‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 117 sur 130 · CH. XXI. LA BIBLE · texte numérisé non relu

CH. XXI. LA BIBLE

sa volonté ; car chacun sent que tout être vivant agirait ainsi à la place de Dieu.

Prétendre qu'il n'y a pas eu de miracles dans les temps anciens parce qu'on n'en voit plus aujourd'hui, cela est absurde et aussi illogique que possible. Ce serait demander que Dieu se répétât sans but. D'après ce principe, on pourrait dire que les milliers de cratères éteints qu'on rencontre partout n'ont jamais pu jeter de flammes, vu qu'ils n'en jettent pas au XIX*^ siècle. Chacun sent le ridicule d'un pareil raisonnement appliqué aux forces de la nature ; à plus forte raison doit-il être absurde vis-à-vis d'un être vivant et libre, surtout vis-à-vis de l'Etre suprême.

La possibilité des miracles ne pouvant se nier, il s agit de savoir à quoi l'on peut reconnaitre si un miracle est vrai ou faux. Une semblable analyse nous mènerait trop loin , car il faudrait développer la manière d'agir de Dieu par rapport à celle des hommes, et démontrer que le miracle vrai est en harmonie avec la manière d'agir de Dieu, tandis que le miracle faux ne répond qu'à la manière d'agir de l'homme. Dieu veut que nous réfléchissions 5 que nous reconnaissions l'arbre à ses fruits. Il en est de même pour toute chose. Quelqu'un veut-il savoir si la papauté est une institution divine, il n'a qu'à voir si les papes, avec leur prétention d'exercer le pouvoir de Dieu, pensent et agissent à la manière de Dieu ou à celle des hommes. S'ils pensent et agissent comme les rois de la terre, s'ils se laissent guider par leur propre intérêt, s'ils emploient la violence, le bras des rois pour arriver à leurs fins et détruire leurs ennemis, — la papauté est une institution purement humaine. On le comprend d'ailleurs, celui qui a la puissance d'un Dieu doit en avoir l'intelligence, la sagesse et la bonté; sans quoi il abuserait nécessairement de son pouvoir, et changerait la terre et le ciel en enfer. Accorder aux petits enfants les forces de l'homme mûr, ce serait livrer la terre à la destruction.

Toutes les raisons que les adversaires avancent pour ne pas accepter Tinspiration divine de la Bible ne sont que des prétextes. Ils cachent la raison principale qui les empêche de croire, et ne veulent pas même se l'avouer, en ayant honte. Cette raison, la voici: La Bible dit que Dieu est saint, souverainement bon, et l'homme désespérément malin. Or c'est ce qu'ils ne veulent pas admettre ; ils préfèrent croire que Dieu est mauvais et l'homme bon , car on ne peut admettre logique-

ment que Dieu et rhomme sont en même temps bons; l'antagonisme dans la nature ne le permet pas.

Le mal existe en une grande mesure sur la terre, c'est ce qui ne peut se nier. Il doit avoir un générateur, un père, c'est encore évident. Ainsi Dieu et l'homme ne peuvent pas être bons en même temps; car alors d'où viendrait le mal? Il faut donc admettre de deux choses l'une : Ou Dieu est bon et l'homme mauvais ; alors tout le mal vient de l'amour des hommes pour le mal. Ou les hommes sont bons, et le mal vient des circonstances où il est placé; dans ce cas le mal aurait en définitive Dieu pour auteur, car c'est lui qui fait les circonstances et doue l'homme de passions qui le tentent.

