TROISIÈME PÉRIODE
LA SUÈDE rnOTIiSTAPiTK.
. Gustave Wasa naquit, le 12 mai 1496, d’une ancienne famille qui avait donné plusieurs membres au ronseil, et qui, par suite de son alliance avec Stéuon Sture, s’était rangée dans le parti national, après avoir été |>ciiuant long -temps un des .principaux soutiens de l'union et des princes danois. Nul monarque n’a jamais été, après sa mort, plus populaire que
SUF.DK.
Gustave Wasa-, et dans ce pays des vieilles traditions, les moindres événements de sa vie sont restés dans la mémoire du peuple. Son génie se révéla de bonne heure. Le roi Jean le voyant jouer avec ses camarades , prédit qu'il serait un jour un grand homme. Plus tard, le jeune Gustave dit lui-même à l'un de ses jeunes condisciples : «Voici cequeje ferai un jour: j'irai en Dalécarlie rallier autour de moi les paysans, et alors je saurai bien casser le nez aux Danois. « Le maître d’école , instruit de ce propos, lui donna un soufflet, et Gustave, tirant sa petite épée, perça de part en part son Quinte-Curce, et quitta l'école pour jamais. Plus tard , quand il fut roi , le vieux pédugogue crut devoir s'enfmr du pays, mais Gustave le fit rappeler.
A Lige de dix-huit ans, Gustave fut envoyé à la cour de Sténon Sture le jeune, où il se distingua dans tous les exercices de son âge, comme aussi par son enjouement et son affabilité.
Il fit ses premières armes dans les guerres de cet administrateur contre l'archevêque Gustave Trolle et les Danois. Nous avons raconté plus haut de quelle maniéré perfide Christian s'empara de lui , d'Hemming-Gadd et de quelques autres personnages. Transporté en Danemark, il fut confié à la garde de son parent F.rik Baner, chez lequel il vécut pendant un an , jouissant de toute, la liberté que son hôte pouvait lui laisser. Mais tout ce qu'il voyait, tout ce qu’il entendait dire fies préparatifs immenses qu'on faisait pour subjuguer sa patrie, ne lui laissait pas un seul instant de repos : à table même, les jeunes seigneurs danois ne parlaient que du butin, des femmes et des fiefs qu'ils allaient se partager en Suede. C’en était trop pour la patience de Gustave. Un matin , il se déguisa en bouvier, et s’enfuit à Lubeck. Krik Baner se présenta bientôt pour le réclamer, prétendant qu'il était prisonnier sur parole: mais Gustave montra, qu’enlevé de Suède par trahison , il n’était point prisonnier de guerre, et que depuis qu’il
était entre les mains des Danois, il n'avait jamais donné sa parole de ne point chercher à sortir de l’injuste captivité, où il était retenu. Les Lubeckois, jaloux des succès de Christian qui venait de soumettre la Suède, laissèrent partir Gustave.
Deux châteaux seulement tenaient encore en Suède contre les Danois :
le chôteau de Stockholm, défendu par la veuve de Sténon Sture le jeune, et celui de Calmar, défendu par la veuve de Jean, fils de Mans, l'assassin d'Engilbert. Le château de Stockholm était trop, étroitement bloqué pour que Gustave pôt y pénétrer. Il ne parvint même qu'avec peine à sejeter dans celui de Calmar, d’où il lui fallut s'enfuir encore en toute hâte, car on était déjà résolu à se rendre,, et Gustave, qui voulut engager les assiégés à faire une plus longue résistance, aurait été tué par la garnison allemande, sans l’intervention des bourgeois.
Gustave, de nouveau fugitif, erra dans le pays, voyant partout les Suédois se soumettre à Christian, qui promettait dans ses lettres de maintenir toutes les libertés du pays. Gustave, qui connaissait les desseins sanglants de Christian, ne put se faire entendre nulle part. Pendant tout l’été il se tint cache ; au mois de septembre il alla trouver son bcau-frcrc Joachim Brahe, qu’il voulut, mais en vain, empêcher de se rendre à Stockholm; de là il se réfugia dans les terres de son père.
Stockholm venait de capituler, contre la volonté des bourgeois. Les paysans s’étaient , il est vrai, soulevés en quelques endroits, et avaient même attaqué les Danois; mais n'ayant point de chef, on les avait partout battus , et ils étaient entièrement découragés.
