COSTA VE-ADOLPÎIE IV
Gustave IV n’avait que treize ans, quand il succéda à son père. Nous avons déjà rapporté les bruits qu’on avait répandusen Suède sur la naissance de ce prince malheureux , et nous a^ons dit comment Gustave exploita, pour ainsi dire, la jeunesse de son (ils dans l’intérêt de sa politique. Le baron Frédéric Sparre, sénateur durovaume, qui s’était fait remarquer par l'obéissance sans bornes qu’il prolessait pour toutes les volontés de Gustave, avait été nommé gouverneur du prince royal; mais, en 1787, ayant montré quelques velléités d’independance , à l'occasion d’un voyage en Finlande, où le roi voulait emmener l’héritier de sa couronne, Sparre fut forcé de donner sa démission, et le comte Gylleustolpe prit sa place, ou du moins son titre. Là partie littéraire de l’éducation du jeune prince fut confiée à l’un des favoris du roi, à M. de Rosenstein, qui, en 1777, lors de la réconciliation du roi avec la reine, avait été chargé de la singulière négociation dont nous avons parlé plus liant , et avait joué son rôle à la satisfaction du roi. Ce jeune seigneur possédait quelques talents littéraires, et sut les mettre à prolit en habile courtisan. On lui attribue le récit du voyage de Gustave 111 et de son fils en Finlande, qu’on supposa avoir été composé par Gustavcl V, alors âgé de neuf ans. Quelques autres seigneurs, plus ou moins soumis à la volonté de Gustave III, contribuèrent aussi pendant plus ou moins de temps à l’éducation du prince royal; mais celui qui sut au plus haut point captiver la confiance de son élève, et
(*) Cours du Nord, t. III , p. i4g.
dont l’influence devait lui être un jour fatale , fut le général d’Armfelt.
A l’âge de douze ans , le prince fut nomme chancelier de l'université d’Upsal, et installé dans cette dignité avec toute la pompe académique. En général, on ne négligea rien pour lui donner les idées les plus extravagantes de son mérite et du pouvoir souverain auquel la Providence l’avait appelé par sa naissance. D’un autre côte , on lui inculqua ce mysticisme religieux, qui (latte tant la superstition du droit divin , et ce pédantisme biblique qui a remplacé l’enthousiasme religieux des premiers temps de la doctrine de Luther. On lui avait appris à regarder la nation française, receinment affranchie , comme maudite de Dieu, comme la bête prédite par Daniel , comme la prostituée vêtue d’écarlate dont il est parlé dans l’ Apocalypse; et quand Gustave fut assassiné par Ankarstroem, on persuada sans peine à son successeur que l’as-assin n’avait pu être qu’un instrument des athées français.
En même temps Armfelt inspirait au jeuné prince une opinion tres-peu favorable du duc de Sudernianie, son oncle. Le duc ayant souvent exprimé Combien il désapprouvait la croisade que son frère était sur le point d’entreprendre contre la France, Arimelt n’eut pas de peine à le présenter à son jeune elève comme un second d’Orléans, ligué avec les révolutionnaires pour monter sur le trône de son ne\ eu. On exagéra l’inlluence du duc et des idées révolutionnaires, et l’on fit entendre au jeune Gustave que la czarine était la seule puissance qui püt ie protéger contre les intentions malveillantes du régent et des partisans de la France. Ainsi l’on remplissait son cœur d’alarmes et de méfiance , et bientôt il crut que la dissimulation la plus profonde pouvait seule lui sauver la vie. Hien qu’il redoutât et qu’il liait intérieurement le régent , il lui prodiguait néanmoins les marques du respect le plus profond, et le traitait comme un second pere, s'habituant dans l'âge de la confiance et de la franchise à ia contrainte et à la du-
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pliclté, et se détachant du seul prince qui lui fût sincèrement dévoué, pour se jeter dans les bras d’une reine ambitieuse qui voulait réduire la Suède à n’être plus qu’une province russe.
La régence commença , comme presque tous les règnes , 'par des réductions et des économies, et par le rapport des lois, au moyen desquelles Gustave avait, peu dé temps avant sa chute , voulu enchaîner la liberté de la pensée. La construction d’un vaste palais près de Haga fut interrompue, et les matériaux, accumulésdepuis plusieurs années , furent employés à achever l’académie militaire. Les plaies faites à la Suède par la prodigalité du feu roi et par une guerre coûteuse n’étaient pas faciles à fermer. D’un autre côté, les esprits étaient alors dans un état d’irritation presque général, et l’on peut se convaincre, en parcourant les écrits politiques de cette époque, que l’on s’attendait à une nouvelle révolution en Suède ; mais le sens droit et la modération du prince Charles rétablirent bientôt le calme et la confiance.
Deux partis divisaient la Suède en 1792, l’un composé des partisans de la Russie et des anciens courtisans de Gustave III, à la tête desquels était le baron d’Armfelt; l’antre, favorable aux idées qui venaient de se faire jour en France, était sans doute moins nombreux , mais il était soutenu par le talent des hommes qui le composaient, par le mécontentement général et par l’amour de la liberté qui animait toute la nation. On craignait , non sans fondement, que l'armée, avec laquelle Gustave avait espéré rétablir l’ancienne monarchie française , ne songeât à attaquer et peut-être à renverser le trône de Suède. L'idée de faire de la Suède une république fédérative trouva de l’écho dans la nation , et un auteur hardi, Thorild , exposa les avantages du gouvernement républicain dans un ouvrage intitulé : La Liberté de la raison développée au régent et à la nation suédoise. La brochure fut supprimée le jour même où elle parut, et l’auteur fut arrêté; mais les esprits
étaient déjà si exaltés que cette mesure de rigueur faillit occasionner une insurrection , et i’on ne put calmer la fermentation qu’en ordonnant que l’affaire serait jugée dès le lendemain, et que les débats seraient publics. Le prévenu plaida lui-même sa cause et se défendit avec tant de courage et d'éloquence, qu’il entraîna son auditoire, et qu'à plusieurs reprises il se lit applaudir avec enthousiasme. Il fut acquitté , reconduit par la multitude et accueilli par des cris de • Vive la liberté ! vive Thorild ! » Ces mouvements indiquaient un grand esprit de résistance. Le régent ne songea point à l'irriter par des mesures séveres; il apaisa l’orage par la modération qu’il montra lui-meme, et qu'il imposa à son parti , qui était celui de l’aristocratie. Il (it aussi preuve du même bon sens en refusant d’entrer dans la coalition des grandes puissances contre la république française, et par un traité, qu'il conclut le 27 mars 1794, avec le Danemark , il chercha à assurer la navigation libre des deux royaumes Scandinaves qui, à cette époque , étaient les seules puissances neutres de l’Europe.
