CH. VIII. CONDITIONS D'EXISTENCE DES VIES
vie est inférieure, plus elle est invariable, ou incapable d'adopter d'autres formes. Les forces sont totalement invariables pour nous. L'expression en usage depuis quelque temps : « la transformation des forces, > n'est qu'une façon de parler, comme Ton dit: le soleil se lève ou se couche. À proprement parler, jamais une force ne se transforme en une autre.
4. Les vies doivent avoir une existence réelle et distincte de la matière^ car elles ont des origines diverses et des qualités diamétralement opposées à celles de la matière. On ne peut accorder une existence réelle à la vie psychique sans l'accorder aussi aux autres vies, vu leur ressemblance. Si on ne l'accorde pas, on arrive à la conclusion absurde qu'une chose qui n'existe pas ressemble à une chose qui existe. Lors même que les vies et les forces n'auraient pas d'existence réelle, elles ont, au point de vue scientifique, tout droit à être considérées comme existant réellement. On trouvera toujours absurde d'attribuer des qualités immatérielles à une chose matérielle, et le pouvoir d'engendrer à une substance qui ne pgut se reproduire. La difficulté de comprendre une chose n'est pas une raison pour la nier; autrement nous pourrions presque tout nier dans la nature, car nous n'en connaissons que la moindre partie.
Il en est de l'idée des vies comme de beaucoup d'autres choses: l'homme n'y comprend rien. Il nous est impossible de comprendre l'existence d'un Être éternel qui n'a jamais eu de commencement; mais l'idée d'un temps où Dieu n'existait pas est pour notre raison une chose inadmissible. L'intelligence arrive ainsi à reconnaître logiquement une vérité qu'elle est pourtant incapable de saisir. Il en est de même, à un moindre degré, des vies: notre intelligence ne comprenant que les choses matérielles, l'existence d'une chose immatérielle lui est une énigme ; mais, d'un autre côté, notre intelligence se révolte à l'idée de refuser une existence réelle à une chose qui possède des qualités dont il est impossible de retrouver la moindre trace dans les éléments matériels. Comment croire que nous ayons reçu un moniteur aussi terrible que la douleur pour nous forcer à conserver une chose qui n'existe pas? C'est révoltant! Comment croire que la matière seule existe, et que la vie n'existe pas, quand tous les instincts de l'homme placent le sentiment de son existence dans la vie et non dans la matière? Si les vies n'existaient pas réellement, nous placerions le sentiment de
notre existence, toute notre individualité, rintelligence;, le moi, dans le néants
Ces contradictions sont trop flagrantes pour que l'homme puisse jamais accepter cette théorie. Or, quand on est dans la nécessité de choisir enti'e deux difficultés, il faut se résigner à la moindre; nous reconnaissons donc, sans hésiter, l'existence réelle des vies. Les raisons avancées par les matérialistes contre cette opinion sont purement subjectives; les raisons pour sont au contraire objectives, c'est-à-dire fondées sur la nature. Qu'on juge de quel côté la balance penchera. Toute vie organique change de matière, et au bout de quelques années les substances d'un corps animal sont entièrement renouvelées ; donc la vie a changé de corps. Si la vie était une qualité de la matière, il se trouverait donc qu'une qualité change continuellement de corps, ce qui n'est pas possible. Si les vies supérieures étaient le résultat d'une combinaison des molécules, il devrait en être de même des forces; dans ce cas on reviendrait à une matière primitive morte, incapable de tout mouvement. Et si l'on accepte «le mouvement de toute éternité», il y a longtemps que ce monde aurait dû finir ' ; car il est tout aussi absurde de croire à l'éternité de notre système solaire que de croire à l'éternité de vie chez un animal.
5.. Les vies ont seules le pouvoir d'engendrer ; leur existence est seule soumise à des lois. La matière n'est soumise directement à aucune loi, puisque sa nature ne peut être modifiée. L'àrae psychique ne croît pas réellement, comme beaucoup de personnes le supposent; la croissance n'est que le produit de l'adjonction de nouvelles cellules dont chacune a sa petite âme particulière, exactement comme l'accroissement d'un peuple est le produit de l'addition de nouveaux individus.
6. Chaque vie a ses fonctioyis spéciales^ qui ne peuvent être remplies par aucune autre.
7. La matière peut exister sans vies, mais les vies ne peuvent exister sans la matière.
*) Quant à ceux qui croient à la non-existence des vies , 11 est Impossible de ne pas reconnaître qu'ils sont dans le Trai à l'égard de leur propre intelligence; elle est réellement une chose de néant, une chose qui n'existe pas, ou tout au plus une sécrétion de l'absurde.
*) Vu que la terre, se rapprochant toujours du soleil, y serait tombée depuis longtemps.