III. LES VIES
l'action et l'existence du cheval, comme Thypothèse ci-dessus nie celles des vies et des forces. Nous concluons donc, en nous appuyant surtout sur l'axiome 9, que toute vie, tout mouyement a pour générateur une cause en dehors de la matière, une cause en possession d'une existence réelle et de qualités indépendantes. On sait aussi que les vies organiques changent continuellement les substances de leur corps, et que les parties qui cessent de participer à ces changements perdent leur vitalité; si donc les vies étaient des qualités de la matière, il faudrait conclure que les qualités peuvent changer de corps. On conçoit, sans doute, qu'un homme puisse changer de qualités; mais pour supposer qu'une qualité puisse changer d'homme, il faut certes une imagination un peu fantastique.
L'expérience nous apprend que les formes variées qu'on remarque chez les êtres du règne animal ou du règne végétal ne viennent pas de la différence de leur composition chimique, mais de la diversité des vies qui les animent. Ainsi la différence entre un cheval, un zèbre et un lion ne glt pas dans la différence chimique de leurs corps, mais dans la nature diverse de leur âmes ou de leurs vies. Le règne minéral, comme nous le verrons plus tard, présente une construction tout-à-fait analogue aux deux règnes précédents, c'est>à-dire que la différence entre les divers éléments est due non à des variétés dans les caractères intrinsèques de la matière, tels que nous venons de les signaler, mais uniquement à la différence des forces qui les animent. Le règne minéral se compose de matière et de forces, comme les règnes supérieurs se composent de matière et de vies. Les forces sont donc pour les vapeurs, les liquides et les cristaux ce que la vie est pour les plantes, et Vàme pour les animaux. Sans ces forces, la pierre serait aussi incapable de se former qu'une plante est incapable de se développer sans vie, ou un animal sans âme. Si nous pouvions dépouiller un cristal de ses forces, il serait, à côté du cristal qui les a conservées, comme une plante morte à côté d'une plante vivante, ou un animal mort à côté d'un animal vivant. La force d'attraction que le soleil exerce, en attirant les planètes vers lui, est le résultat des forces vitales qui animent les règnes inférieurs, tout aussi bien que la puissance que déploie un cheval en traînant un char est le résultat des forces vitales qui animent un <îorps animal. Nous espérons dans le courant de cet ouvrage donner des preuves convaincantes de notre assertion, tout
étrange qu'elle puisse paraître au premier abord. Ceux de nos lecteurs qui connaissent les nouvelles théories de Tunité des forces seront sans doute moins surpris de ce que nous venons d'avancer. U résulte de ce que nous venons de dire, et de l'unité de la matière, que les forces sont pour les règnes inférieurs ce que sont les vies pour les règnes supérieurs. Les forces ne sont donc que des vies inférieures, comme les vies sont des forces supérieures; par leur mode d'action sur la matière, elles appartiennent, les unes et les autres, à une même classe et participent aux mêmes caractères généraux.
Nous employerons donc indiiféremment les termes de forces et de vies. Quand nous aurons occasion de parler d'une manière collective des vies de la nature, les forces y seront toujours comprises.
Caractères gf^nàraiix des vies,
1. Toute vie est allérable, destructible, et peut être annihilée. La première condition pour être destructible est d'être altérable; l'une est inséparable de l'autre. Nous appelons altérable ce qui peut être dénaturé ou détérioré. Une substance n'est réellement altérée que si elle a été soumise à un changement assez profond et assez durable pour ne plus pouvoir retourner à son état précédent. Autrement il n'y aurait que cliayi-gement, et non altération réelle. En imprimant différentes formes à la cire ou à l'argile, on en altère bien les formes, mais non la substance. Il en est de même de toutes les transformations que les éléments subissent. Elles ne sont en réalité que des changements de formes, puisque ces éléments peuvent toujours être ramenés à leur état primitif. Aucune puissance humaine ne peut altérer l'or, le fer, le carbone, le souffre, ou tel autre élément, de manière à ce qu'ils ne puissent plus être rendus à l'état primitif. Or la matière dont se composent les éléments du règne minéral étant inaltérables, à combien plus forte raison la matière primitive doi^elle être, de sa nature, inaltérable et indestructible ! Mais si la matière est inaltérable et indestructible, les vies le sont d'autant moins. Une vie détruite ne peut jamais être rétablie, un vieillard ne peut pas être rajeuni. Voilà une altération réelle, profonde, et l'homme est aussi impuissant à ramener ces vies à leur état précédent qu'il est impuissant à détruire un seul atome de matière.
Chaque saison, chaque jour, chaque heure nous montre Tac-