Catherine, voyant qu’elle n’obtenait rien ni par les menaces ni par la corruption , envoya à Stockholm le plus nabile de ses agents, le comte île Stackelbers, célébré par le rôle important qu’il avait joue lors de la destruction de la Pologne. Il devait, avec l’assistance du parti d’Armfelt, travailler à éloigner le régent et à assurer le mariage du jeune roi avec la fille du grand-duc Paul. Stackelberg, peu accoutumé aux ménagements, intrigua si ouvertement et avec tant d’insolence, que l’impératrice, sur les vives remontrances du régent , se vit contrainte de le rappeler. Son successeur, le comte Roinanzoff, agit avec encore plus d'audace, et fut aussi rappelé, quand la conspiration d’Armfelt eut été découverte. On accusa ce seigneur, qui avait eu le temps de se réfugier en Russie, d’avoir voulu assassiner le rcgent , et l’on assure qu’après sa fuite on trouva chez lui des pa-
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piers par lesquels il fut prouvé qu’il avait fait les plus grands efforts pour persuader au roi de taire un voyage vers le golfe de Finlande, afin qu'une frégate russe, qui devait être prévenue de son arrivée, pdt, à un signal convenu, le recevoir à son bord et le conduire à Saint-Pétersbourg. Armfelt fut condamné à mort par contumace; on attacha son nom au pilori, et ses biens furent confisqués.
Le régent, pour mettre un terme à toutes les intrigues de la czarine, résolut de marier promptement le roi, et négocia une union avec une princesse de Mecklembourg. Les fiançailles furent célébrées solennellement, et le mariage fut annoncé à toute l’Europe.
Mais Catherine ne s’avoua pas encore vaincue; elle fit renvoyer a la frontière l’envoyé qui venait lui donner avis de ce mariage, et elle adressa a toutes les cours de l’Europe une note dans laquelle elle accusait le régent de Suède a’étre lié avec les révolutionnaires français, et insinuait même qu’il avait eu part à l'assassinat de son frère. Ensuite elle intrigua si efficacement en Mecklembourg, que la princesse fit notifier au régent sa renonciation à l’alliance projetée. Pendant ce temps /on feignait à Pétersbourg de sc préparera une guerre contre la Suède, et l’on ne négligeait aucun moyen our renforcer le parti d’Armfelt en uède,et pour répand re dans le royaume les bruits les plus absurdes. On prétendait que le jeune monarque était éperdument amoureux de la belle Alexandrine , et qu’il allait être sacrifié par un oncle cruel et insensible. On était eneffet parvenu, parl’entremised’Armfelt, à établir une correspondance entre la grand-duchesse Alexandrine et Gustave, que l’on crut de cette manière engager irrévocablement. Enfin , pour assurer la réussite de ses projets, Catherine envoya à Stockholm M. Budberg, accompagné de quelques adroits auxiliaires, parmi lesquels se trouvait un Allemand, M. Christine, autrefois secrétaire de Si. de Calonne.
Il parvint à s’introduire auprès du régeut , et après avoir vanté la beauté
de la princesse Alexandrine , il parla de la douleur que la czarine éprouvait en voyant l'inclination de sa petitefille contrariée, et des sentiments d’affection sincère qu’elle portait à l’oncle du jeune roi.
Le duc , qui ne voulait ni avoir à soutenir une guerre contre la Russie, ni consentir à un mariage dont le résultat eût été de fairede la Suède uneprovince moscovite, s’appliqua à éluder la difficulté, par la ruse.II feignit d'écouter avec complaisance M. Christine, et d'être intimidé par les intrigues et les menaces de M . Budberg. On renoua donc les négociations , et Te régent ne se contentant pas d’accepter au nom du roi l'invitation que Catherine avait faite à ce jeune prince de se rendre à Saint- Pétersbourg, annonça, à la grande surprise de la cour, que son intention était d’accompagner son neveu.
« Le régent et le jeune roi arrivèrent avec une suite nombreuse et magnifique à Saint-Pétersbourg, le 25 août 1796, et, après les fêtes les plus brillantes, le 21 septembre fut fixé pour le mariage du roi de Suède et de la belle Alexandrine. Mais ce jour que l’impératrice attendait avec impatience, ce jour si longtemps désiré et qui devait combler ses espérances , renversa au contraire ses projets, et blessa si cruellement son orgueil , qu’il y a tout lieu de croire que sa mort en fut accélérée. Ce revers fut l’ouvrage du régent, d’un homme qu’elle méprisait, et qu’elle u’avait cessé de tourner en ridicule, d'un homme enfin qu’elle croyait avoir intimidé au point de le forcer à seconder ses vues.
» Le régent était bien instruit de l’humeur intraitable du jeune monarque suédois , et de son extrême ténacité dans tout ce qui avait rapport à la religion. Gustave en effet regardait l’église grecque comme plus corrompue et plus contraire encore à l'esprit du christianisme que celle de Rome. Le régent trouva moyen de gagner le précepteur religieux du roi , Te docteur Fleming , qui ne négligea aucune occasion d’encourager et de fortifier cette aversion. Quand les illustres
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étrangers arrivèrent à Saint-Pétersbourg, ils trouvèrent dans le peuple de cette capitale une ignorance et une superstition si révoltantes , qu’elles achevèrent d’indisposer le roi. C’était là ce que le régent désirait.
«Aucun homme n’aurait pu contempler sans émotion la beauté de la princesse Alexandrine Paulowna , sa fraîcheur, sa jeunesse; il aurait fallu que le cœur du jeune roi fût de marbre pour y rester insensible. Il devint éperdument amoureux. Alexandrine, de son côté, avait . depuis quatre ans, si souvent entendu parler du jeune roi de Suède, qu’elle s’en était éprise sur le portrait qu’on lui en avait fait; car Gustave, sans posséder une beauté remarquable, était, à l'Age de 17 ans, bien fait et d’une tournure élégante :
il était grand et sa démarche était singulièrement noble et grave.
« Gustave, malgré la violence de son amour, crut devoir confier â son oncle à quel point il craignait que son bonheur ne rencontrât un obstacle insurmontable dans la religion de la princesse. Le régent reçut cet aveu avec un plaisir secret, qu’il eut de la peine à déguiser. Il se borna à répondre que sur ce point Gustave ne pouvait mieux faire que de consulter son propre jugement. Il n’osait lui donner ouvertement le conseil de ne pas accomplir ce mariage, dans la crainte que cette démarche ne le portât à y consentir.
« La prévoyante Catherine ne fut pas longtemps à s’apercevoir que la complaisance soudaine du régent de Suède était une feinte pour neutraliser sa colère et pour frustrer son attente.
Son esprit vif et pénétrant découvrit l’écueil où devaient se briser ses espérances. Elle résolut en conséquence de prévenir le duc, et de le vaincre, s’il était possible, avec ses propres armes.
A cet effet , elle fit demander en secret au chef ecclésiastique de l’Église russe si , pour des raisons d’État de la plus haute importance , sa petitefille ne pourrait pas abjurer extérieurement la communion grecque pour professer celle de Luther. Le prêtre ,
ayant consulté ses confrères et les ayant trouvés contraires à l’apostasie projetée, s’agenouilla, baissa la tête et ait avec humilité : « Votre Majesté est toute-puissante. » Le régent avait joué sou rôle avec un rare talent.
Il connaissait parfaitement la nature de la croyance religieuse de Catherine, et savait que cette croyance cédait toujours à ses passions. Il fit donc répandre par ses émissaires le bruit que le roi de Suède ne consentirait à épouser une princesse russe que dans le cas où elle renoncerait formellement à la religion arecque. Ce bruit s’étant accrédite, détruisit la dernière espérance de l’impératrice; car elle sentait qu’en persistant , elle armerait contre elle le clergé, et causerait peut-être un schisme funeste au repos intérieur de son vaste empire.
