‹ L'UniversChapitre 8 sur 87 · L’UN IN ER S · texte numérisé non relu

L’UN IN ER S

donné d'attendre jusqu’au lendemain.

Gustave se hâta de voler à son secours , et la cavalerie danoise fut repoussée avec perte. Ce qui assura le succès des paysans, c'est que Gustave leur avait donné des lances de trois à uatre pieds plus longues que celles ont ils se servaient auparavant. La cavalerie rompue mit en désordre l’infanterie danoise,’ et la ville fut prise par un corps détaché, au moment où les Danois allaient y mettre le feu.

Une fois la ville prise, l’armée indisciplinée de Gustave ne songea plus u’à piller et à boire. Les Danois profèrent de ce désordre pour recommencer la bataille et rentrer dans la ville, mais ils furent repoussés par un corps que Gustave avait prudemment gardé en armes autour de lui.

Le carnage fut affreux; presque tous les Danois périrent dans I incendie des maisons, sous les haches des paysans ou dans les eaux du fleuve qu’ils s’efforcaient de traverser. Cette, fois Gustave eut la précaution de faire détruire aussitôt tout ce qui se trouva dans la ville, d’eau-de-vie et de vin.

L'avantage matériel de cette journée était peu important , car le château restait aux Danois, mais l'effet moral de cette victoire fut immense.

Partout le peuple se souleva et tua les officiers danois. Toutefois les châteaux et les forteresses, qui restaient aux mains de l’ennemi , rendaient difficile le triomphe complet de G ustave.

Son année était peu faite pour de longs sièges, la plupart de ses soldats le quittaient à l'époque des semailles et de la moisson : il sc voyait alors contraint de recourir à mille expédients pour conserver les avantages obtenus. Pour triompher de tant d’obstacles, et arriver à la délivrance de la Suède, il fallait un homme tel que Gustave, actif, persévérant, rusé, éloquent , et capable de s’assurer une grande autorité morale.

Vers la fête de saint firik, Gustave s'approcha d'I psal , et répondit aux envoyés de la vdle que ses paysans voulaient être de la fête. I.’arrltevê-

que d'Upsal était absent : son lieutenant, voulant montrer le mépris qu’il avait pour les paysans, fit par bravade danser et jouer dans la ville jusque bien avant dans la nuit. Mais toutà-eoup l'archevêché , qui était fortifié, selon l’usage du temps, se trouva investi par les paysans qui , lançant pardessus les murs des fléchés armées de hrandonsenflammés, incendièrent tous les bâtiments. Presque tous ceux qui s’y trouvaient périrent.

Gustave entra dans la ville le jour de la Pentecôte, et envoya aussitôt à l’archevêque un messager, pour l’exhorter à ne pas se séparer plus longtemps de la cause de son pays. L'archevêque retint le messager, disant qu'il apporterait lui-même sa réponse, nuis il se mit en marche avec 500 cavaliers et 3,000 hommes d’infanterie allemande. Gustaven’enfut informé que lorsque l’ennemi n'était plus qu'à quelques lieues de la ville. Il sortit pour faire une reconnaissance avec une faible escorte, tomba au milieu des ennemis , et ne fut sauvé que par le courage de ceux qui l'entouraient Loin d'être découragé par cet échec, il assembla à la bâte les paysans drenvirons, attaqua l'archevêque qui retournait à Stockholm, lui tua ici cinq sixièmes de son armée, et mit enfin, dans le mois de juin 1521, I siège devant Stockholm. Ce siège ne dura pas moins de deux ans, car les Danois, maîtres de la mer, pouvaient renouveler les approvisionnements et la garnison de la vjllp, sans qu’il fût possibleà Gustave d’y mettre obstacle.

La noblesse avait tenu jusoue-la pour Christian, mais au mois d’août soixante-dix seigneurs offrirent In couronne à Gustave, qui la refusa, se contentant du titre d’administrateur du royaume. Au commencement de l’an 1522, tout le pays s’était range de son côté , les Danois n’occupaient plus que Stockholm, Calmar et Aho en Finlande. Niais Severin Norby, amiral de Christian, jeta dans ces places des miforts si considérables que les Danois purent un instant reprendre l’offensive • la Finlande re-

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tomba sous leur domination , et Gustave , forcé de lever le siège de Stockholm en avril , ne put le recommencer qu'un mois plus tard.

Gustave avait continuellement à lutter contre, l'indiscipline des paysans, et surtout contre leur habitude dèse débander sitôt que le danger cessait d’être pressant. Heureusement, au mois de juin, la ville de Lubeck se déclara enfin pour lui, et il en reçut des navires, et quelques troupes , qui, jointes à un corps qu’il s’était formé des plus jeunes d'entre les paysans non mariés, servirent de noyau a une armée régulière, et le rendirent plus indépendant de la levée en masse. Au reste, cette alliance était payée assez cher. La république marchande de Lubeck jouait le rôle des Vénitiens pendant les croisades , elle vendait à un très-haut prix ce qu'elle apportait de marchandises et de munitions, et ne donnait quelques soldats qu'après avoir stipulé pour ellemême d'importants avantages. Ainsi, pour avoir deux canons , on fut obligé d'engager à Lubeck autant de châteaux , et lorsque Norby fut repoussé de Stockholm, qu’il voulait débloquer, il put s'échapper impunément , parce que l'amiral lubeckois ne crut pas devoir exposer ses navires dans un combat décisif.

Stockholm ne se rendit que le 20 juin 1523 , lorsqu'on fut parvenu à la séparer de la mer par un pont de bateaux et par des chaînes. La garnison obtint les conditions les plus honorables, et peut-être se serait-elle défendue plus long-temps, si une révolution qui eut lieu en Danemark n’eût renversé Christian de son trône.

Ce roi n’avait jamais voulu tenter les voies de conciliation. Les femmes et les enfants des nobles suédois massacrés à Stockholm, il les avait emmenés en Danemark , et les avait fait mourir dans des cachots affreux.

Du nombre des victimes étaient la mère et les soeurs de Gustave. Severin Korby avait aussi reçu l'ordre de faire exécuter les prisonniers suédois qui se trouvaient en son pouvoir , mais il les laissa échapper, disant qu'il aimait

4* Livraison. (Suède.)

mieux les tuer dans un combat que de les abattre connue des boeufs amenés à la boucherie. Dans une visite que peu de temps après Christian fit à son beau-frère Cbarles-Quint, pour se faire payer le restant de la dot de sa femme, il dit à Érasme, qui le raconte dans ses lettres : « On ne fait jamais rien avec de faibles remèdes, les meilleurs sont toujours ceux qui remuent tout le rorps. » Admettre de tels principes, c’est faire comme le général qui brûle tous les ponts derrière lui, et s'ôte ainsi tout moyen de revenir sur ses pas; mais alors il faut déployer une énergie toujours soutenue, 'continuer dans les mêmes voies, et triompher à force d'audace de toute résistance, sous peine de tout perdre par un moment d'hésitation, par une demi-mesure.

Ce fut là précisément ce qui causa la ruine de Christian; lorsqu'il commençait une entreprise, c'était presqu’avec emportement et violence ; mais bientôt fatigué, il ne la poursuivait plus qu’avec dégoût ; il prenait des moyens termes, ou négligeait ceux qui pouvaient lui assurer le succès, après avoir soulevé contre lui de violentes oppositions, et s'être fermé par des crimes tout retour en arrière. Ses projets étaient gigantesques , mesurés à ses forces. Il voulait détruire l'influence du clergé et des nobles, relever les bourgeois et les paysans, anéantir le commerce des villes anscatiques, acquérir le Holstein , ravnquérir la Suede, mais avant tout dominer en maître absolu. Pour arriver à des buts si divers, il ne répudia jamais la ruse, ni le meurtre. L excommunication de la Suède par le pape lui servit de prétexte pour ordonner les massacres de Stockholm, alors même qu’il favorisait la réforme en Danemark. Dans le même temps où il était en correspondance avec Luther, et qu’il invitait Carlstadt à venir à Copenhague, il écrivait au pape pour faire canoniser deux nouveaux saints. Enfin il nomma l'infame Dietrik Slaghôk , archevêque de l.und , et le fit brûler plus tard, en présence d'un légat du

pape , comme auteur des attentats de Stockholm.

Toutefois son adresse ne lui réussit pas toujours aussi bien. Pour abattre la noblesse eu Danemark , il s’était appuyé sur le peuple : c'était un appui encore trop faillie. Christian s’en aperçut bientôt. Des le commencement de 1523 . le conseil des nobles du Danemark le déclara déchu de la couronne.

Ce décret lui lit perdre tout courage ; il n'essaya même pas de résister, et s'embarqua à la hâte avec sa famille et ses trésors (20 avril).

Christian avait eu l'intention de faire servir la réforme à ses projets, mais il n'en eut point le temps. Gustave fut plus heureux et plus habile, il sut se rendre maître du mouvement de la réforme, pour le diriger à son gré. Niais la ruine du clergé catholique ne servit pas seulement à accroître l’autorité royale. Gustave , qui songeait aussi aux besoins moraux du peuple, consacra une |Kirtie des domaines du clergé à l'établissement de nombreuses écoles, qui répandirent de bonne heure l'instruction parmi le peuple. Aujourd'hui encore la Suede est peut-être avec l'Êcosse le pays de 1* Europe où il y a le moins d'ignorance dans les basses classes.

L’avenir qui se présentait à Gustave, lorsque, après s'être rendu maître de la capitale, il fut nommé roi de Suede, était cependant bien triste.

Ainsi que Stockholm, la plus grande partie du royaume était dépeuplée et en proie à tous les maux. I.a noblesse ou les grands propriétaires s'éta:ent rendus maîtres des domaines de la couronne, que l'on avait confiés à leur administration , tant qu'avait duré l'I.nion. La Suède était prête à se démembrer en une foule de petites souverainetés, presque indépendantes ; ce qui réduisait le plus souvent les rois à recourir eux-mêmes à l'arbitraire, l e haut clergé se trouvait presque dans la même situation que la noblesse, avec cette différence qu'il était disposé à sacrifier aux étrangers l'independance nationale, et que par conséquent il était eucore plus liai du peuple. Sa

conduite à l’égard de Christian lui enleva ce qui lui restait encore d'influence. Toutefois il possédait matériellement une grande partie du royaume.

G ustave devait son trône à la démocratie et aux paysans, qui depuis Kngilbert avaient repris les armes; mais u était bien dangereux de se confier entièrement à cette classe, dans laquelle l'esprit provincial et les souvenirs de l'ancienne constitution fédérale provoquaient sans cesse des résistances à toute mesure d'intérêt général, et dont l'orgueil, accru par les succès de Gustave, éclatait à la moindre occasion en révoltes ouvertes.

Gustave lui-même eut plus d'une fois à combattre ses anciens amis, les paysans de la Dalécarlie.

A l’extérieur l'embarras n’était pas moins grand; le nouveau roi de Danemark n'abdiquait point les prétentions de son prédécesseur sur la couronne de Suede; et quand même il n'aurait pas songé à les soutenir par les armes, d'autres motifs pouvaient rallumer la guerre entre les deux royaumes, qui se disputaient l’Ile de Gothland et quelques provinces frontières de la Norvège. Enfin Christian était en Allemagne , attendant une occasion favorable pour reconquérir ses royaumes, et sollicitant la puissante protection de son beau-frère Charles-Quint. Lulieck était encore l’alliéede G ustave ; maiscette république, ne consultant que son égoïsme mercantile, ne cachait guere qu’elle appuierait toujours celui qui lui assurerait le plus de privilèges, et déjà elle déclarait hautement qu'elle abandonnerait le parti de Gustave pour embrasser celui du nouveau roi de Danemark , si l'on ne confirmait pas sans délai et à son profit les anciens privilèges que , pendant le moyen ége, la ligue anséatique avait su obtenir.

Il fallut eeder nu risque d'appauvrir le pays, et le mettre iniur certaines denrées dans la dépendance de cette grande ville commerçante.

Le seul pays ijui tenait encore pour Christian était I Ile de Gothland , dont la possession était depuis long-temps

Di

byGoc

SUÈDE

un sujet de contestation entre les couronnes de Suède et de Danemark. Cette île importante pour le commerce avec la Russie, et célèbre par la colonie de marchands allemands établie à AVisby, sa capitale j avait d'abord été dans l’alliance plutôt que dans la dépendance de la Suède. Sous le règne de la reine Marguerite elle passa au Danemark , après avoir été pendant quelque temps entre les mains des chevaliers de l'Ordre Teuton.que ; mais la Suède ne se désista jamais de ses prétentions , et file resta un objet continuel de disputes.

A l'époque où nous sommes arrivés, son importance commerciale avait bien diminué, mais sa situation, comme position militaire, était tr p favorable pour que Gustave fit aisément l'abandon d’une Ile d'où ii pouvait inquiéter tout le commerce de la Baltique. Gustave, parvenu au trône , aurait bien voulu donner son attention aux affaires intérieures, eté.viter tout oeqtii pouvait amener des contestations avec le Danemark, mais les seigneurs suédois, craignant déjà l'activité du nouveau roi et pressentant ses desseins, le poussaient a une entreprise qui devait l'occuper trop sérieusement pour qu'il pdt songer à rien tenter contre eux. De plus, l'influent évêque de Linkopingne voulaitpasquel’île de Gothland restât plus long-temps séparée de son diocèse , et d'un autre côté, les Lubeckois, dont le commerce souffrait des pirateries de Norby, l'amiral de Christian, qui s’v *t*»t établi , mettaient tout en œuvre pour faire entreprendre aux Suédois une expédition contre l'ile.

Gustave dut céder : il confia la direction de l'expédition à Bernard de Melen, clievalier allemand , qui du parti de Christian avait passé a celui de Gustave, et avait épousé une des cousines de cenrince. Bernard ne prit I Ile que pour la rendre au roi de Danemark, puis il retourna au parti de Oinstian , son ancien maître , et leva le drapeau de la révolte en Suède. Ce ne fut qu'après beaucoup d'efforts que •on parvint à le chasser de Calmar, ou il soutint un siège opiniâtre, v La guerre entre Gustave et Frédé-

rïk , roi du Danemark , fut cette fois suspendue par la médiation des Lubeckois , qui voulaient donner quelque reposa la Suède, pour la mettre en état de payer les sommes qu'elle leur devait. Gustave rendit au Danemark la province de Rlekingen , et Frédérik renonça à toute prétention sur la couronne de Suède; ladiseussinn des contestations relatives à l'île de Gothland fut renvoyée à des négociations ultérieures.

