‹ L'UniversChapitre 14 sur 87 · FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC

Ulrique-Éléonore fut couronnée le 17 mars 1720, et peu de temps après elle céda le gouvernement à son époux, Frédéric de Hesse-Cassel, qui monta sur le trône du consentement des états, en souscrivant aux mêmes conditions qu'Uirique. Par l’arrestation et surtout par la condamnation du baron de Gœrtz, on s’était imposé la nécessité d’abandonner son système politique et les négociations entamées par lui avec le czar. L’Angleterre fut assez habile pour conclure la première un traité de paix avec la Suède (20 novembre 1719). Les duchés de lîrëme etdeVerden furent cédés à l’électeurde Hanovre, moyennant un million d’écus.

Le payement de cette somme permit à in Suède de continuer la guerre contre la Russie, qui, dès cette epoque, affichant l’intention de protéger les rois légitimes, intriguait pour le préten-

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âant. Le 21 janvier 1720, on fit la paix avec Frédéric Guillaume, premier roi de Prusse, en lui abandonnant la forteresse importante de Stettin et toute la Poméranie antérieure jusqu’à Ja Peene, ainsi que les îles d’Usedom et deWollin, cessions pour lesquelles il devait payer deux millions n'écus.

Le Danemark , qui désirait s'allier à la Suède pour s’emparer du llolstein, rendit toutes ses conquêtes, et n’exigea de la Suède que 600,000 écus et la renonciation à l’exemption du péage du Sund (3 juillet 1720).

La Russie restait donc seule à combattre. Pierre , qui à la nouvelle de la mort de Charles s’était écrié : Pauvre frère Charles, combien je le regret te! se montra l’ennemi le plus acharné du ouvernement, et se disposa à l'aecaler. En 1710, il avait déclaré qu’il mettrai^ la Suède à feu et à sang , si l’on ne se Inltait pas d’accepter les conditions qu’il proposait, et il tint sa parole. En juillet 1710, Apraxin aborda sur la côte de l’Upland, et, véritable barbare, détruisit en peu de temps 13 villes ouvertes, 361 villages, I (1 châteaux de nobles, 43 moulins, 14 usines et d’immenses forêts ; les hommes et .les animaux furent massacrés sans distinction, et ces dévastations occasionnèrent un dommage qui fut évalué à 12 millions d'écus.

L’année suivante, les ravages recommencèrent, et la Suède se vit contrainte de consentir à toutes les demandes du czar. Par la paix de Nystadt (10 septembre 1721), la Suède perdit pour toujours les belles provinces de Livonie, d’Esthonie, rf’Ingric, et une partie de la Finlande et de la Carélie, en échange desquelles le czar s'obligea à payer 2 millions d'écus; Auguste fut reconnu par la Suède comme roi de Pologne , mais il dut payer à Stanislas un million d’écus.

Si l’on excepte la Suède, personne n’eut plus à souffrir de cette paix que lejeuneducdelIolstein-Gottorp. Exclu du trône de Suède par Ulriqtie, et chassé du Holstein par les Danois, il s’était jeté dans les bras du czar, qui, dans ses négociations avec Geertz, lui

avait assuré la succession au trône de Suède; mais, à la paix de N’ystadt, Pierre, pressé par des démonstration» hostiles de la Turquie, avait tout à fait sacrifié les intérêts du jeune duc. A l’audience où les ministres étrangers vinrent le féliciter de ses brillants succès, le czar déclara avec quelque embarras à Rassewitz, ministre du jeune due, qui jusqu’alors avait été amusé par les plus belles promesses, que cette fois le ciel ne lui avait fias permis de faire pour le duc de Holstein tout ce que son errur lui aurait inspiré; mais qu'il lui était doux d’espérer que dans une autre occasion il serait plus heureux. Rassewitz ne put s'empêcher de lui répondre : « Je souhaite que « cette nouvelle promesse ait plus de « force que toutes celles par lesquelles a on a jusqu’à présent leurré mon « maître. Quant à moi , je ne me conso- « lerai jamais d’avoir cru à la parole « d’un mortel, et d'avoir amené en « Russie un descendant des Wasa pour « servir de jouet à la politique. » A cette réponse énergique , tous les assistants • pâlirent et tremblèrent pour Bassewitz; mais le czar sentit lui-même combien ces reproches étaient fondés, et, avec une douceur inattendue, il dit à l’assemblée : « On doit lui pardonner « l’excès de son zèle; je voudrais pour « beaucoup avoir des serviteurs comme « lui. Tenez, continua-t-il en présentant à Rassewitz une coupe remplie de vm , « buvez à la santé de votre maître;

* l'avenir prouvera que vous ne devez « pas regretter de l’avoir amené en « Russie. «Leduc recouvradans la suite une partie du Holstein, par l’intervention de l’empire germanique, et plus tard son lils monta sur le trône de Russie, sous le nom de Pierre III. Du reste, la paix avec la Suède parut au czar un événement de la plus haute importance; car le 22 octoure 1721 il prit le titre d<* Pierre le Grand , empereur de Russie, père de la patrie.

Ainsi la guerre du Nord fit de la Russie, jusqu'alors puissance asiatique, une puissance européenne, lui donna un littoral sur la Baltique, des milliers de prisonniers, et surtout des

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officiers, qui formèrent le noyau d’une armée formidable. La Suède , au contraire, oui naguère encore pesait d’un si grantf poids dans la balance de la politique européenne, ne fut plus désormais que l’instrument subalterne d’intrigues étrangères.

On a vu que le roi n’avait aucun moven de corrompre les membres de la législation; mais malheureusement il n’eïi avait pas non plus pour empêcher les Suédois de se laisser corrompre par l'étranger; et la pauvreté de ceux qui tenaient en main le pouvoir était si grande, qu’elle les portait naturellement à se vendre, de quelque côté que vinssent les offres. Cet état de choses ne put échapper longtemps à l’attention des puissances étrangères. Chacune d’elfes chercha à en profiter pour acquérir dans ce royaume l'influence qui convenait à ses vues.

De tous les États de l’Europe, ce fut la France qui s’assura en Suède le.

parti le plus nombreux. Il existait entre ces deux royaumes d’antiques et glorieuses relations. Gustave YVasa s'était allié à François I" contre Charies- Quint,et Gustave-Adolphe à Louis XIII contre la prépondérance de la maison d’Autriche. Mais depuis il s’était opéré un changement total dans les affaires du Nord , et c’était en pure perte que le cabinet de Versailles continuait, par routine , à dépenser en Suède des sommes considérables. Depuis que le petit électorat de Brandebourg était devenu uo royaume important, la Suède ne pouvait plus avoir aucune influence en Allemagne, et l’idée de l’opposer à la Russie était une erreur funeste. Semer la division entre ces deux États, c’était fournir au plus puissant un prétexte pour faire des conquêtes, et par conséquent augmenter encore un pouvoir déjà si dangereux pour la liberté et pour le repos de l’Europe civilisée. Ôn ne saurait donc nier que si l’aUianrefrançaise nuisitdans plusieurs occasions aux intérêts de la Suède, la France à son tour se méprenait étranement en recherchant une alliance ont elle n’a jamais retiré aucun fruit. Du reste, elle s’attachait indifférem-

ment au parti qui dominait dans le sénat, ou dans la diète, quand celle-ci était assemblée.

