‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 37 sur 130 · CH. IV · texte numérisé non relu

CH. IV

lis

tion de construction de ce nouvel être JPlu^ l«

nous montrera qu'une section de i en h reproduirait, par la raison ci-dessus, deux animaux viables ; car chaque moitié aurait quatre espèces de cellules. Une section de c en eî, au contraire, tuerait ranimai, cette seconde section ne laissant à chaque moitié que deux espèces de cellules. Or, d*après la division de travail que nous avons supposée, quatre sont indispensables à la vie.

n n'est pas nécessaire de rappeler que nos figures représentent les choses bien plus simples qu'elles ne le sont en réalité. Elles démontrent théoriquement ce qui se passe dans la nature sur une échelle infiniment plus vaste et plus compliquée. Au lieu d'avoir quelques cellules comme sur notre figure, les corps organisés en possèdent jusqu'à des millions et des billions, et au lieu de se partager seulement en quatre fonctions, elles en ont une multitude innombrable.

Ces diagrammes expliquent d'une manière bien simple comment un animal peut être partagé dans un sens et non dans un autre. On voit que la vitalité d'un corps après la section ne dépend point de l'unité de vie, mais uniquement de l'indépendance naturelle des cellules. Car il est impossible qu'un animal ait dans une direction deux âmes, et dans l'autre une seule âme; conclusion qui deviendrait nécessaire, si l'incapacité de vie après le partage était une preuve de l'unité dévie. Donc l'impossibilité de partager le corps d'un animal en deux moitiés, sans détruire sa vie, n'est pas plus une preuve en faveur de l'unité de son âme qu'elle ne fournit un argument contre notre théorie (que chaque cellule possède, comme la monade, une vie particulière). Ainsi, de deux animaux possédant le même nombre de vies fou d'âmes), l'un sera multiplié à l'infini par la section, l'autre sera détruit.

D'après l'explication que nous venons de donner, la vitalité d'un membre détaché d'un corps ne dépend que de la condition d'avoir conservé les organes nécessaires à la vie. Moins le corps de cet animal sera organisé et moins ses fonctions seront nombreuses, plus il y aura de chance pour la partie détachée de conserver les organes indispensables à son existence. Par la

même raison, un corps mutilé ne pourra continuer de vivre que si les organes retranchés ne sont pas nécessaires aux organes restants. Dans un cas le corps vit, dans Tautre cas le corps meurt, exactement comme une machine à vapeur endommagée, qui peut néanmoins marcher si le mal n'est pas assez considérable pour déranger son mouvement, mais qui dans le cas contraire s'arrête.

Si Ton pouvait donner à une jambe d'araignée, qui continue de vivre pendant des heures après sa séparation du corps, une petite bouche, un estomac, des stigmates, des ganglions indépendants, etc., elle vivrait tout aussi bien que Taraignée après la perte de sa jambe. Il en est de même pour le corps de l'homme. Si nous pouvions douer notre petit doigt, en rapport avec sa grandeur, d'une portion de cœur, de cerveau, de nerfs, etc., rien ne l'empêcherait de vivre séparé du corps.

Ce que nous avançons se voit d'une manière évidente dans le règne végétal. Comme nous l'avons dit plus haut, beaucoup de plantes, de grands arbres même, peuvent se reproduire par le moyen d'un seul bouton ou d'une seule feuille, ce qui prouve qu'ils doivent posséder autant de vies distinctes qu'ils ont de boutons ou de feuilles. Il existe, d'autre part, beaucoup de plantes d'une organisation bien inférieure, telles que des herbes, des joncs, qui ne possèdent pas cette faculté. Les partisans de l'unité de l'âme doivent en conclure que ces derniers n'ont qu'une seule vie ; nous aurions alors le spectacle singulier de telle espèce de plante ayant une vie unique, et de telle autre espèce plus ou moins grande, plus ou moins parfaite, ayant des millions de vies, La raison serait d'autant plus choquée de pareilles conclusions qu'on observe ces différents phénomènes chez des espèces de plantes assez voisines, ou sur le même individu, selon son âge, les saisons ou d'autres influences; il se trouverait ainsi que le même individu aurait au printemps des centaines de milliers de vies, et en automne une seule. Donc la mort d'un individu par la section ne peut être une preuve de l'unité de sa vie.

Le règne animal présente des faits semblables. L'huitre est plutôt inférieure que supérieure au ver de terre. La première ne se partage pas, tandis que chez le second, d'après beaucoup de naturalistes, le partage est possible. Dans la classe môme des vers, il en est qui supportent le partage et d'autres ne le supportent pas. Tous ces divers phénomènes s'expliquent

parfaitement par la vitalité des cellules et leur dépendance réciproque, dès qu'elles se groupent en organes; tandis qu'il doit être fort embarrassant d'expliquer ces faits avec la théorie de l'unité de la vie.

La section du ver ordinaire ne réussit pas toujours; dans les pays chauds, Topération a plus de chances de succès que dans les pays plus froids. D'après la théorie de l'unité de l'âme, les vers chez qui la section a été heureuse doivent avoir deux ftmess^ et ceux chez qui elle n'a pas réussi une âme seulement. De plus, les vers avec deux âmes habitent plus volontiers les pays chauds que les pays plus froids. Gomment un naturaliste peutil souscrire à une théorie qui nécessite de pareilles conclusions?

Nous le répétons, si la mort des deux moitiés d'un ver ne fournit pas de preuves en faveur de l'unité de l'âme chez cet animal, la mort d'un singe ou d'une anguille, si on les partage en deux, n'est pas non plus une preuve de l'unité de l'âme dans ces animaux. Par la même raison, on ne peut attribuer la mort d'un membre détaché du corps à l'absence de vies cellulaires dans ce membre.

