HABITANTS
par
lieue carrée.
Mexique
Guatemala
Venezuela.
Nouvelle-Grenade
r,8oo,ooo
Pérou
Chili
Euénos-Ayres
Ces chiffres ont été relevés il y a une dizaine d’années; mais des documents plus récents nous ont prouvé que si les populations ont augmenté, le rapport est resté le même.
La différence en faveur du Guatemala est d’autant plus remarquable , que ce pays offre de vastes espaces à peu près inhabités, que son climat est, en moyenne, moins salubre que celui des contrées voisines, et que ses nombreux volcans éloignent de certains endroits toute population sédentaire.Nous ne trouvons à ce fait qu’une seule explication : par suite de sa situation géographique, le Guatemala, comme les provinces mexicaines baignées par l’océan Atlantique, fut longtemps le point le plus fréquenté par les Espagnols qui venaient courir les aventures dans le nouveau monde. Les émigrants
3ui débarquaient sur la côte de Ilonuras s’arrêtaient de préférence dans le territoire environnant , dont les ri-
17* Livraison. (Guatemala. i
chesses minérales tentaient leur cupidité. Le Guatemala étant le chemin du Mexique et de la Colombie, on s’y fixait plutôt que d’ailer chercher fortune au loin. Ainsi se forma ce noyau de population, qui devait toujours conserver sa supériorité relative sur la population des autres possessions espagnoles.
Les productions végétales du Guatemala sont remarquables parleur variété. Les fruits d’Europe se trouvent ici à côté de ceux des tropiques ; la végétation emprunte aux deux mondes toutes leurs richesses et leurs magnificences. Parmi les produits qui sont un objet de commerce, on peut citer le blé , le maïs qui rend jusqu’à 300 pour 1 , l’indigo dont la qualité passe pour être supérieure, le rocou, la vigne qui , naturalisée depuis peu de temps , donne déjà d’excellent vin , la salsepareille, le cacao, plusieurs baumes et résines , la cochenille dont la
Ï/ÜNIVERS.
culture a pris, depuis quelques années, une extension considérable, le tabac, le bois d’acajou et d'autres bois recherchés en Europe, le poivre, le julep, le sang-de-dragon, la vanille, le coton, le sucre, le safran, etc., etc.
Le règne animal n’est pas moins riche. Il offre , suivant les historiens et les voyageurs, des espèces que les naturalistes n'ont pas encore décrites.
Les forêts de la Vera-Paz sont peuplées d’animaux sauvages , parmi lesuels on remarque le tapir ou dan/a, ont la peau sert à faire des boucliers impénétrables. On fait un commerce important en bestiaux et en peaux. Les ophidiens sont en très-grand nombre, surtout dans certaines localités; toutefois nous ne comprenons pas parmi les espèces authentiques le serpent à deux têtes dont parle le crédule Juarros , animal extraordinaire, qui, selon le naïf historien, se meut en avant ou en arrière, suivant le besoin de sa défense, et se sert avec une égale facilité des deux gueules que la nature a placées aux deux extrémités de son corps.
Quant au* productions minérales du Guatemala, elles peuvent soutenir la comparaison avec celles du pays le mieux partagé sous ce rapport. Outre l’alun, le soufre et d’autres substances qui alimentent les exportations commerciales, il y a d’abondantes mines d’or et d’argent. Il en existe, dans la province de Chiquimula, notamment celles d’Alotopèque et de Saint-Panta- Iéon, qui ont été autrefois exploitées avec grands prolits ; la derniere est malheureusement inondée. Le même filon fournit de l’or aux mines de Santa Rosalia , de Montenita , et de San Antonio Abad,qui, débarrassées des terres qui les encombrent, donneraient encore de grandes quantités de métal. Le district de Çomayagua possède aussi des terrains aurifères. Dans l’État de Costa-Riea, outre des mines d’argent et d’or, on trouve du cuivre en abondance. Enfin, le territoire de Honduras renferme des métaux qui pourraient à eux seuls , s’ils étaient soumis «à une exploitation active, enrichir un grand Etat.
C’est cette profusion de minéraux précieux qui séduisit tout d’abord les Espagnols dans le Guatemala. Les magnifiques présents que leur firent les caciques vaincus, et les abondantes récoltes qui suivirent leurs premières explorations dans les terrains métallifères , leur firent croire que le pays n’était qu’une vaste mine , et que les volcans eux -mêmes vomissaient de l’or fondu (*). La cupidité des conquérants, ainsi éveillée , causa aux peuples soumis tous les maux qu’une tyrannie impitoyable peut infliger à dés sujets sans défense.
JOHCTIOir DKS DEUX OCÉAWS PAR L’AMERIQUE CENTRALE.
Nous avons dit qu’un pays aussi généreusement doté par la nature devait nécessairement jouir tôt ou tard d’une grande prospérité. Nous n’hésitons pas à placer au premier rang des moyens propres à assurer cet heureux avenir, l’exécution du canal destiné à réunir les deux océans. C’est ici le lieu de parler de ce grand projet.
Avant l’examen approfondi de la question par M. de Humboldt , on était réduit à de simples conjectures sur le lieu le plus favorable à l’établissement d’un canal de jonction. Le gouvernement espagnol, dans la crainte de voir des étraugers s’impatroniser
(*) Voici ce que le missionnaire Thomas Gage dit au sujet du volcan qui avoisine la ville de Léon :
« Il y eut un religieux de la Merci qui s'imagina avoir découvert un grand trésor en ce lieu-là, capable de l'enrichir lui et tous ceux du pays, s’étant persuade que le métal qui brûlait dans ce volcan était de l'or ; de sorte qu 'il Ut faire un grand chaudron et le Ut attacher à une chaîne de fer, afin de le descendre au bas de l’ouverture de la montagne, pensant qu'il le retirerait lein de cet or fondu, et qu’il aurait assex equoi se faire évêque et enrichir tousses parents ; mais la force du feu fut si grande , qu’il n’eut pas sitôt descendu le chaudron, qu’il se détacha de la chaîne cl fut aussitôt fondu. - {Nouvelle relation contenant les voyages de Thomas Cage dons la Nouvelle-Espagne , trad. par Baulieu O’Niii. , 1676.)
