‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 22 sur 130 · CH. III. LES VIES · texte numérisé non relu

CH. III. LES VIES

etc., nous présentent de la matière sans les forces qui animent le règne minéral, végétal et animal. Si donc la matière peut exister encore actuellement sans les forces des trois règnes supérieurs, quelle preuve a-t-on qu'elle n'ait pu exister sans les forces du règne éthérique? La circonstance qu'une substance a une violente affinité pour certaines substances, tandis qu'elle n'a que de l'aversion pour quelques autres, est déjà une preuve assez forte que l'af&nité n'est pas une qualité intrinsèque de la matière primitive, mais quelque chose qu'elle n'a pu acquérir que plus tard. Une qualité intrinsèque de la matière doit être telle que, si la matière en était privée, elle cesserait d'être matière: si, par exemple, elle perdait la faculté d'occuper une place, elle cesserait d'être matière, car nous ne pouvons pas nous figurer une substance incorporelle. Mais les forces et les vies ne sont pas des qualités intrinsèques de la matière, car il n'existe aucune matière en possession de toutes les forces, ni aucune force dont l'une ou l'autre espèce de matière ne soit privée. L'éther de l'espace ne montre aucune attraction ni aucune affinité, et les solides n'exercent généralement aucune répulsion *). Puisque la nature nous montre qu'il n'existe aucune substance qui ne soit privée de Tune ou de l'autre des forces, aucune force ne peut être intrinsèque à la matière, ni en être générée. Si la science de nos jours a rejeté, comme absurde, l'ancienne croyance à la génération spontanée (c'est-à-dire l'idée que la matière puisse générer les vies inférieures), elle doit rejeter comme tout aussi absurde la supposition que la matière puisse produire une seule force (axiome 4).

Renfermez dans un vase clos les mêmes éléments dont se compose le corps d'un animal, ayez l'attention de conserver les mêmes proportions et les mêmes quantités; puis placez à côté de ce vase l'animal en vie. Les poids seront identiques : mais quelle différence entre ces substances inanimées et l'animal vivant ! Or cette différence ne peut consister dans quelque chose de matériel, puisque vous avez les mêmes subs-

*) La vibration eft la porosité dans les corps solides, ainsi que d'autres phénomènes qui s'y rapportent , peuvent s'expliquer par la construction anguleuse des molécules dont l'attouchement n'est que partiel. Mœdler conclut que la substance dont se compose la masse transparente des comètes ne peut être ni gazeuse, ni liquide, à cause de l'absence de réfraction, ni solide, à cause dt* rîmmense rapidité des changements qu'on observe dans les queues. Cette substance n'appartiendrait donc pas au règne minéral.

tances, ni dans des qualités intrinsèques, puisqu'elles peuvent être détruites. En quoi donc consistera-t-elle? U se présente ici deux solutions: Ou la vie est une propriété passagère, une qualité secondaire de la matière ; ou elle est une chose immatérielle, réellement existante, en possession de qualités particulières, totalement indépendantes de la matière. Cette dernière supposition, qui est de beaucoup la plus simple, écarte, une fois que l'imagination s'est familiarisée avec elle, toute difficulté logique; il ne reste plus à la science qu'à déterminer les qualités et la nature de cette chose mystérieuse, dont nos sens ne peuvent saisir que les effets, mais non la substance. U est vrai qu'il est difficile pour l'homme de concevoir quelque chose qui ne soit pas matériel; mais on ne gagne rien si l'on veut écarter cette difficulté en attribuant à une substance matérielle des qualités immatérielles, ce qui est un contre-sens. Il est évidemment plus rationnel d'attribuer les qualités immatérielles à quelque chose d'immatériel qu'à la matière.

Pour défendre la première supposition (que la vie est une qualité passagère de la matière), il faut non seulement attribuer à la matière même toutes les qualités des vies, mais il faut encore renverser tous les axiomes que nous avons adoptés comme base de raisonnement. En effet, il est facile de prouver que la suspension d'un seul de ces axiomes entraine la négation de tous les autres, et qu'en conséquence tout raisonnement cesse. Admettez, par exemple, qu'une chose puisse donner ce qu'elle ne possède pas ; dans ce cas elle commencera par se donner à elle-même ce qu'elle donne aux autres, ce qui revient à dire que le néant peut engendrer ou que tout peut se créer de soi-même. Et si elle ne le peut pas, comment la matière a-t-elle jamais pu se donner la vie, puis la communiquer à d'autres substances sans se dépouiller de quoi que ce soit?

Avancer l'hypothèse que la vie ou les forces ne sont que des qualités de la matière, c'est donner à ces phénomènes une explication qui au fond n'explique rien; car elle aboutit à nier Texistence réelle de ces choses, et admet en dernière analyse un effet sans cause. On devient ainsi semblable à ce pauvre aveugle qui, n'apercevant pas le cheval qui traîne le char sur lequel il est assis, pense que ce char se meut en vertu d'une qualité passagère qu'il aura adoptée de son libre choix. Aussi longtemps que cet aveugle persistera dans son idée, il niera

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