CHRISTINE
Quand Gustave eut termiué sa carrière à Lutzen, les États du royaume s’assemblèrent pour prendre les mesures qu’exigeaient les circonstances.
Christine , qui n’avait alors que six ans , fut proclamée reine de Suède, et on lui désigna pour tuteurs les cinq grands dignitaires de la couronne, auxquels on confia en même temps les soins de l’administration. Gustave, qui voyait en Christine le seul espoir de son trône , avait donné les plus grands soins à l’éducation de cette princesse. Il avait voulu qu’on l’éievât d’une maniéré forte et mâle, et le plan qu’il avait tracé lui-même pour l’éducation de sa fille, fut continué après sa mort. Nous laisserons la jeune reine grandir au sein de l’étude qu’elle préfère aux jeux de son âge, et nous retournerons en Allemagne, où la Suède est encore pendant quelques années appelée à jouer un grand rôle. Nous ne rentrerons en
(*) Mémoires de Richelieu, t. TU, p.a6r et suiv.
L’UN IVERS.
Suède qu’avec l’armée suédoise, quand la paix de WestphaJie aura rendu le repos au monde.
Peu de temps après Gustave, mourut, le 29 novembre 1632, le comte Palatin Frédéric V, ex-roi de Bohême.
Bien qu’il eût perdu toute influence morale, il était le seul peut-être parmi les princes allemands qui eût pu seconder l’électeur de Saxe dans la direction des affaires du parti. Mais Axel Oxenstierna, chancelier de la couronne de Suède, éclipsa bientôt l’électeur par ses talents et par sa haute supériorité. Né en 1583, à Fanoë, dans la province d’Upland, il passa vers 1598 en Allemagne, où il étudia pendant cinq ans à Rostock et à Wittemberg le droit, la politique et la théologie, dans laquelle il prit ses degrés. En 1609, il fut nommé conseiller du royaume, et, à l’avénément de Gustave, chancelier. « La nature, a dit l’un de -es biographes, avait formé ces deux hommes pour aller ensemble à la gloire, l’un par ses exploits, son courage brillant, scs conceptions élevées et hardies; l’autre par sa prudence, son zèle infatigable, ses combinaisons profondes. Leurs deux noms sont devenus inséparables comme ceux de Henri IV et de Sully. »
Il n’est personne qui ne connaisse les lettres d’Oxenstierna à son llls , et les sages préceptes qu’elles renferment; mais on peut ajouter qu’il suivit toujours lui - même la règle qu’il traçait aux autres. « C’est l'homme le plus sage avec lequel j’aie jamais conversé à l'étranger, écrivait l’ambassadeur anglais , et son mérite répond à sa renommée. » La mort de Gustave, qu’il apprit à Hanau , dut bien le surprendre : il pouvait craindre qu’on ne reconnût pas plus long-temps son autorité en Suède et en Allemagne; mais il n’hésita pas un instant : il écrivit sans délai aux généraux suédois et aux confédérés allemands, et prit possession , par son ascendant moral , de l’autorité, que, peu de temps après, ou lui confirma pleinement à Stockholm, en lui donnant même des pouvoirs illimités , mais en lui recomman
dant de tout faire pour arriver à une paix générale qui assurât à la Suède des possessions territoriales en Allemagne, sur les côtes de la Baltique.
Au mois de décembre, Oxenstierna se rendit à Dresde , auprès de l’électeur de Saxe, qui ne put se résoudre à prendre aucune détermination; mais il fut plus heureux à Berlin, car l’électeur de Brandebourg était gagné par la France, et espérait épouser la jeune reine de Suède. Puis il revint à Heilbronn , présider une diète des protestants, qui devait lui décerner la direction des affaires.
Richelieu, qui s’était enfin décidé à agir avec plus d’énergie et plus de franchise, envoya vers cette époque en Allemagne lé marquis de Feuquières , cousin du fameux P. Joseph.
Les instructions de Feuquières portaient qu’il devoit se rendre à Dresde après s’être abouché , en passant , avec Oxenstierna , et persuader à l’électeur « de prendre la direction des affaires , « et donner près de lui la même part « à Oxenstierna, en ce qui concerne « ce fait, qu’il avoit auprès deson inaî- « tre (*) , » le roi de France s’obligeant d’ailleurs envers l’électeur aux mêmes subsides qu’il avait payés à Gustave.
Mais l’habile négociateur vit bien qu’il était impossible d'exécuter cette partie de ses instructions: il dit donc à Oxenstierna, « que Sa Majesté (Louis XIII) « n’estimoit pas seulement que la sub- « sistance du parti jusques ici ne lui fût « justement et entièrement due , mais « que pour l’avenir elle ne s’en atten- * doit encore qu’à lui seul, et qu’elle « ne considérait les autres que comme « des Allemands (**). »
L’ambassadeur parvint à faire décider, le 13 avril, à Heilbronn, qu’il serait formé une confédération , dont Oxenstierna serait nommé directeur, avec le pouvoirdedéciderseul des affaires de la guerre, avec l’assistance de six conseillers, nommés par les confédérés. En même temps , Feuquières conclut avec le chancelier un nouveau
(*) Négociation» de Feuquières, 1. 1 , n. g.
(*•) Ibid., P. 5t.
traité entre la France et la Suède , et crut devoir s’en excuser auprès de son maître. Voici ce qu'il écrivait à Louis XIII : » Votre Majesté verra « comme quoi je ne me suis pas trouvé c peu embarrassé arrivant ici , pour « y avoir rencontré les affaires en une < assiette tout outre que celle qui « étoit présupposée par mes instrue- « tions , et notamment en ce que « M. l'électeur de Saxe passoit dans « l’esprit du commun et au jugement « des plus entendus , pour prince perdu « de réputation et de crédit, pour être ^ « reconnu généralement d’une humeur ]« portée au repos et à scs plaisirs; J * trop adonné au vin, partant inca- * « pable de présider à des affaires im- « portantes, à la paix ou à la guerre; « d’une trop grande dépendance du roi « de Danemark ; d’une aversion de la « couronne de Suède, à cause princi- « paiement de leurs concurrence et pré- « tentions sur les évéchés de Magde- « bourg et Halberstadt ; toujours arrêté « par son ancienne inclination h la « maison d'Autriche, entretenant tou- 1 jours correspondance avec l’empe- « reur et Waidstein; nonchalant et « négligeant de se mettre en état «contre les ennemis communs, etc.
« Ces considérations jointes à l’infor- « mation que j'ai eue que ce prince, « porte et témoigne ouvertement une «naine à toute puissance étrangère, «bien qu’auxiliaire dans l'empire, et « qu’il a cette maxime à cœur de di- « vertir par une paix cette guerre « civile allemande, en la portant. .chez « quelque voisin, m’ont obligé de croire « nu’il seroit dangereux de s'opiniâtrer « de la part de V. M., etc (*). «
Le portrait de l'électeur de Saxe n’était que trop vrai. En Allemagne même, il passait pour un désordonné buveur. Le comte Schwarzetiberg, envoyé de l'électeur de Brandebourg à Dresde, écrivait à son maître qu’il lui avait fait le sacrifice de dix ans de sa vie , en buvant avec l'électeur de Saxe. Mais d’un autre côté , on remarquera que la lettre de l'ambassadeur français
(*) Ibid., p. i35.
accorde à l’électeur des sentiments de nationalité qui , bien qu’alors contraires aux vues de la couronne de France, et peut-être même aux intérêts bien entendus de la Saxe, n’en sont pas moi ns très-honorables. A u reste, l’union d’Heilbronn venait bien à propos pour renforcer l’autorité des chefs des armées protestantes où la discipline avait reçu une fâcheuse atteinte par la mort de‘ Gustave.
Cependant Waidstein, retiré en Bohême, réorganisa son armée, en punissant avec la plus grande sévérité ceux qu’il croyait n'avoir pas fait leur devoir a la bataille de Lutzen , et en récompensant avec une générosité non moins grande ceux dont il approuvait la conduite. Il ne fut plus questionde paix. On frappa des impôts énormes sur les états héréditaires de la monarchie autrichienne, et les confiscations servirent à procurer l’argent qui pouvait être encore nécessaire pour recommencer la guerre avec l'ardeur convenable.
A la tête de l’armée suédoise était Bernard de Weimar , cadet de la maison ducale de ce nom , guerrier d'inclination, ambitieux, actif, peu soumis aux faiblesses humaines, tel enfin qu’Oxenstierna ne put levoirsans quelque jalousie. A côté de Bernard se trouvait le Suédois Gustave Horn, moins ambitieux et plus prudent que le duc de Weimar, dont il sut souvent modérer la fougue et réparer les fautes. En novembre, il obtint quelques succès sur les Impériaux et les Bavarois. En janvier 1633, Bernard prit Bamberg et llôchstedt, qu’il fit saccager; puis s’étant réuni à Horn, il reprit Munich, que les Bavarois avaient pillé eux-mêmes pour ne rien laisser aux Suédois , et se fit céder à lui personnellement, par OXenstierna , le duché de Franconie et les évéchés de Würzbourg et de Bamberg. L’électeur de Bavière s’était enfui dans le Tvrol.
Ses paysans, qui se révoltèrent, furent maltraités par les deux partis , et on en massacra plus de deux mille.
Là ne s’arrêtèrent pas les succès des armes suédoises. En juillet 1633, les Impériaux furent battus près d’Olden-
dorf sur le Wescr. Les Suédois prirent Hameln et Osnabrück, et firent évoque de cette ville le comte de Wasabourg, fils naturel de Gustave. Ils parvinrent aussi à chasser les Impériaux de l’Alsace, de la Bavière et de la Somalie. 11 est incontestable qu’on doit attribuer une partie de ces succès à l’inaction de Waldstein qui , ne voulant pas exposer son armée aux chances d'une nouvelle bataille, resta en Bohème pour protéger les états héréditaires de l’emiiereur, liant des négociations avec la Saxe et la France , et voyant avec plaisir ravager les états de l'electeur de Saxe. Enfin il s'avança vers la Silésie, et conclut un armistice avec la Saxe, négociant toujours avec l’électeur qu’il espérait séparer de la Suède ; mais Oxenstierna ayant mis obstacle à ses projets , il s’élança soudain sur les Saxons, et, le 18 octobre 1033, il fit toute l’armée prisonnière et avec elle le vieux comte de Thurn , qu’il remit aussitôt en liberté.