La Russie , dans le désir de conserver la paisible possession des provinces enlevées à la Suède, attisait secrètement le feu de la discorde , et augmentait la mésintelligence des partis’, qui, eux-mêmes, se trouvaient divisés par cette double corruption. Mais la France avait plus de prépondérance par trois grands moyens, qui lui permettaient d’agir presque publiquement : 1° elle était, depuis le régne de Charles XII , en compte de subsides annuels avec le gouvernement : ainsi elle pouvait menacer de retenir les fonds, toujours arriérés, ou promettre d’en envoyer, selon que l’exigeaient ses propres vues; 2U elle entretenait à son service un régiment |>ortaiit le nom de Iloijal Suédois, dont les soldats étaient, pour la plupart, Poméraniens ou Allemands, mais dont les officiers étaient Suédois : sous ce prétexte elle pensionnait un grand nombre de familles de ce royaume; 3» dans les cas urgents elle faisait distribuer de l’argent par les chefs de son parti, pour séduire et entraîner d’autres individus dans ses intérêts; mais elle avait surtout le plus grand soin d’être constamment en bonne intelligence avec la cour qui fermait les yeux sur le manège des agents français.

Quant à la Russie, elle ne travaillait qu’à jeter le royaume de Suède dans le dernier degré d’avilissement, qu’à nuire au roi, qu’à ruiner le commerce extérieur, enfin, qu’à se faire regarder comme le garant des pactes les plus humiliants que l’aristocratie imposait au monarque. L’Angleterre, vouée à une politique mercantile, , s'était de bonne heure rapprochée de la Russie, lorsque Pierre 1" eut définitivement ouvert l’entrée de ses États par la Baltique.

Indépendamment de plusieurs partis d’une moindre importance, deux partis principaux existaient dans le sein de l’aristocratie : celui de Gyllenborg(les chapeaux ), et celui de ilorn (les bonnets). C es partis, pour emprunter les paroles de Gustave III,

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faisaient d’une même nation deux peuples, qui n’avaient rien de commun que le désir de perdre la patrie. Dans le principe, les bonne/s étaient vendus à la Russie , les chapeaux à la France, et la politique de la Suède se réglait sur les sommes que ces deux puissances payaient à l’un ou à l’autre de ces deux partis. Les diètes devenaient des arènes où les partis combattaient, et au lieu de songer à l'administration de l’État, on ne s’occupait que d’intriguer pour obtenir la majorité , et pour se garantir des violences du parti opposé; aussi dans cette lutte acharnée le sang coulat-il plus d’une fois.

Tel était l’état déplorable de la Suède quand on résolut de faire la guerre à la Russie. En 1735, la France avait su paralyser les intentions pacifiques du comte de Horn, et on avait conclu avec cette puissance un traité par lequel, moyennant 300,000 écus par an , on s’engageait à ne faire aucune alliance sans le consentement de la France. En 1738, le parti français remporta une victoire complète; Horn se retira des affaires , et c’est alors que son parti , à cause de son amour pour la paix, fut surnommé le parti des bonnets(‘). Lecomte de Tessin fut appelé à la charge importante de maréchal de la diète. Les bonnets furent chassés du sénat et remplacés par des chapeaux partisans de la guerre. Pour réveiller l’honneur des Suédois , on leur peignit avec indignation le rovaume avili et dépouillé par la paix de Nystadt; et la Russie étant alors occupée pur une guerre contre les Turcs, on présenta cette occasion comme favorable pour effacer la honte de tant de défaites et reconquérir les provinces perdues. Un attentat, dont heureusement il existe peu d’exemples dans l’histoire, vint encore exciter une juste indignation. Le major Sinclair avait été envoyé à Constantinople et en Pologne pour négocier une alliance contre la Russie; à son retour il fut assassiné en Silésie, dans les États héréditaires de l’empereur, par uu détachement

• (*) Des bonnets de coton.

russe, qui ne chercha pas même à nier cette honteuse violation du droit des gens.

Toutefois, quand on envoya en Finlande une petite armée de 6.000 hommes, les Russes avaient déjà fait la paix avec la Turquie, et par là tout espoir de conquête était perdu [tour la Suède, comme pour la France tout motif de faire une utile diversion en faveur du sultan. Mais les passions étaient excitecs. Bientôt la mort de l’impératrice Anne et les événements qui suivirent cette mort parurent favoriser les intentions de la Suède; bientôt aussi , la mort de l’empereur Charles II, et la guerre à laquelle sa succession donna lieu, firent souhaiter à la France que l’attention de la Russie fût détournée par quelque danger imminent. Mais en s’efforçant de vaincre le parti opposé à la guerre, on eut le tort d’accuser ses principaux membres de haute trahison, et de renvoyer la question de la guerre à un comité gagné d’avance. Par là on perdit encore une fois le moment favorable, et la guerre ne fut déclarée que le 4 août 1741. On s’attendait néanmoins à conquérir au moins la Carélie, Kexholm, Viborg, les embouchures de la Neva, Schlusselbourg, Pétersbourg, Kronstadt et Kronschlott.

Le début de la campagne prouva combien on avait mal calculé. Les généraux russes Keith et Lascy pénétrèrent en Finlande et battirent les Suédois à Willmanstrand, le 3 septembre 1741. Mais si l’on avait eu lieu de reconnaître qu’en commençant la guerre on ne s’etait pas bien rendu compte de la puissance des Russes, on comptait maintenant sur les désordres occasionnés par la nouvelle révolution qui avait eu lieu dans le palais de Saint-Pétersbourg. En effet, la nouvelle impératrice "Élisabeth fit offrir une trêve; mais les Suédois, croyant que la Russie ne pourrait se dispenser de conclure la paix, élevèrent des prétentions ridicules, et négligèrent d'augmenter leurs forces. Les Russes entrèrent donc de nouveau en Finlande , et l’armée suédoise fut re-

poussée jusqu’à ITelsingfors, où, abandonnée par la flotte, elle fut cernée

Iiar les Russes et forcée de se rendre, e 20 août 17-f2.

Ainsi, au lieu de songer à de glorieuses conquêtes, il fallut s’attendre à de nouvelles pertes, et déjà l’on prévoyait qu’il faudrait céder toute la Finlande à un ennemi auspi puissant.

Toutefois, il s’offrit un moyen moins dispendieux de calmer la czarine. Frédéric n'avait point d’enfants, et l’on délibérait depuis quelque temps sur la question de savoir quel serait son successeur; il y avait, il est vrai, dans la maison de Holstein, un prince descendant, par les femmes, de Charles XI; c’était le petit-fils de la soeur de Charles XII, Pierre-Ulric, (ils du duc qui s’était retiré en Russie , et d’Anne, Glle de Pierre 1". Mais ce prince étant destiné à monter sur le trône de Russie , on proposa un autre prince delà maison de Holstein, Adolphe-Frédéric, qui descendait d’une petite-fille de Charles IX. Les paysans suédois, et surtout les Dalécarliens, qui envahirent Stockholm à main armée, voulaient nommer le prince royal de Danemark et rétablir l’union de Calmar. Le Danemark promettait, dans le cas où cette tentative réussirait, un secours de 12,000 hommes et douze vaisseaux de ligne; mais la noblesse, qui craignait pour son pouvoir, s'opposa à cette combinaison. D’un autre côté, la czarine ne voyait pas d’un meilleur oeil le rétablissement de l’union. On se rapprocha donc; la noblesse se prononça pour Adolphe- Frédéric, qui fut élu successeur de Frédéric, et Élisabeth accorda une paix équitable , qui fut signée à Abo (1713). Elle se contentait de la cession de quelques portions de territoire pour s’arrondir en Finlande, de la province de Rymmenegard, et des forteresses de Frédérikshamn, de Willmanstrand et de Nyslat. Le sénat rejeta tous les torts sur les généraux Buddenbrok et I.ôwcnhaupt, qui avaient mal exécuté un plan de campagne détestable, et leur fit trancher la tête.

