GHAP. III. CULPABILITÉ DE L'HOMME
que tous les savants de notre époque ont porté leurs regards en arrière, cherchant à pénétrer de degré en degré jusqu'aux origines de la création. Mais toute vie a un avenir aussi bien qu'un passé. Détournons-nous donc un moment des sombres demeures de l'empire des morts, pour contempler les riantes rives de l'avenir ; essayons de tourner les pages qui contiennent les prophéties des temps futurs, et déchiffrons-les avec cette attention qui a couronné de tant de succès les fouilles des géologues parmi les débris des siècles passés. Oui, portons nos regards en avant comme on les a portés en arrière, et nous verrons que ce livre si profond, si sage de la nature offre autant de secours pour nous guider dans cette nouvelle voie que dans celle qu'on a suivie précédemment.
Quoi ! n'oserons-nous pas demander quel est le fruit de toute la terre, comme le laboureur demande quel est le fruit d'un arbre ou d'un champ? Le fruit du monde entier sera-t-il moins important à connaître que celui d'une de ses parties?
Chacun sait qu'on peut étudier l'homme à deux points de vue très différents. On peut étendre son corps sur une table, et, le scalpel à la main, en disséquer l'intérieur, faire l'anatomie et l'analyse des diverses parties qui le composent.Ou bien on peut Tétudier vivant, actif, comme roi de la création fait à l'image de Dieu, méditer son histoire passée et sonder ses destinées futures. D en est de même de la nature : on peut en faire l'analyse et l'anatomie, ou l'étudier vivante et active danssesrapportsavec l'homme.
Dans une dent, par exemple, le naturaliste considère nonseulement quelle est sa composition chimique, mais surtout l'usage auquel elle a servi pendant la vie de l'animal ; il se demande si elle était destinée à déchirer une proie vivante ou à broyer une nourriture végétale. De même, quant à la nature, nous considérerons non pas sa composition chimique, mais sa vie et ses fonctions à l'égard de l'homme.
Quand un artiste se trouve en présence de l'œuvre magnifique d'un grand peintre, il n'étudie pas le nombre de fils que contient la toile, ou les quantités d'azote et de carbone qui entrent dans la composition des couleurs, mais le sujet que la main du maître a tracé, les sentiments qu'il veut réveiller ou la morale qu'il enseigne. C'est à la pensée qu'il s'attache, et non à la matière. Ainsi dans le magnifique tableau que la nature déroule à nos yeux, œuvre du plus grand des artistes, nous ne nous occuperons pas de la composition chimique du tableau, mais de la pensée du divin compositeur. 8