Par rapport à la Bible, les hommes se partagent ainsi en deux camps : les uns admettent que l'homme aime naturellement le mal et en est le seul auteur; les autres pensent que l'homme aime naturellement le bien et que le mal vient du dehors, c'està-dire de Dieu. Lors même que par hypocrisie certaines personnes ne s'avouent pas ouvertement ce dernier point de vue, elles le posent comme un fait et étayent leurs raisonnements sur cette base. Ainsi ces deux formules: P Dieu est bon et l'homme mauvais; 2^ Le mal vient de Dieu, tandis que l'homme est bon, — ces deux formules, disons-nous, sont le fondement de tout le raisonnement moral des hommes. Or nous admettons l'une ou l'autre non selon un raisonnement, mais uniquement selon notre sentiment personnel; donc en définitive nos raisonnements sont fondés sur nos sentiments et non sur l'intelligence, ils sont subjectifs et non objectifs. Voilà la pensée secrète du fond du cœur. Après cela, les preuves historiques ou logiques que les incrédules avancent contre la Bible ne sont qu'un voile pour masquer le sentiment intime qui leur fait rejeter la vérité.

Beaucoup de chrétiens ne sont chrétiens que parce qu'ils habitent un pays où le christianisme est la religion de l'Etat. Ces gens-là ne sont pas autrement chrétiens qu'un Turc n'est Turc ou qu'un Indou n'est adorateur de Brahma. Aussi agissent-ils à la façon des fausses religions. Charlemagne et Louis XIV ne sont autre chose que des Mahomets francs ; l'empereur de Russie, qui convertit à la baïonnette, est un Mahomet russe. Laissant donc ces gens décote, nous ne conserverons le nom de chrétien que pour les membres de l'Eglise invisible, qui recon-

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naissent non seulement de bouche, mais de cœur et dans leur raisonnement qu'ils sont désespérément mauvais.

Tout homme qui réfléchit et qui accepte la Bible comme une vérité vivante doit reconnaître qu'il est mauvais; d'un autre côté nul ne rejette la Bible sans se croire bon. Le vrai chrétien fait le raisonnement suivant: « La Bible me dit que je suis mauvais, incapable d'aucun bien; je sens que c'est vrai; donc la Bible dit la vérité , donc elle est de Dieu. Si elle était des hommes, elle parlerait le langage des hommes et me dirait que je suis bon. » Les autres disent: « La Bible me disant que je suis mauvais, elle doit être fausse; donc elle n'est pas d'origine divine. » Ainsi l'opinion de chacun trahit le fond de son caractère, et, comme nous l'avons dit ailleurs, toute erreur est une conséquence naturelle ou le symptôme infaillible d'un vice de constitution morale et intellectuelle.

Pour démontrer la divine inspiration de la Bible , il existe un grand nombre de preuves géologiques, astronomiques, historiques, philosophiques ou morales. La plupart des ouvrages qui doivent être une apologétique du christianisme se bornent à des considérations morales et philosophiques, sans savoir emprunter de preuves aux lois de la nature.

Après avoir donné quelques-unes de celles-ci, nous nous bornerons, dans le paragraphe suivant, à expliquer le chapitre II de la Genèse.

I 2. La création d'Adam et d'Eve.

Pour justifier la Bible, nous avons déjà montré qu'aucun savant n'a encore été capable de donner en termes aussi courts que la Genèse une histoire succinte de la création du monde ; en effet le récit mosaïque contient des choses que les savants ignorent encore, comme la création de la matière primitive morte, puis la création du règne éthérique avant le règne minéral, etc. Pour compléter cette justification, nous nous permettrons d'expliquer les passages qui racontent l'histoire d'Adam et d'Eve.

Genèse II, 8. Or rEternel Dieu avait formé l'homme de la poudre de la terre, et il avait soufflé dans ses narines une respiration de vie; et l'homme fut fait en âme vivante. 16. Puis l'Etemel Dieu commanda à l'homme en disant: Tu mangeras librement de tout arbre du jardin ; 17. mais quant à l'arbre de la science du bien et du mal, tu n'en mangeras point, car dès le jour que tu en mangeras tu mourras de mort.

