SIGISMOND ET CHARLES
Le duc Charles, le plus jeune des fils de Gustave Wasa , était le seul d'entre eux qui eût hérité de quelquesunes des grandes qualités du fondateur de la nouvelle dynastie. Comme son père, il comprit” que la royauté de tVasa ne serait affermie que quand les intérêts de la famille régnante se trouveraient identifiés avec ceux de toute la nation; qu’il fallait veiller avec soin sur la noblesse , qui , sous la double forme d’aristocratie territoriale et d’aristocratie épiscopale, s’efforcait continuellement de ressaisir ses anciens privilèges. Nous avons vu qu’il refusa constamment de s'unir aux seigneurs contre son frère, et qu’il prit en main la défense du protestantisme, lorsque Jean, dans ses velléités catholiques, chercha à se rapprocher de la cour de Rome. Le sage gouvernement de son duché et l'exacte administration de ses revenus formaient un étrange contraste avec la conduite de ses deux frères. Jean le reconnut à la fin, et dans les derniers temps de son règne, oubliant ses anciennes querelles avec son frère , il abandonna a celui-ci le gouvernement du royaume.
Il était naturel qu’à la mort de Jean, Charles restât chargé de l’administration en l’absence de Sigismond , qui sc trouvait alors en Pologne. A cette époque , on était en négociations avec la Russie ; mais la
mort de Jean compliqua singulièrement les relations extérieures de la Suède. Sigismond, en effet, avait promis, à son avènement au trône de Pologne, de réunir à cette couronne la Livonie aussitôt qu’il serait en possession du trône de Suède. D’un autre côté , on se trouva dans une grande disette d’argent, ce qui rendait la continuation de la guerre absolument impossible.
Le premier soin de Charles fut de régler l'affaire des seigneurs inculpés et en partie condamnés sous le dernier régné; il leur accorda une amnistie générale, ainsi qu’à tous ceux ui avaient été condamnés pour dissiences, soit politiques, soit religieuses. Sigismond confirma son oncle dans le gouvernement de la Suède , et ratifia l’amnistie; mais il alla au-delà des intentions de Charles, en déclarant, par lettres-patentes, que tous les seigneurs accusés n’étaient pas coupables. Cette mesure montrait qu’il ne se fiait pas entièrement au duc Charles, et qu’il allait suivre la politique malheureuse des deux précédents règnes , en s’alliant trop intimement à la noblesse, sauf à se voir obligé de la persécuter plus tard. Les seigneurs de leur côté, et le parti catholique, ne négligèrent rien pour exciter Sigismond contre le régent , et , au commencement de l'année 1593, les choses en étaient déjà arrivées au point ue, dans les provinces situées à l’est e la Baltique, les gouverneurs méconnaissaient l'autorité de Charles, et déclaraient ne vouloir suivre que les ordres de Sigismond. Celui-ci, au lieu de sévir contre eux, parut les prendre sous sa protection et favoriser leur révolte contre l’autorité du régent.
Sigismond, né pendant la captivité de son père, et élevé en prison sous les yeux de sa mère , resta , comme elle, fermement attaché à la religion catholique; et lorsque son père, après la mort de Catherine Jagcllonica, voulut le ramener au protestantisme, il résista de tous ses efforts. l’Ius tard , il s’abandonna tout entier aux conseils des jésuites, et
L’UNIVÊRS.
donna à Rome les plus grandes espérances pour le rétablissement de la domination pontilicale dans les états du Nord. Charles ne crut pas devoir cacher son opposition à ces projets. Il déclara au grand conseil « que la réforme de a la religion et la liberté étaient les « deux plus grands bienfaits de son « père envers la Suède; que c’était « par reconnaissance pour ces bien- « faits que les états avaient rendu la « couronne héréditaire dans la maison « des Wasa , et que celui-là seule- « ment méritait de porter le titre de « roi, qui travaillerait à conserver ces « libertés au royaume. Vous avez niain- « tenant, continua-t-il, un roi qui, « dans sa conscience, est soumis a la « puissance et à la volonté du pape; * il est donc d'autant plus nécessaire « d'exiger de lui des garanties pour « notre religion et pour notre liberté, « comme anciennement les Suédois en « ont exigé de leurs rois. »
Ce langage entraîna les seigneurs, et plus tard les états ; on convint ue le duc gouvernerait le royaume 'un commun accord avec les états; mais, en même temps, tous protestèrent de leur fidélité envers Sigismond.
Le 25 février 1593 , un concile national se réunit à Upsal, en présence du grand conseil et même des états, et en dépit des menées du conseil luiméme. Les luthériens zélés eurent la majorité dans cette assemblée. On reconnut que la Bible, expliquée par son propre texte , pouvait seule servir de base et de règle pour la doctrine évangélique, et l'on accepta, sans aucune restriction ni addition, la confession d’Augsbourg. Nicolas de Bothnie, professeur de théologie a Upsal , et persécuté sous le règne de Jean, au sujet de la liturgie, présidait l'assemblée. Il demanda alors si quelqu’un s’opposait aux résolutions prises. « Nous n’épargnerons pour les « maintenir, ni notre vie, ni nos « biens, » répondirent tous les assistants. Alors le président s’écria :
» Maintenant la Suède est comme un « seul homme; nous n'avons tous « qu’un seul Dieu ! » Les livres de
Luther furent de nouveau approuvés pour servir à l’instruction religieuse du peuple. Tout ce qui restait des cérémonies de l’église romaine fut aboli, et ceux qui s’étaient montrés les plus zélés pour l’établissement de la liturgie furent les premiers à l’abandonner. Ils obtinrent des sénateurs qu’on leur rendrait les promesses écrites de maintenir la liturgie, que Jean avait autrefois exigées d’eux ; mais Charles ne voulut pas s’en dessaisir.
Ce refus et l’insistance qu’il mit à demander l'abolition de toutes les cérémonies extérieures , le lit bientôt accuser de calvinisme; accusation qui avait déjà été plus d’une fois lancée contre lui. Dans un article du dernier acte, on avait protesté contre les erreurs sur la nature du saint sacrement; lorsque l'acte fut lu et accepté, quelques prélats crurent que cet article ne désignait pas encore assez clairement les erreurs calvinistes, et demandèrent qu’on déclarât hérétiques ceux qui adopteraient ces opinions. Le président répondit que l’acte ayant été lu, il ne pouvait plus rien mettre aux voix; mais les prélats persistant, le duc leur Gt dire :
« Étendez la proscription à tous ceux « que vous savez appartenir à cette « croyance, et au diable lui-même, « si bon vous semble! » Plus tard, dans une lettre au clergé d'Upsal, il protésta contre l’accusation de calvinisme qui lui était adressée. « Nous « ne confessons, dit-il, que Jésus- « Christ et sa parole , et nous ne vou- « Ions soumettre notre foi aux opi- « nions d'aucun homme, qu’il s'ap- « pelle Luther, Zwingle ou Calvin. »
Au reste, on insista fortement sur le rétablissement de la discipline ecclésiastique et d’une saine instruction. Sans doute plusieurs des mesures alors adoptées se ressentirent de l'esprit réactionnaire dont l’assemblée était alors animée contre ceux qui , sous le règne de Jean, avaient voulu introduire le catholicisme par la force et l’intrigue, et qui menaçaient d'en faire autant avec laide de Sigismond; mais il est juste de reconnaître que
SUEDE
Charles ne permit jamais que personne fût persécuté pour ses opinions religieuses.
Ce synode, qui dura plus d'un an, ne fut confirmé par Sigisrnond que le 10 février 1595, et depuis cette épone on en a tous les cent ans célébré anniversaire comme celui de la consolidation du protestantisme en Suède.
Ce furent , personne n’en saurait douter, les menées des jésuites sous le régne de Jean, qui amenèrent en Suède cette vive réaction en faveur de la doctrine de Luther, et qui plus tard, sous le règne de Gustave- Adolphe, conduisirent les Suédois en Allemagne, audela de la Baltique , pour vouer leur existence et leurs bras à la défense de cette croyance qui sans eux peut-être eût succombé.
L’alliance qui devait être si avantageuse aux Suédois dans cette tâche difficile, venait de se former. Henri, roi de Navarre, avait écrit au duc Charles pour créer une ligue protestante ad prornorendam in ecclesia Dei concordiam et retundendos Romani antichristi conatus. C’est aussi dans cette vue que Henri avait, en I.ï83, envoyé Segur près des princes protestants d’Allemagne. Les bonnes relations établies entre Charles et Henri IV ne cessèrent jamais , et l’on voit par leur correspondance que Charles lit fondre en Suède des canons destinés à Henri.
Cependant Sigisrnond avait épousé une princesse autrichienne, pt la diete polonaise, qui devait l’autorisera faire le voyage de Suède , avait été comme de coutume fort tumultueuse. A la lin cependant on lui accorda la permission et l’argent nécessaires. Déjà les Suédois lui avaient envoyé plusieurs députés pour se faire donner les garanties qu’ils étaient résolus de lui demander; mais Sigisrnond les renvova avec des réponses évasives; puis refusant les vaisseaux que Charles lui avait offerts, il lit venir à Dantzig la flotte de Livonie, et aborda a Stockholm le 30 septembre 1393, accomuagné du cardinal iülalaspina et des gouverneurs révoltés contre Char-
les. Le duc, après avoir fait au roi les honneurs de la réception, s’empressa de se retirer dans son duché , abandonnant sagement au grand conseil les négociations qui devaient avoir lieu avec Sigisrnond : il prévoyait bien u’on ne tarderait pas à avoir besoin e lui.
Sigisrnond, en effet, se vit aussitôt après son arrivée entraîné dans mille diflicultés. Il refusa de confirmer les résolutions du synode et la nomination de l’archevêque; d’un autre côté, les jésuites qui l'avaient accompagné et les prédicateurs protestants s’anathématisaient publiquement; plusieurs fois même, les deux partis en vinrent aux mains. Le roi ne consultait que le cardinal-légat et son confesseur; il n’admettait près de lui presque aucun Suédois, et trouvait étrange qu’on prétenait faire des conditions à un roi héréditaire. Les esprits étaient déjà bien irrités, lorsqu’on se rendit à IJpsal pour célébrer les obsèques de Jean et le couronnementde Sigisrnond.
Il fallut aux obsèques employer la force pour empêcher le cardinal et les jésuites de pénétrer dans l’église, et le couronnement fut retardé par une protestation de Charles , dans laquelle ce prince déclarait qu'il n’abandonnerait point les états , et que S’gismond ne serait couronné qu’après avoir satisfait à leurs demandes.
Il était difficile de passer outre, car cette protestation était appuyée par trois mille hommes armés que le duc avait amenés à sa suite. Les jésuites embarrassés songeaient déjà à appeler lin miracle à leur secours : la vengeance du ciel, par exemple, tombant inopinément sur le duc Charles, les aurait très-utilcmeut servis. I n auteur catholique raconte même que pour aider au miracle on proposa à Sigisrnond de faire assassiner son oncle , et qu’on lui offrit en même temps La rémission de ce péché, mais qu’il repoussa la proposition avec indignation.
Quoi qu’il en soit, les états de jour en jour s unissant plus intimement avec Charles, la course vit dans la nécessité de céder, et Sigisrnond sigua les arti-
clés d'Upsal. Tout ce qu’il put gagner ce fut que les catholiques pourraient séjourner dans le royaume, mais que le culte de l'église catholique ne serait exercé que dans la chapelle du roi.
Le 19 février 1594, Sigismond fut couronné par un évêque protestant dans la cathédrale d’Lpsal. A peine retourné à Stockholm , il nomma gouverneur de cette ville le comte Érik Brahe , catholique : c’était une sorte de protestation contre la violence qu’il avait subie à Upsal. En même temps le culte protestant fut si souvent inquiété, qu'on n’alla plus au prêche qu’armé, et malgré les serments du couronnement les églises catholiques furent rouvertes.
Sigismond repartit ensuite pour la Pologne, sans avoir rien réglé pour l’établissement d’une régence centrale pendant son absence ; il parait qu’il voulait abandonner le gouvernement aux gouverneurs des provinces, afin que leur rivalité ne permît à personne d’exercer en Suède une grande influence. S’il ne décida rien, ce n’est pas que chacun des deux partis n’edt cherché à lui faire prendre une résolution dans un sens ou dans un autre, mais son caractère indécis l’empêcha de profiter de la jalousie qui existait toujours entre les sénateurs et le duc Charles.
Ce ne fut qu’après son embarquement qu’il envoya au duc l’autorisation de gouverner le royaume avec l’assistance du sénat, sans ajouter un seul mot sur l’organisation de cette administration,et cela probablement afin de donner au sénat et au duc un prétexte et une occasion pour afficher des prétentions qui missent la désunion entre eux. Charles déclara qu’il gouvernerait selon les lors et selon le serment prêté par le roi lors du couronnement; qu’au reste il allait convoquer les états. Le sénat hésita sur la conduite qu’il devait tenir : il lui était en effet difficile de prendre un parti décisif. Son influence, loin d’être réelle , n'était nue fictive et avait besoin d’un appui plus solide que le crédit dont il jouissait. D'ailleurs, il était loin d’être uni : la
plus grande partie de ses membres était mécontente du roi Sigismond; la minorité, qui lui était seule attachée, occupait les principaux gouvernements et les grandes charges du royaume. Glas Flemming, maréchal du royaume, amiral et gouverneur de Finlande, était à la tête de ce parti , qui bientôt renonça à recevoir des ordres du régent.
Maigre cette opposition, le duc avait pour lui une puissante majorité, et lorsque le 9 décembre 1594, il lui naquit un fils, Gustave- Adolphe, un grand nombre de membres du sénat assista au baptême. Sigismond trouva dans cet empressement un nouveau sujet de jalousie. Quant au duc, pour célébrer la naissance de son premier fils, il rétablit l’université d’Lpsal, à laquelle les protestants attachaient un grand prix et dont Sigismond avait toujours ajourné l’ouverture.
Ce qui rendit le duc encore plus populaire , ce fut la paix qu’il conclut eu 1595 avec les Russes, en dépit des intrigues de Sigismond qui voulait pouvoir garder l’armée réunie en Finlande. ltîen que cette paix fût trèsavantageuse pour la Suede , qui conservait presque toutes ses conquêtes , Clas Flemming refusa de la reconnaître ; en même temps ses exactions dans la Finlande provoquaient une révolte, et la guerre civile éclata dans cette province.
Le duc Charles ne crut plus pouvoir remettre la convocation des états , bien que le roi la lui eût interdite et que les sénateurs s’y opposassent et refusassent de signer les lettres de convocation. ■> Il faut, leur disait-il, « que vous signiez les lettres et que « vous veniez avec moi à Sôderkô- « ping ( * ) , si vous ne voulez pas « vous exposer à suivre une autre ■< route. Rappelez à votre mémoire « l’histoire d’Kngelbrecht qui, simple « lils de paysan, força les seigneurs à « faire sa volonté. Moi , je suis fils « d’un roi et prince héréditaire; si « vous ne me suivez pas de bon gré ,
(*) "Ville d’Ostrogotliic où les états devaient s'assembler.
fil
sut DE.
• vous irez de force, dussiez- vous « faire le chemin garrottés.»
A Sôderkôping , il demanda pour lui-même des pouvoirs moins limités, réclama l’observation des articles d'I'psal et la punition de Glas Flemming.
Lorsqu’on eut discuté pendant quelque temps séparément , il convoqua une assemblée générale sur la place publique, et s'adressant de préférence au peuple, il enleva facilement son suffrage et obtint sans peine qu’il lui prêtât serment de fidélité. Les seigneurs intimidés promirent à leur tour de lui obéir dans tout ce qui serait utile au roi et à la patrie ; mais le duc exigea un serment d’obéissance sans restriction , et la majorité le prêta.
Les autres résultats de cette assemblée furent de nouvelles mesures prises contre les catholiques, et pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique. Angermannus, I archevêque d’L'psal, faisait ses visites épiscopales avec la plus grande rigueur et même avec cruauté; Charles lui reprocha d'agir en bourreau et non pas en archevêque. En général, ce prince s’opposa toujours aux exigences du clergé protestant, déclarant que si l’on se soumettait à l’archevêque et au chapitre d’Upsal, on aurait bientôt à regretter de s’être soustrait à l’autorité papale.
C’était alors le temps des procès contre les sorcières, qui avaient commencé à se montrer dans la Flandre française à la lin du quinzième siècle et s’étaient ensuite répandues dans toute l'Europe, chez les protestants aussi bien que chez les catholiques. En Suède , on les accusa d'aller la nuit dans les carrefours, invoquer Odin, l’ancien dieu des Scandinaves, pour lui emprunter de l’argent; car le diable des chrétiens n’était pas encore parvenu à remplacer l’ancienne divinité du pays. Ces accusations étaient ladernieré persécution du christianisme contre les souvenirs des antiques croyances du Nord; elles ne devaient finir qu’à l’époque où l’étude de l’antiquité classique éclaira enfin l'esprit des peuples.
Charles, on le voit, se trouva, rom-
6' Livraison. (Sukdk.)
me son père Gustave, soutenu par la confiance du peuple , et surtout par celle des paysans, qui ne voulaient que d'un seul chef, et qui s’aperçurent promptement qu’un roi résidant à l’étranger ne pourrait jamais arrêter les exactions aes seigneuns. Fort de cette assistance , Charles n’eut pas de peine à réprimer les menées du roi et du sénat. Il fut d’ailleurs puissamment aidé dans ses desseins par la résistance des seigneurs à former une armée, pour mettre fin aux troubles de Finlande et amener la soumission de Glas Flemming. Le duc, qui ne voulait se charger du gouvernement qu’à condition queClas serait puni, déclara, le 2 novembre 1506, qu'il renonçait à la régenre, et convoqua en même temps les États, pour remettre entre leurs mains l’autorité qu'il avait reçue d'eux.
Sigisinond s'empressa d’accepter cette démission, et chargea le sénat de l'expédition des affaires; mais le duc lui déclara sans détour qu’il ne se soumettrait point au sénat, et qu’il prendrait les mesures nécessaires au maintien de l’ordre, avec les F^tats qui allaient s’assembler- à Arboga (*). Le sénat protesta contre cette nouvelle assemblée : le roi l’interdit; mais elle n’en eut pas moins lieu en février 1597. Il nfy vint qu’un seul seigneur, et les membres du clergé qui s’y trouvaient se montrèrent presque tous hostiles au duc; mais les paysans étaient plus que jamais dans ses intérêts : le duc eut même quelque peine à modérer leur zèle. On le décida à reprendre le gouvernement. Les résolutions de Sôderkôping furent confirmées , et on avisa aux moyens de punir ceux qui s'opposeraient à leur exécution. La plupart des sénateurs quittèrent alors le royaume, et la mort de Glas Flemming , arrivée sur ces entrefaites , ne laissa plus en Suède personne qui ne reconnût l’autorité ae Charles.
Deux nouvelles assemblées qui se tinrent l’année suivante, sur la nou-
(*) Ville de Westmanland.
▼elle que Sigismond allait débarquer en Suède avec une armée polonaise, montrèrent de nouveau au duc Charles
u’il pouvait compter sur l’affection
es paysans. Sigismond aborda en effet a Calmar le 30 juillet 1598, avec 6,000 hommes de troupes polonaises, et presque toutes les villes se déclarèrent pour lui. Des négociations entre lui et son oncle, conduites par l’entremise de quelques ambassadeurs étrangers, n’amencrent aucun résultat, et le duc, après avo r essuyé un premier échec, défit complètement l’armée du roi près de Linkôping, le 25 septembre 1698. Charles, qui aurait pu faire son neveu prisonnier en poursuivant ses avantages , comme il aurait pu luimême tomber au pouvoir de Sigismond à la première rencontre , lui accorda une trêve , et le 28 on convint d'un traité d’après lequel on mettrait bas les armes , le roi renverrait les troupes étrangères , prendrait lui-même les rênes du gouvernement, et convoquerait les Etats; de plus, on accorda une amnistie générale dont cinq seigneurs seulement furent exclus.
Sigismond se vit forcé de les abandonner à la justice dû pays.
Sigismond devait se rendre h Stockholm par mer ; mais poussé par des vents contraires à Calmar, il y laissa une garnison polonaise, et se rendit à Dantzig. Cette conduite irréfléchie ruina son parti en Suède; dans une diète tenue à Stockholm en juillet 1599, il fut formellement déposé par les États, et on lui annonça en même temps que scs descendants seraient â jamais exclus du triine, s’il n’envoyait en Suède avant un mois son fils Wladislas, pour le faire élever dans la confession protestante. Le duc fut déclaré prince- régent.
CHARLES ix.
Après la fuite honteuse de Sigismond, ses partisans se trouvèrent exposés à la vengeance des paysans et d’un prince nui avait pour maxime de punir ses adversaires comme ennemis de l’état. Sigismond fit bien quel-
ques tentatives pour soulever les provinces, et envahir la Suède avec l’appui des Danois; mais tous ses efforts n’amenèrent aucun autre résultat que d’irriter les esprits contre ceux qui s’efforçaieiit ainsi de troubler incessamment l’ordre et la paix publique. Le comte Erik Bralie put bientôt écrire en Pologne que les amis du roi n’avaient désormais à attendre que la perte de leur fortune , de leur honneur et de leur vie, qu’à choisir entre la roue et la potence. Sigismond répondit qu’il espérait bien avoir en Suède trop de sujets fidèles pour qu’on pût songer à les détruire par de pareils moyens , que toutefois bon nombre d’entre eux avaient mérité , soit la roue, soit la potence, par leur insigne lâcheté.
