‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 101 sur 130 · CH. XVTI. LA PATERNITÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

CH. XVTI. LA PATERNITÉ DE DIEU

Il s'agit ici de lois immuables déterminées pai- îa nature, et non d'images que l'on peut étendre ou rétrécir à volonté selon le caprice des interprètes. L'influence de Dieu sur un homme ne peut pas plus le transformer en enfant que l'influence d'un homme sur un animal ne transforme ce dernier en son enfant. Ainsi on ne peut être enfant de Dieu sans posséder en toute propriété une partie de la substance divine et sans être animé d'une âme analogue à la sienne.

Dieu est impuissant à créer un être qui vive d'une vie divine, tout comme un homme est impuissant à façonner une œuvre qui vive d'une vie humaine. Ainsi Dieu ne peut pas créer un être qui soit vivant à ses yeux, un être qui possède une âme semblable à la sienne ; il ne peut que l'engendrer. Cette déduction, que nous donnent les lois de la nature, confirme d'une manière évidente cette vérité déjà signalée : Dieu ne peut créer un être libre qui soit bon, vertueux ou saint ; il ne peut que l'engendrer.

Il ne faut pas oublier que pour Dieu le mot « vivant » a une signification tout autre que pour l'homme. Pour le Créateur, il désigne une vie divine, une vie semblable à la sienne. Pour l'homme, il ne désigne qu'une vie analogue à la vie humaine, soit végétale, soit animale, car son corps renferme les deux vies. Un homme peut être vivant aux yeux d'un autre homme bien qu'il soit mort aux yeux de Dieu, Nous désignons aussi par le terme « les morts » les hommes qui ont quitté la terre» lors même qu'ils sont beaucoup plus vivants que nous. Ainsi le mot de * vie > signifie pour Dieu tout autre chose que pour les hommes ; néanmoins les deux points de vue sont parfaitement analogues, quoique non identiques. La manière de juger de l'homme est une image de la manière de juger de Dieu ; Tune se révèle par l'autre.

Dans l'autre monde les lois de la génération sont aussi invariables que sur la terre. Et comme chaque être vivant, soit plante, soit animal, produit toujours des êtres selon son espèce, de même Dieu ne peut avoir pour enfants que des êtres destinés à être des dieux. Ils doivent être doués des mêmes sen^ que leur Père céleste ; ils doivent être de la même nature et de la même substance que lui, partager son rang et ses biens.

Tous les hommes sont des créatures du Souverain tout-puissant ; ils sont tous l'œuvre de ses mains. Il les a façonnés d'une substance étrangère à la sienne : premièrement de substance

terrestre, puis de substance spirituelle. Aussi longtemps qu'ils demeurent dans l'état où ils ont été créés, ils ne peuvent être vivants aux yeux de Dieu, car ils ne sont animés que de forces. Mais ce n'est pas la volonté de l'Eternel que les hommes restent créatures. Ayant été faits à son image, ils doivent comprendre que leur destinée est de devenir identiques avec lui. Or, pour devenir un avec Dieu ou comme Dieu, il faut posséder la môme substance que lui et être animé d'une âme semblable à la sienne. Pour opérer cette union, Dieu doue chaque homme d'une âme spirituelle, puis il lui offre son Saint-Esprit ou une partie de sa substance. Les uns Tacceptent et deviennent par là ses enfants, les autres refusent et restent dans la position de créatures. Les premiers acquièrent la substance d'un monde supérieur et passent du monde spirituel au monde divin. C'est la seconde naissance ou une résurrection d'entre les morts. Les seconds au contraire, perdant leur âme spirituelle, se rendent incapables d'accepter des dons plus élevés, et demeurent dans l'empire inorganique du monde des esprits. Ces derniers ont non seulement une âme de moins que les premiers, mais ils sont encore d'un monde inférieur. A l'égard des enfants de Dieu ils sont ce qu'un anima^ est à l'homme ; car l'animal est, quant au spirituel, d'un monde inférieur à l'homme.

La première naissance dépend de la chair et du sang ou de la volonté de l'homme, tandis que la seconde naissance ne dépend que de Ui volonté du Père céleste ; néanmoins l'une est l'image de l'autre. Ainsi les lois de naissance, de vie et de mort sont les mômes pour le monde spirituel que pour le monde matériel. La loi ne change pas d'un monde à un autre, ce n'est que l'élément qui varie. Pour appartenir au monde divin, il est aussi nécessaire de recevoir la substance spirituelle que, pour être du monde matériel , il est indispensable d'avoir reçu la substance terrestre.

Comme nous l'avons déjà remarqué (Livre I, Chapitre IV, Il 2 et :i) , la nature nous présente deux modes de génération. La première est une section pure et simple ; la seconde repose de môme sur le principe de la section, mais elle se présente sous une forme plus compliquée, déterminée par les sexes. Ce second mode ne peut exister que quand il y a une multitude d'individualités ou de cellules réunies, formant des communautés avec division de travail. L'analogie nous enseigne que, puisque le souverain Créateur de toute vie est seul de son espèce, il ne

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