18. Or l'Eternel Dieu avait dit: Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je lui forai une aide semblable à lui. 19. Car l'Eternel Dieu avait formé de la terre toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux d^^s cieux ; puis il les avait fait venir vers Adam , afin de voir comment il les nommerait , et afin que le nom qu'Adam donnerait à tout animal fût son nom. '20. Et Adam donna des noms à tout le bétail, et aux oiseaux des cieux, et à toutes les bétes des champs ; mais il ne se trouvait point d'aide pour Adam qui fût semblable à lui. 21. Et l'Eternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur Adam et il s'endormit; et Dieu prit une de ses côtes, et resserra la chair à la place de cette côte. 22. Et l'Eternel Dieu fit une femme de la côte qu'il avait prise d'Adam et la fit venir vers Adam. 23. Alors Adam dit: A cette fois, celle-ci est os do mes 08 et chair de ma chair; on la nommera femme, {Ischah) parce qu'elle a été prise de l'homme (J^c7i).24. C'est pourquoi l'homme laissera son père et sa mère et se joindra à sa femme et ils seront une môme chair.

25. Or Adam et sa femme étaient tous deux nus, et ils ne le prenaient point à honte.

Ch. III. 1. Or le serpent était le pins fin de tous les animaux des chanaps que l'Eternel Dieu avait faits, et il dit à la femme: Quoi? Dieu a dit: Vous ne mangerez point de tout arbre du jardin!

2. Et la femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. 8. Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin. Dieu a dit : Vous n'en mangerez point, et vous ne le toucherez point, de peur que vous ne mourriez. 4. Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez nullement. 5. Mais Dieu sait qu'au jour que vous en mangerez vos yeux seront ouverts et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. 6. La femme donc, voyant que le fruit de l'arbre était bon à manger, et qu'il était agréable à la vue, et que cet arbre était désirable pour donner de la science, en prit du fruit et en mangea, et elle en donna à son mari qui était avec elle et il en mangea. 7. Et les yeux de tous deux furent ouverts; ils connurent qu'ils étaient nus, et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et s'en firent des ceintures. 8. Alors ils ouïrent au vent du jour la voix de l'Etemel Dieu qui se promenait par le jardin ; et Adam et sa femme se cachèrent de devant l'Eternel Dieu parmi les arbres du jardin. 9. Mais l'Eternel Dieu appela Adam et lui dit: Où es-tu? 10. Et il répondit: J'ai entendu ta voix dans le jardin et j'ai craint, parce que j'étais nu, et je me suis caché. 11. Et Dieu dit: Qui t'a montré que tu étais nu ? N'as-tu pas mangé du fruit do l'arbre dont je t'avais défendu de manger ? 12. Et Adam répondit : La femme que tu m'as donnée pour être avec moi m'a donné du fruit de l'arbre et j'en ai mangé. 18. Et l'Etemel Dieu dit à la femme: Pourquoi as-tu fait cela? Et la femme répondit: Le serpent m'a séduite et j'en ai mangé. 14. Alors l'Eternel Dieu dit au serpent : Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre toutes les bêtes des champs ; tu marcheras sur ton ventre , et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. 15. Et je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta semence et la semence de la femme ; cette semence te brisera la tête et tu lui briseras le talon. 16. Et il dit à la femme: J'augmenterai beaucoup ton travail et ta grossesse ; tu enfanteras en travail des enfants; tes désirs se rapporteront à ton mari, et il dominera sur toi.

17. Puis il dit à Adam : Puisque tu as obéi à la parole de ta femme, et que tu as mangé du fruit de l'arbre dont je t'avais dit: Tu n'en mangeras point, — la terre sera maudite à cause de toi; tu en mangeras les

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fruits en travail tous les jours de ia. vie. 18. Elle te produira des opines et des chardons, et tu man);eras l'herbe des champs. 19. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage, jusqu'à ce que tu retournes en la terre; cai* tu en as été pris; comme tu es poudre, tu retourneras aussi en poudre. 20. Et Adam appela sa femme Eve, parce qu'elle a été la mère de tous les vivants. 21. Et TEtemel Dieu fit k Adam et à sa femme des robes de peaux el les en revêtit. 22. Et l'Eternel Dieu dit: Voici , Thomme est devenu comme l'un de nous, sachant le bien et le mal ; mais maintenant il faut prendre gard»' qu'il n'avance sa main, et aussi qu'il ne prenne de l'arbre de vie, et qu'il n'en mange et ne vive à toujours.

