‹ L'UniversChapitre 11 sur 87 · L’UN IV EU S · texte numérisé non relu

L’UN IV EU S

parce que son propre intérêt se trouvait lié à ces avantages; car son amour même pour sa patrie ne résistait pas aux atteintes de l'or et de la corruption. Vis-à-vis des grands suédois, il ne dépouilla jamais les dehors d’une basse humilité. Son ambition ne put porter son intérêt ni sa prévoyance à sentir que par des bienfaits il se créerait des partisans , et que s’il était honoré des uns, il avait excité la jalousie des autres. Il se dédommageait dans son intérieur des humiliations qu’éprouvait son orgueil en public, comme de la contrainte et de la dissimulation qu'il était obligé d’y garder.

Là, il était aussi lier, aussi inconstant, aussi capricieux qu’il était soumis et rampant en public. Toujours semblable a lui-même, il se consolait de la gêne du mariage en se livrant aux voluptés les plus communes.

Oxensi ierna était jaloux de Salvius, comme d’Avaux l’était de Servien ; et l’inimitié qui régnait entre les plénipotentiaires suédois trouvait un exemple funeste dans les querelles publiques des plénipotentiaires français, qui faisaient imprimer des lettrés ameres et injurieuses l’un contre l’autre. De semblables divisions ne se faisaient pas remarquer parmi les Impériaux à Munster; le comte de Nassau et le docteur t\ olniar restèrent fidèles à leur ancienne intimité; mais chez eux le second plénipotentiaire était aussi l’ame de l’ambassade, et visait aux ruses, comme Servien et Salvius.

« L’humeur naturelle des chefs de ces trois ambassades était donc peu

n're à frayer les premiers pas vers . iaix , et les inimitiés personnelles venaient encore embrouiller une négociation assez embrouillée par ellemême.

« Grâce aux difficultés qui s’étaient élevées à Munster, et aux inimitiés personnelles des plénipotentiaires, les négociations, après une année de durée, n’étaient encore qu’un chaos, qui devenait de jour en jour plus inextricable. Enfin, arriva la nouvelle que la cour impériale envoyait au congrès un nouveau plénipotentiaire , le comte

Maximilien de Trautmansdorf. Un rayon d’espoir vint luire aussitôt sur la malheureuse Allemagne.

» Ce ministre jouissait par-dessus tous ses collègues d'une grande considération dans les états d'Autriche, et de la confiance entière de sa cour. A près avoir employé sa jeunesse à l’étude des sciences et à la pratique des plus nobles vertus, et au perfectionnement de sa raison parle commerce des hommes et de nombreux voyages, il avait consacré au service militaire les premières années de l'Age viril; car, sans ces études, sans ces travaux de la jeunesse, la capacité active de l’homme ne se développe jamais complètement; de même que l'homme d’état n’arrive jamais à un degré remarquable en politique sans la connaissance de l’art de la guerre.

Les Tautmansdorf s’étaient montrésde tout temps vaillants dans les combats; quatorze d’entre eux tombèrent sur le champ de bataille, où iis aidèrent Rodolphe de Habsbourg à remporter une sanglante victoire sur Ottakar de Bohème; et de dix-huit membres de sa famille qui se trouvaient à la bataille de Muhldorf, seize périrent sur la place sans avoir pu préserver leur infortuné chef, Fréderic-le-Beau d’Autriche, de cette captivité à laquelle sa noble générosité donna une si longue durée.

« Parvenu à l’âge de maturité , riche de connaissances en tous genres, Trautmansdorf entra dans la carrière des affaires publiques. Sous le bizarre empereur Rodolpne, qui oubliait la politique pour rechercher les secrets de la nature, et sous Matthias, qui, lier et haineux, nommait sa stérile activité, en la comparant à la lâche indolence de son prédécesseur, humeur entreprenante rt hardie, Trautmansdorf traita les affaires les plus importantes, à la satisfaction de ces deux souverains. Tous les deux , quelque différents que fussent d’ailleurs leurs caractères, voyaient débrouiller et regler par ses grands talents ou sa grande sagesse ce qui n’était pour eux qu’incertain ou inconnu. Mais ce ne fut que sous Ferdinand II, sous cet empereur labo-

rieur, instruit et véritablement souverain, que brillèrent dans tout leur éclat la capacité, la prudence dans les affaires, l ‘universalité de connaissances, la fidélité de Trautmansdorf; et l’époque de la guerre de trente ans n’exigeait rien moins que le développement des plus grandes vertus comme des plus grands talents. Ferdinand, qui était si zélé pour la religion catholique, donna son entière confiance à Trautmansdorf, quoique celui-ci, élevé dans la doctrine évangélique, et devenu ensuite catholique, ne tût vu qu'avec une certaine métiunce de la part des catholiques.

" L’empereur, en mourant, ne crut pas pouvoir faire de présent plus précieux à Ferdinand III , son fils, que de lui laisser un conseiller aussi habile et aussi dévoué.

•A la paixde Prague (Ie20 mai 1635), Tmutmansdorfavait réconcilié les cours de Vienne et de Saxe, service essentiel rendu au chef des évangéliques. Il arracha au zèle des catholiques et des jésuites un article d’après lequel les protestants devaient rester, au moins pendant un certain temps, en possession des biens ecclésiastiques. Il montra autant de calme pour le zèle de ceux de si croyance qui lui reprochaient la paix de’ Prague , que pour les protestants, qui la reprochaient à la cour de Saxe. Les gens impartiaux étaient d’accord sur ce point, que Trautmansdorf pouvait seul en ce moment rapprocher les deux parfis , et les amener à une espèce de réconciliation. Aussi apprirent-ils avec un vif sentiment de reconnaissance qu’il n’avait pas craint de s'éloigner de l'empereur, quoiqu'il fût convaincu que les F.spagnols et leurs partisans allaient employer tous leurs efforts, pendant son absence, pour lui faire perdre la confiance de, son maître. Lin noble sentiment de ses forces lui persuadait qu’il était indispensable à Ferdinand ; mais son ame indépendante pouvait aisément se détacher de lu cour et de ses faveurs.

« Lorsqu’il fut sur le point de partir pour le congrès , il reçut des pouvoirs beaucoup plus étendus que les

plénipotentiaires de sa cour qui y travaillaient depuis un an sans résultat. L’empereur lui adressa ses volontés secrètes écrites de sa propre main.

Il est naturel de croire que le chef de l’empire désirait attirer a lui de nouveau les membres de l'empire , et les réunir en un même corps, afin que, tous ensemble, ils pussent s’opposer aux Français et aux Suédois , et chasser de l’Allemagne ces insolents étrangers ; car pendant sa route Trautmansdorf fit répandre le bruit qu'il était chargé de pacifier tous les états de l'empire, et d’opérer au plustùt leur réconciliation et leur réunion avec l’empereur, s’ils n’avaient pas perdu tout sentiment d'amour national.

