‹ L'UniversChapitre 2 sur 87 · LA SUÈDE PAÏENNE · texte numérisé non relu

LA SUÈDE PAÏENNE

L’histoire des pays Scandinaves ne commence pour nous que fort tard.

I.es connaissances des Romains sur cette contrée étaient presque nulles.

A en juger par les fragments de Scylax et par quelques mots ae Pline l’ancien, on serait même tenté de croire que l'occupation du Nord par les Romains détruisit les relations qui pouvaient avoir existé anciennement entre ce pays et le reste de l’Europe. On cherchait alors de ce côté une grande île 60iis le nom de Thulé; plus tard on

crut que ce continent était compose de plusieurs îles. Ce ne fut qu'après les conquêtes de Charlemagne dans le nord de l’Allemagne que le pays fut découvert par les missionnaires, et dix siècles après l’invasion des Romains en Germanie, les peuples Scandinaves étaient à peu près au même degré de civilisation et d'organisation sociale que les Germains au temps de J.-C.

Ce n’est pas à dire qu’avant cette époque la Scandinavie n’avait exercé aucune influence sur le reste de l’Europe. On ne saurait douter au contraire que ce ne soit des pays voisins de la Baltique que sortirent les peuples qui se précipitèrent sur l’empire romain. Tacite savait qu’il existait de son temps des royaumes puissants en Suède; Jornandes affirme que les Goths sont venus de la Scandinavie ; Paullus Varnefridi en dit autant des Longobards; enfin les Saxons et les Francs se prétendaient aussi originaires de cette contrée. Qui ne sait que Jornandès appelle la Scandinavie officina gentium, vagina naüonumî

Il ne faudrait cependant pas croire que les peuplades nombreuses qui, du premier au cinquième siècle, inondèrent l’Europe, soient toutes sorties de la Scandinavie. Jamais elle n’aurait pu produire un aussi grand nombre d’hoinmes. Tout ce que nous savons, c’est que presque en aucun temps , et surtout avant que l'introduction de l’agriculture eût rendu le sol plus fertile , ce pays n’a pu nourrir tous ceux qui y étaient nés. Ainsi, jamais des peuplades très -nombreuses n’ont pu en sortir, parce qu’elles n'auraient pu s’y former; mais nous savons que chaque printemps les Scandinaves sacrifiaient aux dieux , pour qu’ils favorisassent les expéditions que la jeunesse allait entreprendre pendant l'été.

Chaque père alors obligeait tous ses fils à abandonner la maison paternelle.

Il n’y avait d’exception que pour celui qui devait être son héritier. Tous les autres étaient dans l’obligation d’aller s’assurer, par la force de leurs bras, un établissement en pays étran-

SUÈDE

ger, ou du moins d’aller s’y enrichir par le pillage. Ces réunions de pirates étaient assurément peu nombreuses. Les Goths, Suivant d’antiques chants populaires, ne montaient que trois vaisseaux , quand ils partirent pour la conquête au inonde; mais c'étaient des hommes accoutumés aux fatigues, pleins d’un courage chevaleresque , ne connaissant d’autre sentiment que l'amour de la gloire, des combats et de la rapine , et recherchant la mort sur le champ de bataille , comme la seule route gui pût les conduire au Walbalia, le paradis de leur mythologie.

Alors que tous les peuples du nord de l’Europe commencèrent à s’ébranler et à quitter les pays qu’ils occupaient pour des contrées’ plus heureuses, un chef Scandinave ne tarda pas à se trouver à la tête de chacun deux, et plus tard on donna à chaque peuple une origine semblable à celle de ce clief.

Or, ces chefs prétendaient descendre d’Odin , dont le culte, né en Scandinavie, s'était répandu au loin. On sait que les peuples barbares ont toujours cherché à expliquer le phénomène de l’inégalité parmi les hommes , en faisant descendre directement des dieux ceux qui s’étaient élevés au-dessus des autres par la force ou par l’adresse. Ils ne croyaient pas à un seul dieu, à un dieu représenté par une seule personne , mais à une seule origine divine, à une seule famille de dieux, à laquelle devait se rattacher quiconque prétendait à la divinité, ou du moins à représenter la divinité sur la terre. Nec de deorum généré esse probahtr , <■ il n’est pas prouvé qu’il «oit de la race des dieux , » dit Clovis à ClotikJe, quand celle-ci lui proposa de reconnaître le Christ.

La plupart des traditions relatives à la religion et à l’histoire primitive des peuples Scandinaves nous ont été transmises par les bardes islandais.

Pour la Suède en particulier, l’histoire des premiers temps se trouve consignée dans les collections relatives à l’histoire des rois, la mythologie dans deux ouvrages connus sous le nom de f ancien ne et de lanouvelle Edda , tous

deux , à ce qu’on croit , composés ou plutôt rédigés au X1P siècl^ La dernière, dont l’auteur avait déjà quelque connaissance de la mythologie des poètes romains, et surtout de Virgile, est une sorte de manuel à l'usage des bardes de l’époque chrétienne , et qui a pour objet de leur enseigner l’art de la versification et la mythologie ancienne, dont ils se servaient comme les poètes romains ou nos versiGcateursdu XVI* siècle se servaient de la mythologie grecque. L’ancienne Edda, au contraire, est tinecollectiondecliants païens bien antérieurs au XII' siècle.

Ces chants sont au nombre de trentesept, et on peut les diviser en trois classes. La première se compose de trei/.e chants qui traitent de la cosmogonie, de la création et de l'histoire des dieux; la seconde et la plus nombreuse, qui en compte vingt et un, est consacrée à célébrer les hauts faits des héros mythiques ; la troisième enfin s'occupe surtout de morale et de dogmatique.

La mvtltoiogie du Nord est, comme toutes fes mythidogies, un composé peu systématique d’idées abstraites et religieuses proprement dites, de souvenirs historiques , de théories sur la nature de lu matière, de symboles physiques ou astronomiques, enfin de produits de l’imagination et de développements poétiques. Depuis cin-

Suante ans on s’est beaucoup occupé e séparer ces éléments divers, mais jusqu ici le succès n'a pas complètement répondu aux efforts des savants qui se sont voués à ce travail. Outre les difficultés sans nombre que présentent et l’état des sources qui ne nous sont parvenues que par fragments , et la langue poétique dans laquelle ces traditions sont rapportées, et enfin l'inauthenticité de quelquesunes de ces traditions, il faut reconnaître aussi que presque tous les érodits qui ont tenté cette difficile analyse, ont eu le tort d’accorder une préférence exclusive à tel ou tel des éléments qui constituent ce grand tout, et qui doivent tous être consulté* avec une égale impartialité par q«-

L’ÜNIVERS.

conque veut donner une explication géijerale*les mythes Scandinaves.

Toutefois, ce qui paraît résulter des recherches qui ont été faites jusqu’ici, c’est que les croyances des peuples du nord de l’Europe, Celtes, Germains et Scandinaves, ont entre e.les beaucoup d'affinité et paraissent dériver de la même source. D'un autre côté, il y a tant de points de ressemblance entre ces relisions et celles de la Haute-Asie, tant de traditions directes ou indirectes nous ramènent vers ce centre, que c’est là seulement qu’il faut en rechercher l’orisine. Il est trèsvraisemblable que les relations entre le Caucase et la Scandinavie n’ont jamais été interrompues : les grands fleuves de la Russie sont des routes naturelles qui conduisent des contrées boréales à la mer Noire, et il ne paraît pas que les peuplades sarmatiques aient jamais opposé une résistance sérieuse aux tribus guerrières qui traversaient le pays pour se diriger vers le sud. De plus, des découvertes récentes et les historiens arabes prouvent que de tout temps des marchands asiatiques se sont aventurés à' remonter le Wolga et le Dnièpr pour ven:r chez les peuples du Nord , chercher de l’ambre et des pelleteries. C’est ainsi que la religion Scandinave a été continuellement enrichie et modifiée par les dogmes et les mythes de l’Asie; en sorte que même vers son déclinées traditions relatives à Noé et à Troie sont venues y prendre place.

Tout ce que nous savons des aborigènes du pays nous porte à croire qu'ils adoraient des fétiches, et que, comme chez les Lapons d’aujourd’hui, la sorcellerie était l’occupation principale de leurs prêtres. Chez la race Scandinave, au contraire, nous trouvons de tout temps, comme chez toutes les races venues de l'Asie, une triade de dieux suprêmes, représentant sous différentes formes la puissance, la sagesse et la bonté; et il est probable que toutes les modifications , toutes les révolutions survenues dans ce paganisme, n’ont été occasionées que par la préférence accordée successive-

ment à l'une de ces trois divinités , et par conséquent à ses prêtres. Les trois grands dieux des Scandinaves étaient Thor (pl. I, t ), Odin ( ibid. , 2) et Freyr [ibid., 3), désignés aussi sous le nom de Har, .lafnhar et Thridie , c’est-à-dire le sublime , l’également-sublime , le troisième.