Une objection qu'on nous a souvent présentée contre la multiplicité des vies dans un corps, c'est l'unité de mouvement et de volonté dans ce corps. Nous empruntons nos idées sur ce sujet à la société humaine, où chaque individu représente une volonté particulière. Mais chez les animaux où la pluralité des vies est incontestable, puisqu'ils peuvent se partager en plusieurs animaux, on ne remarque pas moins d'unité dans leur action que chez les animaux qui ne se laissent pas partager. On ne voit jamais les diverses parties d'un polype cherchant â aller en sens opposés. Si donc cet animal, malgré la pluralité de ses vies, agit comme s'il n'en renfermait qu'une seule, l'unité d'action ne peut pas être une preuve de l'unité de vie.

Le corps est construit comme un empire; les uns commandent aux autres, et en retour ne peuvent vivre que par le travail de leurs subordonnés. Mais, contrairement aux sociétés actuelles, tout se fait d'un commun accord et sans pression réciproque. Une partie des cellules pensent, d'autres sentent, d'autres voient, d'autres agissent, toutes travaillent les unes pour les autres. Les corps qui sont construits en république démocratique, c'est-à-dire où toutes les cellules accomplissent le môme travail et ont la même importance, ces corps-là constituent les êtres les plus imparfaits et les plus abjects de la nature.

L'idée primitive de l'unité de l'ftme peut partir de deux points de vue différents. L'un place le siège de la vie dans la tète ou le cœur, l'autre répand la vie également dans tout le corps. Veut-on placer, avec d'anciens physiologistes, le siège de l'âme dans la tète? Dans ce cas, si on sépare la tète du corps, le tronc devrait mourir à l'instant, la tète seule conservant pendant quelque temps un reste de vie. Or les faits sont en opposition directe avec cette conclusion; car la tète meurt toujours la première, tandis que le corps peut vivre des heures et des jours après la séparation. Une tète de grenouille séparée du corps est presque instantanément morte; le cœur au contraire peut encore battre quatorze heures, et les jambes donner des signes évidents de sentiment et de vie dix-neuf heures après la décapitation. Chez un jeune poulet qui n'est pas encore entièrement formé, et qui a été dix jours sous l'incubation, le cœur peut battre quatre heures après avoir été séparé des autres parties du corps. On conserve au musée de Paris une salamandre qui a vécu trois mois après sa décapitation, et dont la plaie s'était cicatrisée. La tète d'une anguille meurt longtemps avant le corps, et la tète d'un escargot recroît après avoir été retranchée.

Voilà un nombre de faits bien suffisant pour convaincre le naturaliste qu'il est impossible de placer le siège de la vie exclusivement dans la tète ou le cerveau. Essaye-t-on de le placer dans le cœur, dans les jambes ou dans le sang^ etc., une nouvelle série de preuves, tout aussi convaincantes, s'opposent à une spécialisation de ce genre. L'idée que la vie de l'animal pourrait résider tantôt dans le sang, tantôt dans le cœur, dans la tète, ou dans la réunion de quelques organes, à l'exclusion des autres, nous parait trop enfantine pour mériter la discussion.

L'autre point de vue, d'après lequel la vie est répandue également dans tout le corps, doit supposer que, si un homme perd sa jambe, la vie qui était dans cette jambe se retire dans le reste du corps. Car s'il admet que la vie qui animait cette jambe puisse se détacher de la vie centrale et périr, alors la vie pourrait augmenter et diminuer son volume, et si une partie est périssable, la totalité l'est aussi ; de plus, elle serait divisible en des billions de sections, et chacune de ces sections pourrait périr indépendamment de l'autre. Il est évident que dana ces conditions l'unité de vie est une chimère. Admettons donc

que la vie qui était dans une jambe se retire dans le corps ; mais alors comment expliquer que les six jambes d'une araignée puissent continuer à vivre pendant des heures après avoir été détachées du corps, le cœur battre des heures après être sorti du sein qui le renfermait? Comment expliquer que les cellules vibrantes chez Thomme et chez Tanimal puissent continuer à se mouvoir des semaines après avoir été détachées du corps? Comment expliquer qu'un morceau de chair d'un animal puisse recroître chez un autre animal, ou que le sang d'un animal puisse être injecté dans les veines d'un autre animal ou d'un homme, sans admettre en même temps que cette chair, ce sang, aient changé d'âme ou de vie? Et si l'on n'admet pas ce changement d'&mes, alors cette chair, ce sang, ont emporté leurs vies particulières, et les vies de ces corps ne peuvent plus être des unités, puisque diverses espèces de vies habitent ensemble le même corps. D'après la théorie de l'unité» un homme qui aurait perdu bras et jambes devrait avoir une vie beaucoup plus intense que celui qui les possède, sa force vitale étant concentrée dans un plus petit espace ; d'où vient alors que les vies qui se sont retirées des membres ne peuvent pas les reproduire, et que l'homme mutilé ne se porte pas mieux que l'homme qui ne l'est pas ?

Suppose-ton que la vie est un fluide, ou que la vie que manifeste un membre coupé est simplement mécanique? Le chimiste répondra que, dans ce cas, elle doit être, comme toute matière, indestructible, inaltérable, divisible et incapable de se multiplier; le mécanicien conclura que, si la vie que conserve une salamandre ou un escargot après la perte de sa tète peut être mécanique, la vie de tout l'animal n'est que mécanique. Une anguille ou une grenouille qu'on a décapitée donne encore des signes évidents de sentiment ; les deux ont encore la capacité d'éprouver de la douleur, quoique cette douleur soit bien moins intense que chez l'animal entier. Si cette douleur était mécanique, toute douleur pourrait être mécanique, à moins d'admetire que nous avons au-dedans de nous une douleur mécanique et une auti'e espèce de douleur qui ne l'est pas. Qui n'a été spectateur de la rage des deux moitiés d'une guêpe qui a été partagée par le milieu t Elles mordent et piquent, comme si elles étaient réunies. Quelqu'un s'avise-t-il de dire que cette fureur n'est que mécanique, nous le prions de nous expliquer comment elle peut cesser de l'être quand l'insecte est complet.