Sigismond, en faisant cette réponse, semblait prévoir ce qui allait arriver.
En effet, le parti du roi se vit en butte à une persécution générale ; ceux qui ne parvinrent pas a s’expatrier lurent arrêtes, et pour la plupart massacrés; leurs biens furent confisqués ou pillés; des délateurs dénoncèrent meme les hommes les plus paisibles, et l’on crut généralement que le duc n’avait voulu mettre fin à l’anarchie que pour satisfaire des vengeances privées.
Le ch.iteau de Calmar tenait encore pour Sigismond. JeanSpnrrc le défendait. Charles le prit d’assaut et se montra le premier sur l’échelle ; car il fit toujours, comme son père, preuve d’une valeur héroïque. La garnison polonaise et allemande obtint de quitter le royaume, après avoir promis de ne pins porter les armes contre la Suède ; mais le malheureux Snnrre , ainsi que plusieurs autres Suédois, pris les armes à la main, furent exécutés et leurs têtes exposées au-dessus de la porte de la ville. Gyllenhielni, fils naturel de Charles, qui avait commandé le siège et auquel furent abandonnés les biens de Sparre, supplia en vain son père de pard mnpr a son ennemi : il ne lui fut pas même permis de restituer à la veuve de cet infortuné les biens dont on l’avait dépouillé. Dans sa détresse
SUÈDE. 83
elles'adressa àSigismond, et obtint de lui la gracieuse promesse qu’elle serait rétablie dans sa fortune et ses honneurs, ausstêt que la Suède serait soumise. En attendant , il l’autorisa à (jouter à ses armoiries une tour garnie de canons.
En I5!»9, Charles soumit la Finlande, et vingt-huit personnes furent exécutées; entre autres le brave Jean Flemming , fils de filas. Olaf Stenbok, le geôlier d’Erik , fut tué à coups de fusil ; on jeta son corps dans la boue, et il fallut que Catherine, la veuve d’Krik , le fit ensevelir.
« Erik Sparre et ses amis, » dit Charles dans une lettre autographe que l’on conserve encore, » veulent
* que le roi n’ait que le titre et les » ennuis du pnux’oir, tandis qu’eux
* ils en auront tous les prol'.ts avec
* la liberté de chasser et de déposer
* le roi aussi souvent que cela pourra
* leur convenir. » On conçoit qu’ayant cette opinion de la haute noblesse, C arles np songea point à se réconci ier avec elle , ni à la traiter avec douceur.
Après la bataille de Linkôping, Sigismond avait livré à Charles plusieurs seigneurs, comme otages. On les joignit a quelques autres personnes accusées dVtre du parti de Sigsmond, Çt en ifioO, une diète fut convoquée è Linkôping , pour prononcer sur leur sert, La cour était composée de cent cinr|uante-trois personnes, dont trentehuit seigneurs , vingt -"uatre officiers de cavalerie, tous nobles, vingt officiers d’infanterie, vingt-quatre bourgeois, vingt-trois avovers et juris onsultes, et vingt -quatre rnvsnns; le clergé se récusa. Un procédure fut publique. Charles délia les juges du serment de fidélité qu’ils lui avaient prêté, et se chargea en personne de raccusation de huit seigneurs et de cinq sutres nobles , tous des premières familles du royaume. Le secrétaire du roi lut l’acte d’accusatinn , dans lequel On revint sur r.e qui s’était passé sous le règne de Jean; et quoiqu’on *ût saisi la correspondance privée des accusés, l’accusation ne se trouva pas
très-nettement établie A l’égard d» plusieurs d’entre eux. Charles , durant le procès, se permit contre queiquesuns des accusés les plus violentes invectives que le peuple, aux débats, accueil.it toujours avec de bruyants murmures d’approbation. Quatre seineurs, qui se reconnurent coupales, implorèrent et obtinrent leur grâce; les autres protestèrent contre une cour où il n'y avait que des hommes de parti et non des juges.
On passa outre. Les officier* , avovers et jurisconsultes, opinèrent les premiers et se prononcèrent pour la mort ; les paysans et les bourgeois se rangèrent à leur avis, desorte que l'opinion plus indulgente de In n. blesse se trouva en minorité. Le 1 7 mars , le jugement fut publié, et le 20, Erik Sparre et quatre autres accuses furent exécutes par le bourreau. Ils montèrent à l’éelmfaud avec le plus grand calme, en protestant de leur innocence. J .es autres condamnés assistèrent an sup-
filice, et firent ensuite ramenés dans eur pr son; quelques-uns y moururent, d’autres furent élargis et eurent assez de prudence pour s’expatrier; d’autres enfin , accusés plus tard d'une nouvelle conspiration , furent exécutés en 1005. On confisqua les biens des contumaces, et leurs enfants se virent privés des droits héréd taires de leurs familles; on alla même jusqu'à déclarer les fils majeurs des condamnés , complices drs crimes de leurs peres , lorsqu’ils ne les auraient pas dénoncés. Une seule considération peut excuser tant de cruauté, c’est que les prédécesseurs de Charles, en ménageant la haute noblesse, ne parvinrent jamais à rétablir l’ordre dans le royaume, tandis que Charles sut le maintenir durant tout son règne. Ce peut être une excuse aux yeux de la politique, mais la morale?
Il nous reste à raconter de quelle manière Charles fut investi du titre de roi , car pour le pouvoir il le possédait dès le règne du roi Jean. En ifiOO, à In d ète de Linkôping, les états roturiers et les officiers de l’armée offrirent la couronne à Charles.
»gle
La noblesse exprima uniquement le désir qu'il voulût bien continuer à gouverner le royaume. On ne put donc rien conclure encore. Quelques-uns proposèrent d'accorder de nouveau à Sigismond cino mois pour envoyer son fils en Suède; d'autres opinèrent qu’il fallait exclure toute la famille de Jean III, le père de Sigismond, car celui-ci avait un jeune frère âgé de onze ans, Jean, duc d’Ostrogôthie , qui n'avait contre lui que son extrême jeunesse.
Charles n’accepta ni ne refusa. Il s’assura d’abord de l'assentiment de ses alliés, Élisabeth , reine d’Angleterre, et Henri IV, roi de France.
F.n attendant, Sigismond avait cédé à la Pologne la partie suédoise de l’Esthonie , et obtenu par ce moyen , de la diète polonaise, la promesse d'un secours pour soumettre son royaume héréditaire. Charles résolut d’aller au-devant de l'ennemi, passa la ftaltique avec une armée, et conquit la plus grande partie de la Livonie et de l’Esthonie; mais presque tous ses avantages lui furent enlevés l’année suivante par le général polonais Zamoisky, qui prit la forteresse de VVolmar , où se trouvaient alors Charles Gyltenhielm , le fils naturel du roi, et Jacaues de la Cardie. La belle défense qu'ils y avaient faite excita l’admiration de l’ennemi; mais Charles en jugea tout différemment. « Nous « avons reçu ta lettre, Charles, fils « de Charles, écrivit-il à son fils, et ■> quoique nous ne devions pas nous « occuper de ta liberté que tu as si « mal défendue , nous voulons toute- « fois , puisque tu as repoussé deux « assauts, oublier ce qui s’est passé « et pardonner à ta jeunesse. Fais- « nous donc savoir contre lequel de - nos prisonniers on veut t’échanger. »
Zamoisky aurait volontiers fa’it l’échange, mais Sigismond voulut se venger sur le fils de son ennemi. Gyllenlnelm passa douze ans dans un cachot, et pendant plus de six il fut chargé de lourdes chaînes. La guerre en Livonie dura long-temps encore, mais dégénéra en ravages mutuels; et
bien que Zamoisky désirât la paix, on ne put pas même convenir a’un armistice.
En 1C0.5 , Charles se rendit pour la seconde fois en Livonie, et, entraîné par son impétuosité, il perdit la bataille de Kirkhohn. Il n’échappa luimême à l’ennemi que par le dévouement d'un gentilhomme finlandais, qui lui donna son cheval et se laissa tuer. Heureusement pour les Suédois, une révolte en Pologne empêcha Siismond de profiter de cette victoire; e nouvelles négociations restèrent sans résultat, et l’on continua la guerre en se bornant, comme par leiossé, à la dévastation des frontières des deux pavs.
Pendant ce temps, Charles continuait à gouverner la Suède avec fermeté. En 1002, il se rendit de Livonie en Finlande, se lit prêter serment de fidélité , et régla l’état des paysans, ui dans celte province étaient presque evenus les serfs des seigneurs. Puis il revint en Suède par terre, en longeant les hords du golfe Rotlmique, et en désignant les emplacements où devaient s’élever des villes nouvelles.
Avant lui jamais roi de Sucde n’avait fait ce voyage.
Ce titre de roi , Charles ne le portait pas encore; maintes fois il convoqua des diètes pour se faire offrir la couronne, hésitant toujours à l’accepter. Ce n’était point de sa part une conduite hypocrite, une vaine ostentation de modération, mais la suite d’une lutte intérieure. Il était convaincu que l’hérédité de la couronne était nécessaire à la tranquillité de la Suède. S’il avait combattu ses deux frères, c'est qu’il les avait vus près de perdre la couronne, en la laissant tomber entre les mains de l'oligarchie des seigneurs. L’exclusion de Sigismond, prince catholique, lui paraissait juste ; mais il était très - préoccupé des droits du jeune Jean, frère de Sigismond. Il hésita long-temps à profiter de la renonciation que ce prince signa à l'âge de quinze ans; il prit toujours le plus grand soin de son éducation , et dans son testament il re-
SUEDE
connut de nouveau ses droits, et de la nier d’Allemagne, la ville de pria les états de choisir entre Jean et Gothenbourg, et y attirait une colo- Gustave-Adolphe, son propre fils. nie de Hollandais, en leur accordant En 1602 , il fit assembler les États d’importants privilèges. De toutes les à Stockholm , pour aviser aux moyens denrées importées , il n’imposa que de continuer la guerre en Livonie, et les liqueurs fortes, et en 1606, il de s’opposer aux Danois et aux Russes, supprima l’impôt qui jusqu’alors avait Les conjonctures étaient difficiles , le pesé sur les exportations. Il est inuparti de Sigismond se relevait des dé- tile d’ajouter qu’il favorisa , comme sastres essuyés en Livonie; une disette son père, l’exploitation des mines de et la peste désolaient le royaume. Il fer, a’où la Suede tirait ses principaux fallut que Charles menaçât d'abandon- revenus. Il ne se passa pas d’année ner la régence pour se taire accorder qu’il ne fît construire des usines et des les subsides nécessaires. manufactures pour assurer les proGts
Ce ne fut qu’en 1604 qu’il se dé- de la fabrication aux Suédois, qui cida enfin à accepter le titre de roi ; jusqu’alors s’étaient contentés d’exmais dans le cours des années sui- porter leur fer comme ils le tiraient de vantes, il montra plusieurs fois en- la mine.
cote l’intention de s'en démettre, et Au milieu de tous ces travaux, il son sacre ne fut célébré qu’en 1607. avait encore à répondre aux tracas-
Au milieu de cette agitation inté- sériés du clergé qui , comme nous rieure, qui ne cessait de tourmenter la l’avons dit plus haut, l’accusait de cal- Suède, et malgré la guerre qui conti- vinisme. Lui -même il écrivit et punuait sans relâche, il fit plus pour son blia plusieurs pamphlets dans une royaume que beaucoup île ses prédé- polémique qu’il eut a soutenir contre eesseurs n’avaient fait durant une l’archevêque, et l’on put reconnaître longue paix. Pour abaisser les préten- que le plus savant et le plus ingénieux tions de la noblesse, il s'efforça de théologien n’était pas celui qui devait créer une armée permanente qui le l’étre par métier. Hâtons-nous de rérendît indépendant du service person- péter que jamais, pendant son règne, nel des nobles, et pour recomposer le personne ne fut poursuivi pour cause sénat après l’exécution et le bannis- de religion. L’université d’Upsal, sement des anciens membres de ce quoique opposée aux opinions tliéolocorps, il eut encore recours aux États, giques du roi , n’en fut pas moins riet les consulta sur les nominations à chement dotée. Que l’on nous parfaire. donne une anecdote : elle fera connaî-
Un autre moyen de mettre un terme tre le caractère du roi. Il envoya un aux exactions (le la noblesse , ce de- jour aux professeurs un projet de vait être la publication d’un nouveau traité de paix, pour avoir leur opicode de lois, car tout se réglait encore nion sur cet acte. Les académiciens d'après des coutumes conservées par le jugèrent, ce qu’il était, iinpraticala tradition; mais il ne put faire ac- bie, et n’en remercièrent pas moins le cepter ce projet par les États. Il par- roi de ce qu’il avait daigné les consulvint toutefois par diverses ordonnan- ter. Quelques jours après , ils furent ces à mettre plus de régularité dans consultés de nouveau , mais sur cette l’administration. • question : De quelle manière un pro-
Le commerce fut aussi l’objet de ses iesseur de l’université peut-il le mieux soins. Comme son père, il voulut pro- contribuer aux charges de la guerre? fiter de la position de la Suède p ur Nous avons dit plus haut qu’en la mettre en possession de tout le com- Livonie la guerre contre la Pologne se merce du Nord; et c’est dans ce dessein continuait sans résultat apparent. En qu’il s’efforça d’attirer tout le com- Russie, le pseudn-Démétrius venait, merce de la Baltique à Stockholm. F.n avec l’aide des Polonais, u’obtenir la même temps il fondait sur les bords couronne , pour la perdre peu de
L’UNIVF.RS.
temps «près. Charles s'allia à Vassili Schuiskv, l’ennemi des Polonais, et lui envoya en 1609 un secours de 4,000 hommes, sous les ordres de Jacques de la Gardie et d lïwert Horn.
Ceux-ci pénétrèrent jusqu’à Moscou et défirent un corps polonais qui assiégeait le czar dans sa capitale. Sigismond , étant en même temps entré en Russie avec une autre armée, et ayant pris Smolensk , de la Gardie s'avança contre lui, mais, nu moment de livrer bataille, ses soldats, pour la plupart étrangers, se rév citèrent et passèrent à l’ennemi. Suivi d ; 400 Suédois seulement, delà Gardie fitune admirable retraite à travers un pays où il ne rencontrait que des dispositions hostiles. Peu de tempsaprès, l'influence polonaise ayant obtenu la prépondérance en Russie, il prit Kexholm et Nowgorod , 1 1 contraignit les Russes à signer un traité par lequel ils promettaient de se donner pour graud-duc un prince suédois.
I.es reia’ious avec le Danemark n'avaient iamais été fort amicales ; toutefois la France et l'An déterré avaient, par leur intervention officieuse , retardé une dcclarati n de guerre , dans l’espoir d'e..giger la Suède à envoyer un secours aux Hollandais contre les F.spagnols. Mais en 1611, alors que Charles était déjà vieux et paralysé, et que, ses li's étaient encore en bas âge, le roi de Danemark entra en Suède à la tête d’une armée île 16,000 hommes, et prit Calmar. Le vieux roi se mit a In tète des Suédois, après nv ir obtenu des états tous les subsides qu’il demanda , et parvint nu moins a mettre un terme aux progrès des Danois. L’induence de llenri IV sur les puissances du Nord aurait peut-être arreté Ips hostilités; mais il avait été assassiné l’année précédente. Tout ce que les Anglais et les Hollandais purent faire, ce fut d’envoyer des ambassadeurs pour rétablir ta paix.
Ce fut pendant ces négociations que Charles l\ mourut, le 30 obtohre 161 1, à Nvkôping, âgé deGOans. Toute sa vie u’avait été qu’une lutte couti-
nuelle. S’il ne put mener à fin pre*.
que aucun de ses projets, jamais du moins il ne voulut les abandonner, car il les croyait utiles à la Suède; il ne perdit pus même , en mourant , l’espérance qu’un autre accomplirait ce que lui-même n’avait pu faire. Souvent même on le vit mettre la main sur la tête du jeune Gustave- Adolphe et prononcer ces mots ; Ille Jaciet ; » celui-là le fera. «
OUSTAYH- ADOLPHE.
Gustave-Adolphe, né le 19 décembre 1594, n’avait pas encore atteint sa dix-septième année lorsque le trône de. Suode se trouva vacant par la mort de Charles IX ; mais des sa première enfance, il avait accompagné son père dans toutes ses guerres et dans tous ses voyages; et cette éducation, souvent bien dure, avait donné à son esprit une maturité précoce et développe en lui des sentiments élevés.
Nous avons déjà il t combien l'état intérieur du royaume était alors déplorable, et l’on conçoit aisément que les evigenecs et les plaintes des differents états durent se manifester à In mort de Charles , avec d'autant plus d’énergie que ce prince les avait réprimées avec plus de violence pendant sa vie.
C'est ce qui eut lieu en effet à la ilièto de Nykôping , assemblée en déenibre 1611. Les prétentions et les intrigues de Sigismond , aussi bien que le désistement du duc Jean et les démarches de la reinf-m’re. décidèrent les états à conférer la couronne à Gustave et a abréger en sa faveur le temps de la minorité des rois. .Mais si l’on considère les dures conditions qu’on chercha à lui imposer aussitôt après, on sera tenté de croire que l’espérance conçue par les différents ordres , d'obtenir de nombreuses concessions, ne contribua pas faiblement à l’élection du nouveau roi. Pour sa part, la noblesse demanda la eonlrmation et l’augme. dation de ses privilèges , le droit de vendre, sans payer aucun impôt, les produits de ses terres, l’exemption de toute contribution pour elle-même et
Diqitized
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pour ses paysans, et la réduction du Service personnel qu’on exigeait d’elle dans l’année. De plus, le roi ne devait nommer que des noblps ans emplois judiciaires; il devait distribuer à la noblesse les biens réunis à la couronne, et ne faire la guerre ou la pais qu'avec le consentement des états. D’un autre côté, le clergé insistait pour qu’on réprimât le calvinisme; la bourgeoisie, pour qu’on abolît les privilèges accordés aux négociants étrangers, et les impôts levés sans le consentement des états; elle demandait en outre qu'on réunit à la couronne des biens distribues à la noblesse ; enfin , les paysans se plaignaient de l’énormitédes impôts, de la continuité du service militaire auquel ils étaient soumis, et des exactions de la noblesse.
Gustave ne s’opposa pas à ce qu’on restreignît par quelques dispositions les droits de la couronne, et conquit bientôt, |ar la modération et la sagesse de sa conduite, une influence plus réelle et une confiance plus générale que celles dont avaient pu jouir quelques-uns de ses prédécesseurs. Il conclut, en 1013, avec le Danemark , la paix de Siôrôd n des conditions équitables. Il eut le bon sens de repousser le projet plus brillant que solide de la Gardie, qui voulait mettre sur sa tête la couronne de Russie, et conclut en 1017, avec, le czar Michel Romanof, la paix de Stolbowa , par laquelle la Suède sacrifiait bien quelques places, mais obtenait l’éloignement des Russes des bords de la Baltique; condition qui était pour elle de la plus haute importance.
Il ne fut pas aussi facile de conclure avec Sigismond et les Polonais une paix solide et durable. La guerre de 30 ans allait éclater, et les puissances catholiques qui voyaient dans Sigismor.d leur allié naturel , l’excitaient par leurs promesses à se rendre maître de la Suède.
La guerre entre ces deux puissances dura jusqu’en 1629, bien que plusieurs fois interrompue par des armistices , et développa dans Gustave les talents qui firent de lui le premier capitaine de son temps.
A l’intérieur, Gustave, suivant l’exemple de son père, donna tous seâ soins au commerce et à l’industrie.
On lui reproche cependant d’avoir plus que son père cédé aux idées alors dominantes , et cherché à régler tout par des lois et des ordonnanres qui , souvent, ne servirent qu’à gêner les transactions.
F.n 1020, il épousa la fille de l’électeur de Brandebourg, princesse célèbre par sa beauté et par ses charmes, mais beaucoup ino:ns par son esprit.
F.hbn , fille du comte Brahé, avait été l’objet de son premier amour , et la correspondance des deux amants , qui a été conservée , prouve combien cet amour était sincere. Gustave néanmoins sut le sacrifier n ses devoirs et aux sages représentations de sa mère et d’Axel Oxenstierna. F.bba contribua elle-même 5 l’v décider.
Mais ee qui a surtout rendu ce roi à jamais célèbre , et ee qui a donné pour quelque temps à la Suède une si grande influence sur les destinées de l’F.urope , c’est la part active qu’il prit à la guerre de trente ans. Nous allons retracer le tableau de cette époque si glorieuse pour la Suède et pour son roi ; mais auparavant qu'il nous soit permis de rappeler en peu de mots les principaux événements qui eurent lieu en Allemagne avant l’intervention suédoise.