« On attendait avec la plus vive impatience au congrès l’arrivée de ce nouveau plénipotentiaire ; enfin , l’avantdernier jour de novembre, on annonça tout a coup que Trautmansdorf était à Munster. Il y était entré, en effet, sans aucun cérémonial , pour éviter de tomber dans les discussions de préséance qui avaient jusqu'ici troublé les négociations. Mais son arrivée était à peine connue que les plénipotentiaires français lui firent demander s’il leur rendrait leur visite immédiatement après celle qu’il ferait au nonce. Il hésita un instant, car il connaissait toute lajalousiequi régnaitentre les Français et les Espagnols relativement à la préséance. Enfin, il répondit par l’affirmative, et ajouta, en riant, qu’il était juste de visiter d'abord les amis , ensuite les indifférents, et puis les ennemis. Les Français observèrent avec soin le moment où le nonce lui fit sa visite; et, aussitôt après son départ, ils se présentèrent solennellement dans neuf voitures pour faire la leur. Le plénipotentiaire impérial rendit, à la vérité, cette visite immédiatement après avoir rendu celle du nonce , mais il avait déjà visité les plénipotentiaires d’Espagne, comme amis et servant la même maison que lui , et les Français en parurent satisfaits.

« Les diplomates eurent de la peine à se rendre compte de la sensation que leur causa Trautmansdorf. Une grande

taille sans être bien fait , des yeux enfoncés, un nez retroussé, un visage ombragé par une affreuse perruque , excitèrent d’abord le sourire , surtout des Français; mais sa gravité naturelle, fortifiée par ce que pouvait y ajouter un âge de plus de soixante ans, et sa suite magnilique, composée de nombreux chevaliers allemands, firent bientôt cesser cette première disposition. Lorsqu’il commençait à parler, le charme ue ses paroles excitait l’admiration. L’art avec lequel il discutait les affaires les plus importantes , la profondeur de son jugement , étonnaient également. Une affaire était à peine commencée qu’il la poursuivait sans relâche jusqu’à ce qu’elle fût terminée ; et dès qu’on eut entamé la question relative à la réunion des états d'Allemagne avec l’empereur, il ne permit plus qu’on l’abandonnât jusqu’à sa solution. Les préséances faisaientelles craindre de vives contestations, personne ne trouvait mauvais que Trautmansdorf dédaignât un vain cérémonial. il était franc et ouvert, sans cependant jamais sortir des limites de la sagesse. Les envoyés des états prirent bientôt en lui une confiance entière , et les plénipotentiaires français eux-mémes partagèrent l’opinion générale, (pie son arrivée devait amener la conclusion de la paix , et rendre enfin le repos à l’Allemagne. »

Quelque temps avant Trautmansdorf, on avait vu arriver à Munster le due de Longueville, qui, par l'élévation de son rang, était destiné à maintenir l’harmonie entre d’Avaux et Servien , mais qui ne fit que soulever de nouvelles difficultés, en insistant fortement sur ses prétentions au litre à' altesse, qui lui était dil, disait-ii, en sa qualité de prince du sang, et que cependant les Impériaux et les Espagnols s’obstinèrent à lui refuser.

Nous laisserons de coté ces discussions puériles et ridicules, pour indiquer rapidement les questions les plus importantes qui se présentèrent à examiner. La première était la question de savoir qui devait assister aux conférences, et de quelle manière les

voix seraient comptées. L’Autriche prétendait, ce qui pouvait être vrai dans des temps ordinaires, que les membres de l’empire n’avaient point à s’immiscer dans les négociations avec des puissances étrangères, et que l’ambassadeur de l’empereur les représentait tous ; mais on abandonna bientôt rette prétention insoutenable dans les circonstances présentes , et contraires même aux intérêts de l’Autriche , puisque éliminer les envoyés des princes de l’empire, c’était accroître l'influence des Suédois et de la France. On convint enfin que les membres de l’empire voteraient en trois sections (curiie), et que dans certains cas on formerait des commissions. Une outre question préjudicielle, c’était celle de savoir si l’on s’occuperait d’abord delà paix dans l’empire, ou de ses relations avec les puissances étrangères.

I.es patriotes allemands demandèrent naturellement qu’on s’occupât avant tout du premier point, mais ne purent obtenir une décision formelle à cet égard. La politique extérieure prédomina pendant presque toute la durée du congrès.

On perdit beaucoup de temps en tâtonnements; car personne ne voulait faire de propositions, dans la crainte de deinandertroppeu. Enfin, en juin 1645, on apprit avec une joie qui fut universelle, que la France et la Suède avaient fait des propositions sérieuses. Mais quelle fut l'indignation generale, lorsqu’on sut en quoi elles consistaient! A côté de conditions qui pouvaient être fortement contestées, comme, par exemple, l’amnistie générale sans aucune exception , le rétablissement du statu (juo ante bellinn , la reforme de l’empire à peu près dans le sens de Chemnitz (*) , la Suède ne demandait que la Silésie, la Poméranie , presque toutes les villes importantes sur la Raltique, et 20 millions d’ecus! Quant à la France, elle se contentait d’acquérir Metz, Toul, Verdun, la Lorraine, l’Alsace, l’Artois, la Flandre, le Roussillon, la Catalogne, et

(*) Voyez p. iî6 et 137.

SUÈDE

des avantages en Italie. Encore l’une et l'autre se réservaient-elles expressément le droit de présenter d'autres demandesdans le courant des négociations.

Les Impériaux répondirent que les Suédois, pour prix de leur intervention désintéressée , demandaient deux fois plus que toute la Suède ne valait, et que le cceur royal de Louis X.III , qui l'avait porte a se faire le protecteur de la liberté germanique, devait être vivement affligé de voir qu’on cherchât ainsi à démembrer l'empire. Pour peu , ajoutaient-ils, qu’on vienne encore une lois du Sud et du Nord pour nous protéger, il ne restera bientôt plus rien au centre de l’Allemagne. La Suède répondit qu’elle ne demandait la Silésie que pour pouvoir prêter un secours dlicacea l’Allemagne contre les Turcs; les Français déclarèrent qu’ils ne réclamaient toutes les places nommées plus haut que par pur desintéressement , et uu'ils ne voulaient les occuper quepour être plus à porter de secourir l'Allemagne. Ces prétentions exagérées eurent l'effet qu'elles devaientavoir: presque tous les Allemands se rattuchèicnt à la maison d’Autriche.

« Nous devons représenter à Votre Excellence, écrivaient d’Avauxet Servien au cardinal Mazarin,que l'inclination des princes allemands est trèsdifférente de celle des princes italiens. Ceux-ci, pleins de prévoyance et bien conseillés , approuvent et désirent tout ce qui peut contribuer à les rendre indépendants; en conséquence, ilsse réjouissent beaucoup que la France conserve quelques places en Italie pour leur tendre la main en cas de besoin. Les princes allemands, au contraire, sont mussurtout par l'amour delà pairie: ils ne peuvent consentir à ce que les etrangers morcellent l’empire, et ils préfèrent . par une politique digne du climat, l'existence d'un corps politique dont ils sont membres , aux avantages que chacun d’enx pourroit retirer de la division de l’Allemagne. En un mot, ils désirent bijn d'étre rétablis dans leurs anciens droits, et que l’autorité de l’empereur soit restreinte par les constitutions, mais ils ne veulent pas

làâ

obtenir ce bienfait ou prix d’une séparation des divers états de l’empire, ni que des princes étrangers , sous prétexte de mieux les aider par la suite, s'agrandissent a leurs dépens. Nous ne négligerons pas de leur faire comprendre dans l’occasion, que, dans l'intérêt de leur propre conservation , ils devraient adopter une tout autre maxime; mais il sera diflicile de leur persuader ce que nous désirons, ni d’empêcher qu'ils ne prêtèrent au fond nous voir rendre toutes nos conquêtes que de nous les voir conserver. »