Si une force mécanique peut mouvoir une jambe une fois, il n'y a pas de raison pour qu'elle ne puisse la faire mouvoir des millions de fois. Car ni le physicien ni le mécanicien n 'admettront jamais qu'aucune force mécanique (ou inorganique) soit destructible par l'homme. Qu'on fasse la vie ou mécanique ou organique; mais supposer deux vies, l'une organique, l'autre inorganique, remplissant des fonctions identiques, cela nous parait le comble de l'extravagance, surtout quand on veut défendre l'unité de la vie. Les vies mécaniques ne sont autre chose que les forces de la nature inorganique. Parler d'une vie animale mécanique, c'est supposer que les forces ou les vies minérales peuvent remplir les mêmes fonctions que les vies végétales et animales, d'où il faudrait conclure qu'elles sont identiques. Gela reviendrait à dire qu'un cristal peut produire une rose ou une plante engendrer des animaux.

I 3. Développement des sexes.

Reprenons nos diagrammes et laissons de côté le développement général des organes, pour nous occuper exclusivement de l'origine des sexes.

Fis. %.

La figure 8 présente les cellules isolées ou les monades , c'est-à-dire le premier état du règne animal. Elles sont noires avec un point blanc au centre; la couleur noire représente l'archée de la matière, le point blanc celle de la vie.

Dans la figure 9 nous voyons la communauté de cellules sans division de travail. Chaque cellule peut accomplir à elle seule toutes les fonctions de la vie. Ces cellules peuvent se reproduire et possèdent ainsi en germe le principe de la différence des sexes.

Dans la figure 10 il s'est opéré, dans la communauté de cellules qui forme un animal, une division des archées de la vie et de la matière. Une partie des cellules se sont spécialement chargées des fonctions de la vie, et se transforment en cellules mâles: ce sont les blanches; d'autres parties se sont chargées des fonctions de la matière, et se

CH, rv. LA DUALITÉ - § 3 119

transforment en cellules femelles: ce sont wîm* §••

celles que nous figurons tout en noir. Le

reste des cellules est sans sexe: ce sont

celles qui sont restées blanches et noires.

L'animal (fig. 10) est donc moitié mâle,

moitié femelle, c'est-à-dire hermaphrodite.

Cette forme est très commune dans les espèces d'animaux inférieurs aux crustacés.

Un grand nombre d'entre eux ont (comme

nous Tavons signalé chez les pucerons) la faculté de passer d'un état à l'autre. Par exemple, en sortant de l'œuf ils sont sans sexe, comme dans la figure 9, et incapables de se propager autrement que par bouture ou par bourgeonnement; plus tard ils deviennent hermaphrodites, comme dans la figure 10, ou se transforment en l'un ou l'autre des sexes.

Ces animaux pondent des œufs d'où sortent des individus de la première espèce. La nature nous présente ces différentes phases avec toutes les combinaisons possibles.

Les animaux qui ne s'élèvent pas au-dessus de l'état d'hermaphrodite présentent un caractère plus ou moins uniforme et symétrique; ils sont généralement semblables à des fleurs ou à des plantes, et n'ont ni face ni dos, tandis que les êtres chez lesquels ces formes s'accusent nettement sont aussi favorisés d'un dédoublement des sexes, c'est-à-dire qu'un individu ne peut plus être porteur que d'un seul sexe. C'est un développement qui n'apparaît que comme une section de l'animal n® 11. Ce partage a rompu la symétrie du pourtour; face et membres ne sont tournés que d'un côté, et le dos devient parfaitement distinct du reste du corps. Cette séparation des fonctions ne produit point l'isolement des parties, mais une dépendance mutuelle; dépendance qui n'est point une infériorité, mais, au contraire, une condition nécessaire de perfection, comme toute division de travail.

Le principe qui donne à un corps animal la puissance de remplacer un membre perdu, de réparer une fracture ou de fermer une blessure, est absolument le même que celui qui a doué ce corps du pouvoir de croître. Dans les deux cas, cette opération ne s'accomplit que par la naissance de cellules. La substance des os se produit par la mort ou la sécrétion des cellules, comme la coquille d'un escargot; cette dernière n'est autre chose qu'un

120 ÉCONOMIE MilTÉRIËLLE - TROISIÉBŒ PARTIE

OS d'une construction élémentaire^ qui, au lieu d'être dans Tintérieur du corps, la recouvre à l'extérieur.

Un même principe préside à la reproduction de la cellule dans une blessure et à la reproduction de tout un membre ou du corps entier. La plus importante de ces opérations n'est que la répétition de la plus petite. Cela se voit le plus clairement dans le règne végétal, où les mêmes lois président au développement du bourgeon et à celui de l'arbre.

Un corps, un membre, ne peuvent donc se produire que par la génération des cellules, de même qu'un peuple ne se forme que par la génération des individus. Nous verrons plus tard qu'il n'y a sous ce rapport qu'une seule loi, et que toute nouvelle production dans la nature provient d'une génération. Dans certains cas, les cellules naissent et meurent avec une rapidité étonnante.

§ 4. Les éléments du règne pondérable se distUiguent entre eux par les forces qui les animent^ et non par la matière dont ils sont formés.

Quittons un moment la nature organique, dont les vies sont si fragiles, pour nous occuper des règnes inorganiques, et commençons notre étude par le diamant. Cette belle pierre est composée d'une substance nommée carbone, qui s'y présente tout à fait pure et sous sa forme la plus parfaite.