Dans le courant du XV* siècle, l’unité territoriale de l’empire germanique avait fini par disparaître, les.
princes avaient acquis peu à peu des droits souverains dans leurs états, et, d’un autre côté, la dignité impériale, devenue presque héréditaire dans la mais! n d’Habsbourg, n’avait servi qu’à fournir des prétextes aux agrandissements de rette famille. Il s’ensuivit que la guerre et les dissensions devinrent permanentes entre les princes allemands, lorsque la réforme de Luther les eut classés en deux grands partis : le parti catholique représenté nar l’Autriche, le parti protestant par la Saxe. Charles -Quint vit comme»-:
cer cette division. Ferdinand , sou frère et son successeur en Allemagne,
eut , pendant la courte durée de son règne , trop de démêlés avec le pape Paul IV, pour pouvoir songer à anéantir les protestants. Maximilien II fut trop sage pour former un pareil -dessein , et se contenta de maintenir le statu quo de la paix conclue à Augsbourg en 1555. Mais cette tâche n’était rien moins que facile, lors même que les termes de cette paix auraient été plus clairs. Les zélés catholiques protestaient contre une paix conclue sans l’assentiment du pape , et annulée parle concile de Trente. D'un autre côté , les protestants, alors dans toute la ferveur de leur tendance au prosélytisme, se seraient vus dans la nécessité de renier le principe de leur confession , s’ils eussent di) fidèlement observer un statu quo fixé au hasard. Au reste, leur nombre s’augmentait tous les jours , et même pendant quelque temps on crut que l’empereur allait se mettre de leur côté. Mais Maximilien avait d’autres principes sur les devoirs du souverain et du chrétien : il déclara que vouloir forcer les convictions religieuses, c’était s’arroger les droits que Dieu s’est réservés , et que les princes qui voudraient maîtriser les consciences finiraient par perdre le pouvoir temporel. De nos jours , on sait rendre justice à une pareille conduite ; mais dans les temps de trouble, on n’aime généralement que les hommes de parti , et la tolérance pratiquée par Maximilien dans ses états héréditaires ne servit qu’à le rendre odieux aux yeux de ses contemporains des deux partis.
Malheureusement Maximilien mourut à peine âgé de 29 ans, et son (ils et son successeur Rodolphe II , élevé en Espagne et livré à l’astrologie, par conséquent d’un caractère faible, se laissa entraîner aux plus violentes réactions.
Mais ce qu’il ne fit que par faiblesse, son cousin Ferdinand, duc de Styrie, le fit par conviction et sans ménagement ; il déclara qu’il aimerait mieux mendier son pain et se faire hacher en morceaux, que de tolérer plus longtemps l'hérésie dans ses états. Il dé-
posa les pasteurs protestants, fit sauter leurs églises au moyen de la poudre à canon, et, le 8 août 1GOO, il fit brûler 10,000 bibles. Puis il vint poser, sur le lieu même de l’exécution , la première pierre d'un couvent de capucins.
Maximilien 1", duc de Bavière, ami de Ferdinand, élevé par des jésuites , se pénétra de leurs principes, sans cependant se faire leur instrument, et comptait bien plutôt se servir d’eux pour réaliser ses desseins. On ne saurait mieux faire juger le caractère de ce prince , qu’en rappelant qu’à l’âge de 1 G ans, le 21 août 1589, il écrivit à sa mère : » J’ai appris hier avec un « plaisir indicible que le roi de France « a été assassiné; j’attends avec impa- « tience la confirmation de cette nou- « vclle. » Il paraît qu’il ne voulait qu’on en vint à une rupture avec les protestants que pour trouver l’occasion d'agranair ses états : ce qui semble le prouver, c’est la conduite qu’il tint lors des contestations survenues entre l’évêque de Donauwerth et les habitants de cette ville. Il commença par protéger l’évêque contre les bourgeois protestants , et finit par prendre possession de la ville. Les princes protestants ne manquèrent pas de réclamer; mais Maximilien eut dès ce moment le plus grand intérêt à empêcher toute pacification qui l’aurait forcé à rendre la ville : il ne réussit que trop bien dans ses efforts pour arriver a ce but.
En attendant, Rodolphe laissait tout dépérir par sa faiblesse et son inaction, de sorte qu’en 1608 sa famille le força de céder l' Autriche et la Hongrie à l’archiduc Matthias, son frère et son héritier présomptif. Aussitôt celuici, pour s’affermir, se mit à favoriser les protestants , qui à cette époque étaient en majorité dans les états de l’Autriche.
Rodolphe , auquel il ne restait pins que la Bohême, voulant tout faire pour conserver ce royaume, où l’hérédité du pouvoir royal n’était pas encore bien affermie, et où les guerres religieuses dataient de beaucoup plus loin que dans aucune autre partie de l’A l-
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lemagne, crut pouvoir s’attacher la nation en lui donnant la célèbre lettre de Majesté , du il juillet 1609. Par cette lettre, on accordait aux protestants la formation d’un consistoire et la faculté de construire des églises ; on leur abandonnait l’université, et on les autorisait à élire des defensores qui devaient protéger les nouvelles institutions, en restant tout à fait indépendants du souverain. Néanmoins, deux ans plus tard Rodolphe se vit forcé de céder la Bohême a son frère Matthias; et probablement il se serait encore vu dépouiller de la dignité impériale, s’il n'était mort le 20 juin 1612.
Six mois plus tard, Matthias fut élu à l'unanimité empereur, et sans qu'on lui fit aucune nouvelle condition, tant sa sage administration en Autriche lui avait rendu les esprits favorables.
Malheureusement l’inaction de Rodolphe et les plans ambitieux de Maximilien de Bavière avaient déjà provoqué, deux ans plus tôt, la formation de deux alliances entre les princes du midi de l'Allemagne ; l’une des protestants , connue sous le nom de CUnion ; l’autre des catholiques, formée plus tard sous le nom de la Ligue. Maximilien était le chef reconnu decette dernière, et sut lui donner de l’unité et de l’influence , bien que, du reste, elle ne filt pas plus favorable que l’autre à l'Autriche et au pouvoir royal. La situation des deux partis en Allemagne était à peu près la même que celle des protestants et des ligueurs en France.
Peu de temps apres l'avènement de Matthias, on convint d’un désarmement général; mais il existait trop de questions difficiles à résoudre pour que les deux factions restassent tranquilles; et d'ailleurs d’autres difficultés qui dans l’origine paraissaient tout à fait étrangères aux dissensions religieuses, ne manquèrent pas d’être soulevées par les unionistes et par les ligueurs. Matthias d’ailleurs ne réalisait |ws, même dans ses états héréditaires les espérances qu'on avait conçues de lui; ei Bohême surtout, des contestations s’élevèrent sur l’interprétation de la lettre de Majesté, et toutes les négocia-
tions auxquelles elles donnèrent lieu se passaient entre les jésuites et les seigneurs protestants, presque sans l'intervention du roi.
Matthias n’ayant pas d’enfants, et les autres agnats ayant renoncé à la succession , Ferdinand de Styriefut reconnu
Sour son successeur en Autriche, en iongrie et même en Bohême, par suite d'une manœuvre habile des jésuites. Aussitôt et du vivant même de Matthias, les Thurn, les Colonna , et autres seigneurs protestants, furent dépouillés «le leurs emplois; les églises des protestants furent démolies et leurs assemblées défendues. Lors de l’entrée de Ferdinand à Olmutz, les jésuites exposèrent sur un arc triomphal un tableau où l’on voyait le lion de Bohême et l'aigle de Moravie unis aux armes autrichiennes ; au-dessous se trouvait un lièvre dormant les yeux ouverts, et l’inscription : adsuevi'. Les defensores, ui naturellement protestaient contre e tels faits, furent assignés à comparaître devant la chancellerie, où on leur lit entendre qu’ils n’eussent point à s'opposer à la volonté de l’empereur; et comme en même temps l’autorité prit quelques mesures militaires dans la ville, les protestants se rendirent le 23 mai 1618, à l’hôtel-de- ville , pour demander des explications aux gouverneurs. Ceux-ci les refusant, les protestants les jettent par la fenêtre, prétendant que ce genre d’exécution était un antique usage des Bohémiens. Toutefois les gouverneurs furent tous sauvés, parce qu'ils tombèrent sur des monceaux de papiers que le peuple , dans sa colcre , avait lancés par la même issue.
On ne sait pas bien si ces événements furent le résultat d'un plan tramé à l’avance , ou s'il faut seulement les attribuer à l'effervescence du moment, mais ce qu’il y a de certain , c’est que ce fut le signal des hostilités qui pendant trente ans devaient désoler l'Allemagne, et la première explosion de l’orage qui s'amoncelait depuis un siècle. Quoi qu'il en soit, les Bohémiens ne se hasardèrent pas encore à élire un autre souverain; ils envoyèrent même des plénipotentiaires à
Matthias pour se justifier auprès de lui et pour demander le redressement de leurs griefs.
Mais en même temps les états , avec l’assentiment des catholiques, Réorganisaient, avec plus d’équité et d’économie, l'administration intérieure devenue insupportable, et bannissaient les jésuites du rovanme, en déclarant que les principes de ces religieux rendaient toute paix impossible. Matthias aurait bien voulu pacifier le pays par des moyens de douceur et dp conciliation , mais déjà Ferdinand dirigeait tout à Vienne; il traita l’empereur comme celui-ci avait naguère traité son frère Rodolphe. Dans un mémoire qu'il fit adresser à la cour d'Espagne, il disait sans détour : » Que consentir à ne lever des impôts qu’avec l’agrément du peuple , c’était faire du souverain le serviteur de ce même peuple; que si l’autorité venait de la grâce de Dieu , ce pouvoir du peuple ne pouvait être que l’ouvrage du diable; qu’il fallait pr ndre des mesures sévères, sinon l’on aurait bientôt une république de facto; qu’il fallait profiter des circonstances pour rendre l’autorité des princes absolue :
que sans doute on aurait de grands sacrilicesà faire, mais que l’obéissance qui ne manquerait pas d’en résulter h la fin, dédommagerait largement les rois ! »
On envoya donc des troupes en Rohéme, mais elles furent battues, et les comtes Mansfeld et Thurn chassèrent les partisans de l’empereur de presque toutes les places qui leur restaient encore; en même temps les états autrichiens refusèrent les subsides. Telle était la situation des affaires quand Matthias mourut le 20 mars 1619.
Ferdinand, successeur de Matthias, avait assez d’intelligence pour ne pas méconnaître l’esprit de son époque : il ne manquait pas du courage nécessaire pour s'opposer à ses débordements, mais il était dépourvu de cette élévation de sentiments et de cette indépendance de caractère qui domine les passions et qui gagne les coeurs. Il ne songea pas d’abord à attentera la lettre de Majesté , mais il continua à lui donner l’interprétation contre laquelle
les Bohémiens s’étaient soulevés , et il ne voulut consentir ni à renvoyer les troupes étrangères ni à chasser les jésuites. Les révoltés, forts de leur coté de quelques succès, et enthousiasmés par la fête séculaire de la Réforme, n’étaient pas disposés à réder. Quelques-uns d'entre eux parlèrent de se constituer en république, à l’instar des Provinces-Unies des Pays-Bas; ia majorité demanda l'élection d’un nouveau roi; un très-petit nombre seulement consentit à transiger avec la maison d’Autriche. Le P. Lamormain, confesseur de Ferdinand, voyait dans la
f;uerre une occasion de supprimer tous es privilèges des Bohémiens; mais les états de l’Autriche refusèrent les subsides et demandèrent l’expulsion de la société.
Dans ces circonstances, Ferdinand tourna ses yeux vers la ligue; les révoltes, de leur côlé, cherchèrent à se procurer un appui dans l’union; mais les uns et les autres furent trompés dans leur attente, car l’union était presque dissoute par suite des tracasseries survenues entre les luthériens et les réformés; et la ligue, loin d’être disposée à 'appuyer la maison d’Autriche, cherchait sourdement à renversa cette famille dans laquelle la dignité iin|>ériale était presque devenue héréditaire. Il fallut que Thurn se montrôt aux portes de Vienne, et que les bourgeois de cette ville fissent les représentations les plus sévères à Ferdinand, pour le décider à se jeter entièrement dans les bras de la Bavière et de la ligue, et à cimenter ainsi une alliance redoutable entre les princes catholiques. Cette résolution enleva à presque tous les princes protestants le courage de résister plus long-temps, et, sans l’infatigable activité du prince Christian d’Anbalt,on eût à peine cherché à entraver l’élection de Ferdinand à la dignité impériale. Il fut néanmoins nommé à l’unanimité, le 28 août 1619, quelques instants avant qu’on edt reçu la nouvelle que, le 19 août, les Bohémiens avaient prononcé sa déchéance comme roi de leur pays.
Ainsi la Bohême rompait ouverte-
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ment avec la maison d’Autriche, et il s’agissait, |iour elle, de se donner un gouvernement. La république avait d’assez nombreux partisans ; mais eoimne ils avaient peu d'influence 1 1 peu de considération, les partisans de la royauté remportèrent , et l’on songea à offrir la couronne r vale à quelne prince. Le duc de Savoie et le roi e Danemark furent écartés sans discussion; l’électeur de Saxe le fut à cause de son ivrognerie et de sa haine rontre les réformes. De tous les candidats proposés , le comte palatin Frédéric V fut le seul qui ne fut point exclu, et on le choisit à cause de son affabilité et de l’élégance de ses mœurs ( il avait été élevé, à Sedan par le duc de Bouillon); mais ce nui décida surtout la préférence dont il fut l’objet, ce fut son alliance avec l’Angleterre, lu Suède, la France, Venise et plusieurs autres états.
Frédéric hési* a long-temps à accepter la couronne qui lui était offerte et qui deva:t lui être si funeste; mais les exhortât ons du due de Bouillon et de sa femme, fille du roi d’Angleterre, le décidèrent. «J’aime mieux, disait cette princ-sse, manger de la chourroilte avec un roi »-ue du rdti avec un électeur. « Il accepta donc, et fut cou-, ronné le 4 novembre. Lne lettre, dans laquelle les électeurs de l’empire le dissuadaient de la résolution qu’il avait prise, arriva malheureusement trop tard.
Frédéric n’était point fait pour captiver et contenir un peuple séditieux et pour résister à de nombreux ennemis; il dépensa en fêtes l’argent qu’il aurait dd employer en préparatifs de guerre, et irrita' une partie des Bohémiens par les v iolences qu’il laissa commettre contre les catholiques et contre les luthériens. Par là aussi il s'aliéna la plupart des princes de l’union, jaloux d'ailleurs de l’accroissement que venait de prendre la maison Palatine.
D'autres dangers le menaçaient encore. Ferdinand avait souscrit à toutes les demandes de Maximilien, qui fit prendre à la ligue la résolution d'armer 2 J, 000 hommes; le pape avait
envoyé de l’argent à l'empereur, et l’Espagne des troupes italiennes. Lej négociations , qui durèrent jusque ver* le milieu de juillet )62o, n’amenèrent aucun résultat important, et, vers la même époque, Maximilien entra en Autriche, soumit les états rebelles, et s’approcha des frontières méridionales de la Bohême, tandis que l’électeur de Saxe, gagné par l’empereur, pénétrait dans la Lusace, et que Spinola, à la tête d'une armée de 30,000 Espagnols, sortait des Pavs-Ras pour prendre possession du Palatinat,
On sait que le 8 novembre l'armée des Bohémiens fut détruite devant Prague, et que le lendemain Frédéric, avec sa famille, s’enfuit à La Haye, pendant que Thurn se sauvait en Honrie. Ce résultat prouve que le prince ’ A ni .ait avait bien raison de dire que Frédéric et les Bohémiens ne s'appuyaient pas sur les cinq colonnes qui doivent soutenir toute puissance : l’argent, lesarmes, l’intelligence, les alliés et le bonheur.
Au commencement de l’année 1022 l’empereur était plus fort que jamais, l’union dissoute, la Hongrie pacifiée, la Bohême soumise et dépouillée de ses privilèges, la France sans système arrêté relativement aux affaires étrangères, l’Angleterre méprisée par ses amis et par ses ennemis; comment se fit-il done que la guerre continua? C’est que Ferdinand, poussé par ses jésuites, se laissa aller aux réactions les plus violentes et les pins insensées,, et donna par là de la popularité et des moyens d'existence à deux partisans, pretestan's, tous deux sans puissance et sans considération : l'un deux était Ernest, lils légitimé d’un comte de Mansfeld; l’autre Christian , fils puîné du duc de Brunswick , évêque de Halherstadt , amant de l’épouse de l'ex-roi de Bohême. Ces deux capitaines se rendirent également célèbres par leur bravoure et par la cruauté avec laquelle ils ravagèrent l'Allemagne; cruauté, toutefois, dans laquelle Tillv et ses Bavarois surent bien les surpasser.
Vers le mois de septembre on parvint à les chasser du sol de l'empire,
etlePalatinattomba entièrement entre les mains des Bavarois. C’est à cette occasion que Maximilien envoya au pape la bibliothèque de Heidelberg, qui de Rome vint a Paris au commencement de ce siècle, et retourna à Heidelberg en 1815.
Au mois de février 1623 la dignité électorale du prince palatin fut transportée au duc de Bavière, sans égard a l’opposition des électeurs de Brandebourg et de Saxe, qui s’aperçurent, niais trop tard , que les jésuites’ ne toléreraient pas plus les luthériens que les calvinistes, et de l’Espagne qui, plus clairvoyante que la ligue d’Allemagne, voyait dans les princes de Bavière les alliés naturels de la France contre la maison d’Autriche. L’électeur de Saxe fut apaisé par la cession de la Lusace, et l'on se moqua de l’électeur de Brandebourg. Quant à l’Espagne, ellecommença’dès lors à languir.
Nous voici parvenus à la seconde période de la guerre que les affaires du Palatinat, ravagé par les Bavarois et par les Espagnols , et la réaction contre les protestants , ne laissèrent point encore assoupir. Frédéric, dans le but de se faire restituer ses états, eut recours à une double série de négociations : les unes, près de son beau-pere Jacques 1", furent sans résultat; les autres, près de son beau-frère Christian IV, roi de Danemark, en eurent d'importants, et nous intéressent particulièrement , puisqu'elles amenèrent l’intervention de la Suède.
Christian n'avait jamais reconnu son beau-frère comme roi de Bohême ; mais lorsqu'on le dépouilla de son Palatinat, et lorsque la réaction catholique devint de jour en jour plus brutale, il entama des négociations avec les princes de la Basse-Saxe, l’Angleterre, les Pavs-Bas et la Suède , où Gustave- Adolphe commençait à prendre une attitude imposante. Au printemps de l’année 1624, Oxenstierna, le fameux chancelier de Gustave , apaisa les querelles qui existaient entre les deux royaumes Scandinaves; mais Gustave
Sii était alors occupé en Pologne , et xenstierna qui connaissait à fond le
peu de confiance qu’on pouvait accorder aux unions des princes allemands, agissaient avec beaucoup de circonspection et demandaient des garanties, qu’on n’était nullement prêt à leur accorder. Gustave crut faire assez pour le moment, en empêchant les Polonais de venir au secours de l’empereur. Il débarqua, le 30 juin 1625, a l’embouchure de la Duna , et conquit en deux mois toute la Livonie. Christian, que les lauriers de Gustave empêchaient de dormir, et qui d’ailleurs espérait faire donner à ses fils des évêchés en Allemagne , se décida à céder aux instigations de la Hollande, de l’Angleterre et du Brandebourg , et se fit nommer colonel - général des troupes du comté de la Basse -Saxe L’union des princes de ce cercle, provoquée par les ravages que Tilly exerçait dans leurs états, depuis qu’il en avait chassé Mansfeld et Brunswick, n’était point dirigée contre l’empereur, et cependant on la désapprouva à Vienne, dans les termes les plus durs. De plus, comme dès lors la France commençait à tenir un langage, plus ferme, et a suivre une ligne de conduite plus conséquente, depuis la nomination de Richelieu au ministère, et que la Bavière, d’un autre côté, paraissait vouloir s’allier à la France, attendu que l’Autriche ne pouvait plus contribuer à son agrandissement, on songea à former une armée qui filt uniquement dans la dépendance de l’empereur. Albert Waldstcin, auquel on proposa d’en former une de 20,000 hommes, répondit : « Je ne saurais nourrir qu’une armée de 50,000 hommes , » et l’on adopta le système d’entretenir les armées aux frais des pays accablés par la guerre.
Des négociations entamées entre Tilly et VValdstein, d’une part, et les alliés delà Basse-Saxe, de l’autre, restèrent sans résultat, aucun des deux partis ne voulant donner l’exemple du désarmement. La guerre recommença par la défaite de Mansfeld, qui, le 25 avril 1626, fut entièrement battu par Waldstcin près de Dessau. Le vainqueur le poursuivit à travers la Silésie
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et la Hongrie jusqu'en Bosnie, où Mansfeki mourut de maladie en septembre, mais en soldat, debout, ceint de son épée, au milieu des compagnons de ses exploits. Cinq mois plus tôt , son compagnon et son rival Christian de Brunswick était également mort de maladie , à l'ôge de 27 ans.
La mort de ces deux partisans fut un événement fort heureux pour l'empereur, car elle arriva au moment où les paysans en Autriche, opprimés par les Bavarois et tracassés par les jésuites, se révoltaient de toute part.
L’union de Basse -Saxe qui espérait profiter de ces révoltes, vit ses forces s affaiblir par le manque de foi des Hollandais et des Anglais qui n’envovèrent point l’argent promis, par une maladie du roi de Danemark et par la défection de quelques princes.
Le 27 août 1626, Tillv anéantit l’armée protestante, près dé Lutter au pied du Barenberg , après une résistance héroïque du roi de Danemark, qui, se voyant abandonné par presque tous les princes, fut contraint de se retirer dans ses états héréditaires. Dans cette circonstance encore, l’empereur aurait pu imposer la paix à l’Allemagne quelles qu'eussent été d’ailleurs les conditions qu'il lui eût plu d’offrir; mais il avait désormais à nourrir des armées dont les généraux et les officiers élevaient très-haut leurs prétentions, et n’étaient nullement disposés à favoriser la pacification de leur patrie au détriment de leur fortune; car la plupart ne songeaient qu’à amasser des richesses considérables, soit par des concussions , soit par des ravages de tout genre, dont amis et ennemis se plaignaient également, mais que personnen’avait plus le droit d’empêcher.