Au reste, la révolte de Melen se rattachait au projet que l’on avait de rétablir les Sture et plus tard Christian. Un effet , peu de temps apres le couronnement de Gustave, le parti des Sture, ou de la démocratie, fit un accord avec celui du roi déchu. Séverin Norbv devait épouser la veuve de Sten Sture le jeune, et régner avec l'autorisation et sous un lieutenant de Christian. Le jeune fils- de Sten étant venu à la cour de Gustave, on répandit le bruit dans le pays qu’il y était retenu prisonnier. Le roi le renvoya à sa mère, mais comme il mourut peu de temps après , on prétendit qu'il avait été empoisonné. A cette époque et même avant la mort du jeune Sture, on vit paraître dans les montagnes un personnage qui se faisait passer pour ce eune homme, et qui est connu dans 'histoire sous le nom du faux Sture.

(>t aventurier trouva des partisans, fit des actes d'autorité royale, et frappa même monnaie à son effigie.

Ces diverses tentatives furent appuyées par le clergé, qui avait toujours su profiter des désordres amenés par' l’Union et les guerres civiles. Pour le malheur de la Suède, les partis tournaient toujours les yeux vers l’étranger , dont le premier soin était de rattacher à sa cause le clergé qui , pour prix de son alliance, demandait et obtenait toujours d'immenses concessions. D’tin autre côté, comme possesseurs de fiefs et de domaines considérables, les prélats formaient la portion la plus influente de l’aristocratie; dont ils embrassaient généralement les intérêts. Aussi le parti patriote et démocratique s'était-il accoutumé a

les regarder comme ses plus redoutables adversaires; Kngelbert les avait menacés; Charles, fils de Canut, et les Stores n'avaient cessé de lutter contre leur prépondérance. Quant au clergé inférieur et régulier, il s’était fait mépriser par ses mœurs licencieuses et violentes.

Tel était l’état de l’église suédoise quand les doctrines de la réforme commencèrent à trouver accès dans le pays. A cette époque le parti national, ennemi du clergé, triomphait et régnait sous le nom de Gustave "Wasa. Le nouveau roi. qui gardait le souvenir du mauvais vouloir des évêques à son égard, devait nécessairement chercher à affaiblir la puissance d’un corps si hostile au nouvel ordre de choses. La ruine de l’aristocratie seigneuriale devait entraîner celle de l’aristocratie épiscopale. Laisser subsister l’une quand l’autre était détruite, c’eût été vouloir éterniser les troubles de la Suède. On ne saurait trop admirer l’habileté que Gustave déploie dans cette lutte. Toutes les fois qu’il engage le combat, il débute par un conflit de peu d’importance ; mais sa confiance et sa force s'accroissent avec la résistance qu’on lui oppose, il marche avec persévérance vers son but, sans toutefois se laisser emporter à aucune démarche éclatante qui révèle trop tôt scs desseins, et puisse les compromettre.

En 1519, deux ans après la révolte du moine de Wittenberg, les frères Olaüset Laurence Pétri, élèves de Luther, revinrent d’Allemagne en Suède, et y prêchèrent la nouvelle doctrine, bien qu’ils eussent été devancés par un bref du pape Adrien II , ordonnant l'institution de l’inquisition : « Dcputentur inquisitoires hseretiœ pracitatis. » Le roi ne laissa pas de les prendre sous sa protection. « Vous savez , » écrit-il à l'archevêque Brask, » qu’il est de notre dignité de protéger tous nos sujets. » En 1524, il refusa de prohiber l'introduction des livres de Luther, avec lequel il était en correspondance, «car, dit-il, dans cecas il serait équitable de supprimer également ce qu’on a écrit contre Luther. »

Deux ans apres, il défendit la publication des brefs du pape , comme excitant à la révolte : cetait presque se déclarer contre Rome. Bientôt il fit un pas de plus. Olaüs Pétri fut nommé ministre à Stockholm, et son frère Laurence professeur à Upsal. Leurs prédications, et surtout celles du premier, ne le cédaient en rien à celles de Luther, pour la hardiesse des attaques.

» Ce maître Olaüs , écrivait l'évêque Brask en 1523 , à l’un de ses confrères, s’attaque surtout aux décrets de la sainte église romaine et à la liberté ecclésiastique, dans le but de réduire l’église actuelle à l'état de mendicité auquel était réduite l’église primitive.» On voit quelles étaient parmi les doctrines de la nouvelle hérésie celles qui inquiétaient le plus les prélats. Ils avaient grandement raison de craindre pour leurs biens; car le vieux chancelier Laurence Andrea', élevé à Rome, mais depuis peu fervent réformiste, répondit aux moines de IVadstena :

» (Juando dicimtts ecclesiæ pecuniam , quiet atiud quant pecuniam ropi’Li dicimusf

A cette époque, les disputes publiues sur des questions religieuses taient à l’ordre du jour en Allemagne.

On se rappelle celle qui s’engagea entre Luther et Eck, et qui dura pendant trois jours. Gustave fit tenir, en 1524, un tournoi théologique de ce genre à Upsal, entre Olaüs et le docteur Pierre Galle, et il fit résumer les débats en douze questions , qui devaient être proposées à un concile national. Nous croyons devoir donner ici ces questions, parce qu’elles résument admirablement toute la lutte de la réforme contre les doctrines romaines :

f Doit-on admettre les doctrines des saints Pères et la tradition de l’Eglise, lorsque les saintes écritures ne les confirment pas?

2° Notre Seigneur J. -C. a-t-il donné aux prêtres, au papp, aux évêques, etc., un pouvoir sur l'humanité autre que celui de prêcher la parole de Dieu; et ceux qui ne remplissent pas ce devoir, sont-ils dignes de la prêtrise?

3° La question a' nsi posée, com-

SUÈDE

met-on un péché lorsqu’on ne se conforme pas aux préceptes de ces prêtres ?

4° Ont-ils le droit de séparer de Dieu par l'excommunication un membre de l’Église, et de le livrer au diable ?

5». Le règne du pape et de ses partisans est- il pour ou contre le régné de.l.-C.?

6° Peut-on servir Dieu autrement qu’en vivant selon ses commandements , et tout le reste n’est-il pas de l'invention des hommes?

7° L’homme peut-il être sauvé par son mérite , ou seulement par la grâce et par la miséricorde de Dieu ?

8“ L’institution des couvents est-elle basée sur quelque passage des saintes écritures?

9* lin homme a-t-il jamais eu le pouvoir de donner au sacrement du pain et du vin une autre forme que celle que J.-C. lui-même a prescrite?

10“ Doit-on reconnaître d’autres révélations que celles qui se trouvent mentionnées dans la sainte écriture?

1 1° Est- il un passage de la sainte écriture qui parle du purgatoire?

12» Doit-on vénérer et adorer les saints, et sont-ils nos défenseurs, patrons , médiateurs ou négociateurs auprès de Dieu ?

On voit que dans ces questions se trouve toute la réforme , et la manière hardie dont elles sont posées indique beaucoup plus l’élève fervent de Luther que l’homme politique. Peutêtre le roi croyait-il nécessaire d’intimider le clergé , en lui montrant jusqu’où cette lutte pouvait conduire.

Mais le clergé croyait pouvoir faire chasser ce roi comme tant d’autres, et suivant l’usage des corps privilégies, il aima mieux tout perdre que d’abandonner ses anciennes prétentions. D'ailleurs l'évêque Brask disait:

Sententia vu/gi nos! ri Jaci/e solet rariari. Il pouvait avoir raison; mais Gustave fut plus habile que lui à profiter de cette dis|>osition du vulgaire.

Ce Jean Brask, évêque de ï.inkôping, et un faible vieillard, Ingemar, évêque de AVexice, étaient seuls en possession de la tiare à l'avènement

de Gustave : les autres sièges se trouvaient alors vacants. Toutefois, cette circonstance, en apparence si favorable aux projets réformistes du roi , ne lui fut d’aucune utilité; car ses amis, une fois nommés évêques, prirent aussitôt les intérêts de leur ordre, et enlevèrent au roi une partie de l’iufluence qu'il exerçait sur le peuple.

Nous avons déjà dit qu'a l’avénement de Gustave, l’état se trouvait dans la plus grande pénurie, et accablé de dettes énormes. Comme dans cette situation critique il fallait encore se préparer à des expéditions coûteuses, le roi, qui ne craignit pas d’envoyer sa propre argenterie à la monnaie, ne crut pas devoir respecter davantage celle des églises. 11 s’excusa toutefois de recourir à ces mesures extrêmes, tantôt affirmant les larmes aux veux que ces exactions ne pouvaient déplaire a personne plus qu’à lui, tantôt déclarant avec une grande fermeté que, dans le besoin général, tout honnête homme devait reconnaître qu’il ne pouvait, quels que fussent ses privilèges, se soustraire aux sacrifices que s'imposaient ses concitoyens.

Pour” comble de malheur, une disette survint, et le peuple commença à murmurer et à prêter l’oreille aux* déclamations du clergé, où tous ces malheurs étaient représentés cojnme une punition envoyée par le ciel à un peujde qui souffrait un roi hérétique. Ce n’était là qu’un côté du danger; Gustave avait encore à lutter contre ceux qui , enivrés par l’esprit novateur , le poussaient a des extrémités périlleuses.

lvn 1524, deux prédicateurs anabaptistes, Melchior Hink et knippendalling, plus tard exécuté à Munster, avaient mis en émoi toute la ville de Stockholm, et surtout la population allemande, par une explication de l’Apocalypse. Les couvents et les églises furent saccagés, les images jetées dans la rue, etc. Olaüs Pétri, qui n’était pas doué de la fermeté de Luther, n’osa résister à ce mouvement ; mais le roi le réprima sévèrement, chassa du pays les auteurs de ces troubles,

L’ÜKIVERS.

sévit contre tes prédicateurs, qui pour le plupart étaient des moines échoppés de leurs couvents, et qui scandalisaient le pays par leur vie dissolue, et enfin recommanda à tous la plus grande modération, déclarant que son intention n’étnit nullement d'introduire une nouvelle foi, mais seulement de faire cesser les abus.

("est dans ce môme temps qu’eurent lieu ces tentatives de Séverin Norby, dont nous avons déjà parlé. Quelques prélats crurent qu’ils pourraient persuader aux paysans mécontents de s’allier à lui ; mais ils ne purent réussir, deux évéques qui s’étaient trop avancés , se virent contraints de s’enfuir en Norvège. Mais Gustave obtint le,ur extradition , et en dépit d'une protestation des autres prélats , qui voulaient qu’on les renvoyait devant un tribunal ecclésiastique , il les Gt condamner par le sénat, affirmant qu'il ne pouvait y avoir de privilège pour des criminels. Ils furent exécutés en 1527, après avoir été l’objet de ces insultes honteuses auxquelles, dans de pareilles ci ' constances, la populace des grandes villes se livre avec fureur, et que l’esprit de parti ne manque jamais d’imputer à ceux qui gouvernent.

Dans la même année et par suite d’événements que nous allons bientôt faire connaître, l’évêque Brask, qui commençait à voir à quel roi on avait affaire , s’éloigna clandestinement du royaume, et en lui le parti de l'enlise catholique perdit son plusfermcnppui.

Membre de l’aristocratie , il avait su conserver des sentiments modérés et patriotiques. Dans les premières années de la révolution, il avait entretenu avec Gustave une correspondance suivie, où celui-ci, qui n’était encore qu’administrateur du royaume, est appelé par lui, « mon cher Gustave, » et où Gustave donne toujours à l’évêque le titre de « monseigneur. • Il se flatta doncq elque temps de |>ouvoir diriger le jeune monarque qui lui avait montré tant de déférence; mais il lui fallut bientôt renoncer a cette illusion.

Cet évêque était un homme instruit et connaissant bien les besoins de son

époque. On rapporte de lui qu'il avait envoyé en Allemagne et en Italie le docteur Pierre Bénédiet, avec la mission de ramener en Suède des fabricants de verre et de papier , d'étudier l’exploitation des mines de cuivre et de fer, et d'apprendre à manipuler .dans les pharmacies. En outre, il lui avait enjoint d’aclietpr des livres, non pu»

seulement des bréviaires, mais plutôt des livres de jurisprudence et des poètes italiens, « car, dit-il , in tirbe Jiomana on vend aussi des tractatus italici rimés, comme par exemple Inamoramentum Karoli Magni, t namoramentum Jlena/di cet Orlandi, etc. » Pour bien comprendre l'importance d’un tel homme pour le parti catholique, il faut se rappeler qu'en Allemagne, la lutte entre les réformateurs et les ultramontains était en même temps une lutte entre la littérature renaissante et l'obscurantisme, et que plusieurs des plus fervents d'entre les réformateurs, lllrik de llutten à leur tête, n'envisageaient la lutte que de ce côté. Brask comprit qu'il ne pouvait plus être utile à la Suède, et que d'ailleurs il n’y saurait y garder une position qui convînt à soii ôge et a ses relations antérieures avec Gustave; car il ne pouvait plus se méprend resur les intentionsdu prince:

l’archevêque d’bpsal ayant dit au roi dans un festin : Notre Grâce boit à la santé de votre Grâce , Gustave lui avait répondu : « Il n'y a fias dt place pour deux grâces sous vu même toit. »

Olaiis Pétri avait donné aux prêtres l’exemple de la renonciation au célibat. Bientôt, la messe en latin fut abolie à Stockholm par décision du conseil communal. Le roi lui-même parut à la foire d’I psal . et , monté sur son cheval, harangua le peuple, pour le r.onvain re de l’inutilité de l'office en latin et des couvents, auxquels les paysans tenaient encore fortement. Il Gt traduire la Bible en suédois, pour prouver qu’il n'al olissait rien qui pif t s'appuyer sur elle, et d’un autre côté il intéressa toute la noblesse à la suppression des couvents , en procla-

SUÈDE

Si

niant ce principe que les héritiers des fondateurs avaient le droit de se faire restituer les fondations. Fort de l'assentiment de la noblesse, il supprima sans ménagement la juridiction des evéques, en s’appropriant leurs privilèges et ceux du saint-siège.

Os mesures violentes , Gustave les prend dans un moment où il se vo^t de toutes parts entouré de révoltes. Dans la résistance qu’il oppose a celles-ci, il se montre véritablement un homme supérieur : toujours il commence par des négociations avec les révoltés , mais il ne Nuit jamais que par des châtiments. Kn l.sant ses lettres, on ne sait s'il prie, s'il cherche à persuader, ou s'il commande; niais il réussit toujours. Aucun retard , aucune difficulté ne le rebute , il écarte tout, il discute les moindres questions, et à la lin ceux mêmes qu'il a vaincus sont persuadés de son amour pour la justice.

