara bientôt aussi d'un retranchement voisin d’Obermella, et fit un grand carnage de la petite garnison Trois semaines n’étaient pas révolues que

l’empereur vint camper devant Zürieh à la tête de plus de quarante mille hommes. Les habitants faisaient beaucoup de sorties , non-seulement pour se tenir en haleine , niais encore pour avoir occasion de parler aux soldats ennemis , et de les instruire dps véritables causes de la guerre. Le but n’était pas, disaient-ils, de réduire à l’obéissance une seule ville, mais de faire décider par la violence que les États de l’empire n’avaient pas le droit de se liguer entre eux, ce qui , cependant. était le seul moyen de se garantir de l’oppression des grands. Sous divers prétextes, des bourgeois de Zurich venaient dans le camp, où ils racontaient des laits , où ils discutaient des questions, où ils accusaient l'audace et l’ambition des Habsbourg. En même temps , un drapeau à l’aigle impériale llottait sur la tour en signe de fidélité. Les députés des confédérés , ceux de beaucoup d'autres villes, et même des seigneurs, vinrent à la tente de l’empereur, en demandant la paix pour la Suisse. Malgré les efforts du duc d’Autriche , Charles reconnut qu’il n’etai: pas juste d’attaquer les peuples de l’empire contre le vœu des Etats; et le lendemain de cette sentence, ou partit dans le plus grand désordre, chacun se discutant la prérogativcd’ouvrir la marene. L’Autriche continua ses incursions, et couvrit ce pays de cavaliers hongrois , qui firent encore plus de mal a ses alliés qu’a ses ennemis.

Charles IV envoya aux confédérés des traites à signer; non en assemblée générale, mais chaque État devait y accéder séparément. C’était un essai pour diviser les Suisses. Rodolphe Broun y fut pris, ou feignit de s’y laisser prendre : il signa au nom de' Ztirich, ainsi que quelques conseillers qu’il avait convoqués. A Zug, on y mit plus de précaution , et , croyant remarquer que ccrte.ineclause compromettait la confédération, on en référa au landaniman de Sehwytz. Lucerne, Uri, Lnter- ■wald furent prévenus de refuser leur adhésion , et de toutes parts des di pillés vinrent à Ziirich. Dans cette as-

semblée, ceux de Schwvtz demandèrent qu'il fût donné lecture à liante voix de la pièce signée par Broun.

Elle indigna les assistants , surtout en ceqn’Aibert appelait les cantons ses H a/dsletleti, en ce que les diflérends devaient, désormais, être jugés à IJznarh par ses arbitres et par ceux de Ziirich , en ce qu’il y était stipulé que les Zurichois, tout en gardant les anciens traités, n’en exécuteraient aucun de préférenre à celui-ci. Rodolphe Broun s’excusa par les plus frivoles prétextés : les envoyés du duc étaient tressés, il n'avait pas eu le temps de ire; il avait, selon ses loyales habitudes, signé de confiance. Dans ces circonstances, ajoutait-il , le parti le plus sage était de faire à i’emjterear de simples remontrances. On convint de demander des explications à ce prince:

il les promit. Il était ah.rs en Moravie. On attendait encore, lorsque, l’année suivante, Zurich conclut un traité avec Albert de Bucheim; c’était une promesse de secours mutuels entre les villes et les dues pour tout le pays du Rhône an Jura, pour la Franche-Comté, les Vosges, la vallée de la Kinzig, l’Arlenberg, et jusqu’au Seplimer ; par conséquent ce rayon était beaucoup plus étendu que le territoire pour lequel la ville était engagée avec l<*s Waldstetten. Le gouverneur autrichien devait seul décider quand il y aurait lieuàdemander le secours. Il est vrai qu’on assura l’exécution des autres traités; mais l’année précédente, Broun en avait conclu un qui mettait l'alliance autrichienne au-dessus de celle des cantons.