Les preuves qu'on peut demander pour la véracité de ce récit sont les suivantes :

1® Il faut qu'il soit en harmonie avec les lois de la nature.

2*» Il faut qu'il soit un type de l'histoire de l'humanité et de celle de l'Eglise.

3^ Il faut qu'il soit le type des choses divines.

L'histoire d'Adam et d'Eve, telle qu'elle est racontée dans la Genèse, satisfait entièrement à ces trois conditions, tandis que toutes les autres histoires connues qui prétendent raconter l'origine du genre humain se reconnaissent de prime abord comme des fables absurdes, car elles ne réalisent aucunement les conditions voulues.

1» La première de ces conditions est que la création de rhomme ait eu lieu d'après les lois générales de la nature. L'inférieur doit être le premier, le supérieur le dernier. Il est donc nécessaire que la première chose créée soit la substance du corps ; ensuite viendra le corps inanimé , puis en dernier lieu l'àme. De plus, le corps doit être pris de la terre, puisqu'il doit suivre les lois de la matière; l'âme au contraire doit être immatérielle, attendu qu'elle ne suit pas les lois de la matière, mais qu'elle est périssable. Ces conditions sont toutes remplies par l'histoire de Moïse, ainsi qu'on peut le lire au verset 8, ch. II, où l'origine du corps et celle de lame sont clairement indiquées. De plus, comme l'homme commence par un couple de cellules, l'humanité commencera aussi par un couple; mais le premier homme étant seul, il doit engendrer le premier être du sexe féminin selon la loi des cellules isolées qui engendrent par section. Puis, après que la dualité aura été étiiblie, le mode de génération changera et s'établira selon les lois de la dualité ou des sexes. Cette condition est encore remplie par l'histoire de la création, car Eve fut premièrement formée d'une section d'Adam ; après sa création, les lois de la dualité purent prendre leur cours naturel.

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2® L'histoire d'Adam et d'Eve doit être le type de celle de toute l'humanité; car, d'après les lois de l'organisation, le membre doit parcourir dans un temps restreint les mêmes phases <iue le corps entier. Ainsi l'humanité, par le fait qu'elle est encore membre d'un monde supérieur, n'est pas le dernier terme de la communauté. Par conséquent elle est un individu qui, à son tour, doit être doué d'un sexe, sinon le développement du tout serait inférieur à celui de la partie. Car le développement des sexes est une supériorité, non une infériorité. Or l'humanité, dans son rapport avec un être d'un monde supérieur, doit nécessairement représenter le sexe le moins développé, soit le sexe féminin, tandis que l'être supérieur sera du sexe masculin. Ainsi l'humanité remplira les fonctions du corps, Christ celles de l'àme ; l'une sera la substance et en suivra les lois, l'autre sera la vie et on ne pourra lui appliquer que les lois de la vie. C'est ainsi que nous voyons toujours dans la nature le règne inférieur figurer le principe féminin dans son alliance avec un règne supérieur, tandis que celui-ci représente le principe masculin. A l'inférieur incombe le rôle du corps, au supérieur celui de la vie, de telle sorte que le même objet suit dans son alliance avec un supérieur les lois de la matière inanimée ou morte, tandis que dans une alliance avec un inférieur il suit les lois de la vie ou des archées vitales. Ainsi l'histoire d'Adam et d'Eve est le type de l'histoire de l'Eglise et de son Epoux céleste. C'est ce que nous allons signaler en peu de mots. Nous prions le lecteur de se rappeler que notre brièveté ne provient pas de ce que le sujet que nous traitons soit épuisé ; nous nous la sommes imposée uniquement dans la crainte de fatiguer par un ouvrage trop long.