Mais cette guerre d'escarmouches contre les abus, contre les prêtres, contre les n< blés, n’avançait pas beaucoup les affaires de Gustave. Sa force augmentait, il est vrai, chaque jour, niais il fallait en finir d'une manière éclatante avec toutes ces prétentions

tfil combattait depuis si long-temps.

I résolut de le faire dans une assemblée générale où il paraîtrait n'avoir consulté que les voeux du peuple. Il fit donc ptihl er, qu'au commencement de l'année 1527, une grande assemblée se réunirait à \V esteras , pour délibérer sur l’état du royaume. L'assemblée fut nombreuse: on y vit quatre évêques, parmi lesquels se trouvait Brask , qui ne quitta le royaume qu'à la suite de ces événements, quatre chanoines qui représentaient deux autres evéques, quinze sénateurs, cent vingt-neuf nobles, trente-deux bourgeois, quatorze montagnards et cent cinq paysans : les Dalécarliens seuls ne parurent pas. Au repas, par lequel on ouvrit la diète, les sénateurs furent placés a i-dessus des évêques, et aussitôt ceux-ci signèrent secrètement une protestation contre tout ce que le roi entreprendrait au préjudice de I église.

Le lendemain, la session fut ou-

verte par un exposé de l'état des af* faires, qui fut lu par le chancelier; celui-ci y rappelait tout ce que le roi avait fait pour le royaume, ajoutant que Gustave, bien que jeune encore, ne connaissait que trop jusqu'où pouvait aller l'inconstance populaire, et que s’il avait accepté le titre de roi, c’était uniquement dans l'intérêt de l'état; quedepuis il s’en était souvent repenti , ne sachant comment gouverner un peuple qui menaçait de se révolter toutes les fois qu’il voulait supprimer quelque abus ; que la conduite des Dalécarliens en particulier ne se pouvait plus long -temps souffrir, et que bien qu’ils eussent les premiers soutenu le roi , ils n'avalent CP|>endnnt pas tout fait; que jamais le roi ne céderait à leur prétention d’imposer leur volonté nu royaume, et de traiter les habitants des autres provinces comme des serfs; qu'il é ait temps de mettre un terme à ces révoltes qui éclataient toutes les fois que le roi demandait de l'argent pour payer les dettes contractées envers l'étranger; que ce n'était pas avec des révoltes que l'on s'acquitterait envers Lubeck; que, du reste, on avait ctran-

f 'entent calomnié le roi nu sujet de a religion, qu'il ne désirait que le bien de l'église; que si l'on voulait un gouvernement, il fallait aussi lui donner les moyens d’exister; que la manière de faire la guerre avait changé et exigeait plus d'argent ; que toutes les recettes étaient considérablement diminuées; qu’elles ne s'élevaient plus qu’a 2-1,000 marcs, tandis que la dépense montait au-delà île 00,000 ; qu'il fallait porter remède à un tel état de choses , quel que fdt du reste le gouvernement que la Suède voudrait se donner.

Après cette lecture, le roi demanda une réponse aux nobles et aux évêques, et personne n'osant parler, Rrask dit qu'il savait parfaitement devoir obéissance au roi , mais qu'il devait aussi obéissance au pape, et que. sans l'autorisation du souverain pontife, il r.e pouvait consentir à aucun changement dans le dogme, ni à aucune ilimi Q itiou dans les revenus de l'église. Le roi

demanda aux seigneurs si cette réponse avait leur assentiment ; le grandmnréchnl répondit qu’il ne savait rien de mieux. *> Alors, s’écria Gustave, « cherchez un autre roi. Je ne m’é- « tonne plus des troubles qui s’élèvent « parmi les paysans, si tels sont les « sentiments de la noblesse; je ne m’é- « tonne plus que le peuple vous impute « la pluie et les tempêtes. Vous vou- « lez vous soumettre aux créatures du « pape? permis à vous de le faire. Vous « voudriez bien aussi que la hache fût « posée sur mon cou; mais personne « de vous n’ose en lever le manche.

« Allez , le plus malheureux des daini> nés de l’enfer ne voudrait pas être « votre roi. Songez à inc décharger « du gouvernement, et à me rendre « ce que l’état me doit , car pour moi , « je suis disposé à quitter pour tou- « jours une ingrate patrie. » A cesmots il sortit de la salle en pleurant.

La consternation fut générale, et ce jour-là personne n’osa émettre un avis : il en fut de même le lendemain. Le peuple, qui se prononce toujours pour ceux oui agissent avec fermeté, revint bientôt à Gustave. « Après tout, disaient les paysans, te roi n'a jamais fait tort à personne. Que les nobles se hâtent de déclarer ce qu’ils veulent. » Les bourgeois allèrent plus loin encore, ils protestèrent de leur lidélité au roi , et le clergé se v it forcé de déclarer qu’il ne voulait pas être protégé d’une manière qui pdt nuire aux intérêts du royaume. On v oulut entendre encore une fois Olaiis et le docteur Galle sur les questions religieuses, mais, comme le peuple devenait plus pressant, les seigneurs se décidèrent le troisième jour à envoyer une députation près de Gustave pour le prier de garder le gouvernement.

Le roi, qui depuis son discours s’était tenu tranquillement renfermé dans le château , n’accepta que le quatrième jour, après avoir refusé trois fois. Quand il parut en public, il fut accueilli avec le plus grand enthousiasme, et toutes les propositions du gouvernement furent acceptées par acclamation. Dès lors disparaît entière-

ment le pouvoir politique des évêques.

Brask , le plus distingue d’entre eux, quitta peu de temps après le royaume.

Par le recez de Westeras les états s’obligèrent à repousser toute révolte, et à protéger le gouvernement établi contre ses ennemis, à l’extérieur comme à l’interieur. Ils reconnurent au roi le droit de réunir à la couronne les châteaux forts des évêques, de fixer le traitement du cierge, et de prendre une résolution définitive en ce qui concernait les couvents. Ils décidèrent que la noblesse pourrait réclamer les biens tombés en main 1 morte depuis l’an 1454; et qu’enfin les prédicateurs enseigneraient la parole de Dieu dans toute sa pureté.

Par quelques articles additionnels, il fut convenu que les évéques conserveraient le droit de présenter les curés au roi, à qui appartiendrait la nomination; que les prêtres seraient soumis à la justice séculière, et que l’évangile serait lu et étudié dans toutes les écoles.

Ces différentes mesures furent à peine connues , qu'on les mit aussitôt en vigueur. Gustave , après s’être fait couronner solennellement, invita les Dalécarliens, encore révoltés, à une entrevue. Ceux-ci, croyant que le roi viendrait seul, comme autrefois, sc rendirent sans crainte à l’endroit indiqué, et se virent aussitôt entourés d’une armée de 14,000 hommes, en sorte qu'il ne leur resta plus qu'à livrer leurs chefs.

Ainsi , le calme était rétabli ; mais ce ne fut pas pour long-temps. Nous verrons pendant soixante-dix ans encore des révoltes continuelles, résultat inévitable de l’agitation produite par la réforme et par la nouvelle constitution de l’état. En effet, cette constitution ayant détruit l’inlluence de l'aristocratie nobiliaire et du clergé, les deux pouvoirs restants, la démocratie et la royauté, se livrèrent un combat acharné , pendant lequel le parti des seigneurs eut le temps de reprendre de la force. De son côté , le cierge n’usa de ce qui lui restait d’influence que pour indisposer le peuple

SUEDE

des campagnes contre les innovations religieuses, et la bourgeoisie des grandes villes fut toujours mécontente de ne pas voir pousser plus loin les réformes commencées. Le roi aurait bien voulu asseoir la réforme sur une instruction populaire plus solide; mais les moyens d'eilairer le peuple manquaient, au point que Gustave lui-méme fut obligé de s’adresser à Luther alin de trouver un précepteur pour son fils.

Ture, fils de Jôns, lagman héréditaire de la 'Westrogothie, et le seigneur le plus riche de cette province, avait une grande influence parmi les nobles. Quoique Gustave I edt comblé de bienfaits et de dignités, c’était lui qui, à la diète de \V esteras, avait avec le plus de force défendu les intérêts des évêqups. La diète terminée, il rentra dans sa province, dont Gustave l’avait nommé gouverneur, et là il s’opposa à la publication des résolutions de AV esteras. Iji perte d’un procès qu’il eut à soutenir pour des intérêts privés contre la famille du roi, était venue mettre le comble à son mécontentement.

Mais cette révolte prouve mieux que tout autre fait combien la puissance de la noblesse et du clergé avait été ruinée par les massacres de Stockholm et par le recez de AV esteras. On ne voit plus, connue autrefois, ces corps privilégiés lever hardiment l'étendard de la révolte, et tous les mécontents des classes inférieures s’empresser de s’y rallier; désormais, on se contente d’exciter sourdement le peuple , de semer partout de secrètes accusations contre le roi, en un mot, on est réduit à combattre dans l’ombre.

Au printemps de l’an 1529, Ture entra en correspondance avec les paysans révoltés du Smaland , qui venaient de tuer Pavoyer du roi , et qui retenaient sa sœur prisonnière. Il les engagea à écrire aux habitants des autres provinces, envoya lui-même son fils en Norrlaml , et dans sa propre province de AVestrogothie, et réussit enfin à soulever les paysans; mais lorsqu'il crut le moment arrivé de déclarer ses projets, et qu'il se mon-

tra dans l’assemblée des AVestrogoths pour proposer le choix d’un nouveau roi , annonçant que le pape allait délier les Suédois du serment prêté à Gustave, il s’aperçut combien il s'était trompé dans ses calculs. En effet, sa proposition fut unanimement rejetée, et, comme toute proposition hasardée qui ne réussit pas, elle fit échouer le plan tout entier.

Gustave, comme on devait s’v attendre, profita habilement de ces circonstances. Après avoir réclamé la médiation des provinces fideles, il écrivit aux révoltés dans les termes les plus modérés, promettant amnistie pleine et entière, et toutes les garanties possibles, mais du reste déclarant que rien ne pouvait être changé au recez de AV esteras. Ces mesures eurent le résultat désiré, bientôt, Ture se vit obligé de se réfugier avec scs partisans en Danemark , et son fils fut livré au roi. Quelques seigneurs, complices de Ture , croyant que leur connivence avec celui-ci n'était pas connue, se rendirent hardiment à Stockholm; mais Gustave les fit aussitôt arrêter et traduire devant la diète, où il se présenta lui-même, comme partie plaignante, et les lit condamner à mort.

Les révoltes qui se succédaient presque sans interruption, avaient jusqu'ici retardé le paiement de la dette rontraetéc avec Lubeck. On recourut enfin à un moyen dont le Danemark avait déjà donné l'exemple, et auquel on a également recouru en France, dans un moment où le salut de l'etat exigeait et justifiait une pareille mesure. On enleva une cloche à chaque église, et la maison des Fugger d’Augsbourg, les Rothschild du XAT' siècle, se chargea , moyennant ce dépôt , de fournir l’argent dtl aux Lulieckois.

Mais les paysans de presque toutes les provinces sc soulevèrent. • Le temps des paysans est venu , » dit alors Gustave, « le mien viendra plus tard ; » et contraint de dissimuler, il ne trouva d’autre moyen de les apaiser que de nommer les chefs de la révolte ses lieutenants.

L’UKIVERS.

SS

Pour conserver la paix intérieure, Gustave aurait consenti à de plus grands sacrifices , car le pays était alors sérieusement menacé. En effet, Christian , roi détrôné de Suède et du Danemark faisait à cette époque la dernière (tentative dont nous avons parlé plus haut. Tous les émigrés suédois s'étaient réunis à lui , et selon l’habitude des émigrés de tous les temps et de tous les pays, ils ne lui avaient parié que de la facilité avec laquelle on pourrait effectuer la conquête de la Suède; niais ni leurs intrigues , ni leurs armes ne purent obtenir le moindre succès: Christian fut fait prisonnier, après s’être vengé sur Ture, qu'il lit mettre à mort , du mauvais succès de ses folles espérances ; et le résultat de cette imprudente entreprise fut une alliance intime entre Gustave et le roi Frédérik de Danemark.

La paix extérieure rétablie, le roi n’eut pas de peine à soumettre les Dalécarliens, qui commençaient à se lasser de ces troubles continuels. Ils se virent forcés de livrer leurs chefs et de faire l'abandon de leurs privilèges.

Quelques années plus tard une tentative des I.ubeckois échoua également, et délivra pour toujours les cours srandinavesdes intrigues de ces marchands présomptueux , dont une démocratie turbulente minait intérieurement la puissance.

Ce n'est pas que depuis cette époque Gustave n ait plus eu à combattre aucune révolte; mais celles qui suivirent, et surtout In plus dangereuse, celle desSinalandais, sous la conduite d’un paysan nommé Dake, eurent un caractère tout-à-fait différent; si les premières eurent quelque ressemblance avec l’ancienne Vendre, les dernieres pourraient être comparées à la chouannerie. Les révoltés se cachent dans les forêts , n’en sortent que pour massacrer les curés mariés, ou pour se livrer au brigandage, et sont repoussés par tous les gens de bien, quel que soit d'ailleurs le parti politique auquel ces d< rniers appartiennent.

A dater de 154S, ces derniers mouvements disparaissent à leur tour , et nous pourrons désarmai parler du ouvernement intérieur et des mœurs e cette epoque. Mais d’abord nous jetterons un regard sur les suites immédiates de la réforme relativement au clergé.

I.es évêques protestants se trouvant délivrés de l’autorité du pape, et entourés de partisans zélés, auraient pu devenir puissants, si les princes ne s’étaient pas aussitôt emparés de l'autorité suprême en matières religieuses ; tentative singulière qui réussit dans presque tous les états protestants , et qui modifie singulièrement les idées que l'on s'est faites long-temps sur les principes de la réforme. De nos jours en effet, les historiens, sans cesse préoccupés d’intérêts politiques, ont tout à fait oublié que la question du . XVI* siècle était avant tout une question religieuse, une question de. conscience et de l'autre vie, et què la question politique ne fut que secondaire.