A Vienne, où l’on commençait à soupçonner les desseins de Waldstein, la mise en liberté de Thurn excita le plus vif mécontentement. Waldstein, dans la conscience de sa force, répondit par des menaces: «Que vouliez-vous, n dit-il , que je fisse de ce vieux fou ? A « la tète des armées ennemies , il nous « est plus utilequedansuneprison.» Ensuite profitant de la défaite des Saxons, il s’empara de toute la Silésie, et s’avança jusqu’à Berlin, où il entra le 1 1 novembre. Mais, le A novembre, te boulevard de la Bavière Hait tombé, Ratisbonne avait été prise par le duc de Weimar, et Waldstein, forcé par les instances réitérées de l’empereur de se rapprocher du midi de l’Allemagne, prit ses quartiers d’hiver en Bohème, frondant la cour, maudissant l’électeur de Bavière et les jésuites , et continuant ses négociations avec la France et la Saxe. Ces négociations, confirmées par les Mémoires du cardinal de Richelieu , nous ont été conservées dans tous leurs détails par la correspondance du marquis de Feu-
Î prières, et nous allons en reproduire es documents les plus intéressants,
comme étant les pièces les plus importantes du procès que l’histoire n dû intenter à Waldstein. Il faut toutefois faire observer qu’à cette époque les idées de souveraineté n’étaient pas encoreaussi arrêtées qu’elles lefurentnlus tard; une négociation du sujet a’un prince avec le souverain d’un outre pays n’était pas précisément regardée comme une félonie, dans ce temps de dissolution du système féodal.
Dès l’époque ou il reprit le commandement , Waldstein avait noué ces négociations secrètes, d’abord avec Aruheim , général de l’électeur de Saxe, puis avec les envoyés de France et de Suède, par l’entremise de Kinski, gentilhomme bohémien réfugié, qu’il avait, ainsi que beaucoup d’autres ennemis de l’empereur, accueilli dans son armée. Il parait que ce Kinski , désirant amener la détection de Waldstein, agit en grande partie sans mandat , au moins n’a-t-il jamais produit aucun acte signé par Waldstein. Voilà pourquoi Oxenstierna regarda toujours cette négociation comme un piège qu’on lui tendait, et se tint sur la réserve, sans que les nouvelles qu’il pouvait recevoir
fiersonnellement tussent capables de e faire revenir de ses premières idées.
D’ailleurs ce ministre, ayant des vues d’établissement en Allemagne, n’avait arde de se prêter à l’élévation d’un omme qui , dans ses arrangements , 6e proposait d’éloigner les Suédois de l’empire , après s’être servi d’eux pour parvenir à ses fins.
En France on n’avait pas ajouté plus de foi qu’Oxenstierna aux propositions de Waldstein; mais tout ce qui servait à les rendre suspectes et odieuses à Oxenstierna, devait précisément les faire goûter au cabinet français. Le cardinal de Richelieu et le capucin Joseph ne ménageaient rien pour répondre aux vues de Waldstein. Tous les projets formés contre l’Autriche se réalisaient avec la défection de ce général, et dans le cas même où elle n'aurait pas réussi , la négociation devait servir de contre-poids aux prétentions de la Suède. Fcuquières, à son arrivée en Allemagne, trouva les cho-
SUÈDE
ses dans un état qui ne dissipait encore aucun des doutes qu’on pouvait concevoir; il dépêcha donc plusieurs personnes à Waldstein (*) pour « essayera reconnoîtreparlesdiscours a du duc de Friedland, si, dans la pro- « messe qu’il fait, il y a lieu de pren- « dre conliance, et ensuite de voir si « ledit duc lui veut donner par écrit « une assurance de ce qu’il promet « faire (**). »
Au commencement de IC33, il lui fit présenter le mémoire suivant qui , malgré son obscurité diplomatique, prouve toute l’importance que la France attachait à la conquête de Waldstein.
Mémoire par forme d'avis dressé par M. de Feutjuiircs , à Friedland.
« Les amis les plus affectionnés et «• les serviteurs les plus fidèles de M. le k duc de Friedland, dans la connois- « sance qu’ils ont de sa générosité, ne « croient pas qu'il puisse avoir perdu P le souvenir du traitement honteux « qu’il a reçu par ci-devant de la mai- « son d’ Autriche, et qu’en ayant reçu « tant de mépris pour récompense de a tant de si grands et si signalés ser- « vices qu’il lui avoit rendus, il puisse « avec raison se promettred'étre mieux a récompensé à l’avenir de ceux qu’il « continue de lui rendre, et elle d’at- « tendre de lui.
« Ce qu’elle a rappelé n’est pas une o raison qui soit jugée capable de le « satisfaire sur l’injure du mépris, puis- « qu’il est trop judicieux pour ne veir « pas, que comme elle ne lui ôta le « généralat que par méfiance de sa fi- « délité et jalousie de son autorité « parmi les gens de guerre , elle ne le « lui a redonné ensuite que par néceso site de ne s’en pouvoir passer.
« Les conséquences qu'il peut tirer « de cela pour l’avenir ne doivent pas
(*) Waldstein avait été nommé duc de Friedland et deMecklenbourg. Ou lui donne toujours le premier titre dans les dépêches française* pour ne pas offenser la couronuc «le Suède , alliée des ducs de Medienbourg, chassés par Waldstein.
{**) Nég. de Keuquières, 1. 1, p. t54.
« peu augmenter la méfiance qu’il en « doit avoir, y considérant sa perte in- « faillible de quelque côté que les af- « faires tournent; car si le parti con- « traire vient à avoir du bon sur lui, il « trouvera sa ruine particulière dans « la générale de sou parti; et si au « contraire il lui succède bien, le plus « de succès venant à être l’accrotsse- « ment de son autorité, le sera par « conséquent de la jalousie de ceux « qui, suivant les maximes d'Espagne, « ne pouvant souffrir personne en état « de leur en donner, se porteroient aus- « sitôt à le défaire, comme une per- « sonne qu’ils croiroient d’ailleurs ne « pouvoir jamais être contente d’eux, « apres en avoir été traitée avec tant « de mépris, d’injustice et d’ingrati- « tude.
« On comprend bien que ce fut plu- « tôt pour satisfaire à ses généreuses « inclinations qu’aux importunes re- « quêtes des Espagnols , qu’il se laissa « persuader de reprendre l’année pas- «i sée le timon de leurs affaires; mais « y ayant satisfait de sorte qu’il les « puisse maintenant laisser sans pou- « voir être accusé d’aucun reproche , « scs dits amis et serviteurs ne le trou- « veroient pas excusable dorénavant « s'il s’opimâtroit davantage à suivre « une fortune dans les secrets de la- « quelle il pénètre trop avant pour « ne voir pas qu’elle est à la veille d'une « ruine saus ressources, et il est trop o habile homme pour ne juger pas que « les forces auxquelles il joint les sienci nés, ne peuvent plus être long-temps « capables de le soutenir, ni lui de les « faire subsister contre la puissance « des ennemis qui s’est rendue consi- « dérable , ajoutant à la force des ar- « niées la parfaite intelligence dans « laquelle se sont affermis non seule- » ment les princes et états de l’union , « mais avec eux tous les rois, princes « et états ennemis de la maison d’Au- « triche ; ayant, en suite des résolutions « prises à Hcilbronn , disposé par leur « conseil de toutes leurs forces avec « un ordre qui les fait connoître capa- « pables, non seulement de soutenir < un effort puissant de plusieurs ar-
« mées , mais même de maintenir une « guerre perpétuelle comme les Hol- « landois; de sorte que le jugeant bien « informé de cela, il ne croit pas que « son dessein soit de les combattre «par la patience, mais aussi qu'il « soit de hasarder un combat avec « eux ; ils n’estiment pas se le devoir « persuader, vu que si l’événement « venoit à lui être contraire, sa perte « seroit entière et sans ressource, ce qui « ne se peut réciproquement affirmer.
« Ils font ces considérations sur sa « grande armée, qu’elle n’est composée « que de troupes nouvelles , d'assez « mauvais hommes, peu affectionnés h « leur parti ; et que des officiers , il v « en a peu de la capacité desquels II « puisse s’assurer; et ne doutent pas « qu’il n’ait été contraint d’employer « le reste de son crédit , tant en hôm- « mes qu’en argent, pour la mettre « au point où elle est. Ils ne peuvent •• comprendre quels moyens il peut « prévoir de la faire subsister, vu « même qu’il a été obligé d’en faire « les levées dans ce peu de pays qui lui « reste tout ruiné, et que venant à « être obligé de tirer sa subsistance de « l’Autriche, il a considéré là-dessus « qu’il ne le pourra faire sans que la « foule du pays fasse aller beaucoup « de plaintes a la cour de Vienne, et « attirer sur lui autant de ce côté-là,
« que des moyens semblables lui en « ont acquis dê tous les autres de l’AI- « lemagne.
« Toutes ces raisons et plusieurs « autres dans lesquelles il peut être « plus particulièrement que person- « ne, leur donnent sujet de s’éton- « ner, qu’après s’être soumis, il y a « quelque temps , à entendre a ' un « accommodement avec le roi de Suède,
« qu’il connoissoit d'une humeur si « altière et ambitieuse qu’il 11e pou- « voit souffrir auprès de lui personne « qui eût la moindre ombre de crédit,
« et qui se portoit partout en per- « sonne, il laisse perdre une si belle « occasion qu’il a aujourd'hui en main,
« de pouvoir, en sûreté et honneur,
« non seulement assurer sa fortune et « se maintenir dans l’autorité, rang
« et dignités qu’il possède, mais s’é- « lever à une couronne dont la posses- « sion lui seroit assurée par l’appui «de si puissants amis, qu’il auroit « plutôt lieu d’espérer de passer plus « avant que de craindre de déchoir.