«Le général baron d’Armfelt, quoique dans l’ombre et ne pouvant paraître à la cour, ne restait cependant pas oisif. Il communiquait secrètement avec le roi , à qui il insinuait que le régent , sous prétexte de défendre les intérêts de Sa Majesté, s’efforçait en secret d’obtenir la confiance et les bonnes grâces de Catherine, dans l’espoir que cette souveraine l’aiderait à s’emparer du grand-duché de Finlande, dont il voulait jouir sa vie durant.
Le baron persuadait en même temps au roi que le seul moyen de déjouer les projets intéressés dit régent , c’était de se montrer généreux envers sa future épouse, et, s’il le fallait même, de permettre à la princesse de conserver sa religion. Ce conseil ne plut pas au roi, et la première fois qu’il se retrouva seul avec le régent, il lui demanda, en le regardant fixement, ce qu'il en arriverait si une princesse de la communion grecque devenait reine de Suède. « Une insurrection , sire, répondit leduc, et lapertedetroiscouronnes. » Cette réponse laconique fit réfléchir le roi ; il se dit que si en effet le réent couvait secrètement les projets amitieux que lui attribuait Armfelt, il ne s’opposerait point à une démarche qui ne pouvait que les favoriser. C’est ainsi que l'esprit du jeune monarque
»gle
était rempli de trouble et d’inquiétude. Tantôt il voulait sacrifier les intérêts de sa religion à sa passion pour Alexandrie, tantôt il se décidait, malgré ses charmes, à renoncer à sa main, si elle ne consentait à abjurer l’Église grecque pour celle de Luther.
« Sur ces entrefaites , le général baron Stedingk , ambassadeur de Suède, dans une audience solennelle qu’il avait obtenue à cet effet, demanda officiellement la princesse au nom de son maître, et le 21 septembre fut le jour fixé pour la cérémonie du mariage.
« Il était impossible de voir un objet plus séduisant qu’Alexandrine Paulowna, dans ses habits de noce. Elle était environnée de tout ce que la cour offrait de plus grand et de plus imposant. L’impératrice, le grand-duc Paul, son épouse, leurs enfants, et la suite nombreuse et brillante de la souveraine étaient rassemblés dans le costume le plus riche. On peut assurer que l’or et les diamants qui étincelaient de tous côtés surpassaient en valeur les biens territoriaux réunis du royaume sur lequel la jeune princesse allait régner. Le moment arriva où le roi de Suede devait paraître. Il ne se montra point. Le fard qui couvrait les joues ridées de Catherine n’empêcha pas que la consternation et l’effroi ne fussent visibles sur ses traits. Son favori, le prince Suboff, parut, dit quelques mots à l’oreille de sa maîtresse et se retira. Il revint bientôt pour se retirer encore. On ne put cacher ù la jeune épouse que son mariage éprouvait des difficultés; elle était trop jeune et trop profondément affectee pour cacher l'émotion qui troublait son âme. L’impératrice elle-même avait de la peine à retenir la rage qui brillait dans ses yeux et qui soulevait son sein rempli d’indignation. Cependant le temps se passait; l’épouse tremblait, et ses parents attendaient avec impatience , depuis trois heures , quand les ministres arrivèrent, pétrifiés d'étonnement et de terreur, et annoncèrent à l’impératrice que le roi de Suède avait péremptoirement refusé de signer le contrat qu’on lui avait
présenté , et qu’il s’était retiré dans son appartement.
« La véritable cause de cette brus-
ue résolution fut une ruse grossière
es ministres russes qui interpolèrent dans le contrat de mariage des conditions différentes de celles qui avaient été convenues avec le roi de Suède (*). Ces ministres crurent qu'en différant la signature de cet acte jusqu’au dernier moment, le roi ne prendrait pas la peine de le lire; mais ils étaient dans l'erreur. Gustave examina le contrat avec la plus grande attention; quand il en vint à la clause d'après laquelle la princesse Alexandrine, devenue reine de Suède, devait continuer à professer librement la religion grecque, il se tourna vers M. de Marcoff,etdit : « Ceci a-t-il été inséré « par l'ordre de l’impératrice?» Le ministre ayant répondu affirmativement, le rôi ajouta d’une voix ferme :
« Je n’y ai jamais consenti , et je ne le « signerai point. » Ce fut en vain que les grands dignitaires de l’empire lui représentèrent que l’impératrice et la jeune princesse attendaient. Messieurs de Itesborodko, de Marcoff, de Suboff le supplièrent vainement de signer. Le roi avait consulté son directeur spirituel, le docteur Fleming. Celui-ci, zélé luthérien, lui avait prédit l’entièredestructionde l’Église réformée en Suède s’il souffrait une abomination si grande. Les prêtres grecs ne furent pas moins contraires a toute espèce de concession , et ce conflit de préjugés occasionna réellement la rupture que le régent avait prévue, et qu’il avait désirée.
« Le jeune roi mérite de grands éloges pour sa fermeté ; car il n aurait pu céder sans compromettre son honneur et celui de son royaume. Le ré-
(*) Les principales de ces conditions étaient que la princesse pourrait avoir une chapelle el des prèires grecs dans son palais, el que le roi déclarerait sur-le-champ la guerre à la république française. I.a première interpolation avait etc faite par l'ordr* de Catherine, l'autre était due aux manœuvre, du gcuérai baron d'Armfelt.
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gent prit Gustave à part et lui parla a voix basse, avec des gestes suppliants. On ne peut former que des conjectures sur le sujet de leur entretien. Tous les nobles suédois de leur côté se réunirent pour prier le roi de ne pas rompre le mariage; mais il refusa de les écouter, et ne cessa de s’écrier : « Je ne puis pas, je ne veux « pas signer ces papiers. Je ne veux « rien faire qui soit contraire aux lois a de la Suède. »
« On essaya cependant de renouer les négociations; mais le roi éluda toutes propositions qui lui furent faites à ce sujet, en offrant de s’en rapporter à la diète qu'il devait convoquer dès qu'il aurait atteint sa majorité, ajoutant qu’il serait trop heureux d'épouser la princesse Alexandrine, si les quatre ordres de la Suède consentaient à ce que la reine professât la religion grecque. L’autocrate l'écouta d’un air dédaigneux, croyant, peutêtre avec raison, que ses discours étaient une feinte par laquelle il cherchait à déguiser la résolution qu'il avait formée de ne jamais céder sur ce point. Elle lui dit que si c’était là la seule difficulté, il n'avait qu’à convoquer la diète sur-le-cliamp, et qu’elle lui fournirait une armée assez puissante pour forcer ses sujets à l'obéissance, dans le cas où ils se montreraient rebelles.
« Le monarque suédois et le régent, ayant heureusement échappé aux .embûches de Catherine, partirent le huitième jour après celui qui avait été fixé pour le mariage , et arrivèrent heureusement à Stockholm. Il y eut quelque mérite de la part de Catherine à ne pas profiter de l’occasion qui lui était offerte de s'emparer de la personne du roi et du seul héritier de la couronne de Suede. Elle en eut incontestablement le pouvoir, et cependant elle ne mit aucun obstacle à son départ.