Après la création d'Adam, Dieu dit: < 11 n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui. » L'Adam terrestre, nous dit la Bible, est l'image de Christ, qui est l'Adam spirituel. Ainsi ces paroles du souverain Créateur s'appliquent à Christ : < Il n'est pas bon que Christ soit seul ; faisons-lui une aide qui soit semblable à lui ; car parmi tous les anges et tous les esprits il n'y en a point qui soit de sa nature. > Par cette parole, Dieu révèle aux hommes dès la plus haute antiquité le but final de leur création. L'Eglise est donc destinée à être l'aide, la compagne de Christ-Dieu.

< Et Dieu fit tomber un profond sommeil sur Adam, et pendant son sommeil il prit une de ses côtes, en referma la plaie, et

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en forma Eve. » Ce sommeil d'Adam représente la descente de Christ sur la terre. Dieu fit tomber un profond sommeil sur son Fils, TAdam spirituel, qui devint à ses yeux et à ceux des anges comme un homme sans mouvement et sans intelligence. Lui, le prince de la vie, le créateur de toutes choses, glt comme mort pendant trente-trois ans et demi. Durant cette époque, Dieu prit une partie de la substance de son corps, qui est le Saint-Esprit, pour en former l'Eve spirituelle. Puis, quand elle aura atteint Tâge voulu, quand la dernière cellule spirituelle lui sera née, il la présentera à son Fils, qui reconnaîtra, comme Adam, qu'elle est « os de ses os et chair de sa chair. » Et il la nommera Chrétienne, parce qu'elle a été prise de Christ. Elle abandonnera son Créateur et s'attachera à son époux spirituel, et tous deux seront une seule substance, ayant été formés'de la même chair. Voilà la glorieuse destinée de l'Eglise ; elle doit devenir en réalité pour Christ ce qu'Eve était pour Adam, une compagne qui lui soit semblable, qui partage ses travaux et lui soit une société.

Il faut se rappeler que pendant le sommeil de l'homme toutes ses facultés ne sont pas entièrement suspendues. Ainsi il respire, son cœur bat, il peut parler, même agir, comme cela se voit chez les somnambules. Sa pensée n'est pas tout-à-fait éteinte, car il rêve, môme il rêve sans discontinuer; seulement en se réveillant il ne se souvient plus de ce qu'il a rêvé, ni même de ce qu'il a fait. Jamais un somnambule ne peut se rappeler aucune action qu'il ait accomplie durant son état de somnambulisme. De même Christ aura comme perdu tout souvenir de ce qui s'est passé sur la terre ; il ne se souviendra plus de nos péchés, et nous serons confus en reconnaissant à quel point il nous aura tout pardonné. L'image présentée est celle-ci : Ce qu'un homme dormant est à un homme éveillé. Christ l'était sur la terre à ce qu'il est au ciel. Mais, comme les distances sont bien plus grandes en réalité que dans l'image, la différence entre un homme dormant et un homme éveillé est loin de correspondre entièrement à celle qui existe entre Christ sur la terre et Christ au ciel. Il faut aussi se rappeler que les songes et les visions sont la forme ordinaire par laquelle Dieu se manifestait aux hommes, et il est resté dans ce rapport avec Christ tant qu'il était sur la terre.

Eden était créé, Adam et Eve en étaient les possesseurs, tout y était beau et lumineux ; des arbres en grand nombre y por-

talent leurs fruits agréables à la vue et savoureux au goût. Mais au centre de ce jardin s'élevaient deux arbres sur lesquels l'attention d'Adam et d'Eve avait été spécialement attirée. C'étaient l'arbre de Vie et celui de la Mort ou de la Connaissance du bien et du mal. Voilà Adam et Eve, ces deux petits enfants, placés en présence de la tentation et leur vie déposée entre leurs mains. S'ils succombent à la tentation, ils meurent. La tentation était des plus faibles, mais leurs forces l'étaient aussi.

