‹ L'UniversChapitre 5 sur 27 · SITUATION , LIMITES , MONTAGNES , FLEUVES · texte numérisé non relu

SITUATION , LIMITES , MONTAGNES , FLEUVES

ET LACS, DIVISION POLITIQUE , POPULA- TION , PRODUCTIONS DES TROIS REGNES.

Le Guatemala, resserré entre deux océans, au centre des deux Amériques, pays de plaines, de lacs, de forêts, de volcans et de ruines d’une civilisation dont l’origine est une énigme, va maintenant nous occuper (*).

(*) Les historiens ne sont point d’accord sur l’étymologie du nom de Guatemala. Les uns t comme Domingo Jnarros , la trouvent dans le mot ouauhtemali , qui en langue mexicaine signifie un tronc d’arbre abattu, et ils expliquent le choix de celte dénomination en disant que les Indiens qui accompagnaient Alvarado , le conquérant du pays, aperçurent, près du palais du roi des Kachiquels , tin vieux tronc d'arbre dévoré par les fourmis. D’autres font dériver ce nom du mot uhatezmalha, qui désigne, dans le dialecte tzendale, une montagne d’où jaillissent des sources, allusion évidente à la montagne au pied de laquelle est bâtie Guatemala l’antigua. Cette dernière origine nous parait la plus vraisemblable. Quant à la première, elle est inadmissible, d’abord parce que le nom du royaume est certainement plus aucicn que la conquête, ensuite parce que Alvarado n’aurait pas laissé aux Mexicains qui l'accompagnaient le soin do baptiser la contrée dont il venait de prendre possession. Nous avons encore le choix entre deux étymologies : l’historien Francisco de Fuentes se décide pour le mot coctecmalan, qui signifie bois laiteux , et qui s'applique à une esj>ece d'arbre qu’on ne trouve que sur remplacement supposé de la première capitale, c’est-à-dire, à l’endroit où l’on voit aujourd’hui le village de Tzacualpa. Enfin , Jnarros, déjà cité, avance que Guatemala pourrait bien être une corruption du nom de Juitemal , premier roi de cc pays, de même que le royaume de Quiche prit le nom «le son premier maître , Nitnaquiché ; mais d’abord, l'existence du roi Juitemal n’est pas suffisamment prouvée; en second lieu, il est fort possible que les noms du pays aieut été, au contraire, donnés aux souverains. Nous nous en tenons donc au

La situation de cette grande contrée est admirable. Baignée à l’est et au couchant par l’Atlantique et le grand Océan, elle doit un jour servir de passage à l’Europe pour arriver promptement au milieu des archipels de l’Océanie et sur les côtes orientales de l’Asie , et c'est alors que le mouvement commercial dont elle sera le centre, commencera pour elle une ère de prospérité.

D’une étendue plus vaste que le Pérou et le Chili, le Guatemala, par son heureuse position, est plus qu’aucun d’eux un pays d'avenir ; et quand viendront pour lui les jours de paix intérieure et la bonne fortune d’un gouvernement stable; quand la toutepuissance des lois y aura remplacé le despotisme du sabre, les Européens, séduits par la fertilité de son sol, la variété de son climat et de ses produits, s’empresseront d’y fonder des colonies agricoles et de mettre en œuvre les nombreux éléments de richesse qui n’attendent, poursedévelopper.que les bras de l’homme intelligent et la sécurité de tous les intérêts matériels.

Les limites de la république guatémalienne ne sont pas aussi faciles à déterminer qu’on le croirait, en jetant les yeux sur la carte de ces régions.

A l’est, le pays des Mosquitos, enclavé dans le territoire de la république, est réclamé par la Colombie ; au nord et au nord-ouest, les provinces de Chiapa et de Soconuzco sont revendique*»

par le gouvernement de Mexico. Toutefois, et bien que. ces contestations soient loin de toucher à leur terme, nous adopterons la délimitation indiquée provisoirement par les voyageurs et les géographes : nous le bornerons au nord par l’État mexicain de Chiapa, le Yucatan et la mer des Antilles; a l'est par cette mer et le département colombien de l’Isthme ; au sud par

mot Uliatezmallia , qui, de toute façon, noua parait le plus admissible.

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l’océan Pacifique ; à l’ouest par ce même océan et les provinces mexicaines d’Oaxaca et Chiapa.