En parlant de l’Allemagne, nous aurons occasion de développer cette idée, nous nous bornerons ici à donner un extrait d'une lettre que Gustave écrivit en 1540 aux paysans uplandais, et qui pourra paraître étrange à ceux qui ne veuleut voir dans la réforme que l'émancipation politique des niasses :

« Vous prétendez, leur dit -il,

« être plus savants que nous et que « d'autres personnes sages; vous ai- « niez mieux vous faire diriger par « des traîtres d'évêques et de papistes » que par la parole du Dieu vivant et « par l’Evangile. Mais il n’en sera « point ainsi. Prenez soin de vos mait sons, de vos champs et de vos prés, « de vos feinni s et ue vos enfants, de « votre gros et de votre menu bétail; b mais ne songez nullement à nous b circonscrire dans notre gouverneb ment et dans les affaires religieuses; b car il est de. notre devoir, de par « Dieu ef la justice, et selon la raison « naturelle , ue vous donner des ordres « et des réglements , comme il conb vient à un roi chrétien. En sorte

SUEDE. • S9

« que si vous ne voulez pas encourir « notre disgrâce et une punition sé- « vère, vous obéirez à nos ordres « royaux, tant dans les affaires mon- « daines que dans celles de la reli- * gion. •

Voilà le pouvoir royal, tel qu’il est sorti de la uestruction’des institutions du moyen dge; le voilà dans toutes ses prétentions! Et cependant le roi qui écrivit cette lettre était le premier de sa race, et la royauté n’etait pas même encore héréditaire dans sa famille ! On nous pardonnera d’entrer encore dans quelques details sur le nouveau droit public qu’il établit en théorie, bien que dans ses actions il ait toujours montré la plus grande modération et la justice la plus scrupuleuse; notre seul but est de bien faire connaître l’époque.

En 1540 , les membres de la diète jurèrent, en posant les d igts sur l'épée du roi , de conserver la couronne à ses fils. Ce ne fut qu’en 1544 que la couronne fut déclarée héréditaire dans sa famille : dès lors seulement on peut considérer son pouvoir comme bien assuré, car c’est à peu près a la même époque que les troubles furent définitivement réprimés.

On a vu que par le recez de W esteras le roi obtint le droit de réduire les biens ecclésiastiques, et que la noblesse voulut sa part du butin. (>t ordre usa au-delà de toute mesure des avanta.es qu'on lui avait accordés :

les biens furent comme mis au pillage. Toutefois le roi se fit part de bon; puis il dota de nouveau les églises, et il le (it avec tant de largesse que les revenus des curés suéduis sont encore aujoord hui plus considérables que ceux des curés du reste de l’Europe, l’Angleterre exceptée.

Au reste, il procéda avec beaucoup de réserve et de modération, lxs executions politiques ne furent malheureusement pas rares sous son règne ; mais pas une goutte de sang ne fut versée pour cause de dissidences religieuses. Rarement il déposa des curés.

Il se contentait ordinairement d’adjoindre des substituts à ceux qu’il

croyait indignes, soit à cause de leur attachement au papisme, soit à cause de leur ignorance.

D’apres le conseil de Luther, il ordonna des inspections fréquentes du clergé, et ce n’est pas une des singularités les moins frappantes decétte epoque que l’ordonnance par laquelle les prêtres ignorants furent punis d’une amende.

Au reste, les exemples suivants prouveront combien cette ignorance était grossière : à la question Qitid est Evangelium? un prêtre répondit Est baptismus y un autre avait dit que les chrétiens n avaient pas a s’ocruperde l’ancien Testament, l’original de ce livre ayant été perdu dans le déluge de îSoé.

Les couvents disparurent peu à peu; on leur ôta leurs biens, et lorsqu’ils se plaignaient, on leur répondait de rendre le couvent, comme on rend une forteresse faute de vivres.

Quanta la souveraineté territoriale, le roi la comprit dans le sens le plus large; un jurisconsulte néerlandais, Conrad Peutniger ou de Pvby, l’instruisit des théories qui avaient réussi dans d’autres contrées, et Gustave sut en faire un si bon usage, que lesdroits régaliens furent de son temps, en Suède, plus considérables qu’i.s ne l’ont jamais été ailleurs. Ce Peutniger, simple aventurier, fut le seul homme qui réussit pcndantquelque temps aexereer une certaine influence sur le roi. Il devint grand-chancelier et conseiller intime pour l’intérieur et jvour la guerre. Il organisa une police générale, et tenta de centraliser l’administration ; mais ces formes espagnoles répugnaient tellement à l’esprit des Suédois et a l’activité révolutionnaire du roi , qu’au bout de trois ans il fit enfermer dans un château fort son chancelier, que l’on venait d’accuser de bigamie et de dilapidation des deniers publics.

Ce chancelier fiit, nous le répétons , le seul ministrequi eut quelque influence; les autres ne faisaient, pour ainsi dire, qu'écrire sous la dbtee du roi, qui , doué d’une activité extrême , voula.t être en relation immédiate avec toutes les communautés du royaume,

et haranguait sans cesse le peuple aux foires et aux autres réunions publiques. Une grande partie de son énorme correspondance est aussi adressée aux administrateurs de ses domaines, avec lesquels rl entre dans les plus petits détails.

Son gortt pour les constructions et les défrichements s'accrut avec l’.âge, et finit par devenir une véritable manie. L’agriculture fut le premier objet de ses soins. Il lit tout ce qui était en lui pour la favoriser et multiplier le nombre de ceux qui s'y livraient; il donnait lui-méme l’exemple dans l’administration des biens domaniaux, et ne refusait à personne les conseils et les exhortations. Entre les moyens qu’il employa pour donner une vie nouvelle a l’agriculture et au défrichement du sol, il faut compter une répartition plus équitable de l'impôt foncier.

L’exploitation des mines fut aussi l'objet de sa sollicitude : à plusieurs reprises il fit venir d'Allemagne des mineurs pour rouvrir les mines d’argent abandonnées, et pour introduire un meilleur système dans la fonte du fer, un des principaux produits du sol suédois.

Il est inutile de dire que le commerce ne fut pas non plus négligé.

En effet, nous voyons que Gustave sut profiter de la crise qui, «à cette époque, eut lieu dans le commerce du nord, par suite de l'affaiblissement de la ligue anséatique. Quoique oblige, au commencement de son règne, de ménager les Lubeckois, il entretint des relations avec les Hollandais, leurs rivaux, et en 1542, il conclut avec. François l'r un traité d’alliance et de commerce, qui, en 155S1 , fut renouvelé avec François II, et reçut même plus d'extension.

G’est de cette époque que date cette alliance intime entre la Suède et la France, qui a duré pendant plusieurs siècles. File fut provoquée parla lutte que François rr eut à soutenir contre Charles-Quint.qui à lui seul, comme on l’a dit récemment , représentait toute une coalition, et fondée par Kichers,

le même ambassadeur qui venait d’engager la porte ottomane à embrasser les intérêts de la France contre la maison d'Autriche. Gustave accéda avec d’autant plus de facilité à cette union, que son adversaire Christian était le beau-frère et le protégé de Charles-Quint.

Par ce traité, Gustave. s'alliait en même temps avec le roi d'Ecosse , qui lui permettait d'engager des Écossais à son service. Aux termes de ces traités, protection était assurée aux commercants des deux nations, et le sel de Suède était exempt de tout impôt à son importation en France.

Le traité fait en 1520 avec les Néerlandais, fut renouvelé en 1551, et, dans la même année, un acte conçu dans les mêmes termes fut signé avec l’Angleterre. En 1526 et en 1537 eurent lieu de pareilles transactions avec la Russie, qui permit aux négociants suédois de commercer librement dans toute l’étendue de l’empire, et de rebâtir la factorerie suédoise de Nowgorod. La paix avec le Danemark fut également assurée par des traités.

Mais Gustave ne se contentait pas de protéger le commerce par ses relations diplomatiques, il prenait soin de l’étendre, et de lui ouvrir de nouveaux débouchés; il publia même une instruction pour faire connaître quel genre de denrées serait le plus favorablement exporté dans tel ou tel pays.

Il engagea les négociants suédois à envoyer des navires dans l’Atlantique, et il donna lui-méme l’exemple, en expédiant pour son compte plusieurs cargaisons à Lisbonne et en Hollande.

Les artisans eurent également part à ses soins, et s’il les renferma dans les villes, s'il rendit souvent des ordonnances contraires à nos idées sur la liberté du commerce et des arts, on ne doit |>as oublier à quelle époque il vivait, et l’on doit même avouer qu'elles se distinguaient de toutes celles que l’on rendait alors dans les autresjétatsde l'Europe par une grande connaissance des détails et des localités, ce qui épargnait bien souvent à Gustave les fautes auxquelles la cen-

SUÈDE. 61

tralisation du pouvoir peut donner lieu.,

U ne mesure dont ne paraissent gttere s’être occupés les princes ses contemporains, attira toute son attention:

je veux parler des travaux qu’il fit exécuter pour établir par toute la Suede des routes et des canaux. Ces routes, exécutées d'ailleurs par les communes, et à leurs frais, devaient en même temps faciliter les communications stratégiques, et être protégées par des places d’armes qui serviraient de points de ralliement |>our le ban et la levée en masse. Gustave avait organisé cette levée en masse, mais fut assez heureux pour n’avoir jamais besoin d'y recourir. Ce qui y suppléait, c’était une force régulière qui, a la fin de son régne, montait à 12,934 hommes de pied et 1,379 cavaliers, sans compter la garde allemande ni était de 800 hommes, dont les eux tiers à pied. La solde mensuelle d’un capitaine était à peu près de douze francs, celle d’un lieutenant de dix, et celle d’un soldat de huit; mais on voit que, malgré les défenses du roi , au moyen des congés accordés aux soldats, les capitaines parvenaient à élever leur paie, comme cela se fait encore aujourd'hui en Russie.

I.a marine militaire fut également créée par lui , car jusqu'alors on s’était contenté, en cas de guerre, d’engager des navires marchands pour le service de l’état. Gustave fit venir de Venise des ingénieurs qu’il paya assez libéralement, et qui introduisirent en Suède l’art de construire de grands navires.

Gustave se maria trois fois : sa première femme fut Catherine, fille du duc de Saxe - Lauen bourg ; elle lui donna un fils , Èrik , qui lui succéda.

Cette union , qui ne dura que deux ans, fut peu heureuse. Il en forma une seconde en l.">36, avec Marguerite, fille d'un seigneur suédois : cette princesse entra dans toutes ses vues d’économie, et sut avec une adresse singulière ménager son caractère brusque et impatient. Elle mourut en 1561 , après lui avoir donné cinq fils et autant de filles. Bien qu’il se soit

remarié un an après, c'est surtout depuis la mort de sa chère Marguerite qu’on remarque en lui cette humeur sombre et irascible à laquelle succombent si souvent, dans leurs derniers jours , les hommes politiques dont la jeunesse a été absorbée par des luttes continuelles.

l.e fils qu'il aima le plus fut Jean, le premier-né de Marguerite, auquel il donna en fief la Finlande, province exposée aux incursions des Russes, qui semblaient alors vouloir s’approcher de la mer. Le roi , quoique déjà vieux , devait voir naître de son vivant, entre Erik et Jean, cette inimitié qui plus lard eut des suites si funestes pour la Suède. Érik , le fils aîné de Gustave, attrista les derniers jours de son père. Il ne songeait qu’à louirdu pouvoir que Gustave avait acquis avec tant de peine, et dont il ne comprit jamais ni les conditions, ni les bornes. Brusque, violent, débauché , presque insolent avec son père, il jeta le déshonneur sur sa famille (*). Ayant un jour surpris dans la chambre dé sa propre soeur, Cécile, la plus belle des femmes, le comte Jean de Frise, il fit connaître par ses emportements la honte de sa soeur , et lorsqu'il vit toute sa famille profondément affligée de la publicité, donnée à ce triste événement, il crut remédier à tout , en faisant frapper une médaille qui représentait d'un côté sa soeur Cecile, et de l’autre l’image de la chaste Suzanne.

Quelques Français , favoris d'Krik , surtout Denis Burrey, son précepteur, et Charles de Mornav , baron de Varennes, lui donnèrent l’idée de rechercher la main d'Klisaheth d’Angleterre. Presque toute la Suède partagea cette espérance aussi vivement qu’Èrik lui-même, excepté toutefois le vieux roi, qui ne vit autre chose dans

(*) Gustave sut combattre quelquefois les goûts extravagants d’Krik. Celui lui demandant un jour de» costumes pour une représentation théâtrale : Mon fils, lui réponditil , un prince ne doit aimer d’autre spectacle qu'une reçue de cavalerie.

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tout cela que le désir qu’avaient les favoris du prince de se faire envoyer en Angleterre avec une ambassade pompeuse. Néanmoins le prince Jean avant uni ses instances à celles d'Erik , le roi dépensa plus d’un million pour ces ambassades, que l'adroite reine d'Angleterre ne renvoya jamais avec un refus formel. Seulement, lorsque Erik annonça l’intention de se rendre luimême 'en Angleterre, elle écrivit à Gustave une lettre en latin pour le prier de conseiller à son fils de ne pas faire le voyage. Erik persista et prétendit savoir assez le latin pour pouvoir assurer que l'on avait mal traduit la lettre à son pere. Le roi lui répondit : «Tu ferais bien mieux de son- « ger, en honnête prince, au bonheur « de la Suède , aux devoirs que le peu- « pie suédois t'a imposes par la liante « position qu'il t'a comiée. « Mais peu de jours apres Gustave tomba malade, et sentant approcher sa lin, il convoqua les états du royaume , leur lit ses adieux (*), et reluit les rênes du gouvernement à Erik, qui sc lit aussitôt allouer par les états les fonds nécessaires pour son voyage, et se pressa tellement de partir, qu’une rechute de son père ne put même l’arrêter.

Gustave, pendant les six semaines que dura sa dernière maladie, s’occupa surtout d’idées religieuses. Il lit élargir des prisonniers, pardonna à ses ennemis, et demanda pardon à ceux qu’il avait offensés. Il exhorta ses fils à l’union et à ne jamais s'écarter des devoirs que la religion prescrit. « Ln homme est un homme , » s’écria-t-il en les apercevant, « la comédie finie, nous sommes tous égaux. »

Vers la mi-septembre il perdit la

fiarole ; mais on le vit souvent lever es mains, comme pour prier. Le 29, lorsque le dernier moment approchait, son confesseur lui adressa des exhortations ; mais un des assistants lui fai-

{*) Tous nos lerleurs connaissent le beau tableau où M. Hersent a représenté ( > usla Ve faisant ses adieux aux états, apputé sur tas d«ux fils.

sant remarquer que le roi paraissait ne plus entendre, le prêtre se pencha près de (oreille de Gustave, en disant : « Si vous croyez en Jésus- Ghrist, et si vous entendez ma voix , donnez-nous-en un signe! » Le roi réponditd’une voix tres-ferme : « Oui,» et il expira un moment après.