Cependant les iésuites faisaient prendre à Ferdinand des mesures de plus en plus violentes contre les protestants. On les dépouilla des droits ci- 'ils, on les soumit à des amendes, et enfin, en 1626, on leur enjoignit de s’expatrier, et l’on institua en Bohème nne police particulière pour veiller à l'observation des jeûnes et des autres devoirs prescrits par l’église catholi-
que. On alla même jusqu’à pendre le* prédicateurs sans autre forme de procès , et cela non seulement dans les états héréditaires de l'empereur, mais dans toutes les contrées de l’ Allemagne où l'on put se permettre impunément de pareils excès.
Le prince palatin resta dépossédé de ses états, et tous les électeurs sans exception furent forcés de reconnaître la translation héréditaire de la dignité électorale à la ligne de Bavière. Bientôt l'empereur se |termit de disposer du duché de Meklembourg en faveur de Waldstein , bien que les ducs, parents du roi de Suède, ne fussent pas plus coupables que tous les autres princes de l’Allemagne du nord. Mais comment s’étonner de tous ces abus de pouvoir, quand on se rappelle que Waldstein avait déclaré qu’il ne fallait plus d’électeurs ni de princes, et que tout devait être soumis à un seul roi, comme en France et en Espagne?
L’empereur, en conférant ce titre à Waldstein, avait eu surtout en vue d'acquérir de l'inllucnre dans les affaires du nord de l’Allemagne; mais Waldstein n’était pas homme à sacrifier ses intérêts personnels à ceux de l’empereur. Il ne se vit pas plutôt prince de l'empire qu’il commença à faire la guerre au Danemark pour son propre compte, et assiégea Stralsuna, ville hanséatique, contre la volonté formelle de l'empereur qui avait l’intention de se faire de cette ligue de commerçants un appui contre les princes du Nord.
La résistance désespérée des bourgeois de Stralsund ne servit qu'à irriter Waldstein , qui jura de prendre la ville, lors même qu’elle serait attachée au ciel avec des chaînes ; mais les bourgeois furent ravitaillés par les autres villes de la Hanse, et le 25 juin 1628 ils reçurent une garnison de 600 Suédois,‘à la condition de prêter hommage à la Suède pendant vingt ans.
"Waldstein dut se retirer le 3 août , et l’exemple glorieux du courage déployé par Stralsund donna une force nouvelle aux autres villes, et augmenta la haine qu’inspirait Waldstein. Une
circonstance fortuite acheva de le rendre od.eux : trois cents femmes qui «'étaient enfuies en Suède périrent toutes en revenant dans leur patrie.
Durant ce temps, la guerre contre le Danemark continuait toujours; Tiily ,«t Waldstein se rendirent maîtres des provinces méridionales de ce royaume, et seraient sans douteallés plus’loin, si les villes hanséatiques, cédant, comme on l’espérait, à une vieil.e jalousie , eussent consenti à fournir des navires; mais la neutralité des vides lianséatiques et les préparatifs de la Suede forcèrent enfin Waldstein a conclure, le G juin 1G29 , avec le Danemark lu paix de Lubeck qui rétablit les choses dans l'état où elles étaient avant la guerre, à la condition que le roi de Danemark abandonnerait les ducs de Meckleiubourg.
Cependant Ferdinand continuait toujours a expulser et à déposséder les protestants. Enfin, le G mars 1G29, il promulgua le fameux édit de restitution, d’après lequel tous les couvents et tous les biens ecclésiastiques confisqués depuis lu paix de redgion ou appropriés au culte protestant devaient être rendus à leur destination primitive. La promulgation d'un édit si important sans le concours des électeurs violait trop ouvertement la constitution germanique pour ne pas exciter des clameurs universelles, même parmi les catholiques. Ces derniers étaient d’autant moins sutisiaits de la mesure, que l’empereur avait donné cinq évêchés a la fois à l'un de ses fils, et que les biens repris sur les protestants, au lieu d’ëire rendus a leurs anciens possesseurs, passaient presque tous entre les mains des jésuites. L’empereur, loin d'avoir égard a ces justes plaintes, fit exécuter l’édit avec la cruauté la plus exécrable, et l’on commença à dire à Vienne qu'il fallait désormais sévir Contre les états catholiques.
Sur ces entrelaites, Ferdinand, voulant faire nommer son fils roi des Romains, convoqua une dicte à Ratisbonne, où il se rendit le 19 juin luao. Il y trouva plus d'opposition qu'il ne l’avait pensé. Les électeurs de Bran-
debourg et de Saxe ne parurent point, la Bavière s'était alliée à la France, et les électeurs ecclésiastiques suivirent son exemple. Le P. Joseph, venu de Paris, paraissait diriger toutes les délibérations, et l’empereur se vit enfin contraint de licencier une partie de ses troupes , et d’ôter à Waldstein le commandement de ce qui resta sous les armes. Tiily réunit dès lors sous ses ordres 30,000 ligiiistes et 39,000 impériaux, tous soldats aguerris. Cette armée parut suffisante pour maintenir l’Allemagne sous la dépendance de l'empereur et de la ligue, et pour assurer l’exécution des projets du P. Lamormain.
Mais la cause des protestants n’était pas désespérée. Dans leur détresse, ils comptaient sur la Saxe, qui n’avait
fioint encore pris parta la guerre, sur es villes hanséatiques qui pouvaient disposer de sommes d'argent considérables , sur la France jalouse de la prépondérance autrichienne, et enfin sur la Suede dont l etoile s'élevait brillante dans le Nord.
Le pouvoir impérial de la maison d’Autriche était alors parvenu au plus haut degré de prépondérance qu’il ait jamais utteintduns les temps modernes. Mais il arriva alors ce qui est constamment arrivé depuis que ics é.alsde l'Europe forment un tout systématique :
cette prépondérance causa la ruine de l’empire qui l’avait obtenue. Bi ntdt des ennemis s’élevèrent de tous cotés, même du sein des allies et des co-religionnaires de l’Autriche, ueveime trop puissante peur que les intérêts de tous ne lussent pas mis en péril.
Bientôt de toute part un orage terrible s’amoncela contre elle. En France , le cardinal de Richelieu venait de rétablir l’unité du royaume en soumettant les huguenots et eu avnissant la noblesse, etdes Lrs i, employait toute son énergie à lutter au dehors contre le principal en<,emi de la France, contre cette maison d'Autriche qui , depuis Charles-Quint, menaçait toutes ses frontières, et contre laquelle l’ancienne iutie, engagée avec des chances si diverses dans les plaines de ia Lombar-
Cjoogie
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die , venait de se renouveler au sujet dè la succession de Mantoue et de Montferrat. En Italie même, le danger n’etait pas moins réel , car les princes de cette contrée et le pape lui-inème ne pouvaient se dissimuler qu'une victoire définitive des Autrichiens sur les hérétiques serait le signal de la soumission de Home et de toute la Péninsule. Knlin le Danemark, bien que jaloux de la Suède, se voyait réduit à un tel état d'épuisement’, qu’il sollicita luimëme l’intervention de Gustave, afin d’empêcher la maison d’Autriche et Waldstein de former, comme tout semblait le faire prévoir, un établissement solide sur les bords de lu Baltique.
Nous avons dit plus haut qu’en IG! 4 et en 1G25 Gustave crut devoir s’abstenir de toute intervention dans les affaires d’Allemagne ; il suffira de rappeler que, par la médiation et les bons offices de la France en 1G29, un armistice de six ans avait été ronclu entre la Suède et la Pologne , et qu’à l'occasion du siège de Straisund un commencement d’hostilités avait eu lieu entre les Suédois et les Impériaux.
Aussitôt que la trêve avec la Pologne eut été conclue, etqueGustave annonça l’intention d’en profiter pour engager à son service des troupes polonaises ; Waldstein devint aussi souple et aussi accommodant envers la Suède qu’il s'était jusqu’alors montré roide et insolent. L’empereur proposa même d’abandonner les côtes ne la Baltique et de rétablir les ducs de Mekleinbourg.
Mais Gustave ne se laissa pas éblouir par ces avances trompeuses, et continua à traiter avec Charnacé, l’envoyé du cardinal de Richelieu. Pendant quelque temps ou put croire que ces négociations resteraient sans résultat , car la cour de France trouvait démesurée la demande d'un subside annuel de G00,000 écus. Elle ne voulait pas non plus s'engager à ne finir les affaires d’Italie qu’avec l’intervention de la Suède , et alléguait le désir de séparer la ligue de l'empereur, pour refuser d’entrer en Allemagne par la Champa-
gne. Enfin Gustave se déeida à aborder en Allemagne, sans pouvoir toutefois compter beaucoup sur l’appui de la France. Seulement il était assuré qu’elle occuperait en Italie une partie des forces de la maison d’Autriche.
L’empereur, de son côté, envoya à Dantzick le comte de Dohna , et fit faire à Gustave diverses propositions, afin de gagner e temps nécessaire peur finir les affaires d’Italie; mais les plénipotentiaires suédois, demandant catégoriquement que l'empereur retirât ses troupes du nord de l’Allemagne, l’Autriche aima mieux traiter avec le Danemark . et lui promit l’ile de Rugen puiir l’engager à prendre parti contre la Suède. Le nouveau danger, rt l’impossibilité de nourrir pendant long-temps les troupes enrôlées en Pologne, décidèrent Gustave à hâter l’exécution de ses desseins, et pendantquelesplénipotentiairesétaient encore assemblés à Dantzick, on apprit soudain qu’une armée suédoise était en Allemagne.
Des vents contraires avaient retenu Gustave quelque temps en mer, et il n’aborda en Poméranie que le 24 juin IG30, le jour môme où cent ans auparavant avait été présentée la confession d’Augshourg. Au rapport d’un auteur catholique, la première chose que fit Gustave quand il eut quitté ses vaisseaux , ce lut de s’agenouiller sur le rivage et de s’écrier: « O Dieu, toi
• qui domines sur le ciel et sur la terre,
* sur les vents et sur la mer, combien « je dois te remercier de m’avoir pro- « tégé si efficacement dans ce voyage « périlleux ! Oui „e te remercie du fond « de mon coeur, et je te prie de m’ac- » corder toujours ta grâce et ta béné- « diction; car tu le sais, je n’enlre- « prends pas cette guerre pour ma «gloire, mais pour la tienne; tu le « sais , je ne veux que consoler et pro- « téger ta pauvre église abandonnée. »
Ceux qui accompagnaient le roi ne pouvant s’empêcher de pleurer en entendant ces mots, il leur dit: « Ne pleurez point, mais priez Dieu avec instance et du fond de votre cœur: plus il y aura de prières , plus il y aura de
LT TU VF. HS.
victoires; car bien prier, c’est victoire à moitié gagnée.
« Et alors Gustave-Adolphe fondit dans l'empire (1630). Ferdinand s’effraya peu d'abord ; il disait que ce roi de neige allait fondre en s’avançant vers le midi. On ne savait pas encore ce que c’était que ces hommes de fer, cette armée héroïque et pieuse, en comparaison des troupes mercenaires de l’Allemagne. Peu après l’arrivée de Gustave-Adolphe , Torquato Conti, général de l’empereur, lui demandant une trêve a cause des grands froids, Gustave répondit que les Suédois ne connaissaient point d’hiver. Le génie du conquérant déconcerta la routine allemande par une tactique impétueuse qui sacrifiait tout à la rapidité des mouvements, qui prodiguait les hommes pour abréger la guerre. Se rendre maître des places fortes en suivant le cours des fleuves, assurer la Suède en fermant la Baltique aux Impériaux, leur enlever tous leurs alliés, cerner l'Autriche avant de l’attaquer, tel fut le plan de Gustave : s’il eût marché droit à Vienne, il n’apparaissait dans l’Allemagne que comme un conquérant étranger; en chassant les Impériaux des états du Nord et de l’Occident, qu'ils écrasaient, il se présentait comme le champion de l’empire contre l’empereur (*). »
Les premiers soins de Gustave furent de donner une base solide à ses opérations, en gagnant le duc et les états de Poméranie, qui , voyant dans le duché une armée impériale plus nombreuse que celle de Gustave, eurent beaucoup de peine à se décider. Cependant, par ses manières affables, le roi de Suede gagna si promptement et à un tel point tous les cœurs, que la ville de Stettin lui ouvrit volontairement ses portes, et que le vieux duc fit avec lui un traité pour assurer la protection des lois de l’empire et la paix de la religion. On stipula dans ce traité qu’en cas de mort uu duc, qui était sans enfants , le pays serait administré par les Suédois jusqu’à ce
(*} Micliclct, Précis ikTlii.Uniromo J. rno.
qu'on eût prononcé sur la succession.
En consérpience de ce traité , les états accordèrent de l’argent à Gustave et promirent d’organiser une armée de 10,000 hommes qui prêterait serment au roi, uu duc et aux états.
Ferdinand et ses conseillers commençaient à s’apercevoir combien ils avaient agi follement en refusant de pacifier l’empire après la paix de Lubeck; néanmoins ils crurent devoir persévérer dans des mesures de rigueur inouïes, et cela afin d’opposer une digue aux Suédois. On menaça de la mort tous ceux qui prêteraient assistance aux ennemis de l’empereur, et ces menaces ne furent réalisées qu’avec trop de zèle par les lieutenants de ce prince. 1 1 suffira d'un seul exemple. Le 7 septembre 1 630, ta ville de Posewalk en Poméranie fut reprise sur les Suédois par le colonel Gdtze, et saccagée par suite de cette reprise. «Les bourgeois, dit un témoin de ces scènes d'horreur, furent massacrés dans les rues et dans l’intérieur de leurs maisons; on les mettait à la torture pour savoir d'eux s'ils avaient de l’argent. A peine un soldat avait-il quitté une maison qu’un autre survenant agissait avec la même cruauté. Il est vrai que les capitaines accordaient des saufs-conduits a prix d’argent ; mais leurs soldats n'en tenaient aucun compte. Tous les meubles, tous les ustensiles furent brisés, et les femmes aussi bien que les hommes se virent dépouillés de leurs vêtements. En sortant de sa maison , on voyait à chaque pas un voisin, un ami, blessé, demi mort ou impitoyablement massacré.
Et s’il arrivait qu’un citoyen allât secourir ou consoler une de ces trop nombreuses victimes, on lui faisait aussitôt subir le même sort. Mais ce fut surtout sur les femmes que se commirent les crimes les plus révoltants.
Quel que fût leur âge , elles étaient violées en plein jour dans les rues, dans les jardins, et jusque dans les cimetières. Les femmes et les filles les plus belles étaient attachées à des chariots ou au pommeau de la selle des cavaliers, et conduites dans le camp, où les soldats , après avoir assouvi leurs bru-
taies passions, les vendaient comme un vil bétail.
Quand il ne resta plus rien à piller ni a dévaster, on mit le feu a la ville.
« Regardez donc le beau feu , s’écriaient les soldats; je n’ai jamais vu defeu si brillant ! » Le colonel , sollicité de faire cesser tant d’horreurs, donna l'ordre de mettre le feu en d’autres endroits : c’était, disait-il, afin de remplir son serment. Pendant ce temps, les soldats, revêtus de robes qu’ils avaient enlevées à des prêtres, faisaient des processions comme au carnaval, torturaient des petits enfants, et allumaient de la paille devant une cave dans laquelle s’étaient réfugiés dix de ces infortunés, alin de les faire périr misérablement. Il ne se trouva personne pour enlever les morts , et des corps encore vivants furent dévorés par les chiens et par les pourceaux.
Tous les chefs de l’armée catholique agissaientdelamêmemanière, et il résulta naturellementde cet état dechoses une démoralisation et une indiscipline générale. 11 fallait bien que les chefs fermassent les yeux sur les désordres du soldat,' puisque eux-mêmes, afin de s’enrichir plus promptement, laissaient souvent les troupes sans vivres, sans habits et sans solde. Le général en chef, Jean Perklaës, natif de I.iége, et nommé par l’empereur comte deTilly, en 1623, avait, il est vrai, la réputation de n’avoir jamais touché une femme , et de ne s’être jamais enivré; mais, à l’exemple du ducd’Albe, son modèle, il permettait tout à ses soldats , et signalait partout son passage par d’horribles dévastations. Bien qu’il acceptât de riches présents de l’empereur et de la ligue , ses contemporains, témoins de. la rapacité de Waldstein, l’ont qualifié de désintéressé. Il ne faut pas d’ailleurs, pour être juste, oublier de dire qu’il ne manqua jamais d’entendre deux messes par jour! A l’arrivée de Gustave en Allemagne, ce général n’avait pas encore été vaincu.
Dans l’armée suédoise au contraire, et tous les auteurs catholiques s'accordent pour le reconnaître, la discipline
T Livraison. (Suède.)
était exemplaire; le roi, par son affabilité et son impartialité , savait gagner tous les coeurs sans avoir besoin de fermer les yeux sur les passions du soldat. Aussi en peu de temps les Suédois furent-ils considérés dans toute l’Allemagne comme les protecteurs des bourgeois et des paysans.
Toutefois dans le principe, les menaces de l’empereur et le désir, trèshonorable sans doute, de terminer les affaires d’Allemagne sans l’intervention d’une puissance étrangère, conduisirent les électeurs de Saxe et de Brandebourg, ainsi que plusieurs autres princes protestants , à la fédération de Leipzick, où l’on convint que l’on solliciterait l’empereur de retirer ses troupes, et qu’en attendant on armerait , afin de pouvoir au besoin se défendre. Bien que le langage des confédérés fût d’une grande modération, et qu’ils eussent refusé d'admettre à leurs délibérations un envoyé suédois, l’empereur leur répondit par l’ordre de se dissoudre; et une partie de ses troupes étant revenues d'Italie, il s’en servit pour chasser les membres de la fédération de la Haute-Allemagne qu’ils occupaient.
Cependant Gustave-Adolphe, fatigué du manque de résolution et de la défiance des princes allemands, était sur le point d’abandonner ta guerre, lorsque Richelieu, voyant la maison d’Autriche se raffermir de plus en plus, se décida enfin à conclure un traité, d’après lequel Gustave devait' tenir sur pied une armée de 36,000 hommes , pour l’entretien de laquelle la France s engageait à paver 1 ,200,000 livres par an. La neutralité fut offerte à la Bavière et à la ligue , et l’on assura aux catholiques le libre exercice de leur culte; mais Gustave refusa d'accorder la neutralité à l’électeur de Brandebourg, et après avoir pris Colberget Francfort-sur-l’Oder, il arriva, au commencement du mois de mai 1631 , devant Berlin. L’électeur, contraint de se décider , reçut une garnison suédoise dans la forteresse de Spandau. C’est alors que Tilly retira toutes ses forces derrière l’Elbe pour
s’emparer de Magdebourg, et contraindre les bourgeois à recevoir l’évêque nommé par l’empereur; car ils l'avaient formellement refusé, et prétendaient maintenir les droits de l’administrateur Christian Guillaume de Brandebourg.
Ce prince , par des hostilités peu réfléchies, s’était attiré sur les bras toute l’armée de Tilly, dans un moment où Gustave, retenti par l’obstination de l’électeur de Saxe à garder la neutralité, ne pouvait encore venir lui-même à son secours. Le roi dut se contenter de lui envoyer Falkenberg, oflieier expérimenté ," avec quelques troupes.
Falkenberg exalta le courage des bourgeois, mais il ne put sauver la ville attaquée par toutes les forces réunies de Tilly. Aussi, malgré la défense la plus opiniâtre , les Impériaux s’emparèrent peu à peu de tous les ouvrages extérieurs. Bientôt les assiégés commencèrent à s'apercevoir qu’ils n'avaient plus de secours à attendre ni du roi de Suède ni des confédérés de Leip/.ick; la desunion se mit parmi eux, et comme, pour surcroît de maux, la disette se lit sentir, et on se vit dans la nécessité de traiter avec Tilly.
Mais ces négociations trouvèrent peu d’approbateurs dans l’armée assiégeante; ces hommes accoutumés au pillage prévoyaient bien qu’il n’y aurait pas de DUtin à faire, si la ville venait a capituler. Aussi, à l’improviste, le comte Pappenheim ordonna une attaque vers la pointe du jour, tandis que les bourgeois , épuisés par une lutte et des veilles continuelles, et rassurés par les négociations commencées, étaient allés prendre quelque repos. Toutefois les Impériaux étaient déjà sur le point de se voir rejetés hors des ouvrages qu’ils avaient escaladés, quand Falkenberg fut tué et l’administrateur blessé. En même temps , des renforts arrivèrent aux assiégeants , et Pappenheim avant fait mettre le feu à une maison , l'incendie s'étendit rapidement sur toute la ville.
Les scènes d’horreur qui suivirent la prise de Magdehourg sont regardées comme les plus révoltantes de
cette guerre si longue et sî acharnée ; et pourtant, dans cette circonstance , les Impériaux ne s’écartèrent point de leur façon d’agir habituelle; les excès qu’ils commirent à Magdebourg, ils les commettaient chaque jour dans la campagne : ce qui mit le comble à l’horreur qu'ils inspiraient, c’est qu’ils exercèrent leurs fureurs sur une grande ville. Le récit de Schiller, que nous empruntons ici', doit être d'autant moins suspecté de partialité , qu’il reproduit presque littéralement celui d'un auteur catholique , Khevenhuller.
