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PREMIÈRE ÉPOQUE

LA KORWRGE GOUVERNEE COM M K ROYAUME

indépendant par des rois de la race

DES YSGLINGES ET DES rOLKUNGKS.

harald //ar/hÿer(auxbeauxcheveux) (863.)

Harald aux beaux cheveux , trèsieune à la mort de son père, eut d’abord à réprimer la révolte de presque tous ses vassaux, et les soumit en peu d’années , grâce a la valeur de son général Guttorm (865-867). Plus tard, l’amour devint le mobile de son ambition : ayant sollicité la main de la princesse Gida , elle lui répondit qu’elle ne l’epouserait que lorsqu’il serait parvenu, par la soumission des autres rois, à la souveraineté absolue de toute la Norvège, comme avaient fait les rois de Suède et de Danemark. Ilarald lit alors le voeu de ne plus couper sa chevelure jusqu’au moment où il aurait conquis tout son royaume.

La bataille de liafursliord (875) , qui obligea tous les chefs indépendants il

se soumettre sans retour, et à changer le titre de konung (roi) contre ceux de iarl (duc), ou herse (chevalier) , le dégagea de son serment ; mais il en garda le surnom de Harjuger ou aux beaux cheveux. *

Cependant plusieurs familles puissantes, qui ne pouvaient se résoudre a vivre sous la domination de Harald , quittèrent la Norvège , et allèrent chercher jusque sous le pôle une terre où elles pussent vivre libres et indépendantes. L’Islande, d’après l'Islendingabock de l’exact et véridique Are Frode ( mort en 1 M8 ) , avait été découverte en 868, et Ingfiold, fils du roi de Fiord , s'y était établi en 870. Cette île, appelée d’abord SnOland, reçut un grand nombre de colons norvégiens et même suédois , qui y portèrent leurs mœurs et leur amour pour la liberté; ils y portèrent aussi la langue des Scandinaves , et , avec elle , des poèmes ou saga qui furent mieux conservés dans cette région solitaire que dans le pays où ces compositions avaient pris naissance.

Soixante ans après ce premier établissement , toutes les parties habitables de l’Islande se trouvèrent occupées. Les exilés, partisans de la liberté, leur antique patrimoine, fondèrent sous le cercle polaire une république florissante ; en 928 elle se donna un magistrat suprême qui avait le titre de laaman et présidait l 'alting ou assemblée nationale. Cette république maintint pendant plus de trois siècles son indépendance. Le christianisme pénétra dans file en 981. Frédéric, évêque saxon, et Thorwald de Walzdal y construisirent la première église.

En 1057 , l'Islande rut son premier évêque : il s’appelait Isleif, et fut sacré par l'archevêque de Brême, Adelbert. Le siège de l'évêché était à Skaiholt.

Mais revenons à la Norvège : l’Islande ne fut pas la seule terré peuplée alors par des Norvégiens; les Orcades , les Hébrides , lieltlaiid et Feroë furent aussi occupées par eux; d’autres enfin passèrent le. Kiolen, et colonisèrent la partie de la Quænje qui

ettŒ!f„ddanS la suite Helsinë'and

au ro* dont l’ambition avait • e toQtes ces révolutions, encou-

î 1 1 en. Par . succèÿ, il porta ses armes TVnpJ,aU de*:’ des frontières de la ian i efe- Harald soumit le Haloganiir. 1 Uinnmark jusqu'à la mer

<J32 c^.?- Dans les années 888 , 895 et entreprit aussi plusieurs ex- Ipk o n115 Sans Ie grand Océan , sur nio„r«*S ^Angleterre et d’Écosse. Il avr.ipUî-e” ln e" 93<L trois ans après désigné un de ses fils, nommé

Érik.

pour lui succéder en qualité de

c'1-mf r ,ul succeaer ei très p,Uprême de la Norwége". Ses audive ,,ls ’ 11 0,11 mes administrateurs de le r rs^?. Provinces , eurent cependant privilège de porter le titre de roi.

, *uf sous le règne de ce prince

», *( fils de Ragnvald, comte de

P re î,'t de Raumsdal, descendant de ?r ’ frere de Nor, et parent , par sa *nere Hildis, du roi Harald, fut banni parce qu'il a exercé la piraterie pour son propre compte ( 887 ). C’est ce Hrolf 9m ’ s'étant emparé de la seconde lyonnaise , devint le premier duc de Normandie sous le nom de Rollon.

f.RIr i*r, Blodyxe (Hache de sang).