GUATEMALA
dans ses possessions américaines, pour offrait plus d’avantages et de facilités; en exploiter les richesses et l’heureuse il pensait que le Rio Guazacoalco, situation, avait toujours tenu secrètes qui débouche dans le golfe du Mexiles études topographiques et hydrogra- que, et le Rio Chimalapa qui se rend
dues faites par son ordre pour dans le golfe de Tehuantepee , sur la eution éventuelle de ce grand mer du Sud, pourraient être assez aitravail. Il se montra plus traitable sèment réunis par un canal qui trapour M. de Uumboldt, à qui il fit verserait les forêts de Tarifa; mais i| connaître les résultats des explora- a été prouvé depuis, et notamment tions précédentes. Cet illustre savant, par les observations d’un voyageur sans avoir besoin d’examiner les lieux, nommé Pitmann, que l’exécution de par la seule connaissance des travaux ce projet éprouverait des obstacles imantérieurs, éclaira tout à coup le pro- menses, tels que l'approfondissement bleme d'une lumière si vive , que ses et la rectification des deux rivières, la observations furent considérées comme grande distance qui les sépare, les difdécisives, et que, même après un long ficultés de toute sorte qu’offre le terintervalle de temps, elles font encore rain intermédiaire, et par-dessus tout, autorité. Il constata que Injonction le climat, dont i’influence est mortelle des deux océans pouvait s’effectuer pendant presque toute l’année, sur cinq points différents, tous pris Restaient donc le lac de Nicaragua dans l’Amérique centrale : 1* par et l’isthme de Panama, seuls points l’isthme de Darien; 2* dans la pro- par lesquels on pût songer raisonnavince colombienne de Choco; 8° par Dlementà effectuer la communication l’isthme de Tehuantepee, dans le Mexi- d’une mer à l’autre. Aussi , est-ce sur que; 4° par le lac de Nicaragua ; 5° par ces deux localités que s’est concentrée l’isthme de Panama. l’attention des spéculateurs et des
L’isthme de Darien, dans sa partie gouvernements qui se sont occupés la plus étroite, présente une largeur de cette oeuvre grandiose. Nous n’ende soixante milles, première difficulté, trerons pas dans le détail des divers La rivière de Santa-Maria, qui en par- projets de jonction proposés aux concourt le tiers, aurait besoin d’être ca- grès de Guatemala et de Colombie; nalisée dans presque toute l’étendue nous allons énumérer seulement ces de son cours; il faudrait, en outre, projets en indiquant leur but princicouper la haute chaîne de montagnes pal.
qui occupe le centre de l'isthme; enfin Le 18 septembre 1824, la maison ü est douteux que les travailleurs pus- Barclay, de Londres, propose au sent résister à l’influence délétère du gouvernement de l’Amérique centrale climat. d’exécuter le projet par le lac de Nica-
La jonction par la province de Choco ragua. serait facilitée par la réunion de deux Le 2 février 1825, une compagnie rivières, dont rune, le Rio Atrato, se des États-Unis, à la tête de laquelle jette dans la merdes Antilles, tandis étaient MM. Bourke et Llanos, font que l’autre, le Rio Noanama, vase les mêmes propositions, perdre dans l'océan Pacifique ; mais Le 18 juin 1826, un traité se signe une pareille voie de communication entre le gouvernement du Guatemala serait presque inutile, car elle ne pour- et la maison Palmer de New-York, rait livrer passage qu’à des barques de pour la canalisation du fleuve Saintmédiocre grandi ur, et ce qu’il faut, Jean et la réunion du lac Nicaragua à c’est un canal capable de recevoir, l'océan Pacifique, non-seulement les bâtiments du plus Presque en même temps, le roi de fort tonnage, mais encore les navires Hollande entre en négociation avec ce de guerre. gouvernement pour le même objet.
Quant à l’isthme de Tehuantepee, En 1829, Bolivar charge des ingé- M. de Humboldt a cru d’abord qu’il nieurs d’étudier le terrain du côté de
Panama et de Chagrès, dans le but d’employer plus tard l’armée colombienne aux travaux de canalisation.
En juin 1831 et octobre 1833, la chambre provinciale du district de Panama provoque la sollicitude du congrès sur cette question , et , pour encourager les spéculateurs, autorise non-seulement l’établissement d’un canal , mais encore toute autre voie de communication, telle qu’un chemin de fer, et même une route ordinaire.
Deux ans après le second vote de cette assemblée, le 25 mai 1835, le baron Thierry, dont tout le monde connaît les travaux de colonisation à la Nouvelle-Zélande, obtient la concession d’un canal entre les rivières Chagrès et Quebra-Grande.
Le 3 mars 1 835, le congrès des États- Unis avait résolu par un vote solennel de fàire de la jonction des deux mers une affaire de gouvernement , et de prendre une glorieuse initiative. Le colonel Biddle est envoyé dans l’Amérique centrale pour étudier les deux voies de communication; mais au lieu de traiter pour son gouvernement, cet agent officiel traite pour lui -même avec la république de la Nouvelle- Grenade , et s’associe avec une compagnie de oe pays pour l’exécution du travail dont il était chargé seulement de poser Jes bases.