A l’époque où remontent nos connaissances historiques sur le Nord , le culte d’Odin était prrsque partout dominant; mais il paraît qu’avant lui Thor était considéré comme le dieu suprême. On l’adorait comme représentant l’une des forces de la nature, comme le dieu du tonnerre. On le supposait monté sur un char que traînaient des boucs , et tenant dans la main un marteau, svmbolede l’éclair; car cette arme, garnie d’un manche très-court, ne servait point à frapper, comme on l’a cru quelquefois; on la lançait de loin, comme au moyen âge les chevaliers lançaient leur massue. Le taureau, symbole de la force, lui était consacré; il était le dieu de la guerre et des combats, et ne cessait de*" poursuivre de son tonnerre les T/iroh/cs, ou dieux des indigènes, qui s’étaient ainsi que ces derniers réfugiés dans les montagnes.

Freyr était le dieu de la force productive, de la fertilité de la terre, et du temps. Il parait avoir été d’abord représenté comme Hermaphrodite,

fil us tard comme Priape. C’était aussi e dieu de la lune, et l’on sait que dans le principe les Grecs et les Romains supposaient également à cette divinité le sexe masculin : Deux Lu nus, p.üv. Plus tard on lui donna une soeur, l'reija, la déesse de l'amour, ou plutôt de la reproduction du genre humain. Elle était particulièrement adorée en Suède, comme divinité nationale, bien qu’elle n’ait jamais été comptée au nombre des grands dieux.

Odin parait avoir été au commencement adoré comme le dieu du soleil ; mais, par suite d’un* révolution ou d’une réforme survenue, à ce qu’on pense, un siècle environ avant J. -C., il devint le dieu suprême, le chef' invisible d’une théocratie puissante, et

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son culte était répandu dans presque toutes les contrées du Nord , a l'époque où commencèrent les missions.

Les traditions relatives à ce dieu tiennent de beaucoup plus près à l'élément historique que celles qui concernent les autres divinités. On croit entrevoir u’un schaman, ou chef d’une colonie e prêtres, venu du.Caucase , se lit passer pour une mearnation de l’ancien dieu du soleil, que son but fut dans le principe d'expulser entièrement les vieilles divinités et de fonder une théocratie nouvelle , mais que les peuples se montrant trop attachés à leur culte primitif, un système mixte fut forme, où l’antique religion trouva sa place près d'Odin qui, n'ayant pas entièrement réussi sur la terre , se fit le maître de l’avenir, et par ce moyen arriva plus tard à ses fins.

La croyance à l'immortalité de l’aine se rencontre, comme dogme fondamental , chez presque tous les peuples qui ne se sont pas trop écartés de la nature; elle était généralement répandue dans le Nord à l’époque où il entra en rapport avec les Romains.

Ces peuples sont heureux de leur erreur, feiiees errnre xuo, disait Lucain.

La métempsycose et les incarnations des dieux avaient chez les Scandinaves de nombreux partisans , et le même

Îioete nous apprend que cette crovance es rendait si braves, qu'ils regardaient comme une lâcheté de ménager une existence qui devait renaître*, ignavum redituræ parcere vitre.

Le principe de toute théocratie, c’est l’espoir des récompenses ef la crainte des peines d'une vie future. Les prêtres odiniques savaient exploiter ce puissant mobile. Il parait qu’avant eux on croyait que les amesdes morts restaient quelque temps autour des tombeaux ; on retrouve même quelques traces de la croyance à deux aines, l’une humaine qui s’anéantit avec le corps, l'autre divine qui lui survit.

Aux extrémités du Nord était l’empire A' Héla, où les aines de ceux qui, sans être méchants, n'avaient cependant rien fait (l'illustre, vivaient dans

une misère affreuse. L’empire de Surtur (le .Noir), où des flammes éternelles punissaient les méchants, était situé au-dessus de la terre et occupait une étendue immense. L ' l’dainsakr , au contraire, séjour des immortels, était un paradis terrestre où quelques héros avaient pu pénétrer durant leur vie, comme Ulysse pénétra dans les enfers. Le bonheur dont on y jouissait était assez matériel , et la présence de vierges immortelles donnait à ce paradis quelque ressemblance avec celui de Mahomet.

Suivant les croyances Scandinaves, la terre a déjà subi de nombreuses révolutions; eile en subira d’autres encore; mais enfin tout périra par le feu : les dieux eux-mêmes ne seront pas exceptés de cette destruction universelle.

Indépendamment des trois dieux principaux, il en existait encore un grand nombre, souvent confondus les uns avec les autres, et même avec les grands dieux. On déifiait certains hommes et certains objets de la nature.

Chaque province, chaque famille avait ses dieux tutélaires. Ceque nous avons dit des deux âmes paraît même indiquer que chaque homme avait son génie particulier.

Ægir ou Hier, le dieu de l’Océan , avait eu de sa femme Itauno neuf filles, les nymphes de la mer; mais quelque puissant qu’il fût sur cet élément, il avait un rival redoutable dans le Midgards Arm, grand serpent qui, couché au fond de l’Océan, entourait la terre comme une vaste ceinture. On reconnaît là le mythe asiatique qui se retrouve chez les Tibétains, les Hindous, et jusque dans l’ancien Testament. Hleravaitdeux frères, Aar, le dieu des vents, et Lokl. le dieu du feu. Il parait que les prêtres de celuici furent les derniers qui se soumirent à !a réforme odinique ; c’est ainsi que l'on explique ce qu’on raconte de ses luttes avec Odin et avec les Ases, luttes qu’on pourrait aussi expliquer fort bien en les* considérant comme une théorie physique sur la nature du feu élémentaire; mais prendre

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Tjjki pour le mauvais principe, pour l’Abriman de la reliciou Scandinave, e’est méconnaître d'une manière étrange le caractère de cette religion.

* On donnait pour flls a Loki le loup Feuris, qui devait rester enchaîné jusqu’au dernier jour, où il briserait ses chaînes et dévorerait tout. Loki lui-même ( pl . I, 4) est, comme Prométhée, attaché, avec les intestins de son fils aîné, à trois rocs immenses :

sur l’un reposent ses épaules, sur l’autre ses cuisses , sur le troisième ses genoux ; au-dessus de sa tête est Suspendu un serpent qui laisse tomber sur lui des gouttes de poison; mais Slayn , sa femme, ne l’abandonne pas : elie tient au-dessus de lui une coupe dans laquelle elle reçoit le poison qui découle , et quand cette coupe est pleine, elle va la vider. Alors le poison tombe sur la figure de Loki dont le corps se contracte et s’agite, en proie à des douleurs indicib'es, et c’est en ce moment qu’ont lieu les tremblements de terre.

Pour se soustraire aux poursuites d^s prêtres odiniques, les serviteurs des anciens dieux s'étaient à diverses reprises réfugiés vers le Nord : c’est là que Loki, identifié avec Thor, fllt adoré sous le nom de Juinala. En Suède on l’appela lltgarde Loki, Loki le banni , et il fut souvent consulté

Sar les princes du Nord , jusqu’aux erniers jours du paganisme , alors que, par des motifs différents, les prêtres d’Odin et les m ssionnaires cherchaient à représenter son séjour comme d’un aspect horr hle et offrant des dangers insurmontables à quiconque cherchait à y pénétrer.

Tyr était le dieu de la guerre , et comme des vierges assistaient souvent aux batailles, non seulement pour panser les blessés, et pour porter les boucliers des combattants , mais aussi pour prendre part e.l -s-mêmes à la bataille, on donna pour femme à Tyr la déesse Uilda , dont le nom se retrouva dans celui . des plus fameux guerriers de la Scandinavie et de l’ Allemagne (*).

(*) Hildcbrand, HilJcland , elc.

Bragl était le dieu de l’éloquence et de la poesie; c’était la divinité tutélaire des bardes. Sa femme Iduna veillait à la garde des pommes de l’immortalité, fruit célèbre dans les mythes asiatiques, et qui ne pouvait être mieux placé que dans les mains de l’épouse du dieu des poètes.

Les Parques étaient connues dans le Nord sous le nom de Nomes. La

firemière s’appelait Urd (la passée), a seconde L'eraïuU (la présente), et la troisième Skuld (la future). Les fValkyries conduisaient les héros à la mort dans les batailles , et paraissent avoir eu quelque analogie avec les Kfîî; de la mythologie grecque.

Enfin la terre, l’air et la mer étaient peuplés d’un grand nombre d’autres dieux, les uns solitaires, les autres vivant en société, comme les .4 l/es , les Dises et les f 'ættres.