L’empereur prononça enfin sa sentence sur le sens de ce traité : sous peine d’encourir sa disgrâce, il fut interdit aux Suisses de compter Zug et (îlarus parmi les confédérés. On en délibéra a I.urerne ; mais Ziirich resta neutre. Les Suisses dirent qu’ils repoussaient cet arrêt , et qu’ilss’en reposaient de l’avenir sur Dieu et sur leurs bras. Les autres cantons , avec plus de douceur, jugèrent qu’il ne fallait accepter le traité que quand on en aurait rayé les mots ses H'ahlsletlen. et sous

suisse. :

condition expresse que l’incorporation de Zug et de Glarus serait reconnue; et comme Albert de Bucheim voulait le* contraindre au serment, SoliwvU envahit ce territoire, se lit jurer et jura fidelité. Bucheim ne put l’empécuer ; il fut donc bien aise d'accepter la médiation de Pierre de Thorberg , et de conclure un armistice, yuand Bucheim et les envoyés de Zurich vinrent à Vienne, Albert était fort souffrant, et son (ils aîné Rodolphe ne permit point qu’on l'entretint des affaires des cantons.

Os différents traités avec l’Autriche ternirent lu réputation de Rodolphe Broun ; d'ailleurs, il s'était secrètement dévoué à la cause des ducs : et il en avait reçu des sommes considérables. Il mourut en 1300, le 1 8 décembre. C’était une âme à basses inclinations; il se montra fort habile dans les grandes affaires, cruel dans la prospérité , et lâche dans les dangers.

Autant ses contemporains s'étalent occupés de lui par la contrainte qu'il leur imposait, autant la postérité se montra oublieuse à son égard. On ne se souvenait pas bien de ia date de sa mort, et on la reportait même à une époque postérieure de quinze ans. S'il eût atteint cette époque, il aurait vu encore ses fils et ses parents bannis de Zurich et de toute la confédération pour des forfaits atroces.

Nous allons remonter le cours des années pour ajouter à l'histoire de Zurich celle de Berne. Unie a Solcure, elle détruisit le château de Lundsl.ut, qui appartenait au comte de Kvbouig.

Dans cette auerre , la défense fut acharnée. Les vassaux de Kybourg combattaient du haut d’un cimetière, et tout ce qu'ils avaient de plus cher, ils l’avaieut reuni sur la tombe de leurs aïeux : ils se battaient et mouraient jusqu’au dernier homme. Mais Berne éiait animée de l'esprit le plus belliqueux ; la cloche se faisait-elle entendre : Ou faut-il courir? s'écriaient les bourgeois; et la jeunesse se précisait au dehors. Du haut des murs

'Esrhi,de Haiten, de Strætllingeuou de Schœuberg, les mercenaires des

CT

seigneurs imploraient la pitié de ces guerriers , en paraissant devant eux la corde nu cou. Vainement le comte de Kybourg essayait de dresser des embûches a ces braves , leur contenance les faisait échouer. Beaucoup de seigneurs périrent. La reine Agnès envoya de l’Argovie soixante chevaliers, et parvint à peine à obtenir la paix.

Berne n’était pas alors ce qu’on la voit aujourd'hui : cité populeuse, opulente, régulièrement bâtie, ses rues, prolongées en arcades , chargent le sommet d'une montagne de plus de cent pieds d'élévation : une magnifique cathédrale s’élève sur une esplanade ; ce chef-d'œuvre de l’art gothique est entouré d’une belle promenade. L’Aar fait de la montagne une presqu'île, et les faubourgs de la ville bordent ses quais. On dirait que ce fleuve s'arrête avec complaisance sous les murs d'une cité qui soumet à ses lois son cours tout entier, depuis les glaciers du Grimsel , depuis la chute mugissante qui , dans une prison de rocher , l'unit a la chute non moins écumeuse , non moins bruyante de la Handek, jusqu'au riant vallon de Mevringen, jusqu’au lac délicieux de ISricntz. Devenue moins tumultueuse, elle s’écoule calme et limpide, traverse Interlaken. Keuhaus, et leurs riches prairies, à ia vue de la neigeuse Jungfrau. Puis, quand elle a porte au bassin de Thoun les eaux du Reichenbach.du Staubach, et les deux Luschine, elle arrose l'heureuse et fertile vallée qui s'étend au pied du N’iesen et du Stockhorn, s'avance vers Berne, et court parmi des vallons spacieux et guzonnes que sillonnent de belles aveulies de cerisiers. Enfin elle tourne et enlace cette capitale , baigne les murs de Soleure, et se hâte de précipiter vers le Rhin toutes les ondes que le versant septentrional des Alpes et la -pente occidentale du Jura envoient en tribut à l'immense mer du Nord. Plusieurs sites des environs de Berne offrent le magnifique aspect des glaciers, barrière éternelle entre les peuples germaniques et les chaleureuses contrées du midi.