Enfin, le 29 mai 1838, la maison Salomon et compagnie de la Guadeloupe obtient du congrès de Bogota un décret, qui lui transmet le privilège précédemment accordé au colonel Biddle.
Tous ces projets ont avorté par suite de diverses circonstances que nous ne pouvons énumérer ici. Bornons-nous a constater la singulière fatalité qui , jusqu’à présent, a frappé de stérilité les tentatives les plus sérieuses pour la réunion des deux océans.
Nous allons dire maintenant en quoi consisteraient les inconvénients et les avantages de chacun des deux points dont nous venons de nous occuper spécialement. Nous trouvons dans la Revue démocratique de Washington un résumé des observations auxquelles a conduit l’exploration exacte des deux
lignes. Nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que de reproduire ici ce résumé, en adoptant la traduction qu’en a donnée la Revue britannique dans son numéro de juillet 1840 :
Ligne du lac de Nicaragua. « Une canalisation naturelle et presque ininterrompue existe déjà tant par le fleuve Saint-Jean que par le lac de Nicaragua , qui communique au petit lac de Léon. La rivière de Saint-Jean , qui a sa prise dans le grand lac , descend vers l’Atlantique par un cours large et sinueux qui peut avoir cent milles de long; quant au lac lui-même, sa navigation est saine comme profondeur (*), puisqu’on trouve dans presque toute son étendue de trois à huit brasses d’eau. Quelques tempêtes violentes , nommées dans le pays papagayos , le dévastent bien par intervalles, mais il est évident que ce n’est point là un inconvénient sérieux pour les paquebots à vapeur. La navigabilité de la rivière de Saint-Jean est un problème moins éclairci. Les versions diffèrent, et ce qui en ressort le plus clairement, c’est qu’aucune reconnaissance hydrographique n’a encore été faite avec quelques détails. Robinson , dans ses Mémoires sur larévolution mexicaine, assure que sur un point de la barre
(*) Nous ajouterons ici quelques détails sur ce lac. C’est le plus grand de tous ceux qui arrosent les plaines du Guatemala , et il peut figurer parmi les plus remarquables du monde entier. Il a i8o milles de long, de l’est à l’ouest, et prés de ioo milles de large, du nord au sud. Le fond est de vase, excepté le long des bords, où il est de sable fin. Les nombreux groupes d'il» qu’il renferme lui donnent l’aspect le plus pittoresque. Lue seule de ces îles est habitée ; on y voit un volcan qui jette souvent des flammes et de la fumée. Le lac est sujet à des tempêtes assez fortes, qui soulèvent les eaux en lames presque aussi effrayantes que celles de l’Océan. Malgré le grand nombre de rivières qui s’y rendent, on a observé que le niveau du lac ne subissait jamais aucune modification sensible; cependant l’eau incessamment apportée par les cours d’eau tributaires, n’a d’autre écoulement que par le Saint-Jean.
GUATEMALA
on a trouvé vingt-cinq pieds d’eau , et que le reste du lit est sain jusqu’au lac. Thompson est moins hardi : il n’admet pas qu’on puisse compter, en remontant la rivière, sur une profondeur de plus de quatre pieds. Le marquis de Ycineni, M. Bolton, M. de Canaz, agent diplomatique du Guatemala , s’accordent tous pour signaler des difficultés dans la navigation du Saint-Jean , des hauts-fonds de sable et de rochers , contre lesquels il faudrait employer, inutilement peut-être, les ressources de l’art ; d’où l’on peut conclure que le Saint -Jean ne doit être regardé que comme le réservoir alimentaire d’un canal latéral, et non comme un fragment naturel de la ligne navigable. »
Nous interrompons l’exposé du publiciste américain pour présenter, au sujet de ce qu’on vient de lire sur le Saint-Jean, une observation qui n’est pas sans importance : ce fleuve n’a jamais été exploré scientifiquement dans toute l’étendue de son cours , et ceux ui en parlent se prononcent d’après es ouï-dire, ou des conjectures que personne ne s’est encore avisé de vérifier. Ce qui ferait penser qu’il y a eu beaucoup d’exagération dans tout ce qu’on a dit sur l’impossibilité de rendre le Saint-Jean navigable , c’est le soin qu’a toujours pris le gouvernement espagnol de faire croire a cette impossibilité. Il est constant que les anciens maîtres du Guatemala avaient interdit la navigation du Saint-Jean , sous peine de mort, qu’ils en obstruèrent le lit dans plusieurs endroits, en y coulant de vieux navires, et qu’ils firent construire non loin de sa naissance dans le Nicaragua, un fort destiné à éloigner tous ceux qui violeraient l’ordonnance d’interdiction.
On sait aussi que l’Espagne a souvent donné une idée très-desavantageuse de ses colonies américaines , précisément pour prévenir chez les peuples étrangers tout désir d’aller y former des établissements. Nous pouvons citer un exemple remarquable de ce système d’éloignement. Quand lord Cochrane arriva avec sa flotte à l’embouchure
delà rivière de Guayaquil, il reçut à son bord un pilote qui lui assura' que la rivière n’était pas navigable pour les gros bâtiments. En effet , l’amiral ayant consulté les cartes et les plans de cette partie de la côte, vit que le fleuve était signalé comme hérissé d’obstacles, et comme absolument impraticable. Les cartographes anglais, se fiant aux géographes espagnols, avaient marqué une foule d’écueils, de hauts-fonds et de rochers. Cochrane, cependant, demanda quelle était la profondeur moyenne ; on lui répondit qu’elle était de quatre brasses environ. Aussitôt, il ordonna au pilote, sous
f reine d’étre immédiatement fusillé, de e conduire dans le fleuve. Le malheureux obéit en tremblant, et quelques instants après, la flotte jeta l’ancre sous les murs de Guayaquil , à la grande surprise des habitants qui n’avaient jamais vu une frégate si près de leur ville. On devrait donc , ce nous semble, en présence de pareils faits, et en l’absence de tous documents positifs sur le Saint-Jean, s’abstenir de déclarercefleuve innavigable. Tant qu’une étude complètedulit de ce cours d’eau n’aura pas mis un terme à toute incertitude, les déclarations du gouvernement espagnol devront être interprétées dans un sens favorable à l’opinion qui soutient la navigabilité.