X,e successeur de Harald était brave comme son père. De bonne heure il s’était distingué dans des expéditions lointaines; mais au courage il joignait une cruauté qui ternit sa gloire : jaloux de ses frères v et excité par sa femme Gunilde, il en tua deux de sa propre main ; le peuple indigné flétrit le fratricide du surnom de Blodyxe , Hache de sang.

Mais parmi les fils de Harald il en était un qui n'avait pas été compris dans le partage des États de son pere: c'était le plus jeune, Hakan, qui avait été élevé, en Angleterre par le roi Adelstan. Informe du mécontentement qui régnait en Norvège, il résolut de venger ses frères en renversant Érik à son profit ; et bien que la flotte que lui avait fournie le monarque anglais eût été dispersée par la tempête , et qu'il se

trouvât seul et désarmé sur la côte de IN'orwége, l’affluence fut si considérable lorsque le iarl Sigurd.administrateurdu district de Dronthcim , le présenta au peuple. qu’Érik, abandonné de tous, n'osa et ne put opposer la moindre résistance. 11 s’enfuit dans les Orondrs, où il fit quelque temps le métier de pirafe, et de là en Angleterre, où le roi Adelstan lui accorda , en 939 , le Northumberland comme fief, sous la condition qu’il embrasserait le christianisme. Après la mort d’Adelstan , Érik soutint plusieurs guerres contre 1rs successeurs de ce prince, et périt dans un combat en 952.

HAKAN Ier.

Ilakan (Haquin) affermit par sa prudence la couronne qu'il venait d'acquérir. En 910 et 941 , il reunit les hommes les plus sages du royaume pour lui donner des lois et établir la paix dans tout le pays; puis, pour le defendre contre les attaques du dehors , il fit construire des forts, établit des signaux le long- des côtes, et divisa toute la Norwége en districts maritimes, afin de pouvoir faire équiper promptement une flotte nombreuse, si les circonstances le nécessitaient.

En 943, la douceur de son administration, sa réputation de sagesse porteront les habitants du Jænitland à se détacher de la Suède pour se soumettre volontairement à sa domination; mais, dans le même temps, le comte des îles Orcades , Arfin , gendre d'Erik, refusa de lui payer l’ancien tribut , et le roi de Nonvége, occupé d’importantes innovations, ne put trouver le loisir de faire valoir ses droits. Élevé en Angleterre dans la religion chrétienne, Ilakan chercha à introduire l'Évangile dans son pays; maislepcuple, Adrien ses dieux, rendit vains tous ses efforts. » La nation »*, lui dit Asbiôrn, l’un des députés envoyés près de lui, « vousareconnu roi pour conserver scs « libertés et non pour la réduire en ser- « vitude; les dieux de la Norvv ége sont « aussi anciens que le monde ; nos pères

NORWÉGE

h les ont servis, et plutôt que d'abnn- « donner leur culte, nous renoncerons « h t'obéir. » I.c iarl Sigurd s'interposa : « I.e roi. dit-il, veut rester votre ami; o il désire que vous deveniez chrétiens, » mais il ne forcera personne. » Cette maxime de tolérance fut peu goiltéede l’assemblée, qui contraignit le roi à prendre part aux socrilic.es, à vider la coupe de Thor et à manger de la chair de cheval. Puis l'on détruisit les nouvelles églises et l'on massacra les prêtres. Le roi se serait vengé sans doute de ces violences, s’il ne s’était vu à cette époque menacé par les lils d'Erik Hache de sang, qui, secourus par ilnrald à la dent bleue, roi de Danemark , essayèrent , à plusieurs reprises, d’opérer une descente en Norvège.

Vaincus d'abord , ils surprirent un jour le roi au moment ou il n'avait autour de lui qu'un petit nombre de combattants. Cependant llakan allait encore triompher, lorsqu'il fut blessé par une (lèche. Sentant sa mort approcher, il nomma pour lui succéder les (ils de son frère Érik, en désignant particulièrement le prince liarald pour chef suprême.