« Ici commence une scène de sang , pour laquelle l'histoire n’a point d'expressions, ni la poésie de pinceaux.
L'enfance innocente, la vieillesse abandonnée, la jeunesse, le sexe, l’état, la beauté, rien ne peut désarmer la furie du vainqueur : des femmes sont déshonorées dans les bras de leurs maris, des filles aux pieds de leurs pères, et la mort suit de près les horribles outrages qu’on leur fait subir. Les retraites les plus obscures , les lieux les plus saints, ne peuvent préserver des avides recherches d’une soldatesque effrénée. Cinquante-trois femmes furent trouvées décapitées dans une église.
Les Croates prenaient plaisir à jeter les enfants au milieu des flammes , les Wallons de Pappenheim à les percer sur le sein de leurs mères. Quelques ofliciers de la ligue , révoltés par tant d’horreurs, hasardèrent d’aller trouver le comte de Tilly pour l'engager à les faire cesser. <■ "Revenez dans « une heure, répondit ce général, je « verrai alors ce que j’aurai à faire : « le soldat doit avoir quelque chose « pour ses travaux et ses périls. » Ces barbaries continuèrent avec la même fureur, jusqu'à ce qu’enlin la fumée et les flammes vinssent mettre un terme à la rapacité du soldat. Pour augmenter la confusion et rompre la résistance des habitants, on avait, dès le commencement, mis le feu à plusieurs endroits. Bientôt s’élève un vent impétueux, qui étend les flammes sur toute la ville, avec la rapidité d’un torrent, et l’incendie devint général. On voit alors une foule horrible se presser
d by VjOO
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au milieu des vapeurs embrasées , des cadavres, des armes étincelantes, à travers les débris et les ruisseaux de sang; l’atmosphère brillait, et la violence insupportable de la chaleur contraignit ces monstres eux-mémes à se sauver dans leur camp. En moins de douze heures, cette ville peuplée, forte, étendue, l’une des plus belles de l’Allemagne, est réduite en cendres, à l’exception de deux églises et de quelques masures. L’administrateur Christian Guillaume, atteint de plusieurs blessures, fut pris, ainsi que trois bourgmestres. Beaucoup de braves officiers et de magistrats trouvèrent, en combattant, une mort enviée par ceux qui leur survécurent. Quatre cents des plus riches bourgeois durent leur salut a la cupidité des officiers ennemis, qui les sauvèrent pour arracher d'eux une forte rançon ; encore ne vit-on guère que des' officiers de la ligue montrer cette espèce d’humanité, et ils semblaient des anges tutélaires à côté des barbares soldats de l’empereur.
« À peine la fureur de l'incendie fut-elle calmée , que les bandes impériales revinrent, avec une nouvelle ardeur, pour fouiller dans les ruines et dans les cendres. Plusieurs d’entre eux périrent suffoqués par la vapeur; d’autres lirent un butin considérable, les bourgeois ayant apporté dans les caves ce qu’ils avaient de plus précieux. Enlin, le 13 mai, Tilly parut lui-même dans la ville, après que les principales rues eurent été debarrassées des décombres et des morts. La scène qui s’offrait alors aux regards révoltait l’ame, et la glaçait d’etfroi; des infortunés, qui se traînaient sous des monceaux de cadavres, reparaissaient à la lumière; des enfants, errant çà et là, redemandaient avec des cris déchirants les auteurs de leurs jours; d’autres suçaient encore le sein de leurs mères qui' n’existaient plus. On fut obligé de jeter plus de six mille cadavres dans l'Elbe pour déblayer les rues ; un nombre beaucoup plus considérable. de vivants et de morts avait été ia proie des ilammes : on fait mon-
ter à trente mille hommes la totalité de ceux qui périrent dans cette effroyable journée.
« L’entrée triomphante du général, qui eut lieu le 14 mai, mit H» au pillage, et tout ce qui s’était sauvé jusqu'alors conserva la vie. Environ mille personnes furent retirées de la cathédrale protestante où elles avaient passé trois jours et deux nuits sans nourriture, et dans l'attente continuelle de la mort. Tilly leur fit annoncer le pardon et distribuer du pain. Le jour suivant, on célébra une messe solennelle dans cette église, et on chanta le Te Oeuni au milieu des salves de l’artillerie. Le géuéral de l'empereur parcourut lui-méme les rues à cheval, afin de pouvoir rapportera son maitre, comme témoin oculaire, que, depuis la prise de Troie et de Jérusalem , on n’avait vu aucune victoire aussi éclatante; en effet, ce récit n’était point exagéré, si l’on considère à la fois la grandeur, la prospérité, l'importance de la ville qui périt, et la rage de ses destructeurs. »
A la nouvelle du sac de Magdebourg, il se trouva des protestants qui prétendirent que si Gustave n’avait pas voulu secourir cette malheureuse ville, c’était afin de mettre lesconfédérésdans la nécessité de se jeter à tout prix dans ses bras; mais il ne lui fut pas difficile de prouver que l’indécision seule des électeurs de Brandebourg et de Saxe l’avait empêché de se porter en avant.
Cependant Tilly ayant quitté le Brandebourg pour aller châtier le landgrave de Hesse , Gustave se replia sur Spandau ; mais l’électeur de Brandebourg, qui ne lui avait cédé cette forteresse que jusqu'au déblocus de Magdebourg, et qui se Battait toujours de faire reconnaître par les deux partis la neutralité des pays entre l’Ouer et l’Elbe, crut devoir In lui redemander.
Gustave, pour tenir la parole qu’il avait donnée, quitta Spandau le 8 juin; ■liais le 9, il vint mettre le siège devant Berlin, et le 1 1 , l'électeur conclut un nouveau traité, d'après lequel il restitua Spandau aux Suédois, et
leur promit un subside de 30,000 écus par mois.
En même temps , Gustave reçut la nouvelle de la reddition de Greifswald, l’unique place de la Poméranie qui fût encore entre les mains des Impériaux. Ainsi, bien rassuré sur ses derrières, il passa l’Elbe et se retrancha dans un camp près de tVerben, pour attendre des renforts qui devaient lui arriver de l'Écosse et de la Suède.
Alors Tiliy revint de la Hesse et de la Thuringe, dans le dessein de l’attaquer; mais il trouva Gustave dans une position inexpugnable. On reconnut bientôt de part et d'autre qu’une bataille décisive ne pouvait être plus longtemps différée ; mais de part et d'autre on chercha à gagner du temps, afin d’attendre la décision de l’électeur de Saxe qui , enfin contraint par les menaces intempestives de Tilly, se jeta dans les bras du roi de Suède.
Le 2 septembre , Gustave entra dans Wittemberg : « Messieurs,» dit-ilaux étudiants qui vinrent le saluer en cérémonie, « c’est de chez vous que nous «est venue la lumière de l’Évangile; « mais ses ennemis l’ayant obscurcie, il « faut que nous en venions à notre tour « rallumer le flambleau avec l’aide de « Dieu. » Le lendemain , l’armée saxonne, fortede plusde 18,000 hommes, se réunit à celle du roi , qui se montait à 22,000 ; ensuite on délibéra s’il convenait de livrer une bataille. L’électeur, indigné de voir tant d'armées étrangères dans son pays, le désirait ardemment.
Gustave , qui le désirait peut-être aussi ardemment que lui , n’en fit pas moins observer à son nouvel allié qu'une bataille pourrait faire chanceler, et peut-être même tomber les bonnets des deux électeurs; tandis que lui, il pourrait toujours se retirer en toute sûreté derrière le large fossé de la Baltique. L’électeur insista, et Gustave se rendit avec plaisir à ses raisons.
Nous allons laisser encore parler l’historien de la guerre de trente ans : qui oserait, après Schiller, raconter la bataille de Leipzick ?
« Le 7 septembre 1631 , dès le point du jour, les deux aimées sc trouvèrent
en présence. Tilly, qui n’avait pas cherché à empêcher la jonction des Suédois et des Saxons , résolut d’attendre les renforts qui lui arrivaient.
Il avait établi son camp auprès de Leipzick , dans une position excellente où il pouvait espérer de n'être jamais contraint à livrer bataille. Mais à peine l'armée suédoise eut-elle fait les premiers mouvements, que Pappenheim, impatient de combattre, pressa Tilly de. changer de position. Celui-ci, cédant aux vives instances de Pappenheim, se porta sur la gauche, vers les collines qui s’étendent depuis le village de tVaren jusqu’à Lindenthal. Son armée, ne formant qu’une seule ligne, se déploya au pied du coteau , et son artillerie , distribuée sur les hauteurs , pouvait balayer toute la grande plaine de Breitenfeld. L’armée suédo-saxonne s’avançait de ce côté sur deux colonnes, et avait à passer le Lober auprès de Podelwitz , village situé devant le front de l’armée impériale. Tillv, voulant opposer quelque obstacle au passage de ce fleuve, avait envoyé, quoique avec la plus grande répugnance, Pappenheim à la tête de deux mille cuirassiers ; mais il lui avait donné l’ordre exprès de ne pas engager le combat.
Malgré cette défense, Pappenheim ne tarda pas à en venir aux mains avec l’avant-garde suédoise, et il fut contraint à la retraite après une courte résistance. Pour arrêter l’ennemi , il incendia Podelwitz ; ce qui n'empêcha pas les deux armées de se porter en avant, et de se former aussitôt en bataille.
« Les Suédois se rangèrent sur la droite en deux lignes; l'infanterie, placéeau milieu dcchacuned'ellcs.étaitdivisée en petits bataillons, qui pouvaient exécuter à l’instant , et sans désordre , les mouvements les plus rapides. La cavalerie, placée aux deux ailes, était également divisée en petits escadrons ; divers pelotons d'infanterie remplissaient ses intervalles, et étaient destinés à la fois à cacher son petit nombre, et à tirer sur les cavalitrs ennemis. Le général Teufel commandait le centre, Gustave liorn la gauche; le roi, en
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personne , commandait la droite vis-àvis du comte de Pnppenheim.
« Les Saxons étaient séparés des Suédois par un long intervalle : sage disposition de Gustave, que justifia l’événement. L’électeur avait lui-même concerté le plan de bataille avec son feld-maréchal , et le roi s’était contenté de l’approuver. Il paraît que Gustave mit tous ses soins à faire ressortir la valeur suédoise sur celle des Saxons , et la fortune ne les confondit pas.
« Au pied des hauteurs, vers le couchant, l’ennemi s’étendait sur une ligne immense, qui pouvait déborder aisément l’armée suédoise. Son infanterie était formée en gros bataillons, et sa cavalerie en gros escadrons difficiles à mouvoir. Il avait placé son artillerie derrière lui, sur les hauteurs, de manière qu’il était commandé par ses propres boulets qui décrivaient leur arc au-dessus de lui. D’après cette position de l'artillerie, i! semblerait, s'il est permis de se fier entièrement à cette relation, que Tilly avait plutôt l'intention d’attendre l’ennemi que de l'attaquer; car il ne lui était pas possible fie pénétrer dans les rangs ennemis sans se placer lui-même sous le feu de ses propres canons.
» Tilly commandait le centre en personne, Pappenheim l’aile gauche, et le comte de Fursteinberg la droite. Les troupes de l’empereur et de la ligue ne s’élevaient pas a plus de trente-quatre ou trente-cinq mille hommes. L’armée réunie des Suédois et des Saxons était à peu près d'égale force.
« Deux millions d’hommes en présence auraient rendu cette journée plus sanglante, mais ne l’auraient pas rendue plus importante, ni plus décisive. C’était pour cette journée que Gustave- Adolphe avait passé la Baltique, qu’il avait cherché les périls sur une terre étrangère, et abandonné aux caprices de la fortune sa couronne et sa vie. Les deux plus grands généraux de leur siècle, tous les deux invincibles jusqu’à ce jour , allaient enfin se mesurer dans un combat long-temps évité : l’un des deux devait laisser sa
renommée sur le champ de bataille.
Les deux moitiés de l’Allemagne avaient vu s’approcher en tremblant le moment de cette lutte terrible, l’Europe entière en attendait l’issue avec anxiété, et la postérité devait la bénir ou la pleurer.
« La résolution , qui jusque-là n’avait jamais manqué au comte de Tilly, j’abandonna entièrement dans cette journée. Sans être décidé à combattre le roi, il n'eut pas assez de fermeté pour éviter la bataille, et Pappenheim l’y entraîna malgré lui. Jamais tant de doutes, tant de craintes, n’étaient venus assaillir son esprit; jamais d’aussi noirs pressentiments n’avaient obscurci son front toujours serein : le génie de Magdebourg paraissait le poursuivre encore dans les plaines de Leipzick.
» Une canonnade de deux heures ouvrit la bataille. Le vent d'ouest soufflait avec violence, et poussait-, contre les Suédois la fumée ae la poudre et des nuages de poussière qui s'élevaient des champs nouvellement labourés.
Aussitôt Gustave fit faire à ses troupes un mouvement général vers le nord; et la manœuvre s’exécuta avec une telle promptitude, que l'énneini n’eut pas le temps de s’y opposer.
« Enfin Tilly abandonne ses positions le premier, et hasarde une attaque contre les Suédois; mais, accueilli par le feu le plus violent, il se porte tout à coup à droite , et fond sur les Saxons avec une telle impétuosité, qu’en lin instant leurs rangs sont rompus, et le désordre s’empare de leur armée; l’électeur lui-même ne se reconnut qu'à Eilenbourg, où il se réfugia en toute hôte. Cependant quelques régiments se maintinrent encore sur le champ de bataille, et sauvèrent, par leur vigoureuse résistance < l’honneur des armes saxonnes. A peine l’ennemi eut-il aperçu le désordre des Saxons, que des bandes de Croates se précipitèrent sur le champ de bataille pour piller, et des courriers furent expédiés à l’instant pour porter à Vienne et à Munich la nouvelle delà victoire.
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« De son côté , le comte de Pappenheim fond, avec toute sa cavalerie, sur l'aile droite des Suédois, mais sans pouvoir l’ébranler; le roi la commandait en personne , et le général Banner sous lui. Sept fois Pappenheim renouvelle son attaque, et sept fois il est repoussé : il prend enfin la fuite, après avoir essuyé la plus grande perte, et abandonne le champ de bataille au vainqueur.
« Cependant Tillv, qui venait de disperser les restes de l’armée saxonne , marche avec ses troupes victorieuses contre l’aile gauche des Suédois. Aussitôt que le roi s’était aperçu du désordreaes Saxons, il avait eu la présence d’esprit d’envoyer en toute hâte trois régiments a son aile, gauche pour renforcer et couvrir ainsi son liane , mis à découvert par la fuite des Saxons.
Gustave Horn, qui. avait le commandement de cette aile, opposa la plus vigoureuse résistance aux cuirassiers ennemis; et l'infanterie, placée dans les intervalles des escadrons de cavalerie, eut la t plus grande part à cette belle résistance. Déjà l’ennemi commençait à plier, lorsque le roi parut lui-méme pour décider la victoire.
L’aile gauche des Impériaux était battue,et Tes troiqies du roi, qui n’avaient plus devant elles d’ennemis, pouvaient être plus utilement employées ailleurs.
A la tête de son aile droite et du corps de bataille, il se porta donc sur la gauche , pour attaquer les hauteurs que garnissait l’artillerie des Impériaux :
elle tomba bientôt en son pouvoir, et l'ennemi eut à essuyer le teu de ses propres canons.
« Foudroyée en flanc par l’artillerie, exposée en avant aux impétueuses charges des Suédois, cette armée impériale, jusque là invincible, finit par se rompre : Tilly n’a plus alors d'autre ressource qu’une prompte retraite; mais cette retraite même ne peut s’effectuer qu’à travers les rangs ennemis. Tout à coup un désordre général s'empare de l’armée : quatre régiments seuls, dont les soldats , aguerriset vieillis dans les camps, n'ont jamais fui d'un champ de bataille, se maintiennent en ordre,
et opposent un mur d’airain aux attaques redoublées des Suédois; serrés en masse, ils percent l’armée victorieuse, gagnent, toujours combattant, un petit bois, où ils font de nouveau face à l’ennemi , et résistent jusqu'à ce qu'enfin, réduits à six cents hommes, la nuit vient mettre fin à l’acharnement des vainqueurs : avec eux , la bataille est décidée.
« Gustave-Adolphe se jeta à genou au milieu des blessés et des morts , et , dans tout l’abandon d’une ardente pricre , il offrit au ciel les transports de joie que lui causait son premier triomphe. Il fit poursuivre I ennemi par sa cavalerie aussi loin que la profonde obscurité de la nuit put le permettre. Le son du tocsin avait mis en mouvement tous les habitants des villages environnants, et malheur au soldat impérial qui tombait entre leurs mains! Le roi, ne pouvant pas attaquer Leipzich dans la nuit même, campa , avec le reste de son armée, entre le champ de bataille et la ville. L’ennemi laissa sept mille hommes sur la place , plus de cinq mille furent blessés ou faits prisonniers; toute son artillerie , tout son camp , devinrent la proie du vainqueur : on lui enleva plus de cent drapeaux ou étendards. Les Saxons perdirent deux mille hommes, les Suédois environ sept cents. La déroute des Impériaux fut si grande, que Tilly , dans sa fuite sur Halle et Halberstadt , ne put pas rassembler plus de six cents hommes, et Pappeuheitn au-delà dequatorze cents. Ainsi disparut cette redoutable armée, qui, peu auparavant, faisait encore trembler l’Allemagne et l’Italie.
« Tilly lui-méme ne dut son salut qu’au hasard. Quoique atteint de plusieurs blessures, il refusait de se rendre à un capitaine suédois ; eelui-ci était déjà sur le point de le tuer, lorsqu'un coup de pistolet étendit le Suédois sur la place. Mais, ce qui était dus douloureux pour Tilly que tous es dangers, que toutes les’ blessures , c’était le cruel supplice de survivre à sa propre gloire, et de perdre en un jour le fruit de tant d’anuccs de tra-
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»aox. Ses anciens triomphes n’étaient plus rien aujourd’hui gue lui échappait celui qui devait les couronner tous : de tant de brillants exploits, il ne lui restait plus en ce moment que les malédictions qui les avaient accompagnés. Dès ce moment , la sérénité abandonna pour jamais Tilly, et la fortune cessa de lui être favorable.
L’unique consolation qui pdt lui rester encore , l’espoir de se venger, lui fut même enlevé par l’empereur, qui lui interdit expressément de livrer désormais aucune bataille décisive. On attribue à trois fautes principales les malheurs de cette journée : la première, d'avoir placé son artillerie sur les hauteurs derrière son armée; la seconde, de s'être éloigné de ces mêmes hauteurs ; la troisième, d’avoir laissé l’ennemi se former tranquillement en ordre de bataille. Mais avec quelle promptitude ces fautes n’eussent-elies pas été réparées , sans la présence d'esprit, le sang-froid et le génie supérieur de son adversaire? Tilly s’enfuit précipitamment de Halle a Halberstaat pour faire soigner ses blessures; il était à pe:ne guéri , qu’il se porta sur le tVeser, où il se renforça de toutes les garnisons de la Basse-Saxe.
« Aussitôt que le danger fut passé, Jean-George se présenta dans le camp du roi. Gustave le remercia de ce qu’il lui avait conseillé la bataille ; et l’électeur, ravi d’un pareil accueil, lui promit, dans son premier transport, la couronne de roi des Romains. Dés le jour suivant, le roi marcha sur Mersebourg, et laissa à l’électeur le soin de reprendre Leipzick. Cinq mille Impériaux, qui s’étaient ralliés, et qu'il rencontra sur son chemin , furent sabrés ou pris : le plus grand nombre passa à son service. Mersebourg se rendit sur-le-champ; bientôt après, Halle fut emporté; et ce fut la que l’électeur de Saxe se réunit au roi de Suède, pour se concerter avec lui sur leplande leurs opérations ultérieures.»
Il s'agissait de profiter de cette grande bataille. Différents avis furent
{imposés. Les plus hardis voulaient qu« es Suédois et les Saxons réunis péné-
trassent sur-le-champ par les défilés de la Bohême dans les états héréditaires de l'empereur. IJ ne faut pas, disaientils, laisser à l'empereur le temps d’occuper ces défilés; il faut lui rendre l'attaque improvisée et soudaine qu'il a tentée contre la Saxe. Les états de la Bohême et de l’Autriche, composés en grande partie de protestants déguisés ou convertis par la force, ne manqueront point Je venir au secours de l’invasion , en faisant une levée de boucliers; l’empereur n'a aucune année à opposer; on fera la guerre aux frais Je l’ennemi , et l’on en viendra d’autant plus promptement à une paix équitable, qu’on n'atira pas sur les bras des alliés nombreux ayant tous des intérêts opposés, et que l'adroite politique de la cour de Vienne parviendra tôt ou tard à séduire, si on lui en laisse le temps.
A cette proposition aventureuse, on objectait qu’on ne devait |>oint songer à faire des conquêtes, mais à délivrer des coreligionnaires opprimés, et h s'assurer des amis dans l’Allemagne occidentale, afin de pouvoir donner la main à la France; qu’il n’était de la dignité ni d’un roi de Suède, ni d’un électeur de l'empire, de faire la guerre comme des Thurn et des Manslield ; qu’on ne pouvait , sans sefaire illusion, croire que Ferdinand se laisserait amener à une prompte paix; que les événements avaient prouvé avec quelle obstination ii savait supporter des revers sans jamais consentir à aucune concession; que dans tous les cas, même en admettant la possibilité d’une conquête rapide , on n’aurait pas de forces suffisantes pv.ur garder les pays conquis ; que l’Espagne. l’Italie et toute r Allemagne catholique se lèveraient en faveur de la maison d’Autriche, et que la France, par quelques concessions sur le Haut-Rnin, se laisserait facilement attirer dans le parti où le système religieux du cardinal de Richelieu semblait devoir la placer aussitôt que ses intérêts politiques seraient satisfaits ; que , d'un autre côté, si les états des pays héréditaires étaient prêts à se soulever,
une partie de l'armée suffirait pour les soutenir, et qu’il était important de ne pas donner de relâche à Tilly qui s’occupait déjà à former sur le Weser le noyau d’une nouvelle armée.
