GH. XIX. ORGANISATION DE L'ÉGLISE, ETC
pris naissance. Tout se décide pour lui dans l'espace des neuf mois passés dans le sein de la mère, et ces neuf mois d'une vie de prison impriment à chaque organisation humaine son cachet particulier. Que ce temps est important, et combien son effet est extraordinaire I
La même loi se répète dans le monde spirituel. Les quelques années passées au sein de ce monde > l'organisation que nous nous donnons ici-bas, décideront de nos facultés et de notre position spirituelles. Si nous naissons au monde des esprits riches ou pauvres, intelligents ou bornés, doués de facultés et de talents ou peu doués, — tout ce que nous posséderons dans l'éternité dépendra de l'organisation que nous nous serons donnée pendant ces quelques mois passés au sein de ce monde. La cause parait, comme chez l'enfant, hors de proportion avec la grandeur et l'importance du résultat. Il est effrayant de penser qu'à chaque tic-tac de la pendule nous imprimons à notre âme spirituelle un mouvement dont l'eflfet n'aura point de fin , dont l'importance est incalculable et la valeur infinie. Chaque instant perdu nous privera d'une qualité, d'une fortune, d'un bien dans Tautre monde , et cette perte fera que nous y serons moins doués que nous n'aurions pu l'être.
Ainsi la mesure des dons que chacun recevra ci-après dé pendra de son organisation spirituelle, c'est-à-dire de samora lité ou de sa conduite sur la terre. Nous le répétons, le résulta paraît hors de proportion avec la petitesse de la cause. Néan moins Dieu sera justifié aux yeux du monde entier, s'il ne dis pense pas ses faveurs à tous également, car il n'y aura chez lui aucune acception de personnes, et le jugement du Souverain rendra à chacun selon ses œuvres. Dans ce monde la justice divine n'est pas toujours visible, et l'on entend bien des murmures. Mais dans l'autre monde tout sera visible et tout sera connu. Chacun récoltant ce qu'il aura semé, comment osera-ton se plaindre ?
La mesure de fidélité avec laquelle les hommes gèrent les dons qu'ils ont reçus ici-bas est fort diverse. Par exemple, l'un est très fidèle dans l'emploi de son intelligence et moins à l'égard de ses forces corporelles ; en conséquence il naîtra dans l'autre monde plus intelligent que fort. Chez un autre ce peut être l'inverse: il est plus fidèle avec ses forces corporelles qu'avec son intelligence; celui-là naîtra dans l'autre monde corporellement fort» mais intellectuellement faible. Un autre aura été plus fidèle
avec ses yeux qu'avec ses oreilles; il naîtra dans l'autre monde avec le sens de la vue beaucoup plus développé que celui de Touïe. De même celui qui aura été plus fidèle avec ses richesses qu'avec ses autres dons recevra une mesure d'autant plus grande de richesses et une moindre mesure de facultés. Car celui qui aura été fidèle dans les faibles dons qu'il a reçus sur la terre le sera aussi dans ceux qu'il recevra au ciel , et celui qui n'aura pas été fidèle en peu de chose sur cette terre le sera encore moins pour les choses plus importantes du ciel (Luc XVI, 10. 11). Ainsi la conduite que chaque être aura tenue sur la terre fixera ses dons pour l'autre monde. Par conséquent on peut dire que tout homme s'organise spirituellement laimême.
Or, comme nul n'est également fidèle à Tégard des divers dons qu'il a reçus ici-bas, tous les hommes naîtront dans l'autre monde avec une partie de leurs facultés avortées, tandis que d'autres facultés auront un développement plus complet. La diversité des facultés qui se voit ici-bas parmi les hommes ne donne qu'une faible idée de celle qui existera chez les esprits. L'infidélité partielle de tous les chrétiens fera qu'aucun homme n'arrivera dans l'autre monde normalement conformé; tous naîtront plus ou moins infirmes et difformes , car tous auront été plus ou moins infidèles dans l'emploi des dons qui leur avaient été confiés. A celui-ci il manquera tel organe, à celui-là tel autre; chez un troisième telle faculté sera avortée, tandis qu'un quatrième la possédera à un haut degré. Cette disproportion dans les dons atteindra une mesure si gigantesque qu'aucun être ne sera viable par lui-même; aucun ne possédera tous les organes ou toutes les facultés nécessaires à la vie. Mais ici se révèle l'Intelligence souveraine qui a prévu la fin de toutes choses; elle a si bien combiné tous ces éléments hétérogènes que, réunis dans les proportions et l'organisation qu'elle leur a prédestinées, ils forment un être parfait, sans ride et sans tache, dont l'harmonie et la beauté dépassent tout ce qui peut se concevoir. Cet être constitue le temple de Dieu, la Jérusalem céleste, l'Eglise de Christ, la rachetée de l'Agneau, l'Eve spirituelle, l'Epouse du Fils de Dieu, la compagne de ses travaux, l'aide qui lui est semblable, qui est chair de sa chair et os de ses os. Toutes ces images se rapportent à un seul original.