Telle était lu situation des affaires quand Trautmansdorf, pour réunir les Allemands, lit quelques concessions aux protestants; mais à peine en euton connaissance, que, dans leur zèle catholique, les ambassadeurs du |>upe et des Espagnols, et même ceux des Français, poussèrent des cris d'indignation. Mazarin, qui avait |>our principe qu’on doit cacher ses intentions quand on veut atteindre un but, avait intérêt à retarder la paix , puisque par là il détournait I attention des Français de l’état malheureux de leur patrie. D’Avaux, qui voulait passer pour un homme religieux, conseilla de faire durer les dissensions religieuses en Allemagne, afin d'avoir toujours un prétexte d'intervenir et de conquérir. Toutefois, ils s’aperçurent qu’ils avaient mal pris leurs mesures , et qu’ils avaient excité le mécontentement non seulement des Allemands, mais aussi des Suédois , par la brusquerie de leurs prétentions. On revint donc au système que Richelieu , ou plutôt le î>. Joseph, avait déjà pratiqué avec tant de succès en Allemagne , c’est-à-dire à corrompre les ministres des petits états, et l'on y ■parvint si bien, que l’Autriche perdit, en peu de temps , tous ses avantages.

Us trouvèrent du reste le prince prévoyant el bien conseillé qui devait entrer dans leurs vues pour faire réussir les siennes. Ee fut le digne Maximilien de Bavière qui, par l'entremise du nonce Ragni , révéla les plans de l’empereur à Mazarin. En même temps qu’il obsédait l’empereur pour l’enga-

ger à ne céder sur aucun point aux protestants et aux Suédois, il négociait avec la France l'échange du Païatinat contre une partie des états héréditaires de l’Autriche.

Dès lors la question de savoir si la France et la Suède seraient indemnisées aux frais de l’Allemagne fut bientôt abandonnée, et il ne s’agit plus que de décider comment elles le seraient. Les Suédois étaient d’avis que l’on devait séculariser les évêchés, afin de rendre par là les princes plus puissants, en enlevant à l’influence de l’empereur la nomination aux prébendes ; d’autres présentaient d’autres plans; mais, en définitive, les possesseurs des provinces frontières eurent à supporter la plus grande partie des pertes , et l'on convint peu à peu des places et des provinces qui seraient cédées definitivement à la France et à la Suède, au pouvoir desquelles elles étaient alors presque toutes. Nous n’avons point a nous occuper ici des acquisitions que la France lit à cette époque , nous dirons seulement quelles furent celles de la Suède.

» La satisfaction de la Suède est déterminée par l’article X de la paix d’Osnabruck , où l'on cède à la Suède :

1* La Poméranie citérieure avec une partie de l’ultérieure, nomméme.it la ville de Stettin et celles de Gartz, Dam, Golnau, situées sur les deux rives de l’Oder vers son embouchure, avec l’ile de tVolin et les droits que les ducs de la Poméranie citérieure avaient exercés su r lechapitre de Gamin, ainsi que le droit de laisser éteindre les canomcats de cet évêché. La Suède a renoncé à ce dernier droit par une convention conclue, en IG35, à Stettin, avec la maison de Brandebourg;

2° L’expectative de toute la Poméranie et de l’évêché de Gamin , à l’extinction des mâles de la maison de Brandebourg;

3° L’île de Riigen à titre de princi- . pauté;

4° La ville et le port de Wismar, sous le titre de seigneurie, avec les bailliages mecklcmbourgeois de Pœlet de Ncukloster;

5° L’archevêché de Bremen , sous le titre de duché, et l’évêché de Verden, sous le titre de principauté. Les Suédois avaient enlevé le premier à Frédéric, prince de Danemark, fils de Christian IV, et l’autre à un bâtard de Bavière. Ce fut, au reste, pendant les négociations de Munster, qu’on se servit pour la première fois du mot de séculariser ; les ministres de France en enrichirent la langue. Ils ne se montrèrent pourtant pas favorables aux sécularisations. Quant à la ville de Bremen , elle conserva ses droits et son immédiateté.

« Tous ces états furent concédés à la Suède à titre de fiefs perpétuels et immédiats , et en qualité d’états d’empire, avec la triple voix et séance à la diète pour Bremen, Verden et la Poméranie. On lui accorda pour ces états le privilège de non appeUando , à condition qu’elle érigerait une cour souveraine en empire , où les autres causes seraient décidées en dernier ressort. Cette cour fut établie à W’ismar. On accorda aussi à la Suède le privilège d’opter entre le conseil aulique et la chambre impériale, lorsqu’elle serait actionnée en justice pour ses possessions en Allemagne. Enfin , on lui donna le droit d’ériger une université où elle le jugerait à propos. Cette université fut fixée a Greifswald, dans la Poméranie citérieure (*). »

Enfin les Suédois, après de longues négociations, peu honorables pour les uns comme pour les autres, oDtinrent la somme de cinq millions d’écus à titre de paie arriérée de leurs troupes, et le tout fut signé le IG mars 1648. Une question fort importante qu’on agita uans les derniers temps fut celle de savoir si les deux états devaient entrer, en vertu de leurs acquisitions, dans les assemblées de l’empire , ou si on devait regarder les provinces cédées à ces deux royaumes comme définitivement aliénées de l’empire. La France se prononça d’abord pour la première alternative’, mais finit par se décider pour la dernière. La Suède, au con-

(*) Sommaire du traité de Westphalie.

traire, opta sans hésitation pour la première. Est-ce à cette circonstance qu’il faut assigner la singulière destinée de ses conquêtes? l.a France a conservé toutes les siennes, tandis que Ja Suède n'en possède plus aucune.

« Par la paix de Stockholm, en 1719, elle céda au roi d’Angleterre, comme électeur d’Hanovre, les duchés de Bremen et de Verden. Par le traité de Stockholm, en 1720, elle abandonna au roi de Prusse la ville de Stettin avec la Poméranie située sur l’Oder et entre l’Oder et la Peene. Elle céda la ville de Wismar au ducdeMecklembourg-Schwerin, pour une somme de douze cent mille écus de banque, en vertu d’une convention signée en 1803.

Enfin, elle a abandonné au Danemark , après la paix deKiel(en 181-1), ce qui lui restait de la Poméranie , ainsi que l’ile de Rügcn, contre la Norvège. Cet arrangement éprouva néanmoins un changement pendant le congrès de Vienne. Le roi de Danemark renonça aux droits qu’il avait sur la Poméranie en vertu du traité de Kiel. La Suède céda enfin ce pays à la Prusse, moyennant une somme d’argent (*). »

Le tableau de la guerre de trente ans, et de ses résultats immédiats , serait incomplet , si , après avoir retracé les principaux événements qui la signalèrent, nous n’ajoutions pas quelques mots sur l’état des mœurs dans les armées et chez tous ceux qui étaient en rapport avec elles. On suppléera agréablement à ce que notre exposé aura d’incomplet, en relisant te camp de IVaUistein , la première partie ne cette admirable trilogie que le génie de Schiller a consacrée a Waldstein (**).