On rejeta donc la proposition de tomber avec toutes ses forces réunies sur les provinces autrichiennes, et l’on n’eut plus qu’à décider quelle serait celle des deux armées qui se rendrait en Bohême , tandis que l’autre se dirigerait vers le sud-ouest. Gustave céda sanspeine aux Saxons la conquête de la Bohême. Il voulait être le libérateur de l’Allemagne ; il avait peu de confiance dans la bravoure des Saxons et dans les talents de leur chef, et peutêtre aussi songeait-il à des acquisitions territoriales; or, qu’aurait pu faire la Suède des provinces qu’on lui aurait assignées dans les pays héréditaires ?
Les Saxons entrèrent donc en Bohême, où ils ne trouvèrent aucune résistance. Les exilés furent rétablis dans leurs biens, et les catholiques furent laissés en possession de presque toutes les églises. Aucune réaction n’eut lieu : ('électeur avant des vues sur ce pays, pensait sagement que l’équité et la modération seraient les meilleurs moyens pour gagner les cœurs. Gustave, de son côté, pénétra, sans rencontrer aucun obstacle, jusqu’à AVürtzbourg, où il entra le 2 octobre. Francfort, Mayence, Mannheim, Spire, Worms, là plus grande partie du Palatinat, Pt presquetoute l’Alsace, virent, avant la lin de l’année , se retirer les ennemis qui les occupaient ; la Hesse et le Mecklembourg furent délivrés, et un grai.d nombre de princes et de villes libres furent attachés par des traités à la cause évangélique. Tilly, bien u’il eût formé une nouvelle armée, vita de se trouver en face de Gustave, et se retira sur les derrières du roi dans la haute Allemagne.
A Vienne, une fausse nouvelle du gain de la bataille de Leipzick avait d’abord exalté l'opinion ; mais la consternation n’en fut que plus grande lorsqu’on connut la vérité. «Je n aurais jamais cru , dit un ministre, que Dieu
serait devenu luthérien.» D’autres, plus raisonnables , attribuaient ce malheur aux désordres et à la démoralisation de l’armée catholique. Diverses mesures furent proposées dans le conseil. Les uns engageaient l’empereur à se retirer à Grâtz ; d’autres à prendre en personne le commandement de ses armées. Ferdinand ne suivit ni l'un ni l’autre de ces avis. Ses habitudes espagnoles s’opposaient à ce qu’il manquât aux lois memes les plus puériles de l’honneur, mais elles ne lui permettaient pas non plus de prendre une résolution énergique et hardie, en renonçant à l’étiquette qui le tenait renfermé dans sa cour, et en exposant sa personne impériale. On reconnut, d’un commun accord , qu’il fallait un nouveau général, que Tilly ne pouvait plus avoir d’autorité dans une armée de
Î (artisans, comme l’étaient toutes celes de cette malheureuse époque. On n’avait point à choisir ; les amis de Tilly et des liguistes avaient décidément le dessous.
Enfin, après s’être fait long-temps prier, Waldstein promit de former une nouvelle armée, et bientôt, en effet , il en composa une d’autant plus formidable, qu'il y appela tous ceux qui avaient confiance dans son bonheur et dans ses promesses de récompenses, de butin, de pillage et de liberté de conscience. Les conditions qu’il fit à l’empereur, avant d’accepter , sont trop remarquables pour ne pas être rapportées ici : «Waldstein, disaient-elles , sera généralissime de toute la maison d’Autriche et de la couronne d’Espagne in absolu/ isst ma forma. L’empereur et le roi des Romains ne pourront point se trouver à l'armée, et encore moins récompenser ceux qui en font partie. Pour recompense ordinaire, Waldstein aura une hypothèque formelle sur l’un des pays héréditaires de l'empereur, et pour récompense extraordinaire, les droits régaliens sur tous les pays conquis. Il pourra exercer librement et souverainement dans tout l’empire le droit de confiscation in abso/utissima forma, et le droit de faire grâce et
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d’accorder des saufs- conduits. Tout grade conféré par l’empereur et qui ne serait pas revêtu de la signature de tValdstein n’aura aucun effet qiioad bona , mais seulement quoad jamam, car autrement l’empereur, dans sa bonté, ne laisserait aucun moyen de récompenser les officiers et les soldats. A la paix , on s’occupera des droits du général sur le Mecklembourg, et on lui donnera tous les moyens et tout l’argent nécessaire pour lé reconquérir. »
Le cardinal deRichelieu entrevitsurle-champ que des stipulations aussi exorbitantes ne pouvaient manquer de perdre celui au profit duquel elles avaient été consenties. « Il seroit difficile, dit le ministredeLouis XIII dans ses Mémoires ( *), déjuger si ces conditions étoient insolentes pour un serviteur envers un maître , ou nécessaires au service de l'empereur, en l’extrémité où se trouvoient ses affaires , en laquelle il a toujoursétéjugéabsolumentnécessaireque le prince qui n’agit pas immédiatement par lui-raeme, se reinette entièrement de toutes choses en un s^eul, se confiant en lui totalement. Quoi qu'il en soit, on peut bien dire absolument que lesdites conditions furent la cause de sa ruine ou de sa mort, car l’empereur, ou jaloux de sa nature, ou se laissant aller à la jalousie des grands de sa cour, ne les voudra pas observer, Waldstein en témoignera du mécontentement , sur lequel on lui fera croire qu’il est traître, et on le traitera .avec toute la cruauté que peut mériter la plus infâme et la plus avérée trahison qui puisse tomber en l’esprit du plus méchant homme du monde. »
L’état fâcheux dans lequel étaient les affaires de la maison d’Autriche, en Allemagne, faisait que tous les princes et tous les états catholiques jetaient les yeux sur le roi de France pour en être protégés. Richelieu va nous faire connaître, dans le langage du temps, les motifs de la politique que la France suivit pendant toute la durée de cette guerre. Le principal but du vainqueur
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des huguenots, en France, avait toujours été de séparer en Allemagne la ligue catholique de l’empereur, et de faire assurer à cette ligue, par le roi de Suède, la neutralité qu’elle réclamait. Gustave n’y voulait consentir qu’à des conditions que l’électeur de Bavière refusa obstinément.
■> Sa Majesté, disent les Mémoires de Richelieu , ayant eu avis de ce refus par le marquis de Brézé, en reçut du déplaisir, et fut en peine de la résolution qu'elle devoit prendre en cette occasion : elle pouvoit espérer de grands avantages de la continuation des troubles universels d’Allemagne; si on n’y apportoit aussi quelque retenue, elle craignoit le préjudice que la religion en pouvoit recevoir , et quelque conseil qu’elle pùt prendre en cette conjoncture, elle prevoyoit qu'il en pouvoit arriver de grands biens etde grands maux.
Mais le pire conseil qui puisse être , étant de ne s’arrêter à aucun, et cette affaire ne pouvant souffrir de delai, le cardinal dit au roi que pour se résoudre promptement, il falloit considérer qu’en l’état présent des affaires d’Allemagne, Sa Majesté ne pouvoit agir qu’en l’une de ces quatre manières :
« 1° Ou se joindre avec le roi de Suède pour faire la guerre ouvertement à la maison d’Autriche;
« 2° Ou s’accommoder avec l’empereur et l'Espagne pour faire conjointement la guerre au roi de Suède et aux princes protestants;
« 3° Ou essayer de faire accepter la neutralité, aux trois électeurs catholiques ès termes qu’elle étoit proposée par le roi de Suède, s’il ne vouloit consentir à d’autres meilleurs , et le laisser continuer la guerre en Allemagne sans s’en mêler, mais seulement tenir quelques troupes sur la frontière pour s’en servir en tout événement;
a 4° Ou bien, avec ladite neutralité, se rendre en outre maître de l’Alsace, de Brisach et des passages du Rhin qu’y tenoient les électeurs catholiques, et avoir là une armée pour s’en servir aux occasions; ce qui se pouvoit, ou en faisant un traité avec le. roi de Suède, qui obligeât le roi à faire cette
conquête, en sorte que l’un ne ptlt poser les armes sans l’autre, ou sans 6’obliger par traités à aucunes conditions, afin d'avoir toujours le pouvoir de prendre des avantages que le temps et les occasions pourraient offrir.
« Que chacune de ces façons d’agir avoit ses avantages et ses inconvénients.
« Que les avantages de la première étoient que l’on pou voit ruiner absolument toute la maison d’Autriche, être délivré pour jamais de la crainte, de la jalousie et de la dépense auxquelles sa grandeur obligeoit , il va long-temps, la Franre, profiter de sa dépouille, et le roi se rendre chef de tous les princes catholiques de la chrétienté et par conséquent le plus puissant de l’Europe; le roi de Suède, qui alors pourroit entrer en compétence avec Sa Majesté, n’y étant en rien comparable, tant parce que de soi il n’étoit pas fondé et n’avoit point de ressources pareilles à celles de la France, que parce qu’étant sans suite et sans appui , il ne seroit pas tant considérable, et que restant d’autres rois protestants ses voisins et ses anciens émulateurs, il pourroit être empêché en ses progrès.
» Que les inconvénients étoient une guerre éternelle, peu de silreté de la fidélité et constance du roi de Suède, et de sa vie même, après laquelle, son parti étant entièrement ruine, la France restcroit seule contre la maison d'Autriche; la facilité que les Espagnols et autres voisins du royaume avoient, pendant une telle entreprise, de se joindre aux mauvais François, et entreprendre contre nous , particulièrement s’il arrivoit quelque mauvais succès; la haine qu’on eneourroit indubitablement de tous les cathotiqurs , voyant le roi allié avec un prince hérétique pour la ruine d’une maison si pieuse.
» Que les avantages de la seconde étoient l’apparence qu’il y avoit qu’on conscrveroit la religion en Allemagne, et peut-être en toute la chrétienté; on acquerrait grande réputation parmi les catholiques, l’on rabaisserait la puissance d'un prince dont l’ambition et le courage étoient grandement à craindre.
puisqu’il y avoit lieu de croire que seul il étoit capable de plus nuire en un an que n’avoit fait la maison d’Autriche en cent; qu’on pourroit en outre profiter dç la ruine des protestants.
« Que les inconvénients de ce dessein etoient le péril qu’il y aurait que le roi de Suède, découvrant ce dessein , ne s'accommodât , et même à son désavantage, avec la maison d'Autriche, pour ensuite nous faire la guerre ; le peu d'assurance que l’on devoit prendre à la foi des Espagnols, le danger de laisser tellement accroître la maison d’Autriche qu’elle fût formidable à la France, et nous obligeât à une guerre éternelle pour nous défendre contre elle ou contre les autres ennemis du dehors ou du dedans qu’elle pouvoit en ce cas nous susciter.
« Que les avantages de la troisième étoient de demeurer présentement sans guerre, empêcher les mauvais desseins des ennemis de la France , être en état de porter ses armes en tous les lieux où on le jugerait nécessaire , se rendre considérable à tous les deux | artis qui craindraient de nous avoir pour ennemis , et pouvoir prendre l’occasion telle que le temps la pourroit présenter, de profiter par accommodement ou par guerre de la mauvaise fortune d’autrui.
« Que les inconvénients étoient la ruine presque inévitable des princes catholiques et de la religion en Allemagne, par la facilité qu'aurait le roi de Suède de rompre la neutralité avec eux , après avoir occupé toutes les entrées du Rhin et des (Irisons ; l’impossibilité de secourir lesdits princes selon la promesse qu’on leur en avoit faite; le peu de réputation qu’acquerroit le roi , de laisser périr fa religion en Allemagne et les princes qui la professent , après avoir promis de les défendre; la crainte que le trop grand accroissement du roi de Suède ne fdt préjudiciable à la France , dont il serait le voisin , s’il se rendoit maître de l’Allemagne, et l’apparence qu'il y avoit qu’après la conquête de la Germanie, la France restant le seul état qu’il dût considérer et qu'il püt crain-
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dre, il emploieroit toute sa puissance pour la ruiner, soit par soi, ou par les mauvais François, ou par les deux ensemble: la crainte qu'on devoit avoir qu’il portât ses armes en Italie contre le Saint-Siège, et ruirnlt absolument partout la religion catholique, comme on savoit qu’il en avoit dessein, joint l’extrême dépense qu'apporterait l'entretien d'une armée inu ilesur la frontière, avec perte de réputation.
« Que les avantages de la quatrième et dernière façon étoient la facilité de secourir l'Allemagne, toutes fois et quautes qu'elle serait attaquée ; le moyen infaillible de faire observer la neutralité aux uns et aux autres quand ils en seraient convenus ; l’autorité u'un tel dessein donnerait au roi ans l’Allemagne, où il aurait infailliblement tous les princes catholiques sous sa protection , et les protestants mêmes, s'il mésarrivoftdu roi de Suède, ou si l’on avoit mécontentement de lui ; le moyen de résister, voire donner la loi à la maison d’Autriche, quoi ui pût arriver au roi de Suède; la isposition entière des suffrages des quatre électeurs catholiques, et le soulagement des provinces de France par l'éloignement des troupes du roi , avancées dans l’Alsace et sur le Rhin, où l’on pourrait trouver moyen de les nou rrir sans incommodité de la F rance, outre qu’il y avoit grande apparence que le roi de Suède, voyant rentrée ouverte vers la France , perdrait le dessein du Tyrol et d'Italie, craignant qu’on lui empéchiit le retour; finalement , on éloignerait la Suède des frontières de France, et si l'on retiroit Mayence, ceia donnerait grande réputation aux armes et à la piété du roi.
« Que les inconvénients étoient que, quelque prétexte qu’on prit d’occuper l’Alsace , il etoit à craindre que la rupture avec toute la maison d’Autriche ne laissât pas de s'ensuivre , laquelle rapporterait tous les dommages cidessus rapportés en la première façon d'agir. Il y avoit peu de profit présent et beaucoup de mal à venir, si la rupture arrivoit; qu’il y aurait grande
difficulté de garder l’Alsace, ouverte de tous côtés ; et finalement qu’il pourroit arriver que le roi de Suède, voyant Sa Majesté engagée en cette guerre, s’accommodât avec la maison u’Autriche tacitement ou par traité , et nous laissât le faix de la guerre.
« Que , tout ce que dessus bien considère, il ne sembloit pas que le roi dût se résoudre au premier ni au second expédient , parce qu'il falloit se donner garde jusqu’à I extrémité d’entrer en rupture, ni avec le roi de Suède, ni avec la maison d’Autriche; qu’on ne devoit point exposer, qu’à toute force, Sa Majesté à porter le travail du corps et de l’esprit, auquel la durée de la guerre l'obligerait ; que sa santé peut-être ne lui pourrait permettre une continuelle demeure en ces frontières, et une si longue absence de Paris et autres lieux du royaume où son contentement et ses affaires le pouvoient appeler; que le revenu ordinaire de Sa Majesté ne pouvoit suffire aux frais d’une si longue guerre, et ue, n’étant suffisant , il serait d flicile e trouver de l'argent et de faire vérifier des edits par le moyen desquels on en pourrait recouvrer; que les facultés du peuple étoient petites, et grands les dégâts que leur causeraient les levées de gens de guerre qu’il faudrait faire, pour tenir un juste corps d’armée , et plus grandes lès clameurs de tous les ordres du royaume sur ce sujet.
« Que nous n’avions pas beaucoup de chefs capables de faire la guerre; u’il se trouverait peu de fidélité et affection ; que l’humeur des François étoit également impatiente de guerre et de repos; que le dégoût de ceux que l’on emploieroit, et la jalousie de ceux qu’on auraient délaissés, faciliterait à Monsieur le moyen de se les acquérir.
« Que les gouverneurs des places et des provinces, par avarice, légèreté, vengeance ou prévoyance de l’avenir, seraient plus aisément persuadés, si le roi étoit une fois engage en une guerre étrangère, à suivre le parti de 'Monsieur, et se déclarer pour lui, à quoi ils seraient encore portés par l'envie
naturelle qu’ont les François de voir du changement au gouvernement public de la cour.
« Que les moindres accidents de la guerre , ou surprise d’une place, pouvoient ébranler beaucoup de choses en ce royaume, et exciter de grandes clameurs contre ceux qu’on voudroitdire auteurs d’une guerre étrangère.
o Que, pour toutes ces raisons, ilconcluoit que les inconvénients qui arriveroient certainement de la guerre , surpassant tous les avantages et profits qu’on en pourroit présentement tirer , on devoit éviter a’y entrer , et partant rejeter la première et la seconde manière d’agir qui avoient été proposées.
« Quant aux autres manières, il falloit prendre quelque chose de l’une et l’autre.
« Qu'il ne falloit omettre aucun moyen pour sauver la ligue catholique et la religion en Allemagne; mais qu’il n’y en avoit aucun qui parût absolument certain pour parvenir à cette fin, et partant que le meilleur qu’on pût prendre étoit celui qui seroit le moins douteux.
« Qu’en l’état où les affaires étoient réduites par la longueur qu’y avoit apportée le duc de Bavière, il sembioit qu’il n’y en eût point d’autre que de passer la neutralité aux meilleures conditions que l’on pourroit , non honteuses pour le roi et supportables pour les électeurs et princes de la ligue catholique, auxquels il falloit laisser le choix de les arrêter ou de rompre, afin que, quelque événement qui en arrivât, ils ne pussent se plaindre que d’eux-mêmes.
« Détourner ensuite le roi de Suède autant que I on pourroit du dessein de l'Alsace et de I occupation du Rhin ; le laisser en espérance, sans s’y engager tout à fait , que le roi l’éntreprendroit dans peu de temps, et cependant voir comme iroient les affaires ae ce conquérant et celles de ses ennemis; négocier avec les électeurs; savoir comme, par leur moyen, on
Ïiourroit s’assurer d’un passrage sur e Rhin, du tout nécessaire pour les
secourir, soit de ceux qui étoient en leur puissance, s’ils en avoient encore, soit de ceux qui dépendent de la maison d’Autriche, sans rompre avec elle.
« Que Bavière devoit envoyer vers l’archiduc Léopold pour voir s’il vouloit consigner Brisach à cette fin , à condition que le roi mettroit entre les mains du nonce lettres-patentes, par lesquelles il s’obligeroit de le rendre.
* Tâcher de procurer secrètement une bonne union avec les électeurs catholiques et les protestants.
« Assurer messieurs les électeurs que le roi seroit toujours prêt et disposé à les secourir en cas que la neutralité fût violée ; qu’il tiendroit pour cet effet, non sans grands frais qu’il feroit en leur seule considération et celle de la religion, une armée de 30,000 hommes gt de 0000 chevaux sur sa frontière, et dès à cette heure leur offroit des gens de guerre, s’ils en avoient besoin, pour leur aider à garder les places qu’ils avoient sur le Rhin, la Moselle et la Meuse , laissant à leur option d’en prendre ou de n’en prendre pas.
« Que la neutralité signée , le roi de Suède ne se pouvoit plaindre si l’on mettoit des François dans ces places, puisqu’on auroit lieu de lui faire voir que c’étoit pour empêcher que les F.spagnols ne fissent de même, et les détacher tout à fait de la maison d’Autriche.
« Leur dire enfin que Sa Majesté desiroit si religieusement leur conservation, que sans jalousie d’aucun autre, prince qui les pût aider, elle neprétendoit pas les empêcher de se servir de tout secoursqu’ilsestimeroient leur être utile, mais leur offroit le sien sans les priver d’aucun autre.
•> Qu’il estimoit qu’il falloit parler ainsi aux ambassadeurs de la ligue et électeurs, afin qu’ils ne pussent dire qu’on les avoit empêchés d’être secourus d’Espagne, et cependant qu’on les avoit laissés perdre; et toutefois, ils n'oseroient se jeter entre les mains des Espagnols, à cause de la jalousie qu’en prendroit la Suède , et de la rupture
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qui en pourroit arriver entre eux : par ce moyen on n’entreroit point en rupture avec personne , on seroit sur ses pieds et sur ses forces pour profiter du temps et des occasions ; les électeurs et la ligue catholique ne pourroient se plaindre du roi, ains auraient tout lieu de s’en louer , de ce que, nonobstant le malheur qui leur est arrivé par leur négligence, Sa Majesté n'auroit rien oublié de ce qu’elle pouvoit pour les secourir.
« Qu’après tout ce que dessus , la question etoit de savoir ce qu’il falloit au cas que le roi de Suède filt si injuste qu’il ne vouhlt rien changer en l'acte ue neutralité dernière qu’il avoit donné.
« Que s’il s’affermissoit en cette injustice, il falloit tenter, sans rien rompre, d’obtenir quelque temps, dans lequel les électeurs et la ligue s'assemblassent pour voir s'ils accepteraient la neutralité , et cependant taire cessation de toute hostilité entre eux.