Le clergé usait de tout son |>ouvoir pour qu'on se soumit à Christian , qui, le 30 octobre 1520 , fut enfin proclamé roi héréditaire. De tous côtés on conseillait -À Gustave de reconnaître le nouveau roi; mais il savait trop bien quel compte on pouvait faire sur les promesses du roi. Lorsque la terri
ble nouvelle des massacres exécutés à Stockholm vint détruire toutes les espérances des Suédois, il s'enfuit avec un seul serviteur qui l’abandonna quelques jours plus tard, après l’avoir volé.
Ce fut vers la fin de novembre que Gustave arriva en Daléearlie. Là, il travailla quelque temps dans les mines de cuivre (*) , occupé à battre le blé et à couper du bois. Les granges dans lesquelles il a travaillé sont encore aujourd’hui conservées, comme des monuments nationaux , et les descendants des paysans qui lui ont donné asile, montrent avec lierté , dans la forêt de Marnas, l’endroit où il se tint caché pendant trois jours, sous un sapin apattu; la colline environnée de marais , où il resta également durant quelques jours; la cave, dans le village d'iitmedfand, qui le déroba aux regards de ses persécuteurs ; eulin l'endroit près de l'église de Mors , où il harangua pour la premièi •* mis les paysans.
Un sait qu'une paysanne le reconnut au collet de sa chemise qui était brodé, qu’à la suite de cette découverte, le maître chez lequel il travaillait ne voulut plus lui donner asile, qu'un de ses compagnons d’école le trahit et le dénonça aux officiers de Christian, et qu'il edt été infailliblement surpris, si la femme du traître ne l’edt averti de ce qui se machinait contre lui. On sait encore qu’un jour, où il étaitcaché dans une voiture chargée de foin, des soldats danois qui le cherchaient survinrent, et que l’un d'eux, sondant la voiture avec sa lance, blessa Gustave, qui cette fois encore échappa, comme par miracle, car le sang qui coulait de sa blessure l'aurait fait découvrir, si l'un de ses amis n'edt blessé adroitement un cheval.
Son séjour désormais connu, les Danois le poursuivirent sans relâche; il sut cependant se soustraire à toutes leurs investigations, et plus d’une fois même, aidé de quelques amis dévoués, il surprit ceux qui le cherchaient.
(*) Nous iloimons, pl. XVI, une vue des ■ùnw de falun.
Pendant ce temps, Christian poursuivant le cours de ses cruautés, augmentait chaque jour la haine des Suédois pour le joug étranger. Gustave comprit qu’il était temps de se montrer; il se présenta donc aux assemblées de quelques paroisses , harangua le peuple, rappela tous les maux qu'avait apportés la domination danoise, la gloire et le courage des anciens Suédois , leurs victoires contre ces mêmes ennemis qui les opprimaient aujourd'hui. Puis il s'offrit pour être leur chef, et les exhorta à prendre les armes. Mais ses paroles eurent d’abord
fieu de succès. On était fatigué des ongues et inutiles guerres soutenues contre le Danemark. Gustave d'ailleurs était peu connu, et la tyrannie de Christian se faisait peu sentir dans ces provinces éloignées de la capitale.
G ustave , ayant échoué dans ces tentatives, ne se crut plus en sûreté chez les paysans de la Daléearlie, et se dirigea v ers la Norvège. Toutefois son langage lui avait attiré l'affection des Dalécnrliens : il en eut bientôt une preuve certaine. Des raialiers danois étant survenus dans le pays pour s’emparer de Gustave, les paysans qui virent arriver cette troupe, sonnèrent le tocsin , et comme le vent souillait de la plaine, les paysans des montagnes entendirent ce signal , et s’assemblèrent aussitôt, comme dans un danger commun. Les Danois, réfugiés dans une église, promirent de cesser leurs poursuites contre Gustave.
Peu de jours après, deux rhevalieft.
témoins des massacres de Stockholm, arrivèrent à Mora , et racontèrent ce qu'ils avaient vu, ajoutant qu'on s’attendait d'un jour à l’autre à une nouvelle exécution , et que le roi avait le dessein de désarmer les paysans do tout le royaume , et de ne leur laisser que des hâtons. Cette mesure, qui eut un commencement d'exécution , et lit donner à Christian le nom de roi bâton , irrita vivement lespavsons dalécarliens. Ils se repentirent d avoir laissé partir Gustave, et envoyèrent des patineurs pour le ramener. Ils
SUÈDE
le trouvèrent sur les frontières de la Norvège.