« Si c’est chose à quoi il veuille en- « tendre, et que pour passer plus avant « dans la connoissance de l’affaire, il « agrée de s’aboucher avec l’ami intime « et fidèle serviteur qui lui afaitl’ou- « verture, il lui fera voir dans la suite « ses avantages et ses sûretés si clai- « renient, que lui répondant du secret « et fidélité requise, et de tout le soin « et la diligence qui se peuvent désirer « en pareille occasion , il aura sujet *1 d’y prendre une entière confiance, « comme il peut faire dès à présent , « de lui faire savoir ses sentiments sur « ce sujet par telle voie qu’il jugera à « propos. »
Plus tard , après l’armistice entre la Saxe et Waldstein, Kinski s’étant de nouveau présenté à Feuquières, et lui avant donné des espérances, Louis Xllf écrivit à son ambassadeur la lettre suivante, qui n’est pas l’un des documents les moins curieux de cette époque :
« Monsieur de Feuquières , j’ai un « contentement particulier de voir ce « que vous m’écrivez sur le sujet de « Friedland , lequel vous assurerez de « mon affection , lui faisant entendre «positivement, par voie sûre, nue « s’il veut contribuer, ce qui dépendra « de lui, aux lionnes intentions que j’ai « pour établir une bonne paix dans « l'empire et dans toute la chrétienté,
« pour la conservation de la religion « et de la liberté publique, j’emploierai « très-volontiers la puissance de mes « armes et de mes bons amis avec « toute mon autorité , pour le faire « élire roi de Bohême, et même le « porter plus haut ; sur quoi vous ob- « sérierez et pénétrerez , autant qu’il » vous sera possible, si ce qui vous a « été avancé de sa part n’est point un « artifice pour découvrir quels desseins « je puis avoir dans la part que je « prends aux affaires de delà. Quand « cela seroit , il sera toujours bon de
SUEDE
« lui faire savoir ce que dessus , et ce , « avec tel secret et telle manière qu’il « en demeure satisfait. Il est très- « soupçonneux; quoique ce soit, il ne « peut être qua propos de donner ja- « lousie de lui à l'empereur; mais il « faut prendre garde aussi qu’il ne se « prévale point de ce que vous ferez à « son égard , pour le faire concevoir de « moi à nies amis. Je serois très-aise
* qu'il y eitt lieu de ménager leditFried- « lar.d effectivement, dont vous me « donnerez prompt avis , afin d’avoir « mes ordres plus précis sur ce que « vous me ferez savoir. Je vous ré- « péterai par cette lettre que je suis « très - satisfait de votre conduite et
* prudence en tout ce que vous avez « fait par-delà , ainsi que je vous ferai « paroitre en toutes les occasions qui •s'en offriront, priant sur ce Dieu
* qu'il vous ait , monsieur de Feu- “quières, en sa sainte garde.
« £crit à Forges le 19* jour de juin « 1633. Signé LOUIS, et plus bas « Bouthillibh, avec paraphe. « Feuquières répondit à cette missive, le 25 juin, que Waldstein prétextait une négociation avec le comte de Thurn, pour ne pas se prononcer visà-vis de la France. «Ces raisons, con- « tiuue l'ambassadeur, quoique fortes « en apparence , ne me venant que de
* la bouche d’un ami intime dudit
* duc de Friedland (K inski) , j’ai pensé “ que V. M. ne les trouverait en effet « assez puissantes pour continuer de
* nia part à presser la négociation que « j'avois commencée avec lui , de
* crainte qu’il n’essayât de m’obliger
* à lui faire quelque réponse , dont il
* voulût se prévaloir. S’il m’est per- “ mis de dire à V. M. mon opinion
* sur ce sujet, elle est qu’en cas que “ ledit duc de Friedland traite fran- " cbement avec ledit comte de la Tour “(de Thurn), il désirera avoir la li- ' bertéde se venger du ducde Bavière,
" qui est la plus forte passion qu’il ait “ au monde ; à quoi il est assuré de ne
* ‘rpuver aucune opposition , si ce
* n’est de la part de V. M.; ce qui le
* pourrait porter à remettre à traiter “ avec elle, après qu’il aurait satisfait
« à sa passion (*). » Le 1 6 juillet, Richelieu envoya à Feuquières le mémoire suivant, qui a uniquement rapport à la défection de Waldstein. Ce qui est assez curieux, c’est qued’après l’intitulé du mémoire, il paraît qu'il avait été délibéré en conseil.
Mémoire envoyé par le commandement du roi au sieur de Feuquières , touchant l’affaire résolue au conseil d'état.
A Chantilly, le 16 juillet 16 33.
» Sa Majesté approuve ce qu’il a ré- « pondu aux articles qui lui ont été « proposés par le comte de Kinski, de x la part de Friedland. Sur quoi Sa « Majesté a résolu de lui répondre :
" Que venant au particulier et tou- « chant le premier article, supposé que « Friedland se déclare contre l’empc- « reur, Sa Majesté fera de tout son « pouvoir avec ses alliés pour qu’ils x disposent présentement de leurs « troupes en sa faveur, soit par di- « version ou conjonction, selon qu’il «jugera lui-même être plus à propos.
« Que si Friedland a Besoin dequelx que argent pour cette heure , le roi « donne ordre au sieur Feuquières de x lui offrir cent mille écus présente- « ment; et s'il connoît nécessaire d’en «donner davantage. Sa Majesté lui « permet d'aller jusqu’à cinq cent’
« mille francs, ce qu’il ménagera néan- « moins avec sa retenue et circon- « spection accoutumée. Si ledit Fried- « land veut entrer en un traité, et qu’il « se veuille obliger à entretenir sur « pied trente mille hommes de pied « et quatre ou cinq mille chevaux, ou « au moins une armée considérable « pour s’opposer aux desseins de la «maison d’Autriche, qui pourraient « empêcher la liberté commune et le ’ « repos de la chrétienté, outre les di- « versions puissantes que Sa Majesté « prépare de tous côtes, Sa Majesté « s’obligera de fournir audit duc un « million de livres par an, dont les « premiers six mois seront payés pré- « seulement et les six autres mois
{') Ouvrage cité , t. I , p. a65.
« après par avance; lequel traité du- « rera autant de temps que les inté- « rêts communs pourront le requérir, « avec obligation de ne point traiter « avec les princes de la maison d’Au- « triche l’un sans l'autre, et d’un mu* >< tuel consentement.
« S’il y a quelques autres moyens « par lesquels le roi puisse aider « Friedland, il s’v portera volontiers « autant qu’ils dépendront de lui , étant « résolu ae l'assister de toute sa puis- « sance.
« Sa Majesté trouve à propos que « Friedland commence la déclaration, « en se rendant maître de la llolièine, « et entrant de la dans l'Autriche, se x remettant toutefois en la manière x qu'il jugera plus convenable de téx inoiguer publiquement par quelque x acte d'hostilité qu’il se sépare des x intérêts de la maison d'Autriche.
x Sa Majesté remet au jugement du x sieur de Feuquières de considérer x qu’il est périlleux d’accorder une susx pension d’armes, si ce n’est pour peu x de jours, et que l’on fût très-assuré « que Friedland après cela viendrait se x déclarer incontinent, ctque peut-être x il sera plus utile de presser ledit x Friedland à se résoudre, parla crainte « de ne pouvoir tenir les choses longx temps en suspens.
x Pour ce qui regarde le duc de Bax vière , Sa Majesté fera ce qu’elle pour- « ra pour mettre ledit duc de Bavière x aux terniesqu'il convient, c’est-à-dire « qu'il ne s'oppose point aux intérêts et x desseins dudit Friedland et des al- » liés , auquel cas Sa Majesté sera bien « aise qu'étant prince catholique et x son allié, il soit conservé. Mais si x après les instances que lui en aura » faites SaMajesté, il ne laisse de se te- « nir lié avec l’empereur contre ledit « Friedland et les alliés, Sa Majesté x entend de continuer l'assistance x qu’elle promet audit Friedland , et de « ne point s'opposer à ce que Friedland «pourra faire contre ledit Bavière, « suivant l'occasion qu’il lui en baillera. « Le sieur de Feuquieres fera consi- « dérer qu’il n’est pas à propos, pour < la dignité du roi , de parler dans un
« traité plus aigrement contre Bavière, « et même prendra garde à ne point « bailler cet article, s’il n’est bien as- « suré que Friedland veuille 6e dé- « clarer.
« Il est bon de commencer et atta- « cher ledit traité entre Sa Majesté et « Friediand ; que s’il veut que la cou- « ronne de Suède y ait part, Sa Ma- « jesté en demeure d’accord et le dc- « sire, estimant qu’il est encore plus « avantageux comme cela, et que la « France et la Suède et Friedland, étant « ensemble, se mettront en état que « les autres se joindront volontiers à « eux pour le bien commun.
« Le sieur de Feuquières remarque- « ra ici que si Friedland ne vouloit pas « que Suède eût connoissance de ce « traité pour le tenir plus secret, il ne x laissera pas d’en donner part à « Oxenstiern sitôt qu’il sera conclu , « alin qu’Oxenstiern u’en prenne ja- « lousie.
« Selon que ledit sieur de Feuquiè- « res verra jour en cette affaire , il « fera entendre audit duc que Sa Ma- « jesté estime être utile pour le bien «public, qu’il soit roi ae Bohême, « comme étant un royaume occupé « contre les lois du pays par la maison « d’Autriche. Le roi s’offrant d’y ern- « plover tout ce qui dépendra dé lui , « et de porter tous ses amis pour éta- « blir et maintenir Friedland en cette « dignité. Que si ledit sieur de Feu- « quières reconnoit quelque autre «chose qu'il désire qui soit faisable , « et qui ne choque point les intérêts « de ses alliés , il offrira tout de même « l’assistance du roi.
« Fait au conseil d’état du roi , tenu à Chantilly le IG' jour de juillet 1633.
« Signé LOUIS,
« et plus bas BouTiiiLLiEn (*). »
Voici comment, le 22 août, F’euquières rendit compte du succès obtenu dans cette négociation :
« Quant a l’instruction par laquelle « Votre Majesté ne parle que de ce qui « concerne le duc de Friealand , je lui
(*) Ouvrage cité , t II , p. i et tuir.
SUÈDE
• dirai qu’étant arrivé à Dresde, le
• comte de Kinski me vint voir et me « dit qu’il avoit reçu une lettre du duc
• de Friedland, par laquelle il le prioit « de savoir de moi si je serois encore « dans les mêmes dispositions que « j’étois lorsqu'il reçut ma réponse à « ses propositions, et qu’il le prioit a de me pressentir sur cela; sur quoi « je lui répondis que le duc de Fried- « land agissoit avec trop de finesse « pour moi, que son silence aux ré- « ponses que je lui nvois faites me « faisoit assez counottre qu’il ne cher- « choit que les moyens d'en tirer « quelque chose, dont il se püt avan- » tager pour faire naitre quelque més- « intelligence entre Votre Majesté et « ses alliés : que de son côté il avoit « à craindre qu'en usant de trop de a finesse , il ne se mît hors des termes « de pouvoir, par le moyeu de Votre « Majesté et de l'union, s’assurer « contre ceux de qui nous savions qu'il « avoit plus de sujet d’avoir crainte et « considérer comme ses plus dange- « reux ennemis, avec lesquels telles « procédures ne sont point capables « de les mettre en créance, ni leur faire a diminuer la jalousie qu’ils ont de lui : « qu’il ne devoit pas douter qu’ayant « dessein d’agir avec Votre Majesté de « bonne foi , elle ne fût toujours prête « à lui donner tous les consentements « qu’il pourrait espérer; mais que s’at- « tendre que je m'ouvrisse davantage « avec lui , qu’il ne m’eilt fait savoir a ses sentiments sur les réponses que « je lui avois faites, étoit chose qu’il « ne devoit point attendre de moi.