Quelques personnes se sont imaginé que placer Adam et Eve dans une position qui présentât quelque danger, c'était inconciliable avec la bonté de Dieu. Mais si l'on se donne la peine de réfléchir, on verra que la position de nos premiers parents n'était pas dififérente de celle de tous les enfants qui viennent au monde. Un petit enfant, tenté de faire quelque chose que sa conscience désapprouve, est exactement dans la position où se trouvaient nos premiers parents, et les conséquences en seraient absolument les mêmes, si ce péché était le premier qui eût été commis. Ainsi la tentation présentée à Adam était la plus petite qui se pût concevoir, car il y avait beaucoup d'autres arbres dont le fruit était tout aussi beau et probablement plus savoureux que celui de la Connaissance du bien et du mal. Les tentations ne diminuent pas avec l'âge, au contraire ellea deviennent plus fortes; elles grandissent avec l'élévation, et dans l'autre monde elles sont infiniment plus puissantes et plus irrésistibles qu'ici-bas. Aussi Tunique but de Dieu dans toute notre éducation terrestre est-il de nous faire acquérir la force nécessaire pour résister aux tentations. Aider notre Père céleste dans son œuvre , acquérir l'énergie nécessaire pour résister aux tentations, voilà quel doit être le but final des efforts de tout homme.

Sans tentations l'homme serait une pierre ; sans tentations les esprits seraient des plantes ; sans tentations point de sainteté ; sans elles Dieu même ne saurait être bon ou saint, car la bonté et la sainteté ne consistent que dans la résistance aux tentations: sans elles il ne pourrait exister aucune liberté, aucune vie supérieure, aucune différence de moralité entre un être et un autre, et toute la création serait impossible. Le Pèrfr céleste ne peut pas plus épargner les tentations à ses enfants qu'un père terrestre ne peut épargner à son fils, à mesure qu'il grandit, la tentation de mentir, de voler, de s'enoi-gueillir, ou d'être avare et égoïste.

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Les personnes qui s'imaginent qu'il n'y a plus de tentations dans le monde spirituel ne pensent pas à acquérir les forces nécessaires pour y résister. Cependant, lors même que nous pourrions entrer au ciel, cela ne nous servirait à rien, si nous ne possédions pas la force de résister à tout mauvais désir. Celui qui n*a pas la force de résister ici-bas aux faibles tentations qu'il rencontre aura encore bien moins de force dans la vie future. Il nous faut donc de toute nécessité recevoir de nouvelles forces, fruit d'une nouvelle âme; sans quoi nous ne pourrons jamais entrer au paradis céleste.

Dieu, ne pouvant épargner la tentation au premier homme, la lui présenta sous la forme la plus simple ; il la proportionna aux forces et à l'intelligence de petits enfants, tels qu'étaient Adam et Eve. Alors le plus puissant des mauvais anges, qui sont des animaux dans le monde spirituel', choisit pour s'incorporer précisément la forme de l'animal qui avait été spécialement créé pour lui servir de type^ et il se présenta sous la forme d'un serpent à la femme pour l'engager à manger du fruit défendu. Eve regarda le fruit, vit qu'il était désirable et en mangea. Ainsi toute tentation se présente à nous comme une jouissance. Nous nous trompons volontairement sur la nature de notre péché, si nous pensons que ses conséquences sont moins importantes que celles d'Eve, ou que notre culpabilité n'est pas aussi grande que celle de noti-e mère commune. Après avoir mangé du fruit défendu, elle entraîna Adam dans sa chute, et apprit à connaître le bien qu'elle avait perdu el les maux dont elle s'était chargée. Cet acte d'Eve est, comme tous ceux qui la concernent, une figure en petit de ce qui s'est passé en grand pour l'humanité.

L'humanité ayant péché, elle a entraîné l'Adam spirituel dans sa chute. C'est par sa faute que Christ a dû descendre sur la terre et se charger de la souillure des hommes ; de cette ma< nière il a participé au péché dont il devait fuir l'attouchement avec horreur. En devenant homme et en se chargeant des pé- <5hés des hommes, Christ a dû partager leur condamnation. Par sa chute, l'humanité a acquis la connaissance de ce qui est bien

^) Adam ne peut être type de Dieu (^u'à la condition (^ue la nature soit type des choses spirituelles. Ainsi l'expression biblique «bétes des champs» (ch. III. V. 1) désigne en môme temps et les animaux de ce monde et les malins «sprits du monde spirituel.

et de ce qui est mal ; par sa chute, elle est devenue semblable à Dieu, connaissant la douleur et la joie; par sa chute, elle lui est devenue encore semblable en ce que Dieu (Christ) a dû prendre une forme humaine et s'est fait son égal.

