‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 116 sur 130 · H. XXI. LA. BIBLE · texte numérisé non relu

H. XXI. LA. BIBLE

si le père lui accorde sa demande, peut-on en conclure que le père ignore que la grappe est le produit de la vigne, non celui de l'arbre? Non sans doute. De même Dieu, en accordant ce que Josué demande, n'est pas responsable de son ignorance et ne rérige point en article de doctrine. Mais, comme les Eglises se vantent de ne pas raisonner ou de ne pas réfléchir, il n'est pas étonnant que, partout où cela est possible, elles interprètent rhistoire sacrée de façon à glorifier Thomme et déshonorer Dieu*.

Depuis dix-huit siècles que les Japhétites possèdent le christianisme, ils n'ont point appris à connaître Dieu ; car celui qui connaît Dieu le voit, et celui qui connaît et voit Dieu enseigne la connaissance, non la foi (Jean XIV, 7, 8). La parole divine est une lumière, tous ceux qui désirent la lumière se donnent la peine de l'étudier; mais ils doivent le faire avec la même méthode qu'ils emploieraient pour étudier la lumière terrestre. C'est donc la nature qui , en nous faisant connaître les lois de l'une, nous révélera celles de l'autre, qui sont tout aussi précises. D'après la nouvelle théorie que nous donnons pour la lumière, celle-ci est une condensation des molécules éthériques et se propage par succion. La loi morale figurée par là est facile à développer, mais nous n'osons entrer ici dans ces détails.

Tout dans la nature, ainsi que dans le monde spirituel, a lieu selon des lois mathématiques que Dieu ne saurait changer sans bouleverser toutes ses constructions. Ainsi la clémence et la justice de Dieu sont liées à des lois tout aussi immuables que celles de l'attraction ou de la répulsion. Dieu ne quittera pas une seule obole à l'humanité , il ne lui pardonnera pas la plus petite faute. C'est dire que toute faute portera son fruit. Ce qui a été semé, c'est ce qui croîtra. Les lois de reproduction ne peuvent jamais varier; elles constituent ce qu'on appelle dans le langage ordinaire la justice de Dieu. On peut se faire une idée de ce que cette justice a de terrible, d'impitoyable, par le sacrifice qu'il a fait de son Fils. Si Dieu avait le pouvoir de pardonner ou de quitter à l'humanité sa dette, pourquoi aurai^ il fallu que son Fils la payât? Dieu joue-t-il, comme les hommes, la comédie? S'il avait pu quitter aux hommes leur dette, ne l'au-

*) Il ne faut évidemment pas une plus grande puissance pour arrêter la terre ou tout le système solaire que pour faire sortir du néant le plus petit bria d'herbe. Celui qui fait ceci peut tout aussi bien faire cela.

rait-il pas fait plutôt que de livrer Christ à la mort? Ainsi, comme le dit saint Paul, sa justice ne se montre pas seulement dans la loi, mais surtout dans le sacrifice de Christ (Rom. III, 21-26). C'est dans ce cas particulier que se révèle toute la sagesse de Dieu ; il a su combiner les événements de telle sorte que sa justice et sa clémence fussent également satisfaites. Ainsi il a fait intervenir la condamnation de son Fils pour satisfaire sa justice, et son sacrifice pour nous dévoiler son amour. Nous le répétons, toutes ces lois sont positives, immuables et aussi certaines que les lois mêmes de la nature. Celui qui est dans la connaissance les enseignera comme les mathématiques; s'il ne peut le faire,c'est qu'il ne connaît pas ce qu'il doit enseigner et enseigne ce qu'il ignore.

Comme les Japhétites ont banni toute intelligence du domaine spirituel, ils n'ont consulté que leur soi-disant cœur dans l'interprétation de la Bible. Par cette raison , il y a autant d'interprétations différentes que d'Eglises et d'individus; car ce qui est du domaine du soi-disant cœur est subjectif et personnel, dépendant des impressions et du goût, comme la musique et les arts. Or chacun croit que son goût est le seul raisonnable ; de même chacun croit que son interprétation est la seule qui se fonde sur la Bible; par conséquent toute autre manière de voir lui parait fausse. Ces gens-là sont inaccessibles à la logique et ne peuvent comprendre un raisonnement ; car comment convaincre un homme, qui aime telle ou telle chose, que son goût est mauvais et qu'il devrait aimer quelque chose d'autre? Mais une fois que les hommes auront la connaissance, ces disputes cesseront ; ils pourront s'entendre, car ce qui dépend de la nature exclut la confusion.

Le lecteur se rappelle la distinction que nous avons faite, dans le chapitre des erreurs, entre l'application des lois de la vie et celle des lois de la mort ou de la matière inanimée. Nous avons encore dit que l'homme applique instinctivement aux choses qui sont mortes pour lui les lois de la matière inanimée, et aux choses vivantes les lois de la vie. Ainsi Ton peut reconnaître l'état moral d'un homme à ses jugements, ou à la manière dont il applique les lois de la vie et de la mort. Dans ce cas les expressions les plus simples, même les comparaisons les plus insignifiantes, trahissent l'état de son âme. Nous rappellerons encore qu'une vie supérieure considère les vies inférieures comme mortes dès qu'elle les compare avec elle-même.