« Huit jours après que j'eus fait cette « réponse audit comte ae Kinski , al- « lant chez lui, il me fit voir une « lettre de son beau-frère qu'il venoit de « recevoir, par laquelle il lui inandoit « que le duc de Friedland l avoit chargé « de lui écrire qu’il fit savoir au « duc de Saxe que si on vouloit ren- « trer en quelque négociation avec lui, « il lui déclarait qu’il ne prendrait a créance en qui que ce fût, qu'en la « personne du comte de Kinski, et que » pour cet effet il lui euvoyoit aussi « un passeport qu'il me fit voir, et le
« convioit tant qu’il lui étoit possible « de ne manquer point d’y aller.
a Sur cette nouvelle, il m’entra en « même temps dans l’esprit que cette a proposition n’étoit que pour servir • de prétexte au voyage du comte de « Kinski vers lui, duquel il désirait « savoir les termes auxquels nous en « étions ensemble , et ce qu’il avoit à « attendre de moi, n’étant nullement a à croire qu’il se voulût servir dudit « comte de Kinski vers l’électeur de « Saxe, avec lequel il sait qu'il est « mal au dernier point.
«Je lui conseillai de montrer cette « lettre au duc, sur la certitude nue « j’avois que l’extrême désir qu'il a « d’un traité étoit capable de lui faire « recevoir toutes sortes de propositions a par les mains de qui que ce püt « être; ce qui s'est ensuivi de la même « sorte que je l'avois pensé , ayant non « seulement approuvé cette entremise, « mais convie, ledit comte de Kinski « de faire promptement ce voyage.
« Le lendemain au soir arriva le « sieur Dubois avec l’instruction et le « pouvoir que Votre Majesté m'envoie a sur ce sujet; sur quoi, pour ne perdre «aucun temps, j’envoyai aussitôt « prier ledit comte de Kinski de a venir me voir, et lui fis entendre a bien au long tout ce iusques où je «jugeai nécessaire qu'il fût instruit « sur ce sujet, y ajoutant ses intérêts « particuliers pour lui donner plus de « chaleur, lesquels ne consistent qu'en « son rétablissement en tous ses biens « de Bohême , qui sont très-grands , et « quelques titres d’honneur qu’il dési- « reroit dans son pavs. »
Mais toutes ces démarches n’amenèrent aucun résultat. Wnldsteinlit sou excursion dans le Brandebourg, et ce fut seulement le 1" mars de l’année suivante (1(134) que Feuquières, qui se trouvait alors a Francfort, osa reparler de cette affaire.
« Comme j’achevois cette dépêche, « j’ai reçu une lettre en créance du « comte de Kinski , par un gentil- « homme qu'il m’a envoyé exprès, au- « quel il avoit donné charge de m’aller « chercher où serait le chancelier , ce
« qui est cause qu’il a été long-temps » par le chemin , ce qu’il m’a fait sa- « voir par lui et la resolution arrêtée « du duc de Friedland à se déclarer « présentement , de quoi il a cette cer- « titude qu’il me prie et conjure de n’en « entrer dans aucun doute et de faire « en sorte que le chancelier, vers lequel « il a aussi envoyé, y ajoute la meme •< foi : l’excuse qu’il nie donne au mano quemcnt de l’année passée, est que « ledit duc n’ayant pu s’assurer de « tous les ofliciers de son armée , n’a- « voit osé passer outre, de crainte d’en r être abandonné ; que pour mai n tenant » il me peut assurer cette difliculté •> levée, ayant été présent, lorsque le « dit duc (le Friedland a reçu serment « de chaque officier en particulier de « servir so.us son nom envers tous et « contre tous, ce qu’il leur a fait signer •t à tous , et particulièrement à Galas,
« lequel s’est fait fort pour Altinguer a comme avant pouvoir de lui. Pico- « lomini a fait le semblable, et le reste « des officiers jusqu’au moindre, à quoi « il a ajouté pour plus grande sûreté « cent cornettes de cavalerie qu’il a « fait lever sous son nom et autant de « compagnies de gens de pied compo- « sées detroiscents hommes. Tout cela « ne se pouvant faire sans être su, les a officiers de l’empereur en ayant avis, a sans prendre la peine de l’aller voir a et de s’en informer plus particulièa rement de lui , se sont retirés vers a l’empereur, auquel ils ont porté la a couronne de Bohême , de quoi en a ayant été averti, il répondit qu’il a lui sutfisoit qu’ils ne pouvoient taire a le semblable du royaume, et qu’il a auroit assez d'or ét de pierreries a pour en pouvoir faire une pareille.
a Ce qu’il promet -faire aussitôt le a traité arrête avec celui que j’y ena verrai , et de se déclarer dès le lena demain ouvertement en se faisant a proclamer roi de Bohême, et en a porter la nouvelle lui-même à Fem- « pereur, et le suivre en quelque lieu a qu’il se retire, fût -ce jusque dans • les enfers ; ajoutant à cela plusieurs a discours d’un homme qui veut faire a croire une haine irréconciliable contre
a une maison qui, après tant de bons a services , cherchoit tous les moyens a de le perdre, même par le poison et a les assassins. Voilà en quoi consiste « la créance du porteur de la lettre a dont je vous envoie copie.
a Sur ce second avis, j'ai inconti- « nent fait partir le sieur de la Boderie a avec le gentilhomme qui a apporté « son passeport, et lui ai donné les « pouvoirs nécessaires pour conclure a le traité, avec une très-ample instruc- * tion de laquelle je vous envoie co- « pie. Une des raisons qui m’a le plus a obligé à le faire partir sans délai a « été pour prévenir celui que je sais « que le chancelier y doit envoyer; de « crainte que, par l’accord qu'ils fe- « roient ensemble, il ne se passât a quelque chose au préjudice de Sa « Majesté, et particulièrement de la re- « ligion, à quoi je suis assuré qu’ils « n’oublieront rien de tout ce, qu’ils » lui pourront faire contre.
« F.n même temps, sans faire sema blant que le comte de Kinski eut a envoyé vers le chancelier, j’ai jugé « à propos de lui envoyer mon secréa taire avec lettres ue créance, et a une instruction dont je vous envoie a copie. »
Mais lorsque Feuquières écrivait cette lettre, le dénoûment du drame avait déjà eu lieu. La négociation avait duré trop long-temps , et trop de personnes y avaient pris part, pour qu'on n’en eût pas quelque soupçon à Vienne. tValdstein, bien loin de rassurer l’empereur par des assurances de soumission, crut devoir l’intimider par des menaces contre les jésuites et les courtisans. Ses ennemis, qui étaient nombreux à Vienne, ne manquèrent pas d’en tirer parti auprès de fenipereur, qui résolut enfin défaire surveiller son général de plus près. Il lui dépêcha donc Questembcrg pour lui persuader d’éloigner l’armée des états héréditaires de la maison d’Autriche.
En même temps le P. Chiroga fut chargé d’annoncer à Waldstein combien l’empereur était désole que la outte et le mauvais état de la santé u duc de Friedland ne permissent pas
SUÈDE
à ce général d’agir arec assez d'activité; il lui représenta qu'il ferait mieux de renoncer au commandement et de se retirer alors que sa réputation était dans tout son éclat , que de risquer de la perdre par l’inaction forcée à lauelle sa santé le condamnait; qu'il ne evait point regarder cette démarche comme la preuve d’une disgrâce, et qu’il pouvait être assuré qu’on ne lui donnerait pour successeur que le roi de Hongrie , fils aîné de l’empereur , auquel il pouvait céder le commandement sans déshonneur.
Bien que ces insinuations fussent enveloppées de parqles douces et flatteuses, Waldstein répondit brièvement que l'empereur n'avait qu’à donner ses ordres, qu'il obéirait; mais qu’il espérait que Sa Majesté songerait à remplir les conditions du traité d’après lequel il s’était chargé d’organiser l’armée. On commença, en effet, à entrer en négociation à cet égard; mais en attendant on intrigua des deux côtés pour gagner l’armée. Le 1 1 janvier 1634, Waldstein assembla ses colonels à Pilsen et leur proposa les questions suivantes : i* Peut-on détacher 6,000 chevaux de L’armée pour les envoyer au secours des Espagnols?
2° Peut-on prendre ses quartiers d’hiver autre part que dans les états héréditaires? 3” Peut-on s’emparer de Ratisbonne en hiver ? Tous répondirent négativement à ces diverses questions.
Cependant plusieurs officiers profitant de l’assemblée pour exposer leurs griefs et leurs plaintes, Illo entreprit, avec la plus grande véhémence, la justification du duc, et accusa les conseillers impériaux , les jésuites , les Espagnols et d’autres encore, de ne songer qu’à renverser Waldstein , de retenir ta solde de l’armée, de s'opposer à la paix contre l’avis du général , etc., etc. Échauffés par ces discours , les colonels assemblés prièrent Waldstein avec instance de ne pas abandonner le commandement, comme il avait annoncé vouloir le faire, et il consentit à rester à la tête de l’armée ; mais il exigea que de leur côté les généraux s’engageassent à lui rester fidèles. En
9* Livraison. (Suède.)
conséquence, le 12 janvier, oh fit rédiger, lire et approuver un document d'après lequel les officiers promettaient, sous la foi du serment, de ne jamais se séparer de Waldstein et de verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour le maintenir à la tête de l’armée. Cet engagement , aux termes de l’un des articles, devait avoir force et effet, tant que Waldstein resterait au service de l’empereur et qu’il emploierait l'armée dans les intérêts de S. M.
Tous ceux qui avaient pris part à cet acte furent réunis dans un festin par le maréchal lllo, et au moment ou l’on allait se lever de table, l’acte, qui pendant ce temps avait été mis au net , fut présenté aux convives pour être signé. Déjà plusieurs officiers avaient apposé leur signature, quand on s’aperçut que la clause relative au service de l’empereur ne s’y trouvait point. Une rixe violente s’ensuivit. Illo prétendit que cette clause n’était point nécessaire, attendu qu’au commencement de l’acte on avait fait mention du service de l’empereur.
Terzki traita de lâches et de parjures tous ceux qui ne se. donneraient pas corps et ame à Friedland. Il était impossible de résister à des hommes ivres et exaltés, et quarante-deux colonels signèrent.
Waldstein ayant su ce qui s’était passé au banquet d’Illo , assembla de nouveau les colonels le lendemain , et leur répéta ses griefs. Après quelques discussions, on le pria d'ounlier la scène de la veille, et tous l’assurèrent qu’ils étaient prêts à signer, ce qu’ils firent en effet sur-le-champ.