(*) Sommaire du trailé de Weslphalie.

(**) Noua croyons faire plaisir à nos lecteurs en transcrivant ici le jugement de madame de Staël sur l’ouvrage auquel nous les renvoyons :

- Le camp de Waldstein représente les effets de la guerre sur la masse du peuple et de l’armée. . . J’ai vu jouer ce prologue : on se croyait au milieu d'une armée , et d'une armée de (lartisans bien

10* Livraison. (Suède.)

De tous les capitaines que la guerre de trente ans mit en évidence, Gustave-Adolphe fut le seul qui maintint dans son armée l’ordre et la discipline; et toutefois , dès la seconde année de la campagne , il se vit forcé de recourir à une sévérité cruelle, pour prévenir le désordre qui, après sa mort, devint aussi commun dans l’armée suédoise que dans toutes les autres.

Il ne faut pas s’en étonner : toutes les armées de cette époque étaient uniquement composées de soldats mercenaires, qui mettaient un prix trèsélevé à leurs services; et comme souvent les événements de la guerre rendaient impossible le paiement exact de leur solde, ils se croyaient autorisés à commettre des excès de tout genre.

plus vive et bien moins disciplinée que des troupes réglées. Les paysans, les recrues, les vivandières, les soldais, tout concourait à l’effet de ce spectacle; l'impression qu’il produit est si guerrière, que lorsu'on le donna sur le ihèâtrede Berlin devant es officiers qui partaient pour l'armée , des cris d'enthousiasme se firent entendre de toutes parts. Il faut une imagination bien uissante dans un homme de lettres pour se gurcr ainsi la vie des camps , l'indépendance , la vie turbulente excitée par le danger même. L’homme dégagé de tous ses liens , sans regret et sans prévoyance , fait des années un jour, et des jours un instant; il joue tout ce qu’il possédé, obéit au hasard sous ta forme de son général : la mort toujours présente le délivre gaiement de» soucis de la vie. Rien n’est plus original, dans le camp de Waldstein, que l’arrivée d’un capucin, au milieu de la bande tumultueuse des soldats , qui croient défendra la cause du catholicisme. Le capucin leur

ftrèehe la modération et la justice dans un angage plein dequolibels et de calembourgs, et qui ne diffère de celui des camps que par la recherche et l'usage de quelques paroles latines. L'éloquence bizarre et soldatesque du prêtre , ta religion rude et grossière de ceux qui l'écoutent, tout cela présente un spectacle de confusion très-remarquable. L'etat social en fermentation montre l'homme sous un singulier aspect ; ce qu'il a de sauvage reparaît , et les restes de la civilisation errent comme un vaisseau brisé sur les vagues agitées. »

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Souvent aussi les généraux favorisaient les exactions des soldats , afin d'attirer auprès d’eux les hommes qui ne voyaient que ce seul but dans le métier des armes. Ce fut le principal mobile employé par Waldstein. Son armée était encombrée de chariots remplis d'objets provenant du pillage ; et un auteur assure que dans son camp devant Nuremberg, il n’y avait pas moins de 15,000 femmes. On sait d’ailleurs quelles richesses énormes il avait amassées.

Les autres généraux suivaient son exemple; ainsi Altringer, indépendamment de l’or, de l’argent et des pierres précieuses dont il s'était emparé, avait déposé huit cent mille écus dans les banques de Gènes et de Venise. L’officier qui avait obtenu une terre en dotation , ou qui se l’était arrogée, se considérait comme souverain et au-dessus des lois : il ne pavait aucun impôt, et exigeait des paysans tout ce que lui suggérait son bon plaisir. Il est inutile d'ajouter u’au milieu d’un pareil désordre, les isettcs étaient frequentes, caron brillait ou l'on détruisait tout ce qui ne pouvait être immédiatement consommé.

En 1030, on fit du pain en Silésie avec des racines et des écorces d’arbre.

Le nombre de ceux qui moururent de faim fut si considérable , qu’on vit des parents tuer leurs enfants pour diminuer le nombre des consommateurs.

A Brisach, pendant le siège de 1639, on donna un florin pour une souris , et jusqu’à sept florins pour un quartier de chien. Des enfants furent volés et tués pour être mangés. Les cadavres de ceux qui mouraient dans les prisons étaient déchirés et dévorés par leurs compagnons d’infortune. Dans plusieurs provinces on enleva les cadavres jetés à la yoirie ou suspendus à la potence. Il fallait placer des sentinelles dans les cimetières pour empêcher que les morts ne fussent déterrés et mangés. Il se forma des bandes qui chassaient les hommes comme la bête fauve; et l’on surprit dans les environs de W omis des malheureux qui , après une pareille chasse s’étaient

accroupis autour d’un chaudron dans lequel on trouva des bras, des mains et des jambes d'hommes qu’ils faisaient bouillir.

On conçoit facilement que d’affreuses épidémies durent éclater très-souvent : des armées entières périrent sans avoir vu l’ennemi ; et ces fléaux , au lieu de ramener les esprits à la modération et à la vertu , ne servaient qu’à augmenter la démoralisation générale.

Pour les malheureux habitants de l’Allemagne, il était assez indifférent que ce fût une armée amie ou ennemie qui traversât leurs propriétés, car ils étaient srtrs de ne trouver qu’un désert après le départ des troupes. Les Croates furent , de tous les corps de l’armée impériale, celui qui commit les atrocités les plus révoltantes. Il faut convenir aussi , pour être juste, que les soldats suédois , sous Bernard et sous Banner, se portèrent à des extrémités dont heureusement on n’a plus d’idée aujourd'hui.

Dans les dernières années de la guerre , ce fut surtout des excès commis par les armées françaises qu’on eut généralement à se plaindre. En 1642, on vit le corps de Guébriant se dissoudre entièrement en petites bandes qui pillaient, incendiaient et tuaient tout ce qui sc présentent sur leur passage. Quand on les menaçait, dit un auteur allemand contemporain, de la sévérité de leur roi ou de leur reine, ils s’écartaient dans leurs réponses du respect que tout sujet doit a son gracieux souverain. « Les cho- « ses, disaient-ils, se passent ainsi « même en France. » Les ordonnances rendues à cette époque ne témoignent que trop de cette démoralisation de l’armée française. Pour empêcher les troupes de se débander, on se vit contraint de placer des piquets de cavalerie autour des camps , et l’ordonnance qui prescrit cette mesure prouve que les officiers ne désertaient pas moins que les soldats.

L’appauvrissement des villes et des campagnes dépassa de bien loin tout ce qu'on a pu voirdans les guerres qui

SUEDE

Ont eu lieu de nos jours ; des tillages qui comptaient 400 habitants avant la

f uerre , n'en comptaient plus que 20 ans les derniers temps , et l’on vendit 70 florins des terres qui en avaient valu 2000. Il ne resta dans la Hesse qu’un quart de la population; celle d’Augsbourg tomba de 80,000 habitants à 18,000. Il n’était plus question d’écoles ni de professeurs; des curés se virent forcés de sefaire cordonniers ou musiciens ambulants pour ne pas mourir de faim. D'un autre côté , le système de spoliation adopté par Mummius, eu Grèce, lut, pour la première fois, appliqué dans l’Europe chrétienne; la bibliothèque d’Heidelberg fut envoyée à Rome , et les Suédois firent passer la Baltique à d’autres trésors de ce genre.