Le carbone, qui joue un rôle si important dans les règnes organiques, est rangé par les chimistes parmi les corps simples ou les éléments. Prenez ce diamant, tournez-le en divers sens; comme il étincelle ! Quel feu, quel jeu de couleurs 1 Sa dureté surpasse celle de l'acier, et sa transparence celle du verre. Cette pierre a été appelée la reine de son espèce, car elle éclipse en beauté toutes ses compagnes. Mais d'où lui viennent ces qualités si distinguées, qui lui ont assuré le premier rang parmi toutes les pierres précieuses? On nous répondra qu'elle tire ces qualités d'elle-même, que ce sont des forces dont le carbone est doué. Mais interrogeons encore : quelle est la nature de ces forces? Sont-elles une matière extrêmement subtile, ou bien quelque chose en dehors de la matière, quelque chose . d'immatériel? Si les forces sont de la matière, le diamant n'est pas composé d'un seul élément, mais d'autant d'éléments qu'il a de qualités. Si les forces sont considérées comme une qualité de la

matière^ on arrive à ce résultat : qu'une chose matérielle a des qualités immatérielles; c'est-à-dire que les qualités d'une chose n'indiquent pas sa nature. On conçoit que les gens qui souscrivent à une pareille théorie soient capables de croire les choses les plus absurdes. Si on brûle un diamant dans un vase fenné, on ne retrouve pas dans ce vase les qualités du diamant ou les forces qui leur ont donné naissance. On doit en conclure que toutes ces qualités (comme la duretés la cohésion, la transparence, la forme cristalline) ne sont ni de la matière, ni des prophètes inhérentes à la matière. Si elles tenaient de la matière par leur nature, elles ne pourraient jamais disparaître un seul instant, quelque forme que la matière pût adopter. Ces qualités doivent provenir d'un principe en dehors de la matière, d'un élément immatériel. Gomme nous l'avons dit plus haut, les qualités inhérentes à la matière, ne peuvent jamais, et sous aucune condition, en être séparées, ou disparaître , tandis que toute qualité que la matière peut déposer ou reprendre doit nécessairement avoir son origine en dehors d'elle. Ces qualités lui sont adhérentes et non inhérentes^ elles l'animent comme une vie anime un corps, et la dirigent comme un cavalier son cheval.

Nous n'examinerons pas avec plus de détails la théorie qui suppose que les forces sont de la matière; ce que nous avons déjà remarqué sur leur nature nous empêche absolument de le croire. Plus la matière est subtile, élémentaire ou primitive, plus les molécules se repoussent entre elles; ainsi la matière ne peut engendrer d'elle-même les phénomènes opposés de l'attraction^ de la cohésion, de l'affinité, de la cristallisation, etc. Donc ces forces sont le produit d'éléments étrangers à la matière, soit d'éléments immatériels. Il en résulte que, dans la classification des archées de la nature, les forces seront placées à côté des vies. En effet, elles remplissent dans le diamant des fonctions exactement analogues à la vie végétative dans une plante, ou à la vie animale dans un animal. Si on pouvait les lui retirer ou les détruire, le diamant perdrait tout ce qui le caractérise. Un diamant ainsi dépouillé de ses forces serait, visà-vis de celui qui les aurait conservées, exactement ce qu'est un animal mort vis-à-vis d'un animal vivant. Nous comprendrons donc que les forces individuelles dont le carbone est alimenté lui donnent le pouvoir de prendre et une force cristalline* et des qualités particulières qui distinguent le diamant de tous

les autres cristaux, comme la vie végétative d'une rose lui donne le pouvoir de prendre une forme à elle, qui la distingue de toutes les autres fleurs.

En raisonnant de même à l'égard de tous les éléments du règne pondérable, on arrivera toujours aux mêmes conclusions. Ainsi toutes les forces qui se manifestent dans ce règne ne sont autre chose que les vies dont il est animé. Il n'existe, que nous sachions, aucun terme intermédiaire entre les deux archées dont nous avons reconnu l'existence. Ou une archée est matérielle, et elle est soumise aux lois de la matière ; ou elle est immatérielle, et elle est soumise aux lois qui régissent les choses immatérielles. Une archée ne peut pas être en même temps matérielle et immatérielle, autrement elle ne serait pas simple mais double. Toutes les formes que nous connaissons sur la terre ne sont qu'un produit de la réunion de ces deux archées. Un examen attentif fera reconnaître non seulement que les forces rentrent dans la classe des vies, mais qu'elles participent à toute«i les qualités des vies selon le degré de leur développement. Elles ne sont autre chose que les vies de la nature inorganique, vies d'un ordre fort inférieur à celles des règnes plus élevés.

Une chose immatérielle doit être distincte d'une chose matérielle. Les vies, étant destructibles, doivent nécessairement être distinctes de la matière qui est indestructible. Les forces, étant immatérielles, doivent de même être distinctes de tout ce qui est matériel.

Nous devons rappeler à ceux de nos lecteurs que ces conclusions peuvent surprendre que la nature suit constamment un plan progressif, et que les grandes lois que nous observons dans les règnes organiques doivent se retrouver sur une moindre échelle dans les règnes inorganiques. Ce mode de progression nous fait comprendre que les vies du règne pondérable doivent être aussi inférieures aux vies végétatives que celle&ci le sont aux vies animales.

La conclusion à laquelle nous sommes arrivé, -* que le diamant est animé d'un principe immatériel, — nous contraint d'admettre qu'il appartient, mais à un degré inférieur, à lacatégorie des êtres doués de vie ou d'un principe immatériel. Or, étant ainsi composé, il ne saurait être un corps simple ou élémentaire, pas plus qu'une rose ou un lion ne peut être un élément. Les molécules dont se compose le règne pondérable vivent d'une vie

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nûnérale, tout aussi bien que les cellules des plantes et des animaux vivent des vies de leurs règnes.

Le règne pondérable ne renferme donc pas encore de matière à rétat primitif ou élémentaire, et les éléments comme Y or, le fer, le carbone, ne sont autre chose que les différentes formes delà vie minérale, correspondantes aux diverses classes de plantes et d'animaux dans les règnes organiques. Ainsi, soit qu'on estime que les forces sont de la matière extrêmement sabtile, soit qu'on admette qu'elles sont immatérielles, nous arrivons toiyours à constater que les soi-disant éléments ou corps simples ne le sont pas en réalité, et qu'il faut chercher la matière à l'état primitif hors du règne pondérable.