« Cet obstacle vaincu , ajoute l’écrivain de la Revue américaine, il en reste un second, la communication du lac de Nicaragua avec l’océan Pacifique. D’après toutes les relations, il semble que la haute cordillière du Guatemala s’arrête sur cet isthme pour faire place à un système de petits mamelons coniques, entre lesquels on trouverait sans peine le tracé d’un canal. La plus grande difficulté consisterait, d’apres Thompson, dans la différence aes niveaux entre les eaux du lac et celles de l’Océan : cette différence est de 140 pieds. Quant à la hauteur du sol , elle varie de 60 à 160 pieds au-dessus du niveau du lac. La nature du terrain est, d’après M.
Bolton, un roc maniable et qui formerait un excellent lit pour le canal.
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« Ce travail se composerait donc d’une grande tranchée qui , pendant deux milles environ, aurait plus de 130 pieds de hauteur, puis s'abaisse* rail durant six autres milles pour atteindre un espace propice et naturellement nivelé. La distance totale serait d’une vingtaine de milles. Dans ce cas, l’eau dur lac servirait elle-même d’alimentation. Mais peut-être avec un système d'écluses serait-il possible de diminuer l’importance de la tranchée, surtout si l’on faisait dériver une prise d’eau du lac de Léon, qui se trouve de 30 pieds plus élevé que celui de Nicaragua. D’autfes projets ont embrassé le lac Léon lui-même, et ont voulu placer le théâtre de la communication maritime au nord-ouest de ce bassin, et dans la direction de Realejo, le meilleur port que la confédération possède sur l’océan Pacifique. De son côté, la compagnie hollandaise avait j'eté ses vues sur la partie sud-ouest du lac de Nicaragua , avec l'intention de faire aboutir son canal ou port de Nicoya, l’un des bons havres delà côte.
Ces deux issues vaudraient mieux en effet que celle du golfe de Papagayo, qui n’offre guère, comme mouillage, que San- Juan deBrito, rade foraine ouverte aux ouragans. Du côté de l’Atlantique, le havre de Saint-Jean semble réunir les avantages désirables. Du reste, toute la contrée riveraine, sur cette ligne de communication, offre des ressources de tout genre : on parle de riches mines d’or, de cuivre, de plomb, de fer , de zinc et de mercure; les bois V sont abondants et de la plus belle espèce; la végétation étale partout les plus beaux produits; nulle part la vie alimentaire n’est plus abondante, plus facile, meilleure; la population de l’État est de deux millions d’âmes (*), sans mélange de nègres, et pourtant la main-d’œuvre s’y maintient à un taux
(*) Ou le traducteur s’est trompé en disant : « la population de [ État , » au lieu de « la population de la république , » ou il a commis une erreur de statistique, car la population du Guatemala tout entier excède à peine a millions d’âmes, comme no us avons eu déjà l’occasion de le dire.
très-raisonnable. La seule condition locale sur laquelle on n’ait pas de renseignements complets, c’est la salubrité du climat sur la côte des Mosquitos et le long de la rivière Saint-Jean. Il est à craindre que ce ne soit la l’obstacle le plus sérieux et le plus difficile a combattre. »
Ce que dit le journaliste américain, au sujet de la communication par le lac Léon, ne nous parait pas suffisamment explicite. Nous allons y ajouter quelques détails. Le lac de Nicaragua communique au nord-ouest avec le lac Managua ou Léon, qui a plus de
50 milles de long sur trente de largeur moyenne. La communication a lieu par un cours d’eau navigable nommé Rio Tipitapa , et long d’une vingtaine de milles. Le lac Léon est assez profond pour admettre des vaisseaux du plus tort tonnage. A douze milles seulement de son extrémité nord, coule la rivière 'Posta, qui, après un cours de 20 milles, tombe dans l’océan Pacili-
ue. Ainsi , pour opérer la jonction
es deux mers , on n'aurait qu’à couper par un canal l'espace de 13 milles qui sépare la Tosta du lac de Léon.
51 l’on suivait cette voie , on n’aurait pas besoin de pousser les travaux jusqu’au port de Realejo, dont il est question dans l’expose de la revue de Washington. La ville de Léon, située non loin du lac, offrirait toutes les ressources possibles aux chefs de l’entreprise et à leurs ouvriers; Enfin, dans cette partie du Guatemala, le climat est parfaitement salubre à toutes les époques de l’année.
Ligne de Panama. « Cettè ligne a le précieux et incontestable avantage d’être la plus courte et là plus directe. M. de Humboldt évalue la distance à 28 milles, à vol d’oiseau; elle pourrait se doubler par les exigences dti terrain. La ligne praticable aboutirait du côté de l’Atlantique à i’embouchurê du Chagrè:;, ou à la baie de Limon, du côté de la mer du Sud, à la baie de Panama, ou à celle de la Chorrera.