La Bavière fut l’un des pays qui eurent le plus à souffrir dans là derniere période de la guerre: dans la seule année 1646, les Français y incendièrent plus de cent villages. Lorsque le pays eut été pillé , dévasté et dépeuple au point que des bandes de loups le parcouraient librement en tout sens, Maximilien , le principal auteurde la guerre, dit qu’il s'en consolait, en songeant qu’il avait combattu pour la cause de Dieu, qu’il n’y avait plus d'hérétiques dans son duché, et que la foi y était entièrement épurée. Malgré l’assurance de cette réponse, il jeûnait, se macérait , et se mortifiait sans cesse pour se délivrer des angoisses dont la sagesse éternelle ne manque jamais d’obséder les âmes superstitieuses. Les crânes de saiiitCosmeetde saint Damien, qui furent envoyés de Brême à Munich, lui parurent un ample dédommagement de la misère qui accablait ses états; et pour apporter remède à la démoralisation qui avait pénétré dans tous les rangs de la société, il força le peuple à aller à l’église . à porter des rosaires bénits , etc. La danse, les jeux et toutes les réjouissances furent sévèrement interdits. Défense inutile ! car la tristesse et le dégoût de la vie étaient parvenus à ce point, que Maximilien fit publier un ordre par lequel il enjoignait aux hommes manés de ne pas s’abstenir

des plaisirs du mariage. D’après tout ce qui précède, on ne s’étonnera pas de voir que les malheurs de ia guerre n’aient jamais empêché le pieux électeur de faire rechercher les livres défendus, tandis que, d’un autre côté, dans l’armée de la ligue, les soldats assuraient qu’il était fort salutaire de réciter tous les matins l’alphabet où étaient contenues toutes les prières, entre lesquelles Dieu n’avait qu’à choisir. L’état général delà religion est assez bien caractérisé par le "distique suivant de Logau, poète allemand de cette époque : fai bien vu des luthériens, des papistes et des calvinistes, mais pour des chrétiens je ne sais pas oii il s'en trouve! (*)

Tels étaient les résultats d’une guerre entreprise sous le prétexte de défendre la religion!

Il est temps désormais de rentrer en Suède, dont la guerre de trente ans nous a tenus si long-temps éloignés.

Lorsque la nouvelle de la mort de Gustave s’y répandit, partout l’expression de la douleur la plus vraie et la plus profonde s’y fit entendre. Plus les succès obtenus par le héros suédois avaient inspiré de confiance, plus ce revers inattendu parut irréparable.

Toutefois on ne. perdit point courage , et toutes les dispositions nécessaires furent faites, comme nous l’avons déjà dit, avec autant de promptitude que de sagesse. Pour écarter les prétentions de Sigismond, roi de Pologne, on avait, du vivant de Gustave, reconnu sa fille unique Christine , héritière de la couronne; on la reconnut alors comme reine, à ia condition qu’elle confirmerait à sa majorité tous les droits et toutes les libertés du peuple. La tutelle fut confiée aux cinq grands officiers de ia couronne, le chancelier Axel Oxenstierna , le drossart Gabriel Oxenstierna (frère puîné du chancelier ), le maréchal de la Gar-

(*) DIM CLACIIK.

Lirth’rifich , Papstich und Caltiuiscb ,

Diest Glaubcn allé drei Sind vorhauden, doch Ut Zwcifci

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die, le grand-trésorier Gabriel Oxenstierna (cousin d’Axel),et l'amiral Gyldenhielm , frère illégitime de Gustave- Adolphe, tous d’un âge avancé et d'une sagesse reconnue. On leur adjoignit un conseil composé de 25 membres , et on leur donna des instructions trésdétaillées sur la conduite à tenir dans la direction du gouvernement. La décision des affaires d’une haute importance fut réservée aux états du royaume, et l’on convint de n’accorder, tant que durerait la minorité, aucun privilège, aucun titre de noblesse. En meme temps on s’occupa d’augmenter et d’approvisionner les années, en leur enjoignant, de la manière la plus formelle, de ne point se mêler des affaires politiques.

La reine-mère et son frère , le comte palatin Jean-Casimir, ne dissimulèrent pas le déplaisir que leur causait cet arrangement; mais l’influence de la noblesse suédoise, et surtout celle de la maison d’Oxenstierna , l’emportèrent dans cette circonstance, et se maintinrent pendant tout le cours de la minorité.

Ladislas IV, qui en 1632 avait succédé à son père sur le trône de Pologne, n’avait pas voulu renoncer à ses prétendus droits sur la couronne de Suède , et la guerre entreprise en Allemagne ne permettant pas de l’y forcer, on conclut avec lui, en 1635, par l’entremise de la France, une trêve de vingt-six ans, aux termes de laquelle les Suédois gardaient la Livonie, mais devaient retirer leurs forces de la Prusse; de plus les habitants deceduché avaient la liberté de quitter le pays dans le cours des troisannees suivantes et une amnistie générale leur était accordée.

Cette trêve, malgré les inconvénients que nous avons signalés plus haut(*), favorisait les succès des Suédois en Allemagne. Aussi excita-t-elle la jalousie du roi de Danemark , Christian IV, qui croyait pouvoir retarder les progrès d'un voisin déjà trop puissant en se présentant comme médiateur, et subsidiairement comme chef d’une nou-

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velle ligue. Mais Oxenstierna et ses amis ne tardèrent pas à entraver ses

nets. «Cet amour de la paix, disaients, que le Danemark affecte dans « les circonstances présentes, n'a d’au- « tre mobile que l’envie et la jalousie ; « sous le prétexte de s’interposer com- « me médiateur, il favorise les ennemis « delà Suède, l’Autriche, la Russie et « la Pologne. Il n’a mis en avant l’in- « tentiondeprotégerla Basse-Saxeque « pour nous en exclure ; et en même « temps il élève le péage du Sund , il « entrave de toutes les manières lecom- « merce suédois, prohibe l’exportation « des munitions de guerre, et se joue « de nos représentations, parce que, • nous voyant tant d’ennemis sur les « bras, il nous croit hors d’état de « prêter à notre droit l’appui de la « force. Il faut désespérer de donner « une heureuse issue à la guerre d’Al- « Iemagne , si l'on ne parvient à écar- « fer l’influence insidieuse du Dane- « mark. Mieux vaut l’attaquer main- « tenant , que de se voir attaquer par « lui dans des circonstances plus cri- « tiques. Le Danemark paiera les frais * de la guerre , qui sera courte et ne « portera aucun préjudice à la conti- « nuation de la guerre d'Allemagne.