Huit ans plus tard (25 mars 1751),

le roi Frédéric mourut, frappé d’apoplexie, à l’âge d’environ 76 ans. Il avait, en 1732 , fondé à Stockholm une académie, dont le célèbre Linné fut le premier président. Mais le monument le plus durable de son règne, c’est le code civil, publié en 1736, et qui régit encore aujourd’hui la Suède.

AOOLrilE-FRéOKRIC.

Adolphe-Frédéric, de la maison de Holstein, monta sur le trône, le 5 avril 1751, à l’âge de 21 ans, après avoir adopté la forme de gouvernement de 1720, qu’il devait confirmer en signant un acte d’assurance par lequel les faibles prérogatives de la couronne étaient encore plus restreintes.

Il était marié à Ulnque - Eléonore, sœur du roi de Prusse; et l’intention que l’on supposa à cette princesse de vouloir rétablir l’autorité royale dans ses anciens droits, fit le principal intérêt de son long règne. L’influence de la France sur les cleeisions du sénat était alors presque illimitée, et la diète qui s’assembla en 1756 fut encore presque entièrement composée de chapeaux.

On doit se rappeler qu’à cette époque la politique de la I’rance changea entièrement, et qu’en 1755 madame de Pompadour avait conclu avec sa cousine, Marie-Thérèse, un traité d’alliance auquel l’impératrice de Russie ne resta pas étrangère; on sait que ce triumvirat féminin voulait porter un coup fatal au roi de Prusse, qui ne cessait de lancer des sarcasmes contre elles et contre leurs amants. Ce rapprochement inattendu entre la France et la Russie initie parti des chapeaux dans l’agréable position de recevoir des deux mains et de complaire égnlelement au cabinet de Versailles et à celui de Saint-Pétersbourg. Les bonnets. alors, trouvant qu’une pareille conuuite était intolérable et contraire à la constitution, s’unirent au parti de la cour, c’est-à-dire, à la reine , que l’on savait opposée à l’alliance qui avait pour but d’humilier son frère: on se rapprocha d’autant plus volontiers de

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cette princesse, que l’Angleterre avait promis quelques secours pour renverser le parti Lançais *, mais ces secours se tirent longtemps attendre.

Ulrique - Eléonore avait une âme ferme, un caractère décidé et entrerenant: elle chercha a s’attacher les onnets; et pour y parvenir, elle enagea à Hambourg une partie de ses iamants. Mais une de ses dames d'honneur vendit son secret aux chapeaux , moyennant une pension nue les états lui accordèrent. Les chapeaux , afin d’enlever aux bonnets les sommes que leur distribuait la reine , mirent tout en œuvre pour la contraindre à racheter sans délai les diamants engagés. Voici les moyens qu’on employa pour atteindre ce* but : dès l’ouverture de la diète, les états présentèrent à sa majesté une délibération par laquelle, en vertu d’un article du règlementde 1723, qui conférait aux états le droit d’examiner et de comparer avec les inventaires, la situation des immeubles et des diamants de la couronne, ils lui donnaient communication d'un décret de la diète ordonnant que cet examen eilt lieu. En même temps, ils prièrent le roi de leur faire connaître quand il lui conviendrait que les diamants de la couronne, tant ceux qui étaient dans le trésor, que ceux qui avaient été présentés à la reine a Berlin, lors de son mariage, fussent visités par les députés nommés à cet effet. Les états, jusqu’alors, n’avaient jamais usé de ce droit, qui ne devait être exercé que dans le cas d'une minorité ou d’une vacance; mais la lettre du règlement favorisait les prétentions des chapeaux.

T.a reine refusa de se soumettre à cette investigation pour les diamants que l’ambassadeur de Suède à Berlin lui avait présentés au nom du roi en personne. Elle en écrivit au sénat :

« Cette mesure, •> disait-elle dans sa lettre, « semble faire supposer quelque « méfiance de la part des états ; je dois « donc déclarer que je suis dans l'in- « trntion de séparer mes diamants de • ceux de la couronne, qui seront re- « mis aux états, car désormais je se

« rais humiliée de les porter. » Le comité secret engagea alors les états à adresser au roi la remontrance suivante, qui servira à faire connaître, et les procédés de ce corps , et la position du roi : « Les états du royaume « ne peuvent dissimuler plus long- « temps à V. M. ce qu’ils n’ont pu « s’empêcher d'observer, savoir : que « la reine ne regarde pas les états sous « le point de vue où ils doivent être « considérés, c'est-à-dire, comme avant « en main le pouvoir, comme étant « vos fidèles sujets, comme ayant élevé « V. M. à un rang si glorieux, et « comme disposés à exposer leur vie « et leur fortune pour le bien com- « mun de V. M. et du royaume, toutes « les fois que l’occasion le commanb dera.

« Non contente d’agir ainsi envers « les états, la reine a témoigné son « mépris (*) |K>ur les sénateurs et aub très grands officiers du royaume, par b des actes qui n’ont d'autre mobile « que le caprice et l’absence de tous « égards pour la dignité des personnes; b comme s’il pouvait y avoir une autre « fidélité et un autte mérite que l’o- « béissance aux lois, ou d’autres mar- » ques de dignité et d’autres récom- « penses que celles que la justice de b V. M. distribue à ses fidèles sujets.

« L'assemblée générale des états est b persuadée, ainsi que tout le royaume, « que V. M. désapprouve entièrement « de tels procédés. Ils ne désirent pas b un gouvernement plus heureux que b celui que leur promettent les dispob sitions bienfaisantes et paternelles b de V. M. ; mais lorsqu’il se passe si « près du trône des choses si contraib res à ces généreuses dispositions,

(*) Sliéridan dit que ce prétendu mépris n’élait autre chose qu’un ordre donné par le roi, environ un an auparavant, de ne laisser entrer que les carrosses de la famille royale dans la cotir intérieure du palais, et ue les sénateurs persuadèrent à l’amhassaeur de France de se plaindre au sénat , qui dérida que toutes les personnes d’un certain rang jouiraient do cet important privilège.

« cela ne peut que donner matière à « réflexions parmi les étrangers , et « causer de l'inquiétude et du trouble « dans le royaume. La sagesse de « V. M. ne peut manquer d'observer « que ces sortes d’exemples font im- « pression sur l’âme des princes héré- «ditaires, qui, au lieu de concevoir «de l’amour pour la nation, pour un « peuple libre, et de l’estime pour la «fidélité et le mérite, apprennent à « regarder les autres hommes comme « les jouets de leur caprice, et comme « devant être heureux ou malheureux, «bien ou mal intentionnés, selon les « faveurs ou les disgrâces qu’ils reçoi- « vent de la cour.

« La reine est venue dans ce royaume « pour être l’épouse de V. M., et non « pas pour aggraver le poids du gou- « vernement.

« Ce |>oids doit être porté d’autant

• plus aisément par un roi aussi gra- «cieux et aussi juste, que V. M. pos- « sède le plus haut degré de pouvoir, « et que sa plus sûre récompense est « dans les cœurs de ses sujets.

« Lors donc que d’autres personnes « suivent une route qui s’écarte des « engagements qu’a contractés V. M.