Sur la copie de la veille, plusieurs signatures étaient illisibles, soit que les signataires fussent ivres, soit qu’ils eussent fait semblant de l’être.
On ignore si la clause du service autrichien fut rétablie sur cette seconde copie; ce qu’il y a de certain, c’est qu'on n’avait point les signatures de Gallas et d’Altringer qui commandaient des corps sépares. Waldstein confia la commission importante de les gagner ou de les éloigner, à Octavio
trio
Piccolomini , qu’il avait comblé d’honneurs et de richesses , et auquel il accordait la plus entière confiance; parce que, dit Richelieu , on lui avait dit que sa nativité convenoit avec la sienne :
« ce qui , ajoute le cardinal, lui devoir donner le plus de défiance ; car, puisqu'il étoit de naturel si rusé, il devoit croire que Piccolomini n’étoit pas moins trompeur que lui. »
Au lieu d'agir dans les intérêts de Waldstein, Piccolomini Intrigua contre lui, et Altringer se rendit en toute hâte à Vienne , pour hâter la perte de Waldstein, avec l'assistance de l'ambassadeur d’Espagne, des jésuites, des Confesseurs et des autres ennemis du duc. On agit avec tant de promptitude , et on garda si bien le secret, que les amis de Friedland eurrnt à peine quelques soupçons de ce qui se passait. I.e 24 janvier, l'empereur transféra secrètement le commandement en chef à Gallas, délia tous les soldats des serments prêtés à Waldstein, promit une amnistie générale pour le passé, et menaça dés peines les plus sévères ceux qui, à l'avenir, désobéiraient aux ordres envoyés de Vienne. Gallas, dans la conduite qu’il aurait à tenir, ne devait prendre conseil que de sa prudence et des circonstances: on l'invitait seulement à agir de manière à exécuter promptement ce dont on était convenu dans l’intérêt général , et à s’emparer de Waldstein mort ou vif.
Celui-ci s’apercevant bien qu'il se tramait quelque complot contre lui, convoqua de nouveau ses officiers ; et lorsqu'il vit que Piccolomini , Gallas et Altringer ne se présentaient pas, il publia , le 20 février, un manifeste dans lequel il protestait contre l'accusation qu’on lui intentait de vouloir abandonner l’empereur et la religion catholique. Mais déjà , le 18 février, on l’avait déclaré publiquement à Vienne traître à l’empire, et le même jour il avait lui-même dépêché le duc Lauenbourg à Bernard de Weimar pour le resser de se réunir à lui. Bernard, ieu qu'on lui montrât l’acte signé par les généraux , et qu’on l’assurât de ce qui s’était passé a Vienne, ne se
pressa point d’avancer. Peu de Jours auparavant , Oxenstierna lui avait écrit de ne pas entraver Waldstein dans l’exécution de ses desseins, mais d'agir avec circonspection : il craignait en effet que Waldstein ne songent peut-être qu'à tromper les Suédois, et que même, s’il venait à exécuter sa détection , il n’edt peut-être pas toutes les ressources necessaires pour la faire réussir.
Bernard répondit donc au duc de Lauenbourg qu'il ne pouvait se fier à un homme qui ne Croyait point en Dieu. Mais Illo et Terzlti lui ayant expédié courrier sur courrier. Bernard se mit, avec la plus grande circonspection, en marche vers Rgrn.
Waldstein arriva dans cette ville le 24.
Il n'y avait plus à reculer. Piccolomini avait débauché la plus grande partie de l’armée . et la ville de Prague était au pouvoir de l’empereur. Waldstein se flatta qu'il pourrait s’échapper avec quelques fidèles; mais ceux qui avaient conspiré sa mort se trouvaient précisément dans le nombre des fideles qui l’accompagnaient. Buttler, Gordon et I.eslie, tous étrangers, étaient les diefs des conspirateurs, qui se composaient detrente soldats, dont deux Ecossais, un Espagnol, et tous les autres Irlandais. Le 23, pendant un banquet, auquel Gordon invita ceux dont on voulait se défaire, des hommes armés entrèrent dans la salle du festin, et aux cris de vice i'crtU naini! vive la maison d'Autriche! immolèrent K inski, Illo et Terski, qui périrent en se défendant vaillamment.
Ensuite, comme le duc ignorait encore ce qui s’était passé, on délibéra s’il fallait le faire prisonnier ou le tuer. On se décida pour l’assassinat. Waldstein, reveillé par le bruit qu'occasionnait le désarmement de ses gardes, se lève en sursaut an moment où le capitaine Deveraux pénètre dans sa chambre: » Voilà, s’écrie lecapitaine, le lâche » qui veut conduire à l’ennemi l’armée « de l'empereur, et qui espère lui nr- « radier sa couronne ! » Waldstein , sans proférer un mot, ouvre les bras, et, nereé d'un coup de pertuisane, tombe mort aux pieds de son bour-
SUEDE. 131
reau. Dans toute la Bohême, des exécutions et des confiscations sans nombre eurent lieu, et les conspirateurs furent richement récompensés : Leslie et Buttler furent faits comtes, Piccolomini fut élevé au rang de prince.
« C'est , dit Richelieu dans ses mémoires (*), une chose bien étrange et ui montre la faiblesse et l’indignité es hommes, que, de tant d'hommes qu'il avoit obligés, il n'v en eut pas un seul dans la ville qui s'emdt pour venger sa mort , chacun d’eux cherchant des prétextes imaginaires de son ingratitude ou de sa crainte.
« Sa mort est un prodigieux exemple ou de la meconnoissance d’un serviteur ou de la cruauté d'un maître, car l'empereur, durant sa vie, qui a été traversée d'accidents mémorables , n’a trouvé personne dont les services approchassent de ceux qu’il lui avoit rendus; mais aussi difficilement les histoires fourniront-elles un exemple d’un serviteur si hautement récompensé de son maître qu’il l’avoit été du sien.
« Néanmoins nous le voyons terminer sa vie d'une mort viofente par le commandement de son maître, et l’ayant si souvent exposée pour son service , lui être ravie par lui-même.
Son maître se plaint qu’il lui a été infidèle , et qu’ayant tant reçu de sa libéralité qu’il né lui restoit plus rien à espérer de lui , il le méprise et est las de le servir. Mais il faut qu'il avoue qu'il ne peut coter aucun desservice qu’il en ait reçu, et W’aldstein lui pourroit compter un million de services qu’il lui a rendus; et si l'empereur lui oppose les jalousies qu’il lui donne sujet d’avoir de lui, il pourroit avec justice lui répondre qu’nuparavant que de les croire, il devoit peser en son esprit dépouillé de passion quels étoient les plus grands ou 1rs témoignages effectifs de la fidélité ou les simples soupçons du contraire, “lais soit que l’empereur ait été un mauvais maître ou Waldstein infidèle serviteur, c'est toujours une preuve de la misère de cette vie , en laquelle
(*) Tome'VUI, p. 100-102.
si un maître a peine de trouver un serviteur à qui il se doive confier entièrement, un bon serviteur en a d'autant avantage de se fier totalement en son maître, qu’il a près de lui mille envieux de sa gloire, et autant d’ennemis qu’il a faits pour son service, qui
f>ar mille flatteries l’accusent envers ui ; que l’esprit d’un prince est jaloux, méfiant et crédule, et qu’il a toute puissance d’exercer impunément sa mauvaise volonté contre lui; que c’est crime à ceux qui demeurent en vie de s’en plaindre, et que pour lui plaire chacun lui déguise du nom de justice les actions de sa cruauté ou de son injuste jalousie. »
Ce n'est pas ici le lieu d’entrer dans une longue discussion sur le degré de culpabilité de Waldstein. Nous aurons occasion d’y revenir en nous occupant de l’histoire d'Allemagne. Nous nous contenterons de communiquer à nos lecteurs l’opinion qu'émet à cet égard M. Raumer, célèbre historien allemand ,dont les travaux nous ont fréquemment servi de. hase dans tout ce qui concerne la guerre de trente ans.
« 1 1 faut avouer, dit-il, qu’à l’époque où l’empereur condamna Waldstein, il n’avait fait aucun traité, ni avec la Suède, ni avec la France, et que bien loin d’avoir des motifs suffisants pour faire tuer un homme investi du pouvoir illimité de l'empereur, on n’en avait même pas pour le mettre en jugement. Mais c’était précisément T'étendue de ce pouvoir qui rendait sa perte inévitable. Au reste, l'idée de se constituer comme puissance indépendante, et comine médiateur entre deux partis également exagérés, entre ses compatriotes et l’étranger, n’était point à cette époque aussi extravagante qu'elle l'aurait été dans tout autre temps. La plus grande partie des ennemis du auc étaient des personnes méprisables qui enviaient sa puissance; mais lui, de son côté, manquait de cette franchise qui caractérise une grande mue. Flottant entre différentes résolutions , se laissant guider tout à la fois par la circonspection, l’audace, la superstition, l’orgueil, l’ambition et
l'avarice, il perdit non seulement la confiance de fous les princes, mais aussi cette confiance en soi-même, qui fait choisir avec indifférence entre le vice et la vertu. »
Quand Louis XIII apprit la mort de AValdstein , il s'écria : « J'espère « que tous les traîtres à leurs souve- « rains auront le même sort! » Le cardinal de Richelieu ne put s'empêcher de dire à cette occasion : « Le roi pou- « voit bien sedis|>enserd’exprimersi li- « brement ses pensées ! » C'est que le cardinal comptait beaucoup sur la défection de Waldslein pour balancer l’influence d’Oxenstierna , qui de son côté s'était bien aperçu des intentions du cardinal et mettait tous ses efforts à entraver ses projets.