■ Au reste , le roi de Danemark est « pour la Suède un ennemi beaucoup « plus dangereux que l’empereur , et « nous ne devons point négliger nos « propres intérêts pour ceux de nos « allies d’Allemagne. Ce serait une « grande pusillanimité que d’avoir « peur de s’embarquer dans cette nou- « velle guerre ; les hommes de cceur, « les hommes prévoyants doivent re- « connaître que la hardiesse de la ré- « solution et l’énergie de l’exécution « augmenteront nos forces et notre « autorité. »

D’autres , niant toutes ces assertions, répondirent : « La nouvelle « guerre que l’on propose va renvoyer « a un avenir incertain la conclusion « de la paix qui est imminente. Les <■ forces de la Suède étant partagées , « les avantages importants qu’on a ob- « tenus jusqu’ici pourront facilement « être perdus. Des hostilités avec la

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« Russie et la Pologne peuvent en ré- « sulter , et il serait possible que la « France ne voulût plus nous assis- « ter. Les impôts et les prohibitions « imposés au commerce ne sont nul- < Iement insupportables , et ce qu'ils « ont de plus gênant pourra vraisem- « blablement être modifié au moyen « des négociations. » Cet avis prévalut, et un échange de notes entamé entre les couronnes Scandinaves dura depuis le mois de juin 1643 jusqu’au mois de novembre de la même année, et Gnit par devenir si hostile, qu’on résolut a cette époque , avec l’assentiment de Christine , de faire la guerre au Danemark. Mais on tint cette résolution tellement secrète, que ni les Français ni les Danois ne purent en soupçonner rien.

Torstenson, après avoir fait parcourir à son armée avec une vitesse inouïe toute l’étendue de l’Allemagne, occupa, en décembre 1643, les duchés de Holstein et de Sleswig, et le Jutland en janvier 1644. Le vieux Christian se plaignit amèrement de la mauvaise foi des Suédois, qui lui suscitaient une guerre inattendue, au moment même où il s’interposait comme médiateur pour assurer la paix ; maisOxenstierna, se moquant de sa faiblesse, dit que son manifeste était méchant, absurde, mensonger et calomnieux. Le vieillard organisa alors la résistance avec autant d’activité que de prudence. Une armée impériale, sous Gallas , vint à son secours, et Torstenson eut besoin de tout son génie pour lui échapper et pour exécuter la marche fameuse dont nous avons parlé plus haut (*).

Toutefois , les menaces des Provinces-Unies et de la France forcèrent le Danemark à souscrire, en août 1644, à la paix de Bremsebroe , qui lui imposait des conditions assez dures, et qui lui enlevait quelques îles dans la Baltique.

Avant la conclusion de cette paix , le 8 décembre 1644, Christine avait pris les rênes du gouvernement, et tout semblait faire espérer à la Suède

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un avenir fortuné et un règne glorieux. Les dons les plus heureux dé l’esprit avaient été cultivés dans la jeune reine par l’éducation la plus soignée ; pleine d’amour pour le travail et d’aptitude pour les affaires, elle était douée d’une éloquence remarquable, d’une pénétration rare et d’une modération qu’on aurait été loin d’attendre de son âge et de son rang. Dans le conseil , elle était modeste et prudente, et savait cependant faire respecter son autorité.

Christine fit plus pour les arts et pour les sciences qu’aucun prince de son époque. Presque tous les savants distingués de toutes les contrées de l’Europe se réunirent à sa cour. On y voyait Saumaise, Freinsheim, Isaac Vossius, Heinsius, Descartes , Grotius, Conring, Bochart, Huet, Naudé, Meibom, Comenins et autres. Les spectacles, les chasses, les carrousels, les concerts se succédaient sans interruption , et ne manquèrent pas d’exciter l’indignation du clergé protestant.

Malheureusement le caractère de la reine n’avait pas cette unité et cette élévation si nécessaires à un prince qui doit fai re tendre toutes ses actions aune seule lin. Bientôt Christine regarda les plaisirs comme le but de sa vie, et subordonna ses devoirs à ses penchants et à ses goûts. Son ambition prit une direction mesquine , et son esprit moqueur la porta à tourner en dérision les choses les plus sacrées.

L’homme dont les conseils eurent l'influence la plus funeste sur Christine fut un médecin français , nommé Bourdelot, qui avait su fixer son attention par ses bons mots et par ses talents superficiels. La hardiesse de ses principes soi-disant philosophiques captiva entièrement l’esprit de la reine.

Fort de son influence, il ne songea plus qu’à écarter les personnes nui avaient des connaissances plus solides ne lui , et certes il ne lui était pas bien ifficile de renverser par l’arme du ridicule des pédants dont l’unique occupation était de faire leur cour à la reine et de se quereller entre eux.

Tout le monde sait qu’un jour il obligea deux vieillards, Meibom et fïaudé,

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dont l’un avait écrit sur la musique et l'autre sur la danse des anciens , à chanter et à danser devant la cour. Et comme il se moquait d’eux avec trop d’amertume, Meibom appliqua un soufflet à Bourdelot qui le lit aussitôt bannir de la cour. Du reste, ce favori eut le bon sens de Se retirer dans sa patrie avec une fortune assez considérable, avant que l’indignation publique ou l’humeur changeante de la reine vinssent détruire là faveur dont il jouissait.

Son successeur auprès de Christine fut Pimente! , ambassadeur d’Espagne:

il avait ses appartements dans la maison de campagne de la reine, passait des nuits entières à converser avec elle, et en reçut des présents du plus haut prix. Quand il vint prendre congé de Christine , elle lui remit une écharpe brodée par elle-même , avec cette inscription : Dolce nelta memoria.

La reine douairière se plaignit souvent de la vie déréglée de sa fille. « Si votre père vivait encore, lui disait-elle, il ne permettrait point tout cela. » — «Alors il a bien fait de mourir, » repartit insolemment Christine. Mais sa mère ressentit un chagrin beaucoup plus vif lorsque Christineassura devant elle qu’un païen pourrait être sauvé tout comme un chrétien. Elle alla même jusqu’à dire que sa mère était l’esprit de femme le plus pauvre et le plus faible qu’elle edt jamais connu et qu’elle était désespérée d’être sa fille.

Jamais non plus elle ne fut en trèsbonne intelligence avec Oxenstierna, bien qu’elle reconnût tout ce qu’il valait et combien il lui serait impossible de se passer de lui ; ses courtisans travaillaient sans cesse à l’indisposer contre le chancelier, et elle consentit même à entretenir avec Salvius une correspondance que l’on cacha à Oxenstierna.

Plusieurs seigneurs, fatigués de tant d’intrigues, se retirèrent; le chancelier resta inébranlable à son poste :

« Elle est toujours pour moi la fille de Gustave, » s’écria-t-il, et cependant il ne se faisait pas illusion sur son caractère irascible, jaloux et implacable.