Rien ne prouve qu'avant la réforme odinique les dieux aient été adorés dans des temples, ou qu’on les ait représentés à l’aide du bois ou de la pierre; mais il faut bien se garder de voir dans cette absence des idoles une preuve de la pureté des notions religieuses à cette éjioque. Cela prouve uniquement qu'alors on ne savait pas encore figurer, soit avec la pierre, soit avec le bois, les idées que l’on se faisa t de la nature des dieux. En revanche, il est souvent mention d’arbres et.de pierres sacrés. On trouve dans le 'nord dp l’Europe des rochers posés l’un sur l’autre de telle manière que par In plus légère impulsion on peut mettre en mouvement le rocher supérieur. Pline l’ancien en avait vu en Asie mineure : ils ne sont pas rares en Angleterre, où onlesappeile Rokingstones , ni en France, où ils sont

Sri nus sous le nom de pierres branntes ; on en a même trouvé au New-Hampshire en Amérique, et ces monuments paraissent appartenir à l’une des plus anciennes religions du globe.

Il nous reste à parler du culte d’Odin , tel qu’il existait au temps des premières missions , tel que les Eddas nous le représentent. Nous avons déjà

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dit que les mythes de cette époque sont presque entièrement historiques.

Ce n’est pas que de nos jours on n’ait cherché en Allemagne à leur donner un sens mystique et astronomique; mais ces théories supposent que les barbares du Nord possédaient au huitième siècle des connaissances astronomiques aussi étendues que celles qu’on acquiert aujourd’hui, non sans quelque peine, et cela seul suffit pour faire apprécier le système de M. Moue.

Odin arriva sur les bords de la Baltique d 'Asgard., l’ancienne patrie des peuples Scandinaves; il arriva lui douzième , et bientôt lut et ses compagnons se donnèrent pour des incarnations des anciens dieux du pays. On ne saura jamais avec certitude si l’on doit voir dans Odin , le Deeæneus ou Cæneus dont parlent Strabon et Jornaitdès, et qui au temps de la dictature de Sylla vint chez le roi des Gètes , Byrebistes, obtint, avec l’amitié du roi, un pouvoir égal à celui de ee monarque, étendit la domination des Gètes sur une grande partie de l’Allemagne, donna des lois, enseigna la philosophie, la morale, la physique et l’astronomie, et fut regardé comme la résurrection de Zatnolxis. Ce dont il fout çonvenir , c’est que toutes ces données s’appliquent assez bien à l’Odin du Nord : il introduisit les lettres runiques (*) dans les contrées septen-

(*) On fait dériver ce mol de runa, vigne mystérieux. L'alphabet connu sous ce nom riait en usage dans le Nurd , et même eu Allemagne, avant la propagation du christianisme. On peut croire qu’il y a.éié apporté de ('Oriente! qu’il n’est pas tont-à-fait étranger à l'alphabet hiéroglyphiro-phcnicicn , qui est la base primitive du nôtre. Dans l’impossibilité d'entrer ici dans de longs détails a ce sujet , nous nous conteuterous de remarquer que, connue l'ancien alphabet ionien, lalpbalret runique u'eut d’abord «pie i8 lettres, auxquelles uu en a ajoulé plus lard trois autres; mais, d'un autre côté , par l’ordre des lettres et par leur valeur numérique, il diffère entièrement des autres alphabets euro-

Uicu que dans les temps postéi ictus on

triouales , enseigna mie cosmogonie dont nous parlerons plus tard , et une morale qui, il faut le reconnaître , est plutôt celle d’un aventurier adroit que celle d'un dieu , et sut profiter habilement de l'humeur guerrière des Scandinaves, bien qu’il ne soit pas fait mention des faits d’artnes par lesquels il put s’illustrer lui-méme ; mais il savait imposer à la multitude par une langue poétique et énigmatique , dans le godt orientai , et il possédait toutes les ressources de la sorcellerie, par laquelle, même encore aujourd’hui , les schamans en Sibérie et les angeroks citez les Groenlandais exercent une si grande influence. « Il sait ,

ait employé quelquefois les lettres runiquet sur le papier ou sur le parchemin, il parait «pi'ou s'en servait particulièrement daus les inscriptions lapidaires ; or, pour peu que l’on soit familiarise avec ce genre de monuments , on sait que la forme des caractères épigraphiques tarie à l'infini. Aussi ne donneronsnous que deux variétés de l'alphabet runique : d'abord (pl. I, r), les caractères du Hetsingaland , qui se distinguent des autres par l'absence de la barre perpendiculaire, et qui paraissent offrir uue analogie, au moins extérieure, avec les caractères cunéiformes des monuments de Persépolis ; ensuite ( pl. II, a] , les caractères les plus ordiuaires , et nous V joignons une inscription funéraire (pl. III, i), afin de montrer de quelle maniéré on écrivait. Il faut remarquer que chaque lettre a un nom significatif et <|ue ces noms se rapportent en partie à l’ancienne mythologie. Parmi les monuments lapidaires où ces caractères figurent, il en est qui descendent jusqu'au treizième siècle; mais ou n’en connaît pas que l'un puisse faire remonter au .delà du huitième. La plupart sont «les iuscriptions tuuiuluires : celle que nous millions (pl. III, i), a été trouvée dans ilc d'Oeland. Il faut pour la lifc commencer r l'extrémité inféi iyuie à gauche, suivre cercle et remouler ensuite verticalement. Nous croyons devoir U donner ici en lettres italiques : Uardrudr raisti ilain dima rtitlir tum sin Smith , trek gudan , hn/Jïtriii iiud lions sitr a gardian Orantr litr iakdu radu kan ; ce qui signifie : - Hardr wlr éleva cette pierre pour son fils Sntilh, bon guerrier; von beau-frere possédé l’héritage; Orantr la fit sculpter par un lioumic habile. »

dit l’ancienne Edda, guérir les maladies, émousser le glaive de l’ennemi, l'aire tomber les chaînes des prisonniers. Son regard retient la flèche dans l’air; il fait retomber les imprécations sur ceux qui en prononcent contre lui. Par ses charmes il éteint la flamme et amortit la haine dans le cœur de ses ennemis, il commande au vent de la mer, il apaise les vagues.

Son seul regard est un charme puissant qui maîtrise les esprits malins.

Il sait rendre la vie à un homme pendu ; qu’il jette quelques gouttes d’eau sur un enfant nouveau-né, et celui-ci devient invulnérable. Enfin, s’il veut posséder seul le cœur d’une jeune fille aux blanches mains, il sait a son gré captiver ses pensées.»

Odin réussit complètement en Danemark ; mais en Norvège l’ancien culte de Thor se maintint presque sans altération; en Suède, où il avait bflti le premier temple à Sigtnna sur le lac Mælar , un de ses compagnons lui succéda. Il se fit paver un impôt personnel , que l’on appela l’impôt des nez , et moyennant lequel il s'obligea à défendre fe pays contre les ennemis et à faire les sacrifices dus aux dieux. Partout il sut s'accommoder aux idées religieuses du pays , et c’est ainsi qu’il n’abolit point le’sacrifice des prisonniers. On connaît la prière que les Saxons lui adressèrent , lors de leur dernier effort pour résister aux armes \ ictorieuses de Charlemagne : « Saint « et grand Wudan (c’est la modifica- « tion allemande d’Odin), sois-nous « en aide à nous et à nos princes « Wittekind etKelta, contre le mé- « chant Charles ! Fi , le bouclier ! Je « te donnerai un ure , deux brebis et « le butin ! Je t’immolerai tous les « Francs sur ta sainte montagne du « Hartz! »

Odin donna aux Suédois les lois qui existaient dans le Caucase, sa patrie. La tradition nomme parmi ses successeurs en Suède trois dieux, c’est-à-dire , trois de ses compagnons.

Le troisième, qui se donnait pour le dieu Freyr, s’appelait ) nnwe; de lui descendent les rois mythiques, appe-

lés Vngtlnges, qui n’étaient rois que du district d'Upsala. la série des rois historiques ne commence qu’au neuvième siècle, alors que saint Anschaire porta l’Évangile en Suède. Nous parlerons de leur histoire après avoir donné un aperçu rapide du système cosmogonique èt dogmatique d’Odin, ainsi que des mœurs du peuple durant l’époque du paganisme.

On reconnaît dans les mythes des Eddas deux systèmes différents sur la cosmogonie : l’un emprunte de préférence ses images au règne animal , l’autre au règne végétal; tous deux, on ne saurait le méconnaître, sont nés sous le ciel de l’Asie et sous l’influence d’un climat plus fécond et plus riche que celui du Nord. L’un d'eux appartenait-il au culte d’Odin et l’autre à celui de Thor? c’est une question sur laquelle on pourra long-temps discuter, sans jamais arriver à une solution définitive.