L'analogie pourrait nous fournir encore bien des preuves confirmant les résultats déjà obtenus, mais nous ne les donnerons pas, espérant que notre raisonnement aura convaincu le lecteur.

§ 5. ReprodvctUm dans le règtie minéral.

Ayant reconnu la simiMtude de construction entre les règnes organiques et le règne pondérable, il nous reste à examiner comment le principe de la reproduction s'y manifeste. Pour mieux faire ressortir les analogies qui existent entre le règne végétal et le règne minéral et pour rendre le passage de l'un à l'autre moins saillant, admettons que le principe de la reproduction n'est point simplifié dans ce dernier règne, et qu'il s'y retrouve tel que chez les végétaux les plus inférieurs. Admettons encore que le règne végétal ne présente pas de développement plus parfait que celui qui se voit chez les algues inférieures : qu'il ne possède ni sexes, ni fleurs, ni feuilles, ni troncs, ni racines ; que toutes les plantes sont composées d'une masse homogène de cellules d'égale valeur et de fonctions semblables, tout comme un morceau de fer est composé de molécules identiques. Admettons enfin qu'il n'y a en tout que soixante-dix esp^es de plantes, correspondant à peu près au nombre des éléments du règne} pondérable. Ces suppositions admises, nous pourrions rencontrer dans le règne minéral deux modes de re« production : !<> une molécule de fer, par exemple, se partagerait en deux, et formerait deux molécules de même nature que la molécule mère; ou Q^ une molécule de fer détacherait d'ellemême une petite particule, qui, comme les spores, formerait

de nouvelles molécules de fer. Mais ni les plantes ni les animaux ne peuvent créer de nouvelles matières» la matière ne peut pas non plus se reproduire ni augmenter son poids; les Jeunes molécules de fer seront donc obligées de tirer de la molécule mère la substance nécessaire à leur formation ; cette dernière sera détruite pour donner naissance à son produit, qui sera unique et ne pourra devenir plus volumineux que sa mère. Un pareil état de choses ne produirait rien ; il n'aboutirait qu'à un mouvement continuel dans les corps solides et à une modification perpétuelle des formes^ ainsi que cela se voit chez les plantes.

Il est donc évident que, pour le règne pondérable, un mode de reproduction pareil à celui des algues ne serait ni utile ni désirable, et nous demandons si, en simplifiant encore plus le mode générateur, nous n'obtiendrons pas une forme qui soit en harmonie avec les besoins du règne minéral. Nous avons supposé pour un moment que le règne végétal ne comprenait que soixante-dix espèces d'algues. Otez à ces algues le pouvoir d'augmenter leur volume et leur poids, comme c'est le cas chez les éléments, et v«us n'aurez plus dails ce règne qu'une monotonie stérile. Mais cette uniformité cessera dès l'instant qu'il s'établira des croisements entre les espèces. Par ces croisements, leui* nombre deviendra illimité et leurs qualités variées à l'infini.

Ëh bien, un croisement semblable a lieu dans le règne pondérable. Les éléments s'allient entre eux, et multiplient ainsi d'une manière étonnante le nombre et les qualités des produits ou des espèces dans ce règne. Par exemple, quelques molécules de mercure se joignant à quelques molécules de soufre forment ensemble un nouveau corps, doué de forces tout à fait différentes des substances mères dont il est composé. Les éléments constitutifs ont donc fourni leur substance, pour former une nouvelle espèce de corps; des forces nouvelles ont apparu sans la création de nouvelle matière. C'est donc une répétition exacte, mais simplifiée, de ce qui a lieu dans les règnes organiques, où il n'existe de môme qu'une reproduction de nouvelles vies sans génération de matière. La puissance qui unit divers corps de manière à leur faire développer de nouvelles forces se nomme Affinité.

L'affinité, qui est la seule force reproductive dans le règne pondérable, correspond ainsi à l'union des sexes dans les règnes

organiques. Décomposer chimiquement un corps, c'est faire cesser l'alliance intime entre les divers éléments, c'est amener un divorce, et ce divorce ne s'opère, la plupart du temps, qu'avec violence.

Cette terre, si pleine d'harmonie et de beauté, n'est arrivée h son état de perfection que grâce à ce principe universel du mariage. Si les éléments étaient restés à l'état vierge ou isolés les uns des autres, sans alliance et sans mélange , l'existence de rhomme, des animaux et môme des plantes aurait été une impossibilité. L'histoire de notre terre ne présente qu'une longue suite d'unions et de destructions, de rapprochements et de luttes; tout cela était nécessaire pour rendre la terre fertile et habitable.

Nous avons dit que le second état du règne pondérable, l'état liquide, correspond à celui de la dualité dans les règnes organiques. C'est en effet l'état où l'affinité agit avec le plus d'intensité, et où les combinaisons sont les plus nombreuses. Pour les règnes supérieurs, la reproduction ne s'exerce que dans le premier et le second état, dans le troisième ce principe n'agit plus du tout. Il en est de même dans le troisième état du règne pondérable. Deux corps à l'état solide ne s'unissent pas, ou, s'ils le font, l'union s'opère par l'entremise d'agents étrangers, par l'air, par l'humidité ou par une évaporation très subtile.

§ 6. Reproduction dans le règne éthériqiie.

Les raisonnements employés pour démontrer que les éléments du règne pondérable ne sont pas réellement élémentaires s'appliquent d'une manière analogue aux éléments du rè* gne éthérique, et nos conclusions seront les mêmes. Les diverses qualités de Téther dérivent de forces immatérielles, ces forces appartiennent à la classe des vies, tout aussi bien que celles du règne pondérable ou du règne végétal. L'éther, par conséquent, ne pourra pas plus être un corps simple que le diamant, car il est animé, et renferme un principe vital et immatériel, tout aussi bien que les pierres, les plantes et les animaux. Les diJBTérentes qualités que nous rencontrons dans le règne éthérique proviennent des forces immatérielles dont il est animé, et non de la différence de ses éléments; et nous n'avons pas plus de raison pour admettre une pluralité de substances dans ce règne que dans le règne pondérable; il faut donc cher-

cher la matière primitive et vraiment élémentaire en dehors du règne éthérique.