Après la paix de Westphalie, quand il n’y eut plus de gloire militaire à acquérir et que le butin fut dissipé (dès 1651 les caisses étaient entièrement vides), la marche régulière et les soins souvent minutieux du gouvernemeht parurent à cette reine romanesque chose tellement fastidieuse que souvent, dans le cours de plusieurs mois , elle n’assemblait pas une seule fois son conseil. Aussi il arriva bientôt à Christine ce que nous avons vu arriver à plus d’un roi de Suède : on prétendit qu’elle était devenue folle. Ce fut alors que l’idéed’une indépendance complète vint s’emparer de son esprit. Elle pensa qu’il serait glorieux d’avoir volontairement renoncé à une couronne, et doux en même temps de faire succéder à la vie monotone et fastidieuse qui l’obsédait une existence aventureuse et variée, uniquement consacrée aux plaisirs, aux arts et aux sciences. Ce désir, d’abord vague et passacer, prit bientôt une telle énergie que Christine ne le dissimula plus. Les représentations des grands de sa cour et des hommes d’état ne servirent qu’à la fortifier dans sa résolution. Enfin, après avoir mûri son dessein pendant plusieurs années, elle l’annonça hautement, et dit à l’ambassadeur anglais qu’elle allait abdiquer parce qu’un homme était plus capable qu’elle de régner, et aussi nf love ofmtjself, to please my ownfancy , by my priva te retlrement (*). Ce ne fut qu’en 1654 qu’elle exécuta son dessein. Le 16 juin, elle remit la couronne nu comte palatin Charles-Gustave, fils d'une soeur de Gustave-Adolphe, qui fut reconnn par les états. Oxenstierna , qui s’était opposé à l’abdication de Christine avec toute la force de son caractère qui tenait quelque chose du nom qu’il portait (**), mourut quelques semaines après , en août 1654. Son fils hérita de toutes ses charges.

Christine obtint une pension considérable; mais on délibéra long-temps

(*) Dans mon propre intérêt, pour me livrer à mes goûts dans la vie privée.

(’*) Oxenstierna signifie front de bœuf

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pour savoir si on lui permettrait d’en Jouir à l’étranger : la question fut résolue en sa faveur. Après son départ on s'aperçut qu’elle ou ses courtisans avaient enlevé presque tout le mobilier de la couronne. Christine, en quittant Stockholm, se rendit à Hambourg , et passa de là à Bruxelles. Arrivée à Inspruck , elle se convertit au catholicisme et fut par conséquent accueillie à Rome avec tous les honneurs imaginables, tandis qu'à Stockholm et dans tous les pays protestants on ne tarissait pas en invectives contre elle. D’ailleurs, avant de partir, elle avait renvoyé toutes ses femmes dechambre, qui né manquèrent pas d'ébruiter ce u’elles savaient, et allèrent même au elà de la vérité.

Le changement de religion de la fille de Gustave- Adolphe lit une grande impression dans toute l’Europe. Christine avait d’abord été zélée luthérienne ; plus tard, l'influence de. Bourdelot l’avait rendue indifférente à toute espèce de religion , et elle déclara même qu’elle n’était pas disposée à s'enfoncer (tans les questions absurdes et extravagantes de la théologie. Il est à résumer que le désir de s’attirer la ienveillance et l’intérét des princes catholiques du midi de l’Europe , et de se rendre par là plus agréable le séjour de l’Italie, le pays de ses rêves, eut plus d’influence sur sa résolution que tous les discours des jésuites dont elle se vit bientôt entourée. Au reste, les reproches sévères dont Christine a été l’objet durant toute sa vie , lui furent presque toujours adressés par des catholiques. The beloved french galants, écrivait de Rome Thomas Somerset, are her sole entertainment. The vanitn of the french levity is rnost suitable to her wandering humour.

« Elle a des goûts fort dissipés , dit un autre, et passe son temps dans la société des hommes. Elle n a aucun souci de la bienséance ni des moeurs. Les tableaux, les spectacles, les bouffonneries sont ses uniques plaisirs ; tout ce nui touche à la religion , elle le fuit et l évite avec soin. » Un pasteur protestant lui ayant demandé la cause de

sa conversion, elle répondit : • Ce sont « vos ennuyeuses prédications!» Elledit dans ses lettres : « Ici, à Rome, il n’y a que des statues , des obélisques et des palais, mais point d’hommes. On ne voit que des malotrus , des scélérats, des bouffons , des fous , des impertinents, des fripons, des mendiants «t des vauriens; il faut bien que l’Église soit dirigée par Dieu lui-méme, car j’ai connu quatre papes dont pas un seul n’avait le sens commun (*). » Dans un autre passage , elle se montre fort mécontente de la bigoterie de Louis XIV, et de l’ascendant que prenaient les jésuites. Por malheur, ce scepticisme et ce mépris superbe ne partaient point d’un esprit assez élevé pour dédaigner la forme et atteindre l’idée même dans sa pureté philosophique; Christine, qui se moquait de Louis XIV, croyait à l’astrologie et à ses prédictions. '

Bien qu’on ne doive pas croire légèrement tout ce qui s’est dit de la reine Christine, les témoignages s’accordent trop en de certains points pour ne pas reconnaître que son genre de vie était au moins très-singulier. « Elle s'habille comme un homme, dit un témoin oculaire ; elle a la voix d’un homme et sc conduit comme un homme en toutes choses ; à Hambourg , elle portoit une longue redingote, une perruque, un chapeau et une épée.» «Elle est pleine d’esprit, dit un autre; mais elle jure à chaque instant comme un vieux soldat. » «Elle ne se peigne, assure un troisième, que tous les quinze jours; ses chemises et ses manches sont ordinairement tâchées d’encre et déchirées. Elle força un jour son amie, mademoiselle de Sparre, à lui réciter des passages du livre intitulé : Moyens de parvenir , et mettoit Pétrone audessus de tous les autres auteurs clas-

(*) C’est presque l’histoire de cc Juif de Clwucer qui se convertit après avoir vu Rome ; car il y a là , dit-il , parmi ces prêtres de toutes couleurs tant de vices et d'infamie», qu’il faut bien que le christianisme soit la religion véritable, puisqu’elle ne meurt point malgré les crimes et les abominations de ses ministres.

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siques.» « Madame Christine, dit la duchesse d’Orléans, avec son originalité ordinaire, étoit une dame galante, bien que fort contrefaite. La grande demoiselle m’a raconté qu’étant fort blanche, elle se couchoit toute nue sur un lit de velours noir pour se présenter ainsi à ses amants. Elle étoit très-vindicative , débauchée au plus haut point, et parloit de choses dont parlent seulement les plus grands débauchés.» Dans une lettre française contemporaine conservée à la bibliothèque Harléenne, voici comment on juge Christine : « Sa taille est tout à fait irrégulière; elle est voûtée; elle a une n3nche hors d’architecture; elle boite; elle a le nez plus long que le pied , les yeux assez beaux, mais elle n’a pas la vue bonne; elle rit de si mauvaise grâce, que son visage se ride comme un morceau de parchemin que l’on met sur des charbons ardents ; elle a un téton plus bas que l’autre d’un demi-pied , et si enfoncé sous l’épaule , qu’il semble qu’elle ait la moitié de la gorge absolument plate; elle n’a pas la bouche laide, pourvu qu’elle ne rie point; elle n’a pas soin de ses dents; elle pue assez Honnêtement pour obliger ceux qui s’approchent , a se précautionner et à parer de la main. On dit qu’elle avoit autrefois les cheveux admirablement beaux ; mais depuis qu’elle les a fait couper pour faire le métier de vagabonde, elle a pris une perruque noire.