Suivant le premier de ces deux systèmes, deux mondes existaient en même temps avant le monde d’aujourd’hui , au sud Muspellzheimr , le pays du feu et de la lumière, au nord Nijlhcimr , le pays du brouillard et du froid. Ces deux mondes étaient séparés par l’abîme Ginunga - gap , léger comme l’air lorsque le vent ne se fait pas sentir. Ln grand nombre de fleuves sortaient du puits Hvergelmir. Le poison que ces fleuves contenaient se durcissait à mesure qu'ils s'éloignaient de leur source , et dans le Ginunga-gap iis se transformaient en glace et en frimas. Mais la glace fondait à la chaleur de Muspellzheimr, et des gouttes qui en découlaient s’était formé le corps du géant-monde Ymir. Celui-ci transpira pendant son sommeil , et de sa main gauche sortirent un homme et une femme , et l’un de ses pieds engendra avec l’autre le père des firimthurses , géants de glace.

Fin même temps qu’Ymir naquit, des gouttes de la glace fondue, la vache Âudhumbln , des pis de laquelle coulèrent quatre fleuves de lait dont Ymir se nourrit. Puis rllc lécha les

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frimas qui recouvraient les rochers , et en flt ainsi sortir le premier jour les cheveux, le second la tête et le troisième le reste du corps d’un homme nommé Buri. qui fut beau, grand et fort ; son fils Bôrr épousa la fille d’un géant, et en eut pour fils les trois dieux Othin, lï'ili et fFé.

Ceux-ci tuèrent le géant Yntir , et des blessures de ce dernier il sortit tant de sang que tous les géants s’y noyèrent^ l'exception d e.Bergelmir, quf se sauva avec sa femme dans une nacelle, et devint le fondateur de la seconde race de géants. Les trois frères traînèrent le corps d’Ymir au milieu du Ginunga-gap, et en formèrent le monde que nous habitons; son sang devint la mer et les eaux , sa chair les •ontinents, sa chevelure les arbres et tes plantes , ses os les montagnes , son crâne le ciel. Ils le posèrent audessus de la terre sur quatre piliers, ou cornes , et sous chacune de ces colonnes ils placèrent un nain pour veiller à sa garde : ces nains s'appellent l'F.st, l’Ouest, le Nord et le Sud. De sa cervelle ils firent les nuées , et des étincelles que Muspellzheimr lançait continuellement, ils formèrent les étoiles, à chacune desquelles les trois frères assignèrent sa place et sa route.

La terre est ronde comme un anneau , la mer l’entoure , et les géants habitent ses bords. Des sourcils d’Yinir, Othin , tVili et Wé ont construit sur la terre un château immense pour s’y défendre contre les géants : ils rappelèrent Midgard ( le monde). Au centre de ce château se trouva Asgarthr, la résidence des dieux , et au centre d 'Asgarthr la salle nommée Ithavôtlr , la plus grande et la plus magnifique demeure qui existe, car elle est construite d'or pur. C’est là que les douze crands dieux s’assemblent. Une habitation séparée fut destinée aux déesses.

Puis les dieux construisirent un pont , pour aller de la terre au ciel ; ils le nommèrent Bifraust, les hommes l'appellent arc-en-ciel. C’est le monument le plus solide et le plus élégant qui existe. H est de trois couleurs, et la ligne du milieu est de feu brûlant.

afin que les géants ne puissent pas traverser ce pont pour se rendre dans le ciel. Ce pont, comme l’univers , et les dieux eux-mêmes, sera détruit au dernier jour.

Cela fait, des êtres furent placés au ciel pour conduire le soleil et la lune, iïôtt (la nuit), fille d’un géant, naine comme toute sa race, avait trois enfants. Son fils aîné s’appelait Audr (richesse ) , sa fille , Jôrd ( terre ) ; son autre fils Dagr (jour), qu’elle avait eu du dieu Dellmgr, était blond et aussi beau que son père. Othin plaça Nôtt et son fils Dagr dans le ciel , et donna à chacun d’eux un cheval et un char avec lequel ils font journellement le tour de la terre. Nôtt marche la première, et l’écume oui tombe de la bouche de son cheval forme la rosée matinale. La crinière du cheval de Dagr est si brillante qu'elle suffit pour éclairer l’air et la terre. Le soleil et la • lune sont conduits par les enfants de Mundilfori (conducteur du monde):

son fils Sœl conduit le soleil, sa fille Marti la lune; tous deux vont sans cesse au galop, parce qu’ils sont poursuivis par deux loups, qui occasionnent les éclipses et les tempêtes.

Les hommes, dans la mythologie Scandinave, comme dans celfe de tous les peuples germaniques , ne sont pas crées par les dieux , mais seulement animes par eux. Trois dieux sortis d’Asgartnr trouvèrent sur le bord de la mer deux arbres , le frêne et l’aune, qui étaient ià sans force et sans avenir. Les dieux en eurent pitié et en formèrent l’homme et la femme. Othin leur donna l’ame et la vie, Lodur le sang, la parole, la beauté, l’ouïe et la vue, l/oenir l’esprit et le mouvement.

Midgard leur fut assigné pour habitation.

Ce mythe forme la transition au second système, qui paraît antérieur à l’autre , plus germanique et moins altéré par la réforme odinique; mais malheureusement il est encore plus fragmentaire. Nous n’en possédons plus que ce qu’on en a pu intercaler dans le premier, sans tomber dans trop de contradictions. Le séjour fa-

vori des dieux , le lieu suint , est près du frêne Yggdrasill ( yggr . terrible, drasill, fertile). C’est lu qu’ils s’assemblent en cour de justice. Les rameaux d'Yggdrasill s’étendent sur toute la terre et montent jusqu’au-dessus du ciel. Trois racines soutiennent l’arbre et s'étendent dans trois directions:

l'une se dirige vers Asgarthr , l'autre vers la demeure des géants, qui séjournent où autrefois se trouvait Ginunga-gap, la troisième vers Nifllheiinr. Au-dessous de cette dernière est le puits Jlvergelmir et le serpent NidAavggr, qui au fond de l’abime ronge cette racine. Sous la racine des éants se trouve le puits de la sagesse, ans lequel Mimin boit chaque jour.

I J racine qui se dirige vers Asgarthr est au ciel; au-dessous d’elle est la source sacrée d’Urthar : c’est là que les dieux s’assemblent. Dans une salle magnifique, voisine de ce puits, demeurent les trois Nornes; elles descendent des dieux et des nains, et assistent à la naissance[de chaque homme, dont elles préparent la destinée. Chaque jour elles arrosent le frêne avec Peau cPUrthan, afin que le feuillage ne puisse pas se dessécher et tomber.

L'eau de cette source est si sainte que tout ce qui en est arrosé devient blanc comme la pellicule qui se trouve entre la coque et le glaire de l’œuf. De cet arbre tombe sur la terre la rosée dont se nourrissent les abeilles.

Durant le siècle d’or, Othin était assis sur son trône d’où il voyait l’intérieur de tous les hommes et comprenait tout ce qu’il voyait. Les dieux construisirent des fourneaux, ils forgèrent des marteaux, des tenailles, des enclumes et d'autres outils, puis fabriquèrent une infinité d’ustensiles d'or massif, car ils possédaient une telle quantité de ce métal que tous leurs meubles étaient d’or; ce qui lit donner à çette époque le nom d’âge d’or. Us vécurent ainsi au sein des plaisirs et de l'abondance, jusqu’au |our où trois filles de géants arrivèrent au milieu d'eux , et dès lors la paix avec les géants fut rompue. Othin |eta sa lance au milieu du peuple, et la

première guerre s'alluma. Cette guerre, longue et funeste , bien que terminée par une victoire, fut continuée par les liéros lorsque les dieux se furent retirés dans le ciel.

C’est depuis cette guerre, qui figure dans toutes les traditions, qu’Othin accueille dans le Wathalla tous, ceux qui sont tombés sur le champ de bataille, pour aller un jour avec eux combattre l'ennemi dans ia bataille de Hagnarauk (crépuscule des dieux ).

Le Ragnarauk sera précédé par trois années sans été, et par trois autres durant lesquelles les hommes s'entretueront. La septième année , le lien qui depuis le commencement des temps retient les forces de la nature, sera enfin rompu, le monde sera incendié, le soleil et la lune seront dévorés par les loups qui les poursuivent, les étoiles tomberont du ciel ; la mer, soulevée par le serpentcouché dans ses'abimes, inondera la terre ; le loup Feuris , allié à Loin et suivi de tous les esprits de l'ablme , s’avancera dans une plaine immense ; les dieux et les héros iront à sa rencontre pour lui livrer une bataille dont ils savent depuis le commencement des temps quelle sera l’issue désastreuse. Tous les combattants y périront et la terre sera consumée par le feu; mais une nouvelle terre, plus belle que celle qui doit disparaître, sortira du sein des eaux , les meilleurs d’entre les hommes et d’entre les dieux seront ranimés, et les champs produiront le blé sans culture.