Nous croyons avoir fuit assez connaître ce grand caractère pour pouvoir nous dispenser de toute réflexion.

Il suflit de jeter un regard sur les résultats de son règne , pour justifier sa conduite. L'homme qui , après un siècle de troubles, sait rétablir l’ordre et ramener le bien-être dans ses états, ne doit pas être jugé comme un homme ordinaire, vivant dans des temps de calme. Si le bel édifice qu'il avait élevé tomba en ruine presque aussitôt après sa mort, c’est qu’il fallait, pour continuer l’ouvrage de Gustave, une main aussi ferme et aussi habile que la sienne : malheureusement son successeur n'hérita que de son trône.

Élu K.

Gustave , pendant son long règne , avait cherché à consolider le pouvoir royal dans sa famille. Deux moyens pouvaient conduire à ce but : le premier consistait a donner toute l'autorité dont il disposait à l'aîné de ses Uis, qui alors aurait été assez puissant pour résister à l'ennemi tant à l'extérieur qu’à l'intérieur, pourvu • toutefois qu’il régnât avec sagesse; mais en voyant le caractère soupçonneux et violent d’Erik, le vieux roi craignit (et la suite ne justifia que trop ses appréhensions ) que la royauté, construite par lui avec tant de peine, ne s’écroulât rapidement entre les mains d'un jeune insensé. Il recourut dune au second moyen, qui consistait à donner à ses fils puinés une puissance supérieure à cei.edes autres seigneurs, tout en laissant la couronne à faine.

De cette manière il pouvait espérer ue, si la conduite d'Erik provoquait es troubles, les frères du monarque ne songeraient pas à s’unir a la noblesse pour appeler un roi etranger

SUEDE

sur le trône tle Suède , et que la lutte, s'il y en avait une, aurait lieu entre 1rs différents membres d’une famille indigène. Cette résolution, qui exposa pendant long-temps la Sucde à des

uerelles intestines, contribua cepen*

ant à assurer l' indépendance nationale. Il en fut de même en Angleterre, où l'histoire uous offre une lutte continuelle entre les princes de la maison royale; il en fut de meme en France, où nous trouvons toujours un duc du wng roy al à la tète de chaque révolte, et pouriant ces deux pays sont aujourd'hui les plus libres de 'l'Europe, tandis que le pays où l'on s'est le plus souvent adressé aux princes etrangers, la belle Italie, semble avoir pour longtemps perdu sa nationalité.

Érik avait vingt-sept ans à la mort de son père. Lue éducation soignée avait développé ses qualités naturelles.

Doué d'un extérieur agréable, tresbabile dans les exercices du corps, il avait hérité de l’activité infatigable de son père; il parlait avec facilité plusieurs langues; il était peintre, poète, musicien, et malheureusement aussi astrologue : cette folie du siecle, unie a un caractère soupçonneux, devait bientôt amener de grands malheurs.

On a prétendu que la démence était héréditaire dans la famille des VVasa, et il est \ rai que beaucoup des princes et des princesses de cette maison ont été plus ou moins atteints d'une extrême faiblesse d'esprit. Nous venons de parler de la princesse Cécile qui, mariée d’abord au margrave de Bade, mourut à l'àge de quatrevingt-sept ans, après une vie fort aventureuse. Jean, le second lils de Gustave , mis en possession de la Finanile, du vivant de son père, était ■tpssédé de cette même déiiance maladive qui tourmentait son frère aîné; il s'il commit moins d'extravagances, c’est qu'il ne prit le gouvernement qu'a un âge plus unir, alors que ses passions avaient été calmées par une longue captivité. Des deux autres lils de Gustave, l'un, Mngnus, duc de Weslaustacng mourut en démence ;

le plus jeune, Otaries, duc de Sudermunie , qui n'avait que dix ans a la mort de son père, semble avoir été celui de tous ses frères que la nature avait le plus heureusement doué.

Nous avons dit plus liant que Jeun, dans les derniers jours de Gustave, s'était uni à Erik pour lui procurer les moyens de passer en Angleterre, que le vieux roi avait enfin consenti à ce voyage, et qu’Krik était parti le jour même où son père était atteint de la maladie qui l’enleva. Cependant il ne s'éloignait qu’à petites journées, et à la nouvelle de la mort de Gustave, il rebroussa chemin, et revint à Stockholm , prévenant ainsi les intentions que Jean pouvait avoir eues en l'éloignant.

G ustave, par son testament, n’avait rien statué sur la destination des trésors qu'il avait amassés; en conséquence Jean prétendait qu’ils étaient la propriété de la famille, et non pas celle Je l’état. Les droits des princes royaux dans leurs du liés fournirent un autre sujet de contestations; mais Érik , qui s était promptement assuré de l’assentiment des nobles, parvint d'abord par son ascendant à maintenir la bonne harmonie entre ses freres; et le 2!) juin 1361 , il se lit couronner à l ps.il avec un faste jusqu'alors inconnu en Suède.

On a vu que la noblesse dans ce royaume s’était composée peu à peu des grands propriétaires, et qu'elle existait plutôt de fait que de droit:

une conséquence naturelle de cet étal de choses , c’est qu’il n’y avait pas de titres; ce qui convenait fort peu aux goûts fastueux d'Érik, qui désirait se voir entouré d'une cour somptueuse , et qui s’était laissé éblouir par une maxime dont la logique banale séduit ordinairement les esprits peu solides : « que dans une monarchie « héréditaire il faut des dignités liéré- « ditaires. » C’était entraver gratuitement l'action de la royauté par les vieilles formes féodales" ; mais F.rik voulait illustrer son couronnement par quelque chose d’insolite , et contrefaire 1 éclat chevaleresque que Char-

les VIII, Louis XII et François I" avaient su donner à la cour du Louvre, sur laquelle se modelait alors l'Europe entière. Érik institua donc trois comtés dans les familles de Sture, Brahe et Raos; il créa aussi neuf baronnies, et donna lui-même, lors de son couronnement , l’accolade aux nouveaux seigneurs, qu’il dota de vastes districts appartenant à la couronne, et auxquels il attacha une juridiction et des privilèges seigneuriaux; nuis il fit vingt chevaliers, auxquels il dit, en leur conférant la chevalerie : « D’abord tu fus païen, puis chrétien; aujourd’hui tu deviens chevalier. »

Peu de temps après, il institua h Stockholm une cour suprême qui jusqu’alors manquait au royaume , et qui devait bientôt devenir" une commission politique ; en même temps il entreprit plusieurs travaux d'utilité publique, et ouvrit le pays aux colotiixtes français, qui trouvèrent un appui dans son précepteur, Denis Burrev.

Cependant , son mariage avec Elisabeth l’occupait toujours , bien que la reine l'eût , pour ainsi dire, formellement refusé. Quand on lit tout ce qu’il fit pour arriver à l’accomplissement de ce mariage, on ne peut s’empêcher de reconnaître que son esprit était déjà troublé. Un mois après son couronnement, il annonça à son ambassadeur en Angleterre , qu’il allait incessamment se rendre en personne à Londres, et qu’une partie de sa cour, ainsi que les tailleurs et les brodeurs, s’étaient déjà mis en route.

Dix-huit chevaux, couverts de riches harnais d’or et d’argent, arrivèrent bientôt après sur les bords de la Tamise, pour être offerts à la reine, et la cour de Londres fut dans le plus grand embarras , en apprenant qu’Érik avait mis lui-même à la voile.

Une tempête l’ayant ramené en Suède, il voulut diriger sa route par le Danemark , l’Allemagne et les Pays-Bas, et lit demander passage à travers ces pays. En même temps, il écrivit à son ambassadeur de gagner à prix d’argent le conseil de la reine , et

de faire assassiner son favori , le duc de Leicester.

Dans la même année, il envova un ambassadeur en Écosse, pour s'assurer si la reine Marie était véritablement aussi bede qu'on le disait, puis encore un autre pour demander sa main. Quelques mois après, on le voit rechercher la princesse Renée de l.orraine, héritière de Christian II de Danemark , et alors que la négo- i ciation est très-avancée, signer avec la princesse de Hesse un contrat de mariage, qu’il casse aussitôt ; puis enfin , après avoir dilapidé dans ces ambassades les trésors de son père, il se marie avec la tille d'un caporal de sa garde!

Pendant le temps qu’Érik s’abandonnait;! ce s extravagances , la guerre avait éclaté de l’autre côté de la Baltique. Érik , avant la mort de Gustave, avait promis à son frère Jean de lui procurer la Livonie , où les chevaliers Porte- glaives et Tectoniques ne se soutenaient plus qu’avec peine contre les Russes et les Polonais ; mais lorsque Jean lui annonça qu’il allait prendre possession de Revel,dont les bourgeois s'étaient prononcés en sa faveur, Érik le prévint, et s'empara de la ville ainsi que de toute l’Esthonie. Puis il s’allia à la Russie contre la Pologne, à laquelle le dernier grandmaître de l’ordre des Porte-glaives venait de prêter hommage. Jean, au contraire, qui redoutait les excursions des Russes en Finlande , s'unit à la Pologne , et épousa la princesse Catherine Jagelionica.

Possesseur d'une partie des trésors de son père, et comptant sur l’assistance de la Pologne , Jean refusa pour ainsi dire de reconnaître la souveraineté d'Érik , et la querelle alla si loin qu’il fit arrêter les ambassadeurs de son frère. Celui-ci, à son tour, le fil condamner a mort par les états. Cependant , aucun secours n’arriva de la Pologne, et le 1 2 août 1563, Jean, après avoir résisté quelques mois dans le château d’ Al» , se rendit prisonnier avec sa femme. Érik le fit conduire à Stockholm, et renfermer au château

SUEDE

de Gripsholm, où l’on conserve encore dans son ancien état la chambre que Jean et son épouse occupèrent pendant leur longue captivité. Elle est audessous de celle qui, plus tard , servit de prison à Erik.

Quoique bien résolu de ne jamais rendre la liberté à son frère, Érik n’osa cependant nas le faire exécuter; il ne négligea meme rien pour rendre sa captivité moins dure , et fit punir sévèrement un geôlier qui s’était rendu coupable de négligence dans le service du royal prisonnier. Mais ce qui devait surtout rendre la position de Jean plus tolérable, c’est qu’il conserva sa femme près de lui. A l’arrivée de cette princesse à Stockholm, on lui avait olïert pour résidence un clulteau royal, mais pour toute réponse elle montra son anneau nuptial, qui portait l’inscription latine : « Mors sola , la mort seule ! »

Érik, par l’arrestation de Jean, s’était aliéné une grande partie de la noblesse. Bientôt sa défiance augmentant avec le nombre de ses ennemis , une police secrète fut organisée dans tout le royaume , et le crime de lèse-majesté, qui emportait la confiscation des biens , dont la moitié était promise au dénonciateur, fut imputé a une foule de personnes. Les condamnations à mort devinrent de plus en plus fréquentes. En 1562, il n’y en eut qu’une seule, mais en 1563, il y en eut cinquante, et en 1567, le nombre de toutes celles qui avaient été ordonnées montait à deux cent trente-deux. Elles portèrent pour la plupart sur des gens de basse condition , et avaient pour prétexte des crimes ridicules. Le tour de la noblesse vint aussi, mais plus tard.

Il est facile de concevoir qu’Erik ne dut pas rester long-temps en bonne intelligence avec ses voisins, et en effet, des 1563, la guerre avec le Danemark éclata. Ede commença par une bataille navale, favorable aux Suédois, qui, pendant cette guerre de sept ans, virent leur marine militaire s’élever, sous Jacques Bagge et Lias Horn, au plus haut degre de puis-

5* Livraison. (Soi: df..)

sance qu'elle ait jamais atteint. Sur terre la guerre fut moins heureuse, car Érik s’en mêla , donnant aux généraux de mauvaises instructions qu’ils durent suivre à la lettre. La déliance venait chez lui d'une grande lâcheté. Les Danois ayant débuté par prendre Elfsborg, Érik’ assiégea Halnistad ; mais à l’approche d’un corps danois, il s'enfuit en telle hAte qu'il entraîna toute son armée, avant meme d’avoir vu l’ennemi , qui, l’ayant atteint dans sa retraite, le délit’ entièrement. Érik, non moins fanfaron que lâche , fit proclamer que cette action , grâce au courage du régiment royal , avait fini par une victoire. Toutefois, l’on trouva que cette proclamation allait au-delà des instructions que le roi avait transmises à ses généraux, et par lesquelles il leur recommandait de donner toujours des nouvelles qui approchassent au moins de la vraisemblance; » il leur avait aussi recommandé de se procurer des personnes qui sussent taire usage du poison, mais, toutefois, de ne s’en servir qu’avec réserve.

Lne incursion en Norvège eut plus de succès. Un jeune Français, Claude Callart, qui la conduisit, prit possession de Drontheim et de toute la province ; mais une fois en possession de la ville, le jeune général se laissa aller à la plus grande incurie , congédia son armée, enleva des femmes, se livra aux plaisirs de la table, et mécontenta tellement les habitants , que le premier corps danois qui arriva n'eut aucune peine à le faire prisonnier.

Dans les années suivantes, Érik, pour se venger, fit à plusieurs reprises ravager diverses contrées de la Norvège'. En 1563, il dévasta le Blekingen d’une manière terrible, et la charge de maître incendiaire fut établie dans tous les corps de l’armée.

Son intention était de transporter dans le Nord tous les habitants des provinces frontières. Des deux côtés la guerre fut faite avec la plus grande cruauté; dans quelques provinces de la Suède, on appela les femmes aux

armes, et, pour comble de malheur, la peste survint et décima ce qui restait de la population.

Erik avait lu dans les étoiles qu’il serait privé de la couronne par un homme à cheveux blonds. Le duc Jean avait les cheveux de cette couleur , et ce fut l'un des motifs pour lesquels son frère le persécuta avec tant d’acharnement. Mais, lorsque Jean eut été emprisonné, Erik dut naturellement voir avec non moins de déliance tous les autres personnages marquants, auxquels la prédiction fatale pouvait être appliquée, ou plutôt, après avoir emprisonné son frère, il devait se délier de quiconque pourrait prendre sa place comme chef de parti. Nils Sture, lils du vieux comte Svante, qui avait servi Gustave avec tant de fidélité et d'abnégation, fut assez malheureux pour porter cette chevelure réprouvée, que du reste la nature donne à presque tous les enfants du Nord. Le roi crut avoir découvert le traître que les étoiles lui avaient révélé; il le lit arrêter et condamner à mort, pour n’avoir pas exécuté les ordres du roi , ordres que du reste l'accusation n’indiquait pas. Toutefois, Erik n'osa pas faire exécuter Nils, l’un des plus braves officiers, et, en même temps, l’un des plus puissants gentilshommes de la Suede. Il se contenta de le faire promener dans les rues de Stockholm, précédé d’un héraut qui criait : «Voici un traître! » Et comme les soldats menaçaient de se révolter, il s’empressa' de le gracier, fet l’envoya comme ambassadeur en Lorraine; mais il comprit bien que la maison des Sture et toute la noblesse ne lui pardonneraient jamais cet affront.