Ceux-ci se mirent immédiatement en mesure de recueillir leur héritage, et s'emparèrent simultanément du pouvoir, quoique l'aîné, l/aruUl, surnommé Grafeil, ddt seul porter le titre de roi. Cependant leur puissance en Norvvége se trouvait considérablement restreinte, au nord et au sud du royaume, par de puissants vassaux, à peu près indépendants , qu’ils furent obligés demaintenir dans leurs charges, moyennant la promcssequïls II reut d'abandonner la moitié de leurs revenus.

J.e plus considéré parmi ces vassaux était le iarl Sigurd, qui possédait, à titre de fief, Drontbeim et la partie septentrionale de la Norvvége; aussi les fils d'F.rik firent-ils tous leurs efforts pour se saisir de sa personne et de ses biens. Secondés par l’astuce de leur mère Gunilde, ils réussirent a attirer le comte près d’eux, et le firent périr dans un incendie allumé par leurs mains. Mais tout le peuple de Drontbeim se souleva aussitôt que l'assas-

SOt

sinat fut connu; h sa tête se mit le iarl Hakan, lils de Sigurd, et, après une guerre qui dura trois ans, les rois furent obligés de le confirmer dans la dignité dont son père avait été revêtu. Cependant, lorsque liarald et l’un de ses frères eurent défait par trahison, en 960, deux des petits rois du midi de la Norvvége, anciens vassaux de liarald aux beaux cheveux , et se furent emparés de leurs Etats, ils réunirent leurs armes contre le iarl Hakan, qui fut également contraint, a deux reprises, en 970 et 976, (l’abandonner ses domaines. Mais aussi habile et aussi rusé qup Gunilde, il persqada au roi de Danemark, ancien tuteur du roi de Norvvége, d’attirer ce prince auprès de lui , sous prétexte de lui coder un fief, durant une famine qui ravageait alors la Norvvége. liarald Grafeil , plein de confiance, aborda en Danemark, où il trouva la mort sur le rivage (977); puis Hakan, soutenu par une (lotte danoise, s'empara de la Norvège, et régna sur le nord et le centre de cet Etat , sous le titre de vas- . sal et de lieutenant du roi de Danemark. Un prince du nom de liarald Gramske, dont le père avait été assassiné sous le règne précédent, devint maître de la partie nu ridionnle avec le titre de roi. Les frères de Harald Grafeil, retirés dans les Orcades, firent, eu 979 et en 980, quelques tentatives infructueuses pour expulser Hakan.

Celui-ci, qui avait rendu au peuple ses idoles, et se glorifiait d’avoir chassé les prêtres et restauré le culte d'Odin, était trop fort de l’affection des Norvégiens pour redouter les princes qu'il avait dépouillés. Le roi de Danemark liarald a la dent bleue, ayant équipé, en 982, une (lotte considérable, pour contraindre llakan a lui payer le tribut promis de cinquante marcs d'or et de soixante faucons, fut obligé de se réconcilier avec Hakan, qui, peu après, lui prêta des secours dans la guerre aue le Danemark soutint contre lempereur Othon U. Après avoir signe la paix avec l'empereur, liarald contraignit sou ancien lieutenant, qui, au

milieu de l’armée danoise, se trouvait à sa merci , à se faire baptiser, et à promettre d’introduire la religion chrétienne en Norvège; puis il envoya des missionnaires, et des soldats poiir appuyer leurs prédications. Mais Hakan, de retour en Norvège, abjura ses promesses, chassa les prêtres et les soldats, et, encouragé par le mariage de sa fille avec le roi de Suède, Érik le Victorieux, il se déclara souverain indépendant.

En 991, les pirates d’Iomsbourg, excités par la cour de Danemark , l'attaquèrent, mais ce fut pour essuyer une défaite sanglante. Croyant alors avoir vaincu tous ses ennemis, Hakan donna un libre cours à la violence de ses passions, et exaspéra les Norvégiens, qui trouvèrent un chef dans Olof , dont le père, Trygve, était un des rois que les fils d’Érik avaient fait périr. Abandonné bientôt de tout le monde, Hakan fut réduit à se cacher dans une caverne, où il fut assassiné, pendant son sommeil , par un de scs esclaves qui espérait obtenir une riche récompense (995).