La manière dont elle est habillée n’est pas moins extraordinaire que celle de sa personne , car, pour se distinguer de son sexe, elle porte des jupes fort courtes avec un justaucorps , un chapeau , un collet d’homme , ou un mouchoir qu’elle noue comme un cavalier qui va en partie; et quand elle porte une cravate comme les dames, elle ne laisse pas de fermer sa chemise jusqu’au menton, et de porter un petit collet d’homme , avec des manchettes telles que nous les portons ; en sorte que la voyant marcher avec sa perrugue noire , sa jupe courte , sa gorge fermée et son épaule élevée, on dirait que c’est un visage déguisé , etc. »

Voici enfin comme elle se peint elle-

même : « J’ai une aversion et une antipathie invincibles pour tout ce que font et disent les femmes. Irascible, fière et railleuse , je ne fais grâce à personne. Je suis incrédule , fort peu dévote , et mon tempérament ardent et impétueux ne m’a pas donné moins de penchant pour l’amour que pour l’ambition; cependant j’ai toujours résisté, mais uniquement par fierté et pour ne me soumettre à personne. »

Sans doute il est permis de ne pas la croire sur parole ; mais il parait certain qu’une aversion prononcée pour toutes les habitudes féminines fut le trait dominant de son caractère , et qu'elle blessa souvent les mœurs avec affectation, pour faire preuve d’un esprit viril. Du reste, elle n’était nullement au-dessus des faiblesses de son sexe, car elle avait un correspondant à Rome qui la tenait au courant de toutes les petites intrigues de cette ville, et l’assassinat de son écuyer Monaldeschi ne prouva que trop jusqu’à quel point elle était femme (*}. Nous ne parlerons ni de cette aventure ni des événements de cette vie si agitée (**) , il suffira de dire qu’elle se repentit bientôt d’être descendue du trône, qu’elle tenta sans aucun succès d’y remonter après la mort de Charles - Gustave , et qu’elle ne fut pas plus heureuse dans les tentatives qu’elle fit pour épouser le roi de

(*) Il n’entre pas dans notre plan de raconter ici ce sanglant jeu de prince, par lequel Christine signala son passage à fontainebleau : il n’appartirni pas directement à l’Iiistoire. Ceux de nos lecteurs qui voudront se rendre compte de l’impression qu’il produisit dans le temps, pourront consulter La Place, Recueil de pièces intéressantes, t. IV, p. i3g; Saint-Évremonl , Mémoires du comte D. , t. II, p. 99; Oui Patin, Nouvelles lettres, t. Il, p. 33o; les Mémoires de Montglas, t. III, p. 4*> : et ceux de madame de Motteville, XXXiX, 419.

Il en est aussi question dans les Mélanges de littérature de d’Alembert Tout le monde connaît la tragédie que M, Alexandre Dumas a composée sur ce sujet.

(**) On sait qu’il existe un Recueil des lettres de Christine public par Arckeuholx; nous y renvoyons nos lecteurs.

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Pologne. Elle fut contrainte de rester jusqu’à sa mort , arrivée en 1089 , dans le cercle étroit où elle s’était volontairement renfermée.

Le mérite personnel de G ustave-Adolphe, et les succès extraordinaires obtenus parce héros et par ses successeurs dans la guerred'Allemagne, avaient fait retentir le nom suédois dans toute l’ Europe. Mais en examinant de près l'état intérieur de la Suède , on sera promptement convaincu que toute cette gloire militaire cachait la misère la plus profonde, et que le peuple vainqueur avait eu non moins à souffrir de la guerre que les peuples vaincus. Le rôle que la Suède s’était arrogé dans les affaires de l’Europe dépassait de læaucoup ses forces réelles, et les subsides de l’étranger disparaissaient entre les mains d'un petit nombre de personnes; de sorte que les charges s'accrurent prodigieusement , et qu’on fut souvent dans la nécessité de recourir à des voies de rigueur pour faire rentrer les impôts.

Oxenstierna , attaché aux idées aristocratiques et redouté de ses paysans comme un seigneur sévère, méprisait les plaintes du peuple et traitait les affaires intérieures en diplomate.

Dès t6l 7, on établit les impôts extraordinaires, dits de guerre, sur tous les objets de consommation , et cette nouvelle charge fut d'autant plus onéreuse que la noblesse trouva moyen de s’y soustraire , et que d'ailleurs on n'était pas accoutumé aux visites domiciliaires que ce genre d’impôt nécessite. A cette même epoque, la couronne monopolisa le commerce des métaux, du sel et du blé , et créa une foule de ces règlements et de ces institutions par lesquels, dans l'enfance des théories sur 1 économie politique, on croyait pouvoir accroître la fortune nationale.

La noblesse se sépara de plus en plus du peuple; une mésalliance rendait incapable de succéder aux liefs , et les lois elles -mêmes établirent une ligne de démarcation entre la noblesse titrée, les familles sénatoriales et la simple noblesse.

Le clergé maintint sa hiérarchie et conserva son droit de voter dans les

diètes ; mais le roi nommant à toutes les places, il se vit bientôt dans une étroite dépendance de la couronne.

Les paysans, qui continuaient également à assister aux diètes, furent ou intimidés par des menaces ou gagnés par des dîners , moyen de corruption si souvent mis en usage de nos jours, et que notre chansonnier national a si heureusement stigmatisé.

Du reste, les différents états continuaient à délibérer séparément, ce qui augmenta encore l’influence du gouvernement. Il est bien vrai que le smiat, qui avait acquis une nouvelle importance , depuis qu’il s’etait interposé comme arbitre entre Charles et Sigismond, fit beaucoup de prétendus efforts en faveur de la liberté; mais dans le cours des deux derniers siècles, le caractère et les mœurs du peuple avaient bien changé; cet antique esprit d'indépendance avait disparu pourfaire place a la subordination militaire, et l'on était trop éclairé sur les intentions égoïstes des nobles , pour appuyer des mesures tendant uniquement à concentrer l'autorité entre les mains d’un petit nombre d'hommes qui se faisaient déjà remarquer par leur orgueil insolent. De la naquirent entre la noblesse d’une part, et les paysans et les bourgeois de l'autre, des jalousiesqui eurent pour résultat l’esclavage de tous.

Ce fut cette mésintelligence qui permit à Christine de traiter ses ministres avec aussi peu d’égards qu’elle osa le faire, et d’exiger de son peuple une obéissance aussi illimitée que si elle eût été le monarque de l'Europe le plus absolu. Elle porta le nombre des sénateurs de vingt-cinq à quarante, et leur enleva par cette mesure toute indépendance. Sans doute elle résista à Oxenstierna , lorsqu’il voulut punir les orateurs des autres états qui uttaquaieut continuellement et avec violence l’ordre de la noblesse; mais elle n’osa pas se placer ouvertement à la tète de cette opposition antiaristocratique, qui peut-etrelui aurait fait décerner le pouvoir absolu, comme cela eut lieu en Danemark quelques années plus tard.

Du reste, l’intolérance envers les catholiques et les querelles entre les théologiens continuaient toujours , et étouffaient tous les germes d’instruction et de civilisation que Gustave et Christine avaient répandus avec tant de soins. La passion des exploits militaires s’était exclusivement emparée de la nation.

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