Sur ce point, l’isthme se renfle déjà J de Chagrès à Panama ort compte 40 milles. Le terrain n’est pas , comme
GUATEMALA
oïl le croit généralement éh Europe, une haute cordillière , mais une suite de collines séparées par une vallée transversale et marécageuse. Deux od trois tranchées un peu profondes , principalement du côté de l'océan Pacifique, suffiraient pour établir le niveau sur tous les points. Des communications existent d'ailleurs et pourraient être utilisées. La rivière de Chagrès, une fois la barre franchie, a une profondeur de 20 à 25 pieds sur une largeur de 300 pieds, jusqu’à la ville de Cruce, et même jusqu’à l’endroit où le Chagrès reçoit les eaux de la Trinité, qui s'unît elle-même à une autre rivière nommée la Quebra-Grande.
Ces deux cours d’eau peuvent être remontés jusqu’à un point où la Quebra- Grande passe à peu de distancedu Caïmitillo, affluent du Caïmito,qui se jette dnlts 1'océari Pacifique vers la baie de Cllorerra. Ce dernier point est à f 2 milles de Panama. Le Caïmitillo présente, dans son cours, plusieurs chutes, dont les hauteurs réunies forment un total de 14 mètres. Un vaste étang, situé stif* la rive droite de la Trinité, pourrait être utilisé pour le service des eaux du canal qui, a la rigueur, s’alimenterait encore par des dérivations tirées des rivières Bernardino et Arrayacinto. La salubrité du climat, sans être absolue , ne semble pas offrir des empêchements insurmontables, et les saignées dont le canal serait l’occasion et l’objet, sufliraient peut-être seules à l’assainissement du pays.
« Ainsi, continue l’auteur de cet exposé, voilà deux lignes de communication qui sont matériellement exécutables. Les objections tirées de la différence des niveaux des deux océans n’ont plus aucune valeur depuis les relèves qu’exécuta le capitaine Sabine, secrétaire de la société royale de Londres, par les ordres de Bolivar. Cet hydrographe constata que la différence des hauteurs ne provient que de ■a différence des marées, milles dans le golfe du Mexique, et très-fortes sur les côtes de l’océan Pacifique; ainsi, toutes les douze heures, en commençant avec la marée haute l’océan Paci-
fique est de 18 ~ êm,s pieds plus élevé que l’Atlantique ; à la maree descendante, il se trouve un instant à la même hauteur ; enfin à la marée basse, il est à 6 ,V; èraes pieds au-dessous.
« Des deux lignes dont il est ici question, la seule qui ne serait l’objet d’aucun conflit politique est celle de Panama (*). Elle est aussi la plus courte; peut-être n’est-elle pas celle qui offrirait le plus de ressources pour l'alimentation d’un canal; c’est un point qui reste à vider. La ligne de l’isthme, pourvue d’une voie d’eau naturelle, serait aussi la seule qui se prêterait à un système de communi- . cation provisoire, et sur petiteéchelle, reliée par un chemin de fer. Dans l’un et l’autre cas, une tranchée profonde serait nécessaire dans une étendue de plusieurs milles; mais il ne faut pas qu’un travail semblable effraye l’imagination. Sur les plateaux mexicains existe, sous le nom de Desague de Hué h uétoca , un ouvrage exécuté par les Espagnols, et non moins colossal que le percement de l’isthme. Il eut pour but de préserver la vallée de Mexico des inondations , en donnant un écoulement aux eaux des divers lacs par une galerie souterraine creusée dans les collines de JVochistongo. Ouverte le 28 octobre 1507, cette galerie ( socabon ) fut achevée en douze mois, sur un développement de 6,600 mètres. En 1508, le vice-roi la parcourut à cheval. Huit mille Indiens avaient péri à la tâche.
Malheureusement le terrain était meuble; il céda bientôt. Il fallut soutenir le plafond formé de couches alternantes de marne et d’argile durcies. Les eaux minèrent les murs latéraux, et
(*) On a vu en effet, dans le paragraphe relatif à la délimitation du territoire guatémalien, que le gouvernement de la Colombie faisait valoir des droits de propriété sur le pays des Mosquitos. Or, l'embouchure du fleuve Saint-Jean se trouve principalement sur le littoral en litige. On ne pourrait dune songer à l’exécution du projet par le lac de Nicaragua , sans terminer préalablement la contestation élevée entre les deux républiques.
encombrèrent leur lit par des sédiments successifs. La galerie fut bouchée, et de nouvelles inondations menacèrent Mexico. Alors ce travail gigantesque recommença sur nouveaux irais ; une tranchée à ciel ouvert dut remplacer la galerie. Cette fois, la besogne , mal dirigée, se prolongea durant deux siècles. Dans son état actuel, cet ouvrage est une des choses les plus prodigieuses qui existent. Si la fosse était remplie d’eau à une profondeur de dix mètres, des vaisseaux de guerre passeraient au travers de la rangée des montagnes qui ceignent le bassin de Mexico. Quand on a vu le Desague de Huêhuétoca, la canalisationde l'isthme de Panama n’est plus un problème, mais seulement une question de temps.
« En fait d’ouvrages analogues , on ne peut guère citer, en Europe, que les canaux d’Amsterdam et le célèbre canal Calédonien (*). Quoique ces deux travaux n’aient pas la grandeur du projet qui nous occupe, ils doivent être regardés comme une preuve de ce que peut le génie humain dans une telle voie. Par les résultats obtenus, on a été à même de comprendre que des réalisations de ce genre ne sont pas seulement glorieuses, mais encore souverainement utiles. La jonction des deux océans laisserait bien loin tous les précédents, et serait pour l’univers entier un titre de grandeur et une source de richesse (**). La navi-
(*) Le canal Calédonien qui réunit les deux mers d’Écosse et d’Irlande, a coûté 24,673,000 francs. Il donne passage à des bâtiments de 1,000 tonneaux et à des corvettes de 3i canons. Il a environ 10 milles de plus en longueur que n’aurait la communication entre Chagrès et Panama.