Cette idée d’une mort qui, quoique bien éloignée, doit frapper un jour les dieux, est assurément ce qui distingue le plus la mythologie des Scandinaves de celle des autres peuples connus. Du moment qu’on croyait a l’immortalité de l’aine et à la régénération de l’espèce humaine, n'aurait-i] pas été injuste d’exclure de ses bienfaits lesdieux, formés, du reste, entièrement à l’image de l’homme? Cette idée donnait à l’homme plus de liberté et d'indépendance que n’en peut admettre celle d'un dieu éternel (*) : aussi

(’) Sousrc rapport elle avail quelque rv» scmblnnre avec le fatum des aucuns.

SUEDE, •

n'est -il parlé que rarement de cette croyance dans les traditions d’Othin:

les prêtres auraient bien voulu la faire entièrement disparaître, mais le peu-

ÎJe y tenait trop pour que cette tentaive réussit.

C’est aux chants de l'ancienne Edda que nous avons emprunté ce que nous venons de dire sur la cosmogonie des Scandinaves. Nous avons déjà fait remarquer plus haut que, dans d’autres traditions, Odin nous est représenté comme personnage historique, comme le fondateur de la monarchie et du culte en Suède. Suivant ces différentes traditions, l’établissement de la puissance des dieux fut suivi d’un siccle de bonheur. Fjolner est entre les rois Ynglinges le premier qui ne fut pas un dieu;, il mourut heureux au sein de l’abondance. I n jour qu'il était ivre, il se précipita dans un vase plein d’hydromel , et, comme le dit l'ancien poète, « périt dans cette mer pacifique. » Mais déjà sous son règne la paix avait cessé dans le Nord , et cette fuis encore la guerre fut allumée par deux lilles de géants. Toutes deux étaient esclaves dans la maison de Frode, roi du Danemark : elles tournaient la meule en chantant l’or, la pix et le bonheur; mais le roi les contraignant toujours à travailler, elles tournèrent avec tant de force que les meules se brisèrent, et alors elles chantèrent la guerre , qui ne tarda pas à éclater, et dont le roi fut la première victime.

En Suède, les fils du roi fFisbur , pur se venger de leur père , demandèrent assistance à la reine des sorcières , à dame llulle , qui encore aujourd’hui -est redoutée dans les campagnes de la Suède et dans tout le Nord. Elle leur accorda son secours à la condition que la race des Ynglinges périrait sous les coups de ses propres enfants , ce qui arriva après le régné de vingt rois.

Les premiers rois avaient eu la Suède entière sous leur dépendance; mais bien te) t les frères se partagèrent le royaume , et il ne resta aux rois d’Up-

sala qu’une vaine suzeraineté. Le vingtième des Ynglinges, Jntmd, mérita •ien du pavs par ses soins à propager la civilisation, et reçut le surnom de Braut , à cause des routes qu’il avait fait frayer. A sa mort, son lils Ingjald, pour prendre possession de l’heritage de son père, lit préparer un grand festin, et construisit à cet effet une salle magnifique , semblable à celle des anciens rois, qu’il appela la salle des sept rois; puis il envoya des messagers par toute la Suède, avec* l’ordre d'inviter des rois, des comtes et d’autres personnages distingués. Six rois vinrent prendre leur place dans la nouvelle salle; une suite nombreuse les accompagnai'. Il était d’usage dans ces temps, que dans un relias célébré en l’honneur d’un mort, l’héritier s’assit sur un escabeau, jusqu'à ce qu'on apportât la grande coupe , qui était vidée par chaque convive en l'honneur du défunt. L’héritier, avant de la vider à son tour, devait faire un V(ru, et alors on le conduisait sur le trône de son père. Lorsqu'on présenta la grande coupe à lngja d , il fit voeu d’étendre son royaume de la moitié dans l'une et dans l’autre direction, ou de mourir à la tâ lie ; puis il but. Le soir venu, il fit enfermer les six rois, ses parents, dans la salle neuve, à laquelle il mit le feu. Six autres rois furent tués par lui de -la même manière, et il fit administrer leur pays par des gouverneurs nommés à vie. Son fils HalJ'dan fut tué par son beau-frère C.udroed, roi de Scanie , qui lui-même mourut assassiné par sa femme -Isa. Celle-ci se réfugia chez son père, mais à l’approche û'fwar H id/aiitne , Ingjald et A sa , après avoir enivré tous leurs soldats, s enfermèrent avec eux dans la vieille salle des rois, qu'ils firent incendier. Tous y périrent, et après la mort d'Ingjald les Suédois ne voulurent plus de roi de cette famille criminelle : ceux qui survécurent se réfugièrent en Norvège.

Sous les rois qui suivirent, tout le Nord Scandinave fut plusieurs fois soumis à un seul maitre, et c'est alors que les excursions vers l'Occident coin-

L’UÎSIVERS.

m;ncèrent. Les traditions, soit verbales, soit écrites, recueillies en Islande, nous apprennent fort peu de chosèt sur l'état intérieur du pays et sur ses relations avec l’Orient : nous devons même ce qu’elles nous ont conservé sur les Ynglinges, à cette seule circonstance qu'Harald llarfagri, fameux chef norvégien , à la cour duquel beaucoup de bardes s’étaient réunis, prétendait descendre des Ynglinges qui, comme nous venons de le dire, s’étaient réfugies en ÎSorvège.

Le royaume de Suède est encore aujourd’hui séparé en trois grandes provinces : relit- du Nord, dans les temps dont nous parlons, était encore occupée par les Lapons et les Finnois, et fort peu cultivée; au sud se trouve la province de Cot/iie} séparée de la Suède proprement dite par les monts Kolmarden. Aujourd'hui les Goths, les Suédois, ne forment plus qu’un seul et même peuple, et la langue des uns et des autres n’offre plus d’autre différence que celle qui existe partout de province à province; mais il parait qu’autrefois ces deux contrées étaient habitées pardeux peuples bien distincts, Quoique tous deux tussent venus de rAsie et eussent la même origine. Tout porte à croire que ce furent les Goths qui arrivèrent les premiers; mais c’était chez les Suédois qu'existait la royauté suzeraine , et ils devaient cet avantage au grand temple d’Lpsala.

Du reste, la séparation des deux pays était telle que les traditions inglinges ne comprennent même pas la Gothie dans l'empire d’Üthin et de ses successeurs.

Ixvar Widfamne réunit sous sa domination, non seulement la Suède et la Gothie , mais encore le Danemark, une partie de l’Angleterre et tout le littoral de la Baltique. Sa fille 4nd, qui avait été mariee au roi de Danemark , se voyant menacée par son père après la mort de son mari , s'enfuit eu Russie avec son jeune fils Uariild, et le roi des Russes, lludbard, devint son second époux. Alors Iwnr rassembla des forces immenses pour alier attaquer Radbard; mais en arrivant

avec sa flotte dans le golfe de Carélie, il eut un songe, qu'il désira se faire expliquer par le vieil Hordr, son père nourricier: celui-ci refusa de se rendre sur la Hotte , et se tenant sur un promontoire, s'entretint ainsi avec le roi resté sur son navire. Il lui annonça que les dieux étaient irrités contre lui, que son royaume serait bientôt démembré , et qu’il ne transmettrait sa couronne à aucun des siens. Iwar courroucé répond de dures paroles au prophète, et la dispute anime tellement les deux vieillards qu'ils s’élancent l'un sur l’autre et sont tous deux engloutis par la mer.

L’expédition contre la Russie finit avec la mort d’Iwar. Radbard donna des homme.s et des navires à Harald, son beau-fils , qui fut reconnu pour roi par les Séelandais et par les habitants de la Seanie. De là Harald alla soumettre la Suède et la Jutie. Il était grand guerrier, un charme magique le rendait invulnérable , et il dut à sa valeur le surnom de llildeland (dent de guerre). Devenu vieux, il donna la Suede et l’Ostrogothie à Sigurd Ring , fils de son beau-frère Randwer et d’une princesse norvégienne; mais bientôt une guerre s'alluma entre Sigurd et Harald.

Othin, sous la forme de Bruno, conseiller qui avait la confiance des deux adversaires, envenimait leur haine mutuelle. Harald était déjà si âgé que la vie lui était devenue à charge. Il préféra la mort dans les combats à une mort naturelle, et désira partir pour le IValhalla en compagnie d'un grand nombre de braves ; il lit donc dire à Sigurd de se préparer à la guerre. Sigurd rassemb;a plus de 2,;>00 navires, les navires de Harald couvraient le Sund, et formaient comme un pont qui réunissait la Séelande à la Seanie.