L’année 1567, qui suivit cet événement, a été appelée par Erik lui-même Jn/elicissimus armas Erici regis , dans des mémoires sur cette année, qui ont eu eux -mêmes bien des aventures. Le lils d’Érik , Gustave , les laissa en gage pour une somme d'argent, à un de ses hôtes de VYilna. Plus tard, la sommeayant été payée, lelivre revint en Suède; mais bientôt le roi Jean Casimir l’emporta en France, où, en 1673,

un Suédois le sauva des mains de l’nn des plus cruels ennemis de la littérature, d’un épicier de Paris, auquel le nain du roi l’avait vendu , et qui allait débiter le royal manuscrit, feuille par feuille, en y enveloppant sa marchandise. Ces mémoires nous apprennent que le roi croyait à une conspiration générale de la noblesse, pour chasser la maison de VVasa, et il agissait en conséquence de cette pensee. Ordonnai (sic) exploralores domesficos JJolmiæ , écrit-il à la date du 22 juillet.

Des lors les exécutions se multiplièrent, et un coup d’etut contre toute la noblesse fut préparé. Tout prouve cependantquc cette conspiration n’existait pas : elle n’aurait eu aucun but, et les seigneurs manquaient de tous les moyens qui auraient pu les faire réussir; seulement il est possible et même très -naturel que de simples particuliers aient pensé que ce serait un bonheur pour la Suède d’être débarrassé de ce roi à demi fou, qui voyait partout des crimes et des trahisons.

« Parce que ceux qu’on a exécutés étaient en très-grand nombre , on les a crus tous innocents , disait Gustave- Adolphe, en parlant de ces événements; » et il a eu sans doute raison.

Cependant, le duc Charles venait d’entrer dans sa majorité, et, sous prétexte de régler son état, une diète fut convoquée pour le premier mai. Le roi y lit inviter particulièrement les cliets de la noblesse; et aussitôt qu’il vit les principaux d'entre eux réunisautour de lui, il les lit arrêter et condamner sur des témoignages insignifiants.

On ne produisit que deux documents :

l'un était une lettre que Abraham Steubok, frère de la reine douairière, s’était laissé arracher en prison par la torture ; l’autre existe encore, et consiste uniquement en un billet qu’ Erik Sture et quelques autres jeunes gens avaient adressé à une damequ’ils appelaient « mon cher porte-étendard, » parce qu’elle avait en effet porté un drapeau à une fête.

Ce billet où ils plaisantaient cette dame sur ses exploits et ses victoires , l’accusation prétendit qu'il était adressé à Nils Sture. Ou conçoit que ces lettres,

SUÈDE

lues par le roi lui-même à l’assemblée d’Upsal, ne portèrent pas la conviction dans tous les esprits; il quitta donc à la hâte l’assemblée, pressé également par le désir de se débarrasser des prétendus conspirateurs, et par la peur de soulever toute la noblesse contre lui.

Le retour de Nils Slure vint encore augmenter ces craintes. Erik lui ordonna de se constituer prisonnier, et écrivit en même temps au vieux comte Svante Sture , pour le rassurer. Deux jours plus tard il alla même lui demander pardon , et montra une agitation extraordinaire. Le curé de Calmar tenta de l’apaiser ; mais , vers le soir, quelqu'un lui ayant dit que le duc Jean s’était échappé de prison , il se jeta, armé d'un poignard, dans la rison de Nils Sture, qu’il blessa au ras , et qui fut achevé par les trabans royaux.

Mais à peine le crime est-il consommé, qu’Érik se fait ouvrir la prison du vieux Sture, se jette à ses pieds , en s’écriant : « Pour l’amour de Dieu , pardonnez-moi le mal que je viens de vous faire. » « Je vous pardonne tout , répondit le comte; mais si la vie de mon fils est en danger, vous allez m’en répondre devant Dieu! » o Je le vois bien, dit le roi, vous ne me pardonnerez jamais ; ainsi il fout que je fasse de vous ce que je viens de faire de lui. » Puis il s’enfuit dans les forêts, après avoir donné l’ordre, qui fut aussitôt exécuté, de tuer tous les prisonniers.

Érik resta caché pendant plusieurs jours, jusqu’à ce qu’enlin Denis Barrée et George Péterson, les terribles instruments de ses volontés, eussent persuadé aux États de condamner les accusés ; ils s’empressèrent a lors de rejoindre le roi, qui errait toujours dans les forêts, accompagné seulement de quelques hommes de sa garde.

Denis le rencontra le premier, et fut aussitôt tué sur les ordres du rdi, qui parvint à s’échapper des mains de ses compagnons , et erra seul pendant plusieurs jours. Enlin, quand on le retrouva sous des habits de paysan, il ('écria qu'il n’était pas le roi, que,

comme Néron, il avait tué son précepteur, et que Nils Sture était aaministrateurdu royaume. Catherine, sa maîtresse, et plus tard sa femme, parvint à le calmer , et au bout de quelques jours il rentra à Stockholm, en adressant des prières au ciel.

De retour à Stockholm, Erik se confessa à plusieurs reprises , Ot déclarer innocents les prisonniers exécutés, prit soin de leurs familles, et fit traduire en justice George Péterson. Cet état dura plusieurs mois, et le roi dans son journal l’appelle, « son temps de faiblesse. » Il s’imaginait être prisonnier. Cependant la terreur était si grande par toute la Suède, qu’aucun homme, qu’aucun ordre de 1 état n’osa tenter une révolution. D'un autre côté, ce calme apparent rendit le repos à Erik, qui peu à peu oublia ses craintes, et reprit ses habitudes et ses penchants.

Cependant Charles , son frère , et le duc Magnus de Saxe, son beau-frère, parvinrent à lui persuader de rendre Jean à la liberté. La première fois qu’il le vit , il tomba à ses pieds, en le saluant comme roi. « Je suis allé h « Ventholm, écrit-il dans son jour- « nal , à la date du 8 octobre , et je « me suis entretenu avec mon frère , « le priant quant humilfinie de me o dire si vraiment il était roi , qnod « nullo modo niai obscuris ambagi- « bus polui intelligere. Cependant « lui et la princesse su femme m’ont « pardonné de bon cœur en m’em- « brassant. » Il se croyait toujours prisonnier; toutefois, en élargissant son frère, il lui lit signer la promesse de reconnaître comme successeur légitime le (ils que pourrait lui donner sa maîtresse Catherine, avec laquelle il songea sérieusement à se marier, et qui lui donna en effet un fds , le 28 février K>68.

Pendant ce temps les Suédois étaient continuellement battus en Livonie, et ils auraient perdu cette province si les habitants ne leur eussent été favorables , et si , d’un autre côté , leur alliance avec les Russes ne les eût protégés.

La supériorité maritime de la Suède étant bien établie , les Danois résolurent de profiter des troubles de la Suède pour faire une invasion par terre. Us réunirent donc de grandes forces , et s’avancèrent en Suede au commencement de 1568. Les généraux suédois, qui n’avaient pu les empêcher de franchir les montagnes, y rassemblèrent de leur côté des corps considérables pour leur couper la retraite; mais Erik se mit lui-méme en campagne , rappela des corps qui gardaient les défiles, et permit ainsi aux Danois de se retirer , presque sans perte. Cependant il les poursuivit quelque temps; mais bientôt il se retira à Stockholm , parce que le dégel rendait la poursuite impossible.

George Péterson, dont l’exécution avait été malheureusement différée, fut gracié au retour du roi , et reprit son ancienne influence. .Bientôt tout ce que le roi avait fait pendant sa faiblesse fut déclaré nul et non avenu.

Le 4 juillet, il célébra, avec un luxe extraordinaire, son mariage avec Catherine, et la fit couronner peu de jours après; mais tout le'monde pressentit qu’un tel règne ne pouvait durer long-temps. Lé chancelier laissa glisser de sa main la couronne, en la présentant au roi, et on eut quelque peine à trouver des seigneurs qui consentissent à recevoir faccolade à cette occasion-

Les deux frères du roi , Jean et Charles (il y avait déjà plusieurs années que iMagnus était mort), avaient étp invités à la cérémonie des noces.

Ils envoyèrent complimenter la nouvelle reine, mais ne parurent pas.

Bientôt ils comprirent que le renversement d'Erik était nécessaire pour leuç sûreté personnelle autant que pour le bien du pays et les intérêts de leur famille. Jean, outre sa longue captivité, avait encore un autre motif de haine contre son frère : sa femme Catherine Jagellonica avait été recherchée avant son mariage par le grandduc Ivan' Vàssilieviteh qu’elle avait repousséavéedèdain. L’autoerate russe ne désespéra pas pour cela de l'ob-

tenir: à plusieurs reprises il demanda à son allié Erik , qui la tenait prisonnière, de la lui livrer; l'infame Erik y avait enfin consenti , et désormais les Busses le pressaient de remplir sa promesse.

Les ducs s'étaient préparés de longue main au renversement d'Erik. En 1567 , ils s’étaient rencontrés dans une forêt du AVermeland, quelques jours après le mariage du roi. On crut pendant quelque temps qu'ils avaient quitté le royaume ; mais on ne tarda pas à apprendre qu’ils s’étaient empares de \Vadstena, qu'une foule de jeunes gens se réunissaient autour d’eux, portant à leur chapeau une branche de chêne, et qu’ils marchaient sur la capitale.

Erik, à cette nouvelle, voulut se faire ouvrir les veines, et étrangla le médecin qui refusait de lui indiquer un moven facile de se donner la mort ; puis il essaya de négocier avec ses frères, proposa un duel entre lui et Charles ; et lorsqu’on eut tout refusé, il se mit à la tête des gardes qui lui étaient restés fidèles , et combattit dans cette dernière lutte avec le courage du désespoir. Mais malgré quelques succès partiels, il se vit, des le 17 septembre, réduit à Stockholm.

Erik , regardant avec tristesse les drapeaux ennemis qui environnaient la ville, George Péterson lui dit : Si

vous aviez daigné, mon gracieux seigneur , suivre mon conseil à l’égard du duc Jean, et lui mettre la tête devant les pieds, il en serait autrement aujourd’hui. >■ Quelques heures apres , les gens d'Erik garrottèrent ce digne conseiller et le livrèrent à Jean qui le fit expirer dans des tortures , sans pouvoir en tirer line plainte.

Le 21) septembre, les ducs entrèrent dans la ville par suite d’intelligences avec les bourgeois. Erik, qui se trouvait en ce moment à l'église , gagna avec peine le château , et se présenta au bout de quelques instants sur la muraille pour se rendre à Charles.

Au commencement de l'année 1569, il comparut devant les états du n yauine

SUÈDE

pour être jugé, et prononça sa défense avec beaucoup de présence d’es-

firit et même de hardiesse. Néanmoins, es états le déclarèrent déchu du trône, lui et ses enfants, et le condamnèrent à une prison perpétuelle , mais princière. L’acte de déchéance énumère les méfaits du roi en 21 articles, qui n'ont pas tous le même caractère de vérité , puis viennent les considérants suivants : « Toute « autorité étant instituée par Dieu « pour favoriser le bien et pour punir « le mal, le roi É.rik, au contraire,

« ayant favorisé les méchants, et * avant persécuté les bons, a claire- « nient agi contre la loi , la volonté « et l’ordre de Dieu. De plus, le roi « Erik a juré à son couronnement « d’être, tant qu’il vivrait, un roi « bon , juste , chrétien et pieux ; mais « ayant violé ce serment , tant envers « Dieu qu’envers la Suède, il a rendu « nuis et de nul effet le serment et « l’hommnee que les Suédois lui ont « prêtés; d'où il suit que devant Dieu « et devant les hommes il a perdu ses * droits de roi , etc. »

Entre les vingt -quatre articles il s’en trouve un trop curieux pour être passé sous silence. C’est l’article 16 : « Il a voulu rendre les Suédois escla- « ves comme des Esthiens (peuple « de la Russie) : cette intention, il l’a « montrée par une gravure qu’il a « faite lui-même , et qu’il voulait pu- * blier. Elle représentait un homme « conduisant un fuie par un licou ; « l'âne était chargé d'un grand sac de « sable, et derrière lui se tenait un « autre homme avec un fouet dont il « frappait l’âne sans relâche. L’âne, « c’était le peuple suédois, l’homme « qui le conduisait. George Péter- « son, et celui qui le frappait, le roi « Érik. Voilà sa gratitude envers le « peuple suédois qui l’a reconnu corn- « me premier roi héréditaire! Que * Dieu ait pitié de lui! »

Il paraît que dans sa prison , ses ennemis vinrent souvent l’insulter, et que Jean ne s’y opposa pas. Érik lui écrivit à re sujet plusieurs lettres , le priant de le laisser sortir du royaume, nam

m un dus est satis amplus ut odia inter fratres distantia locorum et région um bene possint sedari. Quelques tentatives pour le délivrer ne servirent qu’à rendre sa prison plus dure.

Il parait d'ailleurs qu’il correspondait avec les Danois. On le transporta donc de château en château, et Jean se serait bien volontiers débarrassé de lui , si Charles ne s’y fût pas opposé. On convint toutefois de se procurer l’autorisation du conseil pour le faire exécuter. Enlin , les tentatives pour le délivrer se multipliant, Jean, du consentement de Charles , lui fit donner du poison, le 2(1 février 1577.

Les amis d’Érik avaient presque tous perdu la vie avant lui : le sieur de Vorennes, Charles de Mornay, furent du nombre. Dès 1574, on avait séparé É.rik de sa femme, qu’il idolâtrait. Il laissa deux enfants, nés tous deux avant le mariage : une fille qui épousa un seigneur suédois, et un fils, Gustave, qui fut enlevé de Suède et vécut dans la plus grande détresse, bien que des seigneurs suédois émigrés, agissant à son insu, eussent proposé à Henri III de l’élever sur le trône de Stockholm, à la condition qu’il reconnaîtrait la suzeraineté de la France. Il mourut en Pologne en 1607, sans avoir jamais rien entrepris contre sa patrie.

je a v.