Ce fut sous le règne du iarl Hakan qu’un Islandais nommé Erik Kccde (le Itoux) découvrit, en 982 , une côte couverte d’une riche végétation, cequi l’engagea à nommer le pays Groenland (pays vert). Les Islandais y établirent une colonie entre les 69' et 75' degrés de latitude nord. C’était la côte orientale ( l’Asterbygd ) du Groenland , qui , après être restée inaccessible pendant plusieurs siècles, a été de nouveau découverte par quelques navigateurs modernes, et notamment, en 1822, par le capitaine Scoresbv, qui y trouva au mois de juillet une chaleur très-forte et une herbe fort épaisse. Leif, fils d’ Érik Roede, introduisit le christianisme au Groenland. Dans le dixième siècle, ce pays, ainsi que l’archipel des îles Feroè, fut soumis par les Norvégiens.

Ce même Leif, à oui le Groenland doit la connaissance du christianisme, découvrit au sud de ce pays une autre contrée arrosée par des fleuves riches en saumon et couverte d'une espèce

de blé sauvage, ainsi que d’une plante dont les fruits ressemblaient au raisin. Pour ce motif, Leif nomma le pays Winland. On n’y établit pas de colonie, mais, en 1121, un évêque groenlandais le visita. Le Heimskringler de Snorro Sturleson parle du jour le plus court comme ayant huit heures dans ce pays; ce qui indique le 49' degré, latitude qui répond a celle d’un district situe sur la rive méridionale du fleuve Saint-Laurent, et portant le nom de Gaspé, lequel était anciennement habité par une tribu d’indigènes adorateurs du soleil, et parvenus à un degré un peu plus élevé de civilisation que les autres Indiens. A l’arrivée des missionnaires chrétiens, une partie de cette peuplade vénérait la croix, et conservait le souvenir d’un saint homme qui avait fait connaître ce signe à leurs ancêtres qu’il avait guéris d’une maladie contagieuse. Si ce saint homme, dit M. Sclioell (*), était l’évêque groenlaridais de 1121, et si Gaspe était le Winland de Leif, l’Amérique aurait été découverte près de cinq siècles avant Christophe Colomb.

OLOF TBYCVASOJT.

Olof Trygvason était arrière petitfils de HafaliDaux beaux cheveux. Il avait été pendant sa jeunesse en butte à de nombreuses vicissitudes et réduit à courir les aventures , cor ses ennemis avaient constamment cherché depuis sa naissance ( 969 ) à lui ôter la vie. Il avait connu le christianisme en Saxe, et en avait étudié les dogmes en Grèce, sans cependant l’embrasser encore. Dans la suite, exerçant le métier de pirate, il fut poussé contre l’une des îles Sorlingues , près des côtes du Cornouailles, et trouva là un moine qui lui prédit qu’un jour il régnerait sur la Norwége, et le baptisa. De là il se rendit dans les Orcades, y prêcha le christianisme le glaive a la main, puis passa en Norwége , se mit à

(*) Cours d’hisloire des Étais euro née tu , L II, p. 3ud,

NORWÉGB. 51 1

la tête d’une faction , et monta sur le iarl Ilakan , à se réunir à Suénon con-

trnne après la mort de Ilakan. Son principal soin fut alors de convertir ses sujets. Il y parvint en mariant ses sœurs à quelques chefs, et en donnant aux autres les terres enlevées aux récalcitrants. D’autres encore furent contraints par des menaces et même par des tortures, et il fit mettre à mort plusieurs des païens les plus obstinés. Il était assisté par le prêtre saxon Thangbrand, qui lui avait le premier fait connaître l'Evangile. Saint Martin de Tours fut proclamé patron de la Norvège. Olof détruisit le grand temple de halda , et fonda , en 997, Nitharos ou Drontheim, qui devint la capitale du royaume.

La rigueur déployée par le roi dans ses travaux apostoliques excita partout le mécontentement et provoqua même des révoltes, surtout dans le Helgeland, la province la plus populeuse de la Norvvége. Néanmoins, il se serait probablement maintenu sur le trône , s’il n’edt été attaqué inopinément par des ennemis étrangers, à l'instigation de deux femmes. L’une d'elles était Sigrid, épouse répudiée d’Erik IV le Victorieux, roi de Suède. Olof avait demandé sa main, et Sigrid, qui avait consenti à cette union, s’était rendue auprès de lui en'Norwége. Mais dans l’entrevue qn’ils eurent ensemble à Kongelf, Olof exigea qu’elle se fit chrétienne; et la reine s v étant refusée, l’apôtre couronné la frappa au visage avec son gant, en l’accablant de paroles injurieuses. Il alla plus loin, il la fit saisir et plonger dans la mer. Sigrid, furieuse , jura de se venger, et elle tint parole.