« Le chancelier, écrit Feuquières (*), « étoit déjà entré dans une telle alarme « de l’union des électeurs de Saxe et » de Brandebourg avec Friedland joint « à S. M., que quelque bonne mine •• qu'il ait faite, il y a long-temps qu’il « n’a reçu une nouvelle qui lui ait plu « davantage que celle de sa mort , de « laquelle le duc Bernard de son côté « n’a aussi eu moins de joie. »
Au reste, la mort de Waldstein n'eut point pour la cause des protestants les suites qu'on aurait pu espérer; ils ne surent pas profiter du premier moment de consternation qu’elle causa, et le roi Ferdinand avant pris Ratisbonne le 2G juillet, fe théâtre de la guerre fut encore transporté en Bavière. En même temps les protestants ne purent plus se dissimuler que leurs alliés songeaient uniquement a gagner à la paix , la France, l’Alsace, la Suède, la Poméranie. La défiance entre les Français et les Suédois n’était pas moindre , c’est ceque prouvera ce passage de la correspondance deFeuquières :
- « Nous ne nous trouvons pas peu empêchés, M. De Lagrange et moi, oe la sorte dont nous avons à nous conduire à l’égard dudit chancelier, auquel la lierte et l’orgueil brutal fait perdre le jugement : parce que si d’une part nous voulons le gagner par persuasion,
son humeur méfiante, couverte et insolente , nous ôte tout moyen de nous ajuster avec lui ; et si d'un autre côté nous le voulons combattre, la mauvaise disposition de tous les esprits est telle contre lui qu’il nous sera difficile de l’ébranler sans le faire tomber, et par ainsi, ne voyant personne à pouvoir prendre sa place sans extrême péril de renverser toutes choses , nous nous conduirons le plus adroitement qu’il nous sera possible entre ces deux considérations. (*) »
Cependant les Impériaux prirent Ingolstadt et Donauwerth , et assiégèrent Nôrdlingen. Bernard et Horn, qui réunirent leurs armées pour débloquer cette ville , furent entièrement battus le G septembre 1634, et Horn fut fait prisonnier. La Bavière, la Souabe et la Franconie étaient perdues pour les protestants. Peu de temps après, l’électeur de Saxe, réconcilié avec l'empereur, signa à Prague un traité de paix qui, sous bien des rapports, était défavorable à lacause protestante. Le 12 juin 1635, l’empereur somma tous les états allemands d'accéder à la paix , et la plupart obéirent. Oxenstierna, qui n’avait jamais approuvé la guerre entreprise par Gustave en Allemagne, se voyant abandonné par ses alliés et une partie de son armee, et prévoyant d’ailleurs que le Danemark et la Pologne ne manqueraient pas de profiter des circonstances pour attaquer la Suède, offrit aussi de son côté la paix à l’empereur. Après avoir attendu longtemps, il reçut pour toute réponse, qu’on accorderait aux Suédois la liberté de. se retirer dans leur pays.
Ces dures conditions ne pouvaient être acceptées sans déshonneur; aussi ne songeant plus qu’à continuer la guerre, Oxenstierna et Bernard mirent tous leurs soins à former une nouvelle armée sur les bords du Rhin; mais ils se virent bientôt forcés de reculer jusqu’à Metz, et, en avril 1635, le chancelier se rendit lui-même à Paris pourdécider Louis XIII à prendre une part plus
(*) Feuquières, t. II, p. 177.
SUEDE
active 5 la guerre. Des scrupules religieux retenaient encore le roi, et d'ailleurs la bonne harmonie entre les deux couronnes de France et de Suède avait été un peu altérée par la maladresse et la suffisance de Grotius, l’auteur du Droit de la paix et de la guerre, qui, forcéde quitter la Hollande connue partisan d'OIden - Barneveld , s’était réfugié h Stockholm et avait été pendant toute cette époque ambassadeur de Suède à Paris.
On a vu que Richelieu, en prescrivant à son ambassadeur Feuquières, de dire partout que la France n’agissait que pour le bien commun , avait surtout en vue d'acquérir les places les plus importantes de l'Alsace, d’affaiblir l’empereur et de tenir la Saxe et la Suède en échec l’une par l’autre. Cette politique , bien qu’elle ruinât les alliés de la France en Allemagne , eut les résultats que le cardinal de Richelieu voulait obtenir. Déjà, avant la bataille de Nôrdlingen, on avait cédé Philipsbourgà la France. Bientôt après et sans aucune autorisation, plusieurs gouverneurs lui vendirent les places qu’ils commandaient; mais, sans préjudice des droits de l’empire et de la religion , ajoutaient-ils ordinairement , comme pour se moquer de ceux qu'ils trahissaient.
Oxenstierna ne sc laissant pas éblouir par les vaines promesses qu’on lui prodiguait à Paris , demanda formellement un nouveau traité, des subsides, et la médiation de la France pour la continuation de la trêve conclue avec. la Pologne. Tout fut accordé; mais la trêve ne put être obtenue sans que la Suède cédât aux Polonais toute la Prusse polonaise, cette conquête si chèrement achetée par Gustave-Adolphe.
Cependant les armes de l’empereur continuaient à être victorieuses , et la perte, des Suédois parut inévitable lorsque la Saxe lui déclara la guerre en octobre 1635. Richelieu profita de cette circonstance pour faire avec Bernard de Weimar un traité qui assurait a ce général des ressources considérables , mais aussi qui le soumettait presque entièrement aux ordres du cardi-
nal. La France alors envoya des armées sur le Rhin, sans toutefois déclarer la guerre à l’Autriche, et, pendant quelque temps, on combattit sur ce point sans autre résultat que l'entière dévastation du pays. A cette époque, la guerre éclata entre l’Espagne et la France; mais cette dernière puissance n’eut pas dans le principe tout le succès auquel on aurait pu s’attendre.
Les Suédois, au contraire, reprirent courage, vainquirent les Saxons, le 22 octobre, près de Dômiz, et les Impériaux, le 7 décembre, près de Zyritz.
Ces avantages brillants étaient dus à Banner qui venait d'étre nommé général en chef de l’armée suédoise. Ce capitaine, âgé de -10 ans, avait fait toutes les campagnes de Gustave; il avait commandé sous lui l’aile droite de l'armée à la bataille de Leipzick ; Banner était capable de l’activité la plus énergique, mais il se livrait malheureusement avec non moins d'ardeur à la débauche et au vice. Le 4 octobre IG36, il obtint près de Wittstock une victoire signalée sur les Saxons et les Impériaux qui lui étaient supérieurs en nombre. Il leur tua 5,000 hommes , s’empara de 180 chariots avec les munitions dont ils étaient chargés, de tout le bagage, de l'argenterie et de la chancellerie de l'électeur, etc. Après cette victoire, le Brandebourg, la Saxe, la Thuringeet une partiede la Franconie furent ravagés et pillés, en punition de ce qu'ils avaient abandonné la cause commune. En Saxe surtout aucune violence ne fut interdite aux soldats.
L’année suivante, le 15 février 1637, mourut l'empereur Ferdinand II. On a très-bien dit que pour caractériser son règne, il suffisait d'un seul fait, c’est que la Bohême qui , à l'avénement de ce prince, avait 3 millions d’habitants, n’en avait plus que 760,000 à sa mort. Au reste, rien ne fut changé à la politique autrichienne sous son fils et son successeur Ferdinand III. Nous devons réserver à l’histoire de l’Allemagne les détails circonstanciés de la guerre qui eut lieu pendant les années suivantes, nous nous contenterons ici de rappeler sommairement
les faits principaux. En juin 1637, Banner fut environné par les Impériaux près de Torgau; mais il réussit à les tromper et a se retirer jusqu’en Poméranie, traversant avec 14,000 hommes une armée de 60,000 ennemis. Le cardinal Richelieu craignant sérieusement que les Suédois n’abandonnassent l’Allemagne, lit un nouveau traité avec eux , et leur promit un million de livres de subside annuel. En même temps, le duc Bernard, après plusieurs victoires sur les Impériaux, dont la plus remarquable est celle de Rheinfelden , livrée le 3 mars 1638, s’empara de Brisach, le 19 décembre.
Déjà le duc commençait à inspirer de la crainte aux Français, et de la jalousie aux Suédois, lorsqu’une fièvre contagieuse l’enleva, le 18 juillet 1639 , dans la 35* année de son flge. On ne manqua pas de parler d’empoisonnement; cujus suspiclonem vix vilare possunt potentum exitus, dit Grotius dans cette circonstance. Son armée et ses conquêtes tombèrent entre les mains de la France, qui avait sur les lieux des négociateurs habiles , d’Erlaeh et Cîuébriant, et qui pouvait disposer de sommes d’argentconsidérables, mobile plus puissant à cette époque que la pairie et la religion.
Trois ans plus tard , le 20 mai 1641, Banner trouva à Helbcrstadtletermede sa glorieuse carrière, et, jusqu’au mois «Je novembre de la même année, il y eut dans l’armée suédoise une sorte d’interrègne, pendant lequel la guerre ne fut pas faite avec beaucoup de bonheur.
Enfin , Torstenson . l’un des anciens élèves de Gustave, chargé parce prince du commandement de l'artillerie suédoise, accepta le titre de général en chef. Il chassa les Impériaux de la Silésie, et défit, le 2 novembre 1642, près de I,eipzick , leur armée commandée par Piccoloiuini et par l'archiduc Léopold.
Les armes suédoises ne furent pas moins heureuses l’année suivante, et, sans vouloir secourir les Français, battus par les Bavarois à Duttliiigen (24 novembre 1643), Torstenson alla faire la guerre en Danemark. Nous ne parlerons de cette guerre , qui dura jus-
u’en 1645 , qu’après avoir raconté les vénements arrivés en Allemagne.
Le 24 février 1645, Torstenson, après une marche forcée, qui passe dans les fastes militaires pour l’une des plus extraordinaires que l’on connaisse, arrive tout à coup du Jutland, défait les Impériaux à Jankowitz, et s’établit en Bohême. Peu de temps après , le mauvais état de sa santé l’oblige de ctder le commandement a \V range! qui , le 31 juillet 1646, réunit son armée acelledeTurenne. Alors les deux armées pénètrent de concert dans la Bavièreet dans laSouabe. Les Français auraient préféré conclure une trêve avec l’électeur de Bavière, afin de pouvoiremployer leurs forces dans les Pays-Bas; mais Maximilien n'y consentitque le 14 mars 1647, et la rompit quelques mois après, ce qui attira sur son pays les plus cruelles vengeances de la part des Suédois, qui pénétrèrent ensuite en Bohême, et s'emparèrent d’une partiedeln villedc Prague, le 15 juillet 1648. Déjà ils allaient fondre sur les états héréditaires de l’empereur, lorsque la paix fut signée, le 24 octobre 1648, a Munster et à Osnabruk. Nous n'avons rien dit jusqu’à présent des négociations relatives à cette paix, afin de les présenter ici dans leur ensemble.
Il est sans doute des circonstances où la guerre est inévitable et préférable cent fois à une paix avilissante ; mais pour l’ami de l’humanité, il n’est pas de plus triste spectacle que cet entrainement qui s’empare des esprits après de longues guerres , alors que le but et la cause des hostilités commencent à s’oublier, et que l'on continue à se battre uniquement parce qu’on espère des succès plus importants que ceux qu’on a obtenus , ou bien encore parce qu'on croirait manquer à l’honneur si l’on consentait à la paix après avoir essuyé un revers. Ce fut ce qui eut lieu durant cette guerre. Combien ne se présenta-t-il pas d’occasions favorables pour terminer la lutte sanglante qui désolait l’Allemagne? On les laissa toutes échapper. De part et d’autre on parlait sans cesse d'une paix générale ; mais aucune puissance ne la
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voulait sincèrement. Chacun ne songeait qu’à une paix particulière, au moyen de laquelle il pourrait satisfaire ses prétentions aux dépens de ses ennemis ou même (le ses alliés.