« Peu de temps après le retour du roi et du régent, le monarque atteignit sa majorité, et le duc, fidele à sa promesse , lui remit un sceptre qu’il aurait pu garder sansrcncontrcr d'obs-
tacles , et rentra dans la vie privée. A peine le jeune roi eut-il pris en main tes rênes de l’État , qu’il renvoya les ministres du régent, et qu’il rappela le baron d’Armfelt de son bannissement.
Mais il lui fut impossible d’obtenir du riks droits ( chancelier de Suède ) que la condamnation du baron fût biffée sur les registres du tribunal , et il dut se contenter de lui accorder sa grâce, avec la restitution de ses biens et de ses titres. La planche sur laquelle le nom d’Armfelt avait été inscrit fut aussi à cette époque retirée du pilori.
Cette résistance du comte de Wachtmeister aux erreurs d’un jeune monarque, et aux artifices d’un vieil intriant, fait honneur au caractère de cet omine d'État , et peut servir à prouver l’équité de la sentence (*). »
Pour adoucir un peu le ressentiment de la cour de Saint-Pétersbourg, on choisit pour épouse du roi une |>rincessede Bade, sœurdecelleque le grandduc Alexandre venait d’épouser. Le mariage fut célébré le 31 octobre 1797. S'il faut en croire Brown, Gustave, ni avait pour principe qu’un roi ne oit jamais ni rire ni montrer aucune gaieté, glaça d’abord d’effroi le cœur de sa jeuneépouse. Il ne l’étonna pas moins quand le soir, avant de se mettre au lit , il lui ordonna de lire à haute voix, dans une Bible allemande, le premier chapitre du livre d’Esther, et quand, cela fait, il lui déclara qu’elle devait se préparera lui obéirponctuellement, attenau qu’il était résolu à être , comme Assuérus, le maître dans sa maison.
Mais bientôt la scène devait changer; cette nuit était la première qu'il eût passée dans les bras d’une femme, et ses transports furent si violents que sa jeune épousecourut tremblante et confuse chercher un asile auprès de ses dames. Le mariage ne put être consommé qu'au bout de quelques semaines.
En peu d'années Gustave se rendit aussi insupportable à la nation qu'il l’était à sa lamille, et dans toutes ses actions le ridicule seul l’emporta sur l’extravagance. Prétendant être à la fois
(*) Cours du Nord , t. III, p. 106 et luiv.
prophète , pontife et roi , il commettait les erreurs les plus absurdes avec une gravité sans exemple, et son humeur était déjà si violente que personne n’osait plus lui donner aucun avis.
Les ministres eux-mêmes, loin de pouvoir lui adresserdes remontrances, étaient traités fîar lui comme les fonctionnaires les plus obscurs, et il n’y eut bientôt plus :ue des hommes bas et serviles qui osassent approcher de lui.
Tandis que Gustave se montrait capricieux et violent envers ses ministres et les moindres de ses serviteurs, la jeune reine , par sa grâce naturelle et par sa gaieté inaltérable, se faisait aimer de tous ceux qui l’approchaient.
Quoiqu’elle ne fût pas heureuse , elle avait assez de générosité pour s’efforcer de rendre ceux qui l’entouraient heureux et contents; elle traitait les dames de sa cour comme ses égales, et leurs filles devenaient les compagnes de ses jeux innocents. Gustave jugea
3u’il était indigne d’une reine d’avoir es amies , et l’accusa d’avoir perdu de vue le rang qu’elle occupait. 11 ajouta que ce manque de dignité devait être sans doute attribué à ce qu’elle avait été élevée dans la chétive cour de son grand-père. Il chassa du palais les jeunes ainiesde la reine, la menaçant elle-même de la renvover à Bade, si jamais il la retrouvait jouant avec les dames de sa suite. Dès ce moment elle ne se vit plus entourée que de vieilles douairières. La tristesse s'empara d’elle, et sa santé ne tarda nasà s’alterer.
Gustave avait hérité de la haine de son père contre la France; mais il ne pouvait voir sans indignation les prétentionsambitieusesdes Anglais. Atissi quand la seconde alliance du Nord fut formée , il crut devoir y accéder. Personne n’ignore tout ce que les Danois eurentà souffrir pouravoir voulu maintenir la neutralité maritime. L’alliance fut bientôt dissoute , et l’on assure que Gustave ne put s’en consoler qu’en songeant aux pertes essuyées par les Danois. Dès ce moment, "la Suede se rapprocha de l’Angleterre, et le Danemark resta, jusqu’en 1814, fermement attaché à la France. Lorsque la
guerre eut éclaté de nouveau, après le moment de repos qui suivit la paix d’Amiens, Gustave traversa l’Allemagne, comme émissaire des Anglais, pour former une nouvelle coalition contre la France. L’enlèvement du duc d’Enghien agita si vivement ses esprits qu’il interdit à ses sujets toute communication avec la France, d’où il rappela • son ministre; et peu de temps après, se trouvant offensé d’un passage du Moniteur qui le concernait (*), il ordonna à l’ambassadeur de France de quitter Stockholm. Napoléon ne s’étant montré que faiblement choqué de ces mesures , Gustave devint furieux et se vengea sur les bustes et sur les portraits de son adversaire. Quelque temps après, le roi de Prusse ayant envoyé à Napoléon l’ordre de l’Aigle noir, Gustave lui renvoya cette décoration , ne voulant rien avoir de commun avec l’usurpateur. La Prusse suspendit aussitôt toute communication avec la Suède, et le commerce de ce royaume en souffrit cruellement. Une démarche non moins imprudente fut au moment de le brouiller avec la Russie , et de faire perdre aux Suédois la Finlande.
Alexandre, qui alors était encore dans toute la ferveur de sa générosité, consentit à oublier l’insulte faite a son ambassadeur et aux couleurs moscovites. Ce n’était pas Gustave qu'il ménageait, c’était la Suède, dont il allait avoir besoin.
Le seul projet dans lequel Gustave montra de la suite et de la persévérance, ce fut la résolution qu’il avait prise de rétablir le trône des Bourbons. Il ne craignit pas de manifester hautement cette intention à une époque où des monarques plus puissants que lui cachaient les voeux secrets qu’en haine de la France ils formaient pour cette famille. Le 15 janvier 1805, il signa une alliance avec la Russie , qui
(*) «Sa main,» était-il dit dans cel article, qui probablement avait élé rédigé par Napoléon lui-mèine , » sa main est trop faible pour soulever l’épéc de Charles XII, dont il n'a que la folie et les boites. »
«le
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devait le mettre à la tète d’une armée anglo- russe, renforcée par 25,000 Suédois , pour attaquer la république batave. Mais quand l'armée russe se fut avancée sur l'Elbe, il renonça au commandement par méfiance envers la Prusse, et ne voulut pas même qu’un seul Suédois se réunît à l’armée coalisée. On sait combien ces différends furent funestes à l’Autriche.