« Que, s'il refusoitce parti, il falloit donner le choix aux électeurs, ou de signer la neutralité telle que le roi de Suède l’avoit envoyée, ou de se défendre, et, en ce cas", offrir quelque secours à Bavière, à Trêves et a Cologne, pour leur aider à défendre leurs-ilaces qu’ils ont sur le Rhin , la Moselle et la Meuse , s’ils le désiraient , les priant de bien considérer s’ils se pouvoient sauver en l’état auquel ils étoient, quelque secours que le roi leur pût
«Le roi, suivant cet avis, manda au marquis de Brézéque, nonobstant les rudes conditions que demandoit le roi de Suède , il ne laissât pas de continuer sa poursuite entre lui et les princes de la ligue catholique pour la neutralité , et de réduire les choses, s’il se pouvoit , à des conditions auxquelles les uns et les autres pussent condescendre; que, pour cet effet, il obtînt quelque suspension d'armes pour donner loisir aux uns et aux autres de trai-
ter, sans que rien pût survenir rependant qui changeât l’état des affaires.
« Il ne put obtenir du roi de Suède plus de quinze jours de temps; après
qu’ils furent expirés, ledit marquis n'ayant reçu aucune réponse du duc de Bavière, il supplia le roi de Suède de vouloir accorder encore huit jours; ce qu’il lit après y avoir beaucoup résiste.
« I.e roi de Suède tenoit ferme en ce qu’il avoit proposé, et ne plioit point. »
Pendant ces négociations, Tillv était parvenu à ranimer le courage de ses troupes, et s'était présenté avec une armee formidable devant Nuremberg.
Gustave, qui se trouvait encore à Francfort , marcha aussitôt â sa rencontre. Tilly était resté si fidèle à ses anciennes habitudes de pillage et de dévastation, que toutes les villes de la Franconie reçurent le roi de Suède comme un libérateur. Maximilien conseilla à Tilly de se retirer vers la Bohême, afin de transporter le théâtre de la guerre sur les possessions de la maison d’Autriche, persuadeque Gustave y suivrait à la piste son adversaire deLeipzick. L’honnête électeur, l'ame de la ligue catholique, ne tarda pas à être puni cruellement de ce lâche et perfide machiavélisme. D’un autre côté, le langage que Gustave commençait à tenir lit réfléchir les protestants , et leur prouva combien il est dangereux de recourir à l’intervention d’une puissance étrangère pour régler les affaires de la patrie ; que quelque désintéressée que cette puissance soit dans le principe, le bruit des armes , l’enivrement de la victoire , ou bien encore le dépit causé par des revers, ne manquent jamais de transformer ce désintéressement en égoïsme. Les habitants de Nuremberg ayant accueilli l’armée suédoise avec empressement, Gustave leur répondit dans le jargon diplomatique de cette époque, qu’il ne prendrait rien à ses anus ; qu'il ne demanderait même, pour les avoir délivrés , que qratitudinem ; mais que son intention était de garder ce qu’il prendrait à ses ennemis, surtout pontifiais ; que l’alliance protestante (il voulait probablement désigner sous ce nom fa partie protestante de l’empire) devait se séparer des catholiques , et se pour-
voir d’un capo digne de sa confiance.
Qu’on ne devait point songer a le satisfaire, comme un partisan, parquel(|ues moisdc solde;que roi, il pouvait demander des provinces , selon les théories de Grotius et ex jure genlium, bien que du reste il ne manquât ni de terres ni de royaumes; que s’il restituait quelques conquêtes, comme, par exemple, la Poméranie et le Mecklembourg, on ne pourrait lui refuser les jura superioiilalis , qui avaient autrefois appartenu à l’empereur; que l’ancien édifice de l’empire ne valait plus rien ; que les princes de l’Italie étaient plus indépendants que les princes de l’Allemagne, etc. Trois siècles plus tard , ces idées lurent réalisées. On prétend que Gustave ne les mit en ayant que pour se faire élire empereur. Ce qu'il y a de certain , c’est que ses prétentions s’etaieut accrues avec le succès. Comment expliquer autrement l’exclamation qui lui échappa, dit -on, en recevant la mort : «■ A d'autres le monde ! »
Mais avant que l’empereur eût le temps de profiter du changement qui s’était opéré dans les dispositions des princes protestants , Gustave s'avança par Schwabach et Donauwerth, et, le 16 avril 1632, il força le passage du Lecli défendu par Lilly, qui périt dans cette occasion. I.e 25 , il entra triomphant à Augsbourg, où il se fit rèter serment d'olieissance par les ourgeois, et lit restituer aux protestants les églises qu’on leur avait enlevées, sans permettre aucune autre réaction contre les catholiques. Ensuite il alla assiéger Ingolstudt , où un ambassadeur de France, Saint-Etienne, se présenta pour négocier la neutralité de l’électeur de Bavière. « Je connais « trop bien , répondit Gustave , l’elec- « teur de Bavière et sa prêtrise ; il o porte une casaque doublée , et, selon « lescirconstanc.es, il tourne en dedans, « aujourd'hui le rouge, demain le bleu.
« Je conçois qu'on puisse le defen- « dre : à qui voudrait faire l’eloge du « pou , cet animal immunde, il se pré- « senterait vingt choses à dire : que « c'est un animal lidele et utile , qui
« sucelemauvaissangdel’homme,etc.f « etc. Mais, pour cette fois, on ne m’y « prendra point, je connais le cœur « faux du Bavarois. » Puis il proposa des conditions tres-dures que l’eleèteur refusa, comme on s’y attendait, et Ingolstadt opposant une résistance opiniâtre , l’armée suédoise s’empara de Landshut, le jour anniversaire de la prise de Mngdebourg, mais, il faut le dire à sa louange, sans songer à exercer aucunes représailles.
Le 17 mai , Gustave entra dans Munich. On craignait que les protestants ne se vengeassent sur la capitale de la ligue, des cruautés exercées dans le ,\ord par leurs ennemis; mais la discipline de l'armée suédoise était si admirable et tellement connue, que, deux heures après l’entrée du roi , toutes les boutiques étaient ouvertes et les plus belles d’entre les femmes et les fil.es de Munich, d’après le témoignage même d’un jésuite , se promenaient bras dessus bras dessous avec les officiers suédois. Gustave, dont l'affabilité ne se démentit pas dans cette circonstance, assura aux bourgeois qu’il n’était point venu imiter ses aïeux les Gotlis. Il protégea le culte des catholiques , et assista même avec recueillement à leurs cérémonies religieuses. Toutefois on lit payer à la ville une contribution considérable, et NO canons que l’on découvrit sous les dalles de l’arsenal furent déclarés de bonne prise. Surgite à mortuis, dit le roi , et vende ad judicium.
Dans les campagnes, cependant, les choses se passaient trime manière différente. Les paysans bavarois, qui ne savaient pas encore ce que c’était que l’etat de guerre, et qui d'ailleurs se sont toujours distingués par leur attachement au catholicisme, prirent les armes aux moindres vexations, massacrèrent tout ce qui tomba sous leurs mains, même les sauveuardes , et en furent punis rigoureusement par des moyens aussi peu équitables.
Ces désordres n empêchèrent pas Gustave d’etendre et d'affermir ses armesdansl' Allemagne méridionale, et fou craignit un instant a Vienne qu’il
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n’allât s’unir aux Saxons, en Bohême, pour entrer ensuite avec eux en Autriche. Mais George de Saxe n’était point fait pour une telle entreprise:
dépourvu de toute fermeté et de toute persévérance, adonné à la chasse et aux plaisirs, envieux et jaloux de Gustave, il se laissa intimider par Valdstein et retenir par les envoyés de Richelieu. La discipline de son armée se relâcha bientôt, et l’amitié qu'avaient eue d'abord les Bohémiens pour les Saxons fit en peu de temps place à la haine et à l’aversion. YValdstein qui , dès le mois d’avril, disposait d’une armée de 40,000 hommes, tomba soudain sur les Saxons, qui avaient négligé les avis et les conseils du roi de Suède, s’empara de Prague, le 4 mai, en abandonna les quartiers les plus riches à sa jeune armée, extorqua des contributions des autres quartiers , chassa rapidement les Saxons de toute la Bohême, et se trouva, le 11 juin, à Ègra, faisant ainsi sa jonction avec l’électeur de Bavière, qui, a la tête de ce qu’il avait pu sauver de ses forces, s était retire sur Ratisbonne. Gustave dut regretter alors de n’avoir pas suivi le conseil d'Oxenstierna, qui, après la bataillede Leipzick, voulait qu’on marchât droit sur Vienne, ce qui n’aurait pas, croyait-on, éveillé la jalousie de la France. Désormais il voyait bien que sa position en Bavière était d’autant moins soutenable que Pappenheim lui faisant la guerre dans la Basse-Saxe et sur le Rhin, il était en danger de se voir entouré de tous côtés parles ennemis. Il se retira donc en Franconie, etsefortilia le 19 juin, près de Nuremberg. Le 30, les Impériaux et les Bavarois se trouvaient en face de lui avec une armée bien supérieure, et se fortifièrent également.
Waldstein n’osa pas attaquer les Suédois avec son armée nouve.lement formée : « S’ils sont battus, disait-il, ils k trouveront une retraite inattaquable « dans Nuremberg, et si nous le som- « mes , rien ne s'opposera plus à leur « marche sur Vienne. »
- Des maladies et une disette se firent sentir dans les deux camps ,
et Gustave qui avait, au commencement du mois d'aoôt , reçu des renforts considérables, résolut d’attaquer le camp de 'Waldstein, et, le 24 aoât, lui donna l’assaut pendant six heures, avec la bravoure et l'opiniâtreté qui distinguaient l’armée suédoise, sans pouvoir cependant obtenir le moindre avantage. Toutefois il était également impossible aux deux armées de rester plus long-temps dans ce pays épuisé par la guerre, et le 8 septembre, Gustave, après avoir jeté une forte garnison dans Nuremberg, quitta son camp en plein jour, au bruit des fanfares militaires, et se retira avec son armée dans le meilleur ordre, d’abord sur Neustadt, et puis sur Nôrdlingen et Donauwerth. AV aldstein et Maximilien se séparèrent à Cobourg, l’électeur se rendit par Bamberg a Ratisbonne, le généralissime à Meissen, en forçant Bernard de AVeimar à se retirer et en réunissant autour de lui toutes les forces qu’il avait laissées en Bohême , et Pappenheim , qui venait de traiter en Autrichien la Basse-Saxe et la Westphalie.
I.e 22 octobre, Waldstein occupa Leipzick et Halle, et Gustave se vit contraint de quitter la Haute-Allemagne pour venir au secours de la Saxe, et d’interrompre les conférences d’L’lm , ainsi que les négociations relatives à la restitution du Palatinat. Gustave , après une marche rapide, se fortifia près de Naumbourg, et trouva, dans cette partie de l’Allemagne, les affaires bien changées à l'avantage de Waldstein, Arnheîm, le général saxon, n’ayant nulle part agi avec la résolution et la promptitude convenables, et s' étant laissé séparer du roi , ainsi que des autres généraux, par l’occupation de Halle et de Leipzick.
Ainsi Gustave se voyait réduit aux forces qu’il amenait avec lui. Waldstein toutefois n’osa point attaquer le roi, et Pappenheim, moins impétueux depuis la uatai.le de Leipzick , déclara la position du roi inattaquable, et soutint qu’il fallait avant tout secourir Cologneassiégée par le comte Henri de Berg". Aussitôt que Gustave sut que
Pappenheim était en marche sur Halle, il quitta son camp le 16 novembre' et marcha par Weissenfels sur Lutzen.
En route on fit prisonnier un capitaine impérial qui assura à diverses reprises que Pappenheim s’était de nouveau réuni à Waldstein. Cette assertion engagea le roi à réfléchir sur l’opportunité d’une bataille, et lui fit
fiera re des heures précieuses pendant esquelles Waldstein dépêcha courrier sur courrier à Pappenheim pour l’inviter à rebrousser chemin. Enfin Gustave se décida à engager le combat qui devait être pour lui si glorieux et si funeste. Mais il n’appartient qu’à Schiller de retracer ce mémorable tableau.
« Trois coups de canon que le comte de Colloredo fit entendre du château de Weissenfels, annoncèrent la marche du roi; et, à ce signal convenu, tous les avant-postes du duc de Friedland , commandés par le général des Croates , Isolani, se réunirent pour occuper les villages situés sur la Rippach. Leur faible résistance ne put arrêter l’ennemi, qui passa la Rippach près du village de ce nom, et prit position audessous de Lutzen, en face de l’armée impériale. La grande route qui conduit de Weissenfels à Leipzick est coupée, entre Lutzen et Merkranstàdt, par le canal, qui se prolonge depuis Zeit jusqu’à Mersebourg , et réunit l’Elster avec la Saale. A ce canal s’appuyaient l’aile gauche des impériaux et la droite du roi de Suède, de manière cependant que la cavalerie des deux armées s’étendait aussi sur l’autre rive. Vers le nord, derrière Lutzen, était campée l'aile droite de Waldstein, et au sud de cette petite ville, l'aile gauche des Suédois. Les deux armées se trouvaient en face de la rande route, qui passait au milieu 'elles, et séparait les deux fronts de bataille. Mais la veille du combat, Waldstein s’était emparédecette route, au grand désavantage de son adversaire; il avait fait creuser les fossés ui la bordaient des deux côtés, afin e les rendre plus profonds, et les avait fait garnir de tirailleurs, ce qui en rendait le passage très-difficile et
extrêmement dangereux. Derrière eux s’élevait une batterie de sept pièces de canon gros calibre, destinée a soutenir le leu de la mousqueterie des fossés, et, vers les moulins à vent, en arrière de Lutzen, tout près de la ville, on avait placé sur une hauteur quatorze pièces de campagne, qui pouvaient balayer une grande partie de la plaine. L’infanterie, distribuée en cinq grandes brigades, était placée en ordre de bataille a trois cents pas derrière la grande route, et la cavalerie couvrait les flancs. Tous les bagages furent envoyés à Leipzick pour ne pas gêner les manœuvres, et les chariots de munitions restèrent seuls derrière la ligne. Afin de cacher la faiblesse de l’armée impériale, tous les valets reçurent ordre de monter à cheval , et de se joindre à l’aile gauche, mais seulement jusqu'à l’arrivée de Pappenheim.
L’obscurité de la nuit favorisa ces préparatifs, et, avant le jour, tout était disposé pour recevoir l’ennemi.
<> Le même soir, Gustave-Adolphe parut dans la plaine opposée , et rangea son armée en bataille. Il adopta le même ordre qui, un an auparavant, lui avait donné la victoire auprès de Leipzick : de petits escadrons furent mêlés par intervalles dans l’infanterie, et la cavalerie reçut à son tour divers pelotons d’infanterie, placés aussi par intervalles, et destinés à agir à ses cotés. L'armée entière formait donc deux lignes, ayant le canal à droite et derrière, la grande route devant elle, et la ville de Lutzen à sa gauche; l’infanterie, sous les ordres du comte de Brahc, était placée au centre, la cavalerie aux deux ailes, et l'artillerie en avant. Un héros allemand, le duc Bernard de Weimar, conimanaait la cavalerie allemande de l’aile gauche : le roi, en personne, était à la tête de ses Suédois à l’aile droite, afin d’exciter entre les deux nations une noble et salutaire émulation. Les mêmes dispositions furent observées dans la seconde ligne, et , derrière elle , se trouvait place un corps de réserve sous le commandement de l’Écossais Ilenderson.
« Ces dispositions prises de part et
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d’autre, on attendit le jour pour commencer une lutte qui devait tout l’intérêt, comme tout l’effroi qu’elle inspirait, plutôt aux longs retards qu'elle avait éprouvés qu’à l’importance probable des suites qu’elle pouvait avoir.
L’attente de l’Europe, trompée devant le camp de Nuremberg, allait être satisfaite dans les plaines de Lutzen :
jamais , dans le cours de cette longue guerre , deux généraux de ce mérite , égaux en considération , rivaux de gloire, et doués tous deux des plus rares talents militaires, n’avaient mesuré leurs forces en bataille rangée.
Jamais un pareil défi n’avait paru devoir en imposer à l’audace même ; jamais l’espérance n’avait été enflammée par un prix aussi élevé. Cette journée devait montrer à l’Europe le premier de ses guerriers , et proclamer le vainqueur de celui qui jusque là n'en avait connu aucun ; elle devait décider si c’était le génie de Gustave- Adolphe qui avait vaincu au combat du Lech et a la bataille de Leipzick , ou si l’impéritie de son adversaire avait été la seule cause de ce succès.
« C’était dans cette journée que le mérite du duc de Friedland aevait justifier le choix de l’empereur, et que la grandeur de l’homme devait balancer l’énormité du prix qu’il avait coûté. Chaque soldat, fier de la gloire de son chef, semblait la partager tout entière; sous chaque armure on retrouvait les sentiments qui enflammaient l'ame du général. L’issue était encore douteuse:
mais les efforts , le sang qu’elle allait coûter au vainqueur comme au vaincu, ne l’étaient pas. Chacun connaissait bien l’ennemi avec lequel il avait affaire, et l’inquiétude que l’on ressentait de part et d’autre, et que l’on cherchait vainement à dissimuler, était le plus glorieux témoignage qu’ils pussent recueillir l’un et l’autre de leurs talents militaires.
« Enfin paraît ce jour redouté; mais un brouillard impénétrable, qui couvre toute la plaine , diffère encore l’attaque jusqu'au moment où les armées
rmrront se découvrir. Le roi se jette genoux devant le front de bataille •
8* Livraison. (Swbdb.)
toute l’armée suit aussitôt son exemple, et entonne un cantique touchant que la musique militaire accompagne.
Alors Gustave-Adolphe monte à cheval,et, vêtu d’un simple habit dedrap, avec un justaucorps en buffle (les douleurs qu'il ressentait d’une ancienne blessure ne lui permettaient pas de porter la cuirasse), il parcourt les rangs pour inspirer à ses braves une confiance que son coeur, plein de funestes pressentiments, était loin de partager.
Dieu avec nous était le mot de ralliement des Suédois ; Jésus, Marie , celui des Impériaux. Vers les onze heures, le nuage commence à se dissiper, et l’on aperçoit l’ennemi. On voit aussitôt les flammes de Lutzen, que le duc de Friedland avait fait incendier pour n’être pas tourné sur ce point. Alors retentit le signal de l’attaque : la cavalerie suédoise s’élance contre l’ennemi, et l’infanterie marche vers les fossés.
n Accueillis par un feu terrible de mousqueterie et par la grosse artillerie lacée sur le revers , les intrépides ataillons suédois poursuivent leur attaque avec la même vigueur. Les mousquetaires ennemis abandonnent leur position , les fossés sont franchis ; on s’empare de la batterie même , que l’on dirige sur-le-champ contre les Impériaux. Les Suédois pénètrent avec une impétuosité irrésistible : la première des cinq brigades de Friedland est enfoncée; bientôt après, la seconde, et déjà la troisième commence à plier : mais la présence d’esprit du duc arrête bientôt les progrès de l’ennemi; avec la vivacité de l’éclair, il répare partout le désordre de son infanterie ; d’un mot il arrête les fuyards. Soutenues de trois régiments dé cavalerie, ses brigades déjà battues font de nouveau face aux Suédois, et pénètrent avec fureur dans leurs rangs.
Alors s’engage le combat le plus terrible : la proximité de l’enneini ne permet plus l’usage de l’arme à feu ; la fureur de l’attaque enlève le temps nécessaire à la charge; on combat homme à homme : à l’arme à feu, devenue inutile, succèdent la pique et l’épée; l’art fait place à la rage. Enfin
L’UN IV EU s.
les Suédois, fatigués, subjugués par le nombre, se replient jusqu’nu-aelà des fossés, et la batterie qu’ils venaient d'emporter est abandonnée dans leur retraite; mille corps mutilés couvrent déjà la plaine, et l’on n’a pas gagné un pouce de terrain !
» Cependant l’aile droite des Suédois, conduite par le roi en personne, a attaqué l’aile gauche de l’ennemi. Le premier choc des cuirassiers finlandais a déjà dispersé tous les corps légers polonais et croates qui couvraient cette aile, et le désordre de leur fuite porte en un instant la terreur et la confusion dans le reste de la cavalerie. Dans ce moment, le roi apprend que son infanterie se retire au-delà des fossés, et que son aile gauche , fortement maltraitée par l’artillerie des moulins, commence aussi à plier. Avec la plus grande présence d'esprit, il charge aussitôt le général llorn de poursuivre l’aile gauche de l’ennemi qu'il vient de battre, tandis qu’il part lui-même, à la tête du régiment de Steinbock, pour aller arrêter le désordre de la sienne.