En résumé : 1^ les quatre règnes ne renferment pas de matière à rétat primitif, vu que dans les règnes elle se présente toujours animée de force et de vie; 2® il n'existe, à notre connaissance, aucune substance en dehors de ces règnes. Nous concluons que la matière à Tétat élémentaire n'existe plus dans ce monde. Ainsi Tarchée de la matière ne peut pas être découverte par la chimie, et dans son état primitif elle ne peut appartenir à aucun règne, encore moins en constituer un. Cette matière, avant d'avoir été animée de forces, est supposée se partager en atomes; mais dès Tinstant que ces atomes ont été doués de leurs vies particulières, ils ont formé des molécules. Les atomes primitifs devaient tous être d'une nature identique ; car, s'ils se fussent distingués l'un de l'autre par des qualités différentes, ils auraient déjà renfermé des forces. Ainsi la matière primitive doit être uniforme, et nous n'avons aucune raison d'admettre une pluralité de substances élémentaires. Nous concluons donc à l'existence d'une seule archée matérielle.

Avant de quitter le règne éthérique, nous avons à rechercher ce que devient le principe de la reproduction; car, s'il disparaissait complètement, notre système d'analogie serait privé d'une confirmation importante.

La difficulté qu'éprouve notre intelligence à se représenter une reproduction dans les règnes inorganiques provient uniquement de la manière dont nous avons coutume d'envisager cet acte, et du sens que nous attachons dans le langage ordinaire au mot reproduction. Ce terme est pour nous synonyme de création^ et désigne un acte qui donne naissance à un principe non seulement immatériel, mais aussi matériel. On estime, par exemple, que si un pot de fer n'engendre pas un autre pot de fer, le fer demeure étranger au principe reproductif. Cette idée est complètement fausse; une force ne peut jamais engendrer qu'une force, et ne saurait dans aucune circonstance créer un seul atome de matière. Le fer ne peut donc engendrer du fer qu'à la condition de tirer du règne minéral ou du règne éthérique la substance nécessaire à son produit. Mais, comme le fer ne possède pas ce pouvoir, sa force reproductrice consiste simplement à créer, par des alliances avec d'autres éléments, des corps doués de qualités nouvelles.

Considérons un moment les caractères fondamentaux du prin-

cipe de la reproduction. Cette puissance n'appartient qu'aux vies et aux forces ; or, étant immatérielles, elles ne peuvent donner naissance qu'à de l'immatériel. La matière ne peut engendrer de la matière, et bien moins encore quelque chose d'immatériel ; car, si elle pouvait produire l'immatériel, elle ne serait plus de sa nature indestructible et inaltérable, ainsi que l'expérience et la chimie nous l'apprennent. Toute nouvelle vie, toute nouvelle force, toute nouvelle qualité, dont une substance est douée, ne peuvent être que le fruit d'une reproduction ou d'une nouvelle création par les vies et les forces. Si donc deux corps inorganiques s'allient, et que leur union produise un corps nouveau avec des qualités que ni l'un ni l'autre ne possédait auparavant, ce nouveau corps avec ses nouvelles forces ne sera autre chose qu'une reproduction des forces qui se sont alliées.

Plusieurs phénomènes de ce genre se présentent dans le règne éthérique. Ainsi l'électricité positive et l'électricité négative s'attirent avec violence; mais après leur réunion toutes les qualités qui les distinguaient disparaissaient, ou se transforment en qualités nouvelles que nos sens ne saisissent plus. D y a ainsi ou destruction, ou production de nouvelles qualités. La première hypothèse n'étant guère admissible, nous sommes obligés de conclure qu'il y a dans le règne éthérique , comme dans le règne pondérable, une production de nouvelles qualités, et ainsi une véritable génération. Quand les deux électricités se sont réunies, elles sont à l'état de repos ; toute reproduction ou tout changement de qualités cesse alors. Cet état, qui se voit aussi dans le galvanisme, correspond au troisième état du règne pondérable ou à l'état solide, qui ne présente plus de reprodi^ction ni de changement de qualités.

Nous avons donc tout lieu de supposer, en l'absence de preuves contraires, que la construction générale du règne éthérique est analogue à celle des autres règnes, quoique beaucoup plus simple. L'électricité , le galvanisme et le magnétisme seront, par analogie, des espèces différentes d'éther, ou des alliances diverses de deux éthers distincts. Le mouvement, qui les dévoile à nos sens, ne se manifeste que dans le second état, qui leur donne une apparence de liquidité, enlesfixantàlasurface^ des objets. Ceci a lieu pour l'électricité et le galvanisme.

g 7. Quelqties réflexions sur le caractère de la dualité.

Nous prions l'observateur réfléchi de remarquer le charme tout particulier dont le second état a été doué dans tous les règnes. L'amour des sexes dans le règne animal ; la grâce et le parfum des fleurs dans le règne végétal; l'affinité et l'attraction dans les règnes inorganiques : il y a là une correspondance si évidente qu'on leur a donné des noms à peu près synonymes, qui ne varient que par le degré d'intensité sous-entendue. Les termes d'affinité (en allemand WaMverwandtschaft) et A'attraction sont empruntés aux relations et aux sentiments humains, et les forces qu'ils désignent leur ressemblent en effet d'une manière si frappante que personne n'a jamais songé à leur donner un nom plus approprié.

Chez l'homme dont l'âme est généreuse et pure, nous voyons •les sentiments que fait naître la vie de famille surpasser en charme tout l'honneur et toute la fortune qu'il peut acquérir dans la vie publique. Un homme noble quittera sa femme et ses enfants pour courir au-devant de la mort, quand il s'agit de défendre sa patrie; néanmoins cette patrie ne peut jamais remplacer pour son cœur le charme et le bonheur que lui faisait goûter la société d'une tendre compagne et d'enfants chéris. Que peuMl y avoir de plus fort que l'amour et de plus cruel que la jalousie? Quelle douleur peut être comparée à celle qui accompagne la séparation de deux âmes qui s'aiment?