Cependant Bernadotte avant abandonné le Hanovre pour se réunir aux Bavarois, une année russo-suédoise alla occuper ce pays. Gustave dirigea en personne cette occupation , et l'armée s’en aperçut bien aux désordres qui eurent lieu : tantôt les troupes devaient faire halte dans des villages qui n’existaient que sur de mauvaises cartes ; tantôt les vivres étaient préparés dans une ville autre que celle qui était indiquée aux commandants. Entrés dans le Hanovre, les Suédois occupèrent Hasbourg, petite ville sur l’Elbe, située en face de Hambourg.
Us irritèrent tous les esprits en doublant les droits de douane pour l’entretien de leur armée, et cette mesure, contraire à tous les traités , produisit 26 écus!
Lorsque, peu de temps après, vers le commencement de l’annee 1806 , les Prussiens vinrent à leur tour prendre possession du Hanovre, Gustave s’arrogea le titre de protecteur du duché deLauenbourg, et annonça l'intention de se maintenir dans ce pays.
Mais bien avant l'arrivée des Prussiens, il se retira à Ratzebourg, laissant 1800 Suédois , commandés par le comte de Lowenhjelm, pour s’opposer aux Prussiens , avec ordre de tirer sur eux s’ils tentaient le passage de l’Elbe. I.es représentations du ministre anglais ne purent le déterminer à révoquer cet ordre. Le comte de Lowenhjelm se vit bientôt entouré par un camp prussien d'une force infiniment supérieure; il lit néanmoins feu sur eux , et il se préparait à forcer le passage, quand les Prussiens ouvrirent leurs rangs et laissèrent passer les Suédois sans opposition , leur rendant même les honneurs militaires. Deux chevaux qui
avaient été pris par des soldats prussiens furent restitués; mais Gustave refusa de les recevoir, prétendant qu’ils étaient prisonniers de guerre , et qu’ils devaient être traités comme tels.
Pour se venger de la compassion ue le roi de Prusse lui montrait, il onna ordre à ses vaisseaux de courir sus aux navires prussiens, et il alla même jusqu'à bombarder quelques villes sans défense, situées sur la Baltique. Cependant il changea de conduite dès que la rupture entre la France et la Prusse eut éclaté; il n’hésita pas un instant à transporter son armee en Poméranie quand les armes françaises approchèrent de cette province; mais bientôt il abandonna ses projets guerriers , les reprit quelques mois plus tard , et fit attaquer 1 arrière-garde du maréchal Mortier, qui repoussa sans peine le corps d'armée suédois, et accorda, le 18 avril 1807 , un armistice au comte d'KIsen , gouverneur de la Poméranie. Gustave s’en montra fort courroucé , et en signant cette convention, il déclara ne pas reconnaître Napoléon comme empereur et roi. Après la paix de Tilsitt, au lieu de transiger de son côté avec le vainqueur, comme le lui conseillaient le roi ae Prusse et l’empereur de Russie, il renouvela, le 23 juin, son alliance avec l’Angleterre, et les hostilités recommencèrent. Gustave, qui voulut commander en personne, montra dès les premiers coups de canon de l’ennemi une faiblesse et une pusillanimité qu’on était loin de prévoir , et envoya un parlementaire au maréchal Brune pour lui proposer un armistice. « Eh quoi! ait le maréchal, « est-ce bien un descendant de Charles « XII qui demande une trêve trente- « six heures après le commencement « de la guerre? » Brune continua son mouvement; mais au moment où les deux armées allaient se trouver en présence, Gustave tourna bride, s’enfuit à Stralsund, se mit au lit en arrivant, prit un émétique pour faire croire qu’il était malade, et prétendit le lendemain que le vent d’un boulet lui avait fait à la jambe une forte contusion.
L’LMVKRS.
Une fois à l’abri, derrière les remparts de Stralsund, Gustave se souvint de Charles XII , et annonça l’intention de se refuser à tout accommodement.
« Si, dit-il, je traitais avec la bête de «l’Apocalvpse (*), je consentirais à « ma perte dans ce monde et dans « l’autre. » Mais, peu de temps après, avant même que les Français eussent une seule pièce en batterie pour assiéger Stralsund , le roi ordonna d'évacuer cette vide, si glorieusement défendue par Charles XII dans des circonstances plus difficiles. I.es soldats indignés brisèrent leurs fusils de rage en défilant devant le roi , qui crut les consoler en déclarant le lendemain, par un ordre du jour, que la place de Stralsund était déchue du rang de forteresse !
Gustave resta quelque temps à Rugen, plongé dans un profond abattement et dans une sombre mélancolie.
On commença dés lors à craindre que sa raison ne vtnt un jour à s'altérer.
F.nfin, Rugen fut également évacué et abandonné aux Français.
Nous placerons ici un fait peu connu, mais qui est trop caractéristique pour que nous le passions sous silence.
Après avoir occupé la Sélande tout l’été de 1807, les Anglais jugèrent à propos de l’évacuer. Le gouvernement britannique lit alors offrir à Gustave- Adolphe d’envoyer un corps suédois relever le corps anglais qui allait se rembarquer. Cette proposition fut faite sans condition et réitérée à plusieurs reprises. Il refusa obstinément, et cependant il avait en Suède plus de troupes qu'il n’en fallait pour cette occupation , qui n’exigeait pas même un coup
(*) Gustave , pendant son voyage d’Allemagne, en i8o3, avait vu le fameux Stelliug. Il avait lu le commi-nlaire de Jung sur l’Apocalypse, et ce livre était devenu son bréviaire politique. Des calculateurs ayant découvert que les caractères du nom de ÎVapolcon, formaient le nombre 666, ce qui, suivant l'évangéliste, est le nombre de la bile, Gustave se persuada sans peine que l'empereur des Français était réellement la bêle prédite par saint Jeau et qu’il lui était réservé de la terrasser.
de fusil. Quel pouvait être le motif de ce refus? Son attachement pour le Danemark? mais nous avons vu plus haut u’il le détestait, et qu’il s’en était fait étester en témoignant hautement sa joie du bombardement de Copenhague.
Ajoutons que dans le même temps où il refusait d’ajouter la Sélande à la Suède, il offrait l’île de Gottland aux chevaliers de Malte.
line des clauses secrètes de la paix entre la France et la Russie avait été l’engagement pris par cette dernière puissance de faire adopter le système continental par la Suède et par le Danemark. Alexandre, en conséquence, lit faire quelques ouvertures à Gustave; mais celui-ci les repoussa avec aigreur et insolence. Son aveuglement et sa folle obstination irritèrent Alexandre, qui, d’ailleurs, sentait le besoin de faire oublier à ses sujets, par quelque exploit brillant, la honte au traité de Tilsitt et des désastres qui l’avaient précédé. La conquête de la Finlande fut donc résolue. Alexandre , dans cette occasion , se montra le digne héritier de Catherine. Avant même que l’ultimatum du roi de Suède fût arrivé à Saint-Pétersbourg , les Russes passèrent la frontière sans déclaration de guerre, et les habitants furent sommes par des proclamations de se révolter contre les autorités suédoises.
A Saint-Pétersbourg on annonça laconiquement aux ministres étrangers que la Finlande avait été réunie à la Russie. Toutefois les Suédois se montrèrent dignes de leur ancienne renommée de bravoure; 100,000 soldats, 10,000 matelots furent mis sur pied.