La bataille fut livrée en Ostrogothie, dans une plaine qui reçut le nom de BravaUa-hed (*/ : elle fut si acharnée

(*) Voyez, /)/. X’J, la représentation des pierres lumiilaimt qui se trouvent auioiird hui encore sur l'emplacement de ce champ de bataille. '

SUÈDE

que la vapeur qui s’élevait des blessures et du sang versé, forma comme un brouillard qui obscurcit le soleil.

Lorsque Harald , que la vieillesse avait rendu aveugle, entendit, par le murmure des siens , que l'ennemi prenait le dessus, il demanda à Bruno, qui conduisait son char, comment Sigurd avait rangé son armée. I.e pseudo- Bruno lui répondit en riant, qu’il avait adopté l’ordre cunéiforme. Comment a-t-il pu apprendre cette manoeuvre, s’écria le vieillard, puisque c'est Othin qui l’a inventée et qu’il ne l’a enseignée qu’à moi ! Puis prenant un glaive dans chaque main, if fait pousser ses chevaux vers le centre de l’armée de Sigurd, immole un grand nombre d’ennemis, jusqu’à ce qu'enlin Othin le renverse de son char et le tiie d’un coup de massue sur la tête.

Aussitôt que Sigurd vit le char du roi vide, il fit cesser le combat et chercher le corps de son oncle. On le trouva sous un monceau de morts. Il périt dans cette bataille 30,000 nobles du coté des Danois, et 12,000 du côté des Suédois. Le corps d'Harald fut brillé sur un bêcher fait de la proue dorée de son navire, et le feu fut entretenu avec tout ce que l’on put trouver de plus précieux. Sigurd y lit placer un cheval magnifiquement harnaché, et demanda aux dieux que Harald, porté sur son coursier, arrivât le premier dans le Walhalla, pour y préparer une bonné réception à ses’ amis et à ses ennemis. C'est ainsi que Sigurd Ring devint roi de Suède et de Danemark.

Son fils Ragnar était le plus fort et le plus beau da tous les nommes.

C’est sur lui que la tradition a accumulé tous les hauts faits des peuples du Nord pendant le huitième et le neuvième siecle; ce n’est plus un personnage mythique , mais, comme Charlemagne dans les poésies épiques du moyen âge, il est le type des exploits de la nation entière. Nous allons donner un aperçu de ces traditions, sans entrer dans tous les détails.

Il paraît que l'union des différents états du Nord ne fut pas de longue du-

rée , car les exploits de Rngnat commencent par une expédition dans la Norvège, qu’un chef suédois nommé Froé tyrannisait après avoir tué le roi Svvard. Froé ayant fait déshonorer les plus nobles femmes de h Norvège, un grand nombre d’entre elles, à la nouvelle de l’approche de Ragnar, vint rejoindre ce prince, et dans la bataille qu’il livra à Froé, l’une d’elles, Lathgerthet, toujours présente au plus fort de la mêlée, décida la victoire en faveur du roi de Suède. Après la bataille Ragnar envoya demander sa main. La vierge demeurait seule dans la montagne ; elle feignit d’être favorable aux voeux de Ragnar, et lui fit dire de venir à la nuit tombante. Puis elle attacha à sa porte un ours et un chien.

Ragnar vint sçul , tua l’ours de sa lance, étrangla le chien de ses mains, et s’empara de la vierge.' • j

Pendant qu’il restait en Norvège, retenu par l’amour qu’il ressentait pour sa femme, les habitants de la Jtitie ot de la Scanie attaquaient les Séelandais, qui lui étaient restés fidèles; Ragnar les vainquit dans une grande bataille et s’avança dans la Scanie; là, ayant entendu parler de Thora, fille (Je Heroth . roi ou, selon d’autres, comte de Suede, il devint amoureux d’elle et répudia Lathgertha , qui lui avait donne un fils et deux filles.

Heroth avait trouvé à la chasse un serpent qu’il rapporta à sa fille Thora; mais entre les mains deThora ee serpent grandit bientôt outre mesure. Chaque jour il dévorait un b<euf, et, roulé autour de la . maison qu’habitait la princesse, il en interdisait l’accès à qui conque aurait voulu s’en approcher, car son haleine donnait la mort. Le roi Heroth, dans le désir de se voir délivré d’un si criiel fléau, fit proclamer qu'il donnerait la main de sa fille à celui qui tuerait le serpent. Une nombreuse jeunesse jiérit dans cette épreuve : neanmoins Ragnar résolut de tenter l'entreprise. Il se fit faire des habits de laine et de peaux, de telle manière que le poil était en dehors ; couvert de ces vêtements, il se

jeta à la mer en plein hiver, et l’eau qui résta attachée aux poils de ses vêtements se coudensn bientôt en place et le couvrit comme d’une enveloppe de corne. Au moyen de ce stratagème, le pnison que le serpent vomit sur lui ne lui ût aucun mal; et comme d'ailleurs il repoussait à l'aide de sou bouclier les morsures du monstre, il Gnit par le tuer avec son épée. Alors Thora sortit de sa prison et lui demanda qui il était : Ragnar lui répondit qu’il avait hasardé sa vie et combattu le serpent pour l'amour d'elle; que bien u'il ne tôt ilgé que de quinze ans, il tait parvenu à vaincre le monstre, et ue désormais elle était libre. Le roi e Suède et ses courtisans, qui pendant le combat s'étaient réfugiés dans des tours, se mirent, quand le dan* ger fut passé, à plaisartter Ragnar sur ses vêtements, et lui donnèrent le surnom de l.odbrog{Uro°, brarca, et lod, hirsutus) ("). Toutefois on ne- put lui refuser Tkora, dont il eut six (ils.

Pendant que Ragnar Lodbrog se livrait tout entier à son amour pour sa femme , la .1 utie et la tonie se révoltèrent de nouveau. Dans son impuissance de leur résister, il se vit forcé d’implorer l'appui de Lathgertha, sa première femme, qui s’était mariée à un chef norvégien. Celle-ci', oubliant l’affront qu’elie avait reçu, pour ne se rappeler que son premier amour, vint au secours de Ragnar avec son (ils et son mari , et repoussa les insurgés. Peu de temps après, Thora mourut, et Ragnar, pour se distraire de sa douleur, songea à de nouvelles entreprises, et voulant se former une armée qui tôt entièrement dans sa dépendance, il ordonna que chaque père de famille envoyât à sa cour le fils dont il ferait le moins de cas, ou un esclave dont là fidélité lui paraîtrait suspecte. De ee ramas d’hommes méprisables il forma une armée redoutable par sa discipline, et d’autant plus adiarnée au combat que chaque

(*)0*est *nn« ce nom qu’il est désigné dans plusieurs chroniques des Francs.

soldat avait à se laver de son ancienne ignominie.

Ensuite il décréta que toutes les contestations, sans admettre les lenteurs d’une procédure, seraient décidées par douze personnages notables :

ce qui est la plus ancienne trace du jury que l’on ait découverte jusqu’à présent.

Le premier pays contre lequel il tourna ses armes,' fut l’Angleterre; il tua le roi de cette contrée , ainsi que les chefs de l’Écosse et des Hébrides, et il donna le gouvernement de ces pays à ses (ils Syvard et Rathbarth ; le fils qu’il avait eu de Lathgertha , Friedleb, fut chargé de la Norvège et des Orcades.

Mais bientôt une nouvelle insurrection du Danemark vint interrompre ses conquêtes ; il battit Harald , le chef de cette révolte et de celles qui la suivirent. Celui-ci s'enfuit en Allemagne.

Ragnar, aprèsavoir distribué à ses soldats les biens des révoltés , alla attaquer l’Allemagne, fit éprouver une défaite à Charlemagne, et imposa un tribut aux Saxons.

Pendant ce temps, le roi de Suède Herotli était mort ; Ragnar alla conquérir le royaume pour ses (ils. U y avait parmi les Suédois un homme très-fort, qui avait sept fils; on convint nue Ragnar le combattrait avec trois de ses fils , et que l’issue du combat dériderait de celle de la guerre.

Le Suédois et ses sept fils furent tués, et Bioem , fils de Ragnar, devint roi de Suede. On lui donna pour surnom Jemsida (flanc de fer), parce qu’il n’avait pas même été blessé dans le combat.

Ragnar rassembla en Danemark une nouvelle année, et étendit son royaume vers l’est et l’ UeUexpont, en Russie et en Hiarmie; mais pendant qu’il était, ainsi aue ses fils, occupé a la conquête de ces pays lointains, f ’bbo, son plus jeune fils, qui, au commencement de la campagne, était trop jeune pour porter les armes, se révolta contre son père en Gotliie. La mère de cet Ubbo était la fille d’un simple citoyen, dans la maison duquel Ragnar s'ètait

by Gooale

Digitizi

SUEDE

introduit sous des habits de femme, libbo vénérait sa mère, parce qu’elle avait pris un roi pour amant , mais il méprisait son père qui n’avait pas rougi de descendre à l’amour d’une fille de basse condition. Battu par Ragnar en Gothie, il s’enfuit pour rassembler quelques troupes et attaquer de nouveau son père en Séelande. Son armée l’avant abandonné pour prendre la fuite, il résista seul aux ennemis , et en tua un si grand nombre que leurs cadavres formaient autour de lui comme un bastion , d’où il se défendit pendant long -temps; enfin, il fut pris et tué, non sans avoir auparavant rompu les chaînes dont on l’avait chargé.