A la diète de Itntisbonne, qui eut lieu en 1641, tout le monde demanda la prompte conclusion d'une paix quelconque; niais les faibles seuls la voulaient franchement. Ont cinquantedeux séances et des protocoles sans (in n'amenèrent la solution sérieuse d'aucune question. I.es grandes puissances étaient trop animées les unes contre les autres , pour sentir combien elles achetaient chèrement la gloire de vaincre, ou de montrer de la fermeté dans les revers. Ce ne fut en quelque sorte que malgré elles qu’elles signèrent , à Hambourg, le 25 décembre 1041, non pas les articles préliminaires de la paix, mais une simple convention pour l’ouverture d’un congrès.
Les conférencesdevaient commencer le 25 mars suivant; mais la convention ne fut raliliée qu’au commencement de l’année 1643, et l’Europe devait encore être huit ans en proie a la misère et à l’avilissement avant de pouvoir arracher la paix aux passions, a l’égoïsme et à une politique odieuse.
La proposition faite par le pane Urbain VIII de commencer par la conclusion d’un armistice, fut écartée par les Français, et il est juste de reconnaître que dans le dessein qu’ils avaient conçu de s’étendre vers le Khin , ils devaient souhaiter la continuation de la guerre; mais l’opposition que les princes d’Allemagne apportèrent constamment à un arrangement définitif, ne peut s’expliquer que par l’abaissement, la démoralisation sansexemple, l’ignorance et le ridicule égarement où de trop longues dissensions intestines les avaient fait tomber. En général, toutes les puissances croyaient que c’était le comble de. l’adresse que de paraître vouloir la paix et de la retarder par tous les moyens possibles.
t C’était dans lès villes de Munster et d’Qsnabruk, en Westphalie, que devaient se tenir les conférences. Le comte de Nassau, ambassadeur de
l’empereur, y arriva le premier en juillet 1643; l’arrivée des plénipotentiaires français n’eut lieu qu’au mois de mars de l’année suivante, et seize mois s'écoulèrentavant qu’on eilt terminé l’examen des pouvoirs. On employa un temps précieux à se quereller sur le cérémonial, et le titre A' Excellence faillit faire rompre le congrès. En même temps une guerre de brochures aussi violente qn'ubsurde s'alluma et acheva d’anéantir ce mie la guerre matérielle avait laissé d'honnêteté dans les cccurs.
D’Avaux, le principal négociateur français, accusa l’empereur d’aspirer à la monarchie universelle; et aussitôt des brochures autrichiennes se moquèrent des Français et de leur prétention à fonder et à protéger la liberté allemande.
La cause des Suédois ne resta pas sans défenseurs , et il parut dans leur intérêt un livre dont nous allons nous occuper un instant, parce qu’il a eu une influence immense sur la dissolution de la constitution germanique.
Ce livre , écrit en latin et imprimé chez les Elzevir, comme presque tous les pamphlets de cette époque, a pour titre : Dissertalio de ratione .status in imperio nostro romano - aermatiico , auctore Itippo/yto à Lapide.
L’auteur, caché sous ce pseudonyme, s’appelait Philippe de Cliemnitz ( mot qui signifie pierre dans les langues slaves; , et était chancelier de la couronne de Suède en Poméranie. Il ne serait pas juste de dire que l’auteur, en affichant un patriotisme tout allemand, ne songeait qu’à servir les intérêts de la couronne de Suède ; mais ses idées sur l’indépendance antique des électeurs et des princes, et sur le rétablissement de cet ancien état de choses, qui, du reste, n’avait jamais existé, sont tellement empreintes de haine pour la maison d’Autriche et pour toute puissance centrale, qu’il est impossible de ne pas soupçonner la pureté de ses intentions. Après avoir exposé ses idées sur l’état normal de la constitution de l’empire, dont il accuse les empereurs d avoir détruit
la liberté, il exhorte les Allemands à l’unité, mais pour s’opposer plutôt à la maison d’Autriche qu’à l'ennemi extérieur. L’un des chapitres qui tendent à ce but, porte textuellement le titre suivant : •> Qu’il faut laisser au prince le simulacre de la majesté et réserver à l’empire les véritables droits (*). » Dans la troisième partie , il indique les moyens qu’on doit, suivant lui, employer pour rétablir et affermir l'antique liberté (ani/a libertas). L’historien examinera jusqu’à quel point toutes les assertions de Chemnitz sont exactes ; mais personne ne saurait s’empêcher de comparer l’état actuel de l’Allemagne avec le projet hardi du pamphlétaire. Les moyens qu’il propose sont au nombre de six :
« 1° Amnistie générale et rétablissement de la concorde.
<■ 2» Extirpation de la maison d’Autriche.
« 3° Élection d’un nouvel empereur, auquel on imposera une capitulation d’un nouveau genre.
•• 4° Faire disparaître la défiance et rétablir la confiance.
« 5° Rétablir les diètes et la constitution de l’empire, et dissoudre le conseil aulique.
« 6° Entretenir une armée permanente, et établir un trésor militaire (**). »
Voici maintenant quelques extraits du second chapitre intitulé : Domus Âustriacx exstirpatio; ils prouveront mieux que tout ce que nous pourrions dire , l’aigreur qui s’était emparée des esprits pendant ce congrès destiné à rétablir la paix, et les prétentions exa-
(*) Quod simulacre majcstalis principi relinqnetuia sint, jura vera reipublicaj reservanda. »
(**) « i° Universalis amnistia sanrlio et conrordiie rrslitutio. Dormis Auslriacas exslir|>atio. 3° Novi imperatoris clrclio et capitulation!! cidem piuscribembr modus.
4° Diffidt-nliie eradicnlio et vcræ confideutine veslituiio. 5° Cumiliorum et regimenti , sublato ronsilio aulico, resliltilio. 6” Continu! exerrilui sustentatio et militari! axarii instilutio. »
gérées qu’élevaient les différents partis.
« Que les armes de tous se tournent contre les enfants du tvran défunt, contre toute cette famille si funeste à notre empire et à l’antique liberté, en un mot, contre la maison d’Autriche , qui n’a jamais été fidèle qu’à elle-même; qu’on la chasse, comme elle l’a mérité, de l’Allemagne entière; nu’on vende, au profit du trésor de Pempire, les biens considérables qu’elle a acquis en fief de l’empire, et qu’elle possédé sous sa suzeraineté. Si ce que Machiavel a écrit est vrai, que dans toutes les républiques il y a des familles fatales qui naissent pour la ruine de la patrie, cette famille est vraiment fatale à notre Allemagne; elle qui , si faible à son origine , est parvenue à un tel degré de puissance, qu’elle est redoutable, nuisible même à tout l’empire. — Il nous est facile de prouver qu’ils ont abusé des ressources et des forces de l’empire pour établir leur puissance , et que plus ils ont accru leurs forces et leur puissance ,
filus on a vu décroître la majesté de 'empire, l’autorité des différents ordres de l’état, et la liberté commune.
Ainsi, dit-on, quand la rate grossit, tout le reste du corps diminue. — Le titre d'archiduc n’a été pris par les Autrichiens que par pure arrogance , afin de l’emporter en quelque chose sur les autres familles de princes beaucoup plus anciennes que la leur. — Les Polonais , qui ont éprouvé l’ambition des Autrichiens, ont autrefois, dans leurs diètes, défendu, sous peine d’infamie, de jamais, lors de l'élection d’un nouveau roi de Pologne, nommer un membre de la maison d'Autriche, voire même de lui donner son suffrage.
— Etqu'on n’objecte pas les vertus et les qualités de l'aine qui, à ce qu’on prétend , ont illustré cette famille; qu'on ne parle pas surtout de cette réputation de clémence, dont ils jouissent auprès de beaucoup de. gens, qui vont disant partout qu’il n’y a jamais eu de tyran dans cette famille. Car bien que certains faux-semblants de vertu puissent s’offrir en eux au premier aspect, ces vertus ne sont pas moins nuisibles
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que des vires toutes les fois qu’on s’en pare pour acquérir un trône. Et si la réputation de clémence est utile à ceux qui fondent un nouvel empire, l'affectation de démence dans cette famille n’étant qu’un leurre pour acquérir un nouvel empire , n’en doit être que plus suspecte. Que les Autrichiens vantent tant qu'ils voudront leur clémence et leur mansuétude ; nous, nui sommes nés et qui avons été élevés dans la liberté , nous approuvons cette parole généreuse de Démosthène qui , entendant louer l’humanité et la douceur d’Antipater, s’écria : Nous repoussons un maître quelque doux qu'il soit. — Bien que la saignée et la purgation enlèvent au malade beaucoup de bon sang , il faut cependant s’y resigner sous peine de perdre la vie; de même notre empire doit évacuer cette famille puissante et redoutable pour tous, lors même qu'elle ne serait pas entièrement mauvaise. — Ainsi doue, que tous ceux qui ont horreur de la servitude, réunissent leurs forces et conspirent contre cette race de vipères. Car c’est avoir presque vaincu les tyrans que de ne plus vouloir souffrir" la tyrannie (*). »
(*) « Omnium arma in defuneti lyranni lilteros ac lolam islam familiam , inqtrrio nosiro, avilxque libertati exitiosam, milliqne quant sihi fidam, dunitim , inqnain , Atisti tarant , convertuntor : ilia, proul de republira uostra tnerila est, Oermania in tolum prlliior : diliones rjns, quas amplissimas iin|terii beiiefirio consmtlu rsl et suit iniprrio pnssidrt in fisrum redigunlor ! — Si etiiin vrrtini est, quod Marliiavellus scripsit, eue in singulis rebuspu Idiots familias fatales qu* earum exilio nascantur : luec ccrle famtlia Germanité nostrse fatalis est , quai , ab exiguis orta initiis, ro progressa est potcntiai , ut tnlo iui|terio fonuidolosa, imo exiliosa existât. — Farili opéra demonstrarc ossiintus publicis imperii opibtis ne virius ad privatam polentiani suant stabiliendam, eos abuses, quant unique illi viribtts et polenlia attrli sunt, tantum dccrevisse imperii majestatem, ordinnm aurtorilatem , ratnmunemqtie libct talent ; ut de lieue referont , eo cresrente , rrliquum corpus imniintii. — Arcltiditcis litulum ob merani arroganiiam Austriaci adsciverunt ut alias
Ce langage exagéré était commun à tous les partis. De tous les négociateurs, il n’y avait de véritablement modérés que les ambassadeurs de quelques petites villes , la plupart d’entre elles donnant dans l’extrême opposé, et voulant la paix à tout prix. Cet état des esprits était un premier obstacle à tout accommodement. Mais In plus grande difficulté consistait dans la masse des intérêts à régler. Ce n’était pas seulement la constitution de l'Allemagne qui était en question , c’étaient encore ses relations avec les puissances de l’Europe,et les relations de toutes ces puissances entre elles; car, dans cet embra-
principttni familias, longe antiqtiiores et emincnliores, aliqna prxcellrrenl. — Poluni, Atislriarortini ambitioncm expcrli, in comités suis aliqttando sauxere : Ne quis in electione nosi regis Ptiloniæ, deiuceps aliquetn ex donto Austriara nominale attl suffi agio suo eomtnendare auderet, alioqttin, ipso facto infainem fore. — Nec virilités au t animi dotes qiiibits familia ista clarescere vulgo jactilaliir qitisquam objiciat et r/emmtia inprimis famain , quant apud multos babet, quorum in ore penulgatiim est : nullum in bac familia nnquam evslitivse tyrannum. Nam sirtutnm quxdain sftecies elsi primo iuliiilii sese ofTerant , attainen islx qiioque non minus noxiæ , quam vilia sunt, quolies parando rrgnn ftnguntnr; eutnque nui’tim imperium inclutantibus uti/is lit clemrntia fama (Tacit. Hist. I. IV), ista quoque rlemenliæ in bar donto affeclalio tamquam novi imperii illeeebra, eo ntagis suspecta esse débet. F.t, qnieqnid rleineiiliam ac maii.suetudinem suant jarlileul Austriari, nobis, in libertate naliset edtiealis, plarel gcnerosa ilia Demostlienis vox, qui plerisque aliis Àntipatri liuniatiitatetn ac faeilitatem laudantibus: Domhwm, iuqiiit . e/uautumcunujuc facilem repudiamus ! — Velut sanguinis einissiotic ac purgatione pluritmim etiam boni sanguinis eficitur, fieri lanienboc expedit nisi vitte velis periciilum faeere : ila imperium nostruin ejusmodi potenti et omnibus formidnlosa familia eraeuari oporlet ; etiamsi ea in tolum mala non essel. — Obfirmentur ergo et conspirent contra vipereuni lioc genus, omnium , quiconque service dedignaiitur, attinti : mngna euim adversus lyrannos Victoria pars est , nulle amplius tyranuidem pâli.» (Liv. VI.)