Pour nous faire une idée des rapports mutuels entre les divers membres de la vraie Eglise, il nous faut considérer le mo-
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dèle qui nous est donné dans le corps d'une femme. Toutes les cellules de ce corps typifient des individualités du corps de l'Eglise, et les lois qui président à sa construction, sa vitalité, ses fonctions, etc., sont identiques avec celles du corps de l'Eglise. Si chaque cellule du corps terrestre était un petit être parfait, s'il avait ses yeux, sa bouche, ses bras, ses jambes, son ventre, sa cervelle, le corps comme tel ne serait plus qu'un agréjgat informe . impuissant à penser et à agir ; il n'y aurait aucun lien entre les diverses cellules, et un pareil corps, semblable à une poignée de sable, serait inutile dans le monde. Il en serait de même pour l'Eglise: si chaque chrétien arrivait dans l'autre monde à l'état d'un petit être parfait, l'Eglise cesserait d'exister, et cet amas d'individus ne formerait qu'une organisation des plus inférieures, ou bien il serait semblable au sable de la mer, sans mouvement et sans pensée. Ainsi l'imperfection individuelle de chaque chrétien est aussi nécessaire à la perfection générale de l'Eglise que l'imperfection individuelle des cellules est nécessaire à la perfection générale du corps humain. Nous revenons donc à cette grande loi de la nature, écrite sur toutes ses pages, proclamée par chaque molécule, chaque cellule, chaque pierre, chaque plante, chaque animal : La division du travail et la dépendance de la vie sont les seules sources de la perfection, — dans le monde spirituel comme dans le monde matériel.
Le péché de tous les chrétiens étant intervenu pour rompre la monotonie ou la perfection individuelle, il est un moyen dont Dieu a fait usage pour parvenir à son but.
En rendant à chacun selon ses œuvres, Dieu a pu diversifier ses dons, et par la diversité des dons il a introduit la division du travail et la dépendance de vie des individus les uns à l'égard des autres. Par là notre punition est devenue la source de notre plus grand bonheur. < Parce que tu as péché, dit Jéhova à Eve, tes désirs se rapporteront à ton mari. > Et parce que l'Eglise a péché, ses désirs se rapporteront à son Epoux, elle lui sera sujette, et il dominera sur elle. Ses membres dépendront ainsi les uns des autres, ils devront s'aimer réciproquement, ne pouvant se dispenser de leurs services mutuels.
Les diverses lois concernant l'Eglise se déduisent avec la même simplicité du modèle que Dieu nous a donné dans la femme. Si un individu se détache de cette Eglise invisible, spirituelle, qui est l'Epouse du Seigneur, il périra aussi infailli-
blement qu'une cellule détachée du corps d'une femme. Les fonctions des cellules les unes à l'égard des autres sont encore le type des fonctions des chrétiens qui composent le corps de l'Eglise. Ce travail est de deux espèces : il y a d'abord celui qui se fait intérieurement et qui ne concerne que la vitalité du corps, puis celui qui se fait extérieurement pour accomplir une œuvre. L'activité des membres de l'Eglise s'exercera aussi premièrement en vue de la vitalité du corps, secondement pour l'accomplissement de l'ouvrage qu'il y aura à faire dans le monde spirituel.
Les individus qui se ressembleront le plus dans leur manière de penser et d'agir, qui par conséquent auront le plus de sympathie mutuelle et se comprendront le mieux, se trouveront réunis, car ils formeront un môme organe. Les plus intelligents feront partie de la cervelle, les plus forts composeront les muscles, les moins vivants formeront les os, les plus sensitîfs constitueront les nerfs, et ainsi de suite. —Chacun possédera autant qu'il pourra embrasser. Tous seront heureux , car personne ne travaillera pour soi. Les plus nobles, les plus puissants ne seront là que pour le service des inférieurs.
La multitude des détails que Dieu nous présente dans la nature n'est pas là seulement pour notre agrément ou notre utilité matérielle, mais surtout pour notre instrtiction, car sans eux nous ne pourrions pénétrer plus profondément dans ces vérités encore si voilées. Dieu a pourvu à cette instruction avec une abondance que nous pouvons nommer effrayante , vu la profonde ignorance où nous demeurons. La nature doit servir à plusieurs fins : elle doit en premier lieu pourvoir aux besoins de l'humanité, puis éveiller sa curiosité , lui apprendre à travailler intellectuellement et lui dévoiler le monde à venir. Dieu met naturellement beaucoup plus d'importance au développement de notre intelligence qu'à celui de notre corps , et il est bien plus désireux de nous voir acquérir des connaissances spirituelles que des connaissances terrestres. Mais l'inférieur doit s'acquérir avant Je supérieur, et le plus simple s'apprendre avant le plus difficile. Tel est Tordre en toutes choses.
Remarque. — Nous avons parlé de richesses spirituelles; quelques personnes se demanderont en quoi consistent ces richesses? Les richesses temporelles, Tor, l'argent, etc., n'ont pas de valeur intrinsèque , elles n'ont qu'une valeur conven-
tionnelle, elles représentent en définitive une certaine quantité de travail humain. L'or vaut plus que l'argent, parce qu'en moyenne le travail nécessaire pour acquérir une livre d'or était anciennement vingt fois plus grand que pour acquérir une livre d'argent. Il en est de même de toutes choses. Chaque objet ne vaut, après tout, que le travail qu'il représente, c'est-à-dire le travail nécessaire à sa production. Un homme riche est celui qui dispose d'une certaine quantité du travail de ses frères. Ainsi, dans l'autre monde, un homme riche sera celui qui disposera d'une quantité donnée du travail de ses frères. Un homme pauvre sera celui qui ne disposera pas du travail des autres, mais qui devra se mettre à leur disposition.