Olof, après cette scène scandaleuse, avait épousé Thira, soeur de Suénon, roi de Danemark, qui avait abandonné son premier époux Rurisleif ou Bogislas, roi des Vandales, avec la fille duquel Olof avait élé précédemment marié. Cet événement irrita Suénon, excité d’ailleurs par Sigrid qu’il avait épousée ; celle-ci , d’un autre côté, engagea Olof Skôtkonung, roi de Suède, fils qu’elle avait eu de son premier mariage, ainsi que le iarl Erik, fils du

tre OlofTrygvason. L’occasion d’attaquer ce dcriiier se présenta en l’an 1000.

Olof avait alors entrepris un voyage dans le pays des Vandales , pour y réclamer quelques propriétés que son épouse possédait dans i’île de Rugen, et qui avaient été séquestrées après sa fuite. Les alliés épièrent le moment de son retour. Comme il ne s’était pas attendu à leurs hostilités, sa fiotte était dispersée au loin lorsqu’ils parurent. Cependant il ne put se résoudre à prendre la fuite , et il commença le combat avec le petit nombre d'embarcations qui se trouvaient près de lui.

Mais se voyant , après une résistance opiniâtre, sur le point d’être fait prisonnier, il se précipita dans la mer où il est probable qu’il périt, quoique plusieurs aient cru qu’il était parvenu à se sauver, et qu’il avait entrepris un pèlerinage apres lequel il était entré dans un monastère.

Après la victoire navale de Swoelderœ (1000), les alliés se partagèrent la Norvège. Le roi de Danemark obtint la partie méridionale; cejui de Suède, celle qui avoisinait ses Etats; et sur les autres régnèrent deux fils du iarl Hakan, qui reçurent encore en fiefs la plus grande partie des lots échus aux deux monarques. Ces princes se concilièrent le dévouement du peuple par leur conduite sage, et surtout par leur tolérance. Mais , après quelques années de règne , Erik , rainé aes deux frères, m'ourut dans une guerre contre l’Angleterre, guerrequ’il avait été obligé d’entreprendre en sa qualitéde vassal du roi de Danemark, Canut le Grand.

olof il Diggra (le Gros.)

Ce prince, fils de Harald Granske, et qui fut surnommé après sa mort Olof le Saint, putalors prétendreà la couronne, en sa qualité de descendant de Harald aux beaux cheveux. Depuis sa plus tendre jeunesse, Olof, comme tous les princes du Nord, s’était adonné à la piraterie et aux courses aventureuses.

Ainsi , un jour, il péuétra jusque dans

le lac Mælam. 11 était sur le point d'être fait prisonnier par le roi Olof Skœtkonung , qui avait fait fermer derrière lui le passage de Stoeksund , là où la ville de Stockholm se trouve actuellement située, lorsqu'il s'avisa, dit-on, de faire creuser, pendant la nuit, un canal par lequel il parvint à gagner la pleine mer. Il prit part également aux expéditions dirigées contre l'Angleterre, et ce fut dans ce pays qu’il se procura, par le pillage, tout ce qui lui était nécessaire pour son entreprise contre la Norwége. I.es guerriers norvégiens ne dédaignaient point de joindre la ruse au courage: Olof, de retour dans sa patrie, parvint par ce moyen à se rendre maître de la personne du jeune prince llakan.fils d’Erik , auquel il ne rendit la liberté qu’après l’avoir obligé à renoncer à toutes ses prétentions sur la couronne. Mais il échoua dans une semblable tentative dirigée contre Sven, oncle de Uakan, quoiqu’il l’eût vaincu dans un combat naval en 1015. Sven lui échappa par la fuite.