Ainsi la condamnation prononcée sur l'Adam terrestre a frappé l'Adam spirituel, et la condamnation prononcée sur Eve est retombée sur l'Eglise. Dieu dit à Eve : « J'augmenterai beaucoup ton travail et ta grossesse, tu enfanteras avec travail tes enfants. Tes désirs se rapporteront à ton mari, et il dominera sur toi. > En effet, le travail de l'Eglise a été considérablement augmenté ; ses enfants viennent au monde avec douleur, et elle a été constamment méprisée, persécutée, dans la misère et l'opprobre. Tous ses désirs se rapportent k son Epoux spirituel ; elle ne vit qu'en lui et par lui ; il est son unique lumière et la source de tout son bonheur ; il domine sur elle, elle en est heureuse, tous ses désirs ne se rapportent qu'à lui.

Cette même nécessité se répète en petit pour chaque chrétien. Il enfante le nouvel homme avec grand combat et avec douleur. Ainsi le péché pousse l'Eglise vers Christ; il scelle son union avec lui, et la punition que Dieu lui impose est d'aimer pardessus tout son Epoux céleste. Cette punition devient pour elle la source de la sainteté véritable et de la plus pure félicité.

Tel est le plan de Dieu, Tous les châtiments dont il nous frappe, toutes les privations qu'il nous impose, toutes les douleurs qu'il nous envoie sont le fruit d'un amour insondable et doivent produire sur nous un effet salutaire. Heureux celui qui, reconnaissant cette vérité, accepte les dispensations qui lui sont imposées comme des témoignages d'amour, et les châtiments qui lui sont infligés comme des gages de son bonheur ï

La condamnation prononcée sur l'Adam terrestre et l'Adam céleste est formulée ainsi : « Puisque tu as obéi à la parole de ta femme, et que tu as mangé du fruit défendu, la terre sera maudite, tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, et tu retourneras à ce dont tu as été pris. > Christ ayant obéi à la voix de' ses élus qui l'appelaient à leur secours, ayant partagé leur honte et s'étant chargé de péchés auxquels le Saint des saints ne devrait pas toucher, le monde est maudit à cause de lui et ne lui portera que de mauvais fruit, des ronces et des épines. D ne peut faire croître le bon grain qu'à la sueur de son visage, même à la sueur de son sang, comme en Gethsémané. Il a semé avec pleurs, cris et larmes. Il a dû souffrir la persécution, l'op-

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probre et finalement la mort, afin que son corps retournât à la poudre d*où il a été pris et son esprit au monde divin d'où il est venu. Christ est donc condamné à retourner au ciel ; mais il s'y rend avec l'intention d'y préparer une place à son Eglise. Et quand tout sera terminé, il viendra la chercher, car elle ne peut plus habiter une terre maudite. Puisque Christ a fait ces choses, puisqu'il a consenti à la plus profonde humiliation imaginable et qu'il est devenu semblable aux pécheurs , il sera élevé par-dessus tout, et son âme jouira du fruit de son travail (Esaïe LUI, 11).

Après avoir péché, Adam et Eve reconnurent leur nudité. Elle figure la honte qu'il y a pour Dieu à déposer son Saint- Esprit dans des vases impurs, et à engendrer des enfants souillés par le péché. Ceux qui ne sentent pas leur nudité morale sont aux yeux de ceux qui la sentent comme des animaux aux yeux des hommes. La désobéissance d'Adam et d'Eve met Dieu dans la nécessité d'égorger des animaux pour les vêtir : autre image qui montre que le premier fruit du péché de l'Eglise nécessite la mort d'autres êtres pour protéger son existence , et couvrir la honte de sa nudité morale. C'est la première figure du sacrifice de Christ qui soit présentée à l'humanité. Elle est répétée sur une échelle plus importante dans l'agneau pascal sacrifié pour le peuple juif, puis en dernier lieu dans la communion instituée pour les chrétiens.