(**) D'après les documents officiels , l’Angleterre et les États-Unis ont expédié , en i835, no5,ooo tonneaux de marchandises par le cap Horn ; la France , 3o,ooo; la Hollande, 48,000; l'Espagne, le Danemark et la Suède, 17,000 environ; en tout 3oo,ooo tonneaux. L'allée et le retour se composent donc , dans l’état actuel , de 600,000 tonneaux. Or, le transport par le cap Horn a dû occasionner des frais extraordinaires : x° une assurance exorbitante; a» un in-
gation périlleuse et souvent fatale du cap Horn serait à l’instant même supprimée, et les républiques naissantes de l’Amérique occidentale entreraient d’une maniéré soudaine et active dans le giron commercial du monde européen. »
Nous avons donné quelque étendue à l’examen de cette question du percement de l’Amérique centrale, parce qu’elle a une importance que tout le monde apprécie; il nous a paru d’ailleurs plus convenable de nous arrêter sur ce sujet si intéressant et généralement si peu connu, que sur des détails géographiques, qui auraient surchargé cette notice sans utilité pour le lecteur.
min rRiaciPxr.ES du Guatemala.
Nous n’avons pas encore parlé des principales villes du Guatemala; cependant elles méritent d'autant plus d’être mentionnées dans ce travail, que la plupart ont un passé historique plein de faits curieux ou importants.
Guatemala est la quatrième ville de ce nom. La première, qui s’appelait Tecpanguatemala, était la résidence des rois kachiquels. Elle fut si complètement détruite, que les historiens espagnols n’ont pu reconnaître la place qu’elle occupait.
La seconde fut fondée en 1524, par Alvarado, entre deux volcans, dont l’un vomissait des flammes, et l’autre des torrents d’eau. Ce ne fut d’abord
térèt de deux mois et demi de traversée sur la valeur de la cargaison et de la coque du bâtiment; 3° un excédant de dépense en traitement d’officiers , gages d’équipages , etc., tous déboursés forcés qu’éviterait le passage au travers de l'isthme , 'qu’on ne peut pas évaluer à moins de a5 francs par tonneau, en moyenne , c’est-à-dire , à i5 millions pour les 600,000 tonneaux. En estimant les droits de péage à la moitié, c’est-àdire à 7 millions et demi , les trente millions que coulerait un canal seraient amortis au bout de quatre années d’exploitation active, sans compter le développement que cette voie nouvelle imprimerait nécessairement à la navigation.
GUATEMALA
qu’un établissement provisoire; mais les habitants ne trouvant pas dans le voisinage un emplacement plus convenable, résolurent de se fixer sur le terrain primitivement choisi ; seulement ils appuyèrent un peu plus à l’est, et se rapprochèrent du volcan de Agua, situation ravissante, où l’on trouvait un sol fertile, une température douce, un air salubre, et une terre arrosée par des eaux limpides. Ce fut là que, le 22 novembre 1527, Alvarado fonda définitivement la capitale, qui bientôt après fut peuplée par les dominicains , les franciscains, les frères de la Merci, les ermites mendiants, ceux de la vraie croix, et toute leur innombrable famille. Avec, une telle population , la ville ne s’étendit que fort lentement. Cependant elle commençait à acquérir une certaine importance, lorsque, le 11 septembre 1541 , elle fut détruite de fond en comble par une catastrophe, effroyable. Il avait plu continuellement pendant trois jours. Durant la nuit du 10 au 11, une trombe d’eau, accompagnée de tonnerre et de secousses de tremblement de terre , tomba sur la ville à deux heures du matin. Les habitants, réveillés par les bruits souterrains et la violence du vent, crurent que leur dernière heure était arrivée.
Bientôt après, un immense torrent, échappé au sommet de la montagne voisine, se précipita avec fureur sur la ville, entraînant des arbres gigantesques et d’énormes rochers. La plupart des maisons furent renversées, et un grand nombre de malheureux trouvèrent la mort sous leurs débris, ou se noyèrent dans les flots qui les couvraient.
La Ciudad Vieja , nom de la deuxième Guatemala , n’existant plus, il fallut songer à bâtir une nouvelle capitale. Cette troisième Guatemala (i Guatemala antigua) s’éleva à environ une lieue nord-est de la première, dans une vallée agréable, entourée de bois, de prairies , de collines toujours vertes, et jouissant d’une température délicieuse. Ses premiers habitants furent des religieux de tous les ordres,
qui bâtirent de belles églises et de vastes couvents. Le monastère des Jacobins passait pour le plus riche ; entre autres choses précieuses, on y voyait, au dire d'un missionnaire anglais , une monstrueuse lampe d’argent que trois hommes vigoureux pouvaient à peine soulever, et une statue de la Vierge en argent massif, de grandeur naturelle, autour de laquelle brûlaient constamment douze lampes de même métal. La ville, placée trop près des deux volcans dont nous avons parlé', eut souvent à souffrir de ce dangereux voisinage; les années 1565, 1577, 1586, 1607, 1651, 1663, 1689, 1717, 1751 et 1773 , marquent les tremblements de terre et les éruptions les plus mémorables qui menacèrent ou endommagèrent cette capitale; la catastrophe de 1773 la détruisit en partie. Néanmoins, plusieurs milliers d’habitants s’obstinèrent à y résider.
Les autres résolurent, ainsi que le gouvernement, de s’éloigner assez des volcans pour n'avoir plus à craindre leurs ravages. Ils firent choix de la vallée où , en 1776 , s’éleva la Nouvelle Guatemala ( Guatemala la nueva).