Au XIV* siècle, l’enceinte de Çerot

renfermait beaucoup de jardins; les maisons étaient en bois, et il n’y avait guère de remarquable que l’immense muraille qui soutenait l’esplanade de l’église. On la doit, dit-on, à Matthieu de Steinbach, qui, d'après une tradition, serait fils d'Erweinde Steinbach, auquel on attribue une si grande part à l’érection des cathédrafes de Fribourg et de Strasbourg. Une noblesse nombreuse et des familles patriciennes se partageaient le pouvoir. I. es empereurs aimaient la cite; heureux quand ils en étaient reconnus, les campagnards y trouvaient protection. Pour la confiance dans les dangers , pour la vertu , pour la valeur et la fortune militaires, Berne ne le cédait en rien à Rome primitive. Ces qualités eurent une grande influence sur l’avenir de la confédération; Berne y accéda bientôt, et nous allons raconter les événements qui amenèrent ce grand résultat.

A l’époque où commencèrent les guerres de l’Angleterre contre la maison de Valois, en l’année même où Louis de Bavière assemblait les électeurs pour délibérer sur son excommunication, enfin, en la 157' de l’existence de Berne, la 1333' de J. C. , les comtes et les seigneurs de l’Uechtland, de l’Argovie et de la Bourgogne, conspirèrent sa perte , et elle sè vit abandonnée (ie tous ses alliés, sans pouvoir invoquer l’appui d’aucun protecteur. Il était arrivé que dfs vassaux du comte de ISidau , de la maison de Neufchôtel, avaient enlevé des chariots de grains à des gens que protégeait Berne. Rodolphe de Tsidau était un seigneur fort distingué, habile à la guerre; il s’était battu longtemps contre les infidèles; il faisait de sa puissance un bon usage. Les petites villes d’Erlacb et de ISidau lui (levaient leurs franchises et leurs murailles. Les comtes de Neufchâtel et Gérard de Valengin lui étaient fort dévoués, et il avait, pour lui, l’intérêt de la liante Bourgogne, de la Savoie et des ducs d\*. utriclie, enfin la protection spéciale de Louis de Ravière.

Dans le même temps, F.berhard de Kybourg, l’irréconciliable ennemi des Bernois, se plaignit du refus qu’ils fai-

saient dê recevoir sa monnaie. Louis l’écouta avec faveur, car les Bernois ne voulaient point le reconnaît re, soit que. Guelfes, ils obéissent aux ordres du pape, soit qu’ils fussent impatients de toute espèce de joug. Les seigneurs , et même les députes de Soleure, se réunirent au château de Md. ni , où Tou convint, d’un commun accord,de renverser defond en comblecetteorgueilleusecité, qui ruinait sans cesse le pouvoir de la noblesse , et le voulait transporter au peuple.

Le peuple de Berne ne s’en émut pas beaucoup; le vénérable Jean de Bubenberg assembla le conseil, où, dans une délibération pleine de calme et de dignité , il fut décidé qu'on ferait droit ü de justes réclamations, mais que la violence serait rejmtssée par la violence. On proposa donc une conférence aux nobles; elle eut lieu à lîurgdorf. Là, Gérard de Valengin exigea d’abord qu’on se soumît à l'empereur Louis de Bavière, et qu’on lui payât, à lui, 300 marcs d'argent pour indemnité de ses sommations précédentes.

Eberhard de Kybourg prétenditse fnir,»

rendre la seigneurie «e Thoun , annonçant qu’il ne permettrait plus à aucun de ses vassaux de se faire recevoir citoyen de Berne. Rodolphe de Mdau se plaignit de l'insubordination que répandait parmi ses gens cette faculté de devenir bourgeois. Le comte de Gruyère reprocha à la république d’avoir admis les deux frères (leWeissembourg,qui relevaient de sa suzeraineté, et demanda le paiement de leurs dettes. En appuyant cette prétention , les Friboureeois ajoutèrent que l’empereur les chargeait de reprendre Lnupen , fief de l’empire. Les Bernois repondirent qu’ils reconnaîtraient Louis de Bavière dès qu’il serait réconcilié avec le saint-siège, qu’ils rendraient Thoun des que le comte aurait paye ses dettes, et que de cette somme ils libéreraient envers le comte de Gruyère les seigneurs detVcissembourg", leurs bourgeois. Quant à la réclamation de Laupen , elle leur parut nulle comme partant d’un empereur sans qualité. Enfin l’admission des bourgeois, dirent-ils.