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Ainsi nous regardons une pierre comme morte, lors même qu'elle est animée des mêmes forces que notre corps, paixe que, comparées aux vies de Tâme organique, elles sont d'un rang inférieur. On dit aussi d'un idiot qu'il est mort, lors même qu'il a encore une vie végétale et animale. De même Christ appelle morts ceux qui ne vivent pas de sa vie. Si nous comparons les vies intellectuelles aux vies animales, nous trouverons que les premières, vu leur supériorité, se rapportent aux dernières comme les vies animales aux vies minérales. Ainsi un morceau de pain nourrit un homme, quïl soit intelligent ou idiot; le feu brûle, qu'on sache ou qu'on ignore comment cela se fait; l'eau coule le long d'une pente, lors même que nous ignorons les lois de l'attraction. Ce sont des opérations de la nature qui ne dépendent pas de notre intelligence, parce qu'elles sont de nature inférieure et morte par rapport à une action intellectuelle. Mais pour les choses supérieures il n'en est pas ainsi : il faut les comprendre pour se les approprier. Ainsi il faut comprendre un maître pour utiliser sa leçon, il faut comprendre une langue pour la parler , il faut comprendre un ouvrage pour l'exécuter. De même il faut comprendre une formule religieuse pour en faire le moindre usage ou en tirer une conclusion. Ce qu'on peut faire sans comprendre est une chose morte en comparaison de celle où l'intelligence est nécessaire, une action physique et non morale^ un instinct aveugle au lieu d'une volonté libre et responsable. Donc un christianisme uniquement fondé sur la foi est une chose morte en comparaison d'un christianisme fondé sur la connaissance.

En enseignant qu'il faut croire sans comprendre, que les vérités spirituelles nourrissent sans qu'on les comprenne, certaines Eglises font de la religion une chose morte et lui appliquent les lois de la mort ou de la matière inanimée, au lieu de celles de la vie. Par l'application de ces lois de mort, elles se caractérisent; car, si la religion était pour elles une chose vivante, elles lui appliqueraient les lois de la vie. Celui qui demande au chrétien la foi, non la connaissance, le traite en idiot, non en être pensant. Ainsi toutes les Eglises d'Etat et autres, en demandant une croyance aveugle, témoignent que ceux qui la leur accordent sont sans intelligence et sans lumière.

Par ce que nous venons de dire, nous ne voulons pas impliquer que tous ceux qui n'ont pas la connaissance sont morts ;

on peut être intellectuellement comme mort, sans Tètre en réalité. L'enfant qui vient de naître n'a guère plus d'intelligence qu'un mort ; cependant il y a une grande différence entre les deux: on a tout lieu d'espérer que l'un deviendra intelligent, tandis que l'autre restera toujours ce qu'il est. Ainsi un enfant de Dieu peut n'avoir pas la moindre intelligence des choses spirituelles et être intellectuellement comme mort, en ayant cependant la vie; ses facultés se développeront plus tard, soit dans ce monde, soit dans l'autre, et il pourra dépasser en intelligence celui qui est pour le moment son supérieur.

Or ce qui a lieu pour l'individu a lieu également pour toute une nation et pour toute une soi-disant Eglise. Les Juifs avaient autrefois plus de connaissances spirituelles que nous, à présent ils en ont moins; mais le moment viendra où ils auront de nouveau la supériorité. Les catholiques ont à présent moins de connaissances que les protestants; car on leur demande la foi, non la connaissance. Eh bien, ces mêmes peuples, après un long sommeil, peuvent se réveiller et dépasser ceux qui les regardent maintenant du haut de leur grandeur.

Un grand nombre de personnes disposées à accepter les vérites morales de la Bible ne peuvent admettre la réalité des miracles qui y sont racontés; elles pensent que ce sont des exagérations semblables aux miracles que les Eglises catholique et grecque, concurremment avec les religions païennes, attribuent à leurs saints, à leurs reliques, à leurs amulettes et à leurs images.

Ici encore ce sont les prêtres qui ont voilé la vérité et abusé de la crédulité du peuple. Mais, à envisager la chose au point de vue philosophique ou scientifique, de quel droit poser la thèse que celui qui a fait une œuvre ne peut pas la retoucher, ou montrer qu'il en est l'auteur en en changeant momentanément le mécanisme? Comment soutenir logiquement que, si j'ai construit une machine, je ne puis réclamer mon droit d'auteur, ni montrer qu'elle est encore sous ma domination et mon contrôle? n est absurde de nier la possibilité que Dieu se soit révélé à nos premiers parents, pour leur montrer que celui qui leur donnait ses ordres était le Créateur du ciel et de la terre. Or comment le faire autrement qu'en intervenant d'une manière extraordinaire dans ses œuvres? Lors même qu'on voudrait bannir toute analogie entre Dieu et l'homme, on ne peut trouver de raison pour dénier au Créateur le droit de manifester

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