Ragnar était retourné en Russie, quand il en fut rappelé par de nouvelles révoltes qui éclatèrent en Norvège et en Suède, et dont nous épargnerons le récit à nos lecteurs. Harald, qui les avait suscitées , tenta encore la fortune avec le secours des Saxons, mais il fut battu et s’enfuit à Mayence près de Louis-le-Débonnaire. Devenu chrétien, il établit pendant quelque temps sa domination , ainsi que la religion chrétienne, dans la Jutie méridionale; mais Ragnar parvint à le chasser et à rétablir le paganisme.

Enfin Ragnar , dans une de ses excursions, fut fait prisonnier parHella, mi d’Irlande , qui le fit jeter dans une tosse remplie de serpents, sous les morsures desquels il expira en chantant ses hauts faits. L'ancien chant ue Ragnar est supposé avoir chanté ans la fosse aux serpents est parvenu jusqu’à nous, et sous beaucoup de rapports il s’accorde avec le récit de la chronique de Saxon le grammairien, dont nous venons de donner une analyse : il s’y trouve pourtant des faits intéressants que Saxon n’a pas recueillis et que d’autres traditions nous ont transmis. Nous en citerons un qui concerne particulièrement laSuède.

« Après la mort de Thora , dit le chant dont nous venons de parler, Ra-

Ênar, fuyant l’amour des femmes, lissa le gouvernement de son pays à ses fils et s’en alla faire des conquê-

tes. Un jour qu’il était avec sa flotte dans une baie de la Norvège, les serviteurs qu’il avait envoyés à terre pour faire du pain , lui ’ apportèrent des pains brûlés. Le roi mécontent les réprimanda. Alors ceux-ci lui racontèrent qu’ils avaient vu une jeune fille, nommée Kraka; que c’était la plus belle de toutes les femmes, et que ses cheveux de soie descendaient jusqu’à terre. Ragnar en fit sa femme; mais lorsqu'elle lui eut donné quatre fils, il songea à la répudier pour épouser la fille à'Oesten, roi d’Upsala. Alors Kraka découvrit à Ragnar qu’elle était yjslang, In fille de Sigurd et de Brynbilda. Ragnar le crut, et fit In guerre à Oesten, qui, après bien des revers, finit par être battu, non par Ragnar, mais par ses fils. A Ragnar succéda en Suède BjOm Jernsida .»

Ces traditions, plutôt historiques que mythiques , étaient autrefois trèsrépandues dans le Nord : naguère cncoréon les rencontrait chez les paysans de la Norvège, et même aujourd’hui on les retrouve souvent chez les habitants des lies Férôe. Elles furent pour le Nord ce que furent les traditions de Charlemagne pour la France, les Nibelungen pour l’Allemagne, Arthur pour la Grande-Bretagne. Elles prirent naissance et se propagèrent à l’époque où le christianisme commença à remplacer le paganisme, et ne contribuèrent pas peu a taire oublier l’ancienne mythologie. On a vu que daps ces traditions l’histoire du Nord commence déjà à se lier à celle des autres pays de l’Europe; bientôt nous allons voir des missionnaires venus de l’empire des Francs découvrir le Nord et le convertir; mais , avant de les suivre dans cette généreuse entreprise, nous dirons quelues mots sur la constitution politique es petits états dont se composait In Suède pendant l’époque païenne.

Ce qu’il importe surtout de se rappeler en jugeant la société bnrbnr»des |ieuples du Nord , c’est que l’édifice social et l’organisation politique étaient regardés comme l’œuvre des dieux.

Presque jamais des troubles inté-

rieurs ne changèrent ia base des états ; toute révolution occasionée par la conquête était accompagnée d’une révolution religieuse, car les conquérants apportaient presque toujours de nouveaux dieux aux vaincus; et c’est ainsi que l’introduction du christianisme fut précédée et suivie d’une révolution totale dans l'état.

Les premiers chefs étaient nommés Diar ou Drottnar, mot qui signifie dieu, maître, prêtre et juge, üttain, auquel les mythes attribuent les institutions sociales, rendait lui-méme la justice accompagné de douze diars, comme le fit plus tard le roi d’Upsala. Le peuple s'assemblait trois fois par an pour les grands sacrifices, et l’endroit où cette solennité avait lieu était sacré. Participer aux mêmes sacrifices était pour les différentes tribus un signe de paix et de bonne intelligence. Dans ces assemblées périodiques, on terminait les contestations , on délibérait sur les entreprises qui auraient lieu dans l’année, et l’on faisait le commerce d’échange. Le mot Tmg, qui désigne ces assemblées, signifie tout à la fois sacrifice , repas , assemblée politique, tribunal et foire.

Tout père de famille était le drottnar de sa maison; il y était souverain.

Une infinité de petits rois ou princes remplissaient des fonctions analogues dans une plus ou moins grande étendue de pays.

Le roi ’d’Upland exerçait une sorte de suzeraineté sur la Suède, parce que dans son district se trouvait le temple d’Upsala (*), qui était lé centre du culte; mais il n’était élu que par les Uplandais, et, comme tous les autres rois, il était pris dans la famille royale.

La suite du roi , les jarls ou comtes , formaient une sorte de noblesse , mais ils n’avaient aucun privilège sur les autres hommes libres, qui pouvaient devenir comtes en se faisant admettre parmi les compagnons du roi.

L» prjncipale attribution du roi consistait à offrii les sacrifices et à rendre

O ▼oyez, /il. VII , la restauration de ce temple d'après les traditions anciennes.

les dieux favorables. S'il survenait une disette ou quelque autre malheur public, on le chassait ou on l’immolait pour apaiser le courroux des dieux.

La nation proprement dite était composée des proprietaires libres et nobles; l'esclave n’avait aucun droit, même dans l’autre vie. Il ne pouvait entrer dans le Walltalla, à moins qu’il ne fût mort en combattant prèsde son maître.

Les Suédois les méprisaient tellement que c'est à peine s ils daignaient accepter leurs services. Stôrkodder, dangereusement blessé dans une bataille , refusa les secours que lui offrait une esclave, et Eystein, roi d’Upsala, ayant demandé aux habitants du Throndelag qui ils voulaient pour roi, de son esclave Faxeou de son chien Sar, ils choisirent le chien. L’Upland abolit l’csclavaeeen 1 295 : dans les autres provinces de la Suède il ne disparut qu en 1335.

Le peuple et l’armée étaient une seule et même chose, et la grande assemblée d’Upsala était appelas l’assemblée de toute l’armée : aussi les rois d’Upsala cherchèrent-ils bientôt à étendre de plus en plus leur domination sur les autres rois. Ingjald Iilrada mourut sans avoir pu réaliser cette tentative, bien qu'il eût fait assassiner plusieurs souverains; et en effet, indépendamment de ia dynastie ywarienne, nous en retrouvons encore un grand nombre.

A la mortd'un souverain, tousses fils prenaient le titre de roi (Sœkongar, roi de la mer), et pour leur part de i’hcritage on leur distribuait a es armes et des navires. Ils rassemblaient alors des compagnons , ou champions, et allaient infester l’Europe; souvent iis revenaient avec leurs bandes , et portaient: le trouble dans l’état , surtout aux derniers temps du paganisme; souv ent aussi les souverains eux-mêmes partaient pour des expéditions lointaines, et, au retour, l’armée qu’ils s’étaient formée servait parfois d’instrument à leur despotisme.

Ces usurpations du pouvoir royal déterminèrent le peuple à créer des magistrats pour défendre ses intérêts.

LesLugmanner étaient dans les gran-

S U KDE

SUÈDE. ir

des assemblées les chefs du peuple ,* des nobles et des paysans; car ces trois classes peuvent être considérées comme n’en ayant formé alors qu’une seule, li ne fois que le pouvoir royal fut sorti du cercle de l’ancienne constitution, et qu'on lui crut des intérêts autres que ceux de la nation, il devint de plus en plus dangereux pour la liberté publique. Aussi, dans les colonies qui furent établies en Islande dans les derniers temps du paganisme , on se passa tout-à-fait de la royauté : le lagman y était le chef de l’état. . .