Aujourd’hui même, Guatemala l’antique compte dix-huit mille habitants, qui , malgré les périls dont ils sont incessamment menacés, ne paraissent pas disposés à quitter ce lieu de destruction; aussi les appelle-t-on dans le pays les incorrigibles. Parmi les édifices les plus remarquables que l’éruption de 1773 (ait épargnés, on cite la cathédrale qui renferme les restes mortels d’Alvarado, et qui passe pour un des temples les plus grands de toute l’Amérique.
La nouvelle Guatemala est la capitale de la république; elle est bâtie dans une plaine de cinq lieues de diamètre, arrosée par plusieurs cours d’eau et par des lacs d’une assez grande étendue. Le ciel y est pur, et le climat si tempéré, que, pendant toute l’année , on peut, ait-on , y porter indifféremment des vêtements de laine ou de soie. Les maisons sont basses , à cause des tremblements de terre, mais jolies a l’extérieur et en-
tourées de jardins. La population dé- quitté l’antique Itzalane, située àquelpasse quarante mille âmes. Le palais ques lieues de TNlérida. Don Martin du congrès fédéral et celui du sénat Ùrsua,qui s’empara de l’île princisont les établissements les plus ira- pale en 1697, y trouva vingt temples portants de cette capitale; ces deux consacrés au culte des idoles. Un de édifices séparés sont construits sur ces temples ou cuès, était composé l’emplacement de l’ancienne univer- d’un massif de maçonnerie quadransité. La ville est située à neuf lieues gnlaire , divisé en neuf marches ou espagnoles de Guatemala l 'antigua, assises. Sur la neuvième assise était à quatre-vingt-dix de l’océan Atlan- placée une idole creuse, en métal et tique, à vingt-six de la mer du Sud, de forme humaine; à côté, il y en et à quatre cents de Mexico. avait une autre faite d’une énorme
Dans l’État de Guatemala propre- émeraude, et représentant le dieu de ment dit, nous citerons encore Mixco, la guerre des Itzas. Une troisième remarquable par les ruines de l’an- idole, qui frappa l’attention des vaincienne forteresse du même nom, cons- queurs, n'était autre chose qu’un truite par les Kachiquels, et prise, mal- masque plat, représentant le soleil; gré sa position presque inexpugnable, les rayons étaient figurés par des tapas les troupes espagnoles. blettes de nacre; la bouche était ou-
Quiché, près de laquelle sont les rui- verte et garnie de dents véritables, qui nés d’Utatlan, cette magnifique capi- avaient appartenu à de malheureux
taie des rois quiches (*). Espagnols égorgés par ees barbares.
Quezaltenango-del-Espiritu - Santo, Sur la plate-forme , on voyait une la première ville fondée par les con* quantité d’idoles plus horribles les
3uerants, après une victoire éclatante unes que les autres, et faites de roa- ’Alvarado sur les indigènes. tières différentes, telles que jaspe,
Totonican, importante par sa popu- porphyre, bois, plâtre, pierres de coulation et son industrie. leur, etc. Dans le sanctuaire de ce
Soconusco, chef-lieu de l’ancienne temple, on trouva des os renfermés province guatémalienne qui recon- dans un sac suspendu par des cornut la première l’autorité des Espa- dons. On demanda aux indigènes à gnols, de tout temps célébré par son qui avaient appartenu ces ossements, volcan et l’excellent cacao récolté et ils repondirent que c’étaient ceux dans ses environs. du tzimin de Cortez. En effet , quand
Chiquimula, dans le voisinage de la- Fernand Cortez, après avoir reçu le quelle existent d’abondantes mines de serment d’obéissance des Itzas de Pémétaux précieux, et que la tradition ten , voulut retourner à Mexico, il populaire représente comme ayant été laissa son cheval malade aux soins du jadis habitée par une- race d’hommes canek ou chef de la nation. Le cheval gigantesque. mourut quelque temps après, et les
Coban, importante par sa popula- Indiens, craignant que le redoutable tiou ; capitaine ne les punît comme coupa-
Acasaguastlan, Gualan, Santa-Cruz blés de ce malheur, vouèrent un culte et Itzaval, par leur commerce. aux restes du pauvre animal , qui fut
Péten ou Remedios , intéressante dès lors vénéré sous le nom de tzimin, sous le rapport archéologique et his- par allusion au tapir, pour lequel les torique. Le lac Itza , dans lequel est indigènes de ces contrées ont toujours située l’fle de Péten , était autrefois le eu un respect mêlé de terreur, centre de la nation itza, qui, cent ans Un autre temple fut désigné à Don avant l’arrivée des Espagnols, avait Ursua comme étant le téocali du canek et de ses ancêtres. On y trouva (*) On trouvera des détails sur l'ancienne une grande pierre carrée qui servait Utatlan dans la partie historique de celle aux sacrifices. Les douze sièges destinotice. nés aux sacrificateurs étaient rangés
GUATEMALA
autour. Derrière, on remarquait un grand nombre d’idoles.
Sur le temple augurai du grand prêtre ; il n’y avait qu’une idole de forme effrayante; cette grossière image
'ait consultée par le pontife dans les circonstances critiques. Il paraît , dit un voyageur, que, lorsque le dieu ne répondait pas dans le sens désiré, l’interrogateur le châtiait à coups de bâton, ce qui eut lieu le jour de la prise de l’île par les Espagnols.