Cependant Olof fut unanimement reconnu roi de Norwége à Drontheim, qui d’abord avait été destiné à devenir une ville, mais qui, dès ce moment, devint une résidence royale. Le nouveau roi porta tous ses soinsà améliorer les anciennes lois, et à en créer de nouvelles, qui avaient surtout pour but de favoriser la propagation du christianisme; car Olof le Gros était zélé chrétien. l.es moyens qu'il employa pour opérer des conversions furent plus efficaces que ceux auxquels ses prédécesseurs avaient eu recours. Sans renoncer entièrement aux voies de rigueur , ii établit des institutions pour faire connaître au peuple les vérités de l’Evangile, et donna aux églises une organisation plus stable par l’établissement du kristinrett (droit ecclésiastique), dont il confia la rédaction à l’évêque anglais Grimkild.

Olof eut plusieurs différends avec Olof Skcctkonung, roi de Suède, qui voulait faire valoir ses droits sur la partie de la Norwége qui a appartenu plus tard à la Suède, sous le

nom de province de Bohus, et en 1024 il épousa Astride, fille de ce monarque,’contre la volonté de son père.

La sévérité avec laquelle il traitait ceux de ses sujets qui n’avaient pas encore abandonné le culte des idoles, fit soulever contre lui cinq des petits rois qui l’avaient aidé à parvenir au trône ; mais Olof découvrit leur projet, les surprit à l’improviste, puis exila les uns, priva les autres de la vue, ou leur lit arracher la langue.

Cette conduite lui réussit d'abord ; niais ses victimes s’étant réfugiées auprès de Canut le Grand , qui régnait sur le Danemark et sur l’Angleterre, engagèrent ce prince à replacer la Norwége dans la dépendance où elle était jadis du Danemark. Canut envoya d'abord un ambassadeur à Olof, en î 028 , pour lui signifier de se regarder à l’avt nir comme son vassal. Olof rejeta dédaigneusement cette prétention, et conclut une alliance, en 1020, avec son beau-père Anund, roi de Suède, pour se mettre en état de résister; niais, abandonné de tous les siens, il fut contraint de quitter ses États, que Canut conquit sans peine en 1031. Forcé de fuir, Olof se retira en Russie, tandis que Canut , resté maître de la Norwége, s’en faisait proclamer roi, et fondait à Mimkholm, près de Drontlicim , le premier monastère de bénédictins. II se croyait sûr du trône, quand Olof, qui songeait à se rendre à Jérusalem pour y embrasser l’étal monastique , crut recevoir dans un songe un ordre du ciel qui lui enjoignait de retourner en Norwége.

Anund, roi de Suède, lui fournit dos troupes, et beaucoup de Norwégiens se réunirent à lui. Bientôt son armée s’éleva à plus de trois mille hommes, quoiqu’il refusât tous ceux qui n’étaient pas chrétiens ou qui ne voulaient pas le devenir. Dans sa ferveur religieuse, il avait fait peindre une croix sur les casques et sur 1rs boucliers de ses soldats, et leur avait donné pour cri de guerre : « En avant, soldats du Christ, de la croix et du roi. » S’en reposant sur la justice dr sa cause, il ne voulut pas attendre un

NORWftGE.

renfort qui devait le rejoindre, et il marcha contre ses ennemis , bien que ceux-ci fussent deux fois plus nombreux. Il les attaqua à Stikiarstud.

Avant In bataille, il appela près de lui trois poètes islandais qui faisaient parti de sa suite, et leur recommanda de transmettre à la postérité le souvenir de ce qu’ils verraient dans ce jour.

Olof dut céder au nombre ; son armée fut taillée en pièces, et lui-même périt dans le combat, le 20 juillet 1030. Deux de ses poètes tombèrent à ses cotes; le troisième, blessé à mort, chanta un poème en l'honneur de son roi , avant d’arracher la flèche dont il était percé. Quelques années après la mort d’OIof, son corps fut déterré et enfermé dans un riche cercueil , et ce prince fut canonisé et proclamé patron et seigneur suzerain ae la Norwége. Pendant plusieurs siècles, les habitants de la Norwége et de la Suède lui payèrent un tribut.

Malgré la victoire de Canut, le moment n’était pas encore arrivé où le joug danois devait s’appesantir sur la Norwége. Peu de temps avant la bataille de StikTarstad , Canut, qui alors portait trois couronnes, en avait confié une à son fils naturel, Suénon, qu'il envoya en Norwége pour gouverner ce pays comme roi, et, en 1033, il battit un lils d’OIof I", qui voulait faire valoir ses prétentions a la couronne. Mais Suénon opprima le peuple, qui rappela de Russie, où il s’etait réfugié, le fils de saint Olof, Magnus Pr, et, en 103G, il força Suénon à se réfugier en Danemark’, où il mourut l'année suivante.