Le territoire de la confédération centrale n’a pas moins de 360 lieues de longueur et 130 dans sa plus grande largeur; ses côtes ont une étendue d’environ 500 lieues. Les nombreuses Iles qui avoisinent son littoral, dans la mer des Antilles, lui appartiennent

Une chaîne de montagnes hérissée de volcans traverse le Guatemala dans toute sa longueur : elle unit la Cordillicre de l’héniispnère austral à celle qui s’étend dans le Mexique, pour aller se joindre aux Montagnes Rocheuses. De ses lianes sortent un grand nombre de rivières qui se jettent les unes dans la mer des Antilles , les autres dans le grand Océan. Dans la première catégorie il faut compter le Sumasinla, le Rio-Grande, le Motagua, l’Ulua, le Yare, le Nueva-Segovia ou Blevfield, le San Juan, dont le cours est de plus de quarante lieues , et qui sort du lac de Nicaragua; dans la seconde catégorie, on ne pourrait citer que des cours d'eau sans importance ; nous mentionnerons cependant leGuacalat, parce qu’il baigne les murs de Guateinala-la-Vieja , et la Tosta, parce qu’elle peut servir de base ;î un projet de communication entre les deux mers, ainsi qu’on le verra plus loin.

Avant de continuer cet aperçu géographique , et pour aider à l'intelligence des détails qui vont suivre, nous croyons devoir indiquer la division politique du Guatemala.

Cette division a varié suivant les circonstances qui ont changé la face de ce pays. Dans le dix-septième siècle on comptait jusqu’à trente-deux provinces , dont quatre étaient désignées sous le nom de gouvernements, savoir, Comayagua, Nicaragua, Costa-Rica et Soconusco ; neuf étaient des alcadias maijor, savoir : San Salvador, Ciudad Real, Tegttzgalpa , Zonzonate, Vera- Paz, Suchiltepec, Nicoya, Amatique et San Andrcs de Zaragoza; dix-huit étaient des corregimientos , et leurs corrégidors étaient nommés par Yaudiencia. Vers l’an 1660, la population

de Costa Rica ayant considérablement diminué, on annexa à cette province quatre corregimientos; quatre autres furent partagées entre les gouvernements de Comayagua et de Nicaragua.

Au commencement du dix -huitième siècle, les akadias mayor d’Amatique et de San Andres furent supprimées , et on en créa de nouvelles. Ainsi, et peu à peu , les trente-deux provinces furent réduites à quinze. A cette époque, le Guatemala formait une grande division administrative de l’Amérique espagnole, sous le titre de Capitaine rie générale de Guatemala. Incorporé en 1821 au Mexique, il s’en sépara trois ans après. Aujourd'hui cette république se compose d’un district fédéral et de cinq États, subdivisés chacun en partidos, ou départements. Le district fédéral se compose de Nueva- Guatemala et de ses environs immédiats; les cinq États sont : Guatemala, San Salvador, Honduras, Nicaragua et Costa-Rica.

On évalue à un peu plus de 2,000,000 d’âmes la population du Guatemala tout entier. Il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer la proportion des races dans ce chiffre de 2,000,000 ; en effet , le sang est tellement mêlé dans toute l'Amérique espagnole, qu’il serait téméraire de se prononcer sur une classification absolue. Un voyageur anglais cite, à ce propos, un tableau, que nous croyons devoir reproduire pour donner une idée du croisement des races en Amérique.

Ce tableau est spécial au Mexique, mais,' sauf quelques changements do noms, il peut s’appliquer au Guatemala. On remarquera qu’il existe jusqu’à quinze castes, indépendamment des blancs proprement dits.

Mcstisa (métis) , né d’un Espagnol et d’une Indienne.

Casiita , d’une femme métis et d'un Espagnol.

Espanola, d’un casliso et d’une Espagnole. Mulâtre, d’utie Espagnole et d’un nègre. Morisque, d’une mulâtresse et d’un Espagnol.

Albina , d’un morisque et d'une Espagnole. Tornatras, d’un albino et d’une Espagnole,

Tentinelaire , d’un (oriiatras et d’une Espagnole.

Lovo, d’une Indienne et d'un nègre.

Caribujo, d’une Indienne et d'un ovo.

Barsino, d’un Coyote et d'une mulâtresse. Grifo, d’une négresse et d'un lovo/ Albaraiada, d’un Coyote et d’une Indienne. Chanita, d’une femme métis et d'un Indien.

Hechino, d’une lova et d’un Coyote.

