‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 24 sur 130 · CH. III. LES VIE · texte numérisé non relu

CH. III. LES VIE

tivité infatigable de toute la nature ; rien n'est stable, rien n'est stationnaire. Le soleil et les étoiles s'élancent dans l'espace avec une rapidité magique vers un but inconnu. Les rochers s'ébranlent sous nos pieds, des continents entiers s'élèvent et s'abaissent , la mer a ses pulsations régulières, et l'eau, comme un suc nourricier, circule partout sur la face de la terre. Les éléments se combattent et s'unissent, se détruisent et se reconstiniisent. En tous lieux, la vie féconde pousse de nouveaux germes, la tendre jeunesse s'épanouit, l'âge mûr porte ses fruits, et la mort, de sa cruelle faux, vient tout moissonner. D'où proviennent ces changements, ces naissances, ces morts? Us ne peuvent être le produit de la matière, qui de sa nature est essentiellement inaltérable et indestructible. Il faut donc les attribuer exclusivement aux forces et aux vies; car elles seules possèdent la prérogative, qu'on aimerait si souvent à leur ravir, d'être altérables et destructibles, — prérogative due uniquement à leur caractère immatériel.

Une observation tant soit peu attentive démontrera que les qualités attribuées à la matière se conservent immuables à travers toutes les transformations que subit la nature ; et que les qualités inhérentes aux vies s'altèrent, se suspendent et se transforment continuellement. Nous arrivons ainsi à distinguer facilement les qualités intrinsèques de la matière de celles des vies et des forces. Les premières sont immuables , constantes, et ne peuvent jamais disparaître , tandis que les secondes varient, disparaissent et reparaissent, s'annulent et se reproduisent.

Un objet ne peut être indesti-uctible, inaltérable, et en même temps destructible et altérable; donc la matière qui a les premières de ces qualités, est complètement distincte des forces et des vies, qui seules possèdent les secondes. Il est de plus évident qu'entre deux choses qui possèdent des qualités si opposées, et dont les natures sont si contraires, il ne peut y avoir ni fusion, ni emprunt. La même distinction claire et évidente doit exister entre les qualités qui caractérisent ces deux archées. Les qualités d'une chose immatérielle doivent toutes être immatérielles, et les qualités d'une chose matérielle doivent toutes être matérielles. Car si une chose matérielle pouvait posséder des qualités immatérielles, une chose immatérielle pouri^it en posséder des matérielles, et nous aurions à tirer cette singulière conclusion: qu'une chose matérielle et une chose im-

matérielle peuveat être de nature identique, leurs qualités pouvant être semblables. Or si les prémisses posées fournissent des conséquences si absurdes, ces prémisses elles-mêmes doivent être absurdes. Nous concluons donc qu'une chose matérielle ne peut pas posséder des qualités immatérielles, ni une chose immatérielle des qualités matérielles.

Dans le langage ordinaire, on confond immaiérid avec spir rituel^ mais il faut établir ici une distinction capitale. L'analyse la plus minutieuse n*a jamais pu apercevoir la moindre trace de matière dans la vie qui anime une plante. Cette vie est donc de nature immatérielle, c'est-àrdire non composée de matière ; mais il ne s'ensuit pas qu'elle soit spirituelle. Dans tout le domaine du monde matériel et visible, le naturaliste ne rencontre aucune substance, aucune force qui appartienne au monde des esprits ou qui soit spirituelle. Ce que nous appelons spécialement l'esprit de l'homme n'appartient pas au monde matériel, mais à un monde supérieur, et ne peut jamais être du ressort du naturaliste. Nombre de choses peuvent ne point appartenir à la matière, et cependant n'être pas spirituelles. La signification du mot immatériel est simplement négative: il désigne tout ce qui ne possède pas les qualités de la matière, tout ce qui n'est pas matériel. Nous ne nous hasardons en aucune façon à faire des conjectures sur la nature des vies et des forces ; nous devons nous borner à dire ce qu'elles ne peuvent pas être.

Quand un corps mort ou une combinaison chimique se décompose, ce n'est pas la matière qui s'altère, mais uniquement les vies qui y sont attachées. La matière ne fait que reprendre, dans ce changement, les formes inférieures qui avaient été momentanément assimilées à des vies supérieures. Toute altération est un caractère certain de vie> et en même temps de destruction. Si les vies étaient une matière extrêmement subtile^ elles seraient par là même indestructibles et inaltérables. — Si la vie d'une plante ou l'àme d'un animal était matérielle, elle ne pourrait jamais périr. A l'exception des Hindous et de quelques peuples sauvages, tous les hommes admettent ordinairement que les animaux ont une vie périssable; la nature du moins ne nous offre aucune raison de croire le contraire. La vie des plantes est également périssable. Mais les vies des règnes inférieurs, les forces de répulsion, d'attraction, d'affinité <^himique, etc., sont-elles destructibles comme les vies des règnes supérieurs? Nous croyons pouvoir répondre: Oui, parce

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