« devant Dieu et le rovaume, et qui, « par conséquent, s’éloigne de nos « vues et de nos intentions , elles ten- «dent, ou à introduire deux gouver- « nements dans le royaume, l’un s’ap- « puvant sur les lois, et l’autre les « méconnaissant, ou à rendre le roi «étranger à la constitution, et a

• anéantir le pouvoir des lois.

« Rien ne paraît devoir être plus « contraire à l’attente des états que la «déclaration de la reine, donnée par « écrit, dans laquelle S. M. dit qu'elle «regarde le désir du comité secret, « de faire la visite des diamants, comme « une marque de méfiance, et conclut « en ces termes : qu’elle se croirait « humiliée de les porter désormais.

« Il n’est ni dans les usages ni dans « la forme de notre gouvernement

• qu’aucune communication ou corres- « pondance ait lieu entre la reine et les « états ; mais quand les états u’ont rien « fait pour s’attirer de pareilles expres-

« sions de la part de S. M., et qu’il « leur tombe entre les mains un écrit « contenant un mépris si manifeste du « gouvernement, il ne convient plus à « leur dignité de garder le silence , bien « que les mesures auxquelles les états «jugeront à propos de recourir dans « cette circonstance ne doivent pas tirer « à conséquence pour d’autres et deve- « nir un précédent, d’autant que l’as- « semblée générale des états espère et « prendra soin aussi que ce qui occa- « sionne aujourd'hui de tels procédés

« n’arrive plus désormais Les états

« ne souhaitent pas que V. M. change « de sentiments à l’egard de la reine, « mais que la reine en change à l’égard « du royaume.

«Tout ce qu’ils demandent, c’est « qu’on laisse V. M. assurer tranquil- « lement le bonheur de ses sujets et la « gloire de son règne; mais ils désirent « aussi qu’une personne dont le droit « est si étroitement lié à celui de V. M. « puisse jouir constamment de tout « leur respect et de tout leur dévoue- « ment.

« Toute l’assemblée des états s’en « rapporte humblement, à cet égard, « aux soins paternels de V. M., et ils « se réjouissent de n’avoir pas besoin « de recourir aux moyens que Dieu et « leur droit leur ont mis entre les « mains.

« Les engagements de V. M. envers « le royaume sont les premiers et les « plus importants qu’elle puisse avoir; « c’est de leur observation qu’une na- « tion entière doit attendre sa prospé- « rité et que dépend le bonheur des « générations suivantes.

« En maintenant la constitution «comme elle doit être maintenue, « V. M. sera délivrée d’une foule de «soins, et le pays et ses habitants «jouiront pleinement des fruits du * gouvernement d’un si digne prince. »

Le roi, dans sa réponse, fut obligé de protester des hauts sentiments d'estime et d'amour que la reine avait pour toute la nation suédoise. Il s'efforça d’adoucir la dureté de quelques expressions dont elle s'était servie dans sa lettre aux états , les attribuant à ce

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qu’elle avait écrit cette lettre dans une langue qu'elle n’entendait pas suffisamment. II déclara de plus que les diamants donnés à la princesse, à Berlin, lui ayant été offerts en son nom, elle ne pouvait les regarder que comme lui appartenant, conformément à l’un des articles du contrat de mariage.

Les états répliquèrent, et dans leur réplique on trouve le passage suivant:

• Les états prient V. M. d'être seule « maître dans sa cour et roi de son « royaume; et enfin ils la supplient « humblement de faire cesser toute cor- « respondance ultérieure, tant sur ce « sujet que sur tout autre sujet sem- « blable. »

Après avoir emporté un point aussi important, les états se livrèrent à des actes encore plus personnels. Le sousgouverneur que le roi venait de donner au prince royal, alors figé de dix ans, déplut aux chapeaux; on résolut, en conséquence , de supprimer la place de sous-gouverneur du prince, et, à cet effet, on adressa au roi une très-humble requête, non moins impérieuse que celles qui précèdent. Elle était conçue en ces termes :

« Très-grand et très-puissant roi ,

« Après avoir délibéré sur une édu- « cation qui est de si haute importance « pour V. M. et pour le royaume, il « nous a paru entre autres choses que « l'emploi de sous-gouveri.eur de Son « Altesse Royale n’était pas nécessaire.

« En conséquence, les états représen- » tent humblement à V. M. que de pa- « reilles fonctions sont entièrement « inusitées, et que ce qui se pratique « dans d’autres pays n’est point appli- « cable à un royaume qui a d'autres « principes de gouvernement.

« Dans l'opiuion des jétats, tant « qu’un gouverneur a assez de santé et « de vigueur pour remplir la place qui « lui est confiée, la charge de sous- « gouverneur ne peut être d’aucun « avantage, et peut être susceptible de r quelques inconvénients.

« Les états respectent en toute sou-

# mission les vues sages et tendres qui « ont porté V. M. à créer cet emploi; « mais iis croient donner une preuve

« de ce respect et de cette soumission « en l’avertissant, avec le plus grand « empressement, que ledit emploi de « sous-gouverneur peut être cntièrer ment supprimé par la suite.

•> En outre, les états supplient très- « humblement V. M. que, conformé- « ment au droit qui leur est donné par r la forme de gouvernement , il ne soit «créé, sans leur participation, aucun « nouvel emploi pour tout ce qui con- « cerne l’éducation des princes , et qu’il « ne soit fait dans le personnel aucun « changement qui ne serait pas con- « forme à ce qui est prescrit dans les « instructions du gouverneur. »

Le roi eut a peine ohéi à cette injonction, qu’on lui intima, sous forme de supplique, l’ordre de renvoyer le gouverneur du prince, et en même temps on lui signifia que le comité secret avait choisi le sénateur Scheffer pour remplir ces fonctions. Le roi répondit que, bien qu'il fût intimement convaincu du mérite de Scheffer, il ne pouvait acquiescer à cette nomination , attendu que le droit de nommer a cette place lui était explicitement réservé par l’article III de la forme du gouverîiement. La réponse du comité secret, bien que conçue en termes obscurs, n’en allait pas moins droit au but. «Les «états du royaume, y dit-on, ont la « puissance législative et executive :

« c’est là ce qui caractérise leur posi- « lion. Mais la législation et le pouvoir « seraient sans effet si des obstacles « ou quelque résistance pouvaient en r empêcher l’exécution , ou si les sen- « timents des législateurs étaient su- «jets à la censure de qui que ce fût. « C’est pour cette raison que S. M.

« s’est engagée, par un serment solen- « nel , à être toujours d'accord avec « les états assemblés, de sorte que « leurs actes sont ou doivent être le « bon plaisir de S. M. , etc. , etc. » Les états nommèrent alors non-seulement le gouverneur du prince royal, mais encore tous ceux qui devaient être attachés à sa personne, et le roi fut obligé de céder sur ce point comme sur tous les autres.