Jetons un coup d'oeil sur le règne animal. Chez plusieurs espèces d'animaux on voit les mâles se livrer des combats à mort pour la possession d'une femelle. Puis le soin que lui témoigne le vainqueur et la vigilance dont il l'entoure sont souvent extrêmes. Qu'y a-t-il de plus touchant que l'harmonie conjugale qu'on observe chez quelques oiseaux? Pendant que la femelle couve les œufs, le mâle lui cherche la nourriture, ou, perché sur une branche voisine^ il lui chante d'une voix mélodieuse ses notes les plus tendres. Qui n'a eu l'occasion d'admirer la puissance de l'amour maternel, ainsi que les précautions et les ruses employées par les parents pour mettre à l'abri leur progéniture? Leur abnégation, pendant qu'ils ont à pourvoir à la nourriture de leur jeune famille, est souvent étonnante.

Si les individusdu règne végétal sontprivésdetoutsentimentet de tout mouvement provenantd'une volonté, le Créateur s'est plu

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néanmoins à enrichir la dualité de ce règne de charmes tout particuliers. Ici les fleurs sont les sexes. Que de grâces, que de variété dans leurs formes , que de richesse dans leur coloris quel doux nectar est contenu dans leur calice! et le parfum qu'elles exhalent est quelquefois si intense qu'il produit l'ivresse et révanouissement. Toutes ces merveilles n'accompagnent dans le règne végétal que le développement des sexes.

Ce qui est plus étonnant encore, c'est que la dualité des règnes minéral et éthérique présente des caractères analogues. L'affinité dans le règne minéral est comme un profond et mystérieux amour des corps inorganiques les uns pour les autres. Leur réunion engendre toujours de nouvelles qualités ou de nouvelles forces. Cet amour est involontaire et aveugle, mais s'élève parfois à une puissance terrible. C'est ce que témoignent les explosions destructives dont diverses substances sont capables, la force irrésistible des acides et les oxydations qui s'accompagnent de flammes. Ces différents effets ne sont que le résultat de l'affinité ou de l'ardeur toute-puissante qui pousse les corps sympathiques (mais toujours de nature étrangère) à s'unir les uns aux autres. Oh I si Thomme se disait, quand, poussé par l'orgueil et la haine, il dirige la bouche du canon contre ses semblables, s'il se disait que l'explosion meurtrite'e qu'il prépare est l'effet de l'amour intense de certains éléments les uns pour les autres, combien il se sentirait humilié de voir que son affection pour ses semblables est infiniment plus faible que celle de la matière. Cet amour d'une matière insensible n'estil pas une protestation éloquente contre les sentiments qui l'animent?

La dualité du règne éthérique présente un caractère non moins saillant. L'affinité du règne précédent y est réduite à une simple attraction; mais combien cette attraction est véhémente et irrésistible I Les électricités opposées s'élancent à la rencontre l'une de l'autre, brisant dans leur rage jalouse tout ce qui s'oppose à leur union. Le tonnerre d'une voix puissante la proclame du haut des cieux, et la foudre la trace en caractères de feu sur la terre. Ardeur non sentie, mais néanmoins terrible, en présence de laquelle l'homme s'émeut et dont l'intensité fait pâlir ses propres sentiments I Qu'il élève pour un moment ses yeux de la création au Créateur: si ce dernier a su douer une matière insensible d'ardeurs si intenses, quelle ne sera pas l'intensité de ses propres sentiments! Peut-il donner quelque

chose qu'il ne possède pas, peut-il construire une œuvre plus puissante, plus noble qu'il ne Test lui-môiue? Non certes 1 Jugez donc combien son amour est plus puissant que celui de la pauvre matière, et sa jalousie plus terrible que celle des éléments.

I 8. La dualité chez l'homme.

L'homme ne saurait comprendre la nature, si elle n'avait été construite avec méthode, et assujettie à des lois simples qu'il pût déchiffrer. Or, dès que les objets qui nous entourent sont régis par des lois et n'obéissent pas au hasard, il est du pouvoir de l'homme, avec la connaissance de ces lois , de déterminer d'avance les mouvements auxquels ils seront soumis. Si le développement progressif qui s'observe dans la nature suit, comme tous les autres phénomènes, des lois stables, l'homme peut prédire les développements à venir, tout aussi bien que l'astronome, au moyen de sa connaissance des lois d'atti*action, fixe des siècles d'avance la position de la lune et du soleil. C'est cette simple déduction qui nous a permis de dire que la nature vivante est une prophétie. On se rend difficilement compte du vaste champ qui, par là, s'ouvre à l'esprit humain. Mais nous ne pouvons pas encore y entrer, devant nous borner pour le moment à faire une courte application de ce principe au développement de la dualité chez l'homme.

Les sexes n'étant qu'un développement des archées, il s'ensuit qu'ils seront soumis aux mêmes lois ; et les rapports des archées entre elles fixeront aussi les fonctions et les rapports des sexes entre eux. G* est ainsi que nous voyons l'arbre entier régi par les mêmes lois que les boutures, dont il n'est qu'un assemblage. La loi reste toujours identique, ses proportions seules varient, selon la grandeur de l'échelle à laquelle elle s'applique. Donc les rapports entre l'homme et la femme ne dépendent en aucune façon du caprice d'un législateur ou de la volonté de l'homme ; ils ont été fixés avec une précision mathématique longtemps avant qu'aucun être humain eût pu faire spn apparition sur la terre.

