‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 2 sur 130 · PROF. CHARLES A. KOFOID AND · texte numérisé non relu

PROF. CHARLES A. KOFOID AND

MRS. PRUDENCE W. KOFOID

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bles et profondément chrétiennes ; la sérénité d'un sage antique et la simplicité d'un enfant ; le cœur le plus aeti** vement dévoué à la cause de ThumanUé ; la pureté, l'élévation, l'énergie morales au degré le plus remarquable: voilà quelques traits qui me parurent caractériser ce penseur solitaire.

Je fus charmé alors, comme plus tard H. Vodoz, par la richesse et l'originalité des aperçus énoncés par M. de May, surtout par l'idée fondamentale de son système, je veux dire le principe de Vanalogie servant à révéler le monde des esprits par l'étude scientifique et rigoureuse de la création matérielle. Certains dogmes essentiels au christianisme me semblaient aussi compris par notre philosophe d'une manière plus rationnelle et plus profonde que par nos meilleurs théologiens, et corroborés avec un singulier bonheur par des arguments tirés de la nature. Enfin comment un disciple de Yinet n'aurait-il pas salué avec admiration la trop rare alliance d'une foi positive et chaleureuse avec la plus large pratique du libre examen dans le domaine de la religion?

Me regardant comme un de ses amis les mieux informés, — bien que j'eusse conservé toute mon indépendance, — M. de May me pria de revoir, au point de vue de la langue, les épreuves de la seconde partie de son livre, l'économie spirituelle. Je me chargeai volontiers de ce soin. Mais, comme j'étais alors pasteur à Nimes, mes corrections arrivèrent souvent trop tard à Neuchâtel où l'ouvrage s'imprimait rapidement.

M. de May comptait aussi sur moi pour rendre compte de sa philosophie dans quelques journaux ou revues. Malheureusement, au moment où le livre fut publié et où il s'agissait de le faire connaître, la guerre franco-allemande éclata, suivie des horreurs de la Commune, et pendant longtemps il ne fut guère possible en France de débattre paisiblement des questions de métaphysique.

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À ces bouleversements politiqaes se joignirent des causes personnelles qui expliquent, si elles ne l'excusent pas, ma lenteur à me mettre à rœuyre. Je ne restai pourtant pas inactif, mais ma mission était malaisée. Je parlai fréquemment des idées de M. de May ; j'envoyai un article de sa plume à un journal religieux qui le refusa comme excentrique et bizarre ; je m'efforçai,mais sans succès, de faire imprimer à Londres une traduction anglaise de son livre ; je promis i M. Ed. Tallichet deux articles, qu'il me demanda pour la Bibliothèque Vniver^llef sur le philosophe d'Achem et son système ; j'obtins enfin de M. Charles Secrétan la promesse qu'il attirerait à son tour l'attention du public sur cet essai d'explication du monde, très intéressant à ses yeux comme à ceux de M. Ernest Naville.

Sur ces entrefaites iM. Henry de May était mort à Buénos- Ayres, le 49 novembre iSli, à l'âge de 53 ans. Privé de l'usage d'une de ses jambes, il avait néanmoins entrepris courageusement ce lointain voyage pour sauver les débris de sa fortune, trop généreusement confiée à des mains malhabiles et peu scrupuleuses. M. de May ne put éviter la ruine, et les derniers temps de sa vie furent abreuvés d'amertumes. Il fut enlevé par la petite vérole. Mais pendant plusieurs années sa mort resta mystérieuse ; il nous fallut de persévérantes démarches pour en apprendre quelques détails et pour savoir le lieu de sa sépulture. Au milieu d'un étonnant concours de circonstances tragiques, sa campagne d'Achern fut vendue, sans que sa famille pût seulement arracher au naufrage son plus précieux trésor, les feuilles imprimées de son livre, dont l'édition était en grande partie déposée chez lui.

Une nouvelle édition est donc devenue indispensable, si du moins cet ouvrage, comme nous l'estimons, mérite de dépasser le cercle infiniment restreint de ses premiers lecteurs. M. Vodoz ayant assumé le travail et la responsa-

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bilité de cette œu^re avec une intelligence pratique, un zèle et une foi qui en garantissent le succès , je l'ai secondé de mon mieux dans les limites que mon ami si regretté aurait pu m'assigner lui-même.

La langue de la première édition était fort défectueuse, M. de May étant trop polyglotte et trop peu littérateur pour écrire le français avec toute la pureté désirable ; j'ai donc retouché le style pour l'améliorer quelque peu, en ayant soin toutefois de lui laisser ses caractères propres.

De l'avis des gens compétents, le titre était lourd, malheureux et même inexact : je l'ai modifié. Des changements plus essentiels semblaient réclamés par l'ordonnance des matières et ils m'ont été proposés: je ne me suis pas senti libre de remanier d'une manière aussi profonde une iBuvre qui paraît avec le nom de son auteur. Toutes les modifications que je me suis permises sont légères et s'arrêtent à la surface, mon devoir clair et strict — ainsi que celui de M. Vodoz — étant de présenter au public de langue française M. de May tel qu'il était, avec ses qualités et ses défauts.

On le comprendra d'ailleurs, son système est un premier jet, une ébauche admirable peut-être, mais certainement informe et grossière. Aucun livre, confessons-le, ne prête davantage à la critique. Mais ne traite-t-il pas les questions les plus hautes, et ne nous offre-t-il pas des solutions originales et frappantes, soutenues par des raisonnements qui dénotent un grand esprit? Ne contient-il pas nombre d'observations fines ou profondes , d'aperçus nouveaux et justes, de détails remarquables et importants? L'idée mère de tout le système n'est-elle pas vraie et féconde?

Pour savoir tout cela, il n'y a qu'à lire ce volume. Il n'aura aucun attrait pour la classe aujourd'hui si nombreuse des ennemis de toute métaphysique. Mais il se

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recommande par des titres exceptionnels aux hommes réfléchis, chercheurs, mécontents de nos banalités religieuses et des philosophies à la mode. £n montrant une harmonie fondamentale et merveilleuse entre la nature et l'Ëvangile, il nous parait singulièrement propre à préparer, éclairer et fortifier la foi chrétienne, trop souvent compromise par de maladroits défenseurs. En outre, sans professer explicitement, du moins dans toute sa portée, une théorie qui nous est chère, — Timmortalilé conditionnelle, — il lui fraye la voie et y conduit logiquement : avantage capital, selon nous, pour ceux qui veulent tenter à nouveaux frais une apologie du christianisme.

En dépit de ses incohérences et de ses inégalités, de , ses paradoxes et de ses audaces, qui étonneront et cho- I queront peut-être jusqu'à ses lecteurs les plus sympathiques, M. de May exercera, je n'en doute point, un profond ascendant sur certains esprits préoccupés des mêmes problèmes, notamment sur de jeunes âmes d'élite dont il facilitera l'émancipation. S'il a été, à son heure, un ouvrier de Dieu pour jeter dans le sillon de la pensée contemporaine quelques semences nouvelles de justice et de vérité, il ne restera pas longtemps sans successeur.

Uno avuko non déficit aller.

Charles Byse.

Bruxelles, ce 20 juin 1881.

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