Jean, qui, après la chute d’F.rik, monta sur le trône avec l’assentiment des états et de son frère Charles , était un prince lettré. Il lui avait bien fallu charmer par l’étude les ennuis de sa longue prison. Il parlait toutes les langues de l'Europe, soit anciennes, soit modernes; mais par malheur la théologie, l’étude de prédilection à cette époque , absorba bientôt tous ses instants. Il paraît que sa vertueuse épouse, Catherine Jagellonica, qui avait partagé sa prison et qui était zélée catholique , contribua beaucoup à encourager en lui cette disposition d’esprit. On le voit pendant tout son règne occupé, presque sans relâche, d’affaires religieuses.

Plusieurs monarques clierrhaient alors à rapprocher l’église catholique de l'église protestante. Jean les imita, dans l’intention de rendre le calme à j’église suédoise, et probablement aussi afin de satisfaire son godt pour le faste et les cérémonies qu’avait proscrites la sévérité de la réforme. En effet, dans le commencement de son règne, il parait n’avoir voulu que réunir les deux églises et fonder une nouvelle hiérarchie , tout en protestant de son aversion pour le papisme; mais peu à peu il sc la;ssa entraîner par sa femme, que les jésuites dirigeaient, et par la réaction catholique dont il s’était fait, à son insu, le premier auteur.

L’état de l'église suédoise favorisait ses projets de réforme. Gustave tVasa avait toujours nié qu’il edt introduit une foi nouvelle; il avait même conservé du culte extérieur de l’église catholique, beaucoup plus que les réformateurs allemands n’avaient fait, et dans beaucoup d’églises le service avait lieu encore en latin : la tâche de ramener la Suède dans le giron de l'élise pouvait donc ne pas paraître auessus des forces du roi.

En 1571 parut une ordonnance pour les églises et les écoles : les paroisses y conservent le droit de choisir ellesmêmes leurs curés , et ce choix est uniquement confirmé par l’evëque ; les chapitres près des métropoles sont recomposés sous d’autres dénominations , et l’élection des évêques leur est rendue. En outre, on y exige des prêtres qu’ils sachent le latin, la langue officielle de l'église romaine, tandis que l’on supprime l’enseignement du grec et de l’hébreu , langues dont se servaient alors presque uniquement les protestants pour interpréter la Bible suivant leurs opinions.

Le roi manifesta plus clairement encore ses intentions en 1573, à la mort du vieux Uaurent Pétri , le réformateur de la Suède et le premier archevêque protestant de Stockholm; il lit signer, par le successeur qu'il lui donna , dix-sept articles d’après lesquels le npuvel évêque reconnaissait

l’utilité des couvents . l’adoration de* saints , les prières pour les morts , etc. En même temps les négociations avec Rome étaient poussées par la reine et par le cardinal llosius , jésuite, qui ne cessait d'encourager le /.èle de cette princesse en lui prodiguant des éloges ou en ranimant ses espérances.

Lorsqu’on se crut silr du roi et que tout fut bien préparé, deux jésuites arrivèrent à Stockholm. D’après leur propre relation , ils se donnèrent pour des luthériens , et surent gagner le clergé de la ville par leur reserve et l’étendue de leurs connaissances , si bien que ce fut le clergé protestant lui-même qui les proposa pour la nouvelle université de Stockholm. Grande fut la satisfaction du roi , en voyant cette habile manoeuvre, /f ex. grâ/am sibi esse commenda/ionem significatj gaudet in sinu rem dextre cohfectam.

Aussitôt les jésuites se mirent à l’œuvre, et firent clandestinement des prosélytes ; mais le clergé reconnaissant bientôt qu’il S'était laissé jouer , s’en irrita d'autant plus, et toute réconciliation avec l’eglise romaine redevint impossible. Cependant le roi ne perdait pas encor? tout espoir. Il fabriqua lui-même une nouvelle liturgie qui devait servir à remplacer le sacrifice de la messe. L’archevêque de Stockholm voulut bien s’en faire l’éditeur, mais les autres évêques du royaume refusèrent de l’aceepter. L’amour-propre du roi, une fois engagé dans cette question, il fallut recourir à tous les moyens pour le satisfaire; et, en effet, ce prince ne négligea rieri pour faire reconnaître son ouvrage; l’acceptation de la liturgie fut une condition indispensable pour tous ceux qui aspirèrent à une cure, et afin de donner plus d'importance à l’assentiment de l’archevêque , le roi prétendit rendre tous les autres évêques suffragants de ce prélat, bien que cela fût entièrement contraire à la discipline intérieure de l’église suédoise.

En 1576, Jean envoya une ambassade à Rome pour négocier et conclure une espèce de concordat. Il demanda que Rome renonçât à élever

SUEDE

ri

aucune réclamation au sujet des birus du clergé qui avaient été confisqués , que l'on accordât aux prêtres (a faculté de se marier, et que tous fussent soumis à la justice séculière. La cour de Home était bien éloignée de vouloir accepter de telles conditions:

toutefois, afin de ne point rompre les négociations, elle envoya en Suède le P. Passevin , qui parvint à faire proscrire les livres de Luther, à remplir de jésui’es les chaires de l’université , et à faire envoyer une foule de jeunes gens à l’etranger dans les écoles dirigées par cet ordre. On a même dit qu’en 1578 Jean abjura formellement le protestantisme entre les mains de Passevin ; mais cela paraîtra bien douteux . si l’on songe au caractère de ce prince et a ses liantes

{•rétentions ; si l’on songe qu’il vouait s’interposer comme médiateur entre les deux églises, bien plutôt que se soumettre à l'une d’elles.

Ce qu’il y a de certain . c’est qu’en 1583, après la mort de la reine Catherine Jagellonica , le zèle du roi ur le catliol cisine se ralentit tout coup; il renvoya les jésuites du royaume, et cessa toute négociation avec la cour de Rome, qui, pensait-il, ne l’avait pas assez fortement soutenu dans scs réclamations relativement aux duchés de liari et de Rossani (Jean avait voulu faire valoir sur ces duchés les droits que sa femme tenait de Bonn Sforzia, sa mère). Mais à mesure que le roi se détacha de Rome, il redoubla d’efforts pour faire accepter sa liturgie. Le duc Charles, fidèle au système de son père et à la doctrine de Luther , refusa constamment d'accepter cette liturgie. Il accueillit au contraire dans son duché les prêtres réfugiés du royaume , et envoya des jeunes gens en Allemagne pour étudier dans les universités protestantes. Les querelles qu’il eut avec le roi, son frère, furent singulièrement envenimées par le Livre Rouge (c’est le nom qu’on donnât h la liturgie), et il est assez probable que la fin tragique d’Érik eut pour cause la crainte qu’eut le roi de voir les antiliturgistes

songer à remettre cc prince sur le trône.

Un an après la mort de Catherine Jagellonica, Jean épousa une des dames de la reine, Gunnilla Rjelke, sortie de l’une des premières familles du royaume. Elle n’était ôgée que de seize ans; cependant elle sut bientôt obtenir sur l’esprit du roi une influence non moins grande que celle qu’avait exercée Catherine, et le faire renoncer à toute idée de réunion au catholicisme. Le roi , dès lors non moins hostile aux catholiques par suite de cette influence qu’il l’était par luimême aux protestants, se vit plus que jamais réduit à sa malheureuse liturgie.

Mais avant d’en finir avec le roi Jean, nous croyons devoir revenir sur quelques événements que nous avions passes sous silence, et qui ne sont pas sans liaison avec la question religieuse : nous voulons parler de ses relations avec la Pologne et avec scs autres voisins.

On doit se rappeler qu’Érik avait appauvri la Suède en entreprenant contre le Danemark une longue guerre, qui n’avait eu d’autre résultat que de ruiner l’un et l’autre pays.

De leur côté, les dues Jean et Charles, alors engagés dans leur lutte contre Erik , avaient conclu une treve à tout prix et à des conditions défavorables pour la Suède. Jean, devenu roi, vint proposer aux Etats, en 1580, de confirmer ccs conditions; mais ceuxci se bornèrent à répondre qu’ils étaient prêts à accorder au roi autant de poudre, de boulets et de piques qu’il leur en demanderait. La guerre recommença donc.

L'année suivante on conclut à Stettin , sous la médiation de l’empereur et du roi de France , une paix assez peu avantageuse pour la Suede , mais que rendait nécessaire une guerre imminente avec la Russie.

Le duc Charles avait défendu de sa propre main , contre la fureur du peuple , les ambassadeurs russes qui, a la destitution d’Erik, se trouvaient à Stockholm , chargés, d’une mission

odieuse (*) : néanmoins le czar maltraita peu de temps après les ambassadeurs suédois qui venaient pour traiter avec lui. Cette violation du droit des gens amena une guerre qui eut pour théâtre la Livonie, la Finlande.

D’abord l’avantage fut aux Russes, qui, sous la conduite d'Ivan, ravagèrent le pays avec une cruauté inouïe; mais en 1580, Pontus de la Gardie rendit la victoire aux armes suédoises, en rétablissant la discipline , reporta la guerre en Russie, et prit Narva.

Ce gentilhomme français , attaché d’abord à la cour d’Énk, avait épousé une fille naturelle du roi Jean, et par suite avait reçu le titre de baron et avait été nommé général en chef. Il sut donner à cette guerre un caractère nouveau. Il mérita l’estime de tous par sou humanité et par la douceur qu’il montra à l’égard des pays théâtre de la guerre. Bientôt il "contrainit le czar à demander la paix, à es conditions très - onéreuses pour lui, mais que Jean, dans l’orgueil de la victoire, ne trouva pas satisfaisantes. Charles les approuva plus tard , lorsqu’il fut administrateur du royaume.

Les relations avec la Pologne furent d’une bien plus haute importance encore. La Pologne élevait des prétentions sur la Livonie, qui, menacée par les Russes, s'était réunie à la Suède. On était prêt à en venir aux mains, lorsqu’ en 1580, mourut le roi de Pologne , Étienne Bathory. Sa veuve, Anne Jagellonica, engagea les Polonais à choisir pour roi Sigismond, fils de Jean, qui était son neveu, et qui se trouvait par sa mère le dernier rejeton de la famille royale des Jagellons. Elle le fit préférer à son concurrent , l’archiduc Maximilien . parce qu’elle promit en son nom qu’il céderait la Livonie à la Pologne, a son avènement au trône de Suède.

{*) Ils étaient venus , comme nous l’avons dit plus haut , pag. 68 , demanderqn'on livrât à Ivan Vassiliéxitvh Catherina Jagellonica, dont te piincc russe avait infructueusement recherché la main , avant qu'elle épousât le duc Jean.

Sigistnond fut couronné à Cracovie le 2" décembre 1587; et bien que nous n’ayons pas à nous occuper des affaires de la Pologne, il sera curieux cependant de voir avec quelle ardeur, en Suède, la noblessè, et surtout la haute noblesse , pressa son roi de solliciter, d'abord pour lui-méme, et puis pour son fils , la couronne d un royaume étranger et catholique.

En général on peut dire que les relations du roi et de la haute noblesse, ainsi que les contestations qui s'élevèrent entre eux, eurent sous le règne de Jean le même caractère et les mêmes résultats que sous Erik. Comme son frère ainé, Jean commença par favoriser la noblesse et par étendre les privilèges de cet ordre , car il avait besoin de son assistance pour assurer la succession à son fils Sigismond.

Jean et Charles, alors qu'ils s'unirent pour détrôner leur frère Érik , et tant qu'ils luttèrent contre lui , avaient exigé que quiconque reconnaissait leur autorité prêtât serment à tous deux en commun : le testament de Gustave avait en effet rendu le gouvernement de la Suède presque commun à tous les princes de la famille royale. Néanmoins, Jeaa reçut des seigneurs, aussitôt après sou arrivée à Stockholm , le titre de roi, que les états plus tard lui confirmèrent, de sorte que pendant quelques mois il s'intitula roi élu, qualification qu’il abandonna sitôtqueCharles eôt reconnu son autorité comme roi et les droits de Sigismond comme successeur au trône. Ce prince , bien qu’il fut doué de talents supérieurs et de toute la fermeté de son père, aima mieux se contenter du gouvernement de son duché que d’exposer sa patrie à une guerre civile, et de compromettre ainsi l’avenir de la famille des Wasa.

Jean, pour s’attacher la haute noblesse, fit réviser et annuler les procès intentés à quelques seigneurs dans les dernières années du règne d’Érik ; il confirma la dignité de comte accordée par ce prince à quelques familles , et conféra ce titre à plusieurs

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autres. ». augmenta également le nom- sa dépendance. La mésintelligence bre des sénateurs, et rétablit la di- existant entre le roi .lean et le duc enité de grand - maréchal en faveur Charles contribua beaucoup à doi.ncr du comte Pierre Brabe. Deux jours un caractère de gravité à ces contestaavant son couronnement, il signa un tions qui, dans le principe, n’eurent acte qui confirmait la noblesse dans lieu qu’entre le roi et le duc qui voules privilèges qu’elle avait autrefois lait que les nobles propriétaires de son possédés, et qu’elle revendiquait de- duché dépendissent immédiatement de puis Ions-temps. Ledroit leplusimpor- lui, tandis que ceux-ci aimaient mieux tantque cet acte restituait aux nobles , être soumis à un roi sans caractère c’était celui de rendre In justice sur qu’à l’autorité ferme et vigilante d'un leurs terres, et de percevoir les prince tel que Charles. Cherchant à inamendes, qui souvent étaient très- troduire en Suède les principes du droit nombreuses, et qui, par suite du main- féodal allemand, ils essayèrent de se tien de l'ancien système de pénal té faire une situation analogue à celle des des lois germaniques, remplaçaient les barons, sujets immédiats de l’empire, peines corporelles dans presque tous C’est ce principe qui a été défendu par les délits. De plus les nobles obtin- le savant Erik Sparre, dans un traité rent le privilège de ne pouvoir être intitulé « Pro rege , lege et greqe. » jugés que par leurs pairs, et de ne L’auteurchercheàprouverqueleroi pouvoir être arrê.és préventivement ; dans son conseil et avec l’assistance en même temps on allégea les devoirs de la noblesse doit seul juger des conféodaux, relativement au service mi- testations qui s’élèvent sur les droits litaire , et l’on accorda aux nobles qui de la couronne; droits qui , au reste,ne pouvaient ou ne voudraient pas sont inaliénables. On y voit avec comfaire ce service en personne, la fa- bien d’adresse les intérêts du roi étaient culté de se dessaisir de leurs terres liés à ceux de la noblesse, en faveur de leur plus proche héri- Jean accueillit aisément tout ce tier, et de garder néanmoins l’écus- qui tendait à abaisser son frère, et son et les armes de leur famille. On à le mettre peu à peu au niveau des établissait ainsi le système d’hommes autres seigneurs au royaume. Plus nobles, non par leurs terres, mais tard il put se convaincre qu’on sonseulrment par le sans; système qui, geait beaucoup moins à affermir le en France et en Allemagne, s’était trône qu’à rendre les grands seigneurs déjà développé à cette époque. Les terriens aussi indépendants que la villes avaient eu jusqu’alors le privi- haute noblesse d’Allemagne. Les seilége exclusif du commerce ; mais, af- gneurs suédois ne pouvaient oublier faiblies par la ruine de la ligue an- l’indépendance dont ils avaient joui séatique, elles ne purent empêcher autrefois , et surtout pendant l’époque que. la noblesse n’obtînt le droit de de l’union avec le Danemark, et le. vendre partout les produits de ses mécontentement qu’ils ressentaient de domaines. leur situation présente devenait de

Les questions qui les premières je- plus en plus vif, à mesure que l’introtèrent des germes de mécontentement duction des usages et du luxe de l’éentre Jean et la noblesse, furent d’une tranger créaient de nouveaux besoins, part celle de la propriété des biens que dans l’état actuel de la Suède peu confisqués sur les églises avant et par ae personnes avaient les moyens de le recgz de "Westenas, et de l’autre satisfaire.

celle du service militaire , alors si mal Nous possédons un monument cufait par les nobles, que le roi désirait rieux qui constate cette tendance ardemment changer celte obligation des esprits; c’est le livre intitulé : féodale en une somme d’argent iléter- « OEconomia , ou Instruction dominée, afin de pouvoir former une mestinue pour les jeunes nobles , » et armée régulière , et entièrement dans publie en 1585 , par le comte Pierre

L'L'MVE li.s.