Le père, l'archée de la vie, est le générateur de l'âme psychique ou animale de son enfant, c'est lui qui donne la vie du corps; la mère, l'archée de la matière, fournit la substance du corps. A proprement parler, la mère n'engendre pas; elle ne fait qu'enlever à d'autres corps, d'un ordre inférieur, leurs sub-

stances, pour les préparer au dedans d'elle et en façonner le corps de son enfant. Dans cette opération elle n'a pas créé un seul atome de matière, ni engendré une seule particule de vie. L'homme, le père de l'âme, est spécialement chargé de Téducation de l'âme de ses enfants ; â la femme, la mère du corps, incombent les soins corporels. L'homme pourvoit aux subsistances de la vie^ et la femme les organise pour l'usage journalier. Chez l'bomm^^, on admire surtout les manifestations de l'âme ou de la vie dont il est le représentant: la force, le courage, l'intelligence, le génie. Chez la femme, on recherche instinctivement les grâces et les charmes corporels. L'héroïsme chez l'homme est surtout agissant, l'homme est créateur; chez lafemme il est passif ou souffrant, elle est préservatrice.

Les rapports des sexes étant fixés par des lois matérielles, les instincts accordés aux hommes à ce sujet n'en seront que l'expression aveugle. Si donc il y a désaccord entre les lois naturelles, qui se déduisent par la raison, et les mœurs de la vie journalière, c'est que les passions les plus viles ont abruti les hommes, et les ont généralement rendus incapables d'observer les lois plus élevées attachées à ces liens.

En effet, en examinant les annales de l'histoire, on peut reconnaître que la barbarie et la méchanceté des hommes ont conduit le sexe le plus fort à abuser de son pouvoir. Dans son égoïsme, il a cherché â imposer à la femme l'observation de devoirs qu'il reconnaissait comme justes, mais auxquels il s'est soustrait lui-même, ne voulant pas y toucher du bout du doigt. Le christianisme, en ennoblissant notre race, n'a pas changé les relations naturelles entçe l'homme et la femme; il les a ramenées à leurs lois primitives, abolissant celles qui sont contre nature.

Si ces lois, indiquées par la nature même, n'ont pas encore été proclamées par les législations humaines, c'est que les sociétés, même en Europe, retiennent encore une grande partie de la bai'barie primitive de leurs ancêtres.

L'homme, auteur de la vie, est naturellement le protecteur des vies, et il doit à tout moment être prêt à sacrifier la sienne pour conserver celle de sa femme, dont il est le gardien responsable, et celle de ses enfants. Il doit, si cela est requis, consacrer à sa femme son travail, ses veilles, sa santé, ses forces. 11 doit lui procurer la paix, le repos et le bonheur, l'aimer com* me son propre corps; car dans leur union il typifie l'âme, et

sa femme le corps. Afin qu'il puisse remplir auprès d'elle ces devoirs protecteurs, la femme a été faite plus faible, et doit soumettre sa volonté à celle de son mari. Le barbare des temps primitifs, abusant de sa force physique, considérait sa compagne comme une esclave, qui ne devait avoir d'autre pensée que de le servir, tandis que lui-même s'affranchissait de tout devoir envers elle. L'homme qui exige l'obéissance en vue de son in> térèt personnel, sans considérer le bien-être de sa femme, retombe dans cet état de brutalité. A l'image de celui qui est l'Epoux de l'Eglise, l'homme doit au contraire acheter l'obéissance de sa femme par son abnégation et son dévouement. C'est à lui qu'appartient l'initiative, et ce n'est qu'en proportion de ses sacrifices qu'il a le droit d'attendre amour, reconnaissance et soumission.

Récapitulons encore une fois les traits caractéristiques de Torigne des sexes, pour reconnaître les lois qui doivent présider à leur développement. La cellule est l'élément des règnes organiques. En elle, les deux archées, mâle et femelle, sont encore confondues; elle se propage par section. Une certaine quantité de cellules se réunissent en communauté, les archées séparent leurs fonctions et forment des organes particuliers ; ainsi s'engendrent des communautés hermaphrodites. Un partage ultérieur sépare la communauté hermaphrodite en deux moitiés un peu inégales, dont l'une est mâle et l'autre femelle. L'homme et la femme ne forment ainsi que deux portions d'un même corps, portant l'une l'archée de la vie, l'autre celle de la matière.

En conséquence : 1^ dans leur union, l'homme aura à remplir les fonctions et les devoirs del'âme.vis-à-visducorps, et la femme ceux du corps vis-à-vis de l'âme. 2* L'homme ne peut se joindre qu'à une seule femme, et la femme qu'à un seul mari. Si^ contrairement à cette règle, une moitié se joint à deux autres moitiés d'un sexe opposé, il ne peut plus y avoir d'unité, mais il se produit, d'après les lois de la plus haute organisation, des êtres monstrueux, incapables de vie morale et spirituelle ; ils, sont dans le monde moral ce qu'est dans le monde physique un animal ayant deux têtes et un corps, ou deux corps et une tête.

Aussi la première femme à laquelle un homme se joint est-elle sa seule épouse légitime ; que cette alliance ait été confirmée devant l'autel, ou formiée en secret et par séduction, nul autre pouvoir que la mort ne peut la rompre. Tout mariage dans lequel cet homme s'engagera plus tard sera un adultère, et la.

femme qui acceptera un pareil mari ne pourra jamais se considérer comme sa femme légitime. Il ne lui servirait à rien de foire abstraction du passé de celui qu'elle désire pour mari et de le lui pardonner; ce serait exactement comme si elle voulait oublier un mariage célébré en présence du public et selon les rites ecclésiastiques. A cet égard une même loi est imposée à l'homme vis-à-vis de la femme, et à la femme vis-à-vis de l'homme.

L'odieuse brutalité de l'homme et son manque d'égard pour les lois naturelles l'ont amené à substituer à ces règles des pra* tiques contre nature. Mais ces lois ne pourront jamais être ni détruites, ni modifiées, pas plus que celles qui président à la vie et à la prospérité de notre corps ; tôt ou tard elles revendiqueront leurs droits.

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