Les chapeaux cependant n’étaient

point encore arrivas au terme de leur insolence aristocratique; car on ne peut pas donner d’autre nom à de pareils procédés, si l'on rélléohit combien tout cela était éloigné d’avoir le plus léger intérêt pour la chose publique et pour le maintien de la constitution. lis exposèrent au roi que, suivant Je XVI' article de la constitution, dans le cas où le roi serait absent ou assez malade pour ne pouvoir vaquer aux affaires publiques, les sénateurs étaient autorisés à signer les dépêches qui n’admettaient point de delai; que, par le XX' article de l’ordojmance de 1723, si le roi différait de signer plus longtemps que ne le nécessitait l’importance d’une affaire, les sénateurs étaient chargés de signer tout ce que les états enverraient à S. M. pour qu’elle l’exécutôt. Ils ajoutèrent que des motifs autres que l’absence et la maladie pouvaient empêcher le roi de signer les actes qui lut étaient présentée , et que , indépendamment clés affaires décidées par les états , il en était encore d’assez importantes pour ne permettre aucun délai. «Les états généraux , » est-il dit dans cette naïve remontrance, « ayant R scrupuleusement égard à cette cônsi- « dération , que le grand nom de roi

* fend les commandements et les exné- « ditions plus efficaces, etc. , l’humble « opinion des états est que dans toutes

* les affaires, sans exception, où la si- “ gnature manuelle du roi a été acquise

* jusqu’alors, le nom de S. M. soit « apposé dorénavant au moyen d'une « estampille, toutes les fois que sa si- " gnature ne suivra pas la première

* ou la seconde réquisition du sénat. » Uc roi fut encore forcé de céder.

Peu d’années apres, ce même parti dos chapeaux , soutenu cneore par la France, embrassa les intérêts de la cour, parce qu’alors la politique étrangère avait changé de face à Versailles; «tais le prétexte de leurs menées fut toujours le même : la liberté de la nation suédoise!

On aurait tort cependant de croire lue le roi et ses partisans ne firent aucun effort pour détruire la prépondérance des chapeaux ; mais léurs

tentatives eurent peu de succès. Le roi était entièrement dépouillé des moyens que la constitution de 1720 lui avait assurés pour défendre son autorité, et désormais la force seule pouvait la rétablir. Du reste, le peuple, fatigué de la domination du parti aristocratique, désirait vivement le retourde l’ancienne constitution ; mais les nobles avaient pristantde précautions, qu’ils étaient certains, tant qu’il ne s’opérerait pas une scission entre eux, de pouvoir faire échouertout ce qu’ou oserait entreprendre. L’outrecuidance des chapeaux amena bientôt ce résultat. Le comte de Brahé, le baron de!loru,ie maréchal de la cour, et d’autres bonnets , formèrent un complot, dont l’objet semble avoir été de remettre le roi en possession de tout le pouvoir dont il jouissait en 1721. Ils comptaient y parvenir en corrompant les soldats et les matelots qui se trouvaient alors à Stockholm; car, d’ailleurs, on était sdr du peuple. Cette conspiration fut découverte au moment de' l’exécution; de Brahé, de Ilorn, et plusieurs autres personnages suspects, lurent arrêtés par ordredu comité secret. L’affaire fut portée devant un de ces tribunaux monstrueux dont les membres étaient choisis par les états, dans leur propre sein, et par conséquent dans le parti dominant, contre lequel Brahé et ses complices étaient accusés d’avoir conspiré. Toute la procédure eut lieu sans aucune publicité, et la question, qui jamais n’a été admise en Suède dans les cours de justice ordinaire, fut appliquée sans ménagement. Le principal chef d’accusation dirigé contre le comte de Brahé, c’était la saisie faite, dans sa maison de campagne, d'un grand nombre de balles et de cartouches. Vainement il allégua pour sa défense qu'il n’avait rassemblé ces munitions que par l’ordre immédiat du roi, et pour défendre S. M. en cas d’une attaque imprévue; il fut condamné à perdre la tête, ainsi que le baron de Horn et six autres complices, et la sentence fut exécutée. Dans cette circonstance , le roi et la reine ne craignirent pas de s’abaisser jusqu’à des supplications;

on les repoussa avec dureté et dans le style le plus impérieux.

Désormais l’influence du roi était assez annihilée pour qu’il ne pût opposer aucun obstacle à ce que la Sucde prît parti dans la guerre contre le roi de Prusse. Les instigations de la France, la peur qu’on avait de la Russie, l’espoir de regagner ce qu’on avait perdu en Poméranie, entraînèrent le parti dominant dans cette guerre, qui chargea la Suède d’une nouvelle dette de vingt millions d’écus et du mépris universel. On sait que les armes suédoises ne se montrèrent jamais sous un point de vue plus triste pour elles. Les troupes, il est juste de le dire, combattirent vaillamment quoique manquant de tout; mais la eour intriguait u’un côté pour qu’on n’entreprît rien de décisif, et de l’autre côté les généraux , redoutant le sort de Buddenbrok et de Lôwenhaupt, s'attachaient à la lettre des instructions que le sénat envoyait de Stockholm. En 1762, avant l’événement de Pierre III , on fit la paix à Hambourg, et l’on rétablit le statu quo ante bellum.

Depuis la diète de 1756, les chapeaux, par leurs violents procédés, avaient perdu la confiance de la nation, et les bonnets avaient vu insensiblement s’augmenter leur crédit, à mesure que celui de leurs adversaires s'affaiblissait. Le mauvais succès de la guerre contre la Prusse, le manque d’argent occasionné par les grandes et inutiles dépenses de l’armée, la suppression des subsides que la France s’était engagée à payer, et les sommes que l’Angleterre avait fait passer dès 1756 à la cour et aux bonnets . toutes ces circonstances réunies contribuèrent à leur faire gagner du terrain durant la diète de -1762. A cette époque les arrérages des subsides dus par la France se montaient à dix ou onze millions de livres. La eour de Versailles, au lieu de satisfaire aux demandes réitérées qu’on lui adressa à cet égard , proposa de conclure un nouveau traité pour dix ans, pendant lesquels elle donnerait un million et demi par an, à condition que les Suédois lui accor-

deraient, pendant cet espace de temps, l’usage de six vaisseaux de ligne et de quatre frégates, complètement armés et équipés. Un traité de cette nature devait intéresser puissamment l'Angleterre, en ce qu'il mettait entre les mains de la France toutes les forces maritimes de la Suède. Elle réussit donc à faire échouer cette négociation. La cour de Stockholm répondit qu’il était impossible d’accueillir aucune proposition delà part de la France, avant que celle-ci eût payé au moins quatre millions sur les arrérages qu’elledcvait à la Suède. On fit en même temps courir le bruit que si la France ne satisfaisait pas sur-le-champ à cette demande, le ministère suédois consentirait à recevoir à Stockholm un ambassadeur anglais; et la France ne donnant aucune réponse satisfaisante, on admit, en avril 1764, sir John Goodricke en qualité d’envoyé extraordinaire de S. M.

britannique.

Ce ministre qui, depuis quelques années, dirigeait, de Copenhague, où il était accrédité, les intrigues anglaises en Suède , devait conclure à Stockholm la grande alliance entre l’Anpleterre , la Russie et la Suède, par laquelle on espérait contre-balancer le pacte de famille et l’alliance entre la France et l'Autriche. La tâche n’était rien moins qu’aisée : la France jusque-là n’avait rencontré en Suède aucune opposition à ses vues, et il fallait renverser un système qui avait prévalu pendant vingt-huit ans, dont rieu n’aurait pu ébranler les solides fondements , si les subsides qui devaient l’étayer n’eussent pas manqué ; un système enfin dont la conservation se trouvait liée aux intérêts personnels de ceux qui gouvernaient. Mais d’un autre côté l'impossibilité où la France se trouvait de payer les arrérages, le désordre des finances en Suède , et l’état chancelant des partis, favorisaient les opérations anglo-russes , et Goodricke prit si bien ses mesures avec Ostermann , l’ambassadeur russe, que le sénat convoqua une diète extraordinaire pour le commencement de l’année 1765.