Le père étant le souverain de sa famille, il y exerçait le droit de vie et de mort , et, comme à Rome jusqu’au règne de Constantin, il pouvait a son gré reconnaître ou faire exposer ses enfants : la haine qu’il portait à la mère de l’enfant ou à ses parents, un rêve, un augure, suffisaient pour qu’il prononçât l’arrêt fatal. Cet usage, qui se retrouve chez beaucoup de peuples païens, même chez les plus civilisés, et qui existe encore en Chine, était autorisé par les lois en Islande. Il est très-probable que dans l’origine c’était un sacrifice offert aux dieux, et la coutume que quelques peuples de l’Asie avaient de prostituer leurs filles dans les temples «PAstarté n’était peutêtre qu’un adoucissement de la loi religieuse. Dans le Nord, les missionnaires chrétiens employèrent toute leur influence pour abolir cet usage , mais ils n'y parvinrent que peu à peu. Les premières lois cléricales permettaient encore d’exposer les enfants qui n’étaient pas bien faits , et les Islandais, en embrassant le christianisme , se réservèrent le droit de faire de leurs enfants ce que bon leur semblerait , comme aussi de continuer à se nourrir de la chair du cheval.

La monogamie était de règle , mais les rois épousaient quelquefois plus d’une femme , et chaque citoyen pouvait avoir autant de concubines qu’il lui plaisait. Les fils légitimes , ou plutôt l'atné seul , héritaient des biensfonds, mais lés enfants naturels avaient aussi quelque part â l’héritage.

Les femmes n’étaient pas sans con-

3* Livraison. (Suède.)

sidération dans l’intérieur de la famille, qu’elles gouvernaient pendant l’absence du mari. Comme les femmes des temps héroïques de la Grèce, elles s’occupaient a préparer des étoffes et des vêtements ; de plus elles exerçaient la médecine et l’art divinatoire’; souvent encore elles accoinpanaient leurs époux et leurs parents ans les combats. Il y avait aussi dans les armées des vierges aux boucliers, consacrées à Othin , qui ne pouvaient se marier, et dont l'amour était funeste. Les femmes ne furent jamais enfermées dans un harem ou dans un gynécée; elles jouissaient d’une entière liberté, et nidansl’histoirenidans les mythes il n’est jamais fait mention d’adultère. Les filles des rois étaient bien quelquefois gardées dans des tours , que la fable suppose entourées de dragons et de serpents , mais c’était uniquement une précaution pour empêcher qu’elles ne fussent enlevées; car le désir de s’unir à une femme de haute condition, ou au moins d'une condition égale, a toujours été trèsvif chez ces peuples ; et même encore aujourd'hui les lois punissent sévèrement quiconque enlève une femme d'une condition plus élevée que la sienne, et cela seul prouve l’existence du désir.

Le divorce était permis, même à la femme : souvent elle quittait son mari, parce que les concubines de celui-ci avaient trop d’autorité; souvent aussi, quand elle était vieille ou malade, elle rendait à son mari les clefs de la maison, et le quittait à l’amiable. La femme qu’on avait obtenue de ses parents , moyennant des dons , était plus honorée que celle qui avait été ravie ou enlevée.

Après le métier de guerrier, celui du barde, qui chantait les hauts faits des héros, et celui du forgeron, qui fabriquait leurs armes, étaient le plus estimés. L’humeur guerrière du peuple était entretenue, non seulement par les traditions mythologiques, mais aussi par des ci rconstances extérieures. Othin ne voyait pas de bon œil ceux qui arrivaient pauvres dans le Wal-

halln. On brûlait donc avec le cadavre les richesses que le mort avait acquises : relies qu'il avait obtenues par héritage restaient seules à ses enfants. Ainsi l'honnne qui aspirait aux plaisirs éternels du AValhalla devait consacrer une partie de son existence à la piraterie et au pillage. I/homme mort de maladie n’était pas reçu dans le séjour des braves, et c’est pour ce motif qu'on rencontre dans l'Kdda tant de suicides apres une bataille , ou quand la vieillesse laisse un guerrier sans vigueur. Dans les batailles on ne cherchait que la mort et les Walkyries , ni conduisaient au YVulhalla les âmes es guerriers morts en combattant, l.es héros affectaient le plus grand mépris pour les douleurs de la mort. Un des (ils de Ragnar se fait précipiter sur des lances, et chante ses exploits pendant que le fer pénètre peu a peu dans son corps; un autre se fait briller sur un LiU'hcr de crânes. Rien ne peint mieux cette force d’ame qui distingue le Scandinave que le chant de Ragnar dans la fosse aux serpents; en voici les derniers vers :

«Nous avons combattu avec le glafve, « aujourd'hui nous marchons a la mort !

« Les serpents me déchirent cruelle- « ment, la vipère fait son nid dans mon « coeur, mais j’espère que mes (ils tein- « d ront leurs lances dans le sang d' Hella. •< Autrefois l’acier des piques était bleu, bientôt il sera rouge ! Les hardis •< guerriers ne prépareront pas à Hella « une couche paisibje. — Nous avons •< combattu avec le glaive; je puis nom- « mer cinquante et une batailles, tou- • tes livrées sous mon drapeau; je n’ai « jamais pu trouver de roi plus grand « que moi. Des mon enfance j’ai appris « à teindre le glaive de rouge, aujour- ■ d’hui les dieux me réclament; il ne « faut pas pleurer la mort! — Je vais « bientôt atteindre le bat; les Dvses « envoyées par Othin m'appell ntd.ins « la patrie des braves, dans |es salles «■ du Walhalla. Dans le palais élevé « des dieux , je vais boire de la bière « avec les Ases. Le temps de ma vie est « écoulé, je, meurs en souriant ! — »

On verra plus tard què les exemples

du mépris de la mort sont aussi fréquents dans l'histoire que dans la mythologie. * ' ,

Remarquons encore ici qu’on né respectait pas plus la vie des autres que la sienne propre. Les prisonniers étaient presque toujours sacrifiés aux dieux. Les inimitiés des familles étaient transmises de père en fils, comme un héritage, et c’était un devoir religieux que dé venger les outrages de ses parents. Souvent les adversaires se désignaient, pour combattre, un endroit solitaire, et il était rare que le duel ne finit pas par la mort Je l’un des combattants. Toutefois on ne dédaignait pas de recourir à la ruse, et souvent on venait environner soudainement la maison de son ennemi , et y mettre le feu. C'est deeette manière ne, dans la tradition , Hainlet se venge e la mort de son père sur le inari de sa mère et sur tous ses convives.

les premiers missionnaires parlent de la Suède comme d’un pays fertile et riche en troupeaux , mais presque entièrement couvert de forêts. Les anciennes traditions prouvent que dès le temps le plus reculé on y cultivait le seigle et l'orge, qu’on s'y servait pour l’agriculture de charrues attelées de boeufs, et qu’on y savait faire le pain et préparer lu bière. Entre les dons qu'on offrait au roi , le jour de Noël, figurait le beurre et là drèche. On méprisait comme des barbares ceux qui mangeaient de la viande crue.

. Les maisons et les temples étaient en bois; une enceinte en palissades indiquait les limites de In cour et les bornes de la souveraineté du père de famille. Dans des occasions extraordinaires on couvrait le sol de paille; le feu était allumé au milieu de la chambre, un trou pratiqué dans la muraille ou dans le toit offrait une issue h In fumée. Des bancs étaient rangés le long de la muraille , et devant ces bancs étaient de longues tables où l’on s’asseyait en s’appuyant contre la muraille. On se portait des santés en Ca sant passer la coupe, remplie de bière, au-dessus du feu.

Le roi et la reine étaient assis sur

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des coussins , au milieu du banc qui se trouvait en face du soleil ; on plaçait vis-à-vis d’eux, à l’autre extrémité de la salle, l’étranger que l’on voulait honorer. Pendant la paix , on se rangeait toujours de manière qu’il y edt une femme à côté d'un homme; niais, pendant leurs expéditions, les

guerriers éloignaient les femmes des anquets.

L'or et l’argent n’étaient pas rares chez les Scandinaves, car les pirateries contribuaient à àccroltresans cesse ce genre de richesse. Il y avait si peu de pauvres dans le pays,' que les premiers chrétiens se virent obligés a'envover à l’étranger les aumônes que la religion leur prescrivait.

Le commerce de la Baltique entre la Suède, la Russie, l’Allemagne du nord-est, et les pays les plus lointains, existait sans doute dès les temps du paganisme. Dans les onzième et douzième siècles son développement est déjà si considérable , qu’on doit croire qu’il existait bien antérieurement.

Il ne nous reste guère, des constructions de cette époque , que des tombeaux, dont quelques-uns consistent en pierres énormes superposées les unes aux autres, de manière à former une rotte rectangulaire. Celui que nous onnons (/)/. VIII , 3) a été trouvé en Westrogothie, et offre une grande ressemblance avec un monument du même genre qui se trouve prés de Saumur, entre Coudraÿ et Montbreuil- Bellay.

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