‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 10 sur 130 · LES PERFECTIONS INVISIBLES DE DIEU · texte numérisé non relu

LES PERFECTIONS INVISIBLES DE DIEU

La science enfle, mais la charité édifie.

1 CoB. 8.

Si la science ne mène pas à la charité, elle n'est qu'un piège et «me occasion de ekuie.

Le Créateur de toutes choses a façonné notre esprit de telle -sorte que nous brûlons du désir de franchir le cercle éti'oit qu'éclaire la lueur vacillante de notre intelligence. Notre curiosité est intarissable, elle nous pousse constamment à étendre les limites de notre science. Nous errons comme à tâtons dans les domaines inconnus qui nous entourent, cherchant à y poser un pied ferme et à y faire de nouvelles conquêtes. Excité encore par l'activité fébrile qui règne actuellement, le savant plonge avec audace dans des profondeurs effrayantes, et en retire avec une insatiable avidité des secrets étranges que la nature nous a dérobés pendant des milliers d'années.

Les connaissances que l'homme possède déjà ne font que le stimuler à en acquérir davantage. Une soif brûlante le dévore, rien ne le satisfait ; une secrète espérance, un puissant pressentiment que les mines les plus riches sont encore à découvrir le pousse irrésistiblement en avant; il court sans s'inquiéter des obstacles, il cherche sans se laisser rebuter par les peines. Semblable à ces aventuriers du moyen âge qui, se sentant à l'étroit dans l'ancien monde, poussés par la soif de l'or, de la gloire et des aventures, s'embarquèrent snr des océans inconnus, et, bravant des éléments qu'ils ne parvenaient qu'avec peine à maîtriser, allèrent à la découverte de pays nouveaux, il lance à son tour sa barque sur des mers dont les bords seuls -ont été explorés, et, les voiles enflées par l'ambition et la eu-

GHAP. UI. CULPABILITÉ D£ L'HOMliE 31

riosité, ces vents alizés de Tâme, il se laisse emporter à la recherche de nouvelles contrées. Chacun espère, comme le grand navigateur, entendre au bout de son voyage les cris réjouissants de : « Terre ! terre î >

La plupart des hommes, comme ces aventuriers dévastateurs, n'ont posé le pied sur ces nouveaux terrains que pour piller et dérober. Ds ne cherchaient des trésors que pour satisfaire leur avidité de richesses intellectuelles. Ils ne songeaient qu'à faire parade de leur science, afin d'attirer l'admiration et l'encens de leurs semblables, n'adorant pas Celui qui est le dispensateur de ces trésors, Celui qui les a tous créés et auquel ils appartiennent tous. Ds ne lui ont pas rendu l'intérêt légitime ni le tribut d'honneur et de gloire dont ils lui étaient redevables pour la possession de ces biens. Comme des enfants ingrats, ils se sont emparés de ces dons sans aucune reconnaissance ; labondance même de ces dons n'a servi qu'à leur faire mépriser le Donateur, et à les rendre plus durs encore et plus ingrats qu'ils ne Tétaient auparavant. La conséquence naturelle d'une pareille conduite est évidente : les sciences, au lieu de les rapprocher de Dieu, les en ont éloignés. Cette influence a été si puissante que beaucoup de savants chrétien^, surtout en Allemagne, ont affirmé qu'il n'existait pas de preuves de l'existence de Dieu. D'autres, qui ne se portent pas à cette extrémité, croient néanmoins que la création visible ne peut jamais révéler à l'homme le caractère ou les attributs de leur Créateur. Or la parole de Dieu affirme le contraire ; écoutez ce qu'elle nous enseigne par la bouche du plus grand des logiciens. La colère de Dieu, dit St Paul, se déclare du ciel contre toute l'impiété et l'iiy'icstice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive. Parce que ce qui se peut connaître de Dieu a été manifesté parmi eux. Dieu le leur ayant manifesté. Car les perfections invisibles de Dieu, tant sa puissance éternelle que sa divinité, se voient comme à VœU depuis la création du monde dans ses ouvrages, de sorte qu'Us sont inexcusables. Ayant connu Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces; mais ils sont devenirs vains en leurs discours, et leur coeur, destitué d'iyiteUigence, a été rempli de ténèbres.

Le reproche xjue le Saint des saints adressait à l'humanité idolâtre, il y a près de 2000 ans, d'avoir fermé volontairement les yeux à la lumière de la nature, ce reproche ne s'adresse-t-il

33 ÉCONOMIE MiLTÉRIELLE - PREMIÈRE PARTIE

pas aassi aux hommes de notre époque ? Avons-nous su reconnaître mieux que nos pères les perfections invisibles de VEternel dans les œuvres de la création? Avons-nous su déchiffrer mieux qu'eux sa divinité, sa puissance, sa sagesse, sa bonté, sa justice, toutes ses qualités invisibles? Et cependant il déclare les y avoir manifestées. Si nos pères étaient déjà sans excuse aux yeux de Dieu, le serons-nous moins? Nous ne le croyons pas. Nos pères peuvent alléguer, en leur faveur, qu'ils n'avaient pas la lumière de TEvangile pour les éclairer et les guider. Mais nous, quelle excuse pouvons-nous donner de ce que, .même avec cette lumière, nous n'avons pas reconnu dans la création les perfections invisibles du Créateur? Humilionsnous donc profondément et reconnaissons nos torts vis-à-vis du Souverain céleste. Ouvrons les yeux, et cherchons d'un cœur sincère s'il ne nous est pas possible d'entrevoir les choses qu'il nous dit avoir révélées dans ce volume mystérieux. Que l'homme qui désire la science la demande à Celui qui a créé la nature pour être comprise et l'intelligence pour la comprendre.

C'est une noble chose que la science, mais, si elle n'est pas sanctifiée et vivifiée par la charité et l'humilité, elle devient pour l'âme une cause de corruption et de mort.

Les sciences en général n'ont fait de progrès que depuis que les hommes se sont appliqués à une étude rigoureuse de la nature. Toute étude spirituelle synthétique devra suivre la même marche, pour arriver à des connaissances réelles. Tant que l'homme voudra s'appuyer sur son imagination, il n'enfantera que des songes creux. L'intelligence humaine s'est surtout employée, ces derniers temps, à examiner avec minutie les constructions si compliquées de la nature. Puis, comme l'industrieuse fourmi, on a mis tous les soins imaginables à rassembler une foule de débris d'animaux, de plantes et de minéraux, on les a classés, triés et analysés, et on s'est imaginé qu'on avait fait tout ce qu'il était possible à l'homme de faire. Mais si les études qui s'attachent à ces débris d'une nature morte peuvent à elles seules faire les délices et la gloire de la génération présente, combien notre ravissement eût été plus grand, si, comme la prévoyante abeille, nous avions su tirer de la nature vivante un doux nectar, pouvant servir à la nourriture de notre âme et au développement de notre intelligence?

Sous l'influence d'une réaction contre les spéculations infructueuses des siècles passés, et comme d'un commun accord, près-

Page 1