MAGNIIS Ier.

Magnus parvint fort jeune au trône, et, dès le commencement de son règne, il rencontra un adversaire dans Harde Knut, qui, après la mort de son père, Canut le Grand, prétendait avoir des droits au trône de Norwége. Toutefois ce danger fut écarté par une convention stipulant que les deux rois s’engageaient à rester amis, et que si l’un d’eux venait à mourir sans ea-

33* Lirraison. (Norwf.ge.)

fants, le survivant hériterait de son royaume. Cette paix avait été conclue en 1042, l’année même où Harde Canut mourut. Magnus se rendit aussitôt avec une flotte en Danemark, où il fut reconnu roi sans opposition; mais un prince danois, nommé Suénon Estridson, qu’il choisit pour gouverner en son absence, se rendit bientôt indépendant. Dans le même temps, Harald Hardrade (ou le Sévère), frère utérin d’OIof, était revenu de ses courses de pirate, où il avait amassé de grandes richesses; il réclama une partie du royaume de Norwége, que Magnus consentit, en 1046, à lui abandonner, sous la condition de partager avec lui ses trésors. Cependant la bonne intelligence ne fut pas de longue durée entre ces deux princes, et peut-être une guerre aurait-elle éclaté, si Magnus n’était mort l’année suivante (1047), pendant une expédition contre le Danemark et par suite d'une chute de cheval. Le surnom de Bon lui avait été décerné en récompense de quelques sages lois qu’il avait rendues. Sentant sa mort approcher, il envoya un message à Suénon Estridson, pour lui annoncer qu’il lui cédait ses droits à la couronne de Danemark.

harald Hardrade ( le Sévère. ) (1047.)

Harald, qui à la mort de Magnus était devenu seul roi , ne voulut pas reconnaître ce que son prédécesseur avait stipulé relativement au Danemark , et la guerre continua longtemps avec des chances diverses, qui amenaient toujours la mort de quelques braves et la désolation des deux pays.

En 1054, Harald jeta les fondements d’OpsIo (actuellement la ville de Christiania), afin de faciliter ses expéditions contre le Danemark. Elles obtinrent peu de succès, car, en 1062, il faillit être fait prisonnier dans un combat naval qu’il perdit, et bientôt le mécontentement de ses sujets le força de conclure la paix (1064). Mais ce ne fut pas

Pour demeurer longtemps en repos; occasion se présenta bientôt de renou-

veler la guerre. Toste, frère dcHarald Goiivinsson , roi d’Angleterre, voulant tenter de s’emparer de ce royaume, demanda des secours au roi de Norwége.

Harald le Sévère équipa immédiatement une (lotte, et opéra une descente dans le nord de l’Angleterre, ayant emporté les ongles et les cheveux de saint Olof pour s’assurer la victoire.

Il se rendit aisément maître de tout le pays jusqu'à York; mais près de cette "ville, à Stanfortbridge, il fut attaqué par une armée supérieure en nombre, au moment où ses soldats avaient déposé leurs armes , accablés qu’ils étaient de la chaleur du jour. Harald ne voulut pas leur permettre de retourner à leurs navires pour s’armer complètement , et , grâce au courage indomptable de ses Norwégiens, il voyait déjà la victoire pencher en sa faveur, lorsqu’il fut blessé par une (lèche ( le 25 septembre 1066). Sa mort entraîna 1a perte de la bataille; un petit nombre seulement de Norwégiens put regagner les vaisseaux; la (lotte elle-même fut cernée par les Anglais, et Olof, fils de I (arald, se vit obligéd’acheter la paix par l’abandon de la plupart des bâtiments et de tous les trésors de son père.