sement général de la chrétienté, il n’y avait que le pape et Venise qui pussent agir en médiateurs désintéressés. D’un autre côté, les négociations étaient encore entravées par le caractère personnel de presque tous les ambassadeurs. Tous avaient puisé leurs principes dans la diplomatie machiavélique de cette époque; et, indépendamment des menées de leurs cours, leurs passions privées opposaient encore un nouvel obstacle à la paix. On pourra s'en convaincre en lisant les portraits suivants qu’a tracés AValtmunn, le continuateur de Schiller :
« La paix de l’église et du monde était l’unique pensée de l’envoyé du pape Fabio Cliigi ; impartial au milieu de tous les partis , il n’inclinait vers l’un d’eux que lorsqu'il découvrait en lui un sincere désir de faire la paix. Son esprit était si clairvoyant, ses connaissances si étendues, qu’il ne pouvait être porté vers une injustice.
Passionné dès sa jeunesse pour la célébrité, il s'était livré avec ardeur à l’étude de la philosophie, de la jurisprudence et de in théologie; ii avait même occulté la renommée par quelques productions poétiques. Parvenu a un âge plus avancé, il était également exempt de vanité et d’ambition. Lorsqu’il fut élu pape en Ifiâà, il ne voulut accepter aucun présent; tout entier a ses devoirs et au monde, il vécut continuellement avec l'image de la mort sous ses yeux. Sur sa table, au milieu des aliments et de racines destinées à le nourrir, se trouvait une tête dp mort; une bière de bois de cyprès était constamment sous son lit, et cet esprit si éloigné des choses terrestres était entièrement dégagé de toute influence résultant de lu religion qu’il professait. Il y a plus : Cliigi , depuis son exaltation, avait laissé percer quelque penchant pour la réforme.
n Sans un pareil médiateur, il n'y avait aucun rapprochement possible entre l'orgueil des Espagnols, l’opiniâtre retenue des Impériaux, et l’orgueilleuse légèreté, l’astucieuse politique des plénipotentiaires français.
D'ailleurs l'inimitié personnelle’ qui
divisait ces derniers, embarrassait et retardait singulièrement les négociations.
« Le comte Clauded’Avaux jouissait de la plus grande réputation comme diplomate; diverses missions importantes qu’il avait remplies en Allemagne, en Danemark, en Suède et en Pologne, avaient tellement formé son expérience et développé scs talents, qu'il pouvait être considéré avec raison comme capable de traiter les affaires les plus délicates : mais son orgueil , sa vanité lui faisaient facilement croire qu’il n’avait pas d'égal en politique.
Cette présomption était fortement enracinée chez lui , parce qu'en général son esprit était lourd, et qu’il avait besoin de faire les plus grands efforts pour vaincre et dissimuler cette espèce de pesanteur naturelle. Il était obligé de retoucher plusieurs fois ce qu’il avait |>énih!eiuent composé; mais aiors il ne Fallait pas que personne se criU capable de rédiger d'aussi belles phrases , ni de mettre un tel art dans l’ensemble de son travail. Son principal mérite en politique était une grande prudence, et beaucoup de mesure dans ses pensées comine dans ses démarches. il était d’ailleurs trop pesant et trop orgueilleux pour savoir tirer parti des qualités ou des défauts des autres.
« Si d’ A vaux ne souffrait point d’égal , le comte de Servien ne cpncevait du moins personne au -dessus de lui.
C’était déjà un sujet de douleur pour son amour-propre, que son collègue, d’une famille plus ancienne que lui, et distinguée par ses alliances avec la cour, parût jouir d’un plus grand crédit, et c’est pour celte raison qu’il cherchait à l’écraser par l'éclat d’un génie supérieur; et sans doute que le feu, la plénitude et la promptitude de ses idées décriaient réellement en lui plus de génie que dans leromted’A vaux avec sa science et ses pénibles efforts; sans doute aussi que Servien qui, en qualité de secrétaire d’état, avait servi avec gloire, même sous le cardinal de Richelieu, et jouissait encore en ce moment de la conliance particulière
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de Mazarin , connaissait mieux les desseins et les pensées du ministère.
Mais au lieu de faire tourner ces avantages vers la gloire et les intérêts de sa cour, il ne s'en servait que pour blesser l'amour-propre de son collègue; et les discussions amères qu'ils eurent ensemble , lui laissèrent la réputation d'un homme de mauvais caractère.
» La funeste influence que leur inimitié eut sur les négociations fut encore accrue par leurs liaisons naturelles avec l'ambassade de Suède, à la tête de laquelle était le comte Jean Oxenstierna.
« Celui-ci avait autant d’orgueil que d' Avaux , mais moins d'empire sur lui - même et moins de modération.
Comme d'Avaux, il voulait directement ce qui était juste , mais avec encore plus de simplicité et de rudesse.
Il était également jaloux de l'iionueur et des privilèges de sa couronne, et les prétentions que s'arrogeaient les Français faisaient souvent éclater sa colère. Les écoles supérieures d'Upsal qu'il avait fréquentées, ses voyages en Belgique, en Angleterre et en’ France, et ses liaisons avec plusieurs personnages célèbres, lui avaient donné la connaissance du monde. Pendant la guerre qu’il avait faite comme colonel du régiment de cavalerie rouge, sous les ordres de son proche parent, le maréchal suédois Gustave llorn, il avait appris à connaître les provinces et le peuple d’Allemagne, et il était initié dans tous les secrets de la politique suédoise par rapport à l'Allemagne, car son père, en qualité de directeur des états évangéliques a Francfort-sur-le-Mein , lui avait fait prendre part à toutes les délibérations. Mais il manquait d'idées ou de la chaleur nécessaire pour les exprimer, et sa politique ne portait aucune trace de ce génie supéiieur qui avait fait de son père l'ami de Gustave-Adolphe.
« Par celte raison, quoique chef de l'ambassade suédoise, il ne put jamais s’élever au-dessus de son collègue Adler Sal vins. Celui-ci était doué d'un génie aussi délié qu'Oxenstiernn était pesant.
Lorsque ce derniercommettait quelque
erreur importante en politique, il s’excusait sur sa mauvaise mémoire ; Salvius, au contraire, jouissait d'une mémoire qui ne laissait échapper aucune des nombreuses observations dont il l'avait enrichie. Ayant quitté ses parents dès l'enfance, et se trouvant dans une extrême misère , il s'était habitué de bonne heure à vivre dans la dépendance d'autrui, et à s’élever ainsi dans un abaissement apparent, tandis que l’ambition le dévorait en secret. Aon seulement il fut assez heureux pour terminer ses études à Upsal, niais encore il eut l'art d'ac-
Îjuéri r, dans différents voyages qu'il it surtout en Allemagne, la science du monde, en même temps qu’il enrichit son esprit d'une foule de connaissances utiles.
" De retour dans snpntrie.il y jouissait d'une considération mériter, lorsqu'il épousa une veuve ilgée, dont l’énorme fortune surpassait de beaucoup les obscures qualités. Mais Gustave-Adolphe remarqua bientôt l'extréinp application et la sage conduitedu mari ; il découvritque Sal vins, entièrement adonné à la carrière diplomat:que, était particulièrement versé dans les affaires d'Allemagne. Ses connaissances étaient aussi étendues qu'elles pouvaient l'être , à cette époque, dans un homme d’état.
Il recherchait en parlant l'élégance et la précision ; mais alors qu’on croyait avoir pénétré le fond de sa pensée, on n’en découvrait que ce qu'il avait voulu laisser entrevoir, et cette apparente clarté cachait toujours des équivoques.
Au retour d'une mission secretc auprès de l’électeur de Saxe, il fut fait secrétaire d'état et admis dans la noblesse.
Employé aux affaires les plus importantes, il s’y rendit constamment digne des plus grands éloges, parce qu'il sut toujours réunir au zèle la sagesse et la modération, de manière que, sans négliger aucune des parties ae la mis- .siùn qui lui était conliée, il n'outrepassait jamais les bornes qu'on lui avait prescrites. Lorsqu'il s'agissait de la loire et des avantages de la couronne e Suède, il s'auiniait moins par attachement naturel pour son pays que