De retour à Morn , G ustave fut aussitôt élu chef des Dalérarliens et de tous les cantons du royaume de Suède.
Pendant le discours *c|u*il adressa au peuple à eette occasion, le vent souffla du nord, ce qui, aux yeux des paysans, fut considéré connue un heureux présage. Sa première troupe fut peu nombreuse : seize cavaliers composaient sa garde, une centaine de fantassins formaient tonte son armée.
Toutefois le district des mines en Dalécarlie ne se rangea de son parti une quelques mois pins tard, après qu'il eut chassé les oniriers danois. I.e llelsiiigland et le Gestriklnnd augmentèrent bientôt le nombre de ses partisans; les pécheurs des côtes se Montrèrent également bien disposés pour lui, et bientôt l’on redouta à Stockholm une révolte générale.
Cependant Christian était retourné en Danemark , et avait laissé ic gouvernement de la Suède à Dietrik Slaghôk, qu’il avait nommé évêque de Seura. J.e sénat de la ville de Stockholm avait été renouvelé après ie massacre des anciens sénateurs, et était tout dévoué à Christian. Il en (tait de même des bourgeois allemands; borius Holst et Claus Bove étaient les chefs du parti danois. Le premier, pendant l’exécution, avait donné au roi uneféte magnifique, et l'autre, mis en prison avec les autres sénateurs, n’avait dû son salut qu’à son extrême embonpoint, qui avait empêché les bourreaux de le retirer assez promptement de son cachot.
Le conseil des seigneurs écrivit une lettre aux pavsans , pour les exhorter à D soumission ; mais cette lettre ne se trouvant signée que de trois seigneurs, les paysans se moquèrent dun conseil si peu nombreux. Gustave Troll et les favoris de Christian, nommés évêques pour la plupart, se mirent au printemps à la tête d'une armee ne 6,000 hommes, pour aller toumettre les paysans. Ils s'avancèrent jusqu’à la rivière de Brunnebük, sur la frontière de la Dulécanie, que
les paysans gardaient en l'absence de Gustave, sous le commandement d’un paysan des montagnes. On raconte qu'un des évêques danois demandant le nombre des paysans, on ui répondit que la levée en niasse de la Dalécarlie pouvait monter à 20,000 hommes. «Et de quoi vivent- ils donc?
ajouta-t-il? — ils ne boivent que de l'eau, lui réiiondit-on, et sc contentent au besoin de pain d'écorre.» Levéque, mieux avisé que Cresus,qui, mal grc de semblables réponses, n’avait pas craint d'attaquer les IVrsans , s'écria ; » Ceux qui mangent du bois cl ne boivent que de l'eau . le diable lui-même ne saurait les soumettre, encore moins le pourrions-nous; quittons la partie, mes frères! »
.Mais il était déjà trop tard; les paysans avaient passé la rivière, et l'armer danoise, surprise, périt en grande partie dans les eaux. -Voici deux chansons populaires de ce temps où les paysans célèbrent leur victoire : « La « llèohe des paysans atteint bien la « poule de neige et l’écureuil sur le sal'iun, pourquoi donc Christian, ce « Bourreau sanguinaire , parviendrait* ” .il à l’éviter? — ils poussèrent les « Jutoisdans le ruisseau de Brunne- " b;ik ; l'eau qui bouillonnait autour « d’eux les ensevelit ; par malheur « Christian n'était pas avec eux. Les « Jutois -se mirent tous à fuir, en « chantant ce chant lugubre: Nous ve « voulons plus boire de la bière de Pars « (/ne l'on brasse dans tes mines de la « Dalécarlie. » l n autre chant populaire est ainsi coùcu : « Le fleuve « de Brunnebak est bien large et bien « profond , faliwilom ! Nous y avons « jeté nombre de Jutois, laliwiliwili- « xvom ! C’est ainsi qu’on chasse de.
« Suède les Danois, faliwilom! »
La seconde bataille fut livrée à Westeras. Dietrik Slnghôk commandait dans le château dp cette ville; i' avait fait briller et détruire toutes les haies autour de la ville, afin de pouvoir plus facilement se servir de la cavalerie danoise. A peine l’avant-garde de Gustave eut-elle aperçu l'ennemi, qu'elle, l'attaqua malgré l'ordre qu'il avait