« Son fier coursier le porte comme un trait au-delà des fossés ; mais le passage est plus diflicile pour les escadrons qui le suivent, et un petit nombre de guerriers, parmi lesquels on compte le duc François Albert de Saxe-Lauenbourg , sont assez heureux pour se placer encore à ses côtés. Il pousse directement vers l’endroit où son infanterie parait assaillie avec le plus de fureur, et , tandis qu’il jette ses regards autour de lui , pour tacher de découvrir dans l’armée ennemie un jour vers lequel il puisse diriger son attaque , sa vue courte le conduit trop près d’elle. Un caporal impérial s’aperçoit que tout s’éloigne avec respect, pour laisser passer celui qui s'avance le premier, il ordonne aussitôt à un mousquetaire de tirer dessus : « Tire « sur celui-là, crie-t-il, ce doit être « un homme considérable. » Le soldat obéit , le coup part , et va fracasser le bras gauche du roi. Au même instant accourent autour de lui ses vaillants escadrons, et un bruit confus, au milieu duquel ils n’entendent que ces
paroles : Le roi est blessé! le roi a reçu un coup de feu ! vient les glacer d’epouvantc et d’horreur. « Ce n’est « rien; suivez -moi, » s’écrie Gustave en recueillant toutes ses forces. Mais bientôt, vaincu par la douleur, près de s’évanouir, il prie , en langue française, le duc de Lauenbourg de le tirer sans éclat de la foule. Tandis que celui-ci se dirige vers l'aile droite avec le roi , et lui fait faire un long détour pour dérober à l’infanterie découragée ce spectacle accablant, Gustave reçoit dans le dos un second coup qui lui enlève le reste de ses forces. « J’en ai « assez, mon frère, dit-il d’une voix « mourante; toi, cherche seulement à « sauver ta vie. » En même temps, il tombe de cheval , et, atteint de nouveau par plusieurs coups de feu , abandonné de toute sa suite, il rend le dernier soupir entre les mains des Croates. Bientôt son coursier , tout couvert de sang, erre seul dans la plaine, et apprend à la cavalerie suédoise la perte irréparable qu’elle vient de faire. Furieuse alors , elle s’élance vers l’endroit où il est tombé; elle veut arracher les précieux restes de son roi aux mains barbares qui le dépouillent : un combat meurtrier s’engage autour de son cadavre, et ce corps défiguré reste enseveli sous un monceau ae morts.
« En un instant , cette nouvelle terrible a parcouru toute l’armée suédoise; mais , au lieu d’abattre le courage de ces braves légions , elle le renouvelle, elle l'échauffe, et le porte jusqu’à la rage. La vie n’a plus de prix , depuis que la plus sacrée de toutes n’est plus ; la mort n’a rien d’effrayant, depuis qu’elle a frappé la tête là plus chère. Comme des lions furieux , les régiments uplandais, smalandais, finlandais, d’Ostrogothie et de Westrogothie, se précipitent, pour la seconde fois, sur l’aile gauche de l’ennemi qui n’oppose plus au général I lorn qu’une faible résistance , et est bientôt entièrement défait. En même temps, le duc Bernard de Weimar , guerrier dont les talents égalaient le grand courage, prend le commandement de l'armée orpheline
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de son roi , et le génie de Gustave- Adolphe conduit encore ces phalanges victorieuses. En un instant, l'ordre est rétabli à l'aile gauche; le duc Bernard enfonce l’aile droite des Impériaux; il s’empare de l’artillerie des moulins, qui causait les plus grands ravages, et la dirige contre l’ennemi.
Le centre de l'infanterie suédoise, conduit par le duc Bernard et Kniphausen , franchit de nouveau les fossés, et, pour la seconde fois, la batterie de sept canons est emportée.
Alors l’attaque recommence avec une nouvelle fureur contre les gros bataillons du centre; leur résistance devient toujours plus faible , et le hasard luimême vient concourir avec la bravoure suédoise pour achever leur défaite : le feu prend aux caissons des Impériaux, et, au milieu d’un fracas horrible, on voit voler dans les airs une immense quantité de grenades et de bombes.
L’ennemi épouvanté se croit surpris par derrière , tandis que les brigades suédoises l’attaquent par devant; le courage l'abandonne; il voit son aile auche battue, sa droite sur le point e l’étre, et son artillerie au pouvoir des Suédois. La victoire est prête à se déclarer ; le destin de la journée ne dépend plus qye d’un instant... Mais tout à coup parait Pappenheim à la tête des cuirassiers et des dragons; alors tous les avantages obtenus jusque-là sont perdus, et une nouvelle bataille recommence.
« L’ordre qui rappelait ce général à Lutzen l’avait trouvé à Halle, au moment même où ses soldats achevaient le pillage de cette ville. Il était impossible de rassembler toute cette infanterie avec la promptitude qu'exigeaient l’urgence des ordres et l’impatience de ce guerrier. Sans attendri donc qu’elle fût réunie , il fait montet à cheval huit régiments de cavalerie, se met à leur tête, et accourt pour
? rendre part à la fête de cette journée. I arriva encore assez à temps pour voir la défaite de l’aile gauche des Impériaux battue par Gustave Horn, et u fut, pendant quelques instants, enveloppé lui-même dans cette défaite;
mais sa présence d’esprit sut bientôt rallier ses bandes fugitives et les ramener à l’ennemi. Entraîné par son indomptable courage, brûlant d’impatience de combattre le roi lui-même, qu’il supposait commander cette aile, il fond avec furie sur les escadrons suédois, qui, las de vaincre, et accablés par la supériorité du nombre, reculent devant cette nouvelle masse d’ennemis, en faisant toutefois la plus vigoureuse contenance. La présence de Pappenheim, sur laquelle on ne comptait plus, réveille aussi l’ardeur presque eteinte de l'infanterie impériale, et le duc de Friedland saisit avec promptitude l’occasion de reformer sa ligne. Les bataillons suédois, serrés en niasse , sont repoussés , après un combat terrible, jusqu’au-delà des fossés , et les canons , deux fois em-
fiertés , sont arrachés deux fois de eurs mains. Tout le régiment jaune, comme le plus brave de ceux qui signalèrent leur courage dans cette sanglante journée, était étendu sur le champ ae bataille , dans ie même ordre qu’il avait si vaillamment conservé avant de mourir. Tel fut aussi le sort d’un régiment bleu, que le comte de Piccolomini , à la tête de la cavalerie impériale, tailla en pièces, après le combat le plus terrible. Cet excellent général renouvela sept fois son attaque; sept chevaux furent tués sous lui , et , percé de six coups de feu , il n’abandonna ie champ de bataille que loràt^ue l'armée entière l’entraîna dans sa retraite. On vit le duc de Friedland lui-même, au milieu d'une grêle de balles , parcourir avec calme toutes ses divisions, secourant le faible, applaudissant au brave , punissant le lâche d'un regard foudroyant. Autour de lui, à ses côtés, la’ mort moissoune en fouie ses guerriers; son manteau même est criblé de balles. Mais les dieux vengeurs protègent en ce jour celui qui doit bientôt expirer par un fer assassin qu’on aiguise déjà dans l’ombre: Waldstein ne devait pas terminer une vie coupable sur le champ d’honneur où Gustave- Adolphe venait de finir la sienne.
« Le même bonheur ne fut pas réservé à Pappenheim , le Télamon de l’armée, le plus redoutable soldat de la maison d’Autriche et de l’Église. Le désir brûlant de combattre le roi corps à corps avait entraîné ce guerrier furieux au milieu de la plus sanglante mêlée, là où il espérait le plus rencontrer son généreux ennemi. Gustave-Adolphe avait aussi cherché à voir de près cet adversaire qu’il estimait; mais l'ardeur secrète qui les animait l'un contre l’autre ne put être satisfaite, et la mort seule rapprocha ces deux héros.
Deux balles de mousquet traversèrent la poitrine de Pappenheim , déjà couverte de cicatrices , et les siens furent obligés de l’arracher de force à cette scène de carnage. Tandis qu’on était occupé à le transporter sur les derrières , un bruit confus vient jusqu’à son oreille, et semble lui apprendre que celui qu’il cherchait est étendu mort sur le champ de bataille; bientôt cette nouvelle lui est continuée. On vit alors tous ses traits s’épanouir, et ses yeux briller d'un dernier éclat. » Qu'on’ nn- « nonce au duc de Friedland , s’écria- » t-il , que je suis blessé sans espé- « rance, mais que je meurs content, « puisque l’implacable ennemi de ma b religion est mort le même jour que « mot. >>
. « Avec Pappenheim disparut du champ de bataille le bonheur des Impériaux. La cavalerie de l’aile gauche, a peine privée de ce chef victorieux qui venait de la rallier, crut tout perdu par sa mort, et, s'abandonnant au plus lâche découragement , prit la fuite. Un pareil desordre s’empara aussi de l’aile droite, qui prit la fuite également, à l’exception de quelques régiments , que l’intrépidité ue leurs colonels, Gôtz, Terzki, Golloredo et Piecolomini, contraignit de demeurer à leur poste. L’infanterie suédoise sut proliter, avec promptitude et vigueur, de ce moment d’épouvante. Alin de remplir les vides que la mort venait de faire dans le premier corps de bataille, les deux lignes se réunissent, et hasardent enfin l’attaque décisive.
Pour la troisième fois , l’infanterie
franchit les fossés, et, pour la troisième fois , les canons placés sur le revers tombent entre ses mains. Le soleil va terminer sa carrière, et les deux armées renouvellent leur sanglante lutte; le combat, près de Gnir, recommence plus terrible que jamais ; de part et d’autre , les dernières forces sont aux prises: l’adresse, la fureur font les plus violents efforts pour ressaisir, dans ces instants précieux, les avantages de la journée. En vain le désespoir élève chaque combattant audessus de lui -même, aucun ne sait vaincre, aucun ne sait reculer; et la tactique ne semble épuiser, d’un côté, ses plus savantes ressources que pour donner lieu, de l'autre, à l’exécution des plus habiles, des plus surprenantes manoeuvres. Enfin, le brouillard et la nuit viennent mettre à ce combat un terme que la fureur ne sait y mettre, et l’attaque cesse , parce qu'on ne découvre plus son ennemi. Un mouvement uniforme sépare les deux armées; les trompettes font entendre le signal consolant de la retraite, et chacun, désavouant sa défaite, abandonne la plaine.
« L’artillerie des deux armées passa la nuit sur le champ de bataille , faute de chevaux : elle devait être à la fois le prix et le gage de la victoire pour celui qui se rendrait maître du terrain. Mais la précipitation avec laquelle le duc de Friedland abandonna Leipzick et la Saxe, lui lit oublier d’aller retirer la sienne. Peu après la fin du combat, arriva l’infanterie de Pappenheim, forte de six régiments, et qui n’avait pu suivre assez vit# son général; mais elle arriva trop tard, et le sort de la journée était fixé. Il est vraisemblable que, si ce renfort fût venu quelques heures plus tôt, il eut décidé de la victoire en faveur des Impériaux; il aurait même pu , en s'emparant, aussitôt après son arrivée, du champ de bataille, sauver l’artillerie du duc de Friedland et enlever celle des Suédois; mais, sans ordre pour régler sa conduite, ignorant entièrement l’issue de la bataille, il prit la route de Leipzick dans l’espoir ae rencontrer l’armée. »
SUÈDE
Tel est l’admirable table.iu que Schiller a tracé de la bataille de Lutzen.
Écoutons maintenant Richelieu. Il nous dira quelles furent les suites de cette lutte sanglante , et nous ne pourrons sans un vif intérêt entendre les réflexions que la mort de Gustave suggéra à ce grand ministre, l'homme le mieux fait, peut-être, pour comprendre le héros suédois.
« Le désordre des Impériaux fut si grand en leur fuite, que leur cavalerie, rencontrant leur propre bagage auprès de Leipzick , le pilla comme si c’eût été celui de l'ennemi.
« Pappenheim mourut d'une mousquetade en cette bataille, et dit qu’il mouroit content puisque le roi de Suède étoit mort avant lui. Ce fut le capitaine le plus courageux et le plus heureux de tous ceux de l’empereur, et qui, pour marque de sa valeur, avoit cent cicatrices sur lui. t
« La nuit suivante fut une des plus horribles dont on ait ouï parler, à cause des morts et des mourants blessés de part et d'autre, répandus dans le champ de bataille, ou le duc de Weimar demeura jusqu’au lendemain.
« Il y eut six mille hommes de morts, la plupart Impériaux, grand nombre de blessés qui moururent presque depuis, et trente-six pièces de canon des ennemis prises.
« Ledit duc, après avoir retiré tous les blessés du champ , en partit sur les dix heures du matin, et s’en alla à Weisseniels avec son armée, oui ne savoit encore rien de la mort aie son chef, qu’il avoit eu soin d'envoyer retirer par le sieur de Truxes et autres le jour précédent, lorsqu’il prit le commandement de l’armee et alla charger les ennemis. Ledit Truxes le mit sur un chariot d'artillerie , prenant son temps lorsque les ennemis furent un peu éloignés du lieu où il l’avoit remarqué , car tantôt ils s’avançoient et tantôt reculoient, allant d’une place à l’autre selon le choc qu'ils donnoient ou recevoient, et la variété du jour, où l’on voyoit un perpétuel changement de pluie et de beau temps. Étant arrivé à Weisseinfels, il fit assembler tous
les officiers , et leur dit que le roi étoit mort, et qu’il étoit résolu, après une si grande perte et une si grande victoire, de poursuivre les ennemis et de continuer une si juste vengeance. Tous les colonels louèrent son dessein, et il commanda aux troupes de marcher; et, après qu’elles furent au rendez-vous, il lit amener le corps du roi au devant de l’armée, qu’il harangua, disant, entre autres cnoses, qu’il ne vouloit pas céler davantage le malheur qui étoit arrivé de la mort d’un si grand prince, et les conjuroit tous, par lagloire u’ils avoient acquise en le suivant, e lui aider à en prendre vengeance, et à faire voir à toute la terre qu’il commandoit à des soldats qui lont rendu invincible et, après la mort même, la terreur de ses ennemis.
Toute l'armée répondit en criant qu’ils le suivroient partout où il voudroit, et jusques au bout du monde.
« Après ces choses, le duc de Weimar s’avança vers Leinnitz et Zwickau, sur la même route des ennemis , faisant porter le corps du roi de Suède au milieu de la bataille, accompagné de ses deux régiments de gardes, l’es-
fiace de quinze jours durant. Il prit es deux places là où s’étoit retire le reste de l’infanterie des ennemis, et ensuite sépara son armée. Kniphausen alla, sous le duc de Lunebourg, assiéger Hameln, ville en Westphalie, et le duc Bernard prit le chemin de la Franconie, ayant fait conduire le corps du roi a Wolgast , et de là en Suède, en grande pompe et cérémonie. Arnheim joignit ledit duc de Weimar, qui ne se retira point en ses quartiers d'hiver, qu’il n'eût premièrement repris Leipzick et toutes les autres places de la Misnie, dans laquelle Walstein avoit laissé garnison, et qu’il n’eût chassé tous les Impériaux des états du duc de Saxe.
« La mort du roi de Suède est un exemple mémorable de la misère humaine , ne lui étant pas, à l’instant de sa mort , resté de tant de provinces qu’il avoit conquises sur ses voisins, et tant de richesses qu'il avoit gagnées en Allemagne, une seule chemise pour
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L’LllSIVERS.
couvrir son infirmité, l'orgueil de sa naissance et de la réputation de ses armes qui l’éleroit au-dessus de plusieurs grands monarques, ayant etc battu jusque* à ce point que d’être foulé aux pieds des chevaux amis et ennemis , et si égal au corps des moindres soldats , entre lesquels le sien étoit gisant, meurtri et souillé de sang, que ses plus familiers même eurent peine à le reconnottre pour lui rendre l’honneur de la sépulture. Telle fut la fin de toute sa grandeur.
» Le pape, oyant cette nouvelle, alla en l’église nationale des Allemands dire une messe basse. Les Espagnols , qui vouloient que ce roi, qui ne faisoit la guerre qu’à leur ambition et en faveur des princes qu’ils avoient opprimés, fût estimé comme si le but de ses armes étoit la destruction de l’Église, se plaignirent hautement de ce que le pape n’a voit point fait chanter le Te Deum , et tirer le canon en signe de réjouissance; ce qui fut fait le lendemain, qui étoit un dimanche, à l’issue de la chapelle : les uns disoient que c’étoit sur le sujet de ladite mort , les autres, sur celui de l’élection du roi de Pologne, dont l’avis étoit venu au même temps.
« Le roi de Suède fut fils du duc Charles, oncle de Sigismond, roi de Pologne, qui le laissa son lieutenantgénéral en Suède quand il alla recevoir In couronne de Pologne, à laquelle il avoit été élu. Il se rebella dans peu de temps, sous prétexte de la religion, et , après plusieurs guerres et plusieurs années, s'enhardit de prendre le titre de roi. Après sa mort, Gustave son fils, dont nous parlons maintenant, lui succéda, âgé de dix-sept ans, qui avoit déjà beaucoup voyagé et donnoit une grande espérance de soi , laquelle il confirma par ses actions , car il eut incontinent guerre avec les Polonais, les Danois et les Moscovites, qu’il attaqua l’un après l’autre, et emporta de chacun d eux quelque province. Enfin il vint en Allemagne, où il brisa et fracassa tout ce qui s'opposa à lui; et si, après la bataille de Leipzick , il eût été droit attaquer
l’empereur en ses provinces héréditaires, aussi bien comme il tourna l’effort de ses ormes contre les évêques et les électeurs catholiques , pénétrant jusques à Mayence, Spire et Worms, deçà le Rhin , c’étoit fait de la maison d’Autriche, vu que la moindre victoire qu’il eût remportée en ce lieu-là , qui lui étoit facile, ses forces ayant été défaites à Leipzick , elle n’av’oit plus de ressources ni de lieu où pouvoir rassembler un corps d’armée, où , au contraire , tandis que ledit roi s’amusa contre les autres princes, toutes les provinces (pii n’avoient point été affligées de la guerre, fournirent à l’ Autriche des gens de guerre , des munitions , et des moyens de remettre sur pied et entretenir une armée deux fois plus grande que celle qu’elle avoit eue auparavant. Mais, ou Dieu ne vouloit pas l'entière destruction de cette maison, qui eût peut-être été lors trop préjudiciable à la religion catholique , et détourna le roi de Suède du conseil qui lui étoit avantageux de prendre, ou je même Dieu, qui ne donne pas tout à tous, mais divise ses dons diversement à chacun, avoit donné à ce roi, comme àAnnibal, la science de vaincre, mais non pas celle d’user de la victoire.
« Il étoit prince savant, qui parloit beaucoup de langues, accort et affable, et qui savoit l’art de la guerre parfaitement, et avoit pris plaisir de le mettre en pratique depuis son avènement à la couronne , et non seulement dounoit les commandements , mais les faisoit exécuter lui-même en personne.
« Il avait accoutumé de dire qu’un roi n’étoit pas digne de porter la couronne sur la tête, qui faisoit difficulté de la porter partout où un simple soldat pouvoit aller : aussi courut-il souvent fortune d’être pris , et eut quantité de coups sur lui, et, entre autres, un sur l’épaule dont la balle lui étoit demeurée ; ce qui l’empêcha de pouvoir prendre sa cuirasse à la bataille de Lutzcn.
« Ceux qui cherchent les ténèbres dans la lumière du soleil , et retrouvent à reprendre en la même vertu ,
SUÈDE
Il»
•le blâment d’étre mort en soldat ; mais ils ne se souviennent pas que tous les princes conquérants sont obligés de faire, non seulement l'office de capitaine, maisde simple soldat, et d’étre les
J (rentiers dans les périls pour y animer es soldats , qui ne s'y hasarderaient pas sans eux. N’a-t-on pas vu Alexandre sauter du haut des murailles dans une ville, et soutenir tout un temps l’effort de tout le peuple qui l’y vint assaillir? Et César prit-il pas dans un combat le bouclier du premier de scs légionnaires , se mit à pied à la tête de tous les siens, pour combattre ses ennemis? et une autre fois, il se jeta si courageusement dans le péril, qu’il fut contraint de s’exposer a la nage , et de sa hardiesse est demeuré ce proverbe : Que rien ne peut vaincre César et sa fortune.
« Le Suédois mourut d’autant plus glorieusement que l'un et l’autre, qu’il est plus convenable à la condition d'un grand capitaine et d'un conquérant de mourir l'épée à la main , faisant son tombeau du corps de ses ennemis dans le champ de sa victoire , que d’étre haï des siens ou poignardé des mains de ses plus proches, ou mourir empoisonné et enseveli dans le vin.
« Cette dernière bataille est mémorable encore , en ce que et les Impériaux et les Suédois ont tous deux
J >rétendu avoir remporté la victoire :
es Suédois , pour le grand carnage u’iis firent de leurs ennemis , le champ e bataille qui leur demeura avec le bagage et le canon ; les Impériaux pour la mort du roi de Suède, qui valoit seul plus que toutes les deux armées, et en la personne duquel ils prétendoient que consistoient la victoire et l’heureux succès de toute la guerre, espérant désormais bon marché de tout le parti destitué d'un tel chef.
« Ils avoient raison de faire tant d’estime de la personne de ce prince, et néanmoins ils furent trompés en l'espérance qu'ils avoient que tout serait divisé après sa mort, car il avoit eu tant de prévoyance , qu'ayant fait reconnoître en Suède sa fille pour son héritière , il avoit désigné en Allema-
gne Oxenstiern, au cas qu’il mourût, pour avoir la direction aes affaires et le souverain commandement des armées , de manière que sa mort n’étonna point en sorte le parti qu’il ne demeurât en état de pouvoir continuer la uerre. Outre que si la mort du roi e Suède ôtolt au parti un si grand capitaine , aussi délivroit-elle tous les princes collègues de la jalousie qu’ils commençoientà avoirdece conquérant, qui , bien que sage, commençoit néanmoins à s'emporter à quelques paroles insolentes contre ces princes , el les mettoit à une disposition plus affermie de demeurer dans l’union de la ligue de Leipzick , vu principalement qu’ils se voyoient commander dix années dans ^Allemagne, avoir les deux tiers du pays et les principales villes à leur dévotion, et étaient entrés en ronnoissance de leurs forces, a faute de laquelle ils avoient reçu, durant quelques années, une dure lui de ceux auxquels ils étaient capables de la donner (*). »