Dans cette explication, nous n'avons abordé aucun détail. Mais ce que nous avons dit servira, nous Tespérons, à faire comprendre que tout, tout est image ; et la moindre réflexion montrera que Celui qui a connu tout le développement de l'histoire humaine a seul pu donner dans l'histoire d'Adam et d'Eve une image de l'histoire de la race humaine. Si quelqu'un doute de la vérité de ces figures, qu'il essaye de faire quelque chose d'analogue, et d'écrire une histoire du commencement de l'humanité qui soit le type exact de son développement futur; qu'il essaye, et il reconnaîtra tout de suite son incapacité. Même avec les connaissances actuelles, il lui serait tout-à-fait impossible de produire quelque chose de sensé. A plus forte raison, aucun homme ayant vécu il y a 3800 ans n'eût été capable, à la seule lumière de sa propre intelligence, d'écrire une semblable prophétie sur les destinées humaines.

La malédiction prononcée sur Satan annonce qu'il sera le plus méprisé de tous les êtres. Nous avons vu en effet que les

méchants sont les animaux du monde spirituel. Il sera en éternelle liorreur à l'Eglise; elle détruira son empire, mais il la meurtrira au talon. Le talon représente ici Ttiumanité visible qui sera détruite, et par laquelle elle reposait sur la terre. Nous le répétons, la vraie Eglise ou l'Epouse de Christ est invisible; elle se compose des élus de Dieu de toutes les nations et de toutes les langues ; elle n'a rien de commun avec ces Eglises d'Etat qui se disent bien les vraies Eglises, mais qui ne le sont pas, puisqu'elles sont visibles. Eve, l'image, est visible, mais l'Eve spirituelle n'est pas plus visible que l'Adam spirituel.

â^ En chassant Adam et Eve hors du jardin d'Eden, Dieu met le monde à leur disposition. Auparavant ils n'avaient que ce jardin seul. Ainsi le péché leur fait acquérir plus qu'ils ne possédaient auparavant. 11 en est de même de l'Eglise : sans péché elle serait restée éternellement sur la terre, mais par son péché elle sera chassée hors de cette terre, et l'univers sera mis à sa disposition, tandis que cette terre, qui avait été préparée pour la recevoir^ sera détruite comme Ta été le paradis.

Toute la terre avait été préparée pour la réception d'un homme pécheur. Voilà pourquoi Dieu a dû créer un lieu spécial en harmonie avec sa nature innocente pour le recevoir durant le temps qu'il n'avait pas encore péché. Mais une fois que la chute prévue par Dieu fut accomplie, Adam et Eve durent sortir du paradis. Alors ils se trouvèrent en harmonie avec la nature extérieure, qui avait été préparée aussi exclusivement pour l'homme pécheur que le paradis pour l'homme innocent. De même le ciel, représenté ici par le monde, est préparé pour recevoir une Eglise qui aura connu le mal. Si l'Eglise était sans péché, elle ne pourrait être reçue dans le ciel, pas plus que le monde n'aurait pu recevoir un Adam innocent. Par cette raison, elle a été placée sur la teiTe, puis, chassée de la terre, elle trouvera le monde céleste ouvert et préparé pour la recevoir.

Des volumes seraient insuffisants pour expliquer en détail ces premiers chapitres de la Genèse. Il faudrait passer en revue toute l'histoire de l'humanité pour démontrer la portée des images que Dieu nous présente dans ce court récit de la création d'Adam et d'Eve, et dans celui de leur chute.

On a presque totalement ignoré l'histoire de notre race, considérée comme une organisation unique; est-il dès lors surprenant qu'on n'ait pas compris la portée des prophéties qui s'y rapportent^ et qui ont été tracées si clairement dans les pre-

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