Malgré l’argent que répandit la Frau-

ce, les bonnets obtinrent une majorité considérable dans les quatre ordres, et se trouvèrent ainsi maîtres de la diète. Ils décidèrent (lue les subsides pavés ar la France, loin d’être avantageux la Suède, lui avaient été au contraire très -prejudiciables, en l’engageant à des dejiensesqui en excédaient au moins trois fois le montant, et qui mettaient le gouvernement dans le plus grand embarras; d’autant plus que non-seulement la France différait de paver les douze millions d’arrérages qu’elle devait légitimement, mais qu'elle établissait même des comptes qui réduisaient la somme à sept millions, lesquels peutêtre ne seraient pas payés en sept ans, et ne sauraient, en aucun cas, compenser les maux qu’entraînerait une rupture avec l’Angleterre, rupture inévitable si le traité proposé par la France avait lieu; qu’au reste la Suède avait en elle-même des ressources suffisantes pour se tirer de ses embarras actuels sans l’assistance d’aucune puissance étrangère, pourvu que le gouvernement ne contractât aucun nouvel engagementet restât uelques années sans s’immiscer dans aucune guerre.

Quant à la réforme des abus qui s’étaient introduits dans la constitution , l’intention des bonnets était de rétablir l’autorité royale dans les droits que la forme de gouvernement de 1720 lui avait donnés, et de restreindre l’autorité du sénat. Mais un changement qui se manifesta bientôt dans les dispositions de la cour les obligea d’apporter quelques modifications à leur premier plan. La cour avait dissipé en dépenses futiles les subsides que la Russie et l’Angleterre lui payaient depuis deux ans, et elle se rapprocha de la France aussitôt que ces puissances cessèrent de les payer.

On s’aperçut bientôt de ce changement en voyant la majorité revenirtout d’un coup aux cAapeawxdans la chambre des nobles. Les ministres d’An-

§leterre et de Russie , auxquels l’envoyé e Prusse venait de s’unir, formèrent donc un nouveau plan. Ne pouvant plus compter sur la cour, ils ne songèrent plus à augmenter la puissance

royale aux dépens du sénat, ils travaillèrent au contraire à affermir l’autorité de ce corps, et à s’y assurer autant d’influence que la France en avait eu par le passé. Il fallait pour y parvenir taire renvoyer tous les sénateurs attachés à la France et au parti des chapeaux. D’un autre côté , la France, pour calmer les clameurs de la nation au sujet des arrérages, offrit de payer douze millions en huit ans, ce que le sénat jugea .à propos d'accepter. I.cs finances du rovaume éta eut si délabrées, qu’on s'attachait avidement à tout ce qui paraissait pouvoir faire sortir la Suède de l’etat de détresse où elle se trouvait. Cependant le comité secret, pour montrer à la France qu’elle avait perdu tout ascendant dans la diete, supprima la place d'ambassadeur à Versailles, et exclut, comme ayant abusé de la confiance des états, sept sénateurs connus pour être dévoués à la France. On s’attendait bien à ce que cette mesure ne serait pas approuvée dans la chambre des nobles ; mais, au grand étonnement de tous, le nombre des voix pour et contre fut égal dans la chambre du clergé, et les bonnets ne l'emportèrent que de deux voix dans la chambre des bourgeois.

C’est que l’ambassadeur de France avait répandu la veille plus de 170,000 livres, dont près de la moitié avait été distribuée au clergé.

Le triomphe des chapeaux ne fut pas de longue durée; le lendemain même l’or de la Russie rétablit les choses sur l’aucien pied ; et la question ayant été reproduite, il y eut, en faveur du renvoi des sénateurs , une grande majorité dans les trois ordres inférieurs. Il n’y a peut-être pas, dans l’histoire d’aucun état, un exemple plus frappant d’une corruption aussi générale et aussi éhontée. Et en effet , on craignait alors si peu de se montrer à découvert , que quelque temps avant la réunion de cette diète, on pro|>osa publiquement, dans une reunion de bourgeois, de prendre tout l’argent qui serait offert, et de voter ensuite suivant sa conscience. Ce stratagème réussit. La corruption fut intimidée ,

SUÈDE. 225

et les bonnets obtinrent , surtout par suite de cette circonstance , la majorité dans la chambre des bourgeois.

Rien ne s’opposant plus à l’influence de la Russie et de l’Angleterre , cette dernière puissance conclut, en 17G6, avec la Suède, un traité d’amitié, par lequel les deux puissances s’assuraient mutuellement le traitement de la nation la plus favorisée : on n’osa faire plus dans la crainte de mécontenter la France; mais celle-ci, s’appuyant sur les traités de 1738 et de 1758, qui imposaient à la Suède l’obligation de ne Taire aucun traité que d'un commun accord avec la France, crut voir dans l’alliance des Suédois avec l’Angleterre un motif suffisant pour refuser le payement des subsides, et l’ambassadeur français répondit au sénat qui s’en plaignit : « Que la Suède, en ne tenant « aucun compte de ses engagements , « avait dérangé les vues politiques de « S. M. le roi de France, de même le « non-payement des subsides pourrait « bien déranger les vues économiques « de la Suède. »

La cour, à cette époque , ne cacha >lus ses liaisons avec la France, et it une guerre ouverte aux bonnets. Le mariage du prince royal avec une princesse danoise ne servit qu’à augmenter la mésintelligence. La cour avait voulu profiter de cette occasion pour tirer quelque argent du Danemark; mais les bonnets ayant réuni tous leurs efforts pour la contrecarrer, elle prit enlin la résolution de tenter une réaction. Pour y parvenir, on résolut de brouiller la chambre des nobles avec les autres ordres , de. hâter la clôture de la diète, de travailler sans retard à en rassembler une autre , de décrier dans toutes les provinces l’administration des bonnets, d’insinuer qu’ils étaient entièrement dévoués à la Russie , que la Suède allait devenir une province russe, tandis que ses manufactures seraient sacrifiées à celles de l’Angleterre, et qu’enfin il n’y avait d’autre remède à ces désordres que l’intervention de l’autorité royale.

On eut bientôt des preuves des projets subversifs de la cour. Un nommé

15* Livraison. (Suède.)

Hoffmann, prétendant agir au nom du roi, excita un soulèvement; mais il fut livré par les pavsans. L’instruction prouva que sa condui te était l’effet d’un plan concerté, qu’il avait fait échouer ar sa trop grande précipitation. Les onnets oubliant alors leurs anciennes protestations, établirent a cette occasion un de ces tribunaux odieux dont nous avons parlé, et les chapeaux, de leur côté, oubliant l’exemple qu’ils avaientdonné eux-mémes en 1756, crièrent hautement à l’inquisition, à la persécution. La conduite des bonnets fut néanmoins plus modérée que celle de leurs antagonistes ; pour avoir le moins de sang possible à verser, ils évitèrent soigneusement de pousser leurs investigations trop loin. Hoffmann et deux de ses complices eurent seuls la tête tranchée.

Cependant les bonnets, abandonnant leurs anciennes vues gouvernementales , entreprirent de mettre de nouvelles entraves à l’autorité du roi. Jusu’ici, en cas de vacance d’une place e sénateur, le prince avait choisi entre trois candidats présentés par les états ; mais les bonnets firent passer une loi statuant que dans le cas où un candidat aurait été présenté trois fois sans être agréé, les états pourraient le nommer sans le concours de l’autorité royale. En même temps, on prit une autre résolution qui semblait compenser ce que la première avait de contraire aux principes proclamés si souvent par les bonnets pendant qu’ils faisaient de l'opposition. Il y était dit qu’on ne ferait aucun changement dans les lois fondamentales, a moins qu’il ne fût proposé dans une diète et approuvé dans une autre par les quatre ordres.

D’après la première de ces résolutions, le baron Duben, présenté pour une place de sénateur, ayant été rejeté trois fois par le roi, les états n’hésitèrent pas à le nommer eux-mêmes. Le roi refusa de signer le brevet, disant qu’on

Pouvait l’estampiller de son nom , si on voulait; et l’on répandit le bruit que la reine ne souffrirait pas que le nouveau sénateur fût admis à lui baiser la main, suivant l’usage.

Peu de temps après , le roi fit une démarche plus énergique. Il rejeta trois candidats qui lui furent présentés pour la place de secrétaire d’État, et en nomma un quatrième de sa pro-

fire autorité : action directement contraire à la constitution. Cette conduite indiquait assez que le roi espérait être puissamment appuyé; c’était évidemment le prélude de’ ce qui arriva peu de temps après. Mais les bonnets se croyaient trop forts pour avoir rien à craindre de l'autorite royale. On régla avec une petitesse sans exemple Tes moindres détails du mariage du prince royal; et ensuite la diète se sépara.

L'influence française eût été complètement détruite dans cette circonstance, si l'Angleterre et la Russie eussent autorisé leurs ministres à offrir un subside; mais leur jalousie mutuelle les en empêcha. A la tête des affaires se trouvait alors le comte Lôvenhielm, chef du parti anti-français ; des seize sénateurs, douze étaient entièrement dévoués aux intérêts anglo-russes, et les instructions du comité secret enjoignaient au sénat de déclarer à l'Angleterre que la Suède était actuellement fibre d’entendre des propositions pour un traité d’alliance défensive. Déplus, s'il venait à se former une alliance dans le nord pour contre-balancer celle des puissances du midi , le ministère suédois devait y accéder et n’écouter aucune proposition de la part de la France, jusqu'à ce qu’elle eût payé l’arriéré des subsides, et, dans ce cas même, ce payement ne devait, en aucune façon, préjudicier a l 'union projetée des Ætats Ou nord. Enfin, par la dernière résolution du comité, il fut pourvu aux dépenses publiques jusqu’en 1770, sans tenir compte des subsides de la France ; et c’est sur ce fait que les chapeaux fondèrent principalement l’espérance de forcer le sénat à convoquer une nouvelle diète. Aussi, à peine celle dont nous venons de parler fut-elle dissoute, qu’on s’attacha a en réclamer une autre , et à mettre tout en œuvre pour embarrasser le ministère.

Leduc de Choiseul, alors ministre des affaires étrangères, après avoir

empêché le ministère suédois de conclure un emprunt à Gênes, offrit de payer 4 millions et demi, à condition ue la Suède renouvellerait le traité e 1738; et ses émissaires répandus dans le pays assurèrent aux paysans que si l’argent de la France arrivait , ils seraient déchargés de leurs contributions. On espérait que le sénat, ne pouvant résister à tant de clameurs , consentirait à convoquer une nouvelle diète. Cependant les négociations avec l’Angleterre n’avançant que lentement, le sénat se vit forcé à demander un subside, et le ministère britannique ne voulut pas en accorder.

La cour, impatiente de se rendre plus libre, imagina un nouveau projet : c’était de faire déclarer par le roi en plein sénat qu’il était résolu d’abdiquer la couronne. Les deux partis de fa cour et de la France promettaient au roi que les états, une fois assemblés, le prieraient de la reprendre. Adolphe- Frédéric fit d’abord présenter au sénat, par son fils Gustave, une énumération ue ses griefs. Ensuite, le prince royal fit une tournée dans le royaume , et , par son adresse insinuante et ses manières aimables, il gagna l’affection du peuple. Il sut engager plusieurs gouverneurs de provinces et un assez grand nombre de négociants, à présenter au sénat des adresses, par lesquelles ils se plaignaient des désordres qui régnaient dans l’administration intérieure , et prouvaient en même temps la nécessité de convoquer les états.

Les chapeaux étaient déterminés à poursuivre leurs projets à la première occasion favorable : ils la trouvèrent dans la mort du comte Lôweuhielm, ui fut un coup fatal au parti des onnetSy et dans la guerre entre la Russie et la Turquie. Le roi résolut de ne plus différer l’exécution de son plan d'abdication simulée ; il refusa , le 12 décembre 1768, de signer un acte que lui présentait le sénat, et lui adressa une lettre pour le presser de convoquer une diète extraordinaire, devenue nécessaire par suite de l’accroissement continuel des malheurs publics , comme l’attestaient, disait-il,

1m différentes requêtes présentées à son (iis. > Si le sénat, ajoutait-ii , con- « tre mon attente, s’obstine à refuser « la convocation, je suis forcé de dé- « clarer que, dans ce cas, je renonce « au fardeau du gouvernement que ■ les larmes de tant de mes malheu- « reux sujets et la décadence de mon « royaume me rendent insupportable; « me réservant, lorsque mes lideles « conseillers des états seront asseni- « blés , de leur exposer les raisons qui « me portent à me démettre du gou- « vemement. Jusqu’à ce moment ce- « pendant je défends très - strictement « qu’il soit fait usage de mon nom « dans les résolutions du sénat. »

Le roi demanda une réponse dans les vingt - quatre heures ; mais n’en ayant point reçu au bout de quinze jours, il se rendit lui-mém« au sénat. On demanda encore un répit , et l’on lit observer au roi que l’intention qu’il avait manifipstéed’abdiquer la couronne était contraire aux lois. Adolphe-Frédéric répliqua que, considérant cette réponse comme un refus , il ne se mêlerait plus du gouvernement. Il sortit aussitôt, et dès qu’il fut rentré au château , il envoya le prince royal en grande cérémonie à la chancellerie, pour demander la restitution de l’estampille. La chancellerie l’ayant refusée, le prince se rendit auprès des autres collèges ou grandes administrations, leur déclara que le roi son père s’était démis du gouvernement, et lit répandre un exposé imprimé dps raisons qui engageaient le roi à cette démarche. Tous ces corps se montrant favorables à lu famille royale , le sénat envoya d’abord une députation de quatre de ses membres au roi pour le prier de ne pas abdiquer ; mais le roi tenant ferme, ils se virent forcés de convoquer une diète, et le roi révoqua aussitôt son abdication. Voici deux documents curieux, pour ne pas dire ridicules, quand on songe à l’usage si ngulier qu’on y fait du nom du roi; le sénat les publia à cette occasion, le premier avant de ceder, et l’autre lorsqu’il se vit contraint de céder aux voloutés de la cour.

« Attendu que Sa Majesté a été in-

« formée dans le sénat que le prince « royal, par ordre particulier, a no- « tilié hier à tous les collèges que le « roi ne prmdroit plus aucune part « aux affaires du gouvernement, il da- « vient indispensable de rappeler aux « collèges comment le royaume doit « être gouverné selon la forme de gou- « reniement qu’ils ont juré de inain- « tenir; et en conséquence de laquelle « les seuls ordres valides, les seuls aux-

• quels on doive obéir, sont ceux qui « émanent du sénat au nom de Sa Ma- «jesté, et dilment contre -signés; Sa

* MAJESTEayantcctteconlianceentous ’« ceux qui servent dans les différents

« emplois du royaume, que dans ccscir- « constances si pressantes et si dana gereuses pour la nation et la liberté, a ils se conduiront selon la forme du a gouvernement ,' de manière que leur a conduite soit irréprochable envers « Dieu, le roi et les états. »

Les principaux collèges ayant répondu que, comme, selon la constitution, la Suède ne pouvait pas plus être gouvernée sans roi que sans sénat, ils resteraient dans l'inaction jusqu’à la convocation des états ; et le sénat fut obligé d’en venir à la résolution qui suit :

« Attendu que les différents collèges a ont déclaré qu’ils n’obéiraient point « aux ordres de Sa Majesté, émanés o du sénat, iusqu’à ce que les états du « royaume fussent convoqués; que ia a trésorerie a refusé de faire aucun « payement, et que le général de Fer- « seii et le colonel Elirensward ont a déclaré qu’ils ne peuvent répondre « de l’obéissance des deux régiments < en garnison dans la ville, le sénat se a trouve obligé de convoquer une as- « semblée des états pour le 19 avril a suivant. »

Dès lors le roi se rendit de nouveau au sénat ; il y témoigna toute sa satisfaction de la mesure qui venait d’être prise; il ajouta qu’il était stlr de pouvoir montrer combien ses intentions avaient été pures dans tout ce qui s’était passé les jours précédents, et qu’il était pleinement convaincu que sa conduite serait approuvée dans la suite;

La France avait alors le plus grand

lâ.

intérêt 5 ressaisir son ancienne influence en Suède , afin que ce royaume Ut une diversion en faveur des Turcs; aussi l’ambassadeur français ne négligea-t-il rien pour soutenir les chapeaux. Relativement aux mesures qu’exigeaient des circonstances si extraordinaires, il avait un avantage considérable sur les ambassadeurs de Russie et d’Angleterre : il était seul muni d’ordres éventuels. On annonçait que dans peu il aurait à sa disposition douze millions , et que dix étaient déjà déposés à Amsterdam. En même temps les marchands suédois ouvrirent une souscription pour soutenir les partisans de la France; et, à l’ouverture de la diète, la grande majorité des nobles, du clergé et de la bourgeoisie, parut décidée en faveur du parti opposé à l'administration existante. I.es chapeaux firent même nommer, dans l’ordre des paysans , un président de leur parti , en répandant, dans la nuit qui récéda l'élection, que l’intention des onnets était de déposer le roi. Fersen, l’un des plus habiles et des plus zélés partisans de la France, fut nommé maréchal de la diète, et dans le comité secret il n’y eut pas un seul bonnet.

Heureusement pour les bonnets, leurs adversaires étaient divisés en deux partis , le parti de la cour, qui tendait à rendre le roi absolu , et le parti des vieux chapeaux , qui n’avait en vue que de déposséder le ministère actuel pour se mettre à sa place, et qui ne montrait pas moins d'aversion que les bonnets pour tout changement essentiel dans la constitution. Ceux-ci avaient à leur tête le colonel Pecklin , homme du premier mérite, qui jouissait du plus grand crédit dans la diète, et qui ne s'attachait à un parti qu'autant que ce parti tenait aux principes dont il ne voulut jamais s’écarter.

Toutefois tous les chapeaux furent d’accord pour déposer, des le commencement de la session, les sénateurs nommés par la dernière diète , et pour rappeler ceux qu’elle avait renvoyés.

La chambre des nobles vota ensuite'une adresse au roi , pour le remercier d’a-

voir par ses résolutions énergiques amené la convocation d’une nouvelle diète.

Les ambassadeurs des puissances du nord n’eurent plus dès lors d’autre soin que d’empêcher un , changement dans la constitution de l’Etat, et nouèrent des intrigues avec le parti de Pecklin. Celui-ci, quelque mouvement que se donnât l’ambassadeur de France, sut empêcher une rupture avec la Russie; rupture que le cabinet de Versailles désirait aussi ardemment qu’il désirait la concentration du pouvoir entre les mains du roi. Le clergé seul se montra seul disposé à seconder les vues de la France; mais l’arriéré des subsides n’arrivant point ou avant été dépensé sous main , le traite d'alliance proposé par cette puissance fut repousséà la presque unanimité. Cependant les instructions données au sénat par le comité secret étaient assez conformes à la politique du cabinet de Versailles. Elfes portaient que sans doute le sénat devait maintenir la Suède en bonne intelligence avec toutes les cours voisines, mais qu’il n’était pas prudent de contracter une alliance avec aucune d’elles , et particulièrement d’entrer dans la ligue du Nord projetée depuis quelque temps par l’impératrice de Russie. Le comité, dans ces instructions, ajoutait que la France et la Porte Ottomane étaient les alliés naturels de la Suède, et rangeait aussi l'Espagne et l’Autriche parmi les puissances amies, à cause de leur union intime avec la France. Il faisait observer en outre que l’unique but de l’Angleterre , c’était d’envahir l’empire des mers, et d'augmenter son commerce aux dépens des autres nations; qu'elle ne devait donc pas être considérée comme bien intentionnée pour la Suède, depuis surtout qu’ayant eu une occasion de se lier étroitement avec ce royaume, elle n’avait pas voulu en profiter. Il concluait à ce que le sénat ne contractât aucun engagement avec la cour de Londres. On fit en même temps comprendre au ministère français que scs partisans , bien qu'il leur eût été impossible de le satisfaire peu-

SUÈDE

dant la diète , comme ils l’avaient promis, ne négligeraient aucun moyen pour mettre le royaume en état de défense , et empêcher toute diète extraordinaire à l’avenir; et qu’on ne laisserait

fias dedonner suite au projetde changer aconstitution, pourvu que les arrérages fussent payés et qu’on fournit l’argent nécessaires pour les préparatifs qu’on se disposait à faire dès que la diète serait dissoute. On adressa de semblables promesses à la Porte, et la diète fut close le 30 janvier 1770.

Le parti de la cour et de la France avant ainsi échoué dans les tentatives qu’il avait faites pour changer la constitution par l'intermédiaire des états eux-mêmes, prit dès lors la résolution d'employer la force. Mais l’humeur douce et pacifique d’Adolphe-Frédéric s’y opposait ; ce prince était étran-

f;er, et la nation ne pouvait avoir en ui la confiance qu’elle aurait mise dans un souverain né et élevé en Suède.

Doué de toutes les vertus de la vie privée, il n’était ni assez ambitieux pour desirer un plus grand pouvoir, ni assez entreprenant pour le conquérir.

D’ailleurs ses sentiments paternels ne lui auraient jamais permis aucune démarche qui, venant à échouer, edt pu entraîner la ruine de sa famille.

Ce n'avait même été mfavec beaucoup de répugnance qu il s'était hasardé , quelque temps avant la diète de 1770 , a abdiquer la couronne.

L’âge ajoutait encore aux dispositions naturelles qui le portaient h la tranquillité et au repos. Cependant on affectait de préparer des forces militaires pour répondre aux assurances données è la Porte, et le prince royal s’étant rendu a Paris, les partisans de la France fondèrent de grandes espérances sur l’issue de ce voyage, et sur les conférences du prince avec le duc de Clioiseul. D’un autre côté, les bonnets se tenaient tranquilles, mettant leur confiance dans le résultat définitif de la dernière diète , dans le caractère du roi, et dans l’aversion de la nation à entreprendre une guerre contre la Russie, et enfin dans le mécontentement que causaient

les délais éternels apportés au payement des subsides français.

Telle était la situation des affaires lorsque Adolphe-Frédéric mourut , le 12 février 1771, à l’âge de 61 ans. Son fils et son successeur en reçut la nouvelle à Paris au Théâtre-Français.

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