Harald laissait deux fils qui se partagèrent le royaume ( 1067); mais l’un d'eux, Magnüs II, ne vécut que jusqu’au 28 avril 1069, et Olof III, surnommé Kyrre ou le Pacifique, resta seul roi, et se rendit célébré par ses efforts pour adoucir les mœurs grossières de son peuple. Désirant favoriser l’industrie, il iutroduisildes corporations ou jurandes, qui, par la suite, troublèrent la tranquillité publique; il jeta les fondements de la ville de Bergen vers l’année 1070 et encouragea le commerce; enfin il essaya le prunier d’abolir l’esclavage en Norwége , en ordonnant que dans chaque district il devait, chaque année, être affranchi un serf, dont le

{>rix serait payé au maître par tous les labitants réunis. Ces affranchis, qui s’établissaient ensuite dans les villes et y exerçaient différents métiers, contribuèrent beaucoup à augmenter la classe des artisans. Olof mourut le 22 septembre 1093.

magnus ni Barvod (aux jambes nues.)

Magnus, fils d’Olof, dut son surnom a ce qu’après lu conquête des fies écossaises, il portait quelquefois le costume des montagnards de l'Ecosse pour se rendre agréable à ses nouveaux sujets. Ce prince fut, à la mort de son père, proclamé roi dans le midi de la Norwege; mais, dans le nord , on choisit son cousin Hakan, fils de Magnus Haraldson. La mort de ce compétiteur (1095) le laissa seul maître de la couronne; il entreprit alors plusieurs expéditions contre l’Ecosse et l’Irlande, et conquit les îles Hébrides, Orcades, d’Anglesey et de Man, dont il forma, en 1098, un Etat particulier qu’il donna à Sigurd, son fils, sous le titre de Royaume des lies. Il fut moins heureux comre la Suède; vaincu en l’an 1100, il soutint quelque temps encore la guerre, et, lors de la conclusion de la paix , il obtint pour épouse Marguerite, fille du roi Inge, qu’on appela pour cette raison la Vierge de la paix {FridkuUa). Cependant Magnus, qui ne pouvait se plairedans le repos, entreprit une nouvelle expédition t'entre l’Irlande en 1102, et s’empara même de Dublin; mais s'étant un jour hasardé imprudemment pour aller reconnaître une troupe ennemie, il fut attaqué à l’improviste, et périt le 24 août 1103, après la plus courageuse résistance.

Comme il ne laissait point d'enfant légitime, le royaume fut partagé entre ses trois fils naturels , Sigurd 1" , Eystein Ier (Augustin Ier) et Olof. Mais peu d’années après, en 1107, Sigurd, avec soixante vaisseaux et dix mille aventuriers norwégiens, entreprit une croisade en terre sainte.

Il ravagea, en 1108, la côte du Portugal qui appartenait encore aux Mores, et pilla même Lisbonne; ensuite il aborda aux îles Baléares, et y fit un immense butin. Après avoir passé quelques jours avec Roger II, comte ae Sicile , qui le reçut comme un compatriote, il débarqua à Joppé, visita Jérusalem, et contribua à la prise de

NORWÉGE

Sidon, qui se rendit le 19 décembre 1110. Puis ii alla dans Plie de Chypre, et, en 1 1 1 1 , à Constantinople. Traité avec magnificence par Alexis I*r Comnène, il lui fit présent de ses vaisseaux, et congédia son armée qui , pour la plus grande partie, entra dans le corps des Varangues. De Constantinople, ii se rendit auprès de l’empereur Henri V, et arriva enfin auprès de Nicolas , roi de Danemark. Cette pieuse entreprise lui valut le surnom de Jorsala/arare , ou pèlerin de Jérusalem.

Il revint en l'année 1 1 i l , apportant avec lui, entre autres objets précieux , un morceau de la vraie croix. Pour la conservation de cette sainte relique, qui devait protéger, pensait-il, la Norxvége contre toute attaque étrangère, il fit construire la nouvelle église de Rongelf.

Par la mort de ses deux frères F.ystein et Olof , 1 1 1 0 et 1 1 26 , Sigurd se trouva seul roi de Norvège. Son règne, peu fécond en événements, ne fut troublé que par une guerre avec la Suède, et par l'apparition d’un compétiteur à la couronne. C’était Harald Gille, qui se disait fils naturel de Magnus aux jambes nues. Les droits de sa naissance furent en effet reconnus après qu'il eut prouvé juridiquement-, en marchant sur un 1er rouge, qu’il était bien le fils de Magnus , et après avoir juré de ne jamais chercher à faire valoir ses prétentions sur la couronne tant que Sigurd ou son fils Magnus vivraient. Sigurd mourut le 26 mars 1130, âgé de 40 ans.

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