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CHARLES XIII

Le nouveau roi, neveu du grand Frédéric, avait, comme nous l’avons vu

désespérée où se trouvait notre malheureuse patrie, c’était un homme qu’il nous fallait, et non pas un enfant. Les minorités et les régences ont toujours eu en Suède , même dans les temps les plus heureux, les résultats les plus funestes. Nous qui n’avons jamais su obéir à nos égaux, comment, dans les circonstances déplorables où nous nous trouvions, aurions-nous pu songer à une minorité de dix ans ?

m Son autre tort, c’est qu’il était le fils de Charles Gustave; et qu'à ce titre il se serait trouvé dans l'alternative de devenir mauvais fils ou prince parjure; car il ne pouvait monter sur le trône qu’en confirmant le bannissement de son père.

« D’ailleurs, le prince Gustave, en succédant à son père, se serait rendu coupable d’usurpation. Nul à mes yeux 11'est plus usurpateur que le fils prenant la place de son pere expulsé. Ferdinand VII , fils de Charles IV, est plus usurpateur à mes yeux que Joseph , lieutenant du vainqueur.

« C’est ici le lieu de dire que jamais Charles XIV n’a permis qu’on comptât l’illégitimité de la naissance de Gustave IV parmi ses droits à notre trône. Les pièces qui la

f trouvaient eussent été imprimées s’il ne 'eût expressément défendu. «* Croit-ou, dil- « il , que je consentirai jamais à souiller de « ces infamies le trône auquel j’ai été ®p- « pelé? Gustave est né dans la pourpre, il « doit être fils légitime à vos yeux. Que dc- « viendraient les trônes et les peuples , s’il « était permis de fouiller ainsi dans le lit « des reines? Je n’ai pas besoin de ces tur- « pi tudes là pour régner. Je n’ai rien de « commun avec la déposition de la famille •« de Gustave IV. O n’est pas moi qui les « ai fait tomber du trône. Deux de vos élec* « lions sont entre eux et moi. Votre choix « libre et unanime, l’adoption de mon père, « voilà mes droits; ceux-là, je les soutien* « tirai ; tous les autres, je les repousse. » (*) Pour le règne de ce prince et de son successeur, on a suivi et souvent transcrit les documents contenus dans le rapport du baron d’Eugclstrora en date du 7 janvier 181 3 , dans le chapitre xxxv du Foyag* en

SUÈDE

plus haut , exercé la régence pendant la minorité de Gustave IV, et il avait laissé d’honorables souvenirs de la sagesse de son administration. Sa vie n’avait pas été sans gloire. Ses penchants l’avaient porté vers le service de la marine, et lorsqu’il parvint au commandement des armées navales, il ajouta quelques lauriers aux lauriers de sa patrie, par la victoire navale qu’il remporta en 1788 contre la flotte russe, près de Hogland. Pendant le règne orageux de son neveu , il vécut retiré des affaires, habitant son palais de Stockholm pendant l'hiver, et passant la belle saison dans son château de Rosersberg, prèsdeSigtuna, château qui, par un sentiment que l'on comprend, est devenu le séjour de prédilection du souverain actuel.

Au moment où s’accomplit la révolution qui renversa Gustave IV du trône , le duc de Sudermanie se disposait à suivre le roi dans sa fuite dont il n'avait pu le dissuader, quand son aide de camp de confiance (*) vint lui annoncer que le roi était arrêté.

Le prince saisit aussitôt son épée et scs pistolets, persuadé qu’on voulait aussi s’emparer de sa personne; mais l'aide de camp lui apprend qu'au contraire.on va venir lui proposer l’administration du royaume. Le premier mouvement du ducdeSudcrmanie fut de refuser avec indignation. Cependant on lui représente que la monarchie est perdue et va cesser d'exister, s’il repousse le pouvoir dont son neveu a fait un si malheureux usage; que l’ennemi est dans le pays et marche sur Stockholm ; que des lors un prince suédois ne peut refuser de combattre ; et que, pour combattre avec succès, il faut nécessairement qu’il gouverne.

Il n’y avait plus à hésiter. Le duc de Sudermanie, administrateur général

Suide, par Dumont, et dans la biographie de Bcrnadolte , que contient la Riographie des hommes du jour, par MM. Germain Sarrut et B. Saint-Edme.

(*) M. de Suremaiu, émigré français, aujourd’hui lieutenant général en retraite en France.

provisoire, convoque les états ; il réorganise l’armée, et les Russes s’arrêtent.

La proclamation qu’il fit publier en prenant les rênes du gouvernement, fut accueillie avec enthousiasme. Elle était conçue en ces termes :

« Nous Charles , par la grâce de « Dieu , prince de Suède , des Goths

* et des Vandales , etc. , duc de Suder- « manie , grand amiral , etc. , etc. , sa- « voir faisons : que des événements « récents ayant mis Sa Majesté le roi « hors d’état de soigner les importantes « affaires du royaume , nous nous som- « mes vu obligé, comme premier et « seul prince du sang majeur, de nous « charger provisoirement de gouver- « ner, ce qu’avec l’aide de Dieu nous « tâcherons de faire, de manière à re-

• couvrer la paix intérieure et exté- « riettre, et à rendre au commerce et « à l’industrie une vie qui semblait « éteinte.

« Notre immuable résolution , aussi- « tôt que nous aurons posé les pre- « litières bases de notre projet , étant « de convenir avec les états du royaume « des autres mesures à prendre pour « rendre au peuple suédois son an- « cienne prospérité , nous invitons par « la présente tous les habitants du « royaume , et nous ordonnons aux » forces de terre et de mer, aux fonc- « liminaires de tout grade , de nous « montrer la fidélité et l’obeissance « que mérite la pureté de nos vues , « et mie dans les circonstances ac- « tuelles leur intérêt exige.

a Stockholm, le 13 mars 1809.

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