Les autres cités étaient à l’usage du public. On n’y faisait point de sacrifices; on v brûlait seulement du copal en l’honneur de l’immense quantité d’idoles de toutes les formes et de toutes les grandeurs qui y étaient réunies. Pour donner une idée du nombre de ces hideuses figures , il suffira de dire que les officiers et soldats espagnols furent occupés depuis neuf heures du matin jusqu’à cinq de l’après-midi à les détruire.
Le mode de sacrifice usité chez les Indiens de Péten était semblable à ce* lui des anciens Mexicains : on ouvrait l’estomac de la victime, on lui arrachait le cœur, on le présentait à l’idole , puis ou dévorait le cadavre rôti ou bouilli. Il paraît, au surplus, que ces Indiens n’ont pas toujours mangé le corps des suppliciés ; à une certaine époque, ils avaient coutume de tuer les patients à coups de flèches. « Il n’est pas prouvé, dit M. de Waldeck, qu’ils aient mangé leurs prisonniers avant la conquête; ce n’est qu’après le commencement de la lutte que le désespoir et une horrible soif de vengeance leur en inspirèrent la pensée. * Cela n’empécbe pas que les Itzas ne fussent le peuple le plus cruel et le plus sanguinaire de ces contrées.
Dans l’État de Honduras, nous mentionnerons Comayagua et Teguzgalga, importantes par leur population; Corpus, par sa mine d'or, la plus riche de toute la république ; Copan, célèbre par les antiqués qui existent dans ses environs. Cette dernière a été une des villes les plus populeuses et les plus riches du Guatemala ,
antérieurement à la conquête. Le grand cirque , la grotte nommée Tihulca par les anciens historiens, èt d’autres édifices grandioses dont les vestiges sont encore visibles, témoignent de la magnificence de cette antique cité, aujourd’hui complètement déserte. Legrand cirque était, suivant Fuentès, un espace circulaire entouré de pyramides hautes de six mètres, sur les bases desquelles on voyait, dit le même auteur, des personnages des deux Sexes parfaitement sculptés , peints , et habillés à la mode espagnole. Ce dernier détail est trop fantastique pour qu’on le prenne au sérieux. L’historien castillan, poussé par le désir de prouver gue ses compatriotes avaient, bien longtemps avant la conquête , visité le continent américain , n’a pas reculé devant une monstrueuse absurdité. En poursuivant sa description, il nous apprend qu’au milieu du cirque quelques marches conduisaient à l’autel des sacrifices.
A quelque distance, on voit un portique en pierre, sur les piliers duquel sont sculptés des personnages, également vêtus à l'espagnole; après avoir franchi cette porte, on se trouve en face de deux jolies pyramides en pierre, qui soutiennent un hamac contenant deux individus habillés à la mode indienne. On est vivement surpris en voyant que toute cette masse de pierre ne tonne qu’un seul morceau, et que, malgré son poids énorme , on peut la mettre en mouvement en la poussant du bout du doigt. Non loin de ce curieux hamac se trouve la grotte de Tibulca,qui a l’apparence dvun vaste temple, creusé au pied d’une montane, et orné de colonnes à piédestaux, ases et chapiteaux; sur les côtés, on a pratiqué un grand nombre de fenêtres, garnies de pierres merveilleusement travaillées. Tels sont les détails que nous ont transmis les historiens du quinzième et du seizième siècle sur les antiquités de Copan. De nos jours, un Espagnol, ami de la science, a exploré ces mines et a donné sur elles des indications plus précises et plus satisfaisantes. Le colonel Galindo ,
dans une lettre adressée à la société de géographie , et accompagnée de dessins, a fait la description du temple de Copan et des curieux débris qui l’environnent. Les ruines du grand temple ont un aspect très-imposant.
Un grand nombre de tables et d’autels sculptés, des tableaux encadrés, des symboles et des signes symétriuement rangés, sculptés et peints, es cippes également peints, des personnages richement vêtus , portant des sandales à courroies et des habits en réseau , quelques - uns accroupis , tous dans des attitudes expressives, voilà ce qui caractérise principalement ces ruines remarquables. La carrière d’où ont été extraits les matériaux de ce temple est, à ce qu’il parait, située à 2,000 mètres au nord; c’est là qu’est la grotte de Cutilca, qui doit n’étre autre chose que la caverne de Tibulca de Juarros. Cette grotte , d’après les détails fournis par M. Galindo, est moins grande que celle de Jobitsina, près de Péten. On y trouve une grande quantité de bois "de sapin pétrifié. Malgré les calculs et les itinéraires de l’auteur de la lettre, la position de Copan ne nous parait pas encore exactement déterminée. Tout porte à croire, jusqu’à indication contraire , qu’il faut en marquer l'emplacement sur la limite de l’Etat de Honduras , non loin de Chiquimula.
Dans l’État de San-Salvador, nous ne citerons que la ville de même nom, à moitié détruite, en 1835, par une éruption du volcan auprès duquel elle est bâtie, mais qui n’en compte pas moins encore trente-huit mille habitants; Matapa, qui possède dans ses environs une abondante mine de fer, et San-Miguel, que la catastrophe de 1835 a cruellement endommagée.
Dans l’État de Nicaragua , Léon , grande et belle ville , ornée d’édifices remarquables ; Nicaragua , dont l’importance s’accroîtra singulièrement par le voisinage du canal qui joindra le grand lac dë ce nom à l’océan Pacifique; Granada, bâtie près d’un volcan ; Managua , sur le lac de Léon , et Realejo, qui passe pour le plus
beau port de toute l’Amérique espagnole continentale.
Dans l’État de Costa-Rica, San-José de Costa-Rica, qui compte vingt mille âmes , et Cartago, qui , bien que déchue de son ancienne prospérité, renferme encore une population au moins égale à celle du chef-lieu.
Nous terminons ici cette énumération des villes principales du Guatemala.