Cette curieuse division prouve combien il est difficile de trouver dans toute cette partie de l'Amérique un type original , et à quels mécomptes on s’expose en étudiant l’homme américain, si tant est même que l’Aomme américain proprement dit ait jamais existé. C’est à peine si l'on peut croire à la pureté des races qui vivent dans les forêts vierges du Pérou et dans les parties les plus inaccessibles de l’Araueanie, car rien ne garantit que le sang européen ou africain ne se soit mêlé autrefois à celui de ces peuples sauvages et n’ait altéré le type primitif. Les études anthropologiques sont donc, en Amérique, purement relatives, et l’on ne doit rien conclure en cette matière , que sous toute réserve.

Toutefois, et malgré le mélange des types, certaines peuplades ont toujours vécu dans un isolement h peu près complet et conservé l’originalité de leurs mœurs. Tels sont, entre autres, dans le Guatemala, les Changuènes, nation guerrière , et qui, par sa férocité bien connue, est la terreur de l’Etat de Costa,Rica, dont elle occupe l’extrémité orientale ; tels sont aussi les Mosquitos, qui habitent une partie du littoral de l’État de Honduras. Ce nom de Mosquitos vient de la quantité innombrable de mosquites ou moustiques qui tourmentent ici les Indiens et les obligent, pour se soustraire à leurs piqûres , de passer plusieurs mois de l'année en bateau sur les rivières. Ces indigènes n’ont jamais voulu accepter la civilisation , et ils ont toujours professé pour les Espagnols une haine et un mépris que rien n’a pu affaiblir. Ils sont gouvernés par une espèce d’aristocratie ; on

ne sait rien de leurs idées religieuses , mais, si l’on en croit les anciens voyageurs, ils divisaient l’année en 18 mois de 20 jours, et ils appelaient les mois ioalar , c’est-à-dire, chose mobile.

« Dénomination très-remarquable, dit Malte-Brun, puisqu’elle se rapproche évidemment au mot loi, par lequel les anciens Scandinaves désignaient la fête qui terminait l’année , mot qui pourrait aussi avoir signifié roue et cycle. « Les Anglais, profitant de l’éloignement de ce peuple pour les Espagnols, cherchèrent à fonder une colonie dans le territoire qu’il occupe. Le duc d’Albcmarle, gouverneur de la Jamaïque, prit sur lui de nommer un des Indiens chef des Mosquitos, sous la protection de la Grande-Bretagne. Mais le traité de 1786 obligea les usurpateurs à abandonner le pays dans lequel ils s’étaient déjà établis , la couronne d’Espagne s'engageant, en retour, à ne point punir les Mosquitos de leur préférence pour les Anglais.

Les Zambos et les Poyais sont les voisins des Mosquitos. C’est sur le territoire de ces deux tribus que le général anglais Mac-Grégor, après s’étre empare, en 1819, de l'île de Roatan, et avoir obtenu du cacique des Poyais la cession d’un terrain assez considérable, essaya de fonder un État dont il se proclama spontanément le chef.

Il se décerna le titre de roi , et vit bientôt des aventuriers, séduits par ses brillantes promesses, accourir autour de lui pour partager sa fortune.

Il fit plus : pour subvenir aux frais de rétablissement, il eut l’idée d’cmettre un emprunt public sous le nom d 'emprunt royal poyais. Pour comble de bizarrerie, il se trouva des spéculateurs qui confièrent leurs fonds au souverain improvisé de la A rouvelle-Neustrie , car c’est ainsi que Mac- Grégor avait baptisé son royaume.

Mais aucun gouvernement européen ne consentit à reconnaître la nouvelle majesté ; ses sujets de race anglaise furent mal reçus par ses sujets indigènes; enfin , le gouvernement colombien protesta en 1825 contre l’occupation du territoire dont il s’était sans façon ar-

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rogé la propriété. La chute fut lourde ; et on n’aurait fait qu’en rire , si des gens trop confiants n’avaient englouti leur fortune dans cette ridicule et chimérique entreprise. Aujourd’hui le royaume des Poyais ne figure plus sur les cartes que comme une curiosité historique et géographique. On le signale à l’endroit où le Tinto , ou rivière noire, se décharge dans l’At-

lantique , près du cap Camaron , car c’est là que Mac-Grégor avait placé le théâtre de sa puissance.

Nous ne quitterons pas le chapitre de la population sans consigner un fait de statistique assez singulier : le Guatemala est le pays le plus peuplé, relativement, de toute l'Amérique espagnole. Cette vérité ressort du tableau suivant :

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