Rrahe, grand-maréchal du royaume.

L’auteur, l’un des hunmes les plus vertueux île son temps , examine avec une naïveté toute patriarcale les différentes positions dans lesquelles peut se trouver un jeune seisneur. Ses conseils s’étendent à l’éducation , aux voyages, au service militaire, aux fonctions politiques, et même au choix d’une épouse, et aux affaires domestiques. Fils de la sœur de Gustave Wasa et grand admirateur de ce monarque , il ne peut s’empêcher de jeter un regard de regret sur les temps de l’uniuu.

« Aujourd'hui, dit-il, il n’v a plus « que peu de personnes qui aient en- « core souvenance (les privilèges et « des libertés dont jouissait autrefois « la noblesse, alors que les seigneurs « exerçaient sur leurs paysans tous les « droits royaux, alors que le service « militaire n’était pas pour eux une

* obligation, et qu’ils pouvaient, lors- « qu’ils jugeaient à propos de figurer « dans l’armée, trouver un dédomma- « gementdans te: libéralités de la cou- « ronne. C’est 1 1 tyrannie de Cliris- « tian qui a mis lin pour toujours à « cet heureux état, et qui a rendu né- « cessaire la roya ité des Wasa. l.e roi « Jean consent, h est vrai, à rétablir « les privilèges de la noblesse; mais « elle se ruine elle-même par le luxe

* de ses habits , de ses festins et de « ses livrées. »

On le voit , l'union avec le Danenu rk était reconn e comme impossible par la noblesse elle-même; mais le d> sir d’une union n’en était pas peur cela moins vif, et depuis l’alliance avec la famille des Jagellons, ce désir existait dans la maison royale ellemême. Que ce fût avec le Danemark ou avec la Pologne que l’union eût lieu , peu importait aux seigneurs, pourvu que le roi , retenu à l’étranger, laissât le gouvernement de la Suède entre leurs mains. Lorsque Jean brigua pour lui-même le trône qui échut plus tard à son fils, « les « bons seigneurs jugèrent que non « seulement il ne fallait pas refuser « leur consentement, mais au con-

« traire faire tout ce qui était en eux « pour que le choix tombât sur la « propre personne de sa très-haute « majesté. » Jean voulait la couronne de Polcgne, parce que ce royaume était catholique ; les seigneurs voulaient la lui faire donner, parce que la royauté était élective en Polrgue, et que l’on espérait pouvoir lui rendre ce caractère en Suède. Et en effet, les Polonais, à l’intronisation de Sigismond, le qualifièrent de roi désigné et élu de Sucde.

Le second mariage de Jean l’avait de nouveau et plus intimement que jamais uni à la haute noblesse. Elle profita de toute son influence pour vaincre les répugnances de Sigismond et pour lui faire accepter la couronne de Pologne. En lâSfi, tèrik Sparre, après avoir réussi dans ses négociations à Varsovie, revint à Stockholm , pour décider Jean, qui commençait a entrevoir les périls de l’entreprise dans laquelle on voulait l’entraîner.

On parvint à faire signer par Jean et

fiar Sigismond , à l’insu du duc Cliares, les statuts de Calmar sur le gouvernement des ’ deux royaumes. Par ces statuts les nobles recouvraient presque tous les privilèges qu’ils possédaient au temps de l’ancienne union de Calmar avec les Danois. L’orgueil de ces descendants des anciens rois païens du Nord se montre encore tout entier dans ces statuts. Ils ont soin d’y rappeler les honneurs et la considération dus à la noblesse ; ils ne cachent même pas que parmi les charges de cour il y en a bon nombre qui sont au-dessous de sa dignité et de son indépendance.

Le but avoué de la nouvelle union était la défense de la religion et de la liberté des deux royaumes. « Il y aura, est-il dit, entre les deux états paix et alliance; les lois et les libertés de chacun d’eux seront maintenues', on ne pourra nommer au gouvernement que des nationaux. Tons les trois ans le roi doit venir en Suède , et pendant son absence le gouvernement sera entre les mains de sept seigneurs. Le roi nommera aux charges de la cou-

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ronne, mais sur la proposition du sénat. Les trésors et les joyaux de la couronne , les munitions et le matériel de guerre ne pourront sortir du royaume, sauf le cas du mariage d'un membre de la famille royale. Les impôts, les traités de paix et d'alliance, ainsi que les déclarations de guerre, ne seront décrétés que de concert avec les états. Enfin , le roi ne pourra dans les affaires de la Suède se servir ue de la langue suédoise; les Suéois ne pourront être jugés qu’en Suède par des Suédois , et d’apres la loi suédoise : toutefois, en cas de révolte dans l’un des deux royaumes, le roi peut se servir des-troupês de l’autre pour dompter les rebelles, en dédommageant le royaume qui aura fait les frais de guerre. »

Gustave - Adolphe, dans l’histoire qu’il a écrite du régné de Charles IX , parle avec le plus grand mépris de ce septemvirat , imité des sept électeurs de l'empire germanique, et imaginé par des hommes qui voulaient d'un même coup réduire à l'impuissance et le roi Jean et le duc Charles. Mais le duc n’eut pas de peine à faire ouvrir les yeux au roi , aidé qu'il était par l’orgueil indiscret de la noblesse.

lJéja en 1588, Jean avait écrit à Sigismond qu’une faction désirait l’extinction de la famille des AVasa, et que les Sparre , les Bjelke , les Baner et les Lejonhufrad , tous membres de la hnule noblesse, en étaient les chefs. Aussi, la division éclata bientôt entre les nobles et le roi.

La question des droits régaliens et les demandes de subsides fournissaient matière à des contestations sans fin. Aux demandes fréquentes du roi , le sénat répondit en se plaignant du désordre qui existait dans l'administration des deniers publics, et des dépenses immodérées faites pour des constructions sans utilité. Le roi de son côté alla jusqu’à déclarer que, si l’on ne pourvoyait de façon ou d’autre aux besoins pressants de l’armée, il se verrait contraint de mettre la main sur tous les fiefs et tous les bénéfices de la noblesse.

Ces tracasseries continuelles rendaient le roi chaque jour plus sombre et plus mélancolique. Il ne s’etait d’ailleurs séparé qu’avec beaucoup de peine de son fils chéri. Aussi , pour faire distraction à sa tristesse, il montra en toutes choses une activité qu’on ne lui connaissait pas. Il semblait vouloir régner seul ; et on le vit se mêler de tous les détails de l’administration , au point qu’on ne pouvait plus faire le moindre paiement sans lui demander les fonds nécessaires , et ainsi , au gouvernement de la noblesse, se substitua celui d'une bureaucratie composée de serviteurs obscurs et sans dignité.

Cependant le désir qu’éprouvait le roi de revoir son cher Sigismond , lui fit chercher tous les moyens de se rapprocher de lui. Après quelques négociations secrètes, on commença, vers la fin de l’année 1588, à parler publiquement d’une entrevue des deux rois, qui devait avoir lieu au printemps prochain , et dans laquelle on devait convenir des mesures à prendre contre les Russes. En même temps on exigea un emprunt, des impôts extraordinaires, et la noblesse fut sommée de faire, selon les coutumes féodales, le service personnel de ses fiefs. Le sénat s’efforça de faire renoncer le roi a cette entreprise que rien ne rendait nécessaire, et signa secrètement une protestation ; mais le roi , bien éloigné de céder, n’attendit pas même la réunion de ses troupes, et s'embarqua le 3 juillet 1589, pour Revel, où Sigismond n’arriva que quelques semaines plus tard.

Aussitôt après le départ du roi , on répandit partout que les deux rois allaient revenir en Suède, et qu’à l’exemple de Henri de Valois, Sigismond allait déserter le trône de Pologne.

Les Polonais et les Suédois avaient un intérêt commun à empêcher la réussite de ce projet.

Jean déclara x il est vrai, que son intention n’était que de ramener Sigismond en Suède , pour le faire couronner comme son successeur au trône; mais il parait qu’il avait alors l’intention de lui céder la couronne et de

le retenir en Suède sous ce prétexte.

Des le commencement du mois de septembre , les Polonais pressèrent leur roi Sigismond de revenir au milieu d’eux , attendu qu'on avait reçu la nouvelle d’une irruption desTartares sur les provinces frontières; les seigneurs suédois, de leur côté, mettaient sous les yeux de Jean la situation désastreuse du royaume, et lui représentaient combien il y avait urgence à conclure promptement la paix avec les Russes, qui, a cette époque, la désiraient aussi vivement que leurs ennemis. En même temps, les seigneurs suédois s’élevaient hautement contre le dessein de Sigismond d’abandonner la couronne de Pologne.

• Ce serait, disaient-ils, manquer à « l'honneur et à la bonne foi royale.

« Il est vrai que l’histoire nous offre « des monarques qui sont descendus « du trône, mais ils en sont desccn- « dus publiquement et en hommes « d'honneur. Il n'existe qu'un seul « exemple d’un roi qui ait quitté clan- « destinement sa couronne et son ■ royaume, c’est celui de Henri de « Valois, d’un prince qu’on ne peut être « jaloux d'imiter. Si le roi Sigismond « abandonne, comme lui, le trône de « Pologne, la Suède, déjà en guerre « avec les Russes, le sera bientôt avec « la Pologne, et les impositions en « hommes et en argent , que ces deux « guerres nécessiteront, ne pourront « pas manquer de provoquer des révol - « tes. Au reste , le roi peut être assuré « de la fidéli’é des seigneurs , qui n'é- ■■ pargneront ni leur vie, ni leur sang, « pour assurer à Sigismond la succcs- « sion à la couronne de Suède. »

Cet écrit portait soixante et une signatures, parmi lesquelles étaient celles de tous les membres du sénat :

un seul avait refusé d’v apposer son nom. Jean répondit laconiquement « qu'il fallait obéir ou chercher un autre roi. » Alors les officiers de l’armée renvovèrent au roi leurs drapeaux ; et Hogenskild Bjelkc , administrateur de la Suède en l’absence du roi, lui écrivit que le due Charles suscitait des troubles , et comme les Polonais mena-

çaient, de leur côté, il fallut céder, se séparer de Sigismond , envoyer des ambassadeurs eu Russie, et repartir pour la Suède.

Jean , de retour à Stockholm , trouva ue la dénonciation de Bjelke était épourvue de fondement; il se réconcilia donc avec Charles , et lui confia les soins du gouvernement. I.e duc, en sacrifiant une partie de sa fortune, et même en contractant îles dettes personnelles, pour subvenir aux besoins du royaume, parvint bientôt à rétablir l'ordre. Il fournit aussi à Jean tous les loisirs nécessaires pour commencer une proredure contre les principaux signataires de la protestation qui lui avait été présentée à Revel. L’affaire fut portée devant les états assemblés au commeneement de l’année 1590, et la procédure dura jusqu'à la mort de Jean, et ne fut terminée que par une amnistie générale, en 1592.

Rien que pressé par les prières de sa femme et de Sigismond lui-même , Jean ne voulut point consentir à pardonner ; il annonça qu’il voulait régner en roi absolu; alla même jusqu’à demander aux sénateurs de s’engager par serment à ne jamais s’opposer à la volonté royale , et déclara qu’il ne donnerait la paix au czar que quand celui-ci serait venu en personne s’agenouiller devant lui.

Le ezar répondit en attaquant la Finlande à la tête de 100,000 hommes.

Gustave Baner, par suite de cette agression, fut forcé d’évacuer la Livonie, et si Charles Horn, frère aîné du eélèbre Gustave Horn, n’edt pas défendu Norva avec un cou race héroïque, les possesions de la Suède à l’est de la Baltique eussent été entièrement perdues. Jean, pour toute récompense, le fit traduire devant une cour martiale, et ne lui accorda sa grâce que sur le lieu même de l’exécution.

A cette époque, Jean était de nouveau én mésintelligence avec Charles, qu’il voulait empêcher de se remarier; il finit par se brouiller avec Sigismond, parce que celui-ci avait fait la paix avec la Russie. Ce ne fut qu’à son lit

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de mort qu’il consentit 5 ne plus persécuter personne au sujet de la religion, qui était tou jours le principal objet de ses pensées. Il mourut le 17 novembre 1592, et, six mois après sa mort, sa liturgie fut abandonnée par toute la Suède, et ne fut plus suivie que dans la chapelle de sa veuve , la reine Gunilla. L’unique résultat de son règne fut de montrer à tous que la constitution de la Suède ne pouvait servir qu'a donner aux rois des velléités d’autorité absolue, aux nobles des désirs d’indépendance , et au peuple de la misère.

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