SUISSE

continuera sur le même pied, car jamais elle n’a servi de pretexte à soustraire des serfs à l’autorité de leur maître. Après cette explication, on se sépara. Les Bernois essayèrent, dans une nouvelle conférence ," de rappeler Fribourg à des sentiments d'amitié et d’alliance', mais les députés qui s’étaient abouches à Blarnmat avec ceux de Fribourg, revinrent annoncer qu’il ne fallait rien espérer de ce côté.

Les hostilités commencèrent par des rapines , en attendant que l’armée fdt réunie. Des troupes arrivèrent de l’Argovie, de la Somalie, de l’Alsace.

Sept cents seigneurs, douze cents chevaliers, trois mille cavaliers et plus de quinze mille fantassins s’avancèrent :

'es rapports les plus effrayants indiquaient leur marche. Berné se fiait en elle-même, en sa réputation , en la justice de sa cause. Les seigneurs luisaient entendre les menaces les plus folles, et lui prodiguèrent leurs ironiques dédains.

Les principaux efforts de l’ennemi se portèrent sur Laupen ; Antoine de Blanckenbourg, qui y commandait, demandait vivement à être secouru.

Le sénat comprit combien il importait dcdissimulertoutsentiment de crainte.

Le vieux scliultheiss, Jean de Bubenberg, se leva et jura de sacrifier sa fortune et sa vie plutôt que d'abandonner Laupen. Ce serment fut répété par les sénateurs et par les bourgeois. Il fut décrété que tout père de deux fils en enverrait un à Laupen. Six cents hommes tout armés partirent : Rodolphe de Muhleren portait la bannière.

Laupen une fois investi, les alliés ne doutaient pas de leur succès, et se livraient à des jeux chevaleresques.

Lorsqu’ils furent tous rassemblés, Jean de Savoie allait se rendre à Berne pour se faire médiateur : c’était l’ordre de son père; mais les seigneurs saisirent la bride de son cheval et le retinrent, en le suppliant de combattre pour ses amis avec la même valeur qu’il l’avait fait en Flandre pour le roi de France.

Berne cependant hésitait sur le choix d’un c(icf militaire : il y avait parmi ses

guerriers beaucoup de braves, mais pas un qui edt en lui-même assez de confiance pour prendre le commandement d’une armée régulière. Pendant ce combat d'une sage modestie, Rodolphe d'Krlach entrait à cheval dans la ville ; il était de la maison des nobles d'Erlach, que Berne comptait parmi ses fondateurs. Ulrich d’Erlach , père de celui-ci, était le vainqueur illustré par la célèbre journée du Donnerbühl.

Quoique dans la force de l’Age , il s'occupait presque uniquement d’agriculture et avait acheté beaucoup de terres ail scliultheiss Bubenberg et au comte d’Aarlierg. Il était en même temps homme lige du comte de INidnu; mais celui-ci lui avait permis d’embrasser la cause de Berne dont il était citoyen. Peu m’importe, lui disait-il, j’ai deux cents casques et cent quarante cheva liers, je ne tiens pas à un seul homme. Fort bien, lui répondit Erlach, j’accepte ce titre d’homme, et c'est en homme aussi nue je saurai combattre.

L’apparition d'Erlach à Berne réveilla les glorieux souvenirs de la bataille du Donnerbühl ; il fut nommé général ar acclamation, et le scluilthèissBuenberg lui remit la bannière. Aussitôt Erlach haranguais bourgeoisie : «J’ai assisté, dit-il, à six batailles, et toujours le petit nombre l’a emporté sur la multitude. La discipline est le seul moyen de succès : sans elle aussi , la valeur est impuissante. Vous êtes des hommes libres , vous resterez libres , mais seulement à la condition d’obéir sous les armes. Je ne crains point l'ennemi : Dieu et vous m’en ferez raison. Je soutiendrai avec vous le combat , et nous le terminerons comme l’a terminé mon père.» Alors chacun cleva la main et jura de lui obéir à lu vie et a la mort, sans contradiction et en toutes choses.

Cependant Laupen était dans le plus rand danger, malgré la valeureuse éfense de Bubenberg; les vivres s’épuisaient, les machines de guerre entamaient les murailles. On implora le secours des cantons. Jean d’Attinghausen réunit les guerriers d’LTri , et Weydmann ceux de gchwvtz. Guillou-

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