Dans l’état de désorganisation où se trouvait l’armée russe après la bataille de Friedland, la moitié eût suffi pour pénétrer jusqu’à Pétersbourg , et pour taire renaître les beaux jours de Narva; mais l’extravagance du roi et la trahison rendirent ce s efforts inutiles. Le malheureux Gustave ne sut jamais que gaspiller les ressources immenses que la nation mettait si généreusement a sa disposition. Aucune opération militaire ne fut conçue sur un plan raisonnable; toutes les troupes, au lieu
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d'être concentrées et disposées en masses compactes, prêtes à fondre sur les points vulnérables de l'ennemi , furent dispersées sans motifs. On les épuisait en marches et contremarches , sans aucun but stratégique ; des régiments entiers furent détruits par des marelles forcées consécutives, et l’on en cite plusieurs qui furent renouvelés trois fois en entier dans le cours de la campagne sans avoir vu une seule fois l’ennemi. Après la prise d’Abo(23 mars 1808), la forteresse de Swéaborg et la flotte se rendirent sans résistance ; la guerre cependant traîna encore quelque temps; les Suédois reprirent même quelques positions , mais les Russes restèrent partout victorieux. Ainsi la Finlande, cette conquête de Birger Jarl,que la Suède avait possédée sans interruption pendant l'espace de huit siècles, fut enlevée à la Suède, non par la valeur de son ennemi, mais par l'extravagance de son roi.
Nous avons déjà dit plus haut que le prince royal de Danemark , outragé par les mesures violentes du cabinet britannique, s’était, des la fin du XVIII* siècle, fermement uni à la France; néanmoins la politique franchement pacifique de ce prince aurait assuré à la Suède toute sécurité de ce côté, si Gustave edt su modérer ses ressentiments personnels et son zèle chevaleresque pour les rois détrônés. Mais bien loin de rechercher l’amitiédu Danemark pendant sa guerre contre la Russie, il ne fit qu'irriter le cabinet de Copenhague par son arrogante outrecuidance, et la guerre que ce cabinet lui déclara enfin le 29 février 1808 lui parut presque une bonne fortune, tant il s'était aveuglé sur ses propres ressources et sur la position de ses ennemis. Oubliant les ertes irréparables que la Suède venait 'cssuyVr par sa faute en Finlande, il ne rêvai* plus que la conquête de la Norvège et de la Selande. Par son ordre , un corps d'armée suédois franchit les frontières de la Norvège; mais il le dirigea lui-même avec cette imprévoyance et cette irrésolution dont il avait donné tant de preuves dans les
dernières années. Aussi le courage des Norvégiens , qui se levèrent en masse, força non-seulement les Suédois à reculer, mais menaça bientôt les frontières de la Suède. Vers cette époque, le général anglais sir John Moore aborda en Suede avec un renfort de 10,000 hommes de troupes anglaises; mais Gustave, bien loin de pensera suivre un plan de campagne sagement combiné, s'obstina à disséminer ses forces disponibles dans des entreprises téméraires. Le général anglais s’v opposa avec toute la franchise, et f’on peut même dire avec toute l’arrogance qui caractérise les officiers de cette nation. Gustave, non moins irritable , donna l’ordre de l’arrêter, et le général dut s'enfuir précipitamment et s’embarquer sans délai pour se soustraire à la captivité qui le menaçait (24 juin 1808).
Ainsi cette dernière ressource lui échappait encore. La situation malheureuse de la Suède devint tellement évidente, que le cabinet de Saint-James lui-même, qui, du reste, malgré les folies outrageantes de Gustave, n’avait jamais discontinué le payement des subsides, conseilla la paix et promit de ne pas traiter la' Suède en ennemie, lors même que ce royaume se verrait forcé d'accéder au système continental. Mais Gustave s’obstina à vouloir la guerre, bien nue des cent mille soldats avec lesquels il avait commencé la campagne de l’année précédente, il ne lui restât plus que 30,000 hommes, et que les Russes , établis pour la seconde fois aux îles Aland, menaçassent déjà sa capitale. Bien plus: oubliant que l’Angleterre était le seul allié qui lui restât, Gustave, irrité de la résistance de Sir John Moore , avait déclaré la guerre a la Grande-Bretagne et mis l’embargo sur les navires marchands appartenant aux Anglais, sans s’inquiéter de représailles qu'on exercerait nécessairement sur les bâtiments suédois. « Je forcerai , dit-il , ces fiers <■ insulaires à me demander pardon à « genoux, et j’écraserai leur marine.»
Et quand il proférait cette folle menace, pas un seul vaisseau suédois ne pouvait tenir la guerre faute de matelots.
Dès lors on ne put douter de l’aliénation mentale du roi.
Dans ce danger pressant, les premiers fonctionnaires de l’Etat crurent devoir lui adresser des représentations.
Il leur répondit avec un calme plus effrayant encore que ses violences ordinaires : « Je vous remercie de vos «conseils; je crois même que vous « avez raison ; mais ie ne puis agir au- « trement sans me damner. »
Dans cette situation désespérée , Gustave demanda 100,000 hommes et 30 millions à un pays accablé par tant de revers. Quelques mouvements qui eurent lieu dans la garde royale à cette occasion furent sévèrement réprimés.
C’est alors que le mécontentement général étant parvenu à son comble, l'armée entière se révolta. Nul doute que les événements qui eurent lieu ensuite n’aient été préparés de longue main ; mais il faut néanmoins voir une preuve de la faiblesse et de l’incapacité tleGustavedans la facilité avec laqticlleon sedélivrade lui. Ceux qui le détrônèrent eurent raison de dire qu’il fallait que le roi fût devenu un membre inutile pour la nation suédoise, puisqu’en se sé-
f tarant de lui elle n’éprouva pas la plus égère convulsion. Ce qui est presque sans exemple dans l'histoire, le malheureux roi n’avait alors aucun parti pour lui, pas même un seul partisan. Les amis de la France et de la Russie, alliées à cette époque, voulaient l’écarter à quelque prix que ce fût; le parti anglais, de son côte, s’allia aux libéraux , et projeta une nouvelle constitution qui aurait donné plus d’influence au tiers état. Ce parti aurait consenti à conserver le roi s’il eût pu espérer lui imposer la constitution projetée; mais le caractère connu de Gustave ne permettait pas d’v songer. On sonda le ministère britannique , que Spencer Percival présidait alors ; mais ce cabinet , qui s’était fait le champion de la légitimité en France, ne pouvait pas donner les mains à la déposition du roi de Suède.
Toutefois le danger devenait de jour en jour plus imminent, le bruit s’était répandu qu’au congrès d’Erfurt on
avait résolu de partager la Suède entre le Danemark et la Russie, et l’on citait pour preuve de cette détermination la réponse que Napoléon devait avoir faite à un émissaire suédois, qui lui avait parlé de la déposition de Gustave : « La demande arrive trop tard ; « ma parole est déjà donnée au prince « royal de Danemark et à l’empereur a de Russie. » Ce qui était plus positif que ces vaines rumeurs, c’est que le prince de Ponte Corvo, qui, depuis la campagne de 180G, commandait un corps d’armée française dans le nord de l’Allemagne, devait se réunir aux Danois et faire une descente en Scanie, et qu’il n’en fut empêché que par la défection des Espagnols sous la Romana, et par la guerre avec l'Autriche , qui rendit sa présence nécessaire dans le midi de l’Allemagne. M. Brown, qui , de son propre aveu , retourna vers cette époque en Angleterre, dans l’intérêt des conjurés suédois, et qui probablement était venu en Suède dans l’intérêt du ministère anglais f aflinne qu’on l’avait chargé d'offrir la couronne au duc de Glocester, et qu’il ne consentit à se charger de cette commission qu’à condition que la vie de Gustave serait épargnée.
Cependant tout n'était pas encore perdu. « L’aimable et vertueuse épouse de Gustave IV, dit M. Brown, lit de vains efforts auprès du roi pour qu'il permit que sa famille, étroitement unie a la nouvelle dynastie française (*), intercédât pour lui et sauvât son trône
(*) Le margrave de Bade, ercé grand-duc par Napoléon, avait épousé la princesse Stéphanie de Beauharnais , fille adoptive de l'empereur desT'rançais. La maison de Bade n'a jamais oublié les liens qui l'unissaient à la famille drs Wasa: l’unedcs filles de la grandeduchesse Stéphanie est devenue, il y a quelques années , la femme du fils de Gustave, officier général au service d’Autriche. Par un singulier concours de circonstances, une antre branche de la famille Beanhamais se trouve aujourd’hui sur les marches du trône suédois : on sait que la fille aînée d'Eugène , vice-roi d’Italie, et plus tard due de I,enehtenberg, a épousé le priuce royal de Suède Oscar, fils de Charles-Jean.
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et les débris de ses États. Gustave était assez triste, livré à de profondes réflexions, quand la reine se présenta devant lui. Tombant à ses pieds, elle baigna ses mains de larmes et le supplia d’avoir pitié d'elle et de ses enfants, la nature parut un moment émouvoir son coeur insensible, la compassion se peignit dans ses yeux; mais dès que la reine eut nommé son frere comme médiateur entre son époux et l’empereur des Français, l’attendrissement du roi disparut soudain, et, se livrant à un excès terrible de colère, il saisit vivement la reine, et la repoussant avec violence, il l’étendit sur le parquet, sans connaissance et hors d’état d’écouter les malédictions qu'un époux furieux lançait contre elle et contre toute sa famille.»
Cette anecdote assez vraisemblable peut servir à constater l’opinion qu’on s’était généralement formée à Stockholm sur les procédés du roi envers la reine. Les ennemis de Gustave avaient déjà eu soin de faire naître une occasion pour mettre en évidence sa pusillanimité; à cet effet, on avait envoyé de la côte plusieurs messagers pour annoncer que l’armée russe 0' ait opéré une descente en Suède sur un point assez rapproché de Stockholm, pour que dès le lendemain les Cosaques pussent se montrer devant la ville. On était alors au milieu de la nuit. Le roi assembla aussitôt son conseil, où, pour la première fois depuis sa majorité, il appela le duc de Sudermanic; il déclara qu'il était dans l’intention de se rendre à Gothembourg , et chargea son onde de négocier avec les Russes.
Déjà il avait fait dire à la reine de s’habiller et de se tenir prête à partir, uand, au milieu des préparatifs de épart, on apprit -que la prétendue descente n’était qu’une fausse alarme et qu’on avait pris quelques bateaux de pêcheurs pour une flotte russe.
Mais la conduite de Gustave avait prouvé qu’il était sans courage , et ceux, dit Brown, qui, résolus d’arracher le sceptre de ses mains, auraient pu le croire trop dangereux pour épargner sa vie, furent convaincus
que sa mort n’ajouterait rien à leur sécurité.
I-a Suède ne pouvait pas conserver plus longtemps un pareil roi. Au moment de retracer les principaux faits de la révolution qui l’en délivra , nous devons reconnaître que cet événement est peut-être trop récent pour être bien jugé. Les sources d'ailleurs sont peu nombreuses : d’abord c’est le bulletin du parti vainqueur qui ne mérite d’autre confiance que celle qu’on peut accorder à un récit officiel ; ensuite vient le factum que le roi détrôné a publié luimême en 1814, et qui est encore plus insignifiant. Enfin, M. Brown, témoin oculaire de l’événement, par suite de l’egoïsme étroit qui caractérise si souvent les Anglais, ne parle presque que de lui-même, et fait regretter qu’à sa place un second Shéridan n’ait point assisté à la révolution de I809(*). Mais s’il peut rester quelque incertitude sur les détails, de cet événement, il ne peut en exister aucune sur les causes qui l’ont amené. Il fallait que les Suédois déposassent le monarque en démence qui les gouvernait, ou qu’ils se résignassent à disparaître pour jamais du rang des nations.
Le récit publié à Stockholm commence par proclamer le grand principe révolutionnaire, que lorsqu’il y a conflit entre les intérêts du pays et la foi jurée, une conduite qui, dans le cours ordinaire des événements, serait trèscriminelle, devient le devoir le plus sacré. Gustave IV, y est-il dit, n’a pas même cherché à se dissimuler les conséquences inévitables d’un système qui laissait tout à craindre et rien à espérer. On convient que le roi était toujours aimé du peuple, surtout en haine de l’aristocratie; mais l’importation des livres étrangers étant défendue et la liberté de la presse supprimée, il
(*) Nous ne pouvons citer parmi les piè» res officielles le récil contenu dans l’ouvrage intéressant que M. Daumoni a publié récemment sur la Suède; ce récit mérite d’ailleurs beaucoup de confiance en ce qu’il a été rédigé d’après des renseignements recueillis sur les lieux, et dont l'auteur a fait usage avec une grande impartialité.
n’y avait plus moyen de s’instruire sur l’Etat et de le suivre avec leurs emle véritable état des affaires. Le récit nloyes. Ces fonds devaient être livrés officiel et celui de Gustave sont d’ac- a quatre heures , attendu que le départ cord sur ce point, que l’issue mnlheu- était fixé pour la soiree. Les commisreuse de la campagne de 1808 avait dé- saires répondirent que ces fonds apparmoralisé l'armée et dépopularisé le roi. tenaient à l’État, qu'ils n’en étaient Cedernier se plaintqu’on n’ait pas assez que les dépositaires, et ils refusèrent soutenu ses plans pour reprendre la de les livrer. Le roi s’emporta, et les Finlande; ses adversaires affirment commissaires se retirèrent, convaincus au contraire que les plans d’opération que leur dépôt serait viole d’un instant les plus absurdes rendaient une révo- à l'autre.
lotion plus nécessaire que jamais; les Cependant les conjurés qui, suivant bruits du partage projeté à Erfurt toute vraisemblance, n’étaient pas aussi avaient alarmé la nation, et le roi, sdrs des habitants des provinces que en disséminant une armée dont il ne des bourgeois de Stockholm, ne vouluvoulait partager ni les travaux , ni les rent en aucune façon permettre au périls, avait encore augmenté les in- roi de partir, et il paraît que dans la quiétudes. Ils prétendent ensuite que nuit même ils revêtirent le baron Adplusieurs projets de révolution avaient lercreutz d’une sorte de dictature, été formés, et que l’on délibéra si Ion- Celui-ci, avant de se rendre au château, guement, qu’un gouvernement plus vi- où le roi l’avait mandé pour huit heugilant n’eilt pas manqué de tout décou- res dit matin , eut une conférence avec vrir; que tous ces projets n’abouti- quelques autres officiers supérieurs, rent à rien , et que le plan aurait été On sut que les gouverneurs de la banabandonné sans la persévérance de que avaient déclaré que, sans le conl’armée de l’ouest. Le lieutenant- co- sentemeut des états, ils ne pourraient lonel Adlersparre était l’âme des con- remettre au roi la plus faible somme, jurés; il lit prendre aux troupes qui et qu’au château les préparatifs de decomposaieut ce corps ia résolution de part avaient tout mis dans le plus marcher sur la capitale le 8 mars. Ce grand désordre; que ni le duc de Suffit lui qui, au moment où les trou- derinanie, ni le comte Ugglas, favori pes se mirent en mouvement, harangua du roi, n’avaient pu décider le roi à chaque bataillon, et lui communiqua abandonner son projet d’évasion, le motif pour lequel on le mettait en Aussitôt que le duc de Sudermamouvement. Il outint un succès coin- nie eut quitté le roi, le comte de K IL. g. plet, et sa marche sur la capitale s’ef- spor fut appelé. Il eut avec Gustave fectua sans le moindre désordre ; mais une conversation dans laquelle il reavant d’y arriver, l’armée apprit le 15, présenta fortement au roi combien il
à Orebro , que la révolution était con- serait imprudent de sa part de nuit-
sommée. Le roi n’avait sn ce qui ter sa capitale. Le roi fut inflexible,
s’était passé à l’armée que le 12 mars, s’emporta, et annonça qu’il allait se Il se rendit aussitôt de Haga à Stock- mettre à la tête de 'ses troupes en holm et fit fermer les portes de la Scanie et châtier bientôt des sujets
ville. Ne pouvant rien espérer d’un rebelles. « Le baron d’Adlercreutz vit
peuple qu'il avait eu le malheur de s’a- que le moment décisif était arrivé, liéner, il ne lui restait d’autre parti Après avoir fait dire à ceux qui étaient que la fuite. Toute la nuit fut consacrée aux portes du palais , ou qui se trouaux préparatifs du départ. Gustave se vaient dispersés dans son enceinte, de proposait de se rendre à Christianstadt se tenir sur leurs gardes, il rassempour y rallier les partisans qu’il croyait bla un certain nombre d'officiers, avec avoir' conservés. A quatre heures du lesquels il entra dans la chambre do matin, il manda près de lui les coin- roi. Quand la porte s’ouvrit, le roi pa-
missaires de la banque, et leur donna rut surpris, et le baron, qui venait
I ordre de lui remettre les fonds de pour le détrôner, s'approcha d’uu air
SUÈDE
déterminé, et lui dit d'un ton ferme quoique respectueux : «Sire, les grands « fonctionnaires de ÜÉtat , les prin- « cipaux officiers de l'armée, ainsi « que les habitants les plus riches et « les plus respectables de la capitale, « m’ont engagé à me présenter devant « vous pour vous faire des représenta- « tions sur votre départ de Stockliolm, « et en même temps pour informer « Votre Majesté que le triste aspect « des affaires publiques cause dans tous « les esprits la plus vive agitation. ■> Ici Gustave interrompit soudain le ba- «ron, en s’écriant: Trahison! trahi- « son ! f ous êtes tons corrompus et «vous serez tous punis! — Nous ne « sommes point des traîtres, sire, dit «le baron avec sang-froid, mais de « fidèles et loyaux chevaliers qui veu- ■ lent saucer leur patrie et l oti e Ma- « jesté.« Le roi tira sur-le-champ son épée; mais le baron se précipita sur lui et le s lisit au milieu du corps, tandis que le colonel Silfversparre lui arrachait l'.ipée des mains. Alors Gustave s’écria : « Ils vont m'assassiner !
au secours! au secours! » Ils s'efforcèrent de rassurer le roi, qui promit de rester tranquille si Con roulai/ lui rendre son épée. Us cherchèrent à éluder cette demande; mais tout à coup Gustave , oubliant la position où il se trouvait , exigea impérieusement qu'on lui obéît. A lors le baron lui donna à entendre que son épée ne lui serait pas rendue, et qu’il serait désormais étranger au gouvernement de la Suède.
«Les cris du malheureux Gustave avaient alarmé quelques gardes du corps qui venaient d’arriver. Ils tâchèrent de forcer la porte ; mais ne pouvant y réussir, ils brisèrent le panneau supérieur avec leurs sabres et avec des instruments de fer. Aussitôt, le baron d’Adlerereutz fit ouvrir les deux battants de la porte, et, se jetant au milieu de la foule, il saisit le sabre d’un hussard et le bâton de commandement de l'adjudant général ; puis, tenant ce bâton élevé, il cria d’une voix forte et d’un air menaçant:
« C’est moi qui suis maintenant adju- » daut général , et , en cette qualité ,
«j’ordonne aux gardes de se retirer « sur-le-rhamp. » Après quelques moments d’hésitation, cet ordre fut suivi, et quelques officiers, dont les sentiments paraissaient douteux , furent mis aux arrêts. Le baron monta alors dans la chambre où les gardes avaient coutume de se réunir, il en trouva un assez grand nombre qui tous paraissaient confondus de ce qui venait d’arriver. Le baron leur assura que la personne du roi ne courait aucun danger, et que l’on n’avait d’autre but que de soustraire le royaume à une perte inévitable; il les pria de la manière la plus forte de ne rien entreprendre qui pilt faire rouler le sang, et causer la mort du roi. Son discours ne convainuit pas les gardes, et certes, dans es circonstances semblables, leur indécision étaitdigne d’excuse. Le baron, voyant qu’ils balançaient, réitéra l’assurance de la pureté de ses intentions, de la sûreté du roi , de la folie ainsi que du danger qu’il y aurait à lui résister : il parvint enfin a les persuader. Des mesures convenables turent ensuite adoptées pour pourvoir à la sûreté et à la tranquillité de la capitale. La bourgeoisie armée monta la garde à la banque et à tous les bureaux du gouvernement. Des patrouilles de cavalerie bourgeoise et de gardes à cheval parcoururent les rues avec ordre de ne rien dire qu’à ceux qui chercheraient à troubler le repos public.
« Tandis que le baron d’Adlercreutz s’occupait ainsi d’assurer la tranquillité de la ville, le malheureux Gustave demanda qu'on lui épargnât la honte et la mortification de se voir entouré de ceux qui l’avaient désarmé et nue le baron avait chargés de la garde de sa personne. Les officiers se retirèrent, et lui envoyèrent les comte.» Ugglas et Stromfelcf pour lui tenir compagnie et pour le consoler dans sa cruelle position. Gustavctrouva moyen, sans qu’on s’en aperçût , de tirer l'épée du comte de Stroinfeld. Celui-ci, s’en étant aperçu , pria le roi de la lui rendre; mais Gustave s’écria : « Vous « pouvez aussi bien être général